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 Une Introduction en Douceur

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Une Introduction en Douceur   Lun 5 Avr - 17:24

    « Espèce de sale petite garce je… ! »

    Un bruit de bois qui se brise. Un autre. Quelques hommes qui râlent, visiblement bousculés. Un cri de mâle. Enfin, de presque mâle à présent. De nouveau, du bois se brise.

    Dehors, il fait nuit. Une nuit bien avancée, bien sombre, bien lourde. Certains, encore, se trouvent dehors pour rentrer chez eux. D’autres boivent plus ou moins tranquillement dans les auberges et autres troquets alentours. De petits bourgeois, qui, en entendant les cris qui sortaient du Ceste Cloûté, s’arrêtent, regardent la porte en bois, puis enfonçaient leur tête dans leurs épaules pour repartir avant que…

    La porte céda sur un homme, plutôt d’une carrure moyenne. Il tituba en arrière, s’entrava puis tomba sur le dos. La porte n’eut pas le temps de se refermer qu’elle sortait en trombe, sa queue de cheval comme un étendard dans son dos. Elle n’était vêtue que d’une chemise légère et d’un pantalon de cuir brun, cuissardes et regard furieux assortis. Avec un rugissement, elle fondit sur lui et lui grimpa dessus sans attendre.

    A cheval sur l’homme qui la considérait avec une certaine crainte, la donzelle s’agita, et lui assena une gifle retentissante. A en croire sa propre pommette rougie, elle avait également récolté son lot de coups avant de le jeter dehors.

    « Alors, crevure, on fait moins le malin, n’est-ce pas ? »

    Je vous présente Elenor Jagharii.

    Le Ceste Cloûté, pourtant l’une des auberges réputées pour son calme relatif, abritait ce soir une bagarre… Encore une. Car si l’auberge devait son calme à son propriétaire épais, impressionnant et jusque-là difficilement malmené par les bourgeois du quartier, elle devait également son agitation ponctuelle à la présence de sa compagne. Oui, la petite brune qui s’est jetée sur le pauvre bougre. Susceptible, une descente plus qu’honorable, un caractère bien trempé et une droite qui avait su s’améliorer, à défaut d’une gauche solide, cela avait le mérite, au moins, de faire rire les habitués. A savoir si ce soir, après le sacrifice d’un tabouret et d’une applique, Sieben allait rire, lui aussi…

    Un peu plus tôt dans la soirée, alors qu’elle buvait tranquillement une bière au comptoir de son amant de patron, roucoulant doucement avec ce dernier, l’homme était venu. Un ivrogne qui était connu pour retourner sa veste avec l’aisance des plus coquets des nobles. En ce moment, il était Révolutionnaire, et crachait volontiers sur les ignares qui ne croyaient pas à la légitimité de Ceux Qui Arrivaient.
    Cela était déjà de nature à agacer Elenor, à la base. Mais lorsque l’homme avait poussé le vice jusqu’à cracher sur la mort des compagnons militaires de cette dernière, elle était partie…

    Et c’est à l’issue d’une bagarre maladroite, rendue imprécise par l’alcool, que l’on retrouve la jeune femme installée sur son adversaire.

    Sieben ne tarderait pas à arriver, et si elle matait facilement la plupart des ivrognes de l’auberge, elle savait qu’elle ne pouvait rien contre lui. Aussi en profita-t-elle pour gifler l’imprudent une fois encore. Sa main gauche était restée un peu en retrait, inefficace.

    « Alors, tu penses toujours que les Militaires sont des pantins impotents et inutiles ? Elle eut un rire victorieux.

    Et ce en dépit de son épaule, un peu démise contre le bois, de sa cuisse endolorie, sans compter sa pommette qui n’avait de cesse de rougir. On pouvait même voir à présent que sa lèvre était fendillée, à peine.
    L’homme ne s’était guère attendu à cela, de la part d’une noble, autant dire qu’il pouvait remercier la surprise pour les nombreux hématomes avec lesquels il accueillerait l’aube.

    Elle s’apprêtait à frapper de nouveau, s’attendant plus ou moins à se sentir happée par le patron d’une minute à l’autre.


Dernière édition par Elenor Jagharii le Sam 10 Avr - 13:01, édité 1 fois
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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Lun 5 Avr - 19:50

D’ailleurs ca ne rata pas. Un bras à la poigne puissante agrippa le bras d’Elenor et la souleva de terre comme un chaton. Son propriétaire était un homme grand, baraqué, avec une barbe plutôt grisonnante et un visage fatigué, habillé avec une chemise beige unie et un pantalon de toile de la même couleur, avec un tablier par dessus. Une expression sur son visage qui mêle l’amusement, l’ironie et la lassitude. L’homme repose Elenor à terre et lui dit sur un ton parfaitement égal :

« Il est temps d’arrêter. Le guet va venir, va se méprendre et ca va jaser je crois. On est déjà en train de frôler l’incident. »

C’est Amarante qui serait ravi tiens.

Le patron se retire dans son auberge en laissant celui qui avait osé titiller Elenor au milieu de la rue. D’habitude Sieben intervenait dès le début, mais le pauvre client avait choisi la mauvaise victime pour ses propos. Bien que sa carrière dans l’armée ait finie de façon tragique, l’ancien Sergent Raetan gardait en mémoire plusieurs années de fraternité. Cracher sur la tombe de ses frères d’armes, il n’avait pas apprécié plus qu’Elenor. Comme il savait qu’Elenor allait sauter sur le client et le rosser, il n’avait rien fait du tout, il avait laissé faire. Les habitués avaient été un peu surpris par la mollesse de Sieben. Faut dire, il n’est pas du genre à démarrer au quart de tour.

Il franchit la porte de son auberge, un peu défoncée sur le coup.

« Allez, braves gens. ON FERME ! »

C’était encore un peu tôt, mais généralement après des incidents comme celui-ci l’atmosphère est plutôt morbide. Et puis il faut évaluer les dégâts et surtout, s’occuper d’Elenor. Elle est toujours dans un état épouvantable après les bagarres. Sieben lâche Elenor et va derrière son comptoir. Son petit garçon de salle, âgé de douze ans à peine encaisse les pourboires qui restent autour des tables tandis que Sieben s’occupe de ceux qui sont accoudés au comptoir. Il salue d’un coup de tête tous ceux qui partent. Pas de difficultés ce soir, personne ne tire sur son ardoise avec le patron du Ceste Clouté, personne n’en a envie en fait.

Une fois que tous les clients sont partis, il faut ranger la salle, épousseter les tables et éponger les coupes renversées. A deux ca va assez vite, mais une fois alignées sur le comptoir, on s’aperçoit qu’il y a encore de la vaisselle… En tout cas, le petit a fini sa journée, il a bien travaillé, Sieben passe derrière le comptoir et sort la caisse pour le payer. Le petit le remercie et Sieben le salue d’un coup de tête.

Pas encore le temps de s’occuper d’Elenor, il faut évaluer les dégâts qu’a laissé son coup de sang. Un tabouret, une applique et le plus grave : la porte légèrement voilée à présent. Sieben vérifie qu’elle se ferme encore. Elle se ferme, mais il est obligé de mettre la barre pour que les courants d’air ne passent pas. Il avait intérêt à la réparer avant que des cambrioleurs ne se servent dans la caisse. Il chiffra rapidement le montant des dégâts mentalement.

Toutes les recettes de la journée. C’est comme si je n’avais pas travaillé. Tendre et violente Eleonor...

Maintenant, il a le temps de s’occuper d’elle. Elle a prit sa part de bleus. C’est ca quand on se bat sans la pleine possession de ses moyens. Sieben s’avance vers elle et prend son visage dans sa main et l’examine sans vraiment de douceur en le tournant à droite à gauche. Un hématome à la pommette, un lèvre légèrement fendue, ce sont tous les dégâts visible. Vu les coups qu’elle s’était reçue, il faudrait examiner son épaule.

« Allez, on va soigner ca. Va t’asseoir devant le feu, faut que je te répare. »

Sans même avoir prononcé un seul mot de désaccord, il prend une outre qu’il remplit d’eau fraîche et un linge propre. Il n’y aurait pas besoin de bandages cette fois ci.

Il débouche l’outre, s’assieds en face d’elle et verse l’eau sur le linge. Puis il applique le linge frais sur son visage avec une délicatesse inattendue pour quelqu’un de sa taille et de sa corpulence.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Lun 5 Avr - 21:54

    Elle n’eut pas le temps d’abaisser sa main qu’elle fut retenue, soulevée, et écartée comme une vulgaire poupée de chiffons. Elle s’y était attendue et, quelque part, s’était même étonnée de ne pas l’avoir vu intervenir plus tôt. D’ordinaire, après le premier tabouret, il réagissait. Lorsqu’il la lâcha, elle eut un petit geste de provocation, comme si c’était par sa propre volonté que son bras était libéré. Oh certes il n’en était rien, mais c’était toujours mieux pour son image que l’inverse. Le regard qu’elle leva vers lui, en revanche, était éloquent. Comme à chaque fois.
    Le même regard où excuse et demande d’indulgence se mêlaient, derrière la colère. Un regard à l’aspect pourtant un peu vitreux, qu’elle devait à l’ivresse et parfois à un mauvais coup. Elle ne répondit pas à sa remarque. Le Guet, elle en connaissait une bonne partie des membres. Mais, effectivement, se faire embarquer eut été du plus mauvais effet. Sous les jurons, les provocations et les bagarres, Elenor était noble, et sa famille en aurait été désolée.

    Elle le laissa entrer, virer tout le monde, puis passer le pas de la porte seul. De son côté, elle resta dehors, un peu. Sans un mot, calmée net par l’intervention de son plus que frère, elle regarda la crapule qui avait fait les frais de ses abus de la soirée se relever, et partir un peu piteux. L’envie de le suivre, et de terminer le travail l’effleura, mais elle se contenta d’un sourire menaçant. Celui-là, au moins, n’avait pas volé sa correction. Les autres s’en allèrent, pour boire ailleurs, rentrer, sauter leur femmes ou leurs belles, embrasser leurs enfants. Et elle restait les bras croisés, sur le pas de la porte tandis que le jeune serveur sortait à son tour de l’auberge. Il la salua à voix basse, et elle, se penchant un peu, déposa un léger baiser sur sa joue. Elle l’aimait bien, ce môme, il était gentil. Du pouce, elle effaça la petite goutte de sang qu’elle lui avait laissé, puis le poussa doucement. Il se faisait tard et ce n’était plus une heure pour un garçonnet.
    A l’intérieur, elle perçut le bruit des tabourets qui raclaient le sol, des tables, poussées dans la bagarre, qui étaient remises en place.

