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 Fin de journée

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Hrivë Ethanliel
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MessageSujet: Fin de journée   Jeu 18 Nov - 1:52

  • La journée avait été longue pour Hrivë, c’était le moins que l’on puisse dire et elle n’était même pas encore terminée.
    Le soleil commençait sa descente, teintant le ciel, qui avait été couvert toute la journée, de différentes nuances d’orage, de rose et de rouge, promettant une nuit très sombre et sans lune. Un coucher de soleil banal, en somme.

    La jeune femme regardait les premiers travailleurs qui rentraient chez eux. Ils étaient, pour la plupart, moroses, épuisés et sales. Certains se dirigeaient directement vers les tavernes pour boire un coup et oublier leur vie quotidienne, monotone et sans avenir. Oui, elle se trouvait bien dans le quartier des Humbles. La différence avec ‘la Ville Haute’ et ses Nobles Quartiers était frappante : tout semblait moins lumineux ici. Là-bas, en fin de journée, on pouvait voir de très jolies demoiselles et jeunes hommes se promener avec de si belles tenues que Hrivë pourrait passer des heures à les regarder, les détailler, en se demandant comment ils pourraient remplir leur soirée. Mais ces personnes-là, ces Nobles et ces Bourgeois étaient-ils plus heureux pour autant ? C’était encore à voir.
    La Cantatrice qu’elle était avait chanté aujourd’hui et elle s’en sentait très heureuse : un léger sourire ornait ses lèvres pâles et démaquillées. Qu’importe le public, elle aimait chanter. Aujourd’hui, ça avait été une représentation privée pour la naissance de jumeaux dans une famille de grands Bourgeois. Ils avaient apprécié ce qu’elle avait fait : un chant sur l’espoir et la Volonté, un des derniers qu’elle avait appris. Mais ce qui avait été le plus troublant, c’était de voir les deux enfants en question. Deux bébés, emballés dans les linges avec de grands yeux noirs. Ça lui rappelait qu’elle-même, elle n’avait pas donné ce bonheur-là à sa mère.

    Mais Hrivë balaya ses souvenirs et se concentra sur sa route. Elle longeait le fleuve bordé d’écluses. Ce n’était pas un endroit bien famé, mais elle pouvait rentrer plus vite en passant par là et elle ne tenait pas spécialement à errer dans les rues une fois la nuit tombée. Elle se mit donc à accélérer le pas. Dans son petit baluchon fait de linges tissés par ses soins, sa robe et son maquillage étaient cachés aux yeux des passants. Personne ne devait savoir qui elle était et d’où elle venait. Pour cela, elle avait mis une tenue plus humble : une chemise blanche et large ainsi qu’un léger corset et une longue jupe en toile marron et grossière constituaient toute sa tenue. Le seul détail qui pourraient la dénoncer étaient ses cheveux : elle n’avait pas détaché ses tresses qui flottaient autour d’elle, frappant son dos en cadence avec ses pas précipités.
    Hrivë parcourut la foule des yeux, gardant la tête légèrement baissée. Certains la regardaient, mais rien ne semblait inhabituel. Elle serra son baluchon un peu plus contre elle, on ne sait jamais. Cet endroit-là n’était en effet, pas très sain : nombre de trafics de choses illégales s’y passaient et les personnes qui s’y trouvaient n’étaient pas des anges. La nécessité était d’autant plus forte d’y passer rapidement. L’odeur de l’eau du fleuve était entièrement recouverte par l’odeur des substances qu’on pouvait acheter et quelques femmes sortaient avec la nuit qui tombait. Des femmes qui n’avaient que leur corps à vendre.
    La jeune Cantatrice y était mal à l’aise. Elle n’avait qu’une hâte : sortir de ce lieu. Il ne lui restait que quelques mètres et elle allait déboucher dans la rue en coupe gorge où elle vivait. Une rue plus petite et plus sombre, mais elle y connaissait les habitants, ce qui était bien plus rassurant que le visage des travailleurs inconnus qui la dévisageaient. Elle put reconnaître quelques clients de l’Abri du Serpent. Elle baissa un peu plus la tête en ne souhaitant qu’une seule chose : disparaître le plus vite possible.

