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 Embuscade d'un embusqué -terminé-

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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Mer 28 Avr - 11:36

Lance s’étira, faisant craquer ses os, puis se releva précautionneusement. Il ne comptait plus le nombre de fois où il s’était violemment cogné la tête dans ce genre d’espace réduit et bas de plafond. Mais maintenir la position accroupie faisait encore souffrir ses membres et son dos malmenés par sa chute, l’obligeant à changer souvent de position.
Perchée sous l’auvent du grenier d’une ancienne maison légèrement en retrait, sa silhouette sombre était quasiment invisible depuis la rue. Il avait revêtu une longue cape noire à capuchon mais, pour changer, celle-ci était neuve et plus légère, le protégeant du coup de chaleur qu’il avait frôlé ces derniers jours. De toutes façons, rares étaient les gens à lever la tête dans cette rue animé du quartier des commerçants. Les gens vaquaient à leurs occupations, les yeux rivés sur les pavés, loin de se douter que, depuis les toits, leur ancien Gardan Edorta les épiait.
Lance finit par s’asseoir sur le bord d’une poutre patinée par le temps, ses pieds ballants dans le vide. L’ombre bénéfique de l’auvent lui assurait une certaine marge de manœuvre, contrairement à d’autres planques, aussi étriquées que l’imagination des Conseillers.
Cela devait faire presque une heure qu’il était posté là et qu’il guettait l’arrivée de celui qu’il espérait bientôt convertir.

L’homme passa une main aux ongles sales sur ses joues mal rasées que sa barbe de plusieurs jours rendaient rugueuses. Il sourit en songeant aux changements opérés chez lui. Il y en avait de mauvais, comme le fait de ne jamais être tout à fait propre. Autrefois, il ne pouvait apparaître en public que briqué comme un sou neuf et changeait de tenues plusieurs fois par jour. A présent … Il avait à peine trois chemises, deux si on ne comptait pas celle qu’un coup de dague avait lacéré deux jours plus tôt … Et le pire était sûrement que cela ne le dérangeait pas plus que cela. Il se lavait le strict minimum et rarement plus d’une fois tous les deux jours et ne changeait de vêtements que lorsqu’ils sentaient vraiment mauvais. Contrairement à ce que les Nobles disaient, il n’était pas plus mal en point qu’avant.
Son sourire se mua en un ricanement bref, ce qui effraya une pie perchée à quelques tuiles de là. Lance la suivit du regard. Il y avait aussi de bons changements … Il songea alors qu’Eléni devait commencer à être fière de lui. Il devenait doué. Rapide, discret, patient, l’espionnage et la planque lui devenaient comme une seconde nature.
Jadis, cinq minutes d’attente aurait déclenché chez lui une fureur incontrôlable. Une semaine plus tôt, il était resté quatre heures en faction. Jamais Elandor n’aurait pu penser qu’un être était capable d’évoluer à ce point.
Cependant, malgré ses progrès, il restait prudent.
« Un homme fort est un homme qui connaît ses faiblesses », lui répétait souvent Rayel.
*Connais-tu toutes tes faiblesses, Elandor ?*

La question resta sans réponse, planant dans le silence, mais un éclair rougeoyant lui fit tourner les yeux vers la rue en contrebas. Un groupe d’enfants se couraient après, évitant de justesse les adultes au regard désapprobateur. Au milieu de la bande, un garçonnet aux cheveux roux riait aux éclats. Les reflets d’une autre chevelure rousse, longue celle-là, s’imposa à l’homme encapuchonné.

Il soupira. C’était sans doute ce qu’il détestait le plus lors des longues attentes. Rester seul avec ses pensées, ses regrets, ses doutes …
Et en bas, son peuple continuait à s’agiter dans ce qui faisait penser à un ballet anarchique.
Il guetta la crinière blanche avec attention mais dû attendre encore de longues minutes avant de l’apercevoir au milieu de la populace.
Enfin ! Son informateur ne s’était pas trompé … Gribus Sandragil empruntait bien constamment la même rue lorsqu’il se rendait chez sa mère. Et toujours à la même heure … Aussi précis dans son emploi du temps que dans son travail, le jeune homme faisait un très bon scribe. Mais c’était également une proie facile à saisir … Lance songea qu’il faudrait d’ailleurs penser à ne pas oublier ce point-là lors d’actions futures. Point faible ou force cachée, ce trait de caractère ne devait, de toutes façons, pas être mis de côté.

Prenant appui sur ses bras, l’homme aux yeux bruns se laissa glisser contre le mur. Comme prévu, ses pieds atteignirent un rebord de fenêtre et, de là, il sauta souplement sur les pavés inégaux. Précédant le jeune homme, il s’arrêta devant une ruelle perpendiculaire, beaucoup plus étroite et, à vrai dire, parfaite pour ce genre d’embuscade. Il avait été compliqué de repérer l’endroit idéal pour rencontrer le scribe. Elandor ne pouvait pas courir le risque d’être reconnu mais le jeune homme s’éloignait rarement des sentiers battus. Fort heureusement, ce raccourci leur avait fourni le lieu adéquat.

Lance se posta à l’entrée. Assis à même le sol, il ressemblait à s’y méprendre à un de ses mendiants inquiétants que l’on croisait de temps à autre dans le quartier. Bien qu’ils soient davantage à leur place dans le quartier des Humbles, ils leur arrivaient de venir quémander sous et nourritures jusque dans le quartier commerçant. Plus loin dans la hiérarchie, ils n’auraient aucune chance d’échapper aux patrouilles armées chargées de faire régner l’ordre. Mais plus bas, ils n’obtenaient guère de quoi subsister.
Lorsque le jeune albinos s’engagea dans la rue, le vagabond à la cape d’ébène se leva et le suivi d’un pas silencieux. Le périmètre avait été encadré quelques heures plus tôt par les Dissidents et quelques uns se tenaient à distance afin que personne ne vienne déranger la petite entrevue.
La voix d’Elandor résonna sur les murs de pierre grise.