    Avec un soupir, toujours tendue, fébrile même de ce qui avait été dit plus tôt, elle recroisa ses bras et pivota autour de la porte, juste avant qu’il ne la ferme. Elle le considéra, tandis qu’il vérifiait qu’elle fermait bien, et à nouveau ce regard, peut-être un peu moins vitreux, mais toujours aussi coupable. Elle ne pensait jamais aux conséquences, au prix de ce que ses excès pouvaient lui coûter. L’essentiel était qu’il était toujours là. Finalement, elle ne lui demandait pas d’être d’accord, de lui céder… Elle lui demandait d’être là. Jusqu’à présent, ça avait été une réussite. Après tout, ne l’avait-il pas sortie de son immobilisme, après l’accident ? Rien que pour cela, il méritait qu’elle bichonne son mobilier. Mais c’était Elenor, et quand il s’approcha pour saisir son visage, elle fit mine de se dérober. Oh elle fit seulement mine, mais quoi que ses yeux, plantés dans les siens comme deux billes sombres, semblaient plus piteux que vindicatifs, sa moue elle était plus que revêche. Lorsqu’il tourna son visage, elle ferma les yeux avec un frisson. Elle n’avait pas peur de lui, mais la douleur commençait à se faire sentir. Aussi se passa-t-elle une main presque peureuse sur la pommette, une fois qu’il l’avait lâchée, pour tenter de se faire une idée des dégâts. Elle l’éloigna bien vite, l’idée lui paraissant tout à coup fort mauvaise. Puis il lui demanda d’aller auprès du feu…

    Un peu de docilité n’allait pas être de trop, après le bazar qu’elle avait semé, aussi acquiesça-t-elle presque sans râler, pour aller s’asseoir. En le voyant revenir, elle considéra l’eau, l’étoffe et la cruche d’un œil mauvais. Ca allait lui faire mal, elle le savait. Ne pouvait-ils pas juste rester là, auprès du feu sans rien dire ? Elle se sentait moins coupable, lorsqu’il ne parlait pas…

    Mais il entama de nettoyer sa pommette, puis vint tamponner sa lèvre. L’étoffe, tout juste rosie, attira son attention et elle se mit à avoir mal à la lèvre, aussi. Sans doute aurait-elle ignoré encore longtemps la douleur, si elle n’avait pas vu le sang… Des années à prendre des coups l’avaient endurcie, et lui avait appris à faire abstraction de beaucoup de choses…

    Mais elle se ramollissait. Un peu trop d’ailleurs.
    Et c’était pour combattre cette bien fade constatation qu’elle grogna, tandis qu’il tamponnait toujours avec douceur le tissu sur sa joue : « Ce salopard le méritait. Pardon pour le tabouret, mais il le méritait. »

    Elle fronça légèrement les sourcils puis, estimant que c’en était assez, elle se décala et abaissa la main de son amant.

    « Ce genre d’imbéciles me débecte. Il aurait même mérité que je lui passe la raclée de sa vie. »

    Et puis, il l’avait giflée.

    La douleur lançant légèrement elle cilla.
    « Pourquoi faut-il toujours que les hommes frappent là ? Ca fait un mal de chien… Cogner quelqu'un à la pommette, ça me viendrait même pas à l'esprit. Inutile, en plus. »

    Elle abaissa un peu plus sa main, elle avait décidé que c’était fini. Qu’elle était réparée. Oh c’était ignorer la douleur dans son épaule, dans sa cuisse, la pommette pour laquelle un peu d’eau n’était qu’un risible remède… Mais elle était têtue. Après tout, il en avait l’habitude.
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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Mar 6 Avr - 14:27

Tendre et violente. En deux mots, on racontait tout Elenor. Bien sûr, elle était bien plus que ces deux qualificatifs, mais on se faisait déjà une bonne idée en les disant. Elle frappait un homme jusqu’au sang et était capable la seconde d’après de faire les yeux doux à un autre. Enfin, les yeux doux… Les poules de la ville haute faisaient de vrais yeux doux, pleins de romantisme et d’imagerie chevaleresque, les poules de la ville basse aussi, mais réclamaient de l’argent au lieu de poèmes. Les yeux doux d’Elenor étaient tout de même beaucoup moins fades, et incomparablement plus sincères. Il y avait dedans les brumes de la colère et ceux de l’alcool, mais aussi un attachement profond et une peur du rejet. Ce regard à chaque fois persuadait Sieben à continuer de s’attacher à elle, elle titillait une fibre particulière en lui.

Alors qu’il tamponnait ses blessures, il était surpris par sa relative docilité. Elle était souvent du genre à avoir une blessure ouverte et dire « J’ai pas mal » Qu’elle se laisse soigner relevait de l’inhabituel, alors il en profitait pour y aller avec une douceur presque paternelle. Il avait toute la soirée. Elle devait vraiment se sentir coupable pour se laisser faire. Puis elle reprit son état habituel et écarta le linge de son visage. Ca suffisait, elle ne voulait pas se faire chouchouter. Il insista malgré tout.

Elle avait quand même assez joliment exagéré cette fois ci. Finalement, il aurait dû intervenir avant, même si le gars méritait une paire de claques. Outre les dégâts supplémentaires qui n’étaient qu’une histoire de finances au final, il y avait des dégâts physiques qui n’étaient jamais bénins. Lorsqu’il était lutteur, même si cela remontait à des années, le père de Sieben lui avait toujours dit de ne jamais mépriser le moindre bleu, chaque douleur ou signal envoyé par notre corps méritait qu’on y prête attention. Si on laissait faire, alors on préparait notre propre défaite. Mais Elenor n’avait pas appris le combat dans une salle de lutte, mais dans une caserne. Dans ce milieu hyper-masculin, la douleur était un mot trop féminin pour qu’on en parle, on la méprisait en prétendant la surpasser. Les soldats préféraient ignorer leurs limites, persuadés qu’ils pourraient les repousser. Les lutteurs les connaissaient à fond et du coup ne les dépassaient que quand c’était nécessaire. Elenor n’avait toujours pas décroché de cette mentalité de compétition, un jour elle paierait le prix, et des bandages ne suffiraient plus.

Il la laissa déblatérer sur le pauvre gars. Elle avait raison, il méritait ce qui lui était arrivé. C’était peut être la dernière fois qu’il venait en tant que client, mais Sieben n’avait pas besoin de clients comme lui. Bon débarras quelque part. Maintenant, elle déblatérait sur les gifles. L’occasion était trop belle.

« Oui, il est évident que les gifles sont le coup le plus inefficace qui puisse exister. Il t’aurait frappé au plexus solaire, tu aurais eu la respiration coupée. Il t’aurait frappé au foie, tu aurais eu une hémorragie interne. Il t’aurait frappé à la nuque, il pouvait te briser les vertèbres… »

Il avait dit ca avec tout son aplomb d’ancien lutteur. Après avoir passé toute son adolescence dans ce milieu, il y a des choses qui restaient. Il laissa par terre le chiffon rosi, elle avait repoussé le linge pour de bon.

« Le jour où tu te jetteras sur quelqu’un qui sait se battre, sache que je n’attendrai même pas le premier dégât matériel pour intervenir. »

Il aurait pu dire : « J’ai peur qu’un jour il t’arrive du mal » ou bien « Je t’aime trop pour te laisser courir un tel danger ». Mais ce n’était pas ces phrases là qu’il avait dit, ces tournures, ces formulations, c’était bon pour les godelureaux. Si elle n’était pas capable de comprendre ce qu’il avait voulu dire derrière alors c’est que la gifle avait sacrément secoué le cerveau.

« Tu es sûre de ne pas vouloir me montrer ton épaule ? »

Si elle acceptait il pourrait la masser et remettre en place les muscles ou les os. Cela faisait partie des reliquats de son adolescence, au même titre que toutes les techniques de combat à main nues qu’il connaissait. Il pourrait même soulager la douleur et la tension qui habitait Elenor. Mais il fallait déjà qu’elle accepte la douleur.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Mar 6 Avr - 15:19

    Elle fronça les sourcils alors qu’il évoquait des blessures plus graves. Tant et si bien qu’en se plissant, ses yeux ne devinrent que deux petites billes noires. Elle savait tout cela. Mais l’alcool, la bagarre… La soirée… Elle avait envie de râler. Et puis… Sa main gauche était là pour lui rappeler qu’une blessure, ça pouvait être sérieux. Que ça pouvait briser une vie…

    Finalement, elle soupira, alors que le tissu était tombé pour de bon. Elle savait qu’il interviendrait en cas de bagarres sérieuses. Mais lui savait aussi que si elle était emportée, elle n’était pas stupide. Elle évaluait ses chances et lorsqu’elles n’étaient pas brillantes, elle se contentait de hurler. En général. Cependant les mots l’enveloppaient, comme ils le faisaient toujours. Sa main gauche sagement posée sur ses genoux, sa cuisse lançant un peu, elle saisit de l’autre les doigts épais de l’aubergiste. Elle n’avait pas des mains de jeune fille modèle. Le nombre de fois où ces dernières s’étaient essayées à des travaux d’aiguilles se comptaient sur les doigts… Non elle avait les mains soignées d’un soldat, toujours. Une poigne franche, expressive. Maîtrisée, qui savait se faire caresse lorsque c’était nécessaire.

    Elle effleura doucement le dos de sa main. Elle le savait inquiet pour elle, peut-être même à juste tître... « Tu m'as sortie de bien plus mauvaises passes que ça... Je sais que je peux compter sur toi... Mais... On ne se refait pas. »
    Sa main gagna le poignet, songeuse. Puis ses ongles le creux de sa main. Pour l'instant, il était déjà beau de la voir sortir de sa chambre, et de l'auberge, lorsque l'envie lui en prenait. Un changement à la fois. Cependant, derrière l'inquiétude et la fatigue qu'elle lisait sur lui, elle ne pouvait s'empêcher de craindre le jour où elle saurait se poser. Mettre de côté l'emportement, l'alcool, les bagarres. Mettre de côté, et pour de bon la carapace qu'elle n'était capable de laisser de côté qu'avec lui.

    Elle eut un nouveau soupir, et plongea son regard dans le feu qui crépitait, à côté, lorsqu’il lui demanda de lui montrer son épaule. Les yeux qu’elle planta dans les siens criaient un « non… » muet. Elle n’en avait pas envie. Dans cette position, la douleur n’était pas bien grande. Elle était même plutôt supportable. Mais s’il s’agissait de se faire palper, tripoter, là ça allait devenir d’un coup beaucoup moins évident.
    Mais il avait l’air décidé, et comme à chaque fois, l’amadouait de sa patience et de ses petites attentions. C’était bien là un point sur lequel elle était faible… Qui ne criait pas, avec Elenor, gagnait bien souvent la partie. Cela dépendait bien sur de certains points, il était par exemple inconcevable qu’un Conservateur lui fasse entendre raison, fusse-t-il sur un ton mielleux et emprunté. Mais Sieben, lui, y arrivait.

