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 S'oublier dans le travail, encore...

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Silbio Alagareth
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MessageSujet: S'oublier dans le travail, encore...   Ven 9 Nov - 17:51

Un peu de temps libre, une sorte de repos forcé, il fallait bien l’admettre. Les métaux se faisaient rare dans la ville d’Edor Adeï et il devenait de plus en plus délicat de pouvoir exercer son métier de forgeron. Silbio avait toujours des accords avec quelques fournisseurs plus ou moins honnêtes mais au-delà de ce manque de fournitures flagrant, les acheteurs se faisaient également plus rares. Peut-être parce que la plupart des personnes sachant manier une épée était dores et déjà équipée de pied en cape. Il devait l’admettre, l’Olaril n’en avait aucune idée mais le fait était là, son activité avait encore un peu diminuée depuis ces dernières semaines. Il y avait toujours deux ou trois choses à forger mais quand on était forcé de se plonger dans son travail, comme lui, cela devenait difficile de ne pas finir chaque nouvelle commande dans les vingt-quatre heures qui suivaient la demande. Se retrouver sans occupations était probablement la chose la plus désagréable pour le forgeron qui était alors empreint d’un certain vague à l’âme, notamment dû à la nostalgie d’Olaria et, plus principalement, de tout ce qu’il y avait perdu. C’était d’ailleurs pour s’empêcher de tels épisodes, difficiles à vivre pour son esprit, qu’il veillait à être toujours submergé de travail, mais, voilà, il semblait que même les Dieux lui refusaient une telle occupation. Désiraient-ils encore le tourmenter davantage ? N’en avaient-ils pas encore eu assez ? L’Olaril n’avait jamais compris pourquoi le sort s’acharnait tellement contre lui. Avait-il été trop heureux en rencontrant sa femme ? Avait-il seulement offensé quelqu’un ? Y’avait-il un mal à vivre heureux ? Apparemment oui. Mais, au-delà de tout cela, il ne comprenait pas pourquoi les Dieux ne lui avaient pas seulement ôté la vie en punition, au lieu de prendre celles des siens. Un tel choix ne pouvait faire montre que d’une volonté de torturer, mais depuis tant d’années… N’avait-il pas encore purgé sa peine pour ce fameux crime qu’il aurait commis ? S’il s’agissait seulement de cela…

Pour se changer les idées et éviter de trop replonger dans son passé, Silbio avait quitté sa forge en quête d’une occupation qui pourrait verrouiller son esprit et en écarter les souvenirs douloureusement inutiles. Au rythme de ses pas, il avait croisé le chemin d’une vieille dame qui cherchait de l’aide pour quelques réparations dans sa maison, tâches que son mari ne pouvait plus réaliser depuis qu’il était mort, quelques années auparavant. Sans chercher à demander une quelconque rémunération, ni même réellement demander plus de détails sur les tâches qu’elle attendait du « sauveur » qu’elle recherchait, il lui avait emboité le pas. La vieille maison commençait effectivement à tomber en ruines… La priorité semblait être le toit dont l’ouverture béante ne devait pas faciliter les journées pluvieuses, du moins pour l’habitante. Il jeta un œil à la charpente sous-jacente qui semblait encore bonne pour le service et n’impliquait qu’une réparation somme toute mineure. Y voyant de l’occupation sur le long terme, il accepta de commencer les travaux, qu’il rémunéra contre un repas chaud le midi, qui passerait probablement chez elle. C’était le troisième jour qu’il passait chez elle aujourd’hui. Les travaux du toit avançaient bien et il aurait probablement terminé le soir-même ou alors dans la matinée du lendemain. La vieille dame était sympathique et veillait toujours à ce qu’il ait à boire régulièrement et lui apportait même quelques gâteaux secs en cours d’après-midi, s’inquiétant toujours pour sa santé. Une chose inutile assurément mais l’attention était appréciable et même Zéphyr semblait apprécier ces petits gâteaux sablés faits maison. Chose qui n’était pas étonnante quand on connaissait le caractère assez glouton du volatile qui rivalisait d’intérêt pour tout ce qui concernait certaines friandises normalement « réservées » aux Humains. Le faucon accompagnait d’ailleurs l’Olaril dans ses réparations, sans l’aider, bien entendu, mais il restait souvent aux abords de la maison, allant parfois chasser aux alentours ou regardant simplement son compagnon travailler un matériau dont il n’avait pas nécessairement l’habitude. Enfin, le bois était tout aussi noble que le métal, et, tout aussi agréable à travailler.

