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 Un Fils contre un Masque

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Cyrilis Jaktarii
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MessageSujet: Un Fils contre un Masque   Dim 24 Mar - 14:24

Dans la pénombre d'une nuit sans lune, un fatras de silhouettes s'avançait. Des ombres noires, cernées de paradoxe : longues capes noires descendant jusqu'aux chevilles, lourds capuchons enfoncés sur le front, tête baissée, air à l'affût, tout portait à croire que les hommes avançant cette nuit-là mijotaient un mauvais coup. Pourtant - et quand bien même cette crainte était fondée -, dans la démarche de chacun d'entre eux, on sentait certes un peu de prudence, mais guère de défiance. Ils marchaient en maîtres, en prédateurs plutôt qu'en proies, du pas sûr de ceux qui n'ont rien à craindre ni à se reprocher. Étaient-ils nombreux ? Même pas. Une poignée d'hommes, seulement : quatre, et un enfant. Une simple anicroche avec des voyous aurait pu les mettre à mal, en apparence. Juste en apparence. Derrière les apparences, il y avait les coulisses. Les ruelles parallèles et perpendiculaires. On y trouvait quelques hommes, parfois, et quelques femmes... dont, étrangement, beaucoup de membres du Guet. Corrélation ? Causalité ? Coïncidence ? L'on pouvait à bon droit s'interroger, mais leur présence n'était pas anodine, bien que peu remarquée...

La souricière était superbement construite. Magistralement orchestrée, la contredanse allait pouvoir commencer, et quelle contredanse ! Composée de main de maître par l'homme le plus puissant d'Edor Adeï en personne ! Et celui-ci en avait confié la direction à... son gendre, Cyrilis Jaktarii. Ce gendre, au demeurant ministre de la guerre, ne faisait certes qu'obéïr aux ordres de l'Aîné, mais il n'en espérait pas moins gagner un peu de reconnaissance supplémentaire de la part de son beau-père : gagner des faveurs... et monter, toujours monter. La soif de puissance restait insatiable chez le jeune ministre, il la sentait battre dans son coeur, propulser son sang dans ses veines, alors même qu'il commettait un crime. Il tenait fermement à l'épaule un enfant d'une dizaine d'années, habillé de vêtements sombres lui-aussi, et la tête encapuchonnée non d'une cape, mais d'un sac de jute. Si l'enfant n'avait été qu'un Ilédor parmi tant d'autres, l'acte aurait déjà été répréhensible. Cet enfant-là n'était pas un enfant parmi tant d'autres. Il n'était rien moins que le prince héritier du trône d'Edor Adeï, le fils du défunt Gardan Edorta Elandor, et neveu du présent Gardan Edorta, Ysor Arlanii. Chose étrange, le gamin ne se défendait guère, ne tentait pas davantage de fuir. L'avait-on persuadé ? Menacé ? Contraint ? Bien fort serait celui qui arriverait à délier la langue du conseiller à ce sujet !

Et le petit groupe avançait encore. Un peu en retrait du conseiller Jaktarii, le serviteur du conseiller Karnimacii, un certain Mertens, homme à tout faire de son état, suivait la procession. Fidèle à ses habitudes, Mertens ne laissait échapper le moindre mot, mais observait les alentours de son air risible de domestique pincé. Deux mercenaires les accompagnaient en guise de garde rapprochée. D'eux, Cyrilis n'avait aucune opinion. Il les avait choisis compétents et fidèles tant qu'ils recevaient assez d'argent. Or, les caisses des Karnimacii et des Jaktarii étaient pleines à craquer, même en période de siège. Rien à craindre de ces gens-là, qui n'ont aucune opinion et qui ne raisonnent que pour la paie. C'était peut-être idiot, de penser ainsi, mais le conseiller Jaktarii, en dépit de toute sa prudence de ministre de la guerre, pouvait parfois être un léger imbécile - mieux valait néanmoins se garder de dire ou penser ça en sa présence. Marcher, encore. En chemin, le conseiller Jaktarii ressassait la mission qui lui avait échu : négocier. Mais négocier savamment. Prudemment. Et traîtreusement : la famille Karnimacii n'avait pas changé depuis l'aïeul qui lui avait donné ce nom. Négocier de manière à tout obtenir sans rien donner. Au fond, gérer cette affaire-là comme une affaire de l'État, et rien d'autre. Oublier que lui-même était père, que Riarg Karnimacii lui-même était père, et que ce qu'ils faisaient à l'héritier des Arlanii, ils n'auraient pas toléré qu'on le fasse à leur enfant.

De toute manière, il n'avait pas le choix. Il fallait réussir. Deux vies, ou deux morts. Devant les yeux du conseiller Jaktarii, une tête continuait à ricaner d'un sourire horrible, celle de Ruben Gasseï, tranchée et posée sur son bureau, avec le message de l'Al-Faret. L'odeur du sang et de la décomposition continuait à lui monter à la gorge : cette odeur-là, il le pressentait, c'était la sienne s'il venait à faillir. Il fallait ramener deux choses au palais : le petit prince et la certitude. Pour le gamin, c'était facile. Pour la certitude, ça l'était moins. Car si l'Al-Faret était bel et bien Elandor Arlanii... les choses risquaient de se compliquer terriblement. Si elles n'étaient pas assez compliquées comme ça. Et en cas d'échec... mieux valait ne pas y penser. Sa femme elle-même ne suffirait pas à calmer la colère de l'Aîné. Il fallait réussir.

Et vaincre.

Le point de rendez-vous était là.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Mer 3 Avr - 19:12

Un éclair l’avait frappé si puissamment qu’il avait ressenti dans tout son être des frissons électriques. Une froide et sinueuse sensation avait gagné ses membres, raidit sa nuque, quand ses yeux avaient lu ces quelques lignes sur le parchemin. Ses mains étaient si fortement crispées, qu’il n’en sentait plus ses doigts. Qu’était-ce ? De la rage plus sourde qu’un grondement de tonnerre qui se prépare au loin ? La haine la plus forte et la plus violente qu’on ait pu ressentir de vie d’homme ?

Il comprenait avec ce message, planqué avec Eléni dans une cave, les desseins inhumains des marionnettistes, qui utilisait son propre fils pour le faire se dévoiler. Sa voix était pourtant nette, coupante comme un poignard. Sa décision avait été prise immédiatement après avoir compris les mots grattés sur le papier. Et elle était sans appel. Chaque fibre de son corps réclamait qu’il la prenne, il se sentait fort d’une colossale puissance.

Il se saisit de cette haine comme d’une lourde armure, capable de lui faire ignorer la peur, le doute, l’angoisse de ce qui allait arriver. Ainsi vêtu, protégé, l’Al’Faret ne ressentait aucune crainte pour cette rencontre. Les heures nécessaires à la préparation de leur plan, cette stratégie étudiée avec Eléni, lui semblèrent longues à en mourir. Il avait dans les veines bien plus que la Volonté, il coulait en lui un sang froid mais vif comme des cascades déchainées.

Tout était clair en lui. Son esprit dans une paix intérieure remarquable. Non sereine, mais agitée, violente, inlassable. Et pourtant, tout son corps était posé et calme, son regard se faisait fixe de nombreuses fois, à mesure que s’écoulaient ces minutes qui le séparait de la confrontation. Bouillonnant d’une assurance décuplée, ce fut sans une once d’hésitation qu’il donna le signal du départ. Chacun de son côté. Chacun par un chemin, et personne à ses côtés.
La nuit semblait elle-même approuver sa Volonté. Elle était sombre, pas d’astre lunaire dans le ciel, et un silence seulement percé de quelques fins de soirées au loin. Peu importait qu’il ne choisisse pas le théâtre de cette rencontre, il avait avec lui les acteurs, il savait quelle tirade articuler.

Il n’y avait aucun doute dans son regard. Il n’avait pas à faire de choix, face au marché proposé par les Manipulateurs. Il allait se rendre au point de rendez-vous, se dresser face au Conseil quel que soit le visage qu’il aura revêtu ce soir. Ce soir, il aurait entre les mains sa Raison de vivre. Ce qui battait dans ses tempes, ce qui coulait dans ses veines. Il ne pouvait pas laisser les Karnimacii lui prendre ce qu’il avait de plus cher et de plus précieux.