« Gribus Sandragil. »

L’intéressé se retourna et fit face à l’ancien Gardan.
Celui-ci, immobile, laissa un instant planer le doute dans l’esprit de son ancien scribe.
On ne pouvait pas réellement dire qu’ils avaient été intimes. Le jeune Elandor Arlanii se flattait de n’être proche d’aucun de ses serviteurs, cela faisait vulgaire. L’Elandor de Bellone avait appris à juger les gens sur leur valeur et non leur naissance. Or Gribus était un jeune homme particulièrement doué et efficace. Une fois guérit de sa vanité démesurée, son précédent maître avait donc su détecter son potentiel et de ce fait, il était monté en grade assez rapidement, devenant un serviteur de confiance du Gardan Edorta. De part sa position, il avait accès à nombres de dossiers secrets et connaissait fort bien les rouages du pouvoir. Et malgré la mort d’Elandor, il avait conservé sa place. C’est pourquoi il était d’ailleurs si intéressant pour les Dissidents …
Durant les trois courtes semaines de règne de l’aîné des Arlanii, les deux hommes avaient très souvent travaillé ensemble et, même s’ils n’étaient pas amis, ils avaient dû apprendre à se connaître. A son grand regret, Elandor appréciait même le jeune homme. Regrets qui le faisait se sentir d’autant plus coupable à l’idée du coutelas qui pendait à sa hanche. Il n’avait pas vraiment le choix. Si Gribus refusait de le soutenir, il devrait l’éliminer. Tout détenteur du secret de l’existence réelle des Dissidents se devaient d’être un des leurs ou de périr. A plus forte raison si celui-ci connaissait également l’identité de leur chef.

Lance hésita un dernier instant. N’aurait-il pas dû envoyer quelqu’un d’autre recruter le jeune homme ? Avait-il réellement besoin de se dévoiler ainsi ? Il pouvait encore s’enfuir … Mais en même temps … L’ère actuelle n’était plus à la palabre. Ses hommes s’agitaient et il devait agir. Or, pour cela, il avait besoin d’infiltrer la Noblesse. Il y avait Eléni, bien sûr. Mais Gribus était tellement plus proche du pouvoir … Considérer comme des meubles par les Conseillers, les scribes avaient une connaissance souvent parfaite des complots qui se tramaient dans l’ombre. Et l’Al’Faret avait cruellement besoin de ces informations. De plus, il était peu probable que son ancien serviteur ne se laisse convaincre par un inconnu à l’air revêche. Malgré tout le respect qu’il avait pour ses Dissidents, Lance devait reconnaître que certains ressemblaient plus à des brutes qu’à autre chose.

Se décidant enfin, il s’avança d’un pas et, d’un geste théâtrale, ôta le capuchon sombre qui cachait son visage, dévoilant ainsi des traits qui, quoique vieillis, étaient bien connus du copiste.
Un sourire charmeur éclaira son visage.

« J’espère que tu ne m’a pas oublié, jeune scribe ! »


Dernière édition par Elandor Arlanii le Ven 6 Aoû - 13:16, édité 1 fois
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Ven 30 Avr - 23:38

La journée en elle-même était banale, et Gribus ne prêtait que peu d’attention à son trajet. Il prenait bien soin de garder son regard fixe et bas : laisser ses yeux errer au gré des échoppes attirait l’attention des marchands, mais il ne fallait pas non plus avoir l’air d’une montagne de détermination. C’était devenu depuis longtemps une habitude, bien qu’elle soit à peu près inutile ici : c’était le quartier de son enfance, et il était passé tant de fois par ici qu’il devait passer doublement inaperçu. Il avait échangé sa livrée royale et sa cape richement décorée pour des vêtements plus sobres, qui le faisaient se fondre dans la masse des passants. D’une main pas trop tendue, il tenait la courroie de sa besace, bien chargée après qu’il se soit refourni en matériel. Sa visite à l’atelier n’avait que très courte : il devait revenir au Palais ce soir, et il ne voulait pas faire attendre sa mère.

Mais plutôt que son programme ou que l’agitation de la rue, ce qui travaillait l’esprit du Scribe était bien les tractations de la cour. On ne pouvait dire qu’il en soit un habitué : il y avait bien des domestiques vétérans qui connaissaient mieux que lui les règles de l’arène. Et pourtant, alors qu’il commençait à peine à appréhender sa vraie place sur l’échiquier, le jeune homme était déjà à échafauder des trajectoires. Parler de plans aurait été prématuré, mais déjà il esquissait une carte des factions et agents qui pourraient s’intéresser à lui. Sa première préoccupation restait toutefois le Gardan Edorta, dont il n’avait pas encore pu se rapprocher. Car c’était bien là le problème : Gribus ne voulait ni ne pouvait se rapprocher des gens, faire des accointances ou s’asservir à quelqu’un. L’idée de minauder pour des faveurs lui était presque répugnante ; chaque jour, il voyait Nobles et domestiques verser à l’unisson du miel dans l’oreille des uns et des autres, et il y trouvait quelque chose de fondamentalement méprisable. S’il devait obtenir la faveur d’Ysor Arlanii, ce serait par la dignité et l’efficacité de son service, et s’il devait marchander avec les courtisans, ce serait à la force de ces mêmes atouts.