Installé sur le toit, Silbio mettait la dernière main à l’ouvrage qui comblerait définitivement le trou qui s’était formé, selon la propriétaire des lieux, suite à l’une des dernières grosses averses. Ce n’était probablement pas que de sa faute à elle, le forgeron ayant repéré quelques fragilités dans certaines autres parties du toit, probablement simplement dues à l’ancienneté. Il en avait alors profité pour les renforcer et ainsi s’assurer que la toiture ne s’effondrerait pas sur la tête de l’ancienne. La fin de la matinée approchait, le soleil était assez haut dans le ciel et la fraicheur de la matinée commençait à faire place à la petite chaleur de l’après-midi. Le ciel promettait encore une très belle journée, ce qui avait facilité la tâche du jeune homme depuis le début de ses travaux. En effet, il aurait été bien délicat de faire cela sous la pluie, qui aurait notamment rendu sa surface de travail beaucoup plus glissante et dangereuse. Sous l’œil attentif de Zéphyr, l’Olaril souffla un peu et s’épongea le front du dos de la main avant de jeter un œil aux alentours. La ville était calme par ici, peut-être parce que la petite ruelle ne donnait que beaucoup plus loin sur une « grande » artère qui, elle, semblait animée et laissait le vent porter les clameurs jusqu’à l’Olaril qui n’en percevait tout de même que bien peu. Après cette petite pause, il reprit néanmoins rapidement son œuvre, pour ne se laisser aucun répit. Penser à Elynaëlle était difficile, douloureux et, surtout, inutile. On ne refaisait pas le passé, alors, mieux valait se concentrer sur le présent, sur les choses qui pouvaient être faites, plus ou moins de manière altruiste, et qui occupaient l’esprit sans le laisser divaguer à des excentricités inutilement blessantes. Pourrait-il un jour se défaire de l’emprise de son passé pour ne plus avoir à l’ignorer ? Pourrait-il un jour le regarder en face sereinement ? Il en doutait un peu, mais, peut-être, n’en avait-il pas envie…
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Lambda
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Ven 9 Nov - 18:17


- Lidmila Radka -
La vie était trop douloureuse. Trop brutale. Elle frappait avec injustice les pauvres gens, les traînait avec ironie, et aveuglément. Therdone s’amusait à torturer les âmes tristes. C’était inutile de continuer ainsi à se laisser malmener.

Lidmila avait eu grand peine à monter sur le toit. A tromper la surveillance de sa mère, qui s’inquiétait pour elle. Par pitié, sans doute. Elle avait veillé auprès d’elle toute la nuit pour s’assurer qu’elle dormirait sans trouble. Mais cela avait été vain. Tout était vain depuis la veille. Depuis que la vie s’était acharnée.

Il avait fallut la convaincre d’honorer sa parole. Elle avait promis à sa tante son aide pour garder ses enfants, pendant qu’elle visitait ses patients. Zaneta avait donc quitté la maison, en s’assurant que sa fille était au lit, qu’elle avait bu une tisane et qu’elle dormait profondément… Immédiatement après que la porte se soit refermée, Lidmila était sautée de son lit et avait grimpé les marches quatre à quatre, celles qui menaient au grenier poussiéreux.