    Mais Thedrone semblait en avoir voulu autrement. En effet, alors que la jeune femme marchait tête baissée, quelques mèches de cheveux devant les yeux, elle n’aperçut pas la femme qui venait dans sa direction. Ou, en tous cas, elle ne l’aperçut pas à temps. Hrivë eut tout juste le temps de se décaler vers la droite pour ne pas la heurter. Immédiatement, elle releva la tête, un air sincèrement désolée sur le visage et elle bredouilla :

    - Oh, désolée, je suis sincèrement désolée, pardon...


    On est timide ou on ne l’est pas. Déjà, la jeune femme sentait une légère rougeur lui monter au joues. Elle préférait ne pas essayer d’imaginer ce que les autres en pensaient. Hrivë jeta un regard vers la femme en question. Elle est grande avec une stature fière et un regard dur et martial. Sans aucun doute, elle devait faire partie de l’Armée. Que faisait-elle donc par ici ? Venait-elle, elle aussi de ce quartier-là ? Non, il sans doute pas, elle devait être en mission ou quelque chose comme cela. Après tout, l’Ecluse de Bonne Abondance est un endroit où il y aurait de quoi faire.

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Fin de journée   Mar 23 Nov - 20:04

L’Abris du Serpent. L’Abris des Anguilles. Auberge de la Ville Basse qui recensait le plus de Révolutionnaires au mètre carré. En embuscade, et pour ce qu’elle avait pu en juger, ils n’étaient pas là pour affaires, mais parce que c’était la plus en phase avec leur niveau social moyen. Cela faisait en effet plusieurs heures déjà qu’Elenor buvait au même comptoir qu’eux, se laissant entraîner volontairement sur le terrain glissant de la politique, sous le regard suspicieux du patron. Au moins, il n’en était pas. C’était déjà ça, elle s’en serait voulu de lâcher son fric à cette vermine de révolutionnaires… Même si c’était pour la bonne cause.

En effet, elle était en mission pour la Dissidence, et sa venue n’avait rien d’innocente. Si le guet était le plus dangereux de leurs adversaires, ils avaient appris à faire avec, et avaient surtout étendu leurs ramifications au sein de l’armée, pour la véroler, et étouffer dans l’œuf certaines descentes… Restait la Révolution, un ennemi que les citadins qu’ils étaient ne connaissaient pas encore correctement (si ce n’était comme des adversaires sur les champs de bataille pour les nombreux soldats qui rejoignaient leurs rangs) et qui de son côté commençait aussi à s’intéresser à eux. Plusieurs espions, plusieurs dissidents qui s’avéraient jouer un double jeu en faveur de la Révolution avaient été trouvés, et réduits au silence dans la plus grande discrétion, et en toute clandestinité. Autant dire que le type de mission du soir, sous couvert d’une banalité considérable, était essentiel.

En repérant les Révolutionnaires, en les listant, en se faisant une idée précise de leurs habitudes, ils les tenaient dans le creux de la main, et n’avaient qu’à décider du moment où il faudrait les presser à les en faire éclater… Mais jusque là, ils ne touchaient qu’aux petits poissons, les gros trop méfiants, ou encore à l’extérieur. De petites actions qui passaient inaperçu et n’avaient encore d’autre intérêt que de protéger la Dissidence des yeux indiscrets.

Ce soir, elle s’était faite passer pour une fille légère, à l’attitude plutôt vulgaire, et considérablement intéressée par la Révolution. L’alcool aidant, ses soupçons se confirmèrent bien vite, et le moment où l’un d’entre eux, persuadé d’avoir en la personne d’Elenor un coup facile à tirer, se découvrit un peu trop.
Sans se résoudre aux jupons, Elenor avait opté pour un pantalon ajusté, quoi que simple, une ceinture faite d’une étoffe colorée quoi qu’assez grossière pour ne pas être la cible de soupçons, et une chemise au décolleté avenant et aux manches longues terminée en une flanelle claire, d’un bleu clair, et à la coupe généreuse. Elle avait masqué ses tatouages d’une capeline elle aussi de facture assez grossière, effleurant doucement les rondeurs de ses hanches. Enfin, elle avait troquées ses habituelles cuissardes pour de simples bottes noires au talon plus féminin. La dague se trouvait le long de son épaule gauche, masquée par la capeline qu’elle ne quitterait pas. Beaucoup savaient qu’une noble aux bras recouverts de tatouages aux couleurs vives était recherchée. Une robe simple et découvrant ses bras que le font les filles des bas quartiers la plupart du temps eut été un meilleur camouflage, mais ses particularités physiques l'en empêchaient catégoriquement.