Malgré cette belle résolution, le Scribe se rendait bien compte qu’être avisé et efficace ne suffirait peut-être pas, et qu’il posait le pied dans un monde dont il ne sortirait probablement pas intact. Plutôt que de s’y attarder inutilement, il rangea cette pensée dans un coin de son esprit : il allait bientôt arriver à destination. Coupant comme d’habitude par une ruelle, il dépassa le mendiant sans un regard. Il crut entendre un bruit alors qu’il s’engageait entre les maisons, mais n’en tint pas compte et continua à marcher.

« Gribus Sandragil. »


Il s’arrêta, pas trop soudainement. Ne pas montrer la surprise. Comment ce mendiant connaissait-il son nom ? Ca ne pouvait pas être un simple habitant du quartier. Il se retourna calmement, d’abord la tête pour avoir les yeux sur cet inconnu : un grand homme dans une cape noire, des vêtements de seconde main, un visage sous une capuche. Gribus croisa les bras tout en se retournant, passant subrepticement une main dans sa tunique. Ses doigts cherchèrent doucement le pommeau de son stylet et il se remit en mémoire ce qui restait de ses leçons de combat. Qui était-ce ? Une quelconque brute, envoyée par un de ses rivaux au poste de Scribe ? Ou peut-être un opposant au pouvoir qui voulait envoyer un message au trône par le biais de son serviteur ? La respiration du jeune homme était devenue plus profonde. Il garda un visage impassible, prenant seulement des traits plus fermés. Et alors qu’il envisageait d’un coup d’oeil rapide ses possibilités de fuite, le vagabond releva sa capuche en un grand geste.

« J’espère que tu ne m’a pas oublié, jeune scribe ! »

Le ton était à présent familier, presque roublard. Gribus dévisagea le mendiant pendant quelques secondes, sans montrer son hésitation : d’où pouvait-il bien connaître un mendiant ? Un visage buriné, mal rasé, des yeux perçants, un sourire de voyou qui semblait étrangement déplacé sur une telle face…Le Scribe, méfiant et mal à l’aise, parla d’un ton posé.

Qu’est-ce vous me voul…

Ses paroles moururent dans sa gorge alors qu’il reconnaissait progressivement l’homme. Bien peu de gens pouvaient prétendre connaître véritablement le visage du Gardan Edorta, et encore moins avaient leurs habitudes dans la Ville Basse. Les traits avaient changés, érodés par les épreuves et les soucis, mais Gribus avait un bon oeil et une excellente mémoire : le temps dans la rue n’avait pas su encore débarrasser Elandor de son nez caractéristique ou de son front volontaire, qui déjà à l’époque était ridé de réflexions. La révélation acheva de se faire lorsque le Scribe vit que le mendiant s’était transfiguré, prenant une posture droite et imposante qui révélait sa grande taille, et un regard vif où était apparue une lueur de familiarité. Le visage du jeune homme se détendit tandis qu’il affichait sa surprise. Pris de court, il ne put que balbutier d’une petite voix.

Monseigneur ? Mais vous étiez…je…que vous est-il arrivé ?
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Jeu 6 Mai - 18:45

L’espace d’un instant, Elandor se délecta de l’expression de surprise qui se peignait sur les traits du scribe. Il ne pouvait s’empêcher d’imaginer à la place les visages ahuris des Conseillers lorsqu’ils apprendraient sa survie miraculeuse.
Son sourire s’élargit alors qu’il insistait, goguenard : « Qu’est-ce que ça te fait, de voir un revenant ?! »

Cédant à la douceur de la colère et à la facilité de la mesquinerie, Elandor enchaîna, d’un ton brûlant d’ironie :
« Comment va la vie au Palais, depuis que je suis mort ? Les Conseillers sont-ils satisfaits des opinions de mon frère ou bien comptent-ils également l’éliminer ? Et le Grand Ysor lui-même, comment se porte-t-il ? J’espère vraiment que ma mort ne l’a pas trop bouleversé … »

Sans doute aurait-il pu savourer davantage ce petit plaisir si le temps ne lui était pas aussi précieux.
Son sourire s’effaça et son visage retrouva un air impassible et sérieux qui ressemblait étrangement à celui qu’arborait l’ancien Gardan Edorta lorsqu’il était en pleine réflexion.
Il fallait jouer la partie finement. L’Ilédor était loin d’être stupide et Lance avait appris que la menace directe amenait rarement de bonnes choses. Il avait un grand nombre de cartes en main, bien que certaines le rendent mal à l’aise. Certes, il était près à tout pour parvenir à ses fins mais, tout de même, apprendre à Gribus et que sa mère et sa sœur étaient étroitement surveillées à l’instant où il parlait ne lui semblait pas être le bon moyen d’obtenir son appui. Toutefois, il n’excluait pas de se servir de l’argument si cela devenait nécessaire.
A la guerre, tous les coups sont permis. Après tout, ne l’avait-on pas assassiné ?!

Mais, pour le moment, Lance préférait s’engager sur la voie de la discussion. Ses chances de convaincre le scribe n’étaient pas totalement nulles et ses talents d’orateur allaient lui servir à nouveau. Les précédents Dissidents avaient été faciles à convaincre. Après tout, leur haine était déjà présente. Avec Gribus Sandragil, la situation était plus délicate ; celui-ci n’avait aucune raison de se mettre en danger en s’opposant à l’autorité en place.
Sa voix reprit sa contenance naturelle alors qu’il forçait un peu son hésitation.

« Mais … Je ne suis pas venu te voir pour te parler de la bassesse des Conseillers … »


Il n’avait pas préparé précisément de discours. Il savait à peu près ce qu’il voulait dire mais comptait surtout sur son charisme pour faire la chose.
D’ailleurs, il ne se laissa même pas le temps de réfléchir. Les mots bondirent, imitant à merveille la passion qui anime les grands orateurs, et il se mit à parler. Ses intonations étaient parfaitement maîtrisées, tour à tour glaciales ou menaçantes puis enflammées par la passion. Sa voix, chaude et puissante, servait avec justesse ses propos, ménageant silences opportuns ou, au contraire, abreuvant son interlocuteur de démonstrations cinglantes.

