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 Que votre Volonté soit Faite

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Vanhilde Tehanii
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MessageSujet: Que votre Volonté soit Faite   Mar 4 Mai - 18:48

Riarg avait les coudes posés sur les grands accoudoirs de son large fauteuil, les mains jointes devant son visage, cachant ses lèvres au rictus froid. Derrière lui, un second Conseiller faisait les cents pas, marmonnant dans sa moustache de vieillard des bribes de phrases incompréhensibles. Ils n'étaient que trois, vue l'heure pénible : à bientôt treize heures, les déjeuners servis par le Chef aux maintes éloges étaient largement prisés par les Conseillers. Certains avaient également peine à s'éveiller d'une nuit trop courte à fumer et s'enivrer, et d'autres préféraient s'adonner aux joies de la vie de famille, donner le repas à leurs enfants, ce type de futilité les laissant dans une certaine intimité, tous trois.

Riarg ne disait pas un mot, et les murmures commencèrent à agacer la Conseillère en charge de la Religion, qui n'eut aucun mal à se retenir, tant sa Volonté était grande. Ce fut Riarg qui se redressa et fit taire le chuchoteur, imposant son charisme à son collègue sans élever la voix une seule seconde. Cependant, tous deux purent lire la profonde rage qui sommeillait dans son regard.

- Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ces Etrangers pendre de l'assurance.
Fit-il calmement, malgré ses yeux sombres.

Le vieux Conseiller n'était, lui, pas aussi serein et ne put désormais plus s'empêcher d'annoncer clairement ses craintes, accourant auprès de Riarg pour poser sa main sur son épaule.

- Olarii aura tôt fait de leur mettre la main dessus, Riarg, il faut les empêcher d'entrer en contact avec les Révolutionnaires où...


Ce fut Vanhilde, cette fois, qui s'imposa, faisant un pas en avant et levant une main en signe d'attention. « Ils voudront les avoir pour eux, nous le savons. La rumeur aura bientôt raison des septiques, et tous sauront que les Descendants de la Légende sont en Edor Adeï. N'ayez cependant aucun doute en notre Volonté. Nous souhaitons que ces Etrangers ne puissent nous nuire. Nous en avons les moyens. » Elle eut un léger sourire, à peine tiré, et Riarg laissa passer dans ses yeux un éclair sournois, avant, d'un geste, de retirer la main du Conseiller sur son épaule.

- Vous avez raison, Vanhilde, comme souvent, et vos paroles sauront toucher sa Majesté le Gardan Edorta. Il leva un doigt averti, l'oeil brillant d'intelligence et ordonna : Qu'on demande à son Altesse de bien vouloir nous honorer de sa présence.

Et immédiatement, un valet quitta la grande pièce où se trouvaient les trois Conseillers, à toute vitesse. On n'entendit bientôt plus les bruits de ses pas vifs, et Riarg s'approcha de Vanhilde, certain que l'ancien ne pourrait les entendre.

- Je ne peux exécuter tous ces Paysans ! Fit-il entre ses dents.

« Si Ysor nous l'ordonne, nous exhausserons sa Volonté. » Lui répondit la Tehanii, le visage soudainement plus neutre, alors qu'elle décelait déjà les sons d'une marche lente et protocolaire survenir dans les couloirs.

Ainsi, ce fut ce valet qui avait détalé jadis qui ouvrit la porte et annonça d'une voix grave :

- Ysor Cinquième, Gardan Edorta.

Et Riarg cessa d'observer le visage impassible de Vanhilde pour approcher du Gardan Edorta, qui, bientôt entrait dans le Salon des Audiences. Il ne fallait perdre une seconde, aussi le Conseiller, comme à son habitude, exposa sans détour -apparents- la situation.

- Majesté, il me faut vous entretenir d'un fait qui doit retenir toute notre attention. Les êtres dépeints par les Oracles dans leurs visions sont aujourd'hui dans la Cité, ils ont été vus à plusieurs reprises, et nos sources affirment qu'ils ont trouvé refuge dans une Auberge de la Ville Basse. Nous ne doutons pas que votre Grandeur n'accordera aucune confiance à ces Etrangers.

Ce à quoi, Riarg s'écarta bientôt et accompagna l'avancée de Vanhilde d'un geste noble et théâtrale. La Conseillère n'avait jamais pu affirmer apprécier Riarg. Cependant, il était dans son estime au dessus de la plus grande majorité des Ilédors, car sa Volonté était sans limite. Il lui fallait exposer à Ysor certaines craintes de façon plus sombres afin qu'il prenne les bonnes décisions.

« Mon Seigneur. Therdone admire votre Volonté et sait que vous ne faiblirez pas devant Eux. Je me dois de vous mettre en garde, car il serait détestable qu'un mouvement supplémentaire ne se créé face à l'arrivée de ceux qui se font appeler les Descendants de Bakarne. Votre nom ne peut être bafoué par ces Êtres Blasphèmes, mais Therdone n'ordonne ni violence, ni guerre. Votre Peuple ne saurait le supporter. Il convient, si votre Volonté est telle, de les accueillir comme des Etrangers qu'ils sont, avec la noblesse et la diplomatie d'Edor Adeï, et de leur permettre de siéger généreusement dans cette Auberge où ils demeurent, afin qu'ils ne cherchent en aucun cas à s'éloigner des routes que Vous leur tracerez. » La voix de la Conseillère n'était ni celle des grands orateurs, ni celle, douces, des Cantatrices.

Cependant, elle avait le timbre des Moniales qui, sévères, sont justes. Et son oeil qui, sans faille, ne cillait pas accentuait les expressions rigides de son visage, comme si aucun refus ne pouvait ainsi lui être renvoyé. Ysor ne devait pas faire l'erreur de se montrer ni trop bon hôte, ni trop belliqueux, où, jetés dehors, ce Peuple barbare n'aurait qu'à être cueilli par la lignée Olarii. Il fallait, pourtant, que le Gardan Edorta songe faire le choix lui-même, et qu'il ordonne. Il n'y avait que le vieux Conseiller qui, toujours inquiet de cette situation, gardait le silence et se rongeait les ongles.
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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Mer 5 Mai - 18:54