    Elle eut un nouveau soupir, contrariée de se sentir mollir, puis les doigts malhabiles de sa main droite vinrent déboutonner sa chemise. C’était toujours un exercice qu’elle détestait. Comme à peu près tout ce qui se faisait de sa bonne main, et qui demandait de la précision. Incapable d’écrire, de se boutonner rapidement. Incapable de lacer un corset seule, ou même de tenir une épée.
    Dénudant son épaule, une partie de son bras et une bonne partie de son dos, elle lui laissa voir la multitude de dessins qui couraient sur sa peau, entrelacs de ronces au-dessus de son sein, queue flottante du poisson sur son omoplate, Quelques arabesques, vives, où se perdaient des motifs floraux ou plus mystérieux sur son épaule. On s’y était donné à cœur joie. Pour lui ça n'avait rien d'une surprise. Combien de fois ses doigts les avaient-ils déjà parcourus ? Elle y hasarda un regard, puis le releva vers son amant, un infime sourire au coin des lèvres.

    « C’est bon tu peux y aller… Doucement… »

    Elle était bonne pour supporter la douleur d’un coup. Moins pour celle des soins. Elle se tourna légèrement pour lui laisser le champ libre, regroupant sa queue de cheval sur son épaule saine. Sa mâchoire se crispa considérablement et elle ferma les yeux.

    La douleur fut vive. Elle se mordit les lèvres, oubliant celle qui était fendue, puis se détendit avec un grand soupir une fois qu’il eut terminé son affaire. Elle n’attendit guère pour la bouger un peu, savourant tout de même le retour d’une meilleure mobilité. La douleur était plus légère, mais le souvenir du replacement était encore trop cuisant pour qu’elle ne l’en félicite.

    « Je sais que tu as l’habitude de ça, mais ça fait quand même foutrement mal »

    Alors elle le regarda, libérée de la pointe glacée que la douleur avait maintenu dans ses gestes jusque là... un peu plus piteuse encore que l’instant d’avant.
    Son regard passa sur la porte, qui était barrée pour ne point céder. Puis sur l’applique qui manquait, sur le tabouret. Elle aurait pu le lui payer, elle aurait pu emplir sa caisse du double de ce que cela allait coûter, mais elle n’osa pas le lui proposer, et au lieu de cela tenta d’esquisser un sourire un peu flou. Elle se sentait flotter, à présent que le calme était venu s’imposer entre eux. Le feu lui semblait presque vivant, son propre souffle était lourd, ronronnant.

    « J’ai encore trop bu, je crois. »
    Elle eut un sourire d’excuse. Comme toujours.

    La chaleur du feu était douce, intime, et elle les invitait souvent à un peu de détente, après la fermeture. Profitant du paisible de la scène, elle défit les hautes cuissardes qu’elle portait libérant genoux, chevilles et pieds, regagnant un peu plus de confort. Ce n’était rien, comparé à celui dont elle pouvait jouir, au palais familial… Mais lui n’était pas là, là-haut. Son sourire plus appuyé, elle hasarda un regard en sa direction et lui souffla : « Ca fait longtemps que je ne suis pas remontée »
    Depuis sa blessure, elle n’était retournée chez les siens que deux fois en tout et pour tout. Prendre quelques affaires, des nouvelles… S’entendre dire qu’à son âge, demeurer libre de tout mariage et sans fonction digne de son rang commençait sérieusement à être très mal vu…
    Que du bonheur, en soi.

    Cela comparé à la petite routine qu’elle avait découvert ici, une fois quittée la garnison, le choix était vite fait. Certes, Sieben se levait tôt, travaillait dur et absolument toute la journée. Certes, les coups de mains qu’il lui arriver de lui donner n’étaient pas exactement de ceux qu’on attendait d’une jeune femme issue de la Noblesse de Sang. A fortiori de la fille d’Amarante. Mais quelque part, c’était paisible, c’était doux. Après tout, c’était comme cela qu’il avait mit un terme à sa déchéance. Ce n’était donc pas si mal. Elle s’était attachée à leurs soirées, comme celle-ci, à cet endroit. A lui, mais cela datait de quelques années à présent… Aussi redoutait-elle le moment où il lui faudrait retrouver la Ville Haute et ses contraintes.
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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Jeu 8 Avr - 13:54

Sous ses doigts Sieben tentait de retrouver où était partie l’épaule d’Elenor. Sa main glissait sur la queue du poisson, la tige de la rose et les motifs floraux. Il retrouva l’articulation et commença à agir. L’épaule faisait de la résistance, mais peu de choses résistaient aux mains de Sieben. Il dut agripper fermement le deltoïde et avec les pouces faire remonter l’articulation démise. Alors qu’elle revenait vers sa place, l’épaule tiraillait les muscles et les nerfs. Cloc. Remise en place brusquement. Il avait fait mal à Elenor, mais c’était difficilement évitable

Tu aurais eu plus mal encore sinon.

Sieben se pencha sur l’épaule nue d’Elenor et y déposa un baiser, avant de la laisser remettre en place sa chemise. Si elle n’avait écouté que son envie elle ne l’aurait pas laissé faire, mais elle lui avait fait confiance. Une confiance qu’ils s’accordaient l’un à l’autre depuis le début. Sieben remballa son matériel, il avait de la vaisselle à faire. En retournant derrière son comptoir, il ne demeura pas moins attentif à sa maîtresse. Les choppes de bois passaient dans un bac d’eau savonneuse où elles étaient soigneusement frottées. Il les laisserait sécher ensuite pour le lendemain. Un verre après l’autre, il abattait son travail du soir, et il y en avait bien trente ou quarante.

Elenor prit ses aises en délacant ses cuissardes et en les laissant tomber, elle avait les jambes à l’air maintenant. Sieben sourit doucement dans sa barbe et continua sa valse des choppes. Celle là avait dû contenir autre chose que de la bière, l’odeur ne partait pas. Pourvu que le client n’ait pas pissé dedans, ca lui était déjà arrivé.

Quoi ? Remonter dans la ville haute ?

Il avait mal compris et cessa ce qu’il faisait immédiatement. Puis il fut soulagé en comprenant que ce n’était qu’une simple remarque et pas une intention. Tant mieux. Elle dépérissait là haut. Il n’y avait que deux endroits sur terre où Elenor était acclimatée : l’Auberge de son amant et son ancienne Caserne, et l’ambiance de la Haute Ville était trop corrosive pour elle, il n’y avait que des vipères et des serpents là haut. Du moins c’était l’avis de Sieben. Lui-même était trop monolithique pour espérer pouvoir survivre là haut.

Il avait eu l’occasion de voir les dégâts qu’apportait l’air vicié de la Haute Ville juste après l’accident d’Elenor. Il avait espéré qu’on prenait bien soin d’elle là haut, après tout elle était en famille donc forcément mieux entouré qu’auprès d’un vieil aubergiste grisonnant. Cela ne l’avait pas empêché de s’inquiéter très franchement pour elle, il n’avait jamais assez de nouvelles, on disait qu’elle ne pourrait plus faire partie de l’Armée, qu’elle était vraiment blessée, peut être garderait elle des séquelles. Un jour, il avait laissé son auberge fermée et il était monté se présenter à la porte des Jagharii. Il avait failli se faire jeter dehors avant qu’Elenor n’intervienne et dise au portier de laisser entrer.

Elle était dans son escalier, pâle comme la mort, et un visage décomposé presque vide. Elle dépérissait, et gravement. Au milieu de la demeure de ses parents, devant les domestiques, Sieben n’avait pas pu s’empêcher d’avancer et de la prendre dans ses bras en fermant les yeux. Ce n’était pas sa femme, mais elle comptait néanmoins, qui aurait pu s’en empêcher ? Elenor avait alors absolument besoin d’un roc, d’un endroit où se raccrocher et dans cette Ville Haute, tout était trop lisse : elle se noyait. Une fois par semaine, il quittait son auberge pour la rejoindre, passer une demi journée ou plus avec elle, et devait repartir le soir. Elle ne pouvait pas venir, elle était trop loin, hors de toute atteinte à l’époque. Il n’y avait que sa voix à lui qui déclenchait une quelconque résonnance. Elle était trop prostrée pour sortir, mais les visites de Sieben l’avaient ouvert de plus en plus.

La seule autre personne à part Sieben qui s’inquiétait sincèrement pour Elenor était le vieil Amarante Jagharii, son père. Ca c’était un homme, un père. Sieben avait d’abord apprécié le père qui s’inquiétait pour sa fille, puis ce fut l’ancien soldat Raetan qui apprécia le commandant « à l’ancienne » qui n’hésitait pas à critiquer cette nouvelle vague d’officier dans le genre d’Erathan Laetarii. Lorsqu’Elenor était sortie de son état second et avait enfin osé sortir de la Ville Haute pour se réfugier dans l’auberge de Sieben, Amarante avait fermé les yeux, préférant le bonheur et l’équilibre de sa fille au qu’en diras-t-on.

Elenor n’aurait dû venir qu’une nuit, elle était restée par la suite. Du temps où elle était militaire, elle repartait pendant la journée, et ne venait pas forcément tous les soirs, ceux où elle avait un tour de garde par exemple il était tranquille. Depuis sa blessure et surtout depuis qu’elle était venue, il avait fallu apprendre à vivre ensemble, ce qui n’avait pas posé problème finalement. L’auberge était assez grande pour deux. Et même pour trente.

Pourquoi partir d’ici ? La grande salle était tout en bois, du plafond aux poutres apparentes au plancher, en passant par le comptoir, les tables et les chaises. La lumière qui venait principalement du foyer venait éclairer les tons chaud de tout ce bois et on s’y sentait bien. A chaque bout du comptoir, il y avait une bougie et trois devant le grand miroir qu’il y avait derrière le patron. C’était une salle assez grande pour trente personnes, mais suffisamment chaleureuse pour un couple. Il y avait bien sûr le reste, mais l’arrière salle n’était jamais que la même chose avec seulement deux tables et la cuisine une autre petite pièce plus que fonctionnelle où en ayant le ventre collé à la paillasse, on avait le dos qui frottait contre la table. Il suffisait de tendre le bras pour avoir ce qu’on cherchait. Sieben était fier de son auberge, elle était le fruit de son travail, et un endroit qu’il ne voulait plus quitter, quand bien même on lui offrirait un palais. Pourquoi Elenor en partirait, même temporairement ?

« C’est un monde de fou de toute façon. Je me souviens très bien comment je t’y ai retrouvé la dernière fois. Ils sont pas comme nous. »

Ils sont pas comme nous. Un ignare qui condamnait ce qu’il ne connaissait pas aurait dit un de ces nobliards. Un homme qui parlait tout à fait en connaissance de cause en fait. Qui donc parmi ces poulets de luxe avait déjà gagné son pain à la sueur de son front ? Qui donc connaissait ce qui faisait la véritable valeur d’un homme ? Ils se gorgeaient des mots « Volonté » mais aucun d’eux n’avait jamais eu la ténacité nécessaire pour affronter une journée de travail.