« J’aurais dû mourir ce soir-là. J’ai vu … J’ai vu ma mort.
Je suis un miraculé. Et je refuse de croire que Therdone m’a sauvé en vain. Je suis là pour une raison précise, pour accomplir ce qu’aucun de mes prédécesseurs n’a jamais seulement réussi à entrevoir. »


Il marqua une pause et balaya la rue du regard. Son corps semblait bouger en parfaite adéquation avec ses paroles, ses mouvements lui servant d’appui. Il était le genre d’homme à lever le poing ou l’épée pour galvaniser ses troupes ou à ouvrir les bras pour saluer son peuple. D’un geste de la main, il désigna la rue derrière lui avant de reprendre.

« Aujourd’hui, notre monde se déchire à cause de la politique absurde qu’exerce le Conseil. Tu vis au Palais, tu sais de quoi il en retourne. Et tu sais également pourquoi ils ont préféré me faire disparaître … Mais ils ne savent pas ce qui se passe en dehors de leurs demeures dorées à l’or fin. Moi, j’ai vécu dans le quartier des Humbles, j’ai vu la misère et la peur. J’ai vu aussi la haine et le désespoir qui pousse aux pires absurdités. Ils ne reculeront devant rien pour conserver le pouvoir et leurs privilèges. Et je n’ai pas honte de dire que j’ai été comme eux.
Mais aujourd’hui, Elandor Arlanii, le noble arrogant, est mort. Mais moi … Moi, je suis encore en vie !
Je ne te parle pas de vengeance, je te parle de devoir. En tant qu’héritier de la lignée des Arlanii, il est de mon devoir de venir en aide à mon peuple.
Regarde autour de toi !
Notre Cité est assiégée et la révolte gronde en son sein. Notre régime actuel n’y survivra pas et j’estime que ma tâche est de le pousser au plus vite vers la chute.
Je n’ai pas la prétention de devenir un dirigeant parfait, mais je sais que je suis capable d’être le Libérateur dont notre monde a besoin.
Seul, un dirigeant n’est qu’un homme qui joue avec un pouvoir qui ne lui appartient pas. Soutenu par le peuple, cet homme devient l’âme même de notre nation.
Je suis prêt à être cette âme et à porter en moi les germes d’un jour nouveau. »


Lance sentait qu’il était sur le point de finir. Il reprit son souffle, guettant les réactions du jeune albinos. Il lui restait quelques phrases à peine pour marquer son esprit et lui faire comprendre l’enjeu qu’il représentait.
Malheureusement pour l’Al’Faret le scribe se contentait de l’expression neutre qu’il affichait à l’accoutumée. Elandor se souvint de l’agacement que provoquait en lui cette attitude lors de leurs premières entrevues. Avec le temps, il avait appris à apprécier cette discrétion et cette constance même si, aujourd’hui, il regrettait de ne pouvoir percer à jour son ancien serviteur.

« Je ne peux rien faire si je suis seul. J’ai besoin d’homme et aujourd’hui, j’ai besoin de Toi. Il m’est difficile d’infiltrer le Palais mais, avec ton aide, je saurais exactement quelles sont les intentions des Conseillers.
Je sais que je te demande de trahir ton souverain et que cela va à l’encontre de toutes les notions de loyauté qu’on a pu t’inculquer. Mais ne t’y trompe pas, en acceptant de m’aider, tu ne trahis pas les Ilédors … Et, au contraire, tu te mets, pour de bon, au service du peuple. »


Lance s’arrêta. Durant sa tirade, il était redevenu Elandor. Du moins, une partie de l’ancien Elandor … Celle qui était prête à défendre ce qu’elle croyait juste, celle à qui Bellone avait ouvert les yeux.
Lance ne s’était jamais caché à lui-même ses véritables intentions et il savait que son but premier n’était que la vengeance. Pire, le désir brûlant de revanche qui l’avait hanté jour et nuit pendant les premières semaines de sa résurrection l’habitait toujours. Mais il constatait avec un certain étonnement qu’il n’avait pas totalement mentit au jeune homme. Une partie de lui voulait réellement défendre son peuple. Vivre parmi eux, loin des fastes de la Noblesse, lui avait peu à peu ouvert les yeux, sans même qu’il ne s’en rende réellement compte. Certes, il n’était absolument pas prêt à abandonner sa vendetta au profit du bien-être des pauvres et des opprimés mais, au moins, leurs sorts ne lui était plus aussi indifférents.

« Je peux comprendre tes réticences et je suis prêt à répondre à toutes tes questions. Mais réfléchis bien. Tu connais au moins aussi bien que moi la vie au Palais. Tu en connais les dessous et les complots, tu sais ce que les Conseillers manigancent. Et dis-moi, en quoi cela profite-t-il aux Ilédors ? »

Il se tut et guetta la réaction du scribe. Il avait décidé de ne pas lui parler des Dissidents. Il n’était pas stupide, il comprendrait. Mais Lance voulait être sûr qu’il accorderait de la foi à ses propos sans avoir en arrière pensée les rumeurs les plus folles qui courraient sur lui et ses hommes.
L’Al’Faret avait déplacé ses premiers pions sur l’échiquier. Restait juste à savoir si cela suffirait à faire échec et mat du premier coup.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Sam 8 Mai - 11:40

Le Scribe ne parla plus pendant plusieurs minutes. Face à une telle surprise, il ne savait pas à quoi s’en tenir et attendait donc la réponse à sa question. Et malgré les profonds changements qui s’étaient apparemment produits chez l’ancien Gardan, les habitudes avaient la vie dure : un serviteur ne parle qu’en cas de nécessité, et surtout pas pour interrompre son maître. Gribus avait bien des fois écouté Elandor s’étendre sur un problème ou un évènement, il savait que le souverain avait parfois besoin d’exprimer ses idées pour les mettre en forme. Tout peut être dit en présence d’un domestique : il n’a pas à répondre ou à réagir, et n’en redira rien.