    Ysor ne s’était pas attardé à table. Non qu’il ait à redire aux repas que servait le chef du palais d’Edor Adeï, mais la compagnie d’un certain courtisan commençait quelque peu à lui porter sur les nerfs. Que croyait-il donc, ce vieux serpent, qu’il était naïf au point d’avoir oublié en deux flatteries le comportement hautain de cet homme lorsqu’Elandor était encore en vie ? Ysor n’avait pas la mémoire si courte. Et il ne doutait pas un instant que cet homme le détestait – hé bien, c’était réciproque.
    Ysor avait beau être tout à fait qualifié lorsqu’il s’agissait de faire bonne figure en société, de prêter une oreille amicale aux déblatérations des nobles et de respecter les convenances en toute circonstance, il lui devenait de plus en plus désagréable de répondre en souriant à cet ennuyeux personnage qui dégoulinait la perfidie. Sentant poindre la tentation de lui envoyer au visage une réplique bien sentie, Ysor avait jugé qu’il était temps de se retirer.
    Il arriva à ses appartements au moment où un valet se faisait dire que son Altesse n’était pas là.
    « Hé bien ? » s’enquit-il.
    On le demandait au salon des audiences. À en juger par l’heure, ce devait être important, car l’après-midi était tout juste entamée, et il était trop tôt pour une réunion du Conseil en bonne et due forme. Quoi qu’il en soit, Ysor se laissa mener par le valet qui l’annonça à son entrée :
    « Ysor Cinquième, Gardan Edorta. »
    Curieux l’effet que lui faisaient ses paroles, l’association du nom – son nom – et du titre.. Il aurait dû s’y habituer, depuis le temps… Non, en vérité, il s’y était habitué ; mais cela ne lui en procurait pas moins une sourde satisfaction à chaque fois.
    Il balaya la salle du regard, identifiant rapidement les personnes présentes. Seulement trois de ses conseillers, dont l’un qui n’attendit pas davantage pour entrer dans le vif du sujet. Riarg, évidemment. Au moins un qui ne s’égarait pas en palabres superflus.. Ysor l’écouta attentivement. Des étrangers, dans la cité ! Évidemment, qu’ils n’auraient aucunement sa confiance. Il se contenta d’acquiescer légèrement ; jusque-là, il n’y avait rien à y redire. Même si cette fameuse prophétie ne lui plaisait aucunement… Et qu’à présent tout un groupe d’étrangers arrive en ville, et confirme les visions des Oracles ! Voilà qui pouvait tourner assez désagréablement.
    La conseillère religieuse, Vanhilde, enchaîna, confirmant ses pensées. Elle l’incitait à ne pas prendre les armes contre ces nouveaux arrivants, ce qui effectivement n’était pas dans ses intentions, même s’il y avait brièvement songé. Les accueillir… Oui, c’était la conduite qu’Edor Adeï se devait de tenir face à des étrangers ; mais il ne fallait pas que ces gens aggravent la situation déjà tendue à cause des Révolutionnaires de l’Ouest. Qu’ils demeurent à l’auberge, dans la ville basse, c’était une bonne idée. Les accueillir avec courtoisie, c’était encore le meilleur moyen de pouvoir garder le contrôle sur eux.
    « Effectivement, il serait fâcheux que ces prétendus descendants de Bakarne prennent contact avec les Olarii… » répondit Ysor.
    Extrêmement fâcheux, même. Réfléchissant toujours, il reprit :
    « Il faudrait pouvoir garder l’œil sur eux. S’assurer qu’ils demeurent à leur place sans s’introduire dans les affaires de la cité. Oui, accueillons-les dans la ville basse. Puisqu’ils ont choisi cette auberge, qu’ils y restent ! Mieux vaut ne pas nous attirer leur antipathie. » Au risque de les voir alors rallier les Révolutionnaires...
    Il se tut, songeur. L’idéal pour maintenir le calme aurait été que personne, en ville, ne sache rien de l’arrivée de ces prétendus descendants de Bakarne. Malheureusement, les nouvelles allaient vite, surtout celles de cette importance, et Ysor ne doutait pas qu’Edor Adeï entière était parcourue de rumeurs, plus ou moins fondées, sur le compte de ces étrangers.
    « Que savons-nous d’eux ? » questionna-t-il. Le meilleur moyen de faire face est encore d’être informé. « Combien sont-ils ? Ont-ils des armes ? Et qui est leur chef ? »
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Cyrilis Jaktarii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Ven 7 Mai - 11:10

Cyrilis pénétra dans le Salon du Conseil. Une réunion se tenait, et il n'y était pas convié ? C'était presque une insulte à l'égard de sa position. La démarche assurée, significatrice de son énervement, il s'avança jusqu'au centre de la salle, retirant ses gants dans un empressement nerveux. Vanhilde tehanii était en train d'adresser la parole à Ysor le Cinquième.

Il jeta presque ses gants sur l'accoudoir d'un siège avant de s'incliner légèrement devant le Gardan Edorta. Puis il observa brièvement son beau père. C'était bien dans son habitude de l'écarter de ses projets. Mais, peu importait, il était présent et ne comptait pas se laisser démonter. Son regard passa successivement sur Vanhilde Tehanii et sur le vieux Conseiller derrière Riarg. Ils étaient peu nombreux. C'était très bien.

Il s'installa doucement sur le siège au moment où le Gardan Edorta prenait la parole.


- Il faudrait pouvoir garder l’œil sur eux. S’assurer qu’ils demeurent à leur place sans s’introduire dans les affaires de la cité. Oui, accueillons-les dans la ville basse. Puisqu’ils ont choisi cette auberge, qu’ils y restent ! Mieux vaut ne pas nous attirer leur antipathie. Que savons-nous d’eux ? Combien sont-ils ? Ont-ils des armes ? Et qui est leur chef ?

Cyrilis resta songeur un bref instant. Le sujet de la réunion était porté sur les nouveaux venus, les habitants d'"Arestim Dominae", comme Ergan avait appelé leur village d'origine.
Le Conseiller en charge des Finances et de la Guerre se racla la gorge pour réclamer la parole d'une voix sans heurt:


- Votre Altesse, si vous me le permettez...

Il marqua un bref temps d'arrêt.

- Ce matin, l'un de ces étrangers s'est présenté à ma demeure. Il est donc probable que d'autres se soient séparés du groupe et aient d'ors-et-déjà quitté la ville basse. Il souhaitait entrer à mon service, et au regard de ses compétences, j'ai accepté.

Il écarta les bras:

- Je pourrais tirer de lui toutes les informations dont nous avons besoin pour cerner ces personnes. Je peux cependant affirmer que leurs manières sont très différentes des notres, et parfois particulièrement... rustres.

Il repensa à quelques événements de la matinée.
Une fraction de secondes plus tard, il embrayait sur un autre sujet:


- Mais plutôt que les isoler de la Révolution, je pense que votre Altesse serait bien avisée si elle décidait d'utiliser leur présence à bon escient, afin de ruiner les efforts des Olarii. Si le nouveau membre de ma Maison a pu parvenir aux Nobles Quartiers, il ne fait nul doute que leur présence est déjà connue à travers tout Edor Adeï. Alors, si nous laissions les bruits courrir en dehors des murs d'enceinte, les Olarii pourraient renoncer. Mieux, tourner leur esprit vers les "Descendants de Bakarne", s'en inquiéter, voire se tourner contre eux.

Il esquissa un sourire.

- Et cela serait amplement profitable à votre Altesse.
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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Mar 11 Mai - 11:43