Affronter pour la gloire ils connaissaient. Affronter le labeur il n’y avait plus personne. Tous des Erathan Laetarii en puissance, parfois pire parfois moins dangereux.

« Tant que ton père ne t’auras pas annoncé que tu es fiancée, tu n’en auras pas besoin alors pourquoi se presser ? »

Reste donc ici

Sieben se concentra de nouveau sur sa vaisselle.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Jeu 8 Avr - 17:49

    Elenor n’était pas exactement femme à se laisser aller. Quand bien même elle était ivre, elle avait en général un port plutôt honorable. Résultat de son éducation, mais aussi des années passées à l’armée. Chez Sieben, en revanche, elle était capable d’un peu plus de détente. Parce que rien n’était plus en mesure de l’atteindre entre ces murs… Par ce qu’ils avaient une telle connaissance l’un de l’autre qu’il n’était plus rien qu’il soit utile de cacher à son amant. Elle le laissa s’en aller à sa vaisselle presque à regret.
    Il travaillait d’arrache pied une bonne partie de la journée, elle s’y était fait. Mais elle l’aimait également détendu. Elle l’aimait également lorsqu’il avait du temps pour leurs jeux, du temps pour des confidences.

    Sa remarque n’en était pas une. Ce n’était qu’un constat. Amer constat car sous tendu par l’idée qu’il lui faudrait remonter, un jour. Mais elle ne développa pas. C’était inutile, ils en souffraient autant l’un que l’autre. Elle le savait inquiet, lorsqu’elle remontait. Elle savait qu’il n’aimait pas la savoir au-dehors. Parce que cela faisait des semaines qu’elle ne sortait pratiquement plus… Des semaines qu’elle se cachait ici, en quelque sorte. Et chaque jour, elle priait pour que personne ne vienne la chercher ici.
    Depuis son accident, elle n’avait plus trouvé le sommeil qu’avec lui.

    Cela aussi, c’était un constat amer. Elle était dépendante, et au fond, redoutait que vienne un jour qui le verrait se lasser. Se lasser d’elle, de ses frasques, de ses bagarres et de ses légèretés. De se lasser de la petite noble qui hantait les lieux jour et nuit.

    Elle demeura silencieuse, se laissant aller en arrière sur la banquette, savourant la douce caresse du feu. Son épaule la lança lorsqu’elle s’installa, mais la douleur ne dura pas. Guère plus que ne l’aurait fait celle d’une courbature. Elle replia ses jambes, l’écoutant laver au fond. Il n’en avait jamais pour bien longtemps. Tant mieux.

    Mais il parla, et elle tendit l’oreille, sans se retourner. Un monde de fou… Un nid de vipères, oui… Où elle ne mettait plus les pieds que contraintes par ses devoirs familiaux. Incapable qu’elle était de laisser les siens s’inquiéter de son absence indéfiniment… Elle était persuadée que son père glanait des information sur ce qu’il se passait au Ceste, car elles n’était pas rares les visites de militaires qu’ils avaient. Sans doute avaient-ils un rapport à faire, une fois retournés à la vie de caserne… En un sens, c’était rassurant, c’était voir son paternel s’assurer de sa sécurité et de son bonheur discrètement, sans empiéter sur son monde.

    Sur leur monde, songea-t-elle en entendant le tintement délicat d’une coupe de métal. Elle se renfonça dans la banquette avec un soupir de bien-être. Les nobles n’étaient pas comme eux. Elenor l’était, pourtant, mais il était indéniable que si parfois elle appréciait le luxe des grands bains et des salons, cela tenait davantage du confort ou de la capacité qu’ont certains produits de la faire sortir de ce corps comme amputé, qu’à la notion de luxe en elle-même. Sieben en avait aussi le pouvoir. Et il en usait, presque chaque soir qui les voyait partager sa couche.
    Elle ferma les yeux doucement, en sécurité dans son cocon de chaleur, lorsqu’il reprit la parole.

    Là, elle se raidit. Le mariage. Il en parlait avec une telle légèreté, c’en était presque vexant, pour elle. L’idée même la révoltait, et lui, son amant, était tenu de faire de même. Exactement de même. Elle savait son père trop aimant pour le lui imposer de son plein gré, mais elle savait également quelles pressions il avait sur le dos, et qu’un jour il lui faudrait annoncer que la main de sa fille était prise, sans quoi jamais il n’aurait la paix. Il le faudrait.

    Mais Elenor, elle, n’était pas femme à accepter de partager les draps de satin de ces nobliaux qui la méprisaient, lorsqu’elle n’était pas qu’une poupée de chiffon aux jambes ciselées. Ces hommes qui détestaient ses idées, qui s’empresseraient de mettre un frein à ses bagarres, à ses jeux, à ses excès… Ce n’était pas de bon ton. Ca ne se disait pas, ça ne se voyait pas. Comme tout ce qui était imparfait, en somme. Tout ce qui n’était pas lisse. Lisse, une insulte, dans la bouche d’Elenor.

    Elle poussa un profond soupir et roula sur le côté avec toute la grâce dont une femme ayant un peu trop joué au lever de coude était capable. Elle se releva, ses pieds savourant un peu le bois chaud du plancher, puis elle s’approcha de lui. Elle demeura de l’autre côté du comptoir, venant s’asseoir sur l’un des tabourets.

    « Je ne suis pas pressée, je te rassure… »

    Elle lui sourit, et se mit à jouer avec l’une des chopes en bois. Elles n’étaient pas fragiles, celles-là. Ce n’était pas bien dangereux.

    « …Toi en revanche, à me parler ainsi de mariage, c’est à se demander si tu ne serais pas pressé de me voir offerte à un petit noble présomptueux… »

    Car pour briguer la sauvage fille d’Amarante Jagharii, pour ne serait-ce que tenter de convaincre cet homme d’aller contre la volonté d’Elenor, il fallait au moins cela. Son regard s’adoucit, laissant apparaître, à fleur de peau, un soupçon d’angoisse. Elle avait réellement peur que ce jour n’arrive.

    Elle arrêta de jouer avec la chope. Ce n’était plus drôle. Les mots l’étaient. C’était une plaisanterie, au fond. Elle le connaissait, à se rengorger, à prendre sur lui de ne pas trop se laisser aller. De ne pas faire mine de lui voler sa liberté.
    Pourtant, il aurait pu. Parce qu’il était le seul avec qui elle pouvait encore se sentir à l’aise. Le seul qui avait vu l’ampleur de son désespoir, blessée, le seul qui savait.
    Il était bien le seul à qui une allégeance aurait pu être offerte. Elle n’avait pas été prononcée, parce que cela ne se faisait pas, sans doute. Mais jusque là, ça n’avait pas été nécessaire. Un sourire en coin, elle s’accouda au comptoir, le tabouret n’était pas confortable, mais elle ne pouvait pas le laisser parler de son mariage dans son coin sans réagir.

    « Moi en tout cas, je ne le suis pas… » Elle n’osa pas lui dire qu’elle en avait même un peu peur. Elle n’était plus une adolescente depuis longtemps, approchant à grands pas la trentaine. A son âge, les femmes étaient tenues d’avoir déjà donné à leur époux (époux qui jouissait de leur fidélité depuis déjà de nombreuses années) deux ou trois enfants. Ce n'était pas tant le fait de se le voir proposé, qui l'angoissait... C'était l'effet que son refus allait avoir sur les siens.
    Elle avait bien vu leur réaction, lorsqu'ils avaient rencontré Sieben. Sa mère était même venue lui parler, chercher confirmation pour ce qu'elle avait de toutes façons deviné. Dans l'angoisse. Pourtant, tandis que son regard caressait l'aubergiste affairé, elle sentait une certaine chaleur l'envahir. Qu'importe le froid qui saisissait sa mère, dans ce cas...?

    Elle le regarda terminer sa vaisselle tranquillement, frissonnant un peu de temps à autre. Pas de froid.

    Pourvu que son père tienne encore le bout un bon moment.
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Ven 9 Avr - 13:43

Sieben faillit prendre la mouche lorsqu’elle insinua qu’il était pressé qu’elle se marie. Un instant il cessa sa vaisselle et la regarda avec une moue de dépit sur le visage. Puis lorsqu’il se rendit compte que c’état une plaisanterie, il revint à sa vaisselle avec un air un peu plus sombre sur le visage.

Elenor mariée à un homme de son rang…

Il n’y eut pas un seul accroc dans sa physionomie qui trahit ses pensées. Cela faisait longtemps qu’il y pensait. La nuit il dormait d’un sommeil sans rêves, mais le jour, dès qu’Elenor passait dans son champ de visions, il pensait à elle, et même lorsqu’il ne la voyait pas. Toutes ses heures de veille y passaient. Elenor mariée à un homme du monde, que deviendrait-elle elle ? Il la forcerait à devenir une porcelaine, à se maquiller et se pâlir la peau, à imiter la cruche profonde, l’épouse parfaite. De cette femme flamboyante, il en ferait une ombre invisible… Combien de temps serait nécessaire pour la tuer ? Six mois ? Un an ? Deux enfants ? Même si son cœur continuait de battre, elle mourrait dès le jour où elle se marierait…

Mais elle n’était pas du genre à ne pas combattre, mais que dire d’une femme qui combat son mari ? Si Elenor ridiculisait son mari par son attitude ou par ses éclats, et que le mari n’avait ni l’autorité ni le charisme nécessaire pour la réduire au silence, alors il divorcerait au bout d’un mois. Le divorce, c’était la flétrissure, il y avait eu par le passé des extrémistes qui rasaient la tête des femmes divorcées pour adultère, et ces fous là étaient immortels. Elenor divorcée c’était la honte qui toucherait tous les membres de sa famille, son père serait destitué de son poste, mis à la retraite, peut être ses revenus en prendraient un coup… En moins d’une génération, les Jagharii pourraient disparaître…

Et Sieben dans tout ca ?

On s’en fout de moi, je n’ai aucune importance

Quelle importance pouvait avoir un aubergiste des quartiers commerçants ? Il n’avait jamais été de ce monde, il n’y avait jamais appartenu. Mieux, il le rejetait. Dans ces histoires de fiançailles, de mariages, peut être de divorce, il ne comptait pas, son nom n’apparaîtrait nulle part. On se souviendrait de lui que pour une seule raison : il serait la Faute d’Elenor, le démon baraqué qui avait tenté Mlle Jagharii, l’homme des bois, le sauvage. Ils ne comprendraient pas, ils ne voudraient pas. Avec un peu de chance, peut être se souviendra-t-on de lui pour l’assassiner ? Pour peu que le mari soit jaloux, Sieben était conscient qu’il pouvait un jour se retrouver avec une lame dans le cœur. Les nobles n’aimaient pas la relation qui existait entre lui et Elenor. Il suffisait que cette relation devienne encore plus coupable…

Le jour où l’excentrisme deviendra un adultère, il ne vivrait pas longtemps.