Elle avait donc joyeusement racolé ces messieurs toute la soirée durant, s’extasiant de leurs exploits, crachant à part elle sur leur compte. Il y avait de cela quelques mois, elle les aurait tués sans se donner la peine de leur adresser la parole. Le bénéfice du soldat. Elle apprit à mi-voix qu’ils s’étaient introduits en ville avec un homme qu’ils ne vendirent cependant pas, et qui semblait être pour la Révolution d’un intérêt particulier, via le marché noir qui alimentait la ville dans son ensemble, noblesse glauque et Dissidence comprises… Elle s’était gardée à part elle l’histoire de l’homme mystérieux qu’ils protégeaient même au détriment d’une formidable partie de jambes en l’air, craignant de se découvrir de trop en insistant sans subtilité…

Puis ils lui parlèrent de leurs moyens de recrutement, de leur puissance… Et de leur certitude, surtout, de tous se retrouver sur des tas d’or une fois l’Olarii sur le trône. Cette simple idée la fit rire sous cape (-line) mais elle prétexta une bouffée de chaleur résultant d’un début d’ivresse plutôt que d’avouer son mépris. Mépris, pour des hommes méprisables et crédules. Certes, elle était peut-être un peu rude, mais elle estimait tout de même qu’il fallait être d’une bêtise folle pour croire un instant que l’Olarii donnerait à tous ces hommes fidèles une part de son butin. Que proposait-il, finalement ? De remplacer le patronyme du Gardan actuel par un autre ? Peut-être pensaient-ils être moins influençables que les Arlanii, eux, les bouseux pondus de la lie des campagnes… Peut-être s’estimaient plus valeureux et efficaces qu’un homme tel que Lan ? L’Elenor habituelle se serait moquée, puis ils en seraient venus aux mains… Mais la noble aux bras bariolés que l’on cherchait était également connue pour être bagarreuse (fait notable pour une femme…) et surtout fichtrement bonne au corps à corps. Si, en plus, on en venait à réaliser qu’elle n’était pas droitière, mais handicapée de la main gauche qu’elle avait soigneusement tenue à l’écart, elle pouvait être sure, si ce n’était le Guet, de voir les hommes de son cher père débarquer à l’aube.

Emoustillés par la confession de son ébriété, l’un des hommes qu’elle visait lui proposa de sortir faire quelques pas… L’occasion de se débarrasser de l’un d’entre eux…



« Hmpf » Un grognement sourd, de plaisir, dans son cou. Elle frissonna de dégoût tandis que l’autre plaquait à ses reins deux grosses mains répugnantes. Il l’appuya à lui, lui faisant bien sentir son enthousiasme, et se condamna aussitôt. Les bras passés autour de son cou, une moue répugnée pour le reste de son corps laissé à disposition du paysan crasse, elle saisit de la main gauche la poignée de la dague, sans que l’autre, trop affairé à fourrager dans ses vêtements, s’acharnant sur la ceinture qui (Therdone en soit loué) l’empêchait encore d’aller fouiller trop profond dans les petites affaires de la Jagharii, ne se rende compte de quoi que ce soit. Et c’était ça, qui assiégeait leur belle cité ? Quel soldat tomberait dans un tel piège face à l’unique perspective de se taper la première venue ? Sans doute était-ce la différence entre une armée et la Révolution… Les soldats attendaient la victoire pour se laisser aller à ce type d’effusions. Et elle en savait quelque chose…

Le fil de la lame arrêta un éclair de lune, et attira son regard tandis qu’elle décalait son visage de celui de l’homme dans un soupir dégoûté. L’inconnu l’interpréta comme un encouragement, et enfin fit céder la ceinture. Ce fut son dernier geste, car aussitôt un second sourire naquît sous sa mâchoire rustre. La main était forte et si elle était imprécise, à cette distance, son habileté était bien suffisante pour balayer tout ce qui devait l’être. Incapable de hurler, l’autre s’effondra sans tarder, souillant le décolleté d’Elenor de carmin. Après l’avoir repoussé d’un coup de pied méprisant, elle le contrôla et râla légèrement. Tout ce sang, on aurait pu croire que c’était elle, qu’on avait égorgé. Finalement, rangeant la dague dans son étau et rebouclant sa ceinture avec un cliquetis morbide, elle lâcha un : « Un de moins » Certes, ça ne les avancerait pas beaucoup, mais c’était déjà ça, et elle avait de toute façon déjà ses informations. Les autres, ceux qui étaient toujours à la taverne avaient été repérés et fichés. Peut-être terminerait-elle le travail… peut-être pas, plus tard, après en avoir parlé avec Lan.

