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 Maman, je suis fiancé

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Noor Arlanii
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MessageSujet: Maman, je suis fiancé   Lun 22 Nov - 15:10

Cela faisait déjà quatre heures que la Douairière était levée, et l’on était à la moitié de matinée seulement. Si dans son adolescence elle avait été du genre à se lever tard et se coucher tard, les années de mariage et de vie commune avec Joaldor qui était l’inverse avaient fini par lui changer ses rythmes, et elle se levait à présent à « l’heure des conseils » comme disait l’expression. Il y avait plusieurs avantages à être matinale, mais inutile de les décrire tous, Noor en retenait surtout le fait que les heures les plus matinales étaient les plus agréables qui soient, et aussi celles où la tranquillité dont on bénéficiait était décisive dans les projets qu’on voulait accomplir. Elandor à l’époque avait été réfractaire à tout ceci, et Ysor rechignait à s’appliquer ce rythme. Enfin, son deuxième fils était jeune, il était capable de se lever tôt et de se coucher tard… Mais prenait-il le temps de prier Therdone et de s’isoler avec lui ? Pas aux dernières nouvelles. Il n’y avait que sa mère pour le faire à sa place.

Noor était une femme raisonnablement pieuse, qui avait une piété sincère, bien que modérée. Si elle n’allait pas au grand Sanctuaire tous les jours, du moins tenait elle à faire sa prière quotidienne, et à attirer les faveurs de Therdone sur la famille Arlanii. Et le jour où elle serait partie, qui intercéderait pour ses descendants ? En l’absence d’épouse, Noor ne comptait sur personne d’autre qu’elle-même. Seule une épouse pouvait remplacer une mère, et Noor comptait bien trouver à son fils une épouse digne de la mère et de la grand-mère qu’il avait eue. Chose qu’il n’avait pas encore tout à fait compris, il avait du goût pour le tout-venant qui montrait un peu d’intérêt à son encontre.

Alors qu’elle rangeait un peu la niche et le petit autel devant lequel elle priait d’habitude, l’esprit de la Douairière essayait de mettre de l’ordre dans ses préoccupations, et pour une fois elles étaient très personnelles concernant son fils, elles touchaient sa fibre même de Reine-mère. Dans l’affaire Délaina Loran, elle avait été profondément touchée et plutôt remuée.

En tant que mère, Noor Arlanii ne désirait sincèrement que le bonheur de son fils, et son épanouissement. L’affection que se porteraient son fils et sa future bru serait bien sûr un critère de choix, mais ne pourrait supplanter les critères de la Douairière en tant que Reine. Si la mère désirait le bonheur de son enfant, la reine avait le devoir de penser politique. Les auteurs de théâtre nous ont assez renseigné sur le sujet des mariages arrangés, mais ils oublient fatalement le dilemme des parents : au théâtre, les parents sont forcément insensibles et inaccessibles à des mots comme « amour » et « bonheur ». Jamais il n’y a de parents qui aiment leurs enfants mais leur imposent malgré tout leur mariage. Manque cruel de réalisme.

Ce qui préoccupait le plus Noor cependant, ce n’était pas que les auteurs la comprennent, mais qu’Ysor la comprenne. Avec le temps, il réussirait, mais combien de temps ? Ne comprendrait-il la mise à l’écart de Délaina Loran que le jour où lui-même devra faire de même avec son fils ? D’ici là, le corps de Noor aurait enrichi la crypte des Arlanii.

Elle déposa le chiffon qui venait d’épousseter l’autel par terre et se mit à genoux sans cérémonial devant la niche. Elle ferma les yeux et en silence, dans sa tête, elle exposa ses volontés à Therdone. Il était plutôt mal vu de prier à voix haute : plus on parlait fort, moins on souhaitait vraiment ce qu’on demandait : le principe du chien qui aboie ne mord pas.