Une trappe lui permit de se trouver dans cette pièce laissée intacte depuis des décennies. De vieux meubles s’y trouvaient… Des tableaux anciens. Elle y voyait ses grands parents sans les voir, car son esprit était embrumé par le désespoir. Mais aussi la conviction. La jeune fille dut passer par une fenêtre, se contorsionner avec peine pour monter sur la gouttière, glisser sur les ardoises et manquer de tomber plusieurs fois… Mais au prix d’efforts qu’elle était prête à réitérer si besoin, Lidmila fut bientôt à quatre pattes sur l’arrête du toit.

Elle ne fut pas capable de se redresser, de peur de tomber avant qu’elle ne le souhaite. Et lentement, l’adolescente avança, ses genoux s’écorchant à mesure qu’elle glissait. Le soleil était chaud et rassurant, mais Lidmila savait bien que cela cachait des ombres noires, des ténèbres, qui pourchassaient les honnêtes gens. Et les cœurs des pauvres filles.
Les jambes tremblantes, elle se releva, les bras à l’horizontale pour espérer garder un peu d’équilibre. Les pieds nus, sa robe abimée par son ascension, et le regard triste, déçu, mais déterminé, Lidmila soupira de chagrin.

« Sois maudit, Jaromil Bohdanii, d’avoir un cœur de pierre ! » Sanglota la jeune fille en fermant les yeux. Dans une seconde, elle serait libérée de sa douleur infinie. Insurmontable.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Dim 11 Nov - 14:53

Le travail était en bonne voie. La fin de matinée aussi. Zéphyr se dégourdissait les ailes dans le ciel à faire des ronds au-dessus de la maison de la vieille femme qui préparait un déjeuner pour eux trois. Il ne savait pas comment elle faisait mais elle dénichait toujours quelques poignées de graines pour le faucon qui se trouvait ravi d’être aussi nourri à bonne enseigne sans avoir à chasser comme il le faisait le soir lorsqu’ils rentraient à la forge. Silbio espérait seulement qu’il ne s’habituerait pas trop rapidement à ce genre de traitement mais il ne voulait pas s’opposer à la gentillesse et à la bienveillance de la vieille femme. Certes, c’était plus ou moins dans leur « contrat » mais rien ne l’obligeait à prendre soin de l’oiseau comme elle le faisait et, en un sens, c’était d’une courtoisie qu’il aurait été très malpoli de refuser. En parlant de déjeuner, le fumet provenant de la cuisine en contrebas commençait à venir titiller les narines du forgeron qui sentit son estomac commencer à grogner. Certes, il était bientôt l’heure de manger et un tel comportement gastrique était logique, mais il ne put s’empêcher de sourire à cette réaction purement physique de son organisme. Quel estomac ne gargouillait pas à l’idée d’une bonne chose à engloutir ? La vieille femme cuisinait souvent et plus que bien. Ses repas étaient fort appréciables et dépassaient de loin l’ordinaire de l’Olaril. Il s’agissait de plats simples, typiquement Ilédors s’il avait bien compris, mais dont il n’aurait jamais trouvé la patience, ni le temps, en fait, de cuisiner chez lui. Cela avait toujours été le royaume d’Elynaëlle, où elle ne le faisait entrer que très rarement, et encore, simplement pour regarder et non pour toucher. Non pas qu’il était maladroit ou quelque chose du genre, mais simplement parce qu’elle mettait un point d’honneur à faire sa part de leur mariage. Elle devait prendre soin de lui comme il devait prendre soin d’elle. Mais s’il avait construit leur maison, elle s’occuperait du reste, en grande partie.