Saisissant le cadavre sous les aisselles, elle le traîna jusqu’à l’écluse, dans laquelle elle le balança non sans souffler comme un bœuf. C’est qu’il était lourd, le bougre. Au moins avait-il choisi un endroit pratique pour assouvir ses… pulsions.

Une fois le cadavre plus loin, bientôt amoché par les petits poissons des canaux, elle se pencha au-dessus de l’eau et entrepris de nettoyer un peu sa gorge souillée et son visage qui risquait de porter quelques traces de son acte. Tant pis pour la chemise, elle se contenterait de la masquer de sa capeline, heureusement assez longue pour se faire, et la nettoierait une fois en sécurité.

C’est ainsi qu’elle revint sur ses pas, jetant des regard prudents de droite à gauche, s’appliquant à ne pas marcher près des murs où des personnes pouvaient s’être embusquées (comme elle le faisait elle-même souvent) Mais toute vigilance a ses failles, et alors qu’elle fixait d’un air soupçonneux la ruelle voisine, elle ne vit pas approcher la jeune femme qui manqua de la percuter de plein fouet.

Un juron sonore lui échappa, la surprise lui coupant le souffle un seul instant. Elle resta cependant droite et solide, pur réflexe martial. La jeune femme s’excusa et rougit, avant de la détailler avec soin. Elenor n’osa pas vérifier si le sang était ou non visible, et se contenta de lui opposer un sourire fiable et clair. Autant dire qu’il était plus faux qu’un cheval à bascule. Ne pouvant se permettre de laisser des traces de ses traits et attitudes en ville après un meurtre qui serait découvert tôt ou tard elle chercha un moyen de s’assurer que la jeune femme ne risquait pas de la compromettre. Oh bien entendu, il y avait un moyen très simple de l’en empêcher, mais Elenor n’était pas non plus une bête sanguinaire, et elle avait longtemps travaillé à la protection de femmes comme celle qui lui faisait face…

« Il n’y a pas de mal » glissa-t-elle d’une voix grave. « Je n’étais pas non plus très attentive. »

Un coup d’œil à droite, puis à gauche. Une ruelle se trouvait tout près sur sa gauche. En saisissant la jeune femme de son bras droit, elle l’y entraînerait sans mal… Hasardant enfin un coup d’œil à sa mise, elle remarqua qu’un bout de sa chemise avait été découvert par le choc.

Bon.

Elle happa Hirvë sans la moindre douceur, une main plaquée sur sa bouche, pour la lâcher dans un cul de sac étroit, désert, et hors de la vue des curieux à quelques pas de là. Elle jeta des regards nerveux derrière elle, vérifiant que personne ne les avait suivies, ni n'avait remarqué la scène, avant de lui refaire face, visiblement tendue. Découvrant la dague en guise d’avertissement (mais également son bavoir de sang) elle lui intima le calme.
« Ton nom, ta destination.
Sois prudente et je ne te ferais aucun mal. Je n’ai pas l’habitude de saigner les jeunes femmes sans défense… »

Elle avait pu la voir, mais Elenor prenait néanmoins soin d’être difficilement identifiable, dans l’obscurité. Après tout, deux secondes suffisaient à peu de monde pour identifier scrupuleusement quelqu’un le lendemain matin. D’autant plus au crépuscule. Et une description vague se noierait sans mal dans l’océan de toutes les plaintes quotidiennes.

Prudente, elle surveillait le moindre geste de la jeune femme, prête à réagir en cas de menace. Elle ne pouvait en tout cas pas la laisser se diriger après sa découverte vers un établissement où elle avait passé toute la soirée et sans plus de masque qu’un comportement de midinette inhabituel pour elle.