    Hé bien, il ne manquait plus que cela. À en croire Cyrilis (et Ysor, justement, le croyait), ces étrangers s’étaient déjà éparpillés dans la ville. Comme s’ils n’étaient pas déjà un problème suffisant lorsqu’ils étaient un seul groupe ! Comment contrôler des dizaines d’individus disséminés dans toute la cité ?
    Ainsi un homme avait voulu entrer au service des Jaktarii. Fallait-il y voir une tentative de se rapprocher du pouvoir, en rejoignant la demeure d’un Conseiller ? Mais cet étranger pouvait-il savoir déjà quel était le rang de Cyrilis ? Ysor écarta ces réflexions au profit d’une autre.
    « Alors, ils cherchent à s’intégrer dans la ville... constata-t-il à voix haute. Donc, ils comptent rester longtemps ici ? »
    Il serra les lèvres, mécontent. Puis reprit avec un hochement de tête :
    « Oui, tirez-en tout ce que vous pourrez. »
    L
    a situation aurait au moins l'avantage de leur permettre d'obtenir des informations de premier choix, par le biais direct d'un de ces étrangers.
    « Mais plutôt que les isoler de la Révolution, je pense que votre Altesse serait bien avisée si elle décidait d'utiliser leur présence à bon escient, afin de ruiner les efforts des Olarii. Si le nouveau membre de ma Maison a pu parvenir aux Nobles Quartiers, il ne fait nul doute que leur présence est déjà connue à travers tout Edor Adeï. »
    Évidemment... Satanés étrangers.
    « Alors, si nous laissions les bruits courrir en dehors des murs d'enceinte, les Olarii pourraient renoncer. Mieux, tourner leur esprit vers les "Descendants de Bakarne", s'en inquiéter, voire se tourner contre eux.
    - Renoncer ? Je ne le crois pas. Ces gens sont obstinés ; cela fait bien des siècles que leur lignée n’est plus au pouvoir, et pourtant ils persistent ! »
    Il secoua la tête avec réprobation, un bref dédain apparaissant dans ses yeux sombres. Les Olarii, de fieffés fauteurs de troubles. Et qui s’en prenaient à leur propre peuple, qui plus est, en voulant initier un siège au nom de leurs prétentions déplacées...
    Quant à se servir des étrangers contre eux... C’était une idée intéressante, quoi qu’elle semblait délicate. Mettre en relation les nouveaux venus et la Révolution, c’était surtout, aux yeux d’Ysor, s’exposer à une alliance de prétendus descendants de Bakarne Olarii, perspective on ne peut moins engageante.
    À moins que...
    « Ces étrangers seraient dangereux pour les Olarii s’ils étaient présentés comme les véritables descendants de Bakarne, eux, ôtant ainsi toute légitimité aux Révolutionnaires.. Dès lors, oui, les Olarii auraient de quoi s’inquiéter. Mais dans ce cas, il nous faudrait nous assurer que ni ces étrangers, ni quiconque d’autre ne vienne se piquer de l’idée que ces "Descendants" ont effectivement un quelconque droit sur le pouvoir. »
    Il faudrait manœuvrer habilement pour mener cette idée à bien. Vraiment habilement ; la moindre erreur de doigté serait dramatique si la situation leur échappait. Mais pour manipuler efficacement quelqu'un, il faut encore le connaître... Et Ysor en revenait à ses interrogations premières. Qui étaient ces gens ? Et surtout, que voulaient-ils ?
    « Nous devons savoir quelles sont les motivations de ces étrangers. Dès lors, nous serons plus à même de prendre une décision à leur sujet.. »
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Lambda
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Lun 17 Mai - 18:31

    Le valet tirait ces informations d'un Domestique. Lui-même, lui avait-il dit, avait eut confirmation par l'un des cuisiniers qui, en pause afin de fumer un peu de précieuses herbes aux goûts sucrés, les avait vu, de ses yeux vu. Il n'y avait donc plus aucun doute à avoir, mais il aurait bientôt une nouvelle confirmation. Alors qu'il repassait par le Hall pour rejoindre à toute vitesse les nombreux couloirs qui pourraient enfin le mener vers le Salon des Audiences, l'homme -qui avait toujours attendu l'instant glorieux où il pourrait témoigner de son grand professionnalisme au Gardan Edorta- était déjà haletant.

    Lorsqu'enfin il glissa sur le sol qui étincelait d'une propreté éclatante, il fut empêché dans sa chute de salir le si beau marbre du Hall, par une chausse salvatrice. Lorsqu'il releva les yeux reconnaissants, ce fut sans doute un plus grand honneur encore qui le prit, car ce pied qu'il avait heurté était celui de l'Oracle. Il resta donc à terre et ne put que poser le nez au sol en plaquant ses mains contre le pavé.

    - Ô Oracle, quel bonheur de vous trouver dans la Grande Maison du Gardan Edorta.
    Il ne releva jamais les yeux, mais jubilait. C'était SON moment à lui !

    Lorsqu'il entendit clairement "Va donc annoncer notre venue à sa Majesté", Flitz sut qu'il était temps pour lui de courir vers la Renommée et la Reconnaissance du Roi. Il acquiesça sans se soucier des traces que sa peau blanchie laissait sur le sol -et sans se soucier qu'il aurait à le nettoyer ensuite lui-même- et se releva derechef, agile sur ses fines jambes, pour bondir comme un cabri vers les couloirs tant espérés.

    Après deux ou trois dérapages, quelques essoufflements, enfin, le jeune trentenaire put frapper à la porte -qu'on lui ouvrit- et retenir sa respiration le temps qu'on veuille bien lui dire d'approcher, pour reprendre son souffle. Et, au comble du bonheur, le valet s'exclama d'un ton élégant et digne d'un comédien :

    - Votre Majesté, Messieurs les Conseillers, Madame la Conseillère, voici venir l'Oracle lui-même, accompagné de deux de ces Étrangers. Il réalisa ensuite une parfaite révérence et son cœur battait la chamade tant il était honoré.

    Pensez, annoncer un moment si important de l'Histoire, il était ému d'avoir à en être le spectateur !
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Therdorus Uldarii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Lun 24 Mai - 12:57

    C'était presque parfait. Bien sûr, il n'en était aucunement surpris. Il aurait été terriblement anormal que toute cette entreprise ne se déroule pas selon ses plans, son bon vouloir et ce qu'il avait prévu. Il y avait, certes, des détails innocents qui s'étaient insérés dans sa Grande Journée, comme l'arrestation de cette Chasseuse totalement instable, et de ce garde du corps qui semblait de mèche. Mais enfin, enfin, il avait pu toucher leur livre qu'ils protégeaient comme la prunelle de leurs yeux. Que cette Représentante, Noble Dame s'il en est, puisse ainsi le lui reprendre avait laissé un petit « mais » sortir de sa bouche mais, enfin, enfin ! Qu'elle le garde encore un peu, si elle y tenait.

    En quelques pas, voici qu'il lui montrait le chemin, cette fois accompagné d'un ou deux Soldats, à distance. Il aurait été fâcheux que les hystéries de cette folle d'Étrangère puissent lui donner des idées, à elle aussi. Mais il avait vu clairement dans les yeux de cette Edorta qu'il y avait là une envie d'importance et de pouvoir qui risquait bien de la rendre tout à fait magnanime. En dépit de ce qu'elle avait l'air de vouloir faire paraître.

    Ce fut en chemin que Therdorus eut la plus grande mauvaise surprise de cette journée : en plus de la jeune femme qui était désormais Représentante du Peuple de ces Gens, un autre vint se joindre à eux. Il avait totalement idiot, un benêt, en somme. Tous ceux de cette populace étaient donc de parfaits abrutis ? N'y avait-il aucune éducation ? L'Oracle se sentait dès lors peu mécontent d'avoir à ses côtés celle qui devait être la plus élégante de toutes les femmes Olarii. Il frissonnait presque à l'idée des autres...

    Mais il ne parut pas se soucier de ce nouveau venu, tout simplement parce qu'à en considérer la dignité, il devait être bien bas dans l'échelle de ces Personnes. Ils prirent sans mal les routes qui devinrent de plus en plus majestueuses, puis ce fut le Palais du Gardan Edorta. En le montrant d'une main et d'une expression tout à fait pompeuses, Therdorus eut quelques soupirs doux... Cette merveille d'architecture et de richesse devrait vraiment être en possession des Oracles... Et dire qu'il aurait pu la marchander avec panache plusieurs années au paravent. Si seulement Thérasia n'avait pas imposé la neutralité des Oracles et tous ces beaux sentiments ! Il avait du se remettre à son jugement. Elle avait raison, après tout... Même si habiter ici devait être royal...

    « Noble Dame... Je pense que jamais vous ne verrez plus magnifique demeure. »
    Souffla alors Therdorus en pénétrant dans l'imposant Hall, tout de marbre et d'or, qui scintillait de mille feux. Mais alors que les nombreux Gardes du Palais restaient droits comme des piquets, tant ils étaient honorés de sa propre présence, un moucheron vint se coller à son pied... En fait... C'était plutôt un valet, tout essoufflé, qui resta bien 5 bonnes minutes le nez contre le sol à le complimenter. N'y avait-il pas de meilleures salutations ?