Pourtant qu’auraient ils donc à craindre, ces jolis cœurs ? Ils étaient jeunes, beaux, propres, ils savaient déclamer des vers, tenir une conversation, parler de philosophie, de sciences, de littératures. Sieben était vieux, cabossé, il avait le langage d’un aubergiste et parlait plus volontiers du temps qu’il faisait et du prix des poulets que d’idées élevées. Que craignaient ils de la part d’un homme pareil ?

Elle m’aime, c’est ca qui leur fera peur.

Tout de suite les grands mots : « Elle m’aime »

Espèce de vieux schnock.

Peut être existait-il de par le monde un homme qui avait l’âge d’Elenor. Un homme grand, fort, qui saurait lui parler, l’apprivoiser. Un homme qui accepterait sa « violence ». Un vieil aubergiste ne pouvait pas être cet homme c’était impossible. Un jour le prince charmant débarquerait, et ouste le Sieben.

Et tu le laisserais t’arracher Elenor ?

Sieben prit le dernier gobelet et le frotta plus soigneusement que les autres. Puis il le sortit de l’eau savonneuse qui était sale à présent et l’égoutta, puis le mit à sécher sur la pile des autres. La vaisselle était finie. Sieben prit le bac et alla le vider dans la rue dans un grand splash. A son retour, il prit un torchon et s’essuya les mains.

Non, il défendrait Elenor comme une ourse défend ses petits. Qu’ils essayent donc de la lui arracher, ils verraient que monsieur Raetan avait encore du sang dans les veines. Elenor se défendrait elle-même bien entendu. Mais il la défendrait aussi, et l’ancien lutteur retrouverait bien suffisamment la force de sa jeunesse s’il s’agissait de sa maîtresse.

Elenor ne semblait pas lui apporter grand-chose pourtant. Etre en couple permettait de se tempérer l’un l’autre, de se donner des repères, de se structurer, voire de vivre une grande passion. C’était Sieben qui tempérait Elenor, c’était Sieben qui servait de point de repères et qui donnait une certaine structure à la vie d’Elenor, quant à la grande passion… il était trop vieux et trop inerte pour ca.

Que tirait il donc lui de cette relation ? … Rien ?

Il déposa son torchon dans un coin et se passa la main dans la barbe avec un soupir de satisfaction. Elenor le regardait avec un sourire amusé. Le sourire était communicatif, il se sentit un petit coup de fouet faire repartir la caracasse.

Que tirait il donc lui de cette relation ?

Elenor.

« Tu sais ce que je ferais le jour où ca arrivera ? »

Il embrassa Elenor sur la bouche durant quelques secondes.

« Je le ferais cocu. »

Il défit son tablier et le jeta pour de bon derrière le comptoir. En chemise, il fit le tour du comptoir et la prit dans ses bras. Il la souleva de terre en la regardant avec un air serein et détendu.


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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Ven 9 Avr - 20:49

    Elle le regardait travailler presque tranquillement. A force de vivre avec lui, elle avait appris à décrypter ses expressions, ses regards. Il était contrarié il… il réfléchissait. La réflexion n’avait eu comme prétention que de le faire sourire. Elle était pourtant mue par une inquiétude réelle, seule inquiétude qui se glissait par les ouvertures de ce lieu. Seule inquiétude qui, sans doute, était capable de l’atteindre n’importe où.

    Elle se savait pénible, destructrice, puérile parfois… Mais elle savait également que le profond attachement qu’elle avait à son Sieben était réciproque. Sans cela, il l’aurait mise à la porte depuis bien longtemps. Dans ces conditions, il eut été stupide de le voir prendre à la légère un sujet pareil. Un sujet sensible. Car s’il était arrivé par le passé que des bourgeoises gagnent le cœur de nobles, l’inverse était rare, et souvent même mal vu. C’était une alliance qui ne plaisait pas. Pire, c’était une alliance qui gênait. Et cela ne concernait pas simplement Asmée et sa clique. La seule et unique personne qui était redevable à Sieben de prendre soin d’elle, c’était son père. Pour les autres, ce n’était qu’une erreur. Une énorme erreur.

    Pour elle, une chance.

    Plusieurs fois, elle avait eu envie d’en parler avec son père, de préparer le terrain, de recueillir son avis. Il était sans doute la personne la plus avisée qu’il lui était donné de connaître… Mais depuis son accident, elle n’avait pu se résoudre à remonter aux Quartiers Militaires. Et lui de son côté y était monopolisé par le siège qui se préparait. Alors elle était seule avec son aubergiste, et chaque jour rendait plus angoissante la perspective de faire sans. Que ne pouvait-elle l’épouser, tout simplement. Après tout, s’ils n’avaient prononcé de vœux, ils vivaient tout de même cette relation exclusive, partageaient la couche de Sieben, parfois son labeur… Ils partageaient leurs soirées, des regards, des sourires. Des jeux également. Elle qui pourtant été dotée d’un caractère invivable, avec lui, ça fonctionnait. Les rares escarmouches qu’ils avaient, ils les devaient à la boisson. Et cela finissait irrémédiablement par de la tendresse.

    Oui, ils auraient fait d’excellents époux.

    Cette idée fut la seule qui lui vint réellement aux lèvres. Aussi lui sourit-elle. Avec malice, mais aussi avec tendresse. Non, elle ne voyait pas de rides, pas de fatigue ni d’aubergiste. Personne, elle en était sure, n’avait jamais connu Sieben comme elle. Et elle espérait bien que jamais personne n’en aurait plus la chance.

    Son sourire se fit amusé lorsqu’elle vit qu’il avait fini. Il soupirait de soulagement, signe que la soirée, désormais leur appartenait pour de bon.
    A ce qu’il dit, elle prit un air innocent. Il voulait jouer. Qui eut cru, mis à part elle, qu’un tel homme savait se faire joueur ? Elle secoua donc la tête, sa queue de cheval s’égarant alors sur son épaule lorsqu’il lui vola un baiser. Un baiser qu’elle rendit, fit durer avec délices. Elle aimait ses lèvres, elles étaient douces, et puis elle les savait capables de grivoiseries absolument délectables. Mais il se défit d’elle, et acheva sa phrase. L’entendre déclencha chez elle un rire clair et enjoué.
    Il le ferait cocu. Encore heureux.

    Elle l’attendit, tandis qu’il fit le tour de son comptoir. Celui-ci était bien trop grand, elle lui avait toujours dit.

    Mais bien vite il fut à elle pour la saisir. Un nouveau rire en se sentant soulevée, puis elle entoura sa taille de l’étau de ses jambes. L’exercice n’avait pas placé Elenor dans la catégorie des poids plumes, mais là où un autre aurait sué sang et eau pour donner une impression de facilité, elle savait qu’il n’en était rien pour lui. Elle savait qu’elle pouvait faire tout ce qu’elle voudrait pour s’alourdir, jamais elle ne le mettrait en difficulté. Du temps où elle était militaire, il la soulevait même en armure de plates… Quand elle-même, ivre, peinait à se traîner avec.

    Elle serra un peu plus ses jambes, ignorant la douleur de sa cuisse, et ses mains trouvèrent le cou épais de son amant. Elle y jouèrent, se hasardant à la naissance de ses cheveux, ongles puis chair. Elle ne griffait pas, simplement, elle savourait le contact, la résistance de sa nuque sous ses doigts. Elle le regardait dans les yeux, le regard rieur, puis finit par lui souffler :
    « J’espère bien… »

    De toute façon, quoi que lui réserve l’avenir, elle avait l’impression qu’il en ferait partie. Ce n’était pas une chose que l’on négociait, moins encore que l’on éludait. S’il n’avait pas été là, elle en serait restée à sa presque mort, dans sa chambre de la Ville Haute, en proie aux railleries de ses ennemis, et la proie des vautours en quête d’un bon parti.
    S’il n’avait pas été là, elle n’aurait rien eu pour la sortir de là. Et si elle avait quitté l’air saturé de sa chambre pour celui, cossu, d’une auberge, ça n’était pas un mal. Ici au moins elle bougeait, voyait du monde.

    Et puis, elle riait.

    Sans compter qu’un mariage se faisait à deux, et qu’en l’état actuel des choses il était tout bonnement impossible qu’elle n’accepte. Quel que soit le parti, l’allure, l’âge, la vigueur… Ou alors, le pauvre homme n’était pas près de voir son épouse rentrer souvent… Si tant est qu’il avait une chance de la voir rentrer un jour…
    Non, elle n’était pas mariée à son aubergiste, mais c’était tout comme, cela faisait un moment maintenant qu’il était bien le seul à obtenir ses faveurs.

    A bien y réfléchir, peut-être même se montrait-elle plus fidèle que la plupart des épouses qui hantaient la Ville Haute.

    Ses mains descendirent du cou de Sieben pour apprécier ses épaules d’une caresse, puis s’attardèrent au col de sa chemise et s’engouffrèrent à l’intérieur. Les doigts de sa main droite crochetèrent les premiers boutons (plus facile sur autrui) et elle se courba un peu, pour venir déposer dans son cou un baiser chatouilleux. Puis elle lui refit face, une lueur de défi dans les yeux.

    Elle était envahissante, cherchait à le pousser à bout. De son côté, chaque contact lui paraissait chaud, moelleux. Elle anticipait sur la suite, se félicitait des jeux à venir peut-être même avant qu’il n’y songe. Et le pire était sans doute qu’elle adorait ça. Elle retrouva bien vite sa bouche, et la mordilla sans brutalité, ponctuant chacun de ses mots d’un baiser.

    « De toute façon… pourquoi je… me marierais ? » Puis, son sourire plus doux, elle ajouta : « Tout ce dont j’ai besoin se trouve ici… »

    Un amant, un compagnon, un foyer, suffisamment d’activité pour prévenir du laisser-aller… Et puis ce lieu, sa chaleur et sa générosité. Tout ce bois…
    Avec un soupir amusé, elle cala son front dans son cou, se pressant tout contre lui. Sa prise commençant à perdre en fermeté (sans doute parce qu’il était laborieux pour elle de faire un tour suffisant de sa taille avec ses jambes pour s’y maintenir longtemps) elle glissait, doucement, et tentait de se rattraper à ses épaules avec des petits éclats de rire.
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Sam 10 Avr - 21:43

Sieben rayonnait, comme à chaque fois. Il suffisait d’avoir Elenor contre lui, et tout poids de l’âge disparaissait, il était aussi vigoureux qu’avant, et vivait comme à ses vingt ans. Il n’avait jamais ressenti cela avec les autres : Terani était très câline, mais trop immature, Rowena était une fille très bien, mais rarement tendre, elle voulait une relation platonique comme dans les romans. Emeline voulait juste un amant fort et costaud et se fichait bien de l’homme qu’il y avait dans le corps. Loriane se foutait de tout, elle avait des besoins naturels voilà tout, malgré son corps à damner Therdone… En fait, Elenor était la première femme avec laquelle il pouvait vraiment s’épanouir complètement. Elle était tellement entière qu’elle ne se donnait pas à moitié et n’exigeait pas qu’une moitié d’homme en retour. Elle donnait autant qu’elle recevait. Au moins autant.

