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 "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Dim 25 Avr - 15:48

Début

    Elle était descendue en trombe de la Ville Haute, sans récupérer ses affaires, sans même repasser par la demeure de ses parents. Furieuse, angoissée, elle devait se réfugier, et vite au Ceste. Au-delà d’un besoin de réconfort, elle craignait que Venarii et ses hommes ne tentent de la rattraper. Une telle fourberie ne l’aurait point surprise. Après tout, n’avait-elle pas suggéré de la ligoter ? Chaque silhouette était ennemie, chaque homme, chaque femme qu’elle croisait en dévalant à s’en rompre le les jambes les rues menant au Ceste. Le regard brillant et le souffle court, elle ne retrouva pas le calme, et ce même une fois l’auberge en vue.
    Que n’était-elle restée ici. Que ne l’avait-elle écouté ? Elle n’aurait eu connaissance de cela et, avec un peu de chance, ils auraient commis l’erreur de venir la chercher dans les Bas Quartiers. Cela aurait été simple. Un peu de leste, l’un des canaux… Elle refoula ses larmes et, à quelques enjambées de la porte, s’immobilisa. Quelque chose la retenait, Sieben. S’il la voyait entrer dans un tel état, alors il lui faudrait s’expliquer, et elle craignait sa réaction. De la colère, de la fureur… Mais surtout la fatalité et même l’indifférence. Comment réagirait-elle s’il prenait la chose calmement… ? Elle éclata en sanglots silencieux, et vint s’appuyer de sa main invalide au mur. Elle loupa son coup, et son épaule vint heurter la pierre. Finalement elle s’y adossa, enfouit son visage dans ses mains et glissa jusqu’à ce que son postérieur trouve les pavés. Elle demeura là quelques minutes, perdue, incapable de pénétrer dans l’auberge. Plus aucune demeure pour Elenor Jagharii.

    Personne ne s’inquièterait de son absence, après tout. Et son homme était trop occupé à l’intérieur, à en croire le bruit et la musique, pour la voir. L’auberge était encore pleine de ces sauvages… Une ambiance qui n’avait rien de propice aux aveux.

    Elle resta une heure dans la rue, assise à même le sol. Certains passaient devant sans s’arrêter, songeant sans doute que la célèbre Elenor Jagharii, méconnaissable dans ces atours nobles pour les bourgeois du coin, décuvait. Finalement, elle trouva un calme tout relatif, qui suffit cependant à lui offrir la maîtrise nécessaire. Elle se releva, tremblant un peu, puis hasarda un regard par la fenêtre de l’auberge. Il était là, affairé à une table. Il y avait beaucoup de monde, la salle était même bondée. C’était parfait.

    Elle avança à pas de loups vers la porte, la poussa à peine, vérifia d’un coup d’œil que le champ était libre et profita de voir son homme de dos, loin d’elle, pour se glisser derrière le comptoir. La première qui passa à sa portée fut de la liqueur de pomme. Très forte. Plus que ce qu’elle buvait d’ordinaire. Ses doigts surs autour du goulot de la bouteille, sa main gourde laissa traîner à la place de la bouteille de quoi en payer trois, puis elle le vit revenir et se faufila en vitesse dans un coin. Il ne la vit pas. Tant mieux. Non sans jeter des regards inquiets par-dessus son épaule, elle se glissa dans la foule jusqu’au fond de la salle.
    Ces sauvages, par chance, avaient de quoi payer. Ils avaient pour la plupart des pierres fines, d’une valeur que, souvent, ils sous-estimaient. Son homme faisait des affaires. Et la petite compensation pour la bouteille n’était pas en reste. Elle trouva une table, dans un coin sombre de la pièce. Elle savait que du comptoir, il ne la verrait pas.

    Cet alcool était de ceux que l’on buvait avec parcimonie, en fin de repas ou pour soigner des douleurs dentaires. Elenor, elle, en emplit à ras-bord un verre, et le descendit d’une traite, non sans un souffle rauque. Elle manqua de s’étouffer, mais ce n’était pas suffisant. Il lui en fallait un autre, beaucoup d’autres.
    Elle les enchaîna, jusqu’à vider la moitié de la bouteille. L’ivresse était venue avec le malaise, et elle se sentait sur le point de défaillir. Elle remonta ses mains et les plaqua sur ses yeux avec un hoquet douloureux. Qu’allait-elle faire pour se sortir de là… ?

    Les lèvres entrouvertes, ravalant un malaise, elle les garda clos longtemps. Elle était renversée, le crâne appuyé au mur… Elle était malade. Elle remonta un genoux, l’appuya au bord de la chaise puis, avec un soupir, se mordit les lèvres pour ne point craquer.