Noor Arlanii voulut qu’Ysor trouve des espaces de tranquillités aujourd’hui, elle voulut qu’il soit en paix au maximum. Elle voulut aussi qu’il trouve à terme un moyen de s’épanouir, chose qu’elle demandait/voulait depuis un certain temps. Elle voulait qu’il trouve une épouse, elle voulait qu’il soit heureux avec elle, mais elle voulait aussi et surtout que cette femme soit digne d’être Reine avant tout. Elle voulait que les Arlanii survivent une génération de plus, elle voulait que cette génération soit encore meilleure que l’ancienne, elle voulait que le destin de ses descendants soient protégés par Therdone, elle voulait vivre suffisamment longtemps pour voir les enfants d’Ysor et deviner les hommes qu’il deviendrait. Elle voulait la force, le courage et la pugnacité pour continuer à lutter pour sa famille, jusqu’au bout, comme une femme devait le faire, quel que soit son âge.

Elle voulait qu’Ysor lui pardonne d’avoir écarté Délaina Loran, elle voulait qu’il guérisse vite de cette blessure et qu’il n’offre pas de cible à l’affaiblissement. Elle voulait que Délaina Loran de son côté ne soit pas non plus trop malheureuse, et qu’elle comprenne les intérêts en jeu. Elle voulait que personne n’ai d’elle une image fausse, celle d’une parente sans cœur, d’une mère qui n’en mérite pas le nom. Elle voulait qu’Ysor ne perde pas de vue qu’elle Noor ne se moquait pas de lui, ne se servait pas de lui : qu’il ne perde pas de vue que sa mère était peut être Reine, elle était aussi mère.

Elle voulait tout ca.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle s’agrippa à une chaise et se remit debout avec un petit peu de précautions. Elle passa les mains sur ses genoux et regarda l’autel avec un regard plein de gratitude, comme si Therdone n’allait pas rester insensible à cet appel et qu’il allait répondre. Ce fut lorsqu’elle se détourna de l’autel qu’elle se rendit compte qu’elle n’était plus seule dans la pièce.

« Ysor ! Depuis combien de temps es tu là ? »

Elle marcha assez vite vers son fils et lui toucha l’épaule en souriant.

« Tu aurais dû m’interrompre pour me dire que tu étais là… »

La réconciliation qu’elle avait demandée/voulue serait elle déjà en marche ?
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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Maman, je suis fiancé   Lun 22 Nov - 17:50

    Marcher, sans se retourner, ne pas ciller, de peur que ne passe l'ambition dont il faisait soudain preuve. Ce courage qui l'avait envahi lorsqu'il avait prononcé les mots « Je serai Gardan Edorta. » Il était étonnant de constater ce que certaines paroles pouvaient engendrer, au fond de soi, et la puissance d'un appel aussi profond ne pouvait que lui apporter la bravoure nécessaire à annoncer la nouvelle à Noor Arlanii.

    Il s'était habillé à la hâte, comme l'avait pressenti la Conseillère Tehanii, mais l'aide de valet lui assurait toujours d'être vêtu de toilettes admirables, digne de lui. Digne d'un Gardan Edorta qui a prit une décision, et qui ne devait pas trembler devant sa Mère. Digne d'un Roi, qui savait où il allait, pour son bien, et pour le bien du Peuple. Pour le bien des Arlanii ?

    Il avait refusé que l'on puisse l'annoncer, pour sa Mère, il n'avait pas à user de protocole, elle serait ravie de le voir, il n'en doutait pas. Et s'ils avaient pu s'éloigner parfois, entrer en légère opposition, cette fois, Ysor se sentait l'âme d'un combattant dans l'arène, lorsque l'on sait que la motivation de la bataille était juste. Il poussa la porte, la trouvant agenouillée devant l'autel de Therdone. Le temps de la prière lui parut trop long. Quelques minutes à peine, suffirent à le faire douter, alors que cette femme qu'il admirait, craignait, et aimait tant lui tournait le dos.