C’était lui qui au début avait tenté de freiner leurs relations. Il avait peur qu’elle se moque de lui, et elle était si souvent sous l’emprise de la boisson… une jeunette ne pouvait pas s’intéresser à un homme de quarante ans. Sieben n’était pas du genre à avoir des chagrins d’amours, il avait trop la tête sur les épaules pour ca, mais il se méfiait par la suite. Avec Elenor, il n’y avait pas besoin de se protéger, pas besoin de faire attention. Il suffisait d’être naturel, purement et simplement. Lui servir de point d’attache, de roc, ca lui convenait tout à fait. En échange, il bénéficiait de sa chaleur et de sa vitalité.

Femme de ma vie…

Oui. Là, actuellement alors qu’elle est suspendue à son cou. Et puis peut être aussi de manière plus générale… en tout temps. Se lever le matin sans qu’elle soit là sous sa main ? Toutes ces petites attentions durant la journée qui disparaitraient ? Ces moments ressourcants le soir disparus… ces jeux uniques…

Vieillir sans Elenor ?

Il finirait sénile avant l’heure. Il se sentirait bien seul dans tous les cas. A son âge, quelles étaient les chances qu’il se retrouve une femme ? Et une femme aussi jeune, aussi belle ? Et qui soit aussi adaptée à lui ? Maigres, il le savait. Elenor était sa compagne depuis des années, il n’avait de toute façon plus envie de changer. Elle lui convenait, et elle lui convenait même très bien. Il n’aurait jamais cru qu’il avait besoin de se sentir autant utile auprès d’une compagne… Il avait fallu Elenor…

C’était d’ailleurs étonnant de voir à quel point elle pouvait s’être imposée dans son existence. Avant, sans être un vieux garçon, il avait quand même pris l’habitude d’avoir des journées seules. La nuit il se débrouillait, mais ces relations étaient purement… nocturnes. Il avait de nouveau appris à être en couple, surtout lorsqu’Elenor s’était installé pour de bon dans son auberge. Il avait été heureux ce jour là. C’était comme si

Comme si je me mariais.


Non. Un mariage, c’était quelque chose d’officiel, avec des témoins, des beaux parents, des enfants. Qui donc parmi les amis d’Elenor voudrait être le témoin d’un mariage si contre nature ? Quant aux beaux parents, il n’y avait qu’Amarante qui n’était pas hostile à Sieben, mais il n’était pas non plus conquis. Les enfants… Lorsque les enfants seraient grands, lui-même aurait l’âge d’être leur grand père. Soixante-cinq ans. Il serait peut-être même déjà mort. Et s’il s’était avéré qu’il faisait un compagnon acceptable, il n’était pas sûr du tout d’être un bon père. Il travaillait tellement qu’il les abandonnerait à Elenor. Et Elenor serait elle une maman gâteau ? Il en doutait, il faudrait assumer ces enfants à deux… et une auberge n’était pas un endroit pour des enfants.

De toute façon je n’en ai pas besoin.

Là, à cette minute précise, il avait juste besoin de sentir le poids d’Elenor dans ses bras, sa chaleur contre son torse et ses baisers sur ses lèvres. Chaque baiser était une braise. Elle avait tout ce qu’il fallait. Il la satisfaisait. Un compliment qui lui mettait un sacré baume au cœur. Elle commencait à glisser de ses bras et se raccrochait à Sieben comme une petite fille à la branche d’un chêne.

Sieben se dirigea vers le foyer et s’assit par terre, en plein dans la trajectoire de la chaleur qui irradiait des flammes. La lumière instable qui régnait par ici créait des ombres qui magnifiaient le profil de son aimée. Le dos d’Elenor contre le torse de Sieben, il apprécia un long moment cet instant unique où tout était simplement parfait.

La chaleur des flammes, la chaleur d’Elenor.

Si proche.

Il eut une envie folle de lui embrasser les cheveux, puis descendit vers la nuque et le cou. Ses mains encerclèrent sa taille et se fermèrent sur son ventre, puis commencèrent à remonter. Elle était si désirable…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Sam 10 Avr - 23:43

    La chaleur des flammes, sur ses chevilles, ses mollets, celle de Sieben dans son dos. Elle s’était laissée aller contre lui lorsqu’ils s’étaient installés là, blottie dans ses bras. Sa physionomie était de nature à l’envelopper aisément, mieux encore que ne le faisait la caresse des flammes. Elle se sentait bien, sous ses larges mains, sa peau comme adoucie, magnifiée par le contact. Les sens en éveil elle poussa un profond soupir d’aise, s’appuyant plus avant contre lui lorsque ses baisers se déposèrent dans sa nuque, dans son cou. Il la connaissait par cœur, chaque recoin. Il avait appris au fur et à mesure chaque dessin, chaque creux, chaque sillon de son corps, et avait très vite su les éveiller.

    Elle s’offrait sous ses lèvres, un mince sourire aux siennes, ses yeux paresseusement entrouverts sur le foyer. De temps à autre, elle émettait un léger grognement de plaisir, ou un rire vaguement chatouilleux.
    Ses talons raclant un peu le sol, elle finit par replier ses jambes, menaçant de lui faire perdre l’équilibre. Du bout des doigts, elle effleura ceux de son amant, appréciant leur curiosité, leur caractère aventureux. Le désir ronronnait doucement en elle, différemment qu’il l’eut fait pour un nouvel amant. Ce n’était pas un flot implacable, mais plutôt comme une sorte de rituel qu’ils s’appliquaient à honorer. Ses mains venaient l’éveiller, susurrer un désir qui accéléra doucement sa respiration.
    Une nouvelle fois, ses talons glissèrent sur le sol, puis elle prit appuis au sol et s’appuya un peu plus à son torse. Ses mains vinrent enserrer les poignets de Sieben, serres insidieuses et à la poigne ferme. Pour la droite en tout cas. La gauche réunissait le peu de mobilité qu’il lui restait pour apprécier ses phalanges, les articulations de la pulpe des doigts. Cela nécessitait peu de souplesse.

    Finalement, elle déroba son cou aux lèvres de l’aubergiste pour se décaler sur le côté. Avec un souffle de mufle, une moue gourmande aux lèvres, elle cala sa pommette contre la mâchoire de l’homme, ses jambes à présent repliées lui conférant un peu plus de force. Elle avait envie qu’il la serre plus fort encore, son désir bien installé et prêt à répondre à celui de Sieben. Elle avait envie de se fondre en lui, d’occulter tout le reste.

    La conversation qui avait précédé, les inquiétudes, les menaces qui pesaient sur leur échine. Elle voulait qu’il n’y ait plus d’autres accords que ceux de leurs mains, de leurs lèvres, de leurs chairs. Sa main droite quittant les mains de Sieben, elle vint trouver son cou et l’y hasarda, son regard toujours à moitié éteint reposant tranquillement sur lui. Elle expirait sur des sourires, presque langoureux. Le genre de sourire que les femmes feignaient, mais qui lui venaient spontanément avec lui, parce que le savoir contre elle, prêt à l’accueillir la plongeait immuablement dans cet état. Elle finit par quitter son immobilité, se tortiller et se cambrer pour parvenir à lui faire face, et se retrouva à moitié affalée sur lui. Sa main valide trouva une ouverture dans sa chemise et se glissa en-dessous, suivie par un regard attentif, vorace.

    Elle-même avait l’air plutôt ébouriffé, la lutte qui venait d’être menée lui ayant défait le col, ses cheveux à moitiés libérés par les petites attentions de Sieben. La gauche crocheta leur lien pour les libérer tout à fait, une cascade noire et lisse venant alors se déverser sur ses épaules, accrochée aux replis de l’étoffe.

    C’était bien son homme, celui auquel elle s’était habituée, celui dont elle avait un besoin sans doute vital à présent. Elle ne l’avait plus quitté d’une semelle depuis des semaines, et l’idée la révolta tant qu’elle le renversa tout à fait, aux prises avec ses envies. Ainsi palliait-elle à la crainte de devoir être séparée de lui. En l’envahissant un peu plus, comme à son habitude. Une vieille réaction de militaire, qui consistait à prendre le dessus, en cas de doute. Ses cheveux d’une raideur presque étrange s’écoulèrent de son épaule, l’ouverture de sa chemise trahissant l’un des dessins qui parcouraient sa peau. Ils vinrent chatouiller le visage de Sieben, au-dessus duquel elle s’était dressée. Dans son empressement, elle s’était appuyée sur sa cuisse toujours douloureuse, et dévora un rictus de douleur tant bien que mal. Puis la douleur la fit sourire, et rire tout bas ; elle avait réellement été une brute. L’envie, le désir d’en découdre avec celui au-dessus duquel elle était appuyée à présent avait chassé de son esprit les brumes vagues et alanguissantes de l’ivresse, n’en laissant qu’une autre, plus pure, plus dévastatrice.

    Elle changea d’appuis, libérant sa cuisse, ses mains appuyées à son torse puissant, en appréciant les moindres aspérités, les creux, les bosses. Elles appréciaient la sensation sourde et lourde de son cœur qui battait sous ses paumes. Le sien s’affolait chaque fois comme celui d’une pucelle effarouchée. Finalement ses bras cédèrent et elle se pressa contre lui, ses flancs cherchant les mains de Sieben. De son côté, elle trouva son cou et s’y engouffra. Savoureux

    Indispensable.

    « Sieben… »
    Elle ronronnait dans son cou, contre sa peau qu’elle faisait sienne, dont elle s’emparait entre deux souffles.