Aussi le jeune homme resta-t-il impassible devant les questions, dont le ton indiquait bien qu’elles étaient rhétoriques autant qu’ironiques. Et il garda le même visage illisible lorsqu’Elandor devint plus sérieux. Le tremblement dans sa voix, la promesse de son destin et sa détermination à obtenir compensation pour le complot et l’usurpation…même face à sa profession de foi, ce serment intense envers le peuple d’Isle, le Scribe n’eut pas une réaction. Elandor lui offrait une explication pour sa disparition, une réaction à l’évènement et un projet pour l’avenir sur un plateau d’argent, mais Gribus ne se souciait que de comprendre ce qui se cachait derrière les mots. Il n’aurait pu dire si l’homme était sincère ou si ce n’était que du miel versé dans son oreille, et ne pouvait s’empêcher de respecter la force de Volonté d’Elandor ; le souverain avait toujours eu une confiance royale, née de sa Noble arrogance, et une vision claire qui le guidait vers le sommet. Mais sa chute semblait l’avoir aiguisé, endurci. Peut-être que l’humiliation avait enhardi son désir de revanche, peut-être le séjour parmi les Humbles lui avait vraiment ouvert les yeux. Peu importait, se dit Gribus alors qu’il détournait ses pensées du discours et du charisme de son ancien maître : l’idée qu’on pouvait découvrir la dureté de l’existence et en retirer une révélation lui semblait assez dérisoire, et ce n’était que son respect pour Elandor qui l’empêchait de le trouver ridicule.

Non, ce qui importait, c’était de savoir ce que cette révélation, cette rencontre et ce projet allaient signifier pour lui et pour les siens. Gribus pouvait admirer la force de conviction, mais en réalité, il n’avait cure de ce destin de Libérateur ou du sort du peuple Ilédor. Et en fin de compte, il importait peu que l’ancien Gardan soit sincère ou pas : le fait était qu’il voulait s’attaquer au trône, et le fait était qu’il voulait y impliquer le Scribe. Lorsque le discours d’Elandor tint enfin compte de son interlocuteur, Gribus n’eut pas besoin de feindre quoi que ce soit. Le jeune homme connaissait ses limites : pour lui qui hésitait déjà à se mouiller dans le jeu politique, la notion de compromettre sa sûreté et celle de sa famille dans une tentative de rébellion était proprement terrifiante ! Il n’en montra pas tant, mais son visage refléta bien, à sa manière retenue, sa stupéfaction et son appréhension.

Il ne pouvait pas prendre un tel risque. Il aurait pu se satisfaire d’occuper paisiblement son poste et de compter sur la faveur de son maître, et son entrée dans l’envers de la politique n’était pour l’instant qu’un vague projet dans son esprit, une entreprise délicate qu’il aurait approchée avec prudence. Se lancer tête baissée dans la haute trahison était hors de question, Libérateur ou pas ! Mais Gribus calma rapidement sa panique pour se rendre compte d’une autre chose : si cette entreprise était si dangereuse, alors Elandor l’avait compromise en se révélant à lui. Il devait déjà avoir des alliés à ses côtés, des projets mis en place, une logistique secrète qu’on ne montrait pas au premier venu : qu’allait-il faire pour préserver ce secret, si le Scribe refusait ? Peu enclin à croire en la bonté des autres, le jeune homme douta que sa parole suffit au chef des Dissidents. Gribus n’avait toujours pas décroisé les bras, et sa main se serra un peu plus sur la poignée de son arme. Il n’avait que peu de chance de se sortir de cette situation et d’en retourner à la sûreté de sa routine. Mais il devait essayer, ne serait-ce que pour tester le terrain.

Monseigneur, je comprends ce que vous attendez de moi, mais vous m’accordez trop de crédit : je ne suis qu’un serviteur, comment pourrais-je savoir quels sont les projets du Conseil ? Je ne connais que trop peu la Cour, je ne pourrais pas vous être d’une grande utilité.

Le visage du Scribe avait repris un peu de son impassibilité, même s’il y restait l’incompréhension, la crainte. Elles n’étaient pas feintes : Gribus ne se considérait pas le moins du monde comme un expert en matière d’intrigues et d’espionnage, et il n’avait pas même encore osé accepter les quelques approches des Courtisans. Naturellement prudent, voire craintif, il hésitait à s’y lancer ; mais l’étrange confiance qu’Elandor plaçait en lui faisait subtilement son effet, et le Scribe commençait à se demander s’il n’en serait effectivement pas capable.

Je ne saurais me lancer dans quelque chose d’aussi ambitieux. Je me dois de songer à ma famille : que leur arriverait-il si je venais à me faire prendre ? Je serais exécuté sur le champ, et elles se retrouveraient sans mon soutien.