Penser ainsi à sa défunte épouse lui fit mal au cœur. Ils avaient vécu de bons moments jusqu’à ce que les Dieux les séparent définitivement et maintenant, ils s’ingéniaient à les lui rappeler à travers tout ce qu’il pouvait vivre. Comment essayer d’oublier si une simple bonne odeur de cuisine pouvait lui rappeler son passé ? Il soupira doucement, essayant simplement de penser au déjeuner que la vieille dame lui apporterait d’ici quelques dizaines de minutes, tandis que le soleil aurait déjà atteint son zénith pour commencer sa lente et longue descente vers l’horizon de l’Ouest. Qu’avait-elle sur le feu aujourd’hui ? Il se souvenait du ragoût de la veille qui avait été délicieux, ainsi que du gâteau dont il restait certainement des restes et qu’il finirait aujourd’hui, puisqu’elle lui avait proposé de l’emmener, chose qu’il avait refusée pour lui proposer de le manger le lendemain. Elle avait accepté à contre cœur, bien évidemment, mais il ne pouvait décemment accepter qu’elle passe son temps à essayer de l’engrosser. Même si le travail était épuisant, en quelque sorte, ce n’était pas une raison pour abuser de son hospitalité. Assurément. Tandis qu’il finissait de replacer les derniers éléments qui lui permettraient de parachever son « œuvre » des derniers jours, son attention fut attirée par le faucon qui faisait quelques cercles et quelques piqués dans le ciel, semblant trouver le temps de s’amuser tout de même. L’Olaril l’observa quelques instants, s’imaginant ce que cela pouvait être de pouvoir évoluer en toute liberté, de pouvoir s’affranchir des murs et des contraintes terrestres pour n’aller toujours que plus haut et plus haut encore. Zéphyr se souciait-il seulement des évènements passés ? Une chose était certaine, si Silbio pouvait avoir le don de voler, il ne serait certainement pas aussi étroitement étreint par les bras décharnés de son passé. En regardant l’oiseau, cela semblait si simple… Soupirant doucement, le forgeron entreprit de se remettre au travail lorsque, suivant du regard son compagnon à plumes, il découvrit, au détour d’un piqué, une silhouette féminine qui se dressait sur le toit adjacent au sien.

A cette distance, il ne la distinguait pas tout à fait parfaitement, mais elle semblait jeune, dans la fleur de la jeunesse, assurément. Ses longs cheveux blonds voletaient dans l’air avec une aisance qui rappelait celle de Zéphyr. Cessant toute activité, il l’observa tandis qu’elle s’approchait du bord, à quatre pattes. Que faisait-elle ainsi ? Cherchait-elle quelque chose ? Il ne distinguait pourtant rien sur le toit. Elle continuait à s’approcher du bord et quelque chose frappa immédiatement l’esprit du forgeron : elle ne cherchait rien, du moins sur le toit. Sautant à deux pieds sur la poutre sur laquelle il était assis, il se redressa de tout son long et traversa le toit prudemment, sans quitter la jeune femme des yeux. Elle était arrivée à destination et se redressait précautionneusement. Oui, elle semblait vouloir sauter. Pauvre fille. Que se passait-il dans sa tête pour avoir ainsi envie d’en finir ? Il sauta avec prudence sur le toit où elle se trouvait et chercha des yeux son compagnon faucon, préférant qu’il évite de surprendre l’inconnue et la faire tomber dans le vide sous l’effet de la surprise. Alors qu’il se retournait vers cette dernière, elle s’écria quelque chose. Maudissant visiblement quelqu’un. Une peine de cœur ? Il n’y avait que pour cela que des filles étaient prêtes à se jeter du haut d’un toit, assurément. « Ne fais pas ça ! » Il avait crié cela, non pas comme un ordre impérieux à lequel elle devait obéir, mais plutôt comme une supplique qu’elle devait entendre. Il y avait d’autres moyens de gérer une déception amoureuse et mettre une fin à ses jours était probablement la plus définitive d’entre elles. « Ne fais pas ça, quelle que soit la raison, ta vie vaut bien plus. » Il n’y avait rien de plus important que la vie. Même les tourments les plus horribles ne pouvaient justifier de la sacrifier sur l’autel de la souffrance. Il était bien placé pour le savoir…
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Dim 11 Nov - 17:26