    La chaleur du feu était dérisoire, à présent, par rapport à la leur. Le brasier qui couvait en son sein, sous sa peau multicolore. Une peau qui était faite pour lui, l’opposé simple de ce à quoi la peau d’une fille noble de sang devait ressembler. La peau d’un soldat, mais d’un soldat capricieux, car pour que les couleurs vives se laissent deviner à travers l’étoffe, il avait fallut que les pigments soient chers et puissants. Ces hommes les avaient enviés de nombreuses fois. Comme des sigles, capables d’accueillir le plaisir, le bien-être, la beauté, le désir brûlant de la maîtresse. Les lèvres brûlantes d’Elenor.
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Lun 12 Avr - 22:02

Il était étonnant de voir qu’après toutes ces années, certes pas si nombreuses, ils réagissaient toujours aussi bien l’un à l’autre. Pas de lassitude, pas de fatigue, pas de refus. Pas de différence d’âge ni de frontières sociales. Pas de soucis financiers, personnels. L’univers se réduisait à un foyer, Elenor et lui. Une chaleur universelle qui baignait tout. Submergeait tout, raisons, sentiments, devoirs. Si douce, si brûlante, si prenante. Elenor introduisit sa main dans une ouverture de la chemise, sa main froide sur sa poitrine chaude était une délicieuse torture.

Elenor poussa contre lui, il se laissa déstabiliser avec plaisir, rien que pour le plaisir de la sentir au dessus de lui, le poids de sa maîtresse sur ses reins, la chaleur de ses cuisses sur son ventre. Son sang partit vigoureusement et fit le tour de son corps, animant ce qu’il fallait animer. Sa tête heurta doucement le plancher de l’auberge et il laissa Elenor se mettre au dessus de lui, prendre tout son champ de vision. En contre-plongée, sa poitrine paraissait encore plus attirante, les mains de Sieben ne pouvaient rester à leur place. Elles explorèrent tous les endroits qu’il connaissait pour déclencher chez Elenor ces mêmes réactions toujours aussi stimulantes…

Par l’ouverture une peu basse de la chemise, on pouvait voir les tatouages sur le corps d’Elenor. A la lumière des flammes, ils semblaient s’animer. La rose fleurissait, le poisson frayait jusqu’à sa rivière, le dragon serpentait dans l’azur vers son Royaume, le loup hurlait à la lune à qui l’entendrait. Même les motifs abstraits prenaient vie, tournaient comme des engrenages ou bien se déplaçaient en formant des trajectoires hypnotiques sur le corps tout aussi hypnotique de cette femme… Elenor. Et Sieben était aspiré dans ce monde fantasque, il sentait l’odeur de la rose qui fleurissait, rejoignait le dragon dans son royaume, et entendait le hurlement du loup, il était scotché par les motifs abstraits. Il s’absorbait en Elenor, et le processus inverse se faisait aussi.

Les cheveux de sa maîtresse furent libérés et lui tombèrent sur le visage, formant un rideau protecteur, limitant son champ de vision à un seul visage. Les mains d’Elenor fouaillaient son cou, il ne pouvait pas faire moins. L’appel de son corps se faisait pressant. Elle se plaqua à lui et il eut le souffle coupé. Elle se frottait à son cou comme un chat, et ses seins frottaient contre son torse à travers son vêtement. Le cœur de Sieben manquait plusieurs battements. Ses lèvres se scellèrent à celles d’Elenor, si brûlantes, si humides, pleines de sang et de vie. Pleines d’Elle.

Elenor était cambrée au dessus de lui, c’était la Tentation même. Sa chemise était tout simplement irritante, elle laissait des marques, la séparait de son aimée. Sieben agrippa les boutons et les enleva un par un dans des gestes paradoxalement calmes. Un par un, les tatouages d’Elenor se révélaient, plus enivrants encore que le corps sur lequel ils étaient imprimés. Il put bientôt voir toutes les lignes du buste musclé d’Elenor, pleinement visible à présent et tout, tout en elle le happait, l’aspirait. Ses seins, son ventre, ses épaules…Par souci d’égalité, Sieben fit le même travail chez lui, et dévoila son propre torse. Le torse de Sieben n’était plus aussi nettement dessiné qu’autrefois. Les pectoraux, les abdominaux, tout était fondu en un seul amas où subsistait quelques lignes de ce qui furent autrefois des muscles dessinés à la perfection. Amas qui gardait néanmoins de glorieux restes.

Le haut ne suffisait pas, n’avait jamais suffi. Le moindre vêtement était devenu sacrilège, le pantalon de Sieben était devenu une véritable torture, trop étroit. Celui d’Elenor était la dernière étape avant la fusion totale qu’il appelait de tous ses vœux. Il devait disparaître. Sans cesser d’embrasser les lèvres d’Elenor, les mains de Sieben s’accrochèrent à la boucle de ceinture d’Elenor et la défit. Il écarta légèrement les pans, et avec une lenteur infinie, insupportable fit descendre la pièce de vêtement de plus en plus bas, sans se presser, une libération lente et progressive, mais tellement jouissive.

Une fois qu’il fut arrivé au niveau des cuisses, Sieben fit basculer Elenor sur le côté sans effort apparent avec une grande douceur, s’assurant qu’elle ne se ferait pas mal. Puis il continua ce qu’il avait entrepris, un peu plus rapidement. Au fur et à mesure qu’il se baissait, il embrassait ce qui passait à portée. Menton, dessous de la mâchoire, gorge, base de la gorge, sternum, seins, estomac, nombril. Une fois arrivé au bas ventre, il dégagea enfin les chevilles d’Elenor. Elle n’avait plus que ses sous vêtements.

Autour de la tête d’Elenor, ses cheveux étaient disposés comme des rayons de soleil. Ils illuminaient le visage de Sieben.


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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Mar 13 Avr - 0:31

    Elle le sentait s’animer, onduler sous elle, contre son ventre, ses cuisses. Et un sourire naquît sur ses lèvres. La respiration sonore, elle réagissait à chaque caresse, chaque pression que les larges mains de son amant appliquaient à ses flancs, son ventre, son dos… Il la connaissait, un artiste qui avait déjà reprit cent fois les creux de son chef d’œuvre. Il l’avait déjà possédée tant de fois.

    Il la connaissait.

    Mieux qu’aucun des godelureaux qui avaient joué avec elle, plus jeune. Mieux que tous ces petits nobles qui prétendaient à l’épouser un jour. Mieux que les siens, mieux qu’elle-même. Ce qu’il faisait, elle aurait été bien en peine de le réclamer, bien en peine d’y penser. Il prenait son temps, savourait, tandis qu’elle n’était que feu au-dessus de lui, gourmande, pressée. Pressée d’en découdre, de voir ses mains lui révéler de nouveaux délices. Pressée de reprendre ses lèvres, sa bouche, son cou. Si elle n’avait été si douce, elle l’aurait dévoré. Une flamme dans ses yeux noirs, brutale, pure. Un désir qui chaque fois lui paraissait insatiable, et ce jusqu’à ce que l’aube ne vienne les arracher à leur langueur. Un désir pour cet amant puissant et absorbé, généreux.

    Elle savourait sa chair, son odeur. La journée touchait à son terme, et avec elle lui revenait son odeur à lui, la vraie, exempte de tout parfum, de tout savon. Les effluves d’une chair qu’elle avait besoin de marquer, dont elle devait s’emparer, et vite.

    Il y eut un décalage brutal dans son souffle lorsqu’elle sentit les doigts de son amant froisser l’étoffe de sa chemise, lèvres rivées pour dispenser leur lot d’envie, de soif. Presque un hoquet, délicieux, qui mourut dans un soupir étouffé. Elle s’arqua légèrement, assez pour lui faciliter la tâche, pour s’offrir un peu plus. Débarrassée du coton qui s’était fait rêche, obstacle, l’air frais lui sembla être une caresse, avant que sa chair ne retrouve les mains de Sieben. Ou qu’elles ne la retrouvent. Elle lui adressa un sourire plein de lumière, les savourant ostensiblement. Sur ses hanches, de son bas ventre remontaient flammes et arabesques, sur son ventre un canidé assoiffé. Un roman de sa vie, de ses lubies, de ses envies. Un roman de ses désirs qui se déployait chaque soir pour lui. Mêmes chapitres d’une histoire étrange, anormale. Récits vagues de souvenirs qui n’avaient jamais trouvé de mots. Ci un compagnon tombé, là un amant. Dans son dos, le formidable tableau de ce poisson de bassin, l’œuvre colorée d’une existence à part. Tout cela, elle l’avait fait avant lui, ou pendant, à l’époque où elle était encore militaire. Elle avait remarqué qu’il avait ses préférés. La rose qui remontait de son sein, le poisson, dans son dos. Cicatrices artistiques et colorées à outrance, léger relief sous ses doigts experts, il aurait pu la lire les yeux fermés… Elle le pouvait en tout cas.

    Il ne la laissa pas s’en assurer, et déboutonna lui-même sa chemise. Un don qui répondait sans mal au défaut évident de pudeur de la jeune femme. Incapable de donner dans la retenue, incapable de ne se donner qu’en partie… Elle avait évolué dans un monde d’homme, qui ne tolérait nulle minauderie. Que ce soit sur les champs ou dans les alcôves, elle avait offert sans distinction son buste, son dos, ses cuisses, ses bras. Son cœur, aussi.

    Finalement, ce n’était pas plus mal. Il était plus patient qu’elle, capable d’une lenteur à propos, de la canaliser. Sa main handicapée, l’autre maladroite, elle aurait tout arraché, trop pressée. Sitôt libéré le buste massif, épais de Sieben, ses mains y coururent, avides, curieuses, aimantes. Elle s’appuya à son ventre, caressa ses pectoraux. Un instant, elle tenta d’en faire le tour, le sol comme un intrus, un ennemi à leurs jeux. Mais elle n’y parvint pas, et sa bouche redoubla d’ardeurs. Elle frémit en sentant les doigts happer sa ceinture. Promesse, prévision. Un instant, elle se cambra, fit mine de lui compliquer la tâche. Mais c’était chose inutile et bien vite elle se rendit.

    Elle roula sur le côté comme aux prises avec un adversaire, éparpillant ce qu’il restait de vêtements autour d’eux. La chaleur du feu baignait leurs jambes, leurs pieds. L’ardeur de leurs cœurs joignait leurs mains, leur bouche.
    Elle tenta de se redresser en le sentant lui échapper, mais c’était peine perdue, et l’arrière de son crâne retrouva rapidement le bois. Ses cheveux en pagaïe, répandus autour d’elle comme une soie obscure. Elle s’agitait, se tortillait sous les baisers qui suivaient sa progression, avide de les lui rendre, sans en avoir l’occasion. Elle se sentait nue, à présent qu’ils n’étaient plus à égalité, à présent que filait le pantalon de toile autour de ses chevilles. A présent qu’il n’était plus contre elle.

    Il avait faim, et elle était affamée. Un gémissement presque plaintif alors qu’il revenait, presque pressée de s’emparer de lui, de l’envahir. Une envie qui en était douloureuse, la rongeait. Elle avait toujours aimé ses baisers, ce talent qu’il avait de goûter sa chair. Ce caractère exclusif, comme s’il la possédait mieux ainsi, marquait sa peau d’un sceau tacite, qui n’existait que pour eux.