    Même son dos était impressionnant. Comment lui dire ? Il sembla un instant que décrire l'Olarile comme Vanhilde l'avait fait, face à sa Mère, la présentait comme bien pire que Délaina elle-même, et pourtant, Therdone savait que Noor n'en voulait pas … Il déglutit, mais chercha en lui le courage de ne pas faire, finalement, demi-tour. Il avait pris une décision ! Elle devait l'écouter, et l'entendre. Il était Gardan Edorta, elle n'avait qu'à ob...

    « Mère, je ne voulais pas vous déranger pendant la prière, Therdone ne l'apprécierait pas. » Il eut un sourire, pour se donner une contenance, mais il avait la désagréable impression que les yeux perçants de Noor déjà le sondaient et lisaient en lui avec bien trop de facilité.

    Son emprise sur lui était presque visible, en volutes éthérées, et Ysor serra les poings avec force, pour redonner à son visage, la fermeté qu'il était nécessaire d'avoir dans cette situation.

    « Il fallait que je vous parle de toute urgence. Cela ne peut attendre. » Bon début … Comment lui annoncer ? Il sentait ses mots se dérober. Elle serait furieuse... Il se demandait désormais comment Vanhilde avait pu lui exposer une telle affaire. « Nous avons retrouvé l'enfant Olaril dont parle la Prophétie. » Il devait absolument éviter de parler de la Conseillère, il en était persuadé.

    « Il n'est pas encore né, c'est une jeune femme qui le porte actuellement. Une Olarile qui est venue au Palais, pour nous apporter son soutien... » Comment amener plus encore la chose ? Il repensa aux derniers mots de Vanhilde.

    « Mère, qui possèdera l'enfant, sera Gardan Edorta. Et qui possèdera cette femme, possèdera l'Enfant. » Il semblait fier de lui, à l'intérieur ! Alors... Pourquoi avait-il le sentiment d'être piètre acteur devant ce public si difficile, si délicat à charmer, si critique ?


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Noor Arlanii
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MessageSujet: Re: Maman, je suis fiancé   Ven 26 Nov - 15:57

Ysor avait juste dit ce qui suffisait : Noor était largement capable de comprendre le reste. Plusieurs sentiments mitigés vinrent assiéger directement son esprit, allant d’une forme de soulagement à une peur apparemment sans raison. Elle tâcha de démêler un peu l’écheveau que lui avait livré son fils.

Rien ne la concernait directement jusqu’à la dernière évocation : Noor n’avait pas peur des Olarils, ni de ce qu’ils représentaient. Qu’il soit avéré qu’ils étaient le Peuple Elu ne la troublait pas davantage, pour elle le temps n’était pas encore venu pour qu’ils participent au pouvoir. En fait elle était même plutôt satisfaite que l’enfant concerné par la prophétie de l’Oracle soit venu sous la coupe des conservateurs, et encore plus satisfaites que la mère soit venue se mettre sous l’aile des Arlanii. Si on lui laissait du temps et suffisamment d’espace, cela signifiait pour la Douairière qu’elle pourrait étendre ses tentacules vers cette Olarile et avoir une arme de plus pour les Arlanii. Avec l’Olarile et l’enfant, et un contrôle total sur eux, elle pouvait à la fois s’extraire définitivement de l’influence du Conseil et imposer son tempo à elle, et non plus essayer de limiter simplement l’action des Karnimacii et consorts. Elle pouvait faire dégonfler les révolutionnaires, leur couper l’herbe sous le pied et supprimer toute légitimité à leur mouvement. Elle pourrait en faire un Arlanii…

Mais visiblement, on y avait déjà pensé à sa place. Ysor lui-même avait prononcé ces mots. La Douairière fronça les sourcils.