- Lidmila Radka -
Lidmila sursauta. Derrière elle, elle le savait il y avait quelqu’un. Sa voix lui était inconnue, elle rouvrit les yeux, paniquée. Ce n’était pas ses parents, ni un frère, ni un oncle. Ni même Jaromil risquant sa vie pour sauver la sienne…
Elle ne tourna d’abord pas la tête, trop consciente que son équilibre était précaire : tout mouvement brusque pourrait la faire tomber, et elle avait déjà chancelé lorsqu’elle avait été surprise par cet appel.

« Laissez-moi ! » Ordonna la jeune fille en se crispant. « Laissez-moi tranquille ! »

Elle ignorait si elle avait réellement peur de celui qui se trouvait derrière elle, mais une chose était sure : à cet accent, il n’était pas d’ici. La crainte fit bondir son cœur dans sa poitrine. Mais les mots prononcés n’annonçaient pourtant aucune animosité. Un cruel dilemme lui tiraillait les entrailles : devait-elle se tourner ? Devait-elle vite sauter, et en finir, sans se préoccuper de celui qui se tenait derrière elle.

« Et qui êtes-vous ? » Tenta alors l’adolescente. Comment faire pour ne pas se laisser distraire ? Avec cette interruption, Lidmila ne savait plus très bien si elle avait encore envie de sauter. Dans l’instant, la douleur l’avait grisée, au point qu’elle ne doutait pas de son choix. Le choc de cette voix avait coupé son élan, et elle se sentait paniquée.

« Vous… n’êtes pas Jaromil Bohdanii, n’est-ce pas ? » Dans sa voix s’écrasèrent des larmes. Assurément, il n’était pas ce jeune Noble de Sang, ignoble et charmant, qui avait volé son cœur. Avec une grande maladresse, elle tourna son visage pour chercher à voir qui était dans son dos. Pourtant, les bras en croix faisaient balanciers, mais sous la plante de ses pieds nus, les ardoises étaient glissantes, et coupantes.

Elle perdit l’équilibre et chancela, poussant un cri strident et réussissant à se retenir, pourtant à genoux.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Lun 12 Nov - 9:15

Il était dangereux de l’interpeller ainsi, de loin, en criant, mais c’était la seule façon qu’il avait pu trouver pour l’empêcher de faire une idiotie comme celle-là. En la regardant faire, il n’avait pas eu de doutes sur sa possible envie de sauter, d’en finir en se jetant plusieurs mètres plus bas, sans l’assurance pourtant de mettre fin à ses jours. On survivait, plus qu’on ne le pensait, à ce genre de chutes et elle aurait été davantage en peine de devoir vivre avec sa peine et les séquelles de sa terrible erreur. Il l’avait senti défaillir quand il l’avait appelé. Ce mouvement, perceptible, qui avait peut-être failli provoquer sa perte prématurée. Silbio se serait probablement maudit davantage s’il n’avait fait que pousser la jeune femme à sauter par son interruption impromptue. Pourtant, maintenant, il était impliqué. Du toit dont il venait, il aurait pu se contenter de l’observer, de la voir sauter d’elle-même ou non, d’être, au fond, qu’un simple spectateur. Mais, maintenant qu’il venait d’intervenir, il était, en quelque sorte, responsable d’elle, responsable de ce qu’elle allait faire. Ce n’était peut-être pas une bonne idée finalement de l’avoir fait mais, décemment, il ne pouvait pas se contenter de la voir sauter, ou non, sans intervenir. Aucun Olaril ne pouvait observer ce genre de choses sans essayer d’intervenir. La vie était bien trop importante pour la terminer ainsi, aussi lâchement, aussi bêtement. Il avança un peu sur les tuiles d’ardoise, veillant à assurer le posé de son pied, pour ne pas glisser, essayant de s’approcher davantage de la jeune femme, sans se montrer trop entreprenant ou trop pressant. Il restait encore une longue distance entre eux deux et le forgeron espérait pouvoir se rapprocher davantage, au cas où. « Je ne peux pas te laisser faire ça. » Il avait répondu assez calmement, d’un ton amical, presque paternel, en quelque sorte. Il se voulait rassurant, protecteur. Il ne pouvait de toute manière pas la laisser « tranquille », ne serait-ce que pour sa propre conscience, parce que, qui le connaissait, savait qu’il ne pouvait pas la laisser sauter.

