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 Parce que ça ne coûte rien d'essayer

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Charis Sandragil
Ilédor
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MessageSujet: Parce que ça ne coûte rien d'essayer   Dim 30 Déc - 14:03

Pourquoi lui avait-elle fixé rendez-vous en cet endroit particulier ? Peut-être voulait-elle faire un geste particulier en lien avec leur futur mariage. Peut-être espérait-elle rendre leur avenir commun moins effrayant, et se rendre une première fois avec lui dans le domaine de Therdone, qui serait le garant de leurs vœux à venir. Peut-être voulait-elle seulement l’ennuyer et le faire tourner en bourrique. L’Esplanade de Therdone était aussi bourdonnante qu’à l’habitude : midi venait juste de passer. Fondue dans la foule, Éléni attendait de repérer Gribus Sandragil pour une tentative désespérée.

C’était bien le mot qui convenait : elle voulait voir ce qu’il savait sur « eux », promesse d’un couple qui n’existait pas encore, et surtout voir ce qu’il penserait du… mariage. Aujourd’hui, Éléni allait jouer la désinvolte et la cruelle en annonçant de but en blanc au scribe une nouvelle qui devait bouleverser son existence. Et elle n’en éprouvait aucun remord : à cause de ce mariage, Charis Arcarian avait traversé les pires moments de son existence. Face à Silhouette tout d’abord, puis face à ses parents.

Éléni n’avait pas vu venir l’entrevue de la Douairière et d’Enlil Arcarian. Cela faisait deux jours qu’elle tergiversait sur la manière de l’annoncer à ses parents, et voilà que Noor Arlanii lui coupait l’herbe sous le pied. Quand Enlil Arcarian était revenu de son audience royale pâle comme un mort, puis était venu lui demander pardon en pleurant, Charis Arcarian avait senti son cœur se briser en mille morceaux. Elle s’était sentie misérable. Elle avait toujours pensé qu’Éléni n’impliquerait personne de la famille Arcarian. Et voilà que la Dissidence les avait rattrapés et jetés dans un tourbillon d’événements qu’ils ne maîtrisaient plus. Tout… entièrement par sa faute. Il était trop tard pour faire marche arrière. Les remords ne changeraient rien. Il ne lui restait plus qu’à aller de l’avant, et boire le calice qu’elle s’était préparé jusqu’à la lie.

Elle n’avait pas avoué l’entière vérité à ses parents. Enlil Arcarian lui avait soufflé de s’enfuir grâce aux réseaux qu’elle connaissait mieux que lui, et il avait bien fallu trouver une explication plausible pour expliquer sa Volonté. Elle ne pouvait décemment pas leur dire que ce mariage était de son fait, mais elle les consola en leur disant qu’elle portait Gribus Sandragil en haute estime. Et que la nouvelle place qu’elle occuperait lui permettrait de continuer ses… affaires en toute quiétude. Ses parents n’étaient pas sots. Ils n’avaient pas deviné l’entièreté de sa fourberie, mais une partie de la vérité s’était ainsi révélée à leurs yeux. Le couple Arcarian avait été confronté à l’inébranlable désir d’Éléni de mettre les Conservateurs à bas, et de sacrifier ce qui devait l’être en chemin. Ils n’avaient pas perçu l’ensemble du plan dissident, mais ils en avaient eu une perception plus proche que n’importe qui d’autre, du moins en ce qui concernait Éléni et son implication. Enlil Arcarian s’était soudainement repris, avait serré sa fille contre lui, plus fort qu’à l’habitude, avant de lui dire qu’elle ne devait pas oublier de vivre. Et qu’il ne voulait pas pleurer sur la tombe de son enfant.

Le moment avait tellement ébranlé Charis Arcarian qu’elle avait gardé le lit tout le reste de la journée. Et elle entendait bien le faire payer à Gribus Sandragil, même s’il n’y était pour rien. Ou plutôt, parce qu’il y était pour tout. Elle le repéra enfin et bondit dans sa direction, se laissant gagner par la personnalité enjouée qu’elle comptait lui servir. Un étrange fourmillement remontait le long de son dos. C'était son fiancé, même s'il l'ignorait encore. D'ici peu, elle serait la femme de son foyer. Elle avala péniblement sa salive. Ce n'était pas le moment d'y penser. Elle se glissa à sa hauteur, remettant coquettement en place les tresses brunes qu’elle avait mises pour l’occasion.

- Ah, chère Alouette ! Je vous attendais !

Faisant fi de toute convenance, elle continua à marcher à ses côtés en badinant. Les dernières informations de son réseau, elle les partagea comme à l’habitude : rien de bien intéressant. Puis, enfin, avec un rire enfantin, elle se tourna vers lui et lâcha innocemment :

- On murmure même que vous allez vous marier, Alouette !