Elle ne niait pas l’intelligence de son fils, bien au contraire, elle savait ce qu’il en était, mais quelque chose la dérangeait, quelque chose lui disait que ce n’était pas vraiment lui qui parlait. Une sorte d’empreinte dans la formulation. Et puis dans son attitude, Ysor avait semblé davantage citer que parler. Et enfin, dernier argument, cela ressemblait fort à une décision, et Ysor n’était pas capable de prendre des décisions aussi fortes aussi rapidement, Noor ne le connaissait que trop bien sur ce point, c’était la « faiblesse » de son fils qui lui permettait de conserver un peu l’indépendance des Arlanii, une faiblesse individuelle qui était une force collective.

Un pressentiment amer s’installa dans le cœur de la Douairière alors qu’elle se rendait compte qu’elle s’était faite doublée : c’était à elle d’amener cette femme dans son giron, et non à d’autres de lui imposer, c’était à elle de décider qui était digne de… de…

De se marier ? Que pouvait donc vouloir dire une autre formulation que « posséder une femme » ?

La mère d’Ysor se prit la tête entre les mains et s’éloigna de son fils, lui tournant le dos un instant, alors qu’elle irradiait la contrariété et qu’elle semblait visiblement vexée. On l’avait effectivement doublée, et son abruti de fils avait marché. Il avait pourtant toujours été dit de façon plus ou moins explicite que les mariages d’Elandor et d’Ysor appartenaient à leur mère, leur mère et puis c’est tout. Noor avait fait une erreur à l’époque en mariant Elandor à Thétis Arlanii, mais son mandat ne connaissait pas de fin. Elle était la marieuse de ses fils, en sa qualité de mère, et en l’absence de Joaldor.

Qu’on ait fiancé Ysor dans son dos, c’était une grave atteinte à ses droits, un reniement complet de son statut. Qu’on rechigne devant le fait qu’elle était une éminence grise de son fils passe encore, mais qu’on fasse comme si elle n’était pas la Reine-Mère, c’était à en bondir au plafond. Profondément affectée par cette nouvelle, une colère assez sombre jaillit de son amour-propre blessé, et lorsqu’elle regarda de nouveau Ysor dans les yeux, c’était Noor la Terrible qu’on pouvait voir, celle qui avait fait plié Joaldor à la mort de son second fils, celle qui avait chassé Délaina Loran de l’entourage d’Ysor, et quantité de dignitaires… Ysor connaissait cette attitude, elle était synonyme de mauvais quart d’heure à passer, pour le moins. Depuis qu’il avait cinq ans jusqu’à aujourd’hui, ce regard n’avait pas changé : il signifiait toujours : « correction ».

« Ysor, mais qu’as-tu fait ? Qu’as-tu fait ?! Je ne suis donc plus ta mère pour que tu ailles te fiancer dans mon dos, je ne t’aime pas assez pour que tu me fasses confiance quant au choix de ton épouse ? »

Une larme –oui, une larme– de rage et de déception lui brouilla un peu le regard.

« Et le pire, c’est que j’aurai certainement agi dans le même sens que toi, mais pourquoi avoir ainsi fait cela comme un voleur, dans mon dos ? Pourquoi tu viens me mettre devant le fait accompli, en regardant dans les coins ? Ysor, regarde moi dans les yeux ! »

Elle le grondait littéralement, de la même façon qu’un garnement qui fait une bêtise. C’était un peu infantilisant, mais Noor ne s’en rendait pas vraiment compte, c’était ainsi qu’elle réagissait lorsque son fils s’éloignait du chemin sécurisé pour les Arlanii.