Continuant à s’avancer doucement, il réduisait petit à petit la distance entre la jeune Ilédore et lui. Il espérait pouvoir se trouver à portée de main d’elle mais quelque chose lui disait que ce serait plus difficile que prévu. L’ardoise était glissante et il comprenait mieux pourquoi elle s’était approchée du bord à quatre pattes. Pourtant, il ne pouvait pas perdre de temps de cette manière, il devait rester debout, ne serait-ce que pour pouvoir bondir si jamais elle décidait de réellement sauter. Certes, il n’avait aucune chance de la rattraper de là où il était, pour le moment, mais, d’ici quelques pas, cela deviendrait davantage possible et réalisable. Quelques mètres le séparaient d’elle et il comptait bien les réduire encore plus. Tandis qu’elle lui tournait toujours le dos, elle lui demanda qui il l’était, s’aventurant même à lui demander s’il n’était pas celui dont elle avait déjà prononcé le nom un peu plus tôt, l’accompagnant d’une malédiction. « Non… Je ne suis pas Jaromil. » Il était désolé pour elle, surtout qu’il était convaincu que le fameux Jaromil n’aurait probablement jamais grimpé sur ce toit pour venir l’empêcher de sauter. « Je m’appelle Silbio, Silbio Alagareth. » Il s’avança encore un peu, petit à petit. « Tu me connais peut-être, je suis le forgeron Olaril dont certains parlent. » Il n’était pas certain qu’elle ait entendu parler de lui, mais c’était peut-être une bonne façon de commencer à faire un lien entre elle et lui. Il n’était pas convaincu qu’il s’agissait de la meilleure manière pour l’empêcher de faire l’irréparable mais il n’avait pas vraiment d’autres idées. Du coin de l’œil, il avait remarqué que Zéphyr s’était posté non loin d’eux, toutefois suffisamment à l’écart pour que la jeune femme ne soit pas effrayée par les mouvements du compagnon ailé de l’Olaril. Il ne manquerait plus qu’elle vacille sous la surprise causée par l’animal. Heureusement, l’oiseau était suffisamment intelligent pour ne pas faire de bêtises involontaires, ou peut-être avait-il appris de la dernière fois… Ce ne serait pas si étonnant d’ailleurs, car la voleuse n’avait pas été la seule à se faire peur.