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Hrivë Ethanliel
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MessageSujet: Re: Fin de journée   Mar 23 Nov - 22:30



  • Hrivë était très soulagée de savoir que la jeune femme en question ne se mettait pas en colère. Elle se condamna intérieurement mille fois pour ne pas regarder où elle allait et marcher au-devant des gens et des dizaines de ruminations psychiques plus tard, elle osa enfin relever la tête.
    La jeune femme en question était grande, très droite avec de jolis cheveux noirs mais son air était très dur. En fait, c'était plutôt le genre de femme qu'on a pas envie d'embêter quelqu'en soit la raison. La jeune Cantatrice avait beau chanter devant des Nobles, elle ne perdait pas sa gêne devant les personnes très imposantes. Mais elle lui sourit et cela la rassura un peu. On ne sait jamais qui on rencontre dans de tels quartiers et son sourire lui semblait gentil et non pas pervers comme ceux qu'on pouvait lui adresser dès fois. Hrivë sourit encore un peu, passant encore une fois une main dans ses cheveux, elle faisait toujours ça quand elle était nerveuse. Et, en ce moment-même, elle avait en effet une raison d'être nerveuse.
    Elle ne l'avait pas vu quand elle s'était approchée et elle ne l'avait pas non plus vu avant étant donné qu'elle ne regardait pas devant elle, absorbée par sa contemplation des pavés... Mais la chemise de la jeune femme était tachée et, elle avait essayé de rincer cette tâche avec de l'eau, mais le tout n'étant pas encore sec, on pouvait voir la couleur de ces tâches : du rouge. Hrivë fronça les sourcils : il n'y avait pas beaucoup de matériaux qui font de pareilles tâches. Mais, alors qu'elle allait se hasarder à lui demander ce qu'il lui était arrivée, la femme en face d'elle réagit plus vite qu'elle.

    L'Ecluse de Bonne Abondance étant un lieu mal famé, il regorgeait de petites rues en coupe-gorge et la jeune femme devait même en prendre une pour rentrer chez elle, mais ce n'était certainement pas celle dans laquelle la femme l'entraîna sans la moindre douceur. La Cantatrice n'était pas très lourde, en tout cas beaucoup moins qu'un soldat et l'inconnue n'eut aucun mal à la traîner dans ce coupe-gorge sombre. Personne ne réagit : ce n'était pas leur affaire et ils voulaient certainement pas risquer leur peau pour quelque chose qui ne les concernait pas. Hrivë était donc vraiment seule devant la femme et celle-ci aurait pu l'égorger avec autant de facilité qu'un enfant pourrait tuer un petit oiseau tombé du nid. La jeune femme ne cria pas et se laissa faire : elle ne pouvait visiblement pas résister. Cependant, alors qu'elle la traînait et la plaquait comme un mur en pierre sale, elle ne put s'empêcher de serrer avec force son balluchon afin qu'aucun objet suspect n'en tombe ou que la femme ne trouve aucun autre avantage à sa mort. Elle eut cependant le souffle coupé à l'impact et la douleur du choc se répandit dans son crâne, la sonnant pendant un petit moment.
    Son coeur battait la chamade quand la femme lui intima d'un geste de se calmer. Elle-même semblait nerveuse et jetait des regards circulaires, mais il n'y avait personne qui pouvait représenter une menace. Si elle en ressortait entière et en état de marcher, la jeune femme se promit de faire extrêmement attention quand elle rentrerait chez elle en passant par là. Il était clair que la femme lui avait d'abord semblé gentille et inoffensive, enfin, à son égard, mais ce n'était pas vraiment le cas. Comme l'en témoignait la lame qu'elle lui dévoila pour l'aider à la calmer. La jeune femme étouffa son propre cri en mettant sa main devant sa bouche. Elle savait que son interlocutrice n'avait pas vraiment d'intentions innocentes, mais à ce point là ? La panique s'empara d'elle et elle se mit, elle aussi à regarder autour d'elle. Il n'y avait aucune véritable issue : la femme la rattraperait avant même qu'elle puisse sortir du coupe-gorge.

    Mais alors, la femme la rappela à elle en lui posant d'une voix sèche des questions sur son nom et sur le lieu où elle allait. Puis, elle la rassura enfin. Hrivë fronça les sourcils, ayant un peu de mal à la croire, mais elle obtempéra : que pouvait-elle faire d'autre ?

    - Je suis...