Ce fut à ce moment là, quand elle vit le regard tourmenté de son fils, que ses doutes lui revinrent en mémoire, et elle se calma de façon spectaculaire. Son visage se ferma alors que son ton devenait beaucoup plus froid :

« Attends, mon fils, laisse moi deviner… cette idée ne vient pas de toi ? Elle ne porte pas ta marque… »

Elle se rappela alors qu’il envisageait il y a quelque jours à peine de s’engager dans quelque chose de sérieux avec une toute autre femme, et qu’il était sincère dans son attachement, comme il était sincère en tout. Le visage de la Douairière retrouva sa chaleur, et la douceur qu’il avait en présence de son enfant, et elle prit les mains d’Ysor précipitamment pour les serrer avec les siennes. Les pattes chaudes de son fils contre ses mains de vieillarde, qui commençaient à devenir de plus en plus sèches.

« Oh Ysor, dis moi que ce n’est pas toi qui m’a fait ca. Dis le moi et je te demanderai pardon pour t’avoir repris en vain. Dis moi que ce n’est pas toi qui m’a trahi de cette manière. »

Le regard et les sentiments de la Douairière étaient composés à la fois d’un espoir fou, celui que son fils soit innocent de tout, et d’une sorte de désir de vengeance, dicté par son orgueil blessé. Douce et terrible à la fois. Puis enfin, tout revint à la normale, loin de la colère, loin de la trahison, loin des blessures d’amour propre.

« Après, on recommencera du début, et tu me décriras cette femme. Celle qui selon toute vraisemblance, portera ton nom. »

La future reine des Arlanii.
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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Maman, je suis fiancé   Ven 26 Nov - 20:00

Ysor écarquilla les yeux, les sourcils plissés dans un visage empreint de terreur. Lui aussi, était le même que lorsqu'il avait cinq ans : troublé, peureux, prêt à pleurer si on levait la main sur lui. Prêt à se plaindre, à demander grâce.
Le Gardan Edorta oubliait l'étoffe qu'il avait saisi en sortant de cette salle où son bain chaud l'avait rendu noble. Il déglutit, craignant les yeux terrifiants de sa Mère. Il s'était attendu à ce qu'elle soit fâchée, mais la surprise de se voir si vite remis en place le laissa sans voix, pantelant.

En relevant les yeux timidement vers Noor, Ysor se sentit petit et sans défense, à l'ordre de sa mère, pourtant, il ne pouvait se soustraire, et échangea un regard douloureux avec elle. Elle paraissait pouvoir cracher le feu et la glace par les narines, et il était prêt à avouer ce qu'elle voudrait, pourvu qu'elle lui pardonne, qu'elle l'aime encore. Qu'elle ne soit plus en colère contre lui.
Qu'il soit le Gardan Edorta, la Lumière du Jour, le Centre de toute chose en Isle, lui échappait en regardant le visage de Noor Arlanii.

« M... Mère, je ... » Mais sa Maman sembla immédiatement reprendre son calme. Le changement le surpris à nouveau, et il ne sut plus que dire. Restant bouche ouverte, il claqua des dents derechef, se rendant compte de sa bêtise. Le revirement d'attitude de la femme ne le rassura qu'à peine, car comme dans le coeur de la tempête, il fallait se méfier des retours de flammes...

En cet instant, Ysor avait le réel sentiment d'avoir commis une erreur, d'avoir fait une sottise. Il savait que Noor détestait l'emprise des Conseillers sur lui, qu'elle le voulait pour elle-seule, pour son bien à lui, pour le bien des Arlanii. Mais... Que pouvait-il reprocher à Vanhilde Tehanii ? Elle était venue le trouver avec un sourire. Avec un sourire !
Parce qu'elle avait une bonne nouvelle pour lui... C'était une bonne nouvelle, non ? Le Cinquième Ysor se sentait honteux, mais avait l'impression qu'il n'avait pas forcément pu agir différemment.

Pourtant, aux reproches de sa Mère, il comprit qu'il avait mal exprimé les choses. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il aurait été préférable de manipuler au mieux les mots, de lui exposer la situation, et de lui demander conseil, avant de lui annoncer qu'il avait pris sa décision, presque seul. Avouer avoir été conseillé par Vanhilde était la bêtise. Mais ?! Il n'avait rien dit !