Une obscure capuche camouflait son masque blanc, l’ombre de sa cape l’enveloppait dans les ténèbres, lorsqu’il se détacha des murs pour s’avancer sur la petite place choisie par ses adversaires. Il vit immédiatement ces cibles. Et son regard se posa sur la petite silhouette encapuchonnée à leurs côtés. D’un battement de cils, ce fut comme s’il s’étonnait de sa présence. Une petite voix lui souffla à l’oreille, mais la vipère sifflante qui habitait son esprit l’empêchait d’être attentif. Ses iris retournèrent irrémédiablement vers l’homme qui se tenait le plus en avant, lui aussi caché dans les ombres de lourds vêtements. Qui était celui qui devait désormais tomber le masque ? La tension était assourdissante, mais Elandor ne ressentait aucun besoin de s’assurer que la Dissidence était derrière lui, aux aguets.

Il sentait ses doigts se raidir comme sous l’effet d’une drogue, de minuscules piqûres mangeaient ses avant-bras. Comme des démangeaisons, mais ce n’était pas une nervosité anxieuse, tourmentée. Il s’agissait d’une montée brutale de température, la soif dans sa gorge le rendait impatient. Comment rester immobile et silencieux, alors qu’il avait à quelques mètres de lui – suffisamment pour esquiver toute charge – ce qui hantait toutes ses pensées depuis des mois ? Comment ne pas fondre sur lui, comment ne pas se laisser dépasser par ses sentiments ?

Il n’était plus possible de détourner son regard de cette haute silhouette qui lui faisait face comme lors d’un duel. La seule perturbation qu’il pouvait ressentait était affaiblie par une soif redoutable et suprême, et passait au second plan. Ce soir, Elandor Arlanii allait reprendre ce qui lui appartenait, sa raison de vivre. Ce soir, Elandor Arlanii allait saisir sa Vengeance.
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Riarg Karnimacii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Sam 13 Avr - 13:08


Mertens
Ou mieux servir l'Aîné
L'heure fatidique était arrivée. Tant redoutée par l'Aîné, qui avait si savamment préparé ce moment-là, ce moment déterminant pour la suite. Mertens était alors là pour s'assurer que tout se déroulerait comme prévu, sans anicroche. Ou pour corriger les anicroches comme il se devrait.

Caché sous sa lourde capuche noire, silencieusement posté derrière le Jaktarii, le jeune domestique attendait. Et observait. Patiemment. Silence et observation étaient ses maîtres mots, ces mots soufflés par son mentor si longuement pendant tout son apprentissage. Se fondre dans la foule et la masse, paraître transparent, inexistant même s'il le fallait, pour mieux voir et écouter ce qui se passait autour. Et tout rapporter ensuite à celui que tous appelaient son "maître".

Certes Riarg était officiellement son maître et lui le serviteur fidèle de l'Aîné. Mais en fait leur relation était bien plus encore. Bien plus forte. Riarg l'avait trouvé dans une situation délicate, plus que délicate même. L'Aîné l'avait alors sauvé en quelque sorte, lui avait offert une alternative, une autre chance, lui avait tendu le bras, pour ensuite lui offrir bien plus encore. Une formation, digne de ce nom, riche, et variée. Lire, écrire, escrimer, se battre en règle ou sournoisement, ruser, réfléchir, observer, quelques rudiments de l'art des guérisseurs... et de l'art des empoisonneurs aussi... Il avait fait de Mertens un homme polyvalent et un homme de l'ombre exemplaire.

Oh qu'on ne s'y trompe pas. Mertens était depuis tout temps un mercenaire, fils de mercenaire, et le resterait. L'Aîné l'avait d'ailleurs compris dès les premiers instants de leur rencontre. Mertens se souviendrait toujours des mots que le vieil homme lui avait alors offerts : "Je suis l'Aîné. Je peux t'offrir beaucoup de choses, le savoir, la sécurité, une certaine situation. En échange... Non, ta fidélité ne peut s'acquérir pleinement, je pense. Mais elle peut s'acheter. Sers-moi. Et si quelqu'un t'offre plus que moi, viens me voir et je doublerai son offre encore. Sers-moi. Lie-toi à moi et tu connaîtras alors les ombres du pouvoir comme aucun homme de ta condition n'aurait pu l'espérer."

Mertens était jeune alors. Pas encore la quinzaine. Mais il avait accepté. Et cet instant s'était gravé en lui à jamais. L'Aîné n'avait jamais rompu sa parole. Le mercenaire qu'il était avait maintenant près de la trentaine mais n'avait jamais ressenti le besoin de trahir le Karnimacii. L'Aîné avait beau être un loup, c'était un loup qui avait l'esprit de meute. Et étrangement, il avait semblé accorder une certaine place à Mertens dans sa meute. Une place particulière, un peu à part, mais une place quand même. Une place, qui, il fallait l'avouer, plaisait assez à Mertens. Se jouer de tout et de tous, à leur insu, se sentir presque intouchable, invulnérable. Etre au milieu de tous ses gens sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, les observer et apprendre à mieux les connaître... pour mieux les frapper dans l'ombre ensuite. Mieux les trahir. Un jeu qu'il aimait grandement. Et que seul Riarg Karnimacii lui avait offert. Plus même, un jeu que l'Aîné lui avait appris.

Mais là n'était plus temps de ressasser ces vieux souvenirs, se morigéna l'homme encapuchonné. Se concentrer sur l'instant présent, rester aux aguets. L'Al'faret venait d'arriver, masqué, l'inconnu l'enveloppant encore et toujours. Un inconnu qu'il espérait bien faire connaître en ce lieu. Tout allait se jouer d'ici peu.

Gardant savamment son air de domestique outragé d'être dans un endroit si mal famé, un rôle qu'il savait si bien jouer, et qu'il devait garder aux yeux du Jaktarii, Mertens, se contenta de rester immobile, le nez retroussé, ses fines lèvres pincées, ses cheveux de jais masquant une partie de son visage complétant l'ombre offerte par sa capuche. Attendre. Attendre la possible révélation... Puis agir en conséquence. Les ordres étaient clairs. Si les doutes se confirmaient, il faudrait agir. Agir pour que les erreurs commises soient les dernières. Plus de compromis. Plus aucune erreur ne serait permise. Plus aucune.
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Alecto Terdalis
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Lun 22 Avr - 17:16

Alecto avait suivi les instructions, comme plusieurs autres Dissidents. A la différence de certains, elle ne se posait pas énormément de questions. Cependant, c’était une des rares fois où elle ressentait vibrer en elle une excitation anormale. En réalité, c’était sa première vraie mission dans le Mouvement ; elle ne doutait pas de sa réussite, au contraire, était sure d’elle et de ses capacités. En face, ce serait la Noblesse ou ses Mercenaires. Des gens qu’elle avait appris à assassiner avec le Maître dans cet art. Elle n’avait de fait aucune crainte là dessus.

Son implication serait mesurée à cette occasion, sa valeur également. Bien que désormais, on ne doutait plus d’elle : elle avait livrer Ruben Gasseï, avait attendu patiemment celle qui devait officiellement la faire Dissidente. Désormais, elle serait l’une des architectes de ce grand projet, pour reconstruire une société meilleure, loin des gouvernances viciées qui sévissaient actuellement.

Drapée dans de sombres étoles, les cheveux noués en des nattes elles-mêmes attachées, l’oeil perçant et fixe, elle se tenait accroupie sur l’arête d’un toit. A cette distance, elle voyait parfaitement les silhouettes de l’Al’Faret et des adversaires qu’il lui faudrait retenir. Autour d’elle, sans qu’elle ne les voit, à des distances réglées et sures, se trouvaient d’autres comparses dont le but était égal au sien. Se laissant glisser de toits en toits, dans le silence d’une nuit obscure, Agonie contourna la placette où se trouvaient face à face les ennemis intimes. Du moins était-ce ce qu’elle comprenait.

Pour le moment, personne ne bougeait. Mais Alecto savait que, bientôt, tous s’éveilleraient, comme sortis de leur léthargie. Les deux partis semblaient s’observer et attendre le moment propice pour ouvrir la bouche. Aucun son n’était sorti de leurs capuches.

L’Olarile les voyait désormais de profil, estimant leur nombre, concentrée sur les pas qu’elle faisait et sur les tuiles sur lesquelles elle se déplaçait. Ruben avait souvent insisté sur l’importance de cette maîtrise, penser à ses enseignements mêlait en elle de la haine froide et une chaleur douloureuse.

Bientôt, elle se trouvait dans le camp des Ennemis. Son regard clair percevait clairement la petite silhouette de l’enfant. Le Dauphin, héritier du trône de son défunt père, s’il arrivait quelque chose à l’Oncle. Tout ceci en attendant l’arrivée au monde des enfants de cette traînée de Lis Diantha. La mine absente mais les yeux ô combien concentré, Alecto resta un long moment immobile, cachée par une cheminée qui rejetait paisiblement la fumée d’un chauffage inutile en ces mois d’été. Une odeur de repas achevé il y a quelques heures s’en échappait, on avait fait rôtir quelques lapins achetés au marché noir, sans doute.