    Là, elle fit une pause. Si elle dévoilait son nom, au du moins, son prénom, la femme finirait bien par savoir qui elle était vraiment, c'est-à-dire, pas seulement la Joyeuse de l'Abri du Serpent, mais aussi la Cantatrice qui donnait des représentations chez les Nobles. Et si cela s'ébruitait, sa carrière serait finie. Hrivë se mordit la lèvre inférieure. Après tout, elle ne lui avait demandé que son nom et pas son... prénom. La jeune femme déglutit et reprit :

    - Mon nom, c'est Ethanliel. Je me dirige vers l'Abri du Serpent, mes parents en sont les propriétaires et j'y travaille le soir.

    Voilà, ce devait être amplement suffisant. Son interlocutrice pourrait très bien se servir de son nom pour la faire chanter si elle désirait et les informations qu'elle avait donné sur sa destination compenseraient le manque de clarté sur son identité complète. Mais elle ne pouvait pas risquer sa carrière ainsi et finir par être refusée, refoulée devant les théâtres et les domaines des Nobles pour terminer sa vie derrière les fourneaux de la taverne de ses parents. Non, elle ne pouvait se le permettre, même avec cette dague qui la menaçait et le sang qui s'affichait sur la chemise de la femme. La jeune femme sentit ses mains trembler tout de même de peur et elle se planta les ongles dans la paume pour les faire arrêter. Bien sûr qu'elle avait peur, qui n'aurait pas eu peur à sa place ?
    Elle osa, après quelques minutes, relever les yeux vers son interlocutrice mais elle avait du mal à discerner ses traits à cause du soleil qui était en train de se coucher et le mur de la bâtisse d'en face qui empêchait l'accès aux rayons du soleil. Mais elle lui avait promis qu'elle ne la saignerait pas et la droiture de son dos était sans doute égale à la droiture de son esprit. Du moins, elle l'espérait, sa vie en dépendait.


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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Fin de journée   Jeu 16 Déc - 22:28

Derrière ses prunelles de jais, l’esprit d’Elenor était actif. Très actif, même. Elle recueillait et analysait les réponses de la jeune femme. Ses parents étaient les propriétaires de l’Abris du Serpent… ? Il y avait chez l’inconnue quelque chose qui devait être familier à Elenor, et pourtant, elle était tout bonnement incapable de se souvenir d’où cela venait, ni même si ce n’était pas juste un leurre. Cela faisait des mois maintenant qu’elle vivait dans la ville basse, et qu’elle avait quitté les quartiers militaires, et elle était bien certaine de ne pas l’avoir croisée dans la ville haute en elle-même. Les yeux plissés, elle réfléchissait, avant de conclure qu’elle devait sans doute cette familiarité à l’époque où la jeune femme avait du faire son apprentissage militaire. Elenor avait du mal à lui donner un âge précis, dans cette lumière, mais au son de sa voix, elle l’estimait plus jeune qu’elle-même, et elle avait très vite commencé, au vu de ses capacités une arme au poing, à former les nouvelles recrues ou tout du moins à les accueillir. Si tant est qu’un bonjour beuglé plutôt que soufflé, et un comportement de brute épaisse mal léchée puisse être considéré comme un accueil.

Oui, cette fille lui mettait sans doute une bonne dizaine d’années dans la vue… Elenor n’eut pas été étonnée de se rendre compte qu’elle l’avait accueillie lors de son initiation… Les souvenirs étaient flous, et pour la plupart, ils étaient surtout composés d’allégations et de suppositions, plutôt que de souvenir, mais la dissidente l’associait clairement à l’armée, c’était donc bien là-haut qu’elles s’étaient croisées. Sa certitude était trop forte.

Elle tenta de se remettre son nom, qui lui aussi lui semblait familier, mais cela n’était sans doute qu’une association d’idées trompeuse, comme souvent. Et puis, ce n’était toujours qu’un nom de famille… cette idée alluma comme une petite lanterne vicieuse dans l’esprit d’Elenor. Elle s’était présentée avec son nom de famille… Le moins utile, le moins fréquent, le moins… usuel. Le plus dangereux aussi, car c’était le meilleur moyen de compromettre toute une famille tandis qu’un prénom… qu’un infime prénom. Tellement plus anonyme.