Sa Mère savait que l'idée n'était pas de son fait. Il déglutit, mais au fond de son être, il résidait une piqûre. Et pourquoi une telle idée ne pourrait venir de lui ?! Et pourquoi une décision bénéfique à son égard et pour la gloire et le salut de leur Nom serait-elle forcément née dans la tête d'un autre ? Pourquoi ne serait-il pas capable d'avoir lui-même imaginé ce fabuleux plan ?!

Les sourcils du Gardan Edorta vibrèrent, comme s'ils hésitaient. Pourtant, Ysor ne se sentait pas l'âme et le coeur de dire tout ceci à sa Maman. Elle comptait trop, serait trop blessée qu'il remette en cause ses dires. Et... le fait est que Vanhilde avait eu cette idée, Vanhilde lui avait conseillé cette situation, il avait épousé ses idées pratiquement sans résistance. Etait-ce un mal, malgré la justesse des propos ?

Les mains rassurantes de sa Mère vint calmer ses sourcils, et il eut un petit sourire désolé.

« Je … Je prenais mon bain, lorsque Vanhilde Tehanii est venue me trouver. » Il murmurait, comme une confession. Pouvait-il encore mentir ou cacher à vérité à sa mère ? « Elle a fait chercher l'enfant décrit dans ce livre qu'ont les Olarils, celui... celui écrit par Bakarne et ses fils. Elle a dit que la mère de celui qui serait Gardan Edorta à ma place serait prête à me laisser l'enfant, si elle avait une place de choix à mes côtés. » Il craignait, à chaque nouveau mot, un retournement du vent qui le fouetterait.

« Je … » Il ignorait ce qu'il était bon de dire désormais. Noor n'apprécierait pas qu'il ait évoqué la Conseillère Tehanii, mais il n'avait plus le choix. « Pensez-vous qu'il soit dangereux de refuser ? J'aimerais que vous la rencontriez. Je crois qu'il serait, moi, dangereux de ne pas saisir cette chance... Mais si elle ne vous convient pas, elle ne deviendra pas mienne. » Les propos étaient un peu confus, ou décousus, mais Ysor avait en tête plusieurs questions, plusieurs attentes qu'il n'avait pas besoin de mettre en place devant sa Mère.

Là où, face au Conseil et au Peuple, il avait à savoir où aller, paraître fort et raisonnable, il n'avait face à cette femme qui lui serrait tendrement les mains le besoin d'exprimer tels qu'ils apparaissaient ses questionnements.

« Je crois que, si cette Olarile obtenait une place qui lui convienne, nous pourrions avoir une emprise totale sur sa descendance. » Osa-t-il une opinion personnelle, bien que l'idée d'avoir à épouser une femme qu'il ne connaissait pas, qui n'était pas sa bien-aimée, et qui avait été décrite comme Vénale lui faisait horriblement peur...
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Noor Arlanii
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MessageSujet: Re: Maman, je suis fiancé   Sam 27 Nov - 10:35

La colère de Noor ne se ralluma pas. Elle avait eu confirmation de ce qu’elle soupçonnait, mais elle n’en tirait aucune satisfaction, elle aurait même préféré avoir tort et que ce soit bel et bien son Ysor qui ait pris cette décision. Elle n’aurait pas eu à remercier Vanhilde Tehanii, qui pour une fois avait suggéré quelque chose de bien.

Car c’était une bonne décision et c’était ca le pire. Noor Arlanii n’avait rien à dire contre, bien au contraire c’était dans l’intérêt des Arlanii, et cet enfant à venir était le plus formidable avantage qu’on pouvait brandir face aux révolutionnaires, une manière de leur couper l’herbe sous le pied et de les précipiter dans le vide. Si elle avait été au courant avant, elle serait allée dans le même sens, et ce serait elle et non Vanhilde qui serait allé voir son fils pour lui proposer cette fiancée. Seulement voilà, elle avait été mise de côté dans cette affaire, on l’avait laissé dans son coin comme une relique inutile. C’était cela qu’elle ne digérait pas.