Un gibier plus coriace l’attendait pour cette nuit. Mais pas avant le signal. Elle saurait le repérer, elle saurait sauter et agir comme un aigle patientant sans anxiété que sa proie soit le plus vulnérable pour attaquer. Mais ils avaient des ordres. Et elle les respecterait.
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Lambda
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Sam 4 Mai - 20:59


Donal Kilghard - Griffe

La nuit était tombée depuis longtemps sur la Cité, et les filets de brume qui, jusque là, se cantonnaient aux canaux, s’enhardissaient pour gagner les rues de la ville comme une marée montante, bien visible depuis les toits. C’était une de ces nuits sans lune que les étoiles piquetant le ciel ne parvenaient pas à éclairer, une nuit propice aux meurtres, une nuit de vengeance, une nuit pour les ombres.
Des ombres qui, chacune à leur manière, répondaient à l’appel de l’Al’Faret pour converger vers cette petite cour pour l’heure encore déserte mais qui bientôt serait le théâtre d’une vengeance sans merci.
Un silence irréel semblait baigner le quartier, comme si la brume tenait à étouffer toute vie qui d’ordinaire habitait ses lieux. On eut dit que la mort elle-même était en marche, et s’il n’y avait pas eu les rumeurs lointaines de fêtards encore éveillés, on aurait pu croire la Cité déserte, emplie de fantômes silencieux.

Le calme avant la tempête…

Et pourtant, le quartier débordait d’âmes bien vivantes, davantage ombres que fantômes, attendant patiemment que leur heure vienne.

Dissimulé derrière une cheminée, Griffe attendait. Vêtu de gris et cerné par les ombres, son identité dissimulé par foulard lui recouvrant le bas du visage, il se confondait presque avec le toit sur lequel il se tenait accroupi. Seuls les légers mouvements qu’il permettait à ses jambes pour les dégourdir des crampes auraient pu trahir sa position pour un œil exercé.
L’escouade d’archers dont il faisait parti avait pris ses positions ce qui lui semblait être des heures auparavant, et pourtant il ne s’était pas écoulé beaucoup d’heures depuis la tombée du jour. Mais déterminés à éviter toute attaque surprise du Guet et à sécuriser les lieux pour leur chef, ils avaient pris position dès les ordres reçus. De leur perchoir, les archers avaient une vue imprenable sur leur cible et sur tout le quartier environnant.
Encerclant totalement la petite cour par les toits, ils allaient par deux : l’un surveillait leurs arrières tandis que l’autre restait focalisé sur le lieu de rendez-vous.

Griffe jeta un coup d’œil à son compagnon, aussi discret et invisible que lui à l’ombre de sa cheminée. Il ne pouvait distinguer ses traits, mais il l’imaginait scrutant avec attention les toits derrière eux. Détournant son regard, il reprit sa propre surveillance, serrant fermement la poignée de son arc.
Il sentait sa peur, tapie au fond de lui, qui faisait battre son cœur avec bruit. Mais il la gardait là, à cet état de bête embusquée qui l’aiguillonnait, lui fournissait l’adrénaline qui le gardait éveillé, prêt à réagir au moindre bruit, au moindre mouvement. Après tout, ce n’était pas sa première mission dissidente malgré ses dix-sept ans. Il avait déjà eu l’occasion de faire l’expérience du danger, mais il s’agissait sans doute de la plus importante des missions. L’Al’Faret lui-même allait se mettre en danger, aucune erreur n’était permise. Il ne pouvait pas laisser sa peur le paralyser.

Un changement soudain s’opéra. L’atmosphère se fit soudain plus tendue. Le monde devint plus attentif tandis que des silhouettes apparaissaient à l’entrée de la petite cour. L’une d’entre elles faisait face, solitaire, à tout un groupe. Le temps s’étira alors en longueur et un silence profond s’installa, assaillant douloureusement les oreilles du jeune homme tandis que la Cité elle-même semblait retenir son souffle.
D’un geste sûr et longuement répété, Griffe encocha sa première flèche, prêt à bander son arc pour lâcher son trait mortel. Du coin de l’œil, il vit son compagnon faire de même, dans la direction opposée. Il était prêt. Ils étaient prêts.

La tempête était sur eux…
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Lambda
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Jeu 9 Mai - 13:09


Glaive, le Soldat
Ca f'sait quelques jours que tout le monde était un peu fébrile. On savait pas trop quoi, mais depuis les derniers événements, tout le monde avait l'air d'avoir le froc dans des braises. C'était depuis que la Future avait été poignardée, ça, et qu'on avait aussitôt incriminé le Farenii et ses hommes. Bah tiens, si le Conseil pouvait tenir les bourses de quelques militaires dans ses mains... Bien sur, le vieux Capitaine n'y était pour rien, mais il aurait du, 'semblait, prévoir que dans cette foule où apparaissaient fièrement Révolutionnaires, Dissidents, et les pires magouilleurs du coin, presque sans s'cacher, qui allait être l'anguille la plus courageuse. L'aurait fallu qu'ils soient plus, c'étaient ce que pensaient pas mal de sergents honnêtes. Les autres étaient goguenards.

Et c'était tout juste si la Lastareth avait gueulé. Farenii était toujours là, heureusement, mais pour combien de temps ?

Lui, il avait continué son boulot, ses tournées en ville, pour l'armée. Et puis les missions pour les autres aussi. Les missions de Glaive. Ce foutu Guet, cette bande de fils de chiennes était plus actif que jamais, et 'fallait les détourner, souvent, jouer au con maladroit pour leur faire louper des coups. Une ou deux fois, c'avait bien failli chauffer, et ils avaient pas été loin de se mettre sur la gueule, avec un petit connard-en-chef, mais ils avaient été calmés par un autre. Un qu'est pas dissident, mais qu'aime pas plus que lui ces cons. Séparés sur une insulte, il lui avait craché à la gueule, puis ils étaient partis à leur boulot. Le principal, c'était que le mec avait pu fuir.

Mais cette fois, son contact était pas comme d'habitude. D'habitude on le cueille à la taverne on lui dit « Eh, demain à telle heure, ce serait bien qu'il y ait un peu de monde par là, juste au cas où... » Alors ils orientait ses mecs (parce que maintenant il en avait un peu, sous ses ordres, des en qui il avait confiance, mais pas assez pour leur parler de Glaive, encore) et leur garde dans la zone, et au cas où le Guet passait par là, ils se provoquaient, comme tout soldat dès qu'il voit ces troupes de voyous, et pendant ce temps-là les copains faisaient leurs affaires tranquilles.

Cette fois on l'avait pris de jour, un peu à part de son groupe. C'était risqué et il avait pas aimé. D'ailleurs il l'avait dit, mais l'autre de rétorquer que c'était trop important, qu'il aurait qu'à dire qu'il était un mendiant. Ce soir, cette nuit, il devait venir en ville, rendez-vous là, tu vois ? c'est l'Alfaret qu'a besoin de nous, un truc grave. Besoin de combattant, y'aura sans doute le Guet aussi. Il avait pesté que le Guet le connaissait, bordel, que c'était dangereux, mais l'autre avait laissé entendre que s'il avait affaire au Guet, normalement les autres devraient pas être capable de témoigner en rentrant... Ca lui faisait peur, cette histoire, il savait pas bien ce que c'était, mais il avait dit oui, bien sur. Puis il avait chassé l'autre sans ménagement, revenant vers ses hommes en pestant contre cette vermine qui te tombait dessus à n'importe quel moment...

Le soir était tombé, et il avait laissé son armure à la caserne. Parti comme un voleur, en furtif, jusqu'au point de rendez-vous. Une impasse, qui donnait sur une petite cour par une arche. Un vrai coupe-gorge. En espérant qu'il soit du bon côté du couteau.
Il avait pas vu les autres, mais il devait y en avoir d'autres. Finalement un petit mec, peut-être dix-sept ans, au plus, s'était pointé, capuche, foulard sur la gueule et dague à la hanche. Il lui avait dit « Tu rentre dans ce bâtiment, là, et, tu montes la garde. » Il lui indiqua d'un geste, dans la cour, une petite bâtisse. Une grange, ou quelque chose comme ça. En tout cas ça payait pas de mine. « On est quatre dans la rue derrière toi, et d'autres un peu plus loin. Y'en a aussi sur les toits, plus en sécurité, qui donneront l'alerte au besoin. Bientôt, l'Alfaret viendra, ainsi que d'autres... ils seront sans doute protégés par le Guet. D'ici, tu verras la scène. Essaie de repérer le Guet, ils auront des hommes cachés, comme nous, et essaie de faire en sorte qu'eux te repèrent pas. Au moindre danger, on sort, et on se fait ces pendards. » Alors Glaive avait hoché la tête. Pigé. Il fit taire ce qui lui disait que ce putain de petit enfoiré pouvait être son fils, et que pour les ordres, on repasserait, mais il avait trop peur pour ça. Alors il s'était calé dans les ombres, espéré que les autres se battaient assez bien pour qu'il sorte vivant de tout ce bordel, et attendu.