    « Va donc annoncer notre venue à sa Majesté »
    Fit-il alors, le poussant du pied pour qu'il se presse un peu. Et l'autre repartit à toute vitesse, en glissant. Il put alors de nouveau se faire le guide des Olarii, et, levant le menton, ne fut pas peu fier des réactions diverses des domestiques à leur passage. Des révérences, des mots élogieux... Il eut un sourire pour remercier tous ces pauvres gens.

    « Laissez-moi parler. » Lança Therdorus lorsque les énormes portes, sculptées dans l'or, se trouvèrent face à eux, et qu'ils entendaient tous, au travers, annoncer leur arrivée. Ce fut à cet instant qu'elles s'ouvrirent en grand, sur la somptueuse Salle d'Audience.

    Hum... Quelques conseillers s'y trouvaient déjà. Il n'était pas étonnant qu'ils soient déjà au courant, après tout, n'avait-il pas prédit le retour des Descendants de Bakarne lui-même ?! Il s'avança et salua d'un signe de tête le Gardan Edorta, les mains derrière le dos et la stature noble. Les révérences n'étaient pas réservées aux personnes de même rang.

    « Votre Majesté, je viens ce jour vous conduire les Représentants de ceux qui ont, ce matin, franchi la Grande Gérax et qui aujourd'hui ce présentent à vous. »
    Il se sentait bien. Cet endroit était son bassin, et les protocoles son eau. Il s'y sentait parfaitement bien... Surtout lorsqu'il amenait la preuve de sa Puissance d'Oracle, en chair et en os. Les petits Conseillers étaient dans l'Ombre, quand Therdorus Uldarii était parmi eux.
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Ergan Dialon
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Lun 24 Mai - 19:47

Ergan Dialon avait été réveillé en panique par un de ses apprentis. Lysandre avait osé s’en prendre à un Ilédor qui s’était montré puant d’orgueil. Ergan n’en apprit pas plus, il caressa vaguement la tête de Tiran et partit aussi vite que le permettait sa jambe malade. Il ne s’était pas habitué aux pavés, le sol sous ses pieds était trop égal, il avait une impression désagréable lorsqu’il marchait. Lorsqu’il avait enfin réussi à se traîner jusqu’au lieu de l’incident, il put voir Lysandre se faire emmener par deux hommes en métal avec une chasseresse qu’il n’était pas sûr de reconnaître. Cette vision le déchira mais elle fut estompée par une autre vision : celle de Therdorus rendant à contre cœur les Tables d’Olaria et l’Epée de Bakarne. Il avait donc touché pendant un moment à ces deux pierres angulaires de leur Peuple ? Il fut tout simplement choqué, et soulagé que la Veuve les reprenne. Mais ce que l’Ilédor avait rendu, l’Ilédor pouvait le reprendre, et il faudrait peut être batailler pour ne pas reperdre les Tables et l’Epée.

En l’absence du Chef, Mithra Edorta pouvait prétendre remplacer l’autorité morale de Lysandre. Il manquait encore l’autorité matérielle. L’Administrateur était le plus à même de représenter cette autorité matérielle. Ergan Dialon était encore un peu loin, mais il ne lui fallut pas plus d’une dizaine d’enjambées pour rejoindre le félon et la Veuve.

Il arriva à la hauteur de la Veuve sans dire un mot, elle eut un regard surpris. Pourvu qu’elle se souvienne de leur entente promise lors d’une pause dans le convoi… Ergan Dialon détecta le regard méprisant de Therdorus Uldarii sur lui. Il se renfrogna et se buta, ce qui le fit effectivement ressembler à un taureau agacé.

Sans même savoir où il allait, Ergan Dialon emboîtait le pas de sa démarche claudiquante, qui avait été pire il n’y avait pas plus de quelques jours. Calathéa Weiss avait fait un petit miracle de ce point de vue là. Il pouvait boiter aussi vite que les autres marchaient.

Il était trop préoccupé pour s’émerveiller encore devant les bâtiments, les rues tracées aux cordeau et toutes les merveilles de la Ville. Il s’était embarqué dans une situation sans vraiment avoir réfléchi, pensant que ses compétences d’administrateurs seraient utiles et feraient une différence. Plus il progressait vers les hauts de la capitale, moins c’était évident. Ils ne seraient pas impressionnés par lui, au contraire. Il ressemblerait à un moucheron dans ses habits sales et déchirés, avec sa cape de voyage à capuchons. Il ferait rire les gens avec sa canne et sa démarche, ses longs cheveux blonds et gras. Le doute prit place en lui. La Veuve elle ne tremblait pas, il ne tremblerait pas. Il puisa dans ses réserves de courage pour ne pas trembler, mais son cœur battait la chamade.

Un homme en costume, visiblement inférieur vint accueillir la toute petite délégation. L’Oracle, car c’était son titre, lui parla avec rudesse. Ergan Dialon fut choqué du ton, en Arestim personne ne parlait ainsi à ses semblables, personne n’avait de raisons d’être méprisable ou méprisé. Un monde déroutant et beaucoup trop plein de possibilités se révélait.

Le Palais était magnifique, c’était vrai, la somme de travail qu’il avait dû falloir pour le construire devait être tout simplement faramineuse elle se comptait en générations. Ergan regarda un peu les pièces dans lesquels il passait avec son œil de technicien : il estimait les coûts de chaque décoration qu’il voyait, calculait la quantité d’or qui servait à encadrer les tableaux ou bien le nombre d’heures qu’il avait fallu pour réaliser cette sculpture. Ces calculs n’avaient qu’un seul but : tromper sa tension, qui devenait extrême.

Dans la Salle du Trône, ce fut pire. Il reçut la confirmation qu’il n’était pas à sa place dans cette foutue galère. Il essaya de trouver des équivalents à ce qu’il voyait : l’Oracle le faisait penser au Pontife, aussi détestable, l’homme sur son Trône devait être l’équivalent de Lysandre, et les autres hommes et femmes richement vêtus sur les côtés devaient être les Administrateurs du chef assis sur le trône.

Administrateur, ministre, conseiller… Ergan Dialon et ces personnes faisaient exactement la même chose, mais allaient ils reconnaître la valeur de l’Olaril ? Ce n’était pas dit…

L’Oracle fit son petit bla bla, et laissa le silence planer. La curiosité malsaine des Ilédors était palpable, physique. Ils contemplaient les Fils de Bakarne, et trouvaient des sauvages à la place.
Pourtant, Mithra Edorta et Ergan Dialon étaient bien plus que des sauvages. Ils étaient les deux seules têtes des Olarils en l’absence de Lysandre.

Mithra était la Matriarche, Ergan Dialon le Ministre.

L’idée ne passerait jamais auprès de ces statues de marbre. Une demie sauvage et un idiot du village, voilà ce qu’ils étaient.

Le silence dura trop longtemps, Ergan regarda Mithra avec inquiétude, mais elle ne semblait pas vouloir prendre les devants, ou alors il ne la voyait pas venir. Incapable de maîtriser plus longtemps sa tension, il finit par dire :

« Je suis Ergan Dialon, l’Administrateur de… de mon peuple. »

Qui donc relèverait son titre ?
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Lun 24 Mai - 21:48

    Rassurée par le contact des Tables et de l’Epée, soulagée de ne plus les voir en possession de cet impudent, et toujours furieuse contre celle qui était supposée être leur Chef, Mithra ne vit pas arriver Ergan. Elle le remarqua au dernier moment, lu les interrogations dans ses yeux, mais aussi et surtout du soutien. Il le lui avait offert, dans un cadre différent. Il le lui avait offert lorsqu’elle s’était dressée, digne, puissante face à Kal’Berrik, et revenait vers elle tandis que sa puissance était nécessité, et sa force colère.