Mais son Ysor lui était innocent de tout. Elle avait fortement conscience de l’avoir mal traité et surtout de l’avoir fait pour de mauvaises raisons. Son cœur de mère la poussait à s’excuser, et à le rassurer. C’était une des raisons pour laquelle la relation entre elle et son fils était si fusionnelle : elle n’oubliait jamais d’être sa maman, et si elle n’était qu’une grande dame hautaine envers son fils, alors Ysor aurait basculé depuis longtemps dans les mains de marionnettistes des conseillers. Elle en était à demi-consciente, elle jouait de ce levier, mais elle l’entretenait aussi, et tâchait de ne pas abuser. C’est pourquoi elle dit d’une voix douce, quoiqu’un peu rauque :

« Mais non Ysor, tu n’as rien fait de mal, bien au contraire… C’est… »

L’idée lui restait tout de même en travers de la gorge, mais Ysor n’en était pas responsable.

« C’était la meilleure chose à faire, et si j’avais été au courant avant, je t’aurais demandé de faire de même. Ce n’était peut être pas la femme que j’aurais rêvé avoir à tes côtés, mais elle nous sauvera tous… Tu as fait ce qu’il fallait faire. »

Le reste elle le dirait à la personne appropriée, les reproches sur les moyens ne devaient pas être adressés à quelqu’un d’autre que le responsable. Avec son fils, elle devait plutôt lui montrer à quoi devait ressembler l’avenir, ce qu’ils allaient faire, et ce qu’ils allaient faire ensemble. Car Noor ne serait que la belle-mère pour cette étrangère, elle n’aurait pas beaucoup de droits sur elle. Ce serait à Ysor, et Ysor seul de gérer l’Olarile. Plutôt que de se lamenter sur ce qu’elle venait de subir, l’avenir de la lignée se jouait plutôt sur comment Ysor se comporterait avec cette épouse.

« Voici ce que moi je te dis : épouse là, si possible aime là, donne lui donc cette place de choix qu’elle désire, adopte cet enfant, élève le comme ton propre fils, mais tâche d’avoir tes propres enfants le plus vite possible avec cette étrangère. Je sais que tu le feras bien mon fils, je ne connais pas de personnes plus douces et sensibles que toi. »

Et elle le pensait sincèrement. Elle ne l’avait pas élevé pour être Gardan, elle avait plutôt encouragé son goût pour l’art, avait lu les pièces qu’il avait écrites, elle l’avait élevé en encourageant ce tempérament sensible dont semblait être pourvu Joaldor avant que le Conseil ne se l’approprie.

« Mais ne t’arrête pas là. Je veux que tu sois le seul univers de ton épouse, je veux qu’elle n’ait que des Arlanii vers qui se tourner, je veux qu’elle n’ait que nous à qui parler, que nous comme gardiens. Et cela, je ne peux pas le faire. Ysor, ce sera à toi d’intégrer cette olarile dans notre tissu familial, d’enlever d’elle toute les influences qui pourraient nuire à notre lignée.

Ysor, ce sera à toi de faire d’elle une véritable reine, et je ne pourrai pas t’aider. »


Elle n’en avait même pas l’intention : Ysor était un homme, et bien qu’elle pense que c’était aux femmes de prendre soin de la famille, les hommes avaient leurs rôles à jouer. Et même si on pouvait le penser, elle ne gardait pas non plus Ysor dans ses jupons, elle en aurait honte. Cela dit, elle appréciait énormément quand il venait l’embrasser...