Il eut l'impression qu'on le plongeait dans un bain de glace, quand le type se pointa seul. C'était pas un membre du Guet, alors c'était l'Alfaret. Par Therdone, il en était presque ému, à croire qu'au lieu de Glaive, c'était la Pucelle qu'ils auraient du le baptiser. C'était sur les épaules de ce type qu'on devait compter pour sauver les soldats... Puis les autres arrivèrent, avec ce qui devait être un môme. Ou un nain. Il plissa les yeux de derrière une poutre, et regarda cette troupe, bien plus nombreuse, faire face à son chef. Ils s'étaient mis dos à lui, donc il ne voyait que mal l'homme qui semblait les diriger. Par contre, il avait une vue imprenable sur le dos de ses fiers gardes du corps, et sur le moindre de leurs geste. Un signe, et il serait sur eux. Ouais... Trois pas, s'il en faisait des grands.

Pour l'instant, il ne vit rien d'autre, pas d'ennemis planqués... En même temps, la place ne laissait pas tant de cachettes que ça, les autres attendaient sans doute de débouler depuis les rues attenantes. Il allait faire gaffe, et aussi peut-être prier un peu...

Etirant ses doigts, il les posa sur la garde de son épée.

C'est parti.
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Lambda
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Mer 15 Mai - 1:02


Gorfwyn Manestir
La silhouette massive s'avançait dans la ruelle sombre d'un pas mal assuré. Il avait toujours eu peur du noir, peu importe sa taille, peu importe ses muscles, dans le noir, il y avait des choses rampantes et effrayantes. Ses frères s'étaient moqués de lui, son père l'avait surnommé « fillotte », mais rien n'y changeait, lui, il avait toujours peur du noir. S'il avait pu, il aurait refusé la mission de ce soir, mais son supérieur ne lui avait pas laissé le choix, il fallait des gros bras, et ça, pour avoir des gros bras, il en avait. Alors, la mort dans l'âme, à l'heure dite, il avait été au point de rendez-vous. Une seule personne l'attendait, un visage vaguement familier du Guet qui lui donna des instructions claires et précises. Ne laisser personne d'inconnu entrer dans la ruelle dont il aurait la surveillance, c'était d'une importance capitale. Les seules personnes qu'il était autorisé à laisser passer, c'était un groupe qui donnerait une phrase code : « Le temps est venu ». Le visage familier lui avait également parlé des mesures mises en place, des autres postes d'observation et d'attaque. Ils seraient trois à couvrir la ruelle qu'on lui avait assignée, une à chaque entrée et un autre au milieu. Dans les ruelles et rues alentours, le même dispositif avait été établi. Au total, il y avait plus d'une cinquantaine de membres du Guet dans les environs, tout avait été calculé, méticuleusement préparé, chaque détail avait été vu et revu. Tout était prêt.

Depuis qu'il était arrivé, il n'avait pas eu à décourager beaucoup de badaux, comme si d'eux-mêmes, les habitants de la cité avaient compris qu'il ne fallait pas être là ce soir, en cette nuit noire. La lune était masquée par de nombreux nuages, les étoiles étaient éteintes, le silence pesant. Dans son corps massif, son cœur tremblait de peur. Il avait vu les monstres nocturnes se déployer quand il était enfant, ils avait vu les ténèbres qu'ils répandaient et sentit la terreur qu'ils inspiraient. Il aurait voulu fuir, partir, mais il n'en n'avait pas le droit. Il était trop tard pour cela, beaucoup trop tard.

Gorfwyn se souvint du jour où il s'était engagé pour le Guet, dans une ultime tentative d'impressionner son paternel, dans l'ultime espoir qu'il pourrait lui aussi être un bon fils, comme ses frères. Sans succès. Sa peur grevait sa faible ambition, après des années de service, il n'était toujours qu'un homme de main, qu'on choisissait quand il ne restait plus personne d'autre. Il était la risée de tous, ils l'appelaient la Fouine, parce que comme les fouines, il sursautait au moindre bruit non identifié. Et puis, fouine, ça rimait avec Gorfwyn, n'était-ce pas là un signe ? La peur se lisait dans ses yeux, une peur que personne ne pouvait comprendre, parce que lui seul pouvait les voir, les monstres nocturnes. Les autres se moquaient de lui, ils riaient, mais ils ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient pas que la Volonté de Therdone ne les sauverait pas le jour où les monstres auraient décidé d'attaquer. Alors seul, il se cachait sous sa couverture la nuit, en priant pour que l'aube vienne au plus vite.

Pour l'heure, l'aube était encore loin, beaucoup trop loin. Il avait le sentiment qu'il faisait le pied de grue depuis des heures et des heures lorsqu'enfin, le petit groupe tant attendu se présenta. La phrase fut dite et le chemin fut ouvert rapidement avant d'être refermé encore plus vite. Gorfwyn les suivit du regard, s'intéressant particulièrement à la petite silhouette maintenue fermement par des gardes. Un enfant ? Pourquoi transporter un enfant dans la nuit ? Le pauvre devait voir les monstres lui aussi, il avait peur, certainement. Gorfwyn sentit un élan de compassion le traverser, les enfants, eux, ils le comprenaient. Il aurait voulu les accompagner vers la petite place, mais il n'en n'avait pas le droit. Il devait rester à son poste, et veiller. Veiller pendant les heures les plus sombres de la nuit pour que tout se passe comme il avait été décidé. Mais qu'avait-il été décidé ?

Alors Gorfwyn resta à son poste, comme si ce dernier élan de bravoure pourrait sauver une réputation qui n'existait plus depuis longtemps. Terrorisé et le cœur au bord des lèvres, il vit les monstres se diriger vers la petite place et suivre l'enfant. Son cri muet se perdit dans la nuit.

Tout était en place. Il ne restait plus qu'à attendre, et Gorfwyn sentit les larmes rouler le long de ses joues, il se détourna de ses comparses, comme si cela pouvait les empêcher de voir sa peur. Mais Gorfwyn puait la peur, il transpirait à grosses gouttes et tremblait comme un pauvre hère. Gorfwyn était faible, et personne ne voudrait plus jamais l'approcher.
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Cyrilis Jaktarii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Jeu 18 Juil - 19:46

Ca y est. Ils y étaient. Loin d'en être rassuré toutefois, Cyrilis se sentait plus que fébrile. Le moment fatidique était enfin à leurs pieds, ce qui signifiait pour lui qu'il n'avait plus aucun droit à l'erreur. Ses mains moites, sa gorge sèche et ses jambes presque flageolantes en témoignaient plus sûrement encore que toutes les pensées qui pourraient se bousculer en lui. Pensées qui d'ailleurs, en cet instant, ne se résumaient plus qu'en quelques mots : soi-disant échange, chantage, faire tomber les masques et revenir à la sécurité du palais avec l'information convoitée.

Mots si simples dits ainsi, mais au final si difficiles à rendre réels, quand il y songeait...

Les bruits de pas stoppant à quelques mètres à peine devant lui le ramenèrent à la réalité. Devant lui, un homme tout en cape et au visage caché d'un masque, venu seul visiblement. Du moins était-ce sans doute ce qu'il voulait faire croire. Ils étaient en petit comité sur cette place si savamment choisie. Mais étrangement Cyrilis se sentait observé. Pas seulement par l'homme qui venait d'arriver et qui semblait les toiser de haut même derrière son masque blanc. Mais... par d'autres yeux. Des yeux dans l'ombre. Des yeux qu'il ne pouvait pas voir, ne pouvait pas compter, mais des yeux qu'il sentait assurément poser sur lui. Cette simple pensée suffit à lui donner de nouveau des sueurs froides.