    Vêtue des riches, quoi que simple compte tenu de son rang, vêtements de noble, elle détonnait dans ce cadre. Son catogan reposant sur son épaule, elle se sentait fiévreuse, déjà. Fiévreuse. Prise dans les vapeurs de l’alcool bu trop vite, et aux prises avec les remontées de la soirée, elle ne le vit pas s’approcher.

    Lorsqu’elle s’aperçu de sa présence, elle sursauta, puis songea à se faire la malle… Mais elle se rendit bien vite compte qu’elle ne tiendrait pas debout et, masquant front et regard d’une main, elle eut un rictus…
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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Sam 1 Mai - 9:40

La ronde était implacable, immuable et prenante. Prendre les commandes, sortir la vaisselle, servir les consommations, récupérer la vaisselle, la nettoyer, encaisser les paiements, nettoyer les quelques chambres, les tables, ranger la salle, prendre les commandes… Sieben ne pensait pas qu’il travaillerait autant. Les Pierres Précieuses l’avaient convaincus de garder ces Olarils dans son auberge, mais n’ayant jamais fait plus de cinq pensions en même temps, il s’était retrouvé vite débordé. Il avait été forcé d’embaucher du monde, cinq serveurs-femmes de chambres-maîtres d’hôtels pas moins. Il aurait volontiers embauché parmi les Olarils, mais aucun ne savaient vraiment calculer ni manier la monnaie. Il n’y en avait qu’un qui s’était porté volontaire, l’apprenti d’un intendant s’il avait bien suivi. Les Olarils avaient des intendants ? Curieux…

Il ne voyait plus vraiment Elenor ces dernier temps, mais ce n’était pas volontaire. Depuis l’arrivée de ces campagnards, il avait entamé une très, très longue journée de travail qui n’avait jamais fini depuis plusieurs semaines. Fermer son auberge le soir n’avait plus aucun sens car les gens y dormaient. Heureusement, ils étaient plutôt propres, et coopératifs : ils nettoyaient souvent eux même ce qu’ils salissaient, mais pour le reste, il avait même dû engager un cuisinier. Sieben n’avait jamais vraiment cru que son auberge un jour serait aussi pleine de monde. L’avait il même voulu ? Certes il gagnait beaucoup dans cette affaire, mais l’âme de son Auberge n’était plus la même… La Dame changeait, devenait moins chaleureuse, plus vénale. Sieben Raetan se sentirait bientôt étranger dans sa propre auberge. Déjà, les habitués se faisaient plus rare, évitaient les sauvages venus d’au-delà la Gérax.

Les choses étaient lancées, impossible de revenir en arrière, il ne lui restait plus qu’à travailler, nourrir, faire boire, encaisser, engraisser. Il ne pouvait arrêter ce processus désormais. Déjà, il paraissait que l’Oracle masculin, Therdorus Uldarii, avait parlé aux principaux responsables de ce « peuple » de trente personnes. Bientôt, tous les vautours de la Ville Haute débarqueraient dans son auberge, et ce jour là, le Ceste Clouté devra changer d’âme. Etait ce finalement une bonne idée d’accueillir les Olarils dans son auberge ? L’avenir le dirait, pas lui.

Il avait ressenti le besoin pour une fois de déguster quelque chose de fort, qui lui arracherait les boyaux. Sieben ne buvait jamais ce qu’il servait, pour des raisons d’économie, mais aussi pour des raisons personnelles : il ne buvait pas, c’était tout. Mais il avait besoin de se remonter à bloc. Il avait sorti une liqueur de pomme et un verre à liqueur, un dé à coudre. Mais le travail l’avait appelé de nouveau, il fallait servir, nettoyer, il ne savait plus trop. Le temps de revenir, la bouteille n’était plus là. Pas le temps de faire une enquête, la ronde continuait implacablement. Il y avait une vieille et une femme enceinte en haut qu’il alla visiter, avec de quoi goûter et boire. Sieben s’en occupa et lorsqu’il descendit, par réflexe son regard balaya la salle, et il aperçut Elenor dans son coin.

Il regarda ses serveurs. Il y avait une accalmie, ils étaient suffisamment nombreux. Sans lâcher son plateau, il alla vers sa Maîtresse. Il l’avait vu sortir ce matin, mais il ne l’avait pas vu rentrer, pourquoi ne s’était elle pas signalé ? Pourquoi s’être planqué dans ce coin où il fallait crier pour se faire servir ? Il n’eut pas besoin d’être assis à sa table pour voir qu’elle n’était pas joyeuse. Si elle s’était planquée dans ce coin, c’était justement pour ne pas être dérangée. La confrontation avec la Ville Haute avait elle donc été si difficile ?

Et il retrouva sa bouteille de liqueur de pomme. A moitié vide. Ce genre de bouteille, même lorsqu’on en servait à tous les clients qui passaient mettaient souvent six mois à se faire vider. Vu le degré d’alcool de la boisson, il valait mieux d’ailleurs, en un dé à coudre, on avait l’équivalent de six bocks de bière. Et Elenor en avait bu une demi-bouteille d’un coup. Elle était dans un joli état.

Sieben aurait pu en rire, trouver la situation comique. Il avait au contraire le visage fermé. La boisson tuait, surtout celles là, encore un verre et Elenor sombrait dans le coma. Tout à fait grandiose. Il s’assit brusquement à côté d’elle, faisant craquer la chaise et mit hors de sa portée, la bouteille et le verre. Il voulut la gronder.

Mais elle était triste, infiniment triste. Sieben ne trouva pas le moyen de s’énerver et toute sa contrariété tomba d’un coup. Il se releva de sa chaise, et se posta derrière elle. En la prenant par les épaules, il se baissa et lui dit à l’oreille.

« Qu’est ce qui motive ton état ? Cette liqueur avait de quoi te tuer… »

Sentant qu’elle avait besoin de réconfort, il déposa un rapide baiser sur sa joue froide.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Sam 1 Mai - 10:42

    Pas de question… pas de question.

    Elle avait envie de se lever et de monter quatre à quatre les marches qui menaient à leur chambre, là, elle s’effondrerait dans le lit, habillée, se glisserait sous leurs draps, au chaud, baignée de leur odeur et elle sombrerait. Avec un peu de chance, il n’y aurait pas d’aube.

    Mais elle en était bien incapable, et le simple fait de tenir assise sur une chaise relevait déjà du miracle. Elle tendit néanmoins une main vague en direction du verre, lequel s’éloigna avec un raclement sinistre. Elle avait encore les yeux rougis, et se mordit les lèvres jusqu’au sang. Sieben… Elle s’était pourtant planquée… En fait, elle aurait mieux fait de monter avec sa bouteille, là-haut, et de s’oublier réellement seule. Là, ça n’avait été qu’une illusion.
    Elle s’attendait à se faire passer un joli savon, de ceux, rares, qu’elle recevait lorsqu’elle exagérait quelque peu, mais il s’en ravisa, sans qu’elle ne réalise pourquoi. Puis elle eut un soupir et, de nouveau, enfouit son visage dans ses mains. Elle devait se trouver dans un état tout à fait minable, pour que son amant même se montre conciliant devant une bouteille de liqueur vidée à moitié. Elle remonta sa seconde jambe, appuyant ainsi les deux à la chaise, regroupée sur elle-même lorsqu’il la saisit aux épaules.

    Elle fut secouée par un hoquet, et un rictus découvrit ses dents, sous ses doigts croisés. Elle tremblait. Comme une feuille. Et les mains de Sieben, brûlantes à travers la riche étoffe de sa veste, étaient comme des lames sur sa chair. D’ordinaire, lorsqu’elle venait au Ceste, c’était dans un apparat plus simple, mais elle n’en avait pas pris le temps. Il lui parla à l’oreille, et un nouveau frisson l’agita.

    Des questions.

    C’était bien là la raison pour laquelle elle s’était faite si discrète.
    Pas de questions.

    Le bruit fut soudain son ennemi, et l’envahit tant et si bien qu’elle se sentit nauséeuse. Pour y remédier, l’une de ses mains quitta ses yeux pour chercher la bouteille à tâtons, mais elle ne la trouva pas et eut un nouveau soupir. Le baiser de Sieben la fit sursauter et, crispée, elle tourna lentement un regard plein de détresse en sa direction, écartant ses mains de ses yeux.
    Elle n’avait pas de mots. Ils ne parvenaient pas à franchir ses lèvres closes, ce masque livide, effondré. Elle les pinça un peu plus encore, puis se laissa aller en arrière, manquant de perdre l’équilibre. Elle croisa son regard, flou dans les vapeurs de la liqueur de pomme, et son sourire la désarma. Elle avait tant espéré qu’il soit à ses côtés, là-haut, pour la soutenir, la réchauffer, la leur ravir… Et à présent qu’elle l’avait, elle ne savait plus que lui dire.

    Elle demeura plongée dans son regard et l’étudia, se rassérénant quelque peu. Il avait l’air fatigué, ce qui n’avait rien d’étonnant compte tenu de l’ambiance électrique qui régnait ici. L’auberge était saturée, la grand-salle pleine en permanence. Par des buveurs, des mangeurs, des dormeurs. Et finalement le seul moment de quiétude qu’ils étaient capables de s’offrir était quelques heures de sommeil lourd et sans rêve… Jusque là. Car à présent Elenor savait que le sien serait agité, violent. Elle sortit de sa réflexion d’un gémissement, puis cilla et regarda droit devant elle. Elle tangua, et se serait effondrée s’il n’avait pas tenu ses épaules.

    « Si seulement elle avait pu le faire » un grognement indistinct. Oui, elle avait cherché l’oubli, mais dans son état jugeait également que disparaître pour de bon était aussi une solution. De toute façon, c’était aussi ce qui l’attendait si sa main était donnée de force à Xander Venarii. Une disparition. Cloîtrée chez elle, retenue pour ne point commettre l’adultère. Engoncée dans des atours d’épouse… Elle finirait par disparaître tout à fait. La liqueur de pomme, dans ces conditions, n’était pas une issue si mauvaise que cela. Cela lui épargnait au moins d’avoir à partager la couche de cet infâme godelureau. L’idée la révolta tant et si bien qu’elle s’agita, du moins intérieurement, avant de retomber dans un état apathique lamentable.

    « Je ne peux pas » grinça-t-elle, la voix enrouée de trop avoir pleuré dehors. Un borborygme tout au plus. Elle le regarda, prise d’un vertige, puis fronça les sourcils. Comment le prendrait-il… ? C’était le moment qu’elle avait redouté, celui qui allait faire de Sieben un homme emporté, blessé, ou indifférent et blessant. Ses yeux se firent plus brillants, à présent que son état ne lui permettait plus la rage. La terreur, l’angoisse et la peine reprenaient le dessus. Ses doigts trouvèrent ses lèvres, comme pour empêcher la suite de sortir, puis elle éclata. Elle s’agrippa à ses mains.

    « J’ai rencontré ce soir l’homme qu’il me faudra épouser dans… dans quelques semaines. »

    Quelques jours, même sans doute. Le mariage allait à coup sur être avancé, pour ne lui permettre nulle retraite. Si seulement les portes n’étaient pas condamnées, elle se serait enfuie… Si seulement le siège n’était pas si imminent, elle aurait retrouvé le bureau de son père pour s’y terrer. Le Ceste… ils savaient où il se trouvait. Et ils n’auraient aucun mal à l’y arracher, pour peu qu’ils soient suffisamment nombreux. Elle ne pleurait pas, mais elle n’était plus que malaise. Elle frémit, s’arrachant presque involontairement à ses mains, puis se figea. « Je ne sais pas quoi faire, Sieben. »

    De nouveau, un grognement sans plus. L’ivresse et les pleurs solitaires qui avaient précédé n’aidaient en rien à rendre intelligibles ses propos.

    Elle ferma les yeux, enserrant tout à coup sa tête de l’étau de ses mains. Le vertige, plus fort, assorti d’une migraine douloureuse. Elle n’en pouvait plus… Du bruit, de l’agitation. Elle avait besoin de s’étendre et de disparaître.
    Elle abaissa ses jambes, retrouva le sol avec un rictus de malaise. Il fallait qu’elle sorte. Il fallait qu’elle se lève. Un dernier regard à l’homme puis, sans crier gare, elle le repoussa puis se leva et tituba plus loin. Elle s’aida de la foule pour tenir debout, puis déboucha à toute allure dans la rue et, sitôt privée de tout appui, elle s’effondra à côté de la porte, se laissant à nouveau glisser contre le mur. Elle demeura contre le bois de la porte ouverte, en tremblant. Elle avait par-dessus cela une furieuse envie de rendre le peu qu’elle avait avalé dans la soirée.

    Elle aurait choisi de rejoindre leur chambre, si l’escalier ne s’était pas posé comme adversaire dans cette quête. Elle entendit ses pas approcher, résonner dans son crâne meurtri, et se retourna pour s’adosser à la pierre glacée.

    Retour au point de départ.

    « Bordel… » Elle avait dépassé les bornes... Ou pas assez. Il était déjà là lorsque le juron lui avait échappé. Dans l’obscurité, elle n’y voyait rien.

    Ses jambes ne tolèreraient nulle fuite, de toute façon…


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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Sam 1 Mai - 23:08

C’étaient les pires craintes dans leur couple qui se matérialisaient. Un fiancé, même pas un rival, juste un homme imposé qui faisait irruption pour tout détruire. Détruire leur couple, Elenor, Sieben, leur avenir. Le plus dur à vivre était bien entendu réservé à Elenor, mais Sieben n’était pas en reste. A quarante cinq ans, Elenor était la dernière femme qu’il n’aurait jamais, il le savait. Après elle, il n’y avait que l’Auberge et la Solitude, le plus réjouissant des programmes. Gagner de l’argent sans personne pour le dépenser, se coucher le soir sans personne pour vous faire sortir de votre travail, se lever le matin pour quoi ? Un homme a forcément besoin de raisons de vivre.

Outre pour lui, il craignait aussi pour Elenor. Il ne pouvait se rendre compte aussi bien qu’elle, mais sa vie à elle était en train de basculer pour de bon dans le pire. Mariée, enchaînée à un autre qu’elle détesterait. Ces nobles n’étaient ils donc pas capable de les laisser tranquille ? Ne pouvait-il pas respecter les sentiments qui les liaient ? Les classes sociales étaient chez eux tellement ancrées qu’ils ne supportaient pas une aberration dans le genre de leur couple, ils préféraient encore les mariages forcés. Sieben sentit un mélange de colère, de compassion pour Elenor, se déverser dans ses artères. De l’extérieur, Sieben serra simplement sa mâchoire et ses poings. Des signes déjà trop visibles, mais qui n’étaient pas des hurlements de rage ou de contrariété. Sieben ne s’emportait jamais. Mais il connaissait toutes les émotions.

Elle ne savait pas quoi faire, en même temps qui le saurait ? Il y avait la Loi, il y avait les Convenances, il y avait la Famille et ses intérêts, qui étaient des limites infranchissables. Tout forcait Sieben à abandonner Elenor, et Elenor à faire de même pour Sieben. Merveilleux monde que la Haute Ville et les nobles qui l’habitaient. Un monde tellement civilisé qu’il avait perdu toute trace d’humanité.

La plupart des amants auraient étreint leur promise, leur aurait dit que demain tout irait mieux, leur auraient tapoté l’épaule. Sieben ne fit pas un geste, il n’y songea même pas. C’étaient des gamineries, il avait dépassé ce stade depuis trop longtemps, il préférait songer à ce qu’il pouvait réellement faire pour Elenor et contre ces fiancailles. Il n’y avait guère qu’une solution, pas forcément efficace, mais faisable : voir ce noble qui avait la prétention de le remplacer et lui faire entendre son avis. Le Noble n’en changerait pas, mais Sieben improviserait.

Elenor se leva, ne supportant visiblement plus l’air de la salle et le mit de côté. Qu’elle ait besoin de s’isoler d’accord, mais en s’isolant elle avait quand même descendu une demi bouteille de liqueur à cinquante degrés… Sieben se leva tranquillement et la suivit. Elle ne marchait plus droit, elle n’irait pas bien loin, pas la peine de se précipiter. Elle devait se raccrocher aux gens. Un serveur l’interrogea du regard, Sieben lui répondit par la négative par un geste explicite. Un autre songea à demander de l’aide au patron. Le patron refusa net, toujours par gestes. Il ne serait pas là pour l’heure à venir au moins.

Quand il se disait qu’elle n’irait pas très loin, il avait raison. Elle était en train de tutoyer le trottoir. Il aurait été embêté si elle avait été plus loin. Elle faillit régurgiter mais non. Tant mieux, il n’aurait pas à nettoyer derrière. C’était cynique mais Sieben n’avait pas envie de faire dans la dentelle. Il y avait des choses sérieuses à régler. Elenor souffrait certes, mais il n’avait pas le temps de pleurnicher, ni de la réconforter, il savait ce qu’il voulait faire, et il n’avait pas besoin de sensiblerie.

Il se baissa, agrippa les bras d’Elenor et la jeta sur ses épaules comme un sac de grain. Il se releva en assurant sa prise et rentra dans l’auberge. Il traversa la grande salle sans se préoccuper de quiconque, avec son fardeau sur l’épaule et gravit les escaliers qu’Elenor n’aurait jamais pu gravir. Malade comme elle était, elle avait surtout besoin de se coucher. Il alla vers leur chambre et ouvrit la porte, et la déposa sur le lit avant de fermer la porte.

Même sur le lit, elle ne se tenait pas tranquille. Sieben lui bloqua les deux bras et la forca à l’écouter. Il lui dit d’un ton aussi dur que la pierre :

« Fais moi confiance Elenor, moi je sais quoi faire. »

Il relâcha la pression sur les bras d’Elenor et lui prit les joues entre ses deux mains.

« Mais d’abord, dis moi le nom de ce noble."

Il fallait qu’il le sache. Il fallait qu’il sache qui il devait aller voir sur le champ.

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Dim 2 Mai - 20:29

    Se sentant soulevée, elle retint une nausée, ses doigts évasifs sur ses lèvres résolument closes. Elle gémit tandis que son ventre gagnait l’épaule de Sieben… La position, dans son état, n’avait rien d’idéal… Autant dire que les escaliers n’étaient en aucun cas de nature à arranger les choses. Chaque marche était un supplice, chaque pas de l’aubergiste lui donnait un peu plus l’impression qu’elle allait craquer. Puis tout cessa, sans qu’elle ne se soit aperçue qu’ils étaient arrivés. Elle tenta de se redresser, appuyée des deux mains dans le bas de son dos pour se redresser avec un rictus lorsqu’elle glissa en arrière avec un glapissement.

    Elle se sentit tomber sur le lit, chute vertigineuse. Le matelas n’avait rien de moelleux dans son dos. Au contraire, il lui sembla qu’il l’engloutissait, la pliait en deux, accentuait ses nausées… Elle émit un gémissement, bas, un presque-grognement et voulut rouler sur le côté pour lui échapper. Elle avait envie de vomir, se sentait fiévreuse, absente. Autour d’elle, leur chambre tournait. Elle avait presque réussi à rouler, avec la lenteur d’un vieillard ou d’un animal meurtri, et tentait de s’appuyer sur ses coudes pour se redresser et chercher du regard une écuelle ou rendre ce qu’elle avait bu de liqueur. Son regard était brillant, hésitant tandis qu’il parcourait la chambre dans un sens, puis dans l’autre. Rien aucune issue, ni rien qui ne lui permette de se soulager. Il l’arracha à sa recherche lorsqu’il saisit ses bras sans douceur et la plaqua au lit. Elle écarquilla les yeux, en silence, et se tortilla sans résultat. Elle voulait se défaire de l’étau de ses mains, mais il serrait, ne lui laissant nulle chance de se faire la malle.

    Il était en colère. A en croire la brutalité du geste, dont il n’avait pas même du s’apercevoir. Il s’emportait. La nouvelle l’avait choqué, lui aussi, et il semblait que sous couvert de son habituelle maîtrise, l’aubergiste sortait de ses gonds. Elenor aurait été incapable de dire si cela lui plaisait, ou non. Incapable de dire si cela la rassurait, ou l’inquiétait davantage. Il lui fallut de temps pour tolérer qu’il ne l’immobilise. Du temps pour saisir les mots qui avaient été lâchés.

    Oui… Elle devait lui faire confiance mais… Son esprit était flou, ses réflexions désordonnées. Lorsqu’il saisit ses joues, elle releva ses mains, spontanément, chercherant à se protéger. Puis elle se laissa amadouer par la douceur de ses paumes, venue trancher avec la rudesse de sa poigne. Lentement, ses mains retrouvèrent sa poitrine, et elle le regardait… Il savait que faire mais… Mais il ne pouvait pas monter… Non, c’était trop dangereux. Elenor était noble, elle était la fille d’un homme influent. Mais lui… lui n’était qu’un pion, pour eux. Un pion qui n’allait pas être bien compliqué à renverser… Et que ferait-elle, une fois veuve d’un homme qui lui fut refusé ?
    Que deviendrait-elle, sans lui ?

    Elle plissa les yeux, lorsqu’il lui demanda le nom du noble. Sale petite crapule avariée… Si seulement ils avaient été seuls… Elle lui aurait fait la peau, et tout aurait été réglé sans avoir à tortiller… Mais non, l’infâme Blondinet était bien vivant, et sans doute se gargarisait-il amplement de sa prise au sein d’un salon surpeuplé, en ce moment-même. Peut-être annonçait-il leurs fiançailles à une assemblée de Nobliaux goguenards…
    Et elle ne deviendrait plus qu’un nom à railler…
    Qu’une femme qu’il allait devoir dresser comme un chien. Et si Sieben se jetait dans la gueule du loup, qui se présenterait pour les en empêcher ?

    Ses dents se découvrirent dans la douleur, et, doucement, des larmes perlèrent au coin de ses yeux pour s’écouler sur ses tempes. Elle sanglotait, lamentable… Un état que lui seul lui avait déjà connu… Quelques semaines avant… Tandis que sa main, bandée, faible, la lançait atrocement.

    Elle s’agrippa à lui et, à la force de ses bras, le rapprocha. Repliant ses genoux, secouée, elle tenta de donner davantage d’aplomb à son regard fuyant, îvre.

    « Promets-moi d’abord de rester avec moi… Je… j’ai besoin de toi ce soir. » Oui, c’était encore la meilleure idée. Ainsi, elle le retenait, et leur donnait à tous deux le temps de la réflexion. Oui, demain serait un autre jour, et demain, au calme et sobre, ils en parleraient, et aviseraient. Ce soir tout n’était que panique, tout n’était que malaise et fièvre. Ce soir, elle avait besoin de baume.

    Elle força un peu sur ses bras, l’obligeant à tomber quelque peu sur elle. Elle l’observait avec intensité, cherchant à lire -en vain- les pensées qui le traversaient. Il ne fallait pas qu’il monte seul… Elle tira un peu plus encore, appuyant son front à son torse, menaçant de lui faire perdre l’équilibre.

    « Ne me laisse pas… »

    Elle resta ainsi un moment, haletant doucement, sentant la nausée la quitter. Puis elle le repoussa doucement, et lui offrit un regard qui, s’il n’avait rien de lucide, semblait presque apaisé. Elle éleva une main tremblante, effleura sa joue.
    Finalement, plus ou moins rassérénée, elle poussa un profond soupir, sans le lâcher.

    « Il se nomme Xander Venarii… » Mais tu dois rester avec moi, cette nuit… Tu ne dois pas partir… La prière muette lui avait été confiée dans un regard brillant, les larmes cependant taries.


Dernière édition par Elenor Jagharii le Mar 4 Mai - 17:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Lun 3 Mai - 21:14

La détermination de Sieben vacilla face à la peur d’Elenor. Le sang circula moins vite dans ses artères, comme refroidi. N’était-il pas trop vieux pour ce genre de gaminerie ? Il n’était plus ce jeune soldat qui avait retenu un flot d’Illgéraxans, et les Vipères de la Ville Haute étaient plus dangereuses que les bêtes de la Gérax. Si on lui tombait dessus à bras raccourcis, ferait il toujours autant le fier ? Avec une gueule refaite au carré, on aurait plus que raison de mépriser l’Aubergiste, la honte d’Elenor en serait plus grande. Ce n’était pas lui rendre service.

C’était même égoiste, cette colère ne venait que d’une jalousie toute droit sortie d’un roman. Il n’avait pas envie de ressembler à ca, ce n’était pas comme ca qu’Elenor l’aimait. Le Sieben qu’elle voulait n’éprouvait jamais ni colère ni jalousie, toujours stable en toute circonstance. Son roc. C’était ca qu’elle voulait chez lui, ca qu’elle n’avait pas trouvé ailleurs, chez tous ces jeunes gens bien nés ou pas. Et il s’apprêtait à faire exactement comme ces amants stupides. Il ne devait pas céder.

Elenor s’accrochait à lui avec toute la poigne dont est capable une femme ivre. Elle avait tellement peur, peur pour lui ? Ou peur pour elle ? Peur pour eux deux tout simplement. Des peurs qu’il ne ressentait guère, car il ne se rendait pas bien compte de la véritable nature du Danger. Un noble n’était qu’un homme, et tout homme avait le sang de la même couleur, celui là n’était pas pire que le reste. Sieben oubliait simplement que cela faisait longtemps qu’il évitait cette noblesse comme de la peste, qu’il ne connaissait plus leur réel pouvoir. Contrairement à Elenor.

Elle lui demandait de rester avec elle, de ne pas y aller. De vivre ce soir comme si c’était le dernier, un peu comme chaque soir depuis qu’elle était descendue dans son auberge, de ne pas s’occuper de la Ville Haute. Il se sentait le devoir d’accepter, il n’avait pas le droit de lui faire ca. Elenor était encore fragile, surtout dans son état, il allait lui faire mal s’il lui disait « non ». Ca ne lui coutait rien de la prendre dans ses bras, jusqu’à ce qu’elle s’endorme.

Après il irait à la Ville Haute. Voir ce Xander Venarii.

Il irait malgré tout, malgré le Raisonnable et les supplications d’Elenor. Sieben ne supportait pas l’idée de laisser l’échéance venir sans rien faire, sans rien tenter, il irait là haut, il trouverait la villa des Venarii, et il s’expliquerait en face à face. On verrait bien comment cette porcelaine tiendrait le choc lors d’une vraie discussion entre hommes, il rigolerait moins sûrement. Au mieux, il saura que l’Aubergiste n’était pas une quantité négligeable. Au pire, il aura sa tête redimensionnée, quand bien même Sieben risquerait la prison. Pour Elenor, il envisageait sérieusement de charger à travers un cordon de gardes. L’âge ne comptait pas, il se sentait aussi fort qu’avant quand on parlait de sa maîtresse.

Après seulement, il pourrait regagner son auberge en paix et défendre jalousement Elenor quand on viendrait la chercher. Il faudrait pour cela lui passer sur le corps, un corps plutôt difficile à contourner. Elenor serait peut-être incapable de se défendre à cause des conventions sociales. Un aubergiste n’était pas lié aux mêmes conventions, il pourrait le faire.

Mais en attendant, il devait rassurer Elenor, la dorloter. Il l’entoura de ses bras et la mit sur ses genoux. Lovée dans un cocon protecteur formé par ses gros bras et son torse, Elenor ne semblait pas pouvoir rester consciente plus longtemps. Il lui dit à l’oreille :

« D’accord, je vais m’endormir avec toi. A ton réveil, je serais toujours là. Ne crains rien. »

Techniquement c’était vrai. Il avait vraiment l’intention d’être à ses côtés au réveil. C’était un pieux mensonge au final.

« A ton réveil je serais toujours là. Ne crains rien.»

Il insista un peu plus en la berçant. Elenor sombra bientôt, il la déposa en délicatesse sur le lit et ramena la couverture sur elle.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: "...Ne trouve jamais porte close" [II/V]   Lun 3 Mai - 22:25

    Elle accepta le changement de position avec un soupir profond, pas soulagée pour un sous. Un simple moyen d’articuler ses membres, comme si de l’air, plus fort, plus frais avait davantage de chance de les actionner. Ce ne fut pas le cas et, pour se hisser correctement contre son amant, elle eut grandement besoin de son aide. Son regard demeurait fiévreux, suppliant. Toujours dans ses pupilles brillantes la folie et l’égarement de l’ivresse. Elle était toujours agrippée à lui, pendue à son regard, comme pour le retenir, l’empêcher de s’éloigner. Il avait du travail, il avait des choses à faire, beaucoup d’hôtes à gérer… Mais elle n’était pas en état de s’en préoccuper… Elle l’avait fait, quelque part, en s’isolant. Elle l’avait fait en tentant de laisser ses larmes se tarir devant la porte, avant d’entrer… Mais il était venu la chercher, et, en réclamant des explications, les avaient de nouveau faites couler. Et à présent qu’était brisée la solitude liquoreuse d’Elenor, elle ne le laisserait plus s’enfuir. Tant pis pour les Olarii. Tant pis pour les serveurs.

    Sa tempe trouva le torse de Sieben, et elle ferma les yeux. Elle l’entendit parler avec échos. Plus que des mots, c’était le vrombissement de sa poitrine qu’elle entendait, souligné par un rythme cardiaque rapide. Beaucoup plus rapide que celui qu’elle connaissait à cet homme si fort et placide. Il avait peur, lui aussi… peut-être. Ou bien peut-être était-il en colère ? Contre elle, de se comporter de façon si puérile, contre Blondinet de prétendre la lui ravir… ? Peut-être était-il en colère contre leur situation, tout simplement… Dans ce cas, il était bien chanceux, car en l’âme d’Elenor se déchaînaient ces trois colères. Un mélange, vaseux, gluant. Elle avait été une femme forte, jusqu’à sa blessure. Une femme puissante, assurée, au tempérament éclairé et solide.
    Avec cette foutue main, c’était toute Elenor qui s’était avachie… Incapable d’affronter ses ennemies d’antan, secouée par un prétendant minable… Et la voilà, la fière, la noble et la puissante Elenor, à pleurnicher contre la poitrine d’un aubergiste.
    Ceux qui auraient été les plus tristes étaient sans doute les hommes qu’elle avait été contrainte d’abandonner à la caserne… Ses frères d’arme.

    Repensant à eux, tandis qu’il lui assurait qu’il ne bougerait pas, elle poussa un nouveau soupir, profond. Peut-être sa force d’antan ne tenait-elle qu’au devoir qu’elle avait envers eux, finalement… La responsabilité de leurs vies… Que lui restait-il de responsabilité, aujourd’hui ? Pas même celle de vivre, si ce n’était pour lui. Pas même celle de vivre.

    Elle crissa des dents, la mâchoire crispée, tandis qu’il la berçait. Il serait là à l’aube, le lendemain…
    Oui, et le lendemain, elle ferait l’effort de ne plus être faible. Elenor Jagharii n’en avait plus le droit.

    Rouvrant des yeux paresseux, sans la moindre trace de confort, cependant, sur son visage, elle fronça les sourcils. Oui, le lendemain elle serait plus forte. Le lendemain, Elenor Jagharii se relèverait, et règlerait ce problème. Pour Amarante, si peiné de voir sa fille se comporter en spectre… Pour ses hommes, et le souvenir cuisant qu’ils gardaient de celle à qui ils avaient offert leur vie sans hésiter… Et pour lui, lui qui était chaud, moelleux. Lui que seul son cœur affolé pouvait trahir.

    Mais tout cela… demain.

    Là, il n’y avait que le cœur qui ne pouvait se rasséréner. Et le sien qui au contraire se noyait dans les vapeurs de l’alcool.

    Demain matin, il sera à mes côtés…

    Et il la verrait se lever déterminée, ferme. Et il la retrouverait telle qu’elle était, du temps où sa main gauche empoignait sans détour la garde d’une épée.
    Un battement de plus dans le torse de Sieben. Ses yeux se refermaient, lentement. La liqueur… Beaucoup, beaucoup trop de liqueur dans son sang.

    Demain matin, il sera à mes côtés…

    L’espace d’une seconde où deux, elle eut le tournis. Ses doigts se crispèrent davantage dans l’étoffe… Un battement, qui lui parût plus profond, plus lent. Il trouva un écho dans son crâne… Elle se raidit tout à fait dans ses bras… Puis un soupir nauséeux.

    Demain matin …

    Demain matin, la gueule de bois promettait d’être formidable, l’humeur maussade, et la détermination inébranlable.

    Un dernier battement, et Elenor se détendit tout à fait sur un souffle brûlant.

    Elle s’était endormie.

    [ Sujet Clos ]
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