Là encore, la peur était réelle, même si elle était convertie en argument : Gribus n’aimait pas exposer sa mère et sa soeur, même dans une conversation, mais il en avait besoin pour amadouer Elandor et pour se tirer de ce risque. Le Scribe n’avait pas tant peur pour lui-même que pour elles : il avait l’habitude d’être dans des positions difficiles, bien que celle-ci dépasse tout ce qu’il ait vécu, et il pouvait se résigner à s’y frayer un chemin. Mais sa famille ne devait courir aucun risque, et même s’il ne pouvait réussir à échapper à son ancien maître, il était hors de question qu’elles y soient impliquées.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Mar 1 Juin - 22:02

[Désolée pour l'attente et la qualité, j'me suis un peu rouillée Very Happy]

Au fil des minutes, la physionomie de l'homme semblait se modifier, l'élégance d'Elandor faisant place à l'expression, plus primitive, d'un Lance dans son élément. L'ancien noble avait si bien intégré le rôle du crieur-trafiquant-ancien-soldat qu'il s'était créé, que celui-ci avait pris racine en lui et semblait à présent faire partie intégrante de sa psyché, de sa façon de se mouvoir et, plus généralement, de sa façon d'être. Tour à tour, ses différentes personnalités défilaient, s'ajustant toujours avec précision à la situation qu'il devait affronter.
La présence de Gribus le faisait paraître noble et arrogant, la petite rue étroite laissait s'exprimer la rudesse de l'homme des Bas Quartier. Au fil des jours, l'instinct de Lance avait pallié la perte de souplesse d'Elandor et il avait appris à survivre dans ce monde si différent du sien. Les odeurs et les sons étaient devenus des armes, aussi bien d'attaque que de défense, et son habilité au combat s'était muée en une certaine sauvagerie animale.
A présent, l'Al'Faret était un parfait mélange des deux. Le port de tête était altier mais les jambes arquées et légèrement fléchies, la main négligemment posée sur sa hanche, le coutelas dissimulé par un pan de la cape pendant à portée de main. Ses yeux sombres fixaient intensément l'albinos sans pour autant se montrer inquisiteurs ou menaçants.
Il laissa planer un léger silence après la réponse de son interlocuteur, comme s'il soupesait finement les mots qu'il allait prononcer.

« Si j'ai fait appelle à toi, c'est que je sais que tu me seras utile. »

Mettre de la mesure dans toute chose ... Après le regard, ce fut dans le ton de sa voix. Sans être sec, il était assez assuré pour rappeler au serviteur l'ancien maître qui habitait encore l'homme dépenaillé qui se tenait devant lui.
Pour une fois, Elandor saisissait quelques émotions au travers du masque de porcelaine. Mais bien plus que ses yeux, c'était l'intuition de Lance qui l'aiguillait.
Et, un instant, il hésita. Si Gribus était déjà terrifié, allait-il vraiment pouvoir lui servir ?! N'allait-il pas le lâcher au dernier moment ? Quel serait son moteur ? La frayeur ou la Volonté ? L'Al'Faret se refusait à avoir des hommes qui ne le suivaient que par crainte de ses représailles. Toute sa vie, on ne l'avait suivit et adulé qu'à cause de cette peur, souvent voilée, due à son rang. Aujourd'hui, il avait besoin de Dissidents solides sur qui il pouvait compter. Si Gribus acceptait, serait-il de ceux-là ou bien deviendrait-il le poids mort qu'il avait fuit durant tout ce temps ?
A bien y réfléchir, il n'avait pas vraiment le choix ... Peu de serviteurs le connaissaient autant -soit bien peu- et ils étaient encore moins à avoir sa discrétion. De plus, il devait avouer qu'il avait convenu dès le début qu'il serait sans doute forcé d'intimider le serviteur. Il avait donc fait son choix dès le départ ...

Il sentait la peur du jeune homme jusque dans son attitude. Il n'était pas combattant et cela se voyait. Son corps paraissait raide et tendu comme une corde d'arc qui peut laisser partir sa flèche à tout moment et Therdone seul savait ce qu'il avait en tête. Lance doutait qu'il puisse devenir dangereux mais il ne parvenait pas à baisser totalement sa garde.
Face à lui, l'Al'Faret avait l'air entièrement détendu et un demi-sourire hantait son visage.

« Je comprends que tu aies peur pour ta soeur et ta mère, Gribus. N'importe qui aurait peur. Mais les crois-tu plus en sécurité en ce moment ? De toutes façons, tu sais que je suis en vie. J'en suis vraiment navré mais, par là-même, je t'ai mis en danger. Quant à elles, Nous saurons les protéger sans même qu'elles ne s'en aperçoivent. Je n'aurais pas pris le risque de te demander une telle chose si je n'avais pas de quoi garantir sécurité et protection pour toi et tes proches. »

Lance hésita à poursuivre. Il avait le sentiment de parler beaucoup trop et de s'engager sur une pente glissante. Mais en dire trop peu risquait de lui faire perdre quelques atouts et il refusait de se voir réduire aux poings sans avoir user de tout ce que la parole avait à lui offrir.
Sa longue errance lui avait appris le silence, lui qui ne connaissait que l'élan du bruits et des clameurs. Mais face au peuple, il lui faudrait bien revenir aux mots, aussi creux soient-ils ...

« Tu me parles d'ambition ?! Je te réponds que nos actes sont à la hauteur de notre Volonté. Tu as toujours été un serviteur exemplaire et parfaitement discret. Peut-être celui suffit-il à ton bonheur ? Ou bien peut-être pourrais-tu faire plus ... Quoiqu'il en soit, tu es parfaitement capable de ce que je te demande. Je suis navré de te l'apprendre mais tu auras à choisir un camp. Il va bientôt devenir impossible de rester neutre ... En travaillant au palais, tu te places comme partisans des Conseillers et du pouvoir en place. Et je ne crois pas qu'ils aient vraiment pour soucis la sécurité des familles de leurs serviteurs ... Le peuple va être au coeur de la tourmente. En échange de ton aide, je t'offre l'opportunité de sauvegarder ta famille. »

Le chantage était à peine voilé même si Lan n'avait aucune envie d'avoir à blesser une des deux femmes pour le prouver à Gribus. Après tout, ce qu'il disait était parfaitement vrai. Il s'en servait juste à son avantage ...