Elle n’avait pas osé. Elle aurait voulu lui demander son avis sur Charis Arcarian, mais elle avait reculé au dernier moment, n'ayant pas trouvé un moyen détourné de lui faire cracher le morceau. Bon sens ou lâcheté, elle n’aurait su le dire. Avec un grand sourire, elle ajouta :

- On parle d’anoblissement, aussi.
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Gribus Sandragil
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MessageSujet: Re: Parce que ça ne coûte rien d'essayer   Dim 3 Fév - 22:52

C'était une chose très étrange que d'avoir Eléni pour contact, mais à sa grande surprise, Gribus devait bien avouer qu'il commençait à s'y habituer. Non pas qu'il appréciait ces petits rituels ou qu'il se sentait à l'aise dans sa condition d'espion, oh non ; il n'y avait rien de plaisant dans les tours pendables et puérils de l'informatrice, et il savait qu'il ne se ferait jamais vraiment à vivre la peur au ventre, à devoir constamment regarder s'il n'était pas suivi, à être obligé de guetter un piège dans la moindre remarque innocente. Mais après plusieurs mois de collaboration avec cette femme aux mille visages, il s'était presque résigné.

Ils se rencontraient toujours dans la Ville Basse ; le Scribe supposait que c'était parce qu'elle n'avait pas accès au Palais, ou que cet endroit lui semblait trop dangereux. Il grouillait d'espions et d'intrigants, pourtant (le jeune albinos le savait, il en était un), mais il était vrai que dans le Palais, la célébrité était la devise principale : il fallait avoir un visage connu, alors que dans les bas-fonds et les ruelles, là où la foule et les ombres camouflent tout, l'anonymat était maître. Au début, Gribus avait tenté de reconnaître Eléni, de la voir arriver de loin. Il avait examiné ses déguisements, son visage, ses habitudes, essayant de trouver un motif récurrent, un trait de visage ou de corps caractéristique, un endroit qu'elle affectionnerait. Il avait bien vite renoncé. C'était le pire chez Eléni, cette capacité à engendrer la frustration, à se tenir juste hors de portée et à tirer la langue comme une gamine.

Aussi s'était-il fait une raison. Ils n'avaient pas de lieu ou d'heure de rendez-vous, elle le contactait toujours à l'improviste, sortant de nulle part avec une nouvelle identité et lui parlant comme à un vieil ami qu'elle taquinait. Il ne lui faisait jamais l'honneur d'une réaction, préférant rester caché derrière son éternel masque d'indifférence. Eléni n'était pas la seule à être indéchiffrable, après tout, et le jeune homme camouflait ses pensées presque comme un défi, pour lui montrer qu'elle n'avait pas le monopole. Il ne lui avouerait probablement jamais qu'il avait énormément appris grâce à son exemple, appris à mentir plutôt que de taire, à feindre et suggérer, à changer de comportement tout en restant le même. Il s'efforçait de ne pas en être trop grisé.

C'est donc avec une froideur toute coutumière qu'il se tourna vers elle lorsqu'elle l'apostropha alors qu'il s'en allait vers les échoppes des temples, pour acheter une nouvelle amulette à sa mère. Elle avait pris l'apparence d'une jeune fille cette fois, une petite dinde de la haute bourgeoisie, dont les tresses brunes enfantines et l'air faussement innocent disait "je couche facilement". Il garda un visage fermé et un silence parfait, attendant qu'elle entame la conversation, comme à son habitude, car il préférait être sûr qu'il s'agissait bien d'elle : dans les premières semaines, il avait quelquefois cru avoir affaire à Eléni avant de se rendre compte, après plusieurs minutes de sous-entendu, qu'il s'agissait d'un simple quidam. A vrai dire, la plupart du temps c'était elle qui parlait, lui ne faisait qu’acquiescer ou lâcher une brève pique pour qu'elle ne prenne pas trop la grosse tête.

Mais cette fois si n'était pas comme d'habitude. Après les banalités habituelles, les rumeurs du Palais et les pistes qui ne mèneraient probablement à rien, Eléni décida de changer de sujet et d'essayer de s'emparer de son attention des deux mains. Au verbe "marier", Gribus dût se retenir de ne pas tourner un regard perçant vers elle. Qu'est-ce qu'elle lui faisait encore ? Etait-ce un mensonge, une rumeur inventé ? Voulait-elle le tester ou simplement le faire marcher ? Ca n'aurait pas été la première fois. Puis, avec un sourire qui lui fit prendre un début de grimace, elle lança un deuxième pavé dans la conversation, évoquant cette fois un anoblissement. Il détourna le regard vers la rue et répondit avec un ton de sarcasme nonchalant.

Et d'où vous viennent ces murmures ? L'Al'Faret s'est reconverti en entremetteuse, ou est-ce simplement tiré de votre journal intime ?