Faisant appel au peu de courage dont il était capable, et tentant de rattraper l'éclair de lucidité qui venait de scintiller en lui, Cyrilis redressa sa posture à son tour, tentant de paraître plus assuré qu'il ne l'était. Il se permit toutefois, avant d'entamer le jeu pour lequel il était venu, un instant d'observation, histoire d'"évaluer" l'homme qui lui faisait face alors. Ce dernier portait peut-être des vêtements quelque peu usés, du moins des vêtements qui avaient vu des jours plus glorieux, il n'en demeurait pas moins qu'il dégageait... un certain charisme. Son port presque altier et sa démarche assurée dénotait l'homme de caractère, l'homme de commandement. Un meneur d'hommes plutôt. Oui, un meneur d'homme...

Cyrilis n'avait peut-être pas l'intuition ni l'instinct de l'Aîné, comme ce dernier le lui avait déjà si souvent reproché, il savait toutefois reconnaître un meneur quand il en rencontrait un. Et l'homme au masque en était un. Il y avait donc de forte chance qu'il ait réellement l'Al'Faret devant lui. Un bon point déjà. Très bon point. Ne restait plus qu'à découvrir l'identité de cet homme, ou de ce masque, et le tour serait joué.

Cette simple constatation suffit à raffermir son peu de courage, et, après quelque raclement de gorge destiné à affermir sa voix, il se décida enfin à abattre le silence pesant qui avait décidé de les envelopper :

- Inutile de se présenter et de tourner en rond avec des palabres futiles, je pense que vous en conviendrez. Nous avons le prince. Vous connaissez les termes de l'échange permettant d'assurer sa survie.

Il permit un instant au silence de reprendre ses droits, avant de les lui voler de nouveau.

- Baissez votre masque, Al'Faret, ordonna-t-il, prononçant les derniers mots avec tout le mépris qu'il put donner à son timbre. Montrez nous qui vous êtes, si vous en avez le courage.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Mar 23 Juil - 20:28

Se trouver face à lui, dont il avait parfaitement reconnu la voix, était tout à la fois jouissif et source d’une profonde haine. Comment ne pas frémir de le savoir si près ? Lui dont le nom avait été craché par l’Assassin, et qui était l’une des têtes qu’il rêvait de faire tomber comme celle de son mercenaire abjecte ?

Mais le plaisir de cette situation était aussi palpable au cœur de son ventre. Il avait l’impression que la tension de ses nerfs troublait sa vue... Mais la pénombre, l’atmosphère aussi rendaient la scène irréelle. Il avait face à lui l’un des responsables de son anéantissements, un nom sur sa liste qu’il rêvait de rayer. Ce soir, ce serait chose faite. Il le savait, il ne pouvait en être autrement, il avait soif de cette vengeance qu’il attendait depuis si longtemps, qui lui coûtait si cher.

Et le Conseiller usait d’un ton qui aiguisait encore ses sens, faisait bourdonner ses oreilles. Pourtant, il se montrait d’un calme presque déroutant. Comment gâcher cet instant désormais par un manque de sang-froid ? Sa détermination était tellement plus grande... Assez grande pour contenir sa haine ? Il trembla d’impatience, serra les dents sous son masque.

D’un geste lent, prenant pleinement conscience désormais qu’ils étaient les acteurs d’une pièce que beaucoup d’yeux observaient, l’Al’Faret baissa le tissus sombre de sa capuche. Sa chevelure tomba sur ses épaules, mais le masque blanc brouillait encore sa véritable identité.

« L’Enfant. » Lança-t-il, d’une voix rendue moins reconnaissable par l’obstacle qui recouvrait son visage. Il savait ses ennemis fourbes et vils, capable de tuer jusqu’aux Rois pour tailler leur pouvoir. Alors rompre un marché, trahir sa parole, malmener un enfant, fut-il héritier légitime du trône, ne les rebuteraient certainement pas.

L’homme qui se tenait aux côtés du Conseiller Jaktarii prit la main de la petite silhouette qui portait un sac sur la tête et le fit s’avancer de quelques pas, le tenant toujours. Il aurait pu s’agir de n’importe quel gamin... Il faisait trop noir pour pouvoir distinguer quoi que ce soit dans cette posture qui révélerait ou non l’identité de son fils. Il n’avait pas le choix, il devait admettre marcher à l’aveugle... C’était ce qu’il fallait, ce qu’il était nécessaire, pour que s’accomplisse le plan prévu par les Dissidents. Que cet enfant soit ou non Callixte, il en serait de même. C’était leur seule chance. C’était sa seule chance.

Ils ne le lâcheraient pas tant qu’il porterait son masque... Mais peu importait. Au moment où il acquiesçait, sa main droite se leva dans un mouvement encore plus lent que lorsqu’il avait baisser sa capuche. Son cœur battait comme un tambour annonçant la charge, il ne pouvait retenir un sourire impatient qui taillait le bas de son visage. Cette fois, c’était l’heure. Ses alliés savaient exactement e qu’ils avaient à faire.

Ses doigts se posèrent sur le froid masque d’ivoire qui cachant son visage, cachait ses buts, cachait ses motivations. Ce geste qu’il effectuait pourtant si souvent, cette fois, avait une toute autre signification. Il sentit un mouvement léger parmi les quelques capuches de ses adversaires. Avec délicatesse, il délia le ruban derrière sa tête, et décrocha le masque...
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Alecto Terdalis
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Lun 29 Juil - 19:54

Il lui semblait qu’elle était perchée sur ce toit depuis des heures, et pourtant, tout n’était pas si lent... Parfaitement cachée par l’ombre d’une cheminée, Agonie avait le regard fixé sur la petite cour où se déroulait la scène qui marquerait sans doute une ère nouvelle. Quelle que soit l’issue de cette rencontre, elle songeait qu’il y aurait des conséquences inévitables... L’Al’Faret savait qu’ils seraient attaqués, et ils étaient donc là pour contrer cette embuscade. Et pourtant... Ils avaient un plan très strict.

Aussi seraient-ils cette fois ceux qui lancent le combat. Elle savait que tous les yeux Dissidents étaient tournés vers la place, et que tous avaient en tête la stratégie énoncée. Il fallait attendre le signal, et avant cela, ils ne seraient que des ombres. Après cela, ils seraient précis et meurtriers.

Elle n’avait pas peur de donner la mort, avait appris de son Maître en parfaite apprentie. Bien qu’elle soit loin de l’égaler, Alecto se savait assez entraînée pour réaliser parfaitement les plans de la Dissidence. D’autant plus depuis que son Mentor n’était plus là pour tenter de se mettre sur leur chemin...

Au moment où elle vit la silhouette encapuchonnée, seule face à plusieurs capes sombres, lever les mains pour abaisser l’étole, puis porter la main à ce visage d’un blanc immaculé, que même la nuit ne pouvait ternir, l’Olarile retint son souffle. Il ne lui restait qu’une seconde, deux peut-être. Elle cilla une unique fois, et ce fut le Signal.

Comme elle, des dizaines d’Ombres se mirent à se mouvoir sur les toits, et elle ne chercha en aucun cas à les observer. Sa cible était déjà fixée, elle bondit des tuiles qui la retenaient, et sortit de ses manches deux lames de poignards. Une lueur éclaira son visage au moment où elle sentait le vent sur sa peau, juste avant d’atterrir lestement sur ses jambes, juste derrière l’une des silhouettes à capuche qui avaient la charge de garder un œil sur le Dauphin.

Alecto donna un coup vif, mais la silhouette esquiva et d’un mouvement rapide, put empêcher la lame d’atteindre son dos. Elle s’enfonça cependant dans son bras gauche, une voix s’élevant de la capuche. C’était une femme... L’Olarile se reprit immédiatement, elle n’avait pas le temps de réfléchir, et asséna un second coup.
Il était évident que les hommes de main présents s’attendaient à une attaque, ils étaient lourdement armés... La garde tira de sa cape une épée courte, et engagea le combat. Bien que déstabilisée par sa blessure au bras, l’adversaire d’Agonie se défendait admirablement. L’Olarile n’était pas une combattante, elle peina à trouver la faille, se concentrant sur sa défense et l’esquive que sa rapidité rendaient suffisante.

Pour vaincre sa rivale, Alecto devait ruser, une attaque frontale était impossible... Partout autour d’elle, désormais, c’était le chaos. Le combat s’était engagé partout sur la placette et les toits, elle devinait la présence d’hommes de main également sur les balcons ou les ruelles alentours, à entendre le tumulte qui s’en élevait.
Agonie se laissa dominer par la garde, reculant sous les coups, jusqu’à gagner les murs des bâtisses voisines, pouvant ainsi compter sur l’ombre des maisons pour se dissimuler. Elle réussit à berner la vigilance de son adversaire et la contourner dans le désordre ambiant, elle n’entendit pas ses pas, et Alecto put, cette fois, accomplir sa mission, enfonçant la lame de son poignard bien profondément entre les omoplates de la silhouette noire.