« Je ne suis peut-être pas vraiment honnête sur ce point mais, moi, au moins, j'ai le mérite d'être franc et de l'avouer. Si tu as des problèmes, tu pourras compter sur moi comme chacun de mes hommes le fait. »

Les mots étaient lâchés. L'Al'Faret proposait à présent clairement à Gribus d'être enrôler dans son armée de l'ombre.
Et il espérait vraiment avoir une réponse avant que son dos ne devienne douloureux d'être resté droit trop longtemps, autrement dit, assez rapidement ...
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Ven 25 Juin - 1:01

Gribus ne savait pas si son ancien maître voulait le rassurer, mais si c'était le cas il échouait de manière spectaculaire. Le Gardan avait toujours eu du pouvoir sur lui, comme sur n'importe quel citoyen d'Isle : le Scribe avait toujours eu conscience qu'un caprice du Roi pouvait le renvoyer dans les ateliers de calligraphie, ruiner sa famille ou le priver de sa tête. Mais jusqu'à présent, Elandor avait été un visage indifférent, une puissance immobile sur son trône, dont la main ne bougerait que pour réagir à un affront, une erreur de sa part : il pouvait contrôler ce danger. Ce qui était en face de lui n'était plus le Gardan Edorta, mais un Elandor à la menace aussi réelle que la fange sur ses vêtements, qui le regardait dans les yeux et lui souriait. Ce sourire était peut-être la chose la plus terrifiante que Gribus avait jamais vue, car si son pouvoir avait changé, le Roi n'en avait rien perdu, et son attention, cette terrible attention qui changeait les destins d'un mot, était maintenant posée toute entière sur le Scribe.

Mais la peur ne servait plus une fois la fuite interdite. Les paroles d'Elandor confirmèrent les soupçons de Gribus : en apprenant le secret du suzerain déchu, il était entré dans la confidence, il avait été poussé dans la dangereuse contrée des intrigues. Pire encore, sa famille y était entrée avec lui sans le savoir. Le jeune homme retint une envie vicieuse de se jeter sur l'Al'Faret stylet à la main. Si les Dissidents pouvaient les protéger à leur insu, ils pouvaient tout aussi bien s'en prendre à elles. Et il osait dire qu'il était navré ? Le visage du Scribe resta pris dans une expression d'incompréhension, ne laissant rien paraître de l'hostilité qui naissait en lui. Le début de sympathie qu'il avait développé pour le Gardan fut étouffé par la haine silencieuse qu'il lui portait à présent. Navré ? Il avait sciemment mis le jeune homme et sa famille dans cette position, s'arrogeant le droit de réquisitionner sa loyauté, ses efforts et leurs vies pour ses propres ambitions. Il était heureux que le Roi ne connaisse finalement pas son serviteur, car dans le cœur de Gribus Sandragil, Elandor Arlanii venait de rejoindre le reste du monde, ajouté à la masse indifférenciée des autres, ceux qui étaient tantôt outils tantôt obstacles. Mais il aurait une place de choix, en tant que menace, qu'ennemi même, si le Scribe se mettait un jour à caresser des envies de revanche.

Pour l'instant, tandis que le Roi déchu continuait de justifier sa conscription aux intrigues et de parler du conflit inévitable qu'il allait bientôt lui-même engendrer, le Scribe considérait ses options, caché derrière un parfait masque d'auditeur attentif. Il savait écouter et penser en même temps, il savait cacher ses opinions et anticiper les actes des autres, il l'avait appris dès l'enfance. Voilà que l'Al'Faret déclarait être au moins franc, à défaut d'être honnête, s'accordant des mérites. Gribus se demanda pourquoi il tentait tant de se justifier auprès du Scribe, s'il n'essayait pas de se convaincre lui-même de quelque chose...Il n'y avait qu'à écouter ses paroles pour sentir immédiatement l'hypocrisie typique des Nobles, dans sa suffisance, dans sa manière de professer son souci du peuple pour ensuite déclarer sans cligner de l'œil que sa guerre personnelle allait les placer « au cœur de la tourmente ». Mais il semblait véritablement croire à ces principes qu'il énonçait...

Encore une fois, le jeune Scribe se dit que cela importait peu. Il ne pouvait s'empêcher d'être intrigué par l'ancien Gardan, ne serait-ce que pour envisager un moyen de se délivrer de son chantage. Mais il en arriva vite à la conclusion qu'aucune échappatoire n'était possible. Il n'avait pas le luxe d'hésiter : mis au pied du mur, il devait décider d'un cap et le tenir du mieux qu'il pourrait. Son expression suivante n'eut pas non plus besoin d'être feinte.

Il avait gardé tout le long du discours d'Elandor son visage de serviteur, une expression immaculée de neutralité, la bouche fermée et légèrement avancée, les sourcils levés en signe d'écoute, le regard attentif, une lueur de réflexion sincère dans les yeux. A présent que l'heure était venue de répondre, il regarda son ancien et nouveau maître et fit un signe de tête assuré, avec un visage respirant la confiance simple et l'efficacité.

Puisque vous me garantissez cela, Monseigneur, il n'y a pas de choix à faire. Je vous servirais, comme toujours, du mieux que je pourrais.