    Elle lui en fut infiniment reconnaissante.

    Surprise, mais infiniment reconnaissante.

    Elle s’était attendue au mépris, aux hurlements, aux insultes de la part d’un peuple qui suivait aveuglément son chef bien Inconstant, et au lieu de cela, elle recevait son soutien et sa présence, à lui. Elle n’en montra cependant rien, peu désireuse d’afficher sa faiblesse devant Therdorus. Elle se contenta d’un regard brillant en direction de l’Administrateur et, tandis qu’ils se mettaient en marche, de poser furtivement sa main sur son bras.
    Un hochement de tête solennel, enfin, qui lui dit « Merci. »

    Leur ascension l’impressionna profondément. Ils passèrent de masures qui lui semblaient déjà grandioses et chatoyantes à des bâtiments tout bonnement incroyables. Ces mêmes bâtiments qu’ils avaient vu, de l’Aiguille. Ces tours aux reflets d’argent et d’ivoire, ces vitraux aux couleurs impensables, cette architecture cisaillée, comme issue de l’imagination d’un orfèvre talentueux. Oui… Mithra parvenait laborieusement à ce degré de détail et de finesse avec l’argent. Et tout cela… Tout cela n’était que pierres.
    Elle retint des exclamations extatiques, son cœur bondissant en son sein, se contentant, devant le palais du Gardan Edorta, d’apposer, de nouveau, sa main sur l’avant-bras d’Ergan. Elle le pressa, crispée, puis, se détendit tandis que l’Oracle s’extasiait devant la splendeur du bâtiment. Ils entrèrent, et Mithra se contenta d’un hochement de tête poli devant l’assertion de Therdorus. Oui, sans doute la plus belle demeure qu’il lui serait jamais donné de voir. L’intérieur recelait de merveilles plus incroyables encore. Des tentures aux couleurs inimaginables, des statures, des dorures, des tapis épais, moelleux, aux teintes inconnues. Dans les murs, les soieries étaient incrustées de nombreuses pierres précieuses, aux reflets et aux couleurs étranges. L’œil expert, elle les reconnut toutes, mais elles étaient polies, et travaillées de telle manière qu’elles brillaient davantage… Elle avait beaucoup de travail.

    Elle fut tirée de ses songes par un pas brutal, marqué par un Ergan claudiquant, et reporta aussitôt son attention sur lui. Un homme se présentait, sa tenue riche et à l’aspect soigné, mais moins opulente que celle de l’Oracle. Il s’inclina, et lui baisa les pieds dans une attitude qui l’offusqua. Elle eut envie de s’abaisser à son niveau, et de le relever. Inutile de se montrer aussi minable, face à un homme, fusse-t-il l’Oracle. Elle était bien évidemment étrangère à la notion de servitude. L’autre lui donna des ordres, et la Veuve vit le nouvel arrivant se redresser précipitamment et se retirer en toute hâte avec stupéfaction. Il était donc là pour leur obéir. Quelle triste vie. Une vie sous les ordres d’hommes bien vains.

    Et cela n’était pas terminé, car alors qu’ils reprenaient leur évolution dans l’incroyable bâtisse, tous s’inclinaient sur leur passage, saluaient, complimentaient Therdorus. A un point tel qu’ils n’eurent même pas de regard dédaigneux pour Ergan et la Veuve, trop occupés à se rouler aux pieds de l’Uldarii.

    Le petit commentaire de celui-ci l’offusqua, tout bonnement. Comment osait-il lui imposer le silence ? Elle avait bien compris, à présent, que ce n’était pas à des dieux qu’elle avait affaire. Sous le parfum et l’étoffe, ils étaient des hommes, et des femmes normaux. Cependant, elle se montra diplomate et, tant bien que mal, hocha la tête. Ses poings cependant se crispèrent sur les Tables et l’Epée.

    Ils gagnèrent rapidement une grande salle, où des personnes d’un rang élevé, supérieur même à celui de l’Oracle, les attendaient. Les yeux se posèrent sur eux, écarquillés, horrifiés, et l’espace d’un instant elle pâlit. La colère revint, mais bien vite elle l’apaisa, ses lèvres closes. Elle rectifia la position de ses mains sur les Tables et l’Epée, en adoptant une plus digne, semblable à une noble statue. Puis, après avoir déglutit et s’être redressée, elle écouta tranquillement Therdorus les présenter. Elle constata qu’il ne fit pas référence à leur descendance. Il ne fit pas référence à Bakarne Olarii.

    Il ne fit pas plus référence à « Arlanii, l’usurpateur ». Oui, c’était bien là le terme qu’il avait employé, à l’auberge. Elle plissa les yeux, et les leva, droite, franche et libre de toute peur, en direction de l’homme qui avait été appelé « Votre Majesté ». Le Gardan.
    Et l’hypocrisie d’un Oracle qui, bien que ne rampant pas, se contentait de flagornerie, comme ces serviteurs qui l’avaient inquiétée.

    Différents termes furent imprimés dans sa mémoire, et elle les tourna en un digne salut. « Conseillers »… Ce devait être les autres, qui se tenaient autour de lui. Elle était sur le point de s’éclaircir la gorge, après avoir soutenu le regard de chacun d’entre eux, lorsqu’Ergan Dialon se présenta. Maladroit, malhabile. Lui qui était pourtant si important pour leur peuple. Demeurer sur une hésitation n’était pas envisageable. Ils devaient se montrer forts. Et elle devait lui donner l’exemple. Son visage était impassible, d’une étonnante neutralité, compte tenu de la tempête qui sévissait, derrière ses prunelles noires. De nouveau sa main sur le bras d’Ergan. Elle se tourna vers lui, arrachant son attention aux Conseiller et au Gardan, et lui sourit d’un air charmant, et policé. Dans ses yeux, il pouvait lire « Joue mon jeu, mon bon ami. »

    Par ce sourire, et ce geste, elle conférait l’air de rien à Ergan un pouvoir supplémentaire, un aplomb nouveau. Un jeu subtil, rhétorique, le jeu des convenances et des mondanités. Un jeu instinctif, chez cette sauvage qui quitta du regard, mais pas du toucher, l’Administrateur.

    « Je me nomme Mithra Edorta, et je représente, en l’absence de Lysandre Hirune, le peuple Olaril. »

    Elle lâcha Ergan et doubla l’Oracle et l’Administrateur pour se porter au-devant. Les Conseillers eux-mêmes furent, l’espace d’un instant, superflus dans son monde. Elle avait lu dans leur regard le complot, la concupiscence, expressions qui lui étaient plus que familières. Et pour l’heure, elle devait adopter le parfait comportement. Tous s’inclinaient, ici. L’Oracle lui-même.

    Dans un soucis de symbolique, elle ne le fit pas. Elle déposa cependant l’Epée sur la couverture du cuir des Tables, afin que le Gardan puisse la contempler et s’assurer, sans avoir l’occasion d’y toucher, qu’il s’agissait bien des attributs de Bakarne. Elle se contenta de hocher la tête et de plier les genoux, le temps de quelques secondes. Les tables et l’épée retrouvèrent sa poitrine et elle se redressa, sa gorge laiteuse offerte avec dignité, son regard noir froid.

    Elle n’était pas là pour être leur amie, n’était pas là pour mendier quoi que ce soit. Elle était là pour donner aux Olarils une chance de ne pas terminer comme ces hommes et ces femmes qui se traînaient à même le sol, devant les Ilédors. Il n’était pas question de son pouvoir, moins encore de celui de Lysandre, dont elle se souciait actuellement comme d’une guigne. Non, il s’agissait de rétablir un avenir brillant pour les siens. Quand bien même ce devait être son seul et unique acte en tant que Chef.