Qu'est-ce que ça pouvait bien signifier ? Il n'y avait qu'une personne au monde qui puisse vouloir marier Gribus, et c'était sa mère. Etait-ce de là que venait ces informations ? Est-ce qu'Eléni avait été chuchoter dans l'oreille de Sesha pour arranger quelque chose ? A cette seule idée, le poing du jeune homme se serra et il sentit un goût amer dans sa bouche : il avait prévenu la Dissidence de ne pas approcher de sa famille. Qu'allait-il faire s'ils se mettaient à faire pression sur eux, ou pire, à les manipuler ? Si un jour il entendait sa mère lui dire qu'une nouvelle amie avait trouvé un beau parti, il...il ferait quoi ? Il n'était pas en position de faire des exigences ou de s'en prendre à Eléni. Est-ce qu'il prendrait le risque dénoncer Elandor au Conseil ? Une fois encore, le jeune albinos se sentait pris sur le fil du rasoir, et derrière son expression froide et indifférente, il s'efforçait de calculer les possibilités et de ne rien laisser paraître. S'ils me voient, je suis mort.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Parce que ça ne coûte rien d'essayer   Mar 12 Mar - 9:44

Ce fichu scribe et son calme à toute épreuve pouvaient aller se faire voir. Si elle s’était attendue à une réaction, Éléni en eut pour ses frais. Se sentant plus stupide que jamais, elle regretta d’avoir laissé entendre à Alouette ce qui allait arriver. Mais alors, elle aurait manqué sa réaction, ou plutôt, son absence de réaction. Qu’il ait détourné la tête ne lui suffisait pas. Elle aurait voulu qu’il soit aussi inquiet qu’elle. Elle aurait voulu voir une part de son humanité.

Mais ça, elle devrait le découvrir plus tard. Tout ce qu’elle pouvait faire, maintenant, c’était espérer que le Gribus qu’elle épouserait serait plus disposé envers sa jeune épouse qu’il ne l’était envers Éléni. C’était un souhait raisonnable, et Charis Arcarian – bientôt Sandragil – se prit à prier de tout son cœur de parvenir à une entente avec son mari.

Et puis, franchement, un journal intime ! Elle résista à l’envie de lui demander si lui osait en tenir un – c’était un scribe, d’accord, mais il avait quand même suffisamment de jugeote pour ne pas se lancer dans une aventure aussi périlleuse. Outre qu’Éléni n’avait jamais vu l’intérêt de se confier à un bout de papier, c’était de la folie pour quelqu’un comme elle, surtout si un tel document pouvait se retourner comme arme contre la Dissidence.

Ne lui restait que le jeu, l’acte et le paraître. Elle regarda Alouette avec une mine incrédule, puis sourit :

- Ma parole, vous vous croyez vraiment au centre de notre univers, Alouette !

D’instinct, Éléni sut qu’il ne valait mieux pas s’étendre sur une réponse ou une explication. La nouvelle pouvait très bien l’avoir atteinte par un canal de son réseau. Elle connaissait suffisamment le scribe pour deviner que sur un tel sujet, il ne laisserait rien échapper. Mieux valait le laisser mijoter dans son coin plutôt que de tenter une explication vaseuse. Et puis, si elle tentait de se justifier, elle accorderait trop de place – au risque de le déforcer – au message qu’il fallait faire passer : que la Dissidence n’en avait rien à faire du mariage de Gribus Sandragil.

Elle le détailla l’espace d’un instant. Il lui parut soudainement très jeune. Elle se rappela l’âge qu’il avait, et se demanda s’il avait déjà songé au mariage avant… avant qu’il ne lui tombe dessus. De ce qu’elle savait, Gribus Sandragil ne courtisait aucune femme. Est-ce qu’il faisait partie des idéalistes qui voulaient combiner amour et mariage ? Est-ce qu’il s’en fichait complètement ? Quel accueil réserverait-il à sa promise ? De la colère ? De la rancune ?

Sans d’autre mot d’explications, elle commença à s’éloigner. Puis, elle se ravisa. Avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’elle voulait dire, elle avait parlé.

- Peut-être que j’ai été à votre place, un jour. Et peut-être que je voulais vous éviter d’être pris au dépourvu.

Elle était mortellement sérieuse. Et à cet instant précis, elle espérait que le scribe ressentirait l’intention et que, si un jour il venait à percer le mensonge, il comprendrait qu’elle avait aussi, quelque part au fond d’elle, voulu qu’il sache avant que la nouvelle lui soit annoncée, qu’il l’apprenne de sa bouche et non par un parchemin officiel. Si elle avait voulu pousser le jeu jusqu’au bout, elle aurait ajouté « bonne chance ». Mais Éléni n’avait plus vraiment le cœur à jouer. Sur une pirouette, elle se fondit dans la masse.

Elle avait envie de pleurer – elle était devenue trop sentimentale – et faillit se laisser aller, en songeant qu’elle ne pourrait plus se le permettre lors de ses prochaines confrontations avec le scribe – oserait-il lui dire qu’il était Dissident ? Combien de temps après leur mariage est-ce qu’il lui avouerait son secret ? Oserait-elle lui faire suffisamment confiance pour être la première à briser le sceau du secret ?

Elle jeta un œil au soleil d’Edor Adeï. Il ferait beau le jour de leur mariage. Au moins, il lui restait ça.
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