Et si ce prénom était précisément ce qui manquait à Elenor pour remettre une identité sur ces traits vagues et cette voix ? Oui, cette voix ! Elle connaissait sa voix aussi.

Elle étouffa un juron dans l’obscurité. Il ne lui manquait presque rien, c’était frustrant.

Elle tenta cependant de s’ôter ces idées de l’esprit, pour le moment. Cela faisait quelques longues secondes maintenant qu’elles étaient là, et personne n’était venu, elles étaient donc dans une relative sécurité. Aussi se passa-t-elle une main sur le front, un soupir lui échappant. Qu’est-ce qu’elle allait faire d’elle, maintenant ? Elle avait l’air docile, mais ça ne l’avançait pas davantage… En la relâchant, elle prenait le risque de la voir gueuler à tout rompre et de se faire arrêter, en la butant… elle buterait une innocente, et ce n’était pas non plus dans ses habitudes… Il fallait qu’elle ait quelque chose pour avoir sur elle un minimum d’emprise. Découvrir pourquoi elle était si défiante, et pourquoi, même acculée, elle avait cette considérable réserve serait un bon début.

Elle s’avisa du sac qu’elle avait voulu protéger jusque là, c’était un bon début.

« Le sac, là, il contient quoi ? Des vêtements ? » Ce pourrait lui être utile, pour éviter de se promener avec un joli bavoir de sang par exemple… « Tu as volé ces trucs, où ils t’appartiennent ? »

Avec un peu de chance, elle les aurait volés, et Elenor pourrait partir en menaçant de la balancer si elle disait quoi que ce soit à son sujet… On exécutait facilement les humbles dans cette ville. Pour vol, avec ou sans preuves… Il y avait de quoi flipper, assez pour lui intimer le silence avec suffisamment de persuasion.
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Hrivë Ethanliel
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MessageSujet: Re: Fin de journée   Ven 31 Déc - 6:24

Déjà Hrivë se sentait trembler. Il y avait de quoi : elle n'était qu'une gamine en face de cette grande femme tachée de sang. Combien de temps les os de son cou pourraient résister à ses mains, apparemment expertes. Elle préférait ne même pas se demander d'où le sang venait. A vrai dire, elle n'avait qu'une idée en tête : partir. Elle pourrait promettre, à cet instant précis, tout ce que la femme voulait pour pouvoir partir. Non, je ne dirais rien. Non, je ne vous ai jamais vue. Après tout, la ruelle était sombre et leur rencontre avait été si vive ! Elle pourrait facilement oublier. Mais, en ce moment-même, elle ne le lui demandait même pas.
La jeune Cantatrice se jura de ne plus jamais passer par là. Jusque là, elle avait été épargnée, mais sa chance ne pouvait évidemment pas durer. Ses parents s'inquiétaient-ils ? Etaient-ils en train de pester contre la famille qui lui avait demandé un concert ? Finiraient-ils par aller la voir ? Finiraient-ils par leur montrer, montrer au monde entier d'où la si noble Cantatrice venait en réalité ? D'une petite Taverne sale et miséreuse... Sous le coup de la panique, elle sentait déjà son coeur battre encore plus fort et ses veines taper contre ses tempes. Sa respiration se serait accélérée si l'inconnue n'avait pas eue sa main autour de son cou. Elle se demanda combien de temps elle pourrait tenir ainsi.
Mais elle n'osa même pas bouger, ni même émettre un son. La femme la perçait de ses yeux observateurs. Elle semblait vouloir quelque chose, ses sourcils légèrement froncés. Que voulait-elle voir en elle ? L'assurance qu'elle ne dirait rien ? La jeune femme baissa très vite les siens. Elle ne voulait pas que la femme croie qu'elle essayait de graver ses traits dans sa mémoire. Hrivë ne voulait vraiment pas le faire de toute manières. Car si la femme avait un secret à demi dévoilé, le sien était également à l'aube de se mettre en pleine lumière.