    « Effectivement, nous sommes venus à vous, guidés par nos propres Oracles, de par-delà la Gerax. Un tremblement de terre a dévasté notre terre, et nous déplorons la mort de beaucoup de nôtres. » Son regard se glissa sur chacun d’entre eux et, finalement, un mince sourire étira ses lèvres. « Nous pensions gagner le Pays des Dieux. Nous pensions retrouver ici Bakarne, et les siens, ainsi que, comme le veut une vieille croyance de mon peuple, nos compagnons disparus. » Son sourire laissait entendre que leur bévue n’était en rien déshonorante, mais plutôt à prendre comme quelque chose de drôle, et de léger. Une blessure, pour les siens, mais c’était là une partie d’eux-mêmes à abandonner aux fauves, pour mieux préserver le reste.

    « J’ai cru comprendre, de plus, que notre venue vous avait été annoncée, et me permet donc de vous demander ce que, concrètement, vous attendiez de nous. »

    Si les mots laissaient entendre qu’elle leur laissait du terrain, son regard, lui, était fermé et résolu. Elle se renseignait, et il n’y avait nulle reddition dans les prunelles d’onyx.

    « Notre peuple pensait trouver ici asile, une terre accueillante, où pleurer nos disparus et nous rebâtir une vie de paix et de bonheurs. Nos ignorions tout de votre Cité, et des enjeux qu’elle représente. » Elle inclina légèrement la tête, une expression de noble humilité sur son visage diaphane. « Ainsi, je vous pries de bien vouloir accepter les miens sur vos terres, de nous accueillir, de nous permettre de nous intégrer, et d’apprendre à vous connaître. »

    L’occasion pour les Ilédors également d’apprendre à connaître les fameux envoyés des Dieux. Quand bien même elle lisait du dédain et du mépris dans leur regard, elle se savait primordiale, à leurs yeux, pour le moment. Pour le moment, leur seul statut suffisait à assurer leur sécurité, en dépit des agissements inconsidérés de Lysandre. Lorsque viendrait la suite, lorsque ces nobles dédaigneux auront trouvé le moyen de les contourner, et de se débarrasser d’eux, alors il faudrait se montrer plus intelligent, et plus disposé à se battre. Alors il faudrait être vindicatif. Pour l’heure, elle était droite, soutenait le mépris et la froideur de leurs regards. C’était déjà là, pour ceux de son peuple, une lutte considérable, encore sous le choc de la découverte de la Cité.

    Elle se redressa, un sourire gracieux étirant ses lèvres. Ses doigts, distraits, effleurèrent le cuir, comme si dans ses mots Laclaos lui-même avait parlé, comme si elle avait été investie de ce devoir temporaire par son défunt époux, et non par cet horripilant Therdorus.

    Elle demeura face à eux, dos à l’Oracle et à Ergan. Et pourtant, elle le sentait, dans son dos. Sa présence, fiable quoi qu’hésitante dans ses mots. Il les illustrait, ceux que, sous couvert de mots policés et de diplomatie, elle défendrait bec et ongles.

    Son corps réclamait un soupir, mais elle ne s’autorisa qu’un sourire, son visage empruntant un masque d’écoute, et d’attention.
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Riarg Karnimacii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Mer 2 Juin - 15:13

Riarg s’était incliné légèrement et avait reprit sa place, aux côtés des autres Conseillers, après avoir exposé la situation au Gardan Edorta. Tout son être semblait tendu, crispé à la simple idée de devoir compter avec un autre groupe qu’il n’avait pas prévu. Le siège et la grogne de certains nobles étaient déjà causes suffisantes de tracas, mais l’arrivée de ces culs-terreux pouvait se transformer en véritable désastre. Même si lui-même n’accordait aucun crédit à leurs prétentions – il faudrait des preuves, beaucoup, et, malgré tout, un jury « impartial » pourrait ne pas les juger suffisantes. Après tout, elles mettraient directement la stabilité de l’Etat en danger, et quelle vérité est assez grande pour risquer une telle chose ?- Riarg désirait en savoir plus sur eux avant de porter le moindre jugement. C’est pourquoi il restait à l’affût de la moindre parole, de la moindre émotion suscitée par les différents protagonistes de cette rencontre pour le moins inopportune.

L’entrée en scène du Conseiller Cyrilis Jaktarii lui fit serrer des dents à un niveau encore plus élevé qu’à l’accoutumée, mais il n’en pipa mot. L’aîné se contenta d’incliner légèrement la tête en signe de salut à son beau-fils et d’écouter ce qu’il avait à dire, avant de répondre, sur un ton sec et caractéristique.

- Vous vous trompez sur les réelles intentions de nos ennemis, Cyrilis. Bien que l’idée puisse être tentante, il a fort à parier qu’ils se serviront en premier lieu d’eux contre nous pour leur servir d’appui en nos murs, chose que nos défenses n’ont assurément pas besoin, pour ensuite les délester de leurs revendications pour leur propre profit. Croire qu’ils les verront comme une menace directe me semble aussi aller vite en besogne. Nous ne savons rien de leurs revendications et nous ne pouvons leur donner le moindre crédit sans de solides preuves. Les affirmations ne sont rien.

Il se tut un instant et, se retournant vers le Gardan Edorta, et d'un ton calme, calculé.

- Votre Majesté, bien qu’il me semble un peu tôt pour agir, le conseil de Vanhilde est à prendre en considération. Vous ne pouvez vous permettre de vous faire des ennemis, mais vous ne pouvez pas non plus les laisser dans l'obscurantisme de leurs croyances. je vous suggère de mettre d’ors et déjà cette auberge sous surveillance. Si fait, il nous faudrait garder près de nous l’un de leurs dirigeants, ce qui nous permettrait d’avoir une arme contre eux, et de ne plus subir la situation. Les armes sont inutiles, assignez-le seulement à séjourner au Palais, pour une durée… Indéterminée, le temps que votre Conseil trouve une solution plus durable.


Il s'interrompit et se fendit d'un sourire en coin.

- Ai-je besoin de répéter le vieil adage ? Garde tes amis près de toi, mais tes ennemis encore plus près.

Il s'arrêta à l’annonce de l’entrée de l’Oracle et de deux des représentants de ces nouveaux arrivants. Riarg resta alors immobile, les bras croisés sur le torse, la mine sombre. Il laissa alors les nouveaux arrivants s’exprimer, puis, silencieux, attendit la réponse du Gardan Edorta. Il aurait été disconvenant de leur adresser la parole avant lui, aussi Riarg se décida à conforter son mutisme, jetant quelques regards à Vanhilde Tehanii. Qu’en pensait-elle ? Ses positions sur la religion pourraient fausser son analyse et ainsi son jugement. Quant à Cyrilis, il voulait jouer un jeu dangereux auquel Riarg ne se risquerait pas. Trop de facteurs se trouvaient dans cette optique hors de sa Volonté, ce qui, pour lui, ne pouvait être qu'inacceptable.

Les parquer, loin des regards de tous, dans la plus grande discrétion, en attendant de trouver une solution, voila ce qui semblait l’idée la plus fiable. Mais le Gardan Edorta le voudrait-il, et surtout, la rumeur n’avait-elle pas déjà suffisamment enflé pour empêcher au Conseil toute action directe contre ces envahisseurs ?
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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Mer 16 Juin - 16:37

[C'est Lysandre. Suite à l'absence prolongée, et sans explication d'Ysor, je le joue afin d'avancer dans le scénario =)]

    Ysor avait acquiescé plusieurs nombreuses fois... Il avait été attentif aux mots de Riarg, qui toujours était avisé et fin, qui semblait connaître les mots exacts. En réalité, même s'il pressentait un grand savoir, le Gardan Edorta ne pouvait se défaire d'une étrange sensation plus froide, lorsque s'adressait le Conseiller. Cependant, jamais il n'avait eu à défaire l’Aîné dans ses positions, tant elles étaient justes et nobles. Il avait parlé avec une grande lucidité et son conseil était sans égal : il devait prendre garde à faire surveiller ces gens. Autant qu'il cherchait à garder un oeil sur ces Olarii furieux.