Elle s’effondra dans une marre de sang, agonisant en s’étouffant, jusqu’à ce que l’Olarile lui tranche la gorge proprement. Il n’était pas utile de la laisser souffrir... Elle n’avait fait qu’obéir... Tout comme elle obéissait aujourd’hui. Cependant, Alecto n’eut pas le temps d’y songer davantage, les hommes de main du Palais déjà se ruaient vers elle. Il lui fallait reprendre l’avantage, car dans cette position, il était impossible qu’elle en sorte victorieuse.
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Ven 16 Aoû - 7:34



Donal Kilghard - Griffe

Lentement, Griffe encocha sa première flèche sans quitter des yeux la silhouette de l’Al’Faret. Malgré la tension qui régnait dans l’air et habitait en lui, ses mains restaient fermes et ses gestes fluides et sûrs. Et lorsque le masque tomba, il était prêt. Son premier trait jaillit de l’arc qu’il avait bandé pour s’enfoncer dans la gorge d’une des silhouettes en contrebas.
Les premiers cadavres jonchaient les rues, d’un camp comme de l’autre, mais Griffe n’y prêtait guère attention, s’appliquant à tirer ses flèches à un rythme effréné et à viser juste.  Repérer les hommes du Guet, viser, et lâcher la flèche. Et ainsi de suite pendant ce qui lui semblait être des heures.

Bientôt cependant, le jeune homme repéra une silhouette parmi les autres, en mauvaise posture. Il ne la connaissait pas vraiment, hormis son nom de code et son statut de dissidente, mais il reconnaissait sa silhouette et ses vêtements – chacun d’entre eux avait bien été obligé de repérer les autres afin de les reconnaître dans la mêlée. Or ici, il n’y avait pas de doute, une horde d’hommes du Guet se ruaient vers elle, l’arme au clair, tout prêt de l’acculer. Un ennemi agonisait à ses pieds tandis qu’elle se campait pour recevoir la charge.
Griffe hésita, le temps d’un battement de cœur. Agonie risquait de ne pas s’en sortir.

Le premier trait atteignit le dernier de la file. Et de un. Le second vola jusqu’au dos d’un grand gaillard tout prêt de se jeter sur la dissidente. Et de deux. Le troisième élimina le mercenaire qui tentait de prendre la dissidente à revers. De quatre… Après ça, il cessa de compter. La tête vidée de ses pensées encombrantes, Griffe tirait sur ses cibles le plus vite qu’il pouvait.
Son compagnon d’arme qui surveillait leurs arrières s’était également mis en action peu après le signal, assurant leur défense. Bien que concentré sur son champ de tir, Griffe pouvait voir ses mouvements du coin de l’œil. Les mêmes gestes que les siens, cela formait un bel ensemble.

Rapidement, Agonie n’eut plus qu’un adversaire qu’elle tua tout aussi rapidement. Griffe s’empressa d’aller quérir des cibles ailleurs pour recommencer son manège infernal. Tout à coup, un cri bref concentrant tout le désespoir de son émetteur retentit derrière lui. Il n’eut que le temps de voir s’affaisser son compagnon d’arme, Papier, une flèche lui traversant le thorax. Ses yeux s’écarquillèrent, c’était la première fois qu’il voyait un ami mourir à côté de lui.
La réalité le frappa alors de plein fouet. Eux aussi avaient infiltré les toits… et eux aussi visaient juste.
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Lun 26 Aoû - 20:14



Glaive, le Soldat
Son rôle de cette nuit était clair. Il laissait peu de place à l’interprétation. Protéger, empêcher qui que ce soit de toucher à un cheveu de leur précieux chef. On le disait efficace, combattif, guerrier… Rumeurs probablement gonflée, exagérées. On ne savait pas qui c’était. Des voix, rapidement, s’élevèrent. Négociations, introduction. La première à s’élever fut celle du chef de ces pendards.

Puis le sien, un mot. Cette petite silhouette ballotée au cœur de l’échange, de la transaction.

Aux premiers coups, lancés par l’ombre blanche de la Dissidence sur le signe de l’Al’Faret, il se mit en branle lui aussi. Les traits qui sifflèrent depuis les toits pour protéger le derrière de la guerrière le rassurèrent, elle n’était pas sa priorité, et n’était vraisemblablement pas seule.

Valait mieux regarder autour, surveiller, attentif pour voir d’où sortaient les rats. Lame au clair, et une fois la situation claire, il se rua sur son chef qu’il avait ordre de protéger. Au passage, l’un des rats, surpris de dos, s’en pris une dont il irait parler avec Therdone. Si le rugissement de satisfaction qui échappa au soldat qui retirait avec un crissement pénible le fer du cadavre en disait long sur son humeur guerrière, il prévint aussi ses ennemis de sa présence.

Et ces pendards ne furent pas longs, très vite sur son dos. De deux, il se débarrassa pour un temps, parant au plus urgent : rejoindre sans tarder le chef pour protéger celui-ci. Il en faisait une affaire personnelle. D’un coup d’œil, il eut l’impression que les forces étaient plutôt bien réparties, ce qui ne lui fit pas vraiment lâcher des cris de joie. Des râles en hauteur laissaient entendre que les autres aussi avaient leurs archers, et il n’y avait qu’à voir le bain de sang qui s’organisait dans cette cour pour savoir qu’à terre, ces ordures étaient pas mal non plus.

Arrivé près de l’Al’Faret sa danse changea, plus meurtrière. Il ne faisait pas mouche à chaque coup, et il avait un peu, loin du cliquetis habituel de l’armure, comme s’il se dandinait à poil au milieu d’un champ de bataille, mais il s’en accommodait, et redoublait de concentration.
Le principal était de ne pas se laisser dépasser, et de permettre à ceux qui avaient en venant une mission précise et sanglante l’opportunité de l’honorer…
Quoi qu’il entreprenne, l’Al’Faret était donc sous – très – haute protection…
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Lambda
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Sam 14 Sep - 13:32



Gorfwyn Manestir
Des cris avaient retentis, et Gorfwyn avait sursauté, sous les ricanements des autres planqués. Ceux-ci ne comprendraient jamais que les visions de Gorfwyn n'étaient pas des chimères, qu'elles existaient bel et bien, et que sur la place, là-bas, tout était en train de se gâter. Les ombres étaient là, il pouvait les voir.

L'homme du Guet balayait les alentours du regard et l'effroi se lisait toujours dans ses yeux, qui sait ce qui pourrait ressortir de cette ruelle désormais ? Et qu'était-il advenu du petit homme ou de l'enfant ? Le visage pâle, tourné vers la sombre allée, Gorfwyn ne souhaitait qu'une seule chose : s'en aller loin et vite. Bientôt, une flèche vola en sa direction, le manquant de peu. Terrifié, il se mit à couvert, dans un amas de planches disloquées. Il avait trop peur que pour oser en sortir, alors de son abris de fortune, il regarda les combats. Des flèches volaient en tout sens, certaines continuant à arriver dans sa direction, son ennemi avait sans doute remarqué où il s'était mis à l'abri. Moins de quelques secondes plus tard, cependant, il vit le corps de l'archer basculer dans le vide, terrassé par un coup de poignard d'un homme du Guet, planqué sur les toits. Tout devenait chaotique, il était difficile de reconnaître dans quel camp étaient les hommes qui s'affrontaient et il y avait des morts des deux côtés. Beaucoup de morts. Beaucoup trop aux yeux de Gorfwyn.

Il savait ce qui se produirait à présent, les ombres s'élèveraient des cadavres encore chaud, et à leur tour, elles envahiraient les ruelles. La silhouette massive se tassa un peu plus dans l'ombre, les os tremblants. La situation semblait désespérée et Gorfwyn se demandait combien de temps il allait pouvoir rester ainsi tapi dans l'ombre avant qu'un ennemi ne le découvre. Pour le cas où quelqu'un arriverait, il répétait sans cesse dans sa tête la phrase code : « Le temps est venu. » Au bout de quelques minutes d'un combat acharné, un homme fut violemment projeté contre les planches qui s'effondrèrent à grand bruit. Gorfwyn s'écria alors « Le temps est venu ! Le temps est venu ! » Dans le regard de l'autre, on lisait la pitié, il invita Gorfwyn à le suivre pour continuer le combat.

Lentement, l'enfant prisonnier dans un corps d'adulte se leva et tira son épée. Il la regarda l'air un peu perdu. L'autre le brusqua : « Allez ! Grouille, il faut qu'on y retourne ! Ça chauffe là-bas ! ». Gorfwyn, sans trop savoir ni pourquoi ni comment le suivit. L'épée au bout de son bras ballottait à son rythme de courses, comme si son bras était paralysé. Il n'était pas sûr de pouvoir même la lever pour se défendre.