C'était, pour l'instant, l'exacte vérité. Quoi qu'il pense d'Elandor, Gribus n'avait pas les moyens de s'échapper, encore moins de satisfaire son hostilité : il était dans son intérêt de travailler avec son efficacité habituelle, jusqu'à ce que d'autres opportunités se présentent. Son seul et unique objectif était d'assurer la sûreté et la prospérité de sa famille : si l'Al'Faret réalisait ses ambitions, Gribus serait récompensé pour ses services. Si son ambition semblait compromise, ou si une vraie occasion apparaissait, le Scribe pourrait tout aussi bien le livrer au Conseil. Bien sûr, le jeune homme se doutait que les choses étaient loin d'être aussi simples : la moindre erreur pouvait être fatale et tout se trouvait compromis. Il n'avait pas envie de servir Elandor, pas plus qu'il n'avait envie de renverser ou de servir le Conseil, mais il devait faire le nécessaire pour que ni l'ancien Gardan ni ses ennemis ne puissent menacer sa mère ou sa sœur.

L'horizon du futur s'était brusquement rapproché, et Gribus n'avait aucune idée de ce qu'il réservait. Il pouvait très bien se retrouver dès demain à la Cour avec pour ordre d'espionner le Conseil, ou dans une cellule les fers aux pieds, en train d'attendre son exécution. Il ne savait pas comment il allait pouvoir remplir sa mission pour les Dissidents, il n'avait aucune idée de comment il allait pouvoir tirer son épingle du jeu entre Elandor et les Conseillers. En cet instant, le Scribe était perdu et au bord du désespoir. Mais il n'en montrerait rien, il ne pleurerait pas, ne tremblerait pas, il ne livrerait rien au reste du monde, ce monde qui n'avait pas attendu aujourd'hui pour le jeter dans la poussière.
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MessageSujet: Re: Embuscade d'un embusqué -terminé-   Dim 18 Juil - 12:32

Lance n’avait pas quitté des yeux une seule seconde le visage du scribe. Il tentait vainement d’en capturer les émotions. Il se savait protégé par la présence invisible de ses hommes, à quelques pas de là, suffisamment près pour sécuriser la ruelle, suffisamment loin pour ne rien entendre à la discussion.
L’albinos affichait à présent une expression déterminée, la même qu’Elandor aurait pu entrevoir au palais après lui avoir confié une mission s’il avait pris le temps d’observer son serviteur.
Mais malgré le ton ferme de sa réponse, l’ancien Noble ne parvenait pas à être totalement satisfait de cette entrevue.
L’attitude du scribe le poussait à lui faire confiance mais il lui semblait que celui-ci s’était trop peu exprimé pour qu’il le jauge réellement. Quelque chose lui échappait mais il lui était impossible de mettre la main dessus.
Comment aurait-il pu imaginer la colère que son discours avait fait naître ? Comment aurait-il pu simplement comprendre que le jeune homme pouvait ne pas apprécier d’être manipulé ? Toute sa vie, Elandor avait utilisé les gens pour parvenir à ses fins, si bien qu’il n’en avait même plus conscience. Les exposer aux plus funestes périls ne l’avait jamais empêché de trouver le sommeil tant que la cause pour laquelle il les faisait lutter lui semblait juste.
Malgré son égocentrisme, l’ancien Gardan exploitait peu le commun des mortels pour son propre bien-être, hormis ses serviteurs qui étaient là pour ça. Mais lorsqu’il estimait qu’il s’agissait du bien du Royaume, il n’hésitait pas à mentir, tromper ou mettre en danger ceux qu’il ne voyait que comme des pions sur un gigantesque échiquier. La fin justifie les moyens …

C’est pourquoi il n’avait même pas conscience de sa suffisance lorsqu’il répondit à Gribus, un sourire léger aux lèvres.
« Tu ne regretteras pas de nous avoir rejoint. »

Et, s’il l’avait remarqué, cela l’aurait-il empêché de prononcer ces mots ? Rien n’était moins sûr … Après tout, malgré le semblant de respect que Gribus lui inspirait, tant par son efficacité que sa discrétion, il n’en restait pas moins un serviteur, un homme dont la vie comptait, somme toute, assez peu.

« Ta mère et ta sœur ne se rendront compte de rien et je t’in … te conseille fortement de ne rien leur révéler, pour notre sécurité à tous. »

Il avait marqué l’hésitation. Il y a quelques semaines le « je t’interdis » serait sorti directement de sa bouche, froid, implacable. A présent, il avait choisit d’être plus modéré. Il restait un chef mais avait décidé de traiter les Dissidents davantage comme ses hommes que comme ses serviteurs.
Quant au fait que l’attention toucherait le scribe, rien n’était moins sûr … Après tout, cela pouvait très bien passer pour une forme d’hypocrisie.

« Quelqu’un d’autre te contactera ultérieurement, pour te donner plus d’informations et t’indiquer la marche à suivre. Bien évidemment, cette entrevue n’a jamais eu lieu, et Elandor Arlanii est mort et enterré. »

Ces paroles rendaient l’instant théâtral mais L’Al’Faret ignorait qu’il discutait avec une personne autrement plus intelligente que la foule de badauds et les soldats auxquels il avait l’habitude de s’adresser. Eux aimaient le grandiloquent, l’éloquence et le panache ! Et ça, c’était bien plus facile à offrir qu’un plaidoyer tout en finesse et en subtilité.

« Ta Volonté est la lance, la Dissidence est son fer. »

Sur ces paroles, mots d’ordre de la Dissidence, il salua le scribe et, lui tournant le dos, peu inquiet d’une quelconque attaque de sa part mais l’oreille tendue pour déceler le bruit éventuel de ses pas, il s’éloigna lentement avant de s’engouffrer dans le labyrinthe des rues commerçantes.

A présent, il lui fallait s’entretenir avec Eléni … De tous, elle était la meilleure pour la surveillance ou le recrutement. Et le cas de Gribus Sandragil était suffisamment complexe pour qu’il le lui confie.

[Fini !]
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Embuscade d'un embusqué -terminé-
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