Pendant un instant, elle sembla réfléchir au nom qu'elle venait de lui donner. La Cantatrice espéra qu'elle n'était pas une sorte de grande tueuse qui allait se venger et retrouver ses parents pour les assassiner. De toutes manières, c'était désormais trop tard, elle était littéralement entre ses mains et elle était prête à tout lui dire pour qu'elle puisse repartir. Presque tout. Mais pitié, pas comme ça. Pas une mort idiote comme cela : dans une ruelle sombre en secret où son cadavre giserait parmi les rats et les déchets pendant quelques jours avant qu'on ne la retrouve. Voilà, la fin de la magnifique Cantatrice Hrivë, elle a chanté dans les palais et elle est morte dans les déchets. Elle aurait voulu.... elle aurait voulu mourir après une longue et respectable vie, tranquillement dans la maison qu'elle aurait acheté, peut-être entourée d'un mari et des enfants. Juste mourir dans son lit, pas ici.
L'évocation de la mort répandit une certaine peur-panique en elle et elle dut lutter pour ne pas se battre contre la main qui la retenait coincée. Elle n'avait aucune chance de toutes manières.

Heureusement, quelque chose d'autre sembla intéresser l'inconnue - elle se condamna dans sa tête à l'appeler ainsi car elle n'avait plus tellement envie de connaître son nom. Ce quelque chose c'était son baluchon. Elle avait réussi à le garder caché et elle avait espéré que la femme croit qu'il n'y avait que du pain ou du beurre et des choses innocentes et inintéressantes pour une meurtrière. Car c'était bien ce qu'elle était, non ? Mais la jeune femme savait pertinemment que, s'il avait contenu de telles choses, le baluchon serait apparu plus solide. Dedans, les vêtements et les petits bijoux lui donnaient une forme plus arrondie et plus molle. La femme lui demanda assez sèchement ce qu'il contentait. Cette voix sèche, elle l'avait entendue, tous les jours pendant son Apprentissage dans l'Armée. Tous ses supérieurs avaient un ton pareil, la même autorité. Alors, son imagination s'embrasa : et si Kaleb était revenu, et s'il était venu la chercher à l'Abri du Serpent ? Et si elle avait été chargée de le suivre et de le tuer ? Après tout, c'était un Dissident et il avait partie de l'Armée lui aussi. Le seul homme de l'Armée qu'elle ait rencontré avec une voix agréable d'ailleurs.
De l'autre côté, si elle faisait vraiment partie de l'Armée, il y avait très peu de chances qu'elle la connaisse. La seul concert qu'elle avait donné là-bas (et son premier d'ailleurs), elle l'avait donné devant des hauts gradés et si elle en était une, elle n'aurait pas peur de se promener avec du sang sur ses vêtements. Et de toutes manières, il faisait peut-être trop noir pour que Hrivë puisse la voir correctement, mais il y avait des chances pour que la femme ne la voie pas tout à fait. Cette possibilité la rassura un petit peu.

Elle devait lui répondre maintenant car elle lui avait posé une question. A vrai dire, elle lui avait posé deux questions et, apparemment, elle ne se contenterait pas d'une réponse incomplète. La jeune femme avala difficilement sa salive, essayant de réfléchir le plus vite possible, mais le manque d'oxygène faisait marcher ses facultés au ralenti. Que faire ? Prétendre qu'elle avait volé les vêtements durement achetés ? C'était une possibilité. Mais alors, elle s'exposait au chantage : la femme pourrait très bien lui demander de l'argent en échange et elle devrait forcément taper dans ses économies pour qu'elle et sa famille soient saufs. Ou bien...

- Ce sont les vêtements de la Cantatrice que je sers, fit-elle finalement d'une petite voix.

Elle n'avait vu qu'une seule Cantatrice avoir une suivante, une grande Cantatrice très hautaine mais très douée et surtout, très Noble. Après tout, elle n'était pas très bien habillée mais elle était suffisamment jeune pour jouer les suivantes. Et sans doute que la femme en face d'elle ne s'y connaissait pas tellement en Cantatrice et elle pourrait faire passer cela pour quelque chose de courant. En espérant qu'elle n'apprenne jamais la vérité maintenant qu'elle savait où elle vivait.

- Elle me les a confiés pour que je les lave, se crut-elle obligée de préciser.

Hirvë pria Thédrone de toute son âme pour que sa voix ne tremble pas trop ou au moins que la femme ne le perçoive pas et elle garda les yeux obstinément baissés. Elle avait du mal à mentir et la femme semblait observatrice. Au pire, se rendit la jeune femme, elle pourrait toujours lui donner des bijoux ou un ruban, même si elle ne semblait pas tout à fait du genre à porter de telles choses. Pour masquer le sang, peut-être.
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