Elle s’autorisa à admirer son fils, qui avait eu tant de courage pour accepter de se marier avec l’olarile. Ysor était plus grand qu’elle, plus large aussi. De toute façon, il était connu que la Douairière était petite et que ce soit son époux ou ses deux enfants, tous la dépassaient d’une tête. Cela faisait qu’elle avait l’impression d’avoir des colosses pour fils. Sauf qu’Ysor avait l’air si doux… du moins à travers ses yeux à elle.

« Ysor… je crois que ton père serait fier de toi. En tout cas, tu es digne de lui, et nul ne connaissait notre Joaldor mieux que moi.

Sois donc un Gardan Edorta mon fils ! »




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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Maman, je suis fiancé   Jeu 2 Déc - 20:35

Sa mère était fière de Lui. Son père serait fier de lui, lui garantissait-elle également. Rien ne pouvait plus gonfler le poitrail noble qu'affichait alors Ysor Cinquième. Oui. Il était Gardan Edorta, il était la Puissance incarnée, le représentant de la famille Arlanii, et leur nom ne rougissait pas lorsqu'il prenait une décision.

Car oui ! Il avait prit une bonne décision, il en avait désormais la confirmation par Noor. Il suffisait parfois de quelques mots pour que tout le ressenti d'un enfant puisse changer et engendrer des sentiments contraires. Il ne doutait plus, face au visage de sa Mère, il ne craignait plus, il ne tremblait plus. Et il ne pouvait nier ceci : quelques regards de Noor Arlanii, et il était Gardan Edorta, là où il fallait bien des discours de la part du Conseil, individuellement ou non. Là où il leur fallait bien des arguments pour le convaincre, ou le faire fléchir. Sa Maman savait, elle exactement comment lui intimer les choses.

Il eut un sourire, presque pour lui, pour se remercier lui-même de cette situation, de cette future gloire qui bientôt le récompenserait. Et Ysor avait compris la leçon. Du moins pour l'instant. Avec un hochement de tête pensif, il observait sa Mère :

« Oui Mère. Le risque est trop grand, et même lorsqu'elle sera mon Epouse, il me faudra être attentif. » Car si réellement cette Olarile était vénale, qui lui garantissait qu'elle resterait fidèle à sa cause, malgré un accord signé et un mariage royal ? Bien qu'Ysor n'arrive pas à avoir aussi loin dans l'avenir, il avait retenu la description qu'en avait fait la Conseillère Tehanii, et il ne voulait pas se faire avoir par cette femme !

D'autant que, s'il était la victime d'une trahison, non seulement sa place serait mise à mal, mais sa Mère avancerait vers lui, haute de toute sa stature, comme une large statue ancestrale qui vous jauge, et de son regard accusateur soufflerait d'une voix surnaturelle : " Je te l'avais dit, mon Fils."
Non ! Il n'aurait pas à entendre ces mots qui déjà le terrifiaient !

« Il faut la rencontrer et tout faire pour qu'elle soit nôtre. » Car l'inclure sa Mère là dedans le rassurait. Avec elle, il avait l'assurance que, s'il laissait passer un détail, Noor aurait l'oeil plus perçant que quiconque. Et il se sentait bien mieux en sa présence, même discrète, derrière lui, pour affronter l'inconnu...
Juste en soutien, en appui...

« Je vais la faire demander. » Conclut-il d'une voix sans vrille, accompagnant sa glorieuse décision par un signe de menton net. Oui ! Il était Gardan Edorta, et ce n'était pas une Olarile, Elue ou non, Porteuse de son Rival ou non, qui pourrait résister à la puissante famille Arlanii.
Elle serait Reine, elle serait Arlanii. Ou ne serait pas !

Ysor ne pouvait pas quitter la pièce sans communiquer sa reconnaissance à Noor. D'un pas vif, encore sous le coup de cette soudaine confiance en lui, il s'avança pour la serrer contre lui. A cinq ans, comme à quarante, il voulait ne jamais avoir à se passer de cette femme. Jamais !

(je te propose d'arrêter là et de passer à la suite =))
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Maman, je suis fiancé
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