    Lorsque débarquèrent deux Olarils, amenés par Therdorus, il lui sembla vivre un instant de tension, où pourtant il se sentait fort. Une rencontre Historique, qu'il avait la gloire de vivre lui, en tant que Souverain, lui, et non son défunt frère... Il était le centre d'attention, malgré l'exotisme de ces Olarils. Leur nom lui fit lever un sourcil, ce sourcil déchiré par la cicatrice que portait son visage. Ce peuple semblait porter l'emprunte de Bakarne. Pour se conforter, Ysor eut un léger sourire, accueillant cette femme, au nom si étonnant, avec la digne convivialité qu'il convient à un Roi.

    Elle semblait digne mais ferme, presque sévère... Sans doute avait-elle reçu quelques conseils mal avisés, elle. Ce qui était compréhensible : ces gens devaient craindre une réaction belliqueuse de leur part, après tout, ils venaient s'installer chez eux, et n'étaient pas très éduqués. Le Gardan Edorta avait presque été soulagé de l'entendre narrer leur tragédie : ils ne cherchaient que le repos et la paix d'une terre plus accueillante que celle qui se trouvait, vraisemblablement, derrière la Montagne Gérax.

    Pourtant, la Légende résonnait encore : il résidait tant de points communs, de sons unis entre les leurs et ceux des Olarils, que cela devenait curieux. Ysor eut un nouveau signe de tête, songeant à l'Epée qu'elle avait présenté, à ce gros livre de cuir, digne d'une relique ancienne, tant elle semblait vieille. On ne faisait plus d'ouvrage de cette manière, en Edor Adeï... Il datait de plus loin. L'Epée était noble, grossière mais royale... Il échangea un regard avec l’Aîné des Conseiller. Il fallait qu'il prenne la parole, c'était le Gardan Edorta. Sa voix devait se faire entendre, désormais que la femme avait exposé le son net de la sienne.

    « Je vous souhaite la bienvenue en Edor Adeï, Dame Edorta. » Fit-il en baissant les paupières, comme l'usage le souhaitait en saluant une femme. Il lui fallait montrer à ces deux Etrangers l'élégance Ilédore. « Votre voyage, par delà la Gérax, est exceptionnel et peut surprendre nombre de mes Sujets. Soyez toutefois assurée de notre convivialité. Il ne peut désormais résider aucune barrière entre nos deux peuples ; vous semblez avoir subi tant de Peines, que je ne peux que vous accueillir humblement. »

    Il se redressa, eut un regard, rapide, envers l'autre Olaril, Ergan Dialon. Un Administrateur bègue ? Il ne semblait avoir aucune disposition pour l'administration, telle que l'entendaient les Ilédors... Pourtant, un regard insistant de Vanhilde le contraint à de nouveau prendre parole.

    « L'on me dit que vous avait fait halte dans une Auberge des Quartiers Commerçants. Vous y êtes chez vous, et y serez autant de temps qu'il vous faudra pour vous adapter aux habitudes Ilédores. Sachez que votre intégration sera ma principale préoccupation. » Il eut un sourire. Au fond de lui, Ysor pensait réellement tout ce discours hypocrite... Il possédait l'empathie suffisante pour comprendre la douleur de l'exil, mais la différence profonde de ces gens et d'eux, et surtout, la Prophétie ne permettait pas qu'il se montre trop clément.

    Il fallait qu'ils s'intègrent, pourtant. Coûte que coûte, et qu'ils se taisent, se fondent dans la Masse. Riarg l'avait mis en garde dans ce sens, et le Gardan Edorta le croyait aveuglément. Ou presque... Car il savait y voir son intérêt.

    « Dame Edorta, en tant que Représentante de votre Peuple, je ne peux vous laisser siéger dans un tel lieu. A moins qu'une circonstance ne vous pousse à demeurer là bas, je me dois d'accueillir en mon Palais, comme un invité, celui qui sera votre Elu. »

    Cette femme avait l'air trop froid pour qu'il ne lui laisse pas la possibilité de désigner quelqu'un d'autre... Quelqu'un comme cet homme, derrière elle, qui semblait plus facile à illuminer de leurs richesses afin qu'il leur en apprenne suffisamment sur ces Étrangers. Assez pour comprendre comment les contrôler, et éventuellement, les contrer au besoin.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Jeu 24 Juin - 9:32

Bon, je grille la priorité à pas mal de monde, mais la patronne l'a demandé ^^

    Mithra s’offrit le silence, quelques instants. Quelques instants, ténus à leurs oreilles, un éternité pour celle qui réfléchissait à toute allure. La conversation était périlleuse, car il s’agissait là de l’avenir des Olarils, déjà grandement remis en cause par le geste de Lysandre. Il s’agissait de leur permettre de conserver coûte que coûte leur liberté, d’éviter l’asservissement, et de leur donner une chance, fut-elle infime d’accéder aux merveilles qu’elle avait pu contempler en montant. Nul Olaril, espérait-elle, ne cautionnerait l’état de servitude des hommes et des femmes qui se jetaient au sol devant l’Oracle, car ils étaient un peuple fier. Mithra, toute diplomate qu’elle était, et consciente que cette même diplomatie serait fort mal perçue par certains, était une femme fière, et elle ferait son possible pour préserver cette qualité chez les siens.

    L’auberge. Elle l’avait vue, elle était assez petite… Alors c’était qu’ils n’avaient pas conscience de leur nombre. Sans oublier ceux qui étaient restés en arrière, dans la Gérax. Elle chercha à comprendre, derrière les mots de compassion et d’admiration au sujet de leur périple, si la Volonté profonde de ce conseil n’était pas de les parquer quelque part… Indécise, elle considéra que pour l’instant, c’était encore une bonne chose, mais que, comme l’avait dit le Gardan, il allait falloir s’intégrer, et fonder des foyers ailleurs assez rapidement. L’attention, la pesanteur de leurs regards et le dégoût de certains ne lui laissait guère augurer de bonnes choses.

    Puis on l’invita à demeurer ici, au Palais…

    Une bouffée de joie l’emplit, car c’était là l’occasion rêvée de découvrir chacun de ses recoins, de ses merveilles. Admirer les plus beaux bijoux, les étudier, effleurer des étoffes inconnues et formidables… Mais la bouffée ne dura guère. Malgré toute l’hostilité que lui avait inspiré son acte, Lysandre était en prison, et malgré toute l’ignominie de sa boulimie de pouvoir, et de son orgueil, il lui faudrait la faire libérer malgré tout. Parce que, quand bien même il fit une erreur, Laclaos l’avait désignée. Et parce que la Veuve se refusait à perdre l’amour des Olarils.

    Elle poussa un soupir, infime, puis le sourire fut de retour.