Alors qu’il continuait à s’approcher, il s’arrêta, tandis qu’il apercevait la jeune femme bouger. Essayait-elle de sauter ou voulait-elle essayer de se retourner ? Il vit sa longue crinière blonde, qui brillait au soleil, voleter un peu tandis qu’il commençait à apercevoir un peu son visage. Mais, tandis qu’elle essayait effectivement de l’apercevoir, elle vacilla et chuta. Silbio se jeta en avant, mais, perdant appui lui aussi, se rattrapa à quatre pattes avant de relever la tête pour se rendre compte qu’elle avait également retrouvé un quelconque équilibre sur ses genoux. Il se redressa avec équilibre, lentement. « Reste tranquille, ne fais pas de gestes brusques. » Plus facile à dire qu’à faire, bien évidemment. « Comment tu t’appelles ? » Il voulait la faire un peu parler, gagner un peu de temps pour pouvoir réduire encore la distance qui les séparait tous les deux. Si elle glissait à nouveau de cette manière, il y avait peu de chances pour qu’elle puisse se rattraper une nouvelle fois. « Qu’a-t-il fait, ce Jaromil, pour te pousser à une telle extrémité ? » Il en avait une petite idée, assurément, et voyait venir de loin l’histoire d’amour malheureuse. Certes, il y avait des dizaines de possibilités différentes : il avait pu la tromper, l’ignorer, la charmer puis l’abandonner… A la sonorité du nom de cet homme qu’elle avait « invoqué », il semblait être noble et les nobles n’étaient pas connus pour être des plus appréciables des hommes dans cette ville. Quant à elle, elle n’avait pas l’air d’être également noble. Il était rare que les nobles « fricotent » avec des gens de « basse » extraction. Croyait-elle qu’il était différent des autres et ne s’arrêterait pas aux conditions sociales ? Ce n’était hélas pas si simple que cela. Enfin, l’histoire n’importait que peu au final, il fallait trouver un moyen de la faire changer d’idée, voilà ce qui était important.
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Mer 21 Nov - 20:55


- Lidmila Radka -
Lidmila sentait une douleur dans le genou, mais la crainte de glisser l’empêchait désormais de bouger ; baisser ne serait-ce qu’un œil vers le toit lui semblait assez perturbant pour la faire chavirer… Impossible de secouer la tête, bien qu’elle en eut envie, elle se sentait désormais paralysée par la peur.

« Non je… » Elle ne savait plus ni que faire, ni que dire. Il était évident que ce n’était pas Jaromil, elle en était profondément blessée d’ailleurs, mais c’était comme si elle s’y attendait… Son cœur battait la chamade, douloureux. La jeune fille ne connaissait pas l’Olaril, et savoir qu’il était un Elu était tout à la fois perturbant et rassurant. Tout se bousculait dans son crâne, à tel point qu’elle se demandait si elle devait appeler de l’aide, ou espérer qu’ils ne soient pas entendus par les occupants de sa demeure, ou des maisons avoisinantes.

« Je m’appelle Lid… » Elle sentit les larmes monter trop vite et se coupa, ferma les paupières avec force, peut-être était-ce finalement de la honte d’avoir été trouvée dans une telle situation ? « Lidmila. Mais ne dîtes pas à mes parents que je suis là haut ! » Fit-elle rapidement, implorant l’homme qui se redressait lentement. Impossible pour l’adolescente de regarder ailleurs que face à elle, aussi gardait-elle toujours un œil sur l’Olaril.

Avait-elle réellement envie de parler ? De lui parler à lui ? Il était un étranger, non seulement ce n’était pas un habitant de la Capitale, mais c’était aussi un parfait inconnu… Pourtant les Elus de la Prophétie étaient ceux attendus de tous. Etait-il dangereux ? Avec un sanglot dans la voix, la jeune fille parvint à mettre en place une réponse, après un long moment de silence paniqué, perdu, presque tremblant.
« Il… Il a menti. » Sa petite voix était désormais basse, et les bruits de la ville l’aurait sans doute couvert s’il n’avait été si près d’elle. Si près ? Lidmila releva deux billes vertes vers le Forgeron, craintive de le voir se trouver dans une telle proximité. Ses yeux cherchèrent une issue en vain et son visage ruissela de larmes. Pourtant, sa voix était rassurante, ses gestes lents et posés, et il ne paraissait pas lui vouloir de mal, au contraire. Son état de stress intense, cet état irréel de celle qui s’apprêtait à sauter sans hésitation, comme en transe, était retombé si violement qu’elle se sentait vulnérable.