Les ombres étaient partout, rampantes et sifflantes, elles n'attendaient que sa chute pour l'emporter vers leurs ténèbres. Quand un homme se jeta sur lui pour l'attaquer, Gorfwyn ne put se retenir et déféqua dans son propre pantalon.

Il ne pouvait pas tomber plus bas.
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Cyrilis Jaktarii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Jeu 19 Sep - 18:19

Il s’était imaginé garder son calme jusqu’au bout, malgré l’étrange état dans lequel il se trouvait, entre l’angoisse et l’excitation. Une angoisse certaine, car il se savait dans une posture très délicate, sur le fil du rasoir, et il prenait beaucoup de risques en se présentant en personne ce soir. Egalement car sous cette petite « mission » qu’il n’avait pas vraiment eu le choix d’accepter, Cyrilis avait également pour but de se racheter aux yeux de son Beau-Père.

C’était son honneur, cette nuit, qui était également en jeu. Comment, dès lors, avait-il pu être assez sot pour croire garder son sang-froid jusqu’au bout ?

Au moment où il observa la capuche épaisse retomber sur les épaules de l’homme au masque, à quelques mètres de lui seulement, son cœur avait manqué un battement. Tout pouvait être une preuve ou non. Cette tignasse pouvait être celle d’Elandor, comme celle de n’importe quel malandrin mal peigné... Mais pourtant, l’excitation montait en lui, à mesure qu’il fixait les gestes de son adversaire.

Dès lors qu’il eut réclamé de voir l’enfant, Cyrilis s’était persuadé. Sans doute était-ce qu’il voulait entendre, ce qu’il voulait voir bientôt. Mertens savait pourtant parfaitement ce qu’il avait à faire, et sous la cagoule nouée sur la tête de l’enfant, impossible d’être certain de qui il s’agissait... Comme dessous ce masque... Mais déjà, les mains dénouait sans doute un ruban, et le Conseiller sentit les bouts de ses doigts frémir d’impatience.

Il perdit totalement son calme lorsqu’il perçut, trop tard malheureusement, ce signal silencieux. Aucun n’eurent le temps de vérifier l’identité de l’homme, car, comme éclate un orage brutal, une pluie de flèche s’abattit sur eux. Ces abjectes vermisseaux avaient été assez fourbes pour leur tendre une embuscade... Cyrilis, les bras protégeant son visage, courbé pour se protéger, sortit son épée bien cachée sous les étoles sombres, et hurla des ordres.

Mertens sur ses talons, protégeait de son corps voûté l’enfant qui restait dans ses jambes tel un sac trop encombrant, sans doute ne sachant ni ce qui se passait, ni ce qu’il fallait faire. Ils s’approchèrent tous trois d’un préau qu’offrait l’une des maisons, et Cyrilis bénit Riarg d’avoir choisi cette placette spécifiquement, pour les nombreuses possibilités qu’elle procurait, si cela tournait mal. Le combat faisait rage, on l’entendait, sur les pavés comme sur les ardoises.

Respirant un peu d’être à l’abri, au moins des carreaux d’arbalète, le Conseiller chercha dans l’obscurité à prendre le pouls de la bataille, sans réussir à discerner qui avait l’avantage. Il grommela, plissa des yeux pour essayer de retrouver la silhouette du prétendu Elandor. S’il revenait sans pouvoir attester de ce qu’il avait vu, il ne donnait pas cher de son honneur déjà bafoué... Il enfonça sa tête dans ses épaules, et fit un pas hors de l’ombre.

Il n’eut pas le temps d’aller bien loin. Une fulgurante douleur lui empoigna les côtes, l’empêchant de respirer. Il se crut touché par une flèche et tâtonna maladroitement son flanc qui déversait son sang, mais n’y trouva rien, se tournant sur lui-même inutilement, Cyrilis se trouva nez à nez avec un visage qu’il avait autrefois vu maintes fois.

De près, il était indéniable qu’il était plus vieux, même s’il n’aurait dû vieillir que de quelques mois. Rongé par des rides précoces, la barbe mal taillée, les cheveux défaits et rebelles. La mine d’un miséreux, l’œil d’un charognard.

« Tu... » Bredouilla le Conseiller, s’étouffant dans une bile sombre. Il se tordit en deux de douleur lorsqu’une lame perça sa gorge, en travers. Au comble de l’humiliation, Cyrilis Jaktarii se redressa en prenant appui de la main sur l’épaule de son adversaire, immobile.

La vision de ces yeux fous, de cet immobilisme dans la fureur du combat, les flammes des flambeaux et les cris, l’averse qui se mit à tomber bruyamment, lui restèrent comme ultime paysage sur une rétine déjà pleine.

L’appui qui le maintenait debout s’écarta avec dédain, il s’effondra à genoux, les yeux déjà vitreux. Alors qu’il levait une main implorante, ultime prière, il lui fut répondu par un brutal coup sur le visage, le défigurant en brisant le nez et la mâchoire. La souffrance fut trop grande pour qu’il reste éveillé, et sombra dans l’inconscience, dans son propre sang.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Jeu 19 Sep - 18:41

C’était à cet instant qu’Elandor Arlanii avait cessé de réfléchir. Il avait été rattrapé par ses démons. Il n’avait jamais eu conscience de lutter autant contre eux, au contraire... Mais cette fois, à la seconde où il exécutait le signe, celui qui donnerait le signal de l’attaque, l’ancien Gardan Edorta fit le choix de les laisser s’exprimer.

La haine qu’il avait laissé échapper comme une furie destructrice et sanguinaire devant le visage de Ruben Gasseï était aujourd’hui encore assoiffée, et il l’avait domestiquée pour aujourd’hui lui ordonner. Attaque. Mords. Venge-toi !
Elandor courba l’échine avant de constater que ses ennemis étaient tel qu’il l’avait avancé : plus fourbes, plus nombreux. Et autant armés. Il risqua un regard sur les toits pour y deviner de violents affrontements, des archers pour la plupart.

Dans le sifflement des flèches et des carreaux tout autour de lui, il ragea d’avoir levé le nez, car déjà, Cyrilis et l’enfant avaient filé. Son pas se fit martèlement sur les pavés à mesure qu’il tournait pour les retrouver, mais fut stoppé par deux mercenaires ; la hache de l’un d’entre eux s’abattit avec force mais sans précision, il eut le temps de sauter sur le côté pour l’éviter. Le méchant coup qu’il reçut sur le genou pourtant le déstabilisa, l’autre venait de le rattraper.

Un échange à l’ancienne, de leurs poings, ne détermina pas de vainqueurs, et voyant qu’il avait déjà perdu suffisamment de temps, un sifflement strident sortit d’entre ses dents, avant qu’immédiatement, une flèche ne transperce l’œil de son assaillant. Un bref signe de tête remercia cette âme fidèle qui l’avait sauvée, et qui décochait une nouvelle flèche pour mettre à terre le colosse à la hache.

Elandor s’élança, droit devant dans la mêlée, et se faufila au travers des combattants, recevant une gerbe de sang sur le côté. Peu importait. Face à lui, il venait de voir se détacher de l’ombre le visage inquiet de Cyrilis Jaktarii...

Un poignard courbe en main, serrant nerveusement le manche à s’en faire blanchir les jointures, l’ancien Gardan Edorta le faucha sur le côté, et le contourna. Il lui suffit de le cueillir ensuite, de se repaître de son regard éberlué, comme on voit un fantôme. Un seul battement de cil, et il ne le laissa pas terminer sa phrase, enfonçant la lame courbe dans son cou avec toute la puissante qu’offrait son bras.

A s’en faire mal, le mouvement avait sonné le Conseiller qui s’effondra, se retenant à lui. Dans un geste violent, Elandor l’en délogea, épousseta son épaule. Que lui dire, comment achever ce traître, ce vulgaire valet ? Il savait qu’il n’était qu’un intermédiaire. Un intermédiaire entre lui et sa Vengeance. Une infime partie de sa Vendetta.
Son hurlement fut étouffé par une gorge serrée par la haine, autant que celle de Cyrilis, trouée, qui se déversait sur ses vêtements. Sa seule expression, l’unique geste qui lui vint fut brutal, animal et bas. Un violent coup de pieds.