    « Demeurer dans un tel endroit, en compagnie de cet homme, serait pour moi un immense honneur. Cependant, je ne puis accepter une telle chose. » A regret. A regret. Cette bonne femme allait donc lui ravir tout ce qui aurait pu lui arriver de bon… La tristesse se lut dans son regard, le remords aussi, mais elle les maquilla bien vite d’un sourire avenant. « Je ne suis, à la vérité, que la Veuve de nôtre précédent chef. Laclaos Edorta. Il était un chef juste et apprécié de tous, et c’est à cela uniquement que je dois ma présence parmi vous. » Elle déglutit, comment présenter la chose sans porter préjudice aux leurs. Elle hasarda un regard en direction de l’Oracle. Pourvu qu’il n’en rajoute pas trop…
    « Notre Chef et donc représentante actuelle se nomme Lysandre Hirune, et c’est une chasseresse. Elle est emportée de nature, et le voyage épuisant qu’elle dirigea pour son peuple a émoussé sa patience. Sur un malentendu, elle s’en est prise à votre Oracle, et séjourne actuellement, d’après ce que j’ai compris, dans vos prisons avec sa cousine. »

    Ses propres mots la répugnaient. Elle sourit et s’inclina cependant.

    « Mais en son absence, je suis responsable des miens, et je me permets donc de vous remercier pour votre hospitalité et votre accueil. C’est avec plaisir que nous séjournerons à l’Auberge… Quand bien même sa taille est loin de tous pouvoir nous accueillir décemment. Des solutions seront sans doute trouvées. » Elle marqua une pause, légère. « Je puis également me porter garante des miens. Nous ferons en sorte de ne plus connaître d’éclats comme celui de Lysandre, et feront notre possible pour comprendre votre société et nous y intégrer sans causer de troubles. Notre but étant de nous reconstruire ici la vie perdue chez nous, il n’est dans l’intérêt d’aucun Olaril de s’attirer des ennuis. »
    Mis à part Lysandre, et sa patience légendaire. « Cependant, s’il s’agit de prendre au sujet de mon peuple de plus graves décisions, il serait plus juste, je pense de nous en remettre à Lysandre. Elle comprendra son erreur, et s’en repentira une fois ramenée au calme. Elle est encore, malgré tout, le Chef des Olarils dans le cœur de nombre d’entre eux. »

    Son masque était calme et patient, et pourtant derrière se déchaînait une tempête. Elle aurait pu en profiter, elle aurait pu se poser en décideur et peut-être auraient-ils laissée pourrir Lysandre dans ces cachots. Alors les Olarils auraient été débarrassés d’un Chef dangereux. Car oui, si elle s’était rapprochée d’elle ces dernières semaines, car sincèrement touchée par son geste lors des Feux… Si elle avait pu apprécier son comportement, lors du voyage, et la condamnation faite de Kal’Berrik… Sa violence, sitôt arrivée, et son excès, sa prétention, sa soif de pouvoir qu’elle en avait oubliés la débectaient à présent. Quel Chef ferait passer sa propre fierté avant la survie de son peuple… ? Laclaos, lui, ne l’aurait jamais fait. Jamais. Et elle venait de lui rendre, en quelques mots, le contrôle des siens. Cependant elle avait toujours les Tables, et la lame. Elle comptait bien les lui remettre en main propre, et lui faire passer par là même un message.

    C’est ta dernière chance, Lysandre. Dernière chance avant que je n’agisse. Et dans ce pays, mon action trouvera un tout autre échos que dans le paisible Arestim Dominae…

    La Veuve esquissa un sourire avenant, doigts crispés sur la reliure en cuir des Tables. Dire ces mots lui en coûtait. Cela lui brûlait la langue, lui entaillait le palais. Et pourtant, il le fallait : « Je vous demande donc humblement de bien vouloir pardonner à Lysandre son acte inconsidéré, et de rendre aux Olarils leur dirigeante. »

    Elle en pleurerait, la nuit tombée.


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Ysor Arlanii
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MessageSujet: Re: Que votre Volonté soit Faite   Sam 26 Juin - 17:41

    Quelques secondes, le Gardan Edorta tourna les yeux à droite, puis à gauche, cherchant sans doute du regard les conseils silencieux de Riarg, derrière lui. Ainsi donc, voici que celle qui les dirigeait, était une femme certes, mais surtout, se trouvait actuellement dans ses cachots ! Il eut du mal à ne pas se montrer offensé par cette nouvelle... Ce qui risquait de s'apparenter à une grave erreur diplomatique, s'il ne réagissait pas parfaitement ! Autant, si leur Reine était assez folle pour outrepasser les lois Ilédors, il avait à la condamner, autant, si ses Hommes avaient commis l'erreur d'emprisonner à tord une de ces Etrangers, et que plus tard se révèlent la Prophétie exacte, alors il aurait à subir les reproches de tous !

    Il retint également un soupir. Sa vie prenait enfin un chemin agréable et voici que débarquaient ces gens, avec les problèmes qu'ils causaient ! Ne pouvaient-ils pas rester chez eux, hameau détruit ou pas, et les laisser vivre cette vie de gloire et noblesse à laquelle il avait enfin accès. Mais Ysor savait également que, s'il parvenait à conclure ces malentendus avec brio, son règne débuterait sous de bonnes auspices, car il avait déjà à entendre les chuchotements qui rodaient à propose de la mort de son Frère.

    D'un signe de tête, il remit ses idées en place et, bientôt, un regard s'échangea avec Vanhilde Tehanii. Cette femme était une extrémiste, il le savait, mais il avait besoin de garder auprès de lui Riarg et Cyrillis.

    « Nous restons la proie des jugements erronés, Dame Edorta ; et il est fâcheux qu'un tel acte puisse avoir été commis, et plus encore sur un Oracle. » derrière lui, le visage blanc et les yeux durs de la Conseillère bougeaient en un acquiescement sec, comme une sentence. Il savait ce qu'elle pensait : s'en prendre à un Oracle était passible de mort, immédiate, et que cette femme, Lysandre Hirune, puisse être en prison était déjà une grande chance.

    « Je ne peux vous cacher qu'une erreur pareille entraîne dans notre Culture un châtiment bien pire que l'emprisonnement. » Il ignorait les conflits internes qu'avaient développés les Ilédors envers leur Chef, bien qu'il sente quelques tensions sans s'en soucier. Ysor avait le sentiment qu'il était nécessaire de leur souligner sa grande clémence. Et sans l'aide d'aucun Conseiller !

    « Mais au nom de l'Amitié entre nos Peuples, nouvellement scellée, je consens à une faveur. Je vous présente Vanhilde Tehanii, Conseillère dans les domaines religieux, qui saura juger du parjure ou non de votre Chef envers Therdone. » Il osait espérer que ces deux Olarils face à lui savaient qui était le Puissant.

    Vanhilde fit un pas et hocha la tête, sans un mot, plantant ses yeux dans ceux de Mithra, puis d'Ergan. Elle n'eut, pour l'Oracle, qu'un digne mouvement de main, paume vers lui, lui rappelant son entière dévotion.

    « Dame Tehanii, bien que de tels lieux ne vous conviennent, allez aux Cachots, et laissez Therdone vous dicter la voie à suivre. » Aussitôt, la porte s'ouvrit, tirée par un Valet, et la femme s'éloigna sans attendre.

    « J'accueillerai donc votre Chef en mon Palais, Dame Edorta, malgré que votre compagnie ait été un plaisir. » Il eut un sourire. Le Gardan Edorta n'était pas fourbe, pas sournois. Il songeait même qu'à choisir, et à voir cette femme face à lui, il craignait d'avoir à accueillir une femme emportée, dangereuse envers Therdorus. Il avait désormais besoin d'être seul avec ses Conseillers, de savoir ce qu'ils préconisaient pour la suite... Avancer dans le noir n'était jamais agréable, et il ignorait s'il avait pris une décision appréciable pour lui.

    « Entre temps, sachez que mon attention pourra être sollicitée si vous en avez besoin. » Car il fallait être proche de ses ennemis, plus que de ses amis, avait soufflé Riarg quelques minutes avant...
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Que votre Volonté soit Faite
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