« J’ai commis une terrible faute. » Avoua-t-elle dans un souffle coupable, un soupir déchirant qui lui arracha encore des pleurs, comme on supplie Therdone de pardonner. « Et il a dit qu’il la réparerait. » Lidmila essuya ses joues de ses mains rendues sales par les ardoises pleines de mousse. « Il a menti… » Répéta la jeune fille. « Il… avait promis de m’épouser pour réparer ma faute. Maintenant ma famille est déshonorée à cause de moi. » Gémit l’adolescente.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Dim 25 Nov - 10:38

La jeune fille l’intriguait. Pourquoi ? Parce qu’elle était encore jeune, parce qu’elle avait encore la force de l’âge et pourtant elle essayait visiblement d’en finir abruptement avec sa vie. Le forgeron qui avait passé à travers une période très difficile, et qui n’en était pas réellement sorti, n’avait jamais songé à réellement mettre fin à ses jours pour arrêter de souffrir, pourtant, il aurait certainement pu, mais ce n’était pas dans la culture Olarile. Même si la vie était détestable et douloureuse, elle n’en restait pas moins une vie et, comme telle, devait être chérie et respectée. On ne mettait pas fin à ses jours de manière volontaire lorsqu’on faisait partie de ce peuple. Alors, peut-être n’était-ce pas le cas chez les Ilédors, mais, pour Silbio, il était impensable de la laisser faire. D’ailleurs, de ce qu’il avait pu y voir, elle ne semblait pas vraiment décidée à sauter, raison de plus pour insister et pour essayer de la ramener à la raison et, après, vers un endroit plus sur, afin qu’ils ne dégringolent pas tous les deux du toit par inadvertance. Il savait qu’elle aurait préféré que ce Jaromil soit là pour elle en cet instant, mais il avait probablement mieux à faire, et, s’il avait été là, elle ne tenterait certainement pas de se jeter du haut du toit. Mais il n’était pas Jaromil et il devrait faire au mieux pour la convaincre de renoncer à cette folle tentative. Il avait une petite idée de la raison de sa peine, car seules les peines sentimentales infligeaient suffisamment de douleur pour que l’on puisse songer au suicide, pourtant, il n’avait aucun moyen de débattre avec elle pour le moment, aucun moyen pour la rassurer sur le fait qu’il finirait par revenir vers elle, si c’était ce qu’elle cherchait. Apprendre à la comprendre, à comprendre le pourquoi de cette situation lui permettrait peut-être de renverser la vapeur, mais, pour cela, il fallait la faire parler, au moins un peu. Et mieux valait commencer par des questions simples.

La remarque qu’elle ajouta à son prénom fit sourire le forgeron. Il n’en conserva néanmoins pas moins son sérieux et se contenta de la rassurer calmement. « Ne t’en fais pas Lidmila, cela restera entre toi et moi. » Du moins, tant qu’elle ne décidait pas de sauter, car là, il ne pouvait plus lui promettre quoique ce soit concernant la confidentialité de leur petit rendez-vous improvisé sur l’ardoise d’un toit, apparemment le sien. Enfin debout à nouveau, l’Olaril s’essuya les mains sur son pantalon et essaya de s’approcher encore un peu, lentement, assurant le posé de ses pieds avec lenteur pour ne pas glisser à nouveau. En quête d’information, il essayait surtout de gagner du temps pour se rapprocher de la jeune Ilédor. Il apprit néanmoins qu’elle avait eu quelques ennuis avec le jeune homme prénommé Jaromil. Les propos n’étaient pas très clair mais, à la façon dont ils étaient prononcés, Silbio avait quelques raisons de penser qu’il n’était pas bien difficile de connaître réellement. Tandis qu’elle parlait, il s’était rapproché encore un peu, jusqu’à être presque à portée d’elle. Il s’était alors arrêté, et avait cherché à prendre une position plus sûre, mais, surtout, qui n’avait en rien l’air menaçante. Un peu comme s’il avait cherché à s’approcher pour simplement pouvoir parler avec elle. Bien entendu, elle n’était certainement pas dupe, mais, de là, il avait toutes ses chances pour