Il allait laisser aller sa rage, cette envie viscérale de frapper encore, des pieds, des poings... Mais dans son dos, ce qu’il lui restait de conscience rationnelle perçut un mouvement ; des mains gantées cherchèrent à l’empoigner, et il s’accroupit par réflexe. Assez lestement pour s’éloigner d’un bond. Courir. Courir à perdre haleine, jusqu’à ce que son souffle le lâche.
Comme un poids qui le retenait. Sans les trombes d’eau, il n’avait pas fait deux mètres qu’il sentit sa cape retenue. Le temps de se retourner pour dégager le soldat qui devait l’avoir attrapée, prêt à donner coups et griffures au besoin, Elandor fut fauché. Ce visage face à lui. Si rond. Si jeune. L’enfant cilla, pendant une seconde de flottement.

L’Al’Faret tira sur sa cape, le temps pour un des mercenaires du Palais de sauter sur le gamin. Lorsque le petit tourna se débattit, il vit la silhouette de son père s’enfuir dans l’ombre et la pluie battante.
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Jeu 19 Sep - 19:02



Mertens

Voir la scène en retrait avait été un spectacle distrayant. En réalité, il n’avait eu qu’un petit rôle. Approcher, saisir l’enfant par les épaules, le faire avancer un peu, puis reculer de nouveau. Et cette place de composition lui allait parfaitement.

Parce qu’il avait toujours été dans cette ombre bienfaitrice, qui le cachait, l’empêchait d’être vu, et lui permettait au contraire de tout voir et tout savoir. Qu’il s’agisse d’un couloir du Palais ou d’une ruelle, mieux valait être dans cette obscurité qui le masquait des autres pour mieux rapporter les secrets des uns, les angoisses des autres, et surprendre l’ensemble.

Mertens était resté calme, l’air légèrement indisposé sous cette capuche qui l’habillait de noir. Il gardait cependant un œil attentif au déroulement des choses, et savait comment allait se jouer tout ceci. Il avait été bien informé, et à bonne école. Oh, ce n’était pas la stratégie militaire du Conseiller Jaktarii qui avait élaboré le plan d’action de cette nuit. Non, naturellement. L’homme était trop préoccupé par sa peur et sa couardise depuis qu’il avait retrouvé la tête de l’Assassin sur son bureau...

Non, c’était bien sûr son maître, qu’il servait avec fidélité, puisqu’il n’avait jamais eu à s’en défaire pour trouver meilleur ailleurs. Dans ce silence pesant, pourtant, les choses s’ébranlèrent, comme prévu. Et naturellement, avant même que le visage de cet Al’Faret n’ait pu être découvert... La rapidité de l’attaque le surprit pourtant, lui qui était un homme de l’ombre et non d’un combat frontal. Pourtant, il restait un mercenaire, habitué aux basses besognes et au sang... Il entraîna son fardeau aveugle et indiqua au Gendre de l’Aîné l’issue favorable que son Maître avait conseillée.

Ils avaient regagné les ombres lorsque Cyrilis se fit poignardé. A une distance suffisante pour n’être point vu des deux hommes qui se faisaient face désormais, jouissant pleinement du profil qu’il devinait dans la pénombre, Mertens laissa ce face à face s’appesantir, jusqu’à ce qu’il constate l’écroulement du Conseiller. Sa capuche tombée de son crâne était imprégnée d’un sang frais qu’il crachait par les côtes, par la trachée percée, par la bouche. Il planta son colis en ordonnant qu’il reste tranquille, et s’élança sur Elandor.

Vif, l’homme se dégagea et s’enfuit. Riarg avait réclamé son Gendre, il ne pouvait se permettre de courser le Masque... Il s’agenouilla pour soulever le visage tuméfié et brisé du Conseiller, déboucha une petite fiole et vit boire quelques gouttes de l’élixir noir. Cela suffirait pour le maintenir en vie jusqu’au Palais...

Il se redressa, héla un mercenaire pour qu’il porte leur maître, avant de constater avec effroi que le Dauphin avait disparu. Sale petite vermine... Bien le fils de son père... Le colosse qu’il avait appelé reçut d’autres ordres, et quelques secondes plus tard à peine, la brute ramenait l’enfant, visage découvert, la mine déconfite.

« Alors, la vue du sang te déplaît ? » Plaisanta Mertens, un sourire enjôleur aux lèvres. La cagoule lui fut vite administrée de nouveau, et il profita de cette averse qui tombait drue pour s’éclipser. Inutile de sonner le repli, qu’ils restent tous, et qu’ils finissent le travail. Qu’ils nettoient la place et les alentours.
Le Mercenaire tira son otage, l’autre costaud souleva délicatement Cyrilis, et tous quatre filèrent dans les ruelles. Il était temps de rentrer. Ce soir, tous avaient eu les réponses qu’ils cherchaient.
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MessageSujet: Re: Un Fils contre un Masque   Lun 30 Sep - 18:36



Glaive, le Soldat
Suivre le chef n’était pas vraiment une partie de plaisir. C’était même un sacré merdier tant il avait l’air féroce l’arme au poing. Son corps tordu, opérant une danse grotesque, Glaive le suivait vaille que vaille, prolongeant par son passage le chemin sanglant que taillait l’Al’Faret. Il cognait, taillait, nauséeux de ce jus noirâtre qui dans la nuit éclaboussait tout. Pour un peu, il en aurait gerbé partout, mais il n’était plus une fillette au plutôt rôdé aux boucheries dégueulasses, depuis son entrée dans l’armée.

Ce qui se passait devant l’Al’Faret n’était pas dans ses cordes. Il l’aurait préféré, de loin, mais à défaut de pouvoir être partout il se contenta de protéger ses arrières. Le bougre avait de toute façon l’air plutôt débrouillard pour ce qui était de tailler à vif.

Ce qu’il perçut par contre, ça a été un blanc, un silence et un suspens qui avait prit tout le monde. Il s’était passé quelque chose de sérieux. Plus encore que les morceaux qui gisaient de tous côtés. Inquiet pour le chef, il prit le risque de se pencher et de jeter un coup d’œil devant. Il n’avait rien, mais avait planté sa dague dans ce qui s’avérait être, de près, un Conseiller. Dans un gargouilli écœurant, il s’affaissa et fut très vite pris en charge par les autres.

L’horreur n’est pas du genre à prendre un pause, dans ce type de circonstance, et certains des pendards d’en face, plus hardis encore une fois décapités, se ruèrent sur cet inconnu qui avait, à priori, peut-être buté un noble. Avant ledit chef, c’est sur Glaive que certains tombèrent. Glaive qu’ils avaient presque oublié, et qui redoubla d’attention. Reprenant ses dandineries dans le sens inverse, comme fuyant cette placette, ouvrant à l’Al’Faret une issue, il se paya la tête, au sens propre, d’un hôte de marque. C’est sur la trachée de Soren Golan que ripa avec un son ignoble la lame de son épée. L’autre avait voulu faire du zèle, se payer un bel avancement en ramenant la tête de l’Al’Faret, à présent coupable du meurtre de Jaktarii. Il s’était rué en avant avec le plus épique des barrissements, lame haute et bide par le front, et s’tait retrouvé avec, entre son bras et son cou, une lame importune. Comme un homme armé risquait moins de gesticuler mort que vif, Glaive avait donc fait pivoter sa lame, puis tiré avec un râle dégoûté, regardant le pachyderme veule s’affaisser avec un regard un peu hagard. Demain, ses potes de la caserne, dissidents ou pas, allaient boire à la mort de cette enflure. Il ne pourrait, pourtant, s’en vanter à visage découvert. C’était le glaive qui s’était payé ce fils de catin, pas le sobre et besogneux militaire qui aurait demain à faire avec la tension de la ville haute.

Ne s’attardant pas plus longtemps sur cette bidasse que déjà la pluie noyait, il poursuivit son parcours, faisant tout à coup face à des adversaires moins surs d’eux. Il avait fait mouche dans les esprits, et espérait que le foulard qui recouvrait toujours son visage allait être suffisant pour ne pas lui attirer trop d’ennui…

Ils s’étaient tirés d’affaire pour la soirée… Mais alors qu’il regagnait une planque et espérait trouver à son absence de quelques heures un alibi costaud, force fut à Glaive de se dire qu’il n’était pas très sur de savoir qui avait gagné, ce soir, le môme reparti avec ses bourreaux. Il n’était même plus sur qu’au fond, c’était pour sauver ses petites miches qu’il avait participé à ce massacre. Le cœur en proie au doute, il trouva chez un partisan des bains plus accueillants que l’averse assomante, puis dans une auberge alcool et grue, se noyant dans l’un tandis qu’il pelotait, presque machinalement l’autre, espérant trouver dans le vice assez d’ivresse pour oublier son trouble.

Jusqu’à l’aube.
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