    Non, Sieben n’était pas l’époux d’Elenor. Peut-être même n’aurait-il jamais le droit de l’être. Qu’importait, tant sa peau lui appartenait. Tout en elle transpirait lui, de ses lèvres, à ce loup et à son ciel, sur son ventre. A ses cuisses robustes qui venaient retenir les jambes de son amant pour le déstabiliser. Sans reprendre le dessus. Juste pour se lier à lui, juste pour leur donner l’occasion de ne faire qu’un, pleinement, assurément. Une quête qu’ils n’accompliraient jamais assez, une fusion qui ne serait jamais aboutie, jamais comme elle le désirait. Elle voulait disparaître en lui, elle voulait que l’Aube ne vienne jamais leur rappeler ce qu’ils étaient, qui ils étaient. Elle ne voulait être que peau, et lui que sang.

    Les doigts de sa main droite, plus souples, plus aguerris à présent trouvèrent ses cuisses, massives, épaisses. Elle-même avait l’air d’une fillette, à côté. Elle sourit entre deux baisers, haletante, dans l’expectative d’un peu plus. Elle se réfrénait péniblement, se retint de ne point tout arracher sans ambages.
    Sous lui, à présent, elle s’était faite eau, ondulation. Une eau brûlante, se faisant flamme sous ses doigts. Elle le happait, sa main gauche crispée sur sa nuque, son menton, tandis que l’autre entreprenait de le remonter.

    Elle effleurait le métal froid, glacé de la boucle de sa ceinture. Au-dessus, savourait la chair chauffée à blanc. Son moelleux, sa fermeté. Elle joua avec, un sourire au coin des lèvres. Ne la défit pas aussitôt. Elle le repoussa de sa main raidie, infâme, et le provoqua d’un regard entendu. Oui elle jouait, elle ne changeait pas. Elle y était presque, sa main droite quitta la ceinture pour les reins, leurs creux, leurs mouvements. Elle caressa, planta ses ongles coupés courts, retint, appuya. Les os se trouvèrent, tandis que de nouveau, elle saisissait sa bouche. Etrange balais que ce couple, elle étirée de tout son long, les genoux repliés autour de lui, lui si massif, contraint de se plier un peu pour satisfaire ses désirs, ses extravagances. Finalement, elle prit une inspiration, profonde, puis le pouce souleva la boucle. Elle avait envie de lui, envie qu’il s’empare d’elle, de ses chairs, de son corps. Sa poitrine se gonfla, le souffle pourtant coupé. Elle décolla ses lèvres, les lui refusa sur un souffle bouillant. Elle l’empêcha de la reprendre, tremblant un peu tandis qu’elle achevait le maladroit crochetage. Que n’avait-elle sa main gauche, elle qui était si précise, si généreuse, pour la soutenir… Débarrassée de la ceinture, elle le déboutonna, un sourire gourmand aux lèvres. Puis elle saisit son cou d’une bouche envahissante. Elle déposa la main de Sieben sur son propre ventre, désireuse de le voir la prendre, là. Elle avait envie de sa poigne tandis que, l’air de rien, ses doigts les défaisaient tous deux de leurs sous-vêtements…

    Puis une latence, infime. Une seconde passée en équilibre. Elle remonta ses jambes, et là, là où quelques minutes auparavant riaient leurs clients, devant l’âtre moelleux de la cheminée du Ceste Cloûté, elle l’invita.


    Les tables étaient dérangées. Quelques tabourets n’étaient plus à leur place. Et partout leur odeur, partout leurs jeux, et ce jusque dans leur chambre, au premier, où elle reposait à présent dans leurs draps. Alanguie, les jambes parcourues de frémissements, son ventre offert sans pudeur à la fraîcheur de la nuit, savourant cette douce caresse. A mi-chemin entre la douleur et la plénitude. Elle sentait son bas-ventre endolori, immobile à présent, ses bras cinglés de courbatures… Sa hanche, heurtée à une table qui fut leur victime du soir, la ferait souffrir le lendemain.

    Et pourtant, elle était bien. Bien comme toute femme rêvait de l’être, dans ses songes les plus inavouables. Songes coupables, désirs d’illégalité. Oui, il était un amant, ce lit n’avait rien de conjugal… Il leur était plutôt coutumier.

    Avec un soupir d’aise, les paupières lourdes et le souffle court, elle le chercha du regard. Un sourire un peu mou, vidé. Elle sentait encore ses baisers dans son cou, ses doigts sur son dos…

    Elle sentait encore tout, pourtant clouée aux draps, assommée par le terme de leurs jeux. Par chance, les seuls clients qui résidaient là dormaient plus haut, quoi que leur conclusion avait du parvenir à s’immiscer entre l’épais bois des escaliers. Elle étouffa un rire, relevant mollement une main pour la glisser à l’arrière de sa tête.

    Elle le savait tout à côté, sentait sa chaleur, délicate dans l’air refroidi, entendait son souffle tout aussi rauque que le sien.

    Envie de parler, mais sans y parvenir. Ses lèvres s’ouvrirent sur des douceurs muettes.
    Elle finit par rouler sur le côté, trouva son cou et s’y blottit. Elle avait les lèvres sèches, elle avait soif. Une soif qu’elle allait être bien en peine de combler. Différente du désir qu’elle avait eu, à présent c’était un besoin. Ses doigts s’égarèrent sur le torse du lutteur, plus sages, presque plus respectueux. Plus de griffures, plus d’autorité ni de vice. Elle se détendait.

    « Je pourrais rester là… Sans bouger… » Sa voix n’était qu’un murmure mal maîtrisé. Eraillée. C’est qu’elle avait fait savoir tout son contentement il y avait encore peu, et avec vigueur…

    Oui, elle pourrait bien ne plus jamais sortir. Chaque fois, elle se le disait. Ne plus jamais remonter. Se cacher dans la chambre de Sieben Raetan, sous ses draps. Attendre qu’il ne vienne, qu’il soit là, pour elle. Elle n’était pas encore en mesure de s’ouvrir au reste, de s’offrir sans retenue à ce qui n’était pas lui.

    Cela reviendrait, un jour. Bientôt peut-être.
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MessageSujet: Re: Une Introduction en Douceur   Jeu 15 Avr - 21:41

Sieben Raetan aurait été bien incapable de dire ce qui s’était passé. Il s’en souvenait, mais si peu si mal. Ils avaient passé à peine quelques secondes l’un contre l’autre, puis elle l’avait invité. Ils avaient commencé là où ils étaient, ils avaient continué dans la salle. Il se souvenait du choc sourd qui avait renversé la table. Il se souvenait de sensations délicieuses, d’un torrent de vie qui circulait dans ses artères, d’un semblant d’immortalité qu’il avait acquis pendant un interminable et bref moment…

Et il était dans sa chambre. Ils avaient dû y monter à un moment ou à l’autre de leurs ébats, quand, il ne se souvenait pas. Il déduisait simplement. Elenor était toujours là, elle n’avait rien d’un rêve qui s’évanouissait à l’aube. Sieben était lui-même rompu. Il n’avait pas manqué de force ni d’endurance, mais Elenor n’avait pas été rassasiée jusqu’au moment où ils s’étaient tous deux effondrés. C’était la première femme qui avait un appétit suffisant pour l’épuiser et un tempérament suffisamment incendiaire pour le solliciter autant.

C’était maintenant un sentiment de plénitude qui l’envahissait, plus rien ne manquait à son univers. Il était dans son auberge, au calme, avec Elenor, c’était là où il avait besoin d’être, il n’avait pas besoin de plus. Au fond, il ressemblait à un ours dans sa caverne. Qu’on le laisse savourer ce calme après la tempête.

Elenor se blottit contre lui, sans aucune autre intention que d’être contre lui. Sieben l’accueilli bien volontiers dans ses bras, non plus comme un amant, mais comme un père. L’amant, elle avait eu, mais les amants n’étaient jamais que des compagnons de lits, ceux auxquels on ne pense que passé dix huit heures. Elenor avait dû en connaître beaucoup des hommes comme ca. Il y avait aussi l’amant de luxe qu’on sortait lors des célébrations publiques, lors des grands repas. Le demi mari quoi. Pas forcément performant au lit, mais socialement intéressant.

Il y avait le beau mâle corporellement parfait, qui savait parler au bas-ventre, ceux là c’étaient de la vraie loterie. Rare et convoités qui plus est, tellement que ces gens là n’étaient pas fiables. Il y avait les vieux barbons tourmentés par le démon de midi, qui pouvaient être riche, on pouvait difficilement cracher sur eux. Il y avait les poètes à la recherche de ballades en actes, qui changeait toujours au final. Il y avait l’étalon qui savait soulever ses proies, et qui n’avait généralement aucun scrupule ni dignité.

Sieben savait qu’il ne faisait partie d’aucune de ces catégories, depuis le temps. Il avait servi de partenaires d’ébats, de frère, de père, d’ami fidèle. Il était l’homme qui avait la relation la plus complète avec elle. Et Elenor était pour lui sa maîtresse, sa sœur, son amie la plus fidèle, et sa fille. Il l’aimait de toutes les formes d’amour qui pouvaient exister.

Âmes sœurs

Un mot tout droit sorti d’un roman de cape et d’épées entre une princesse belle et raffinée qui accordait son mouchoir à un chevalier sans peur et sans reproches, les deux ayant un langage plus soutenu que la moyenne. C’était une cruelle ironie de voir qu’il pouvait s’appliquer à une noble garçonne avec un penchant pour l’action et la boisson et un vieil aubergiste ancien lutteur. Mais nous étions dans le monde réel, tellement plus complexe que les romans… et pourtant si lumineux au final.

Sieben non plus ne voulait pas bouger, que la réalité ne le rattrape pas. Demain viendrait bien assez vite, inutile de l’appeler. Le travail et le besoin d’argent l’appellerait et la Ville Haute lorgnerait sur Elenor. Leur nid n’était qu’une frêle protection face à la furie du Monde, il ne fallait pas se leurrer. Elenor pourtant n’était pas encore tout à fait en état d’affronter le Monde.

Demain n’est pas là

Pour l’instant, au milieu de la nuit, il n’avait qu’une chose à faire : prendre Elenor dans ses bras comme un père et sa fille, un frère et sa sœur, deux amis, amant et maîtresse. Il était fort comme un roc, il devait la protéger. Elenor saurait se manifester le jour où elle n’aurait plus besoin de Sieben. Mais il savait au fond de lui qu’Elenor ne serait jamais vraiment capable de se passer de lui.

Et moi je serais incapable de me passer d’elle… Elenor, que m’as-tu fait ?

Sieben ne regrettait rien. Il ne regretterait jamais ces moments passés avec elle.

« Reste là. Sans bouger, personne ne te le demande. »

Il frotta sa joue barbue contre ses cheveux.

« Reste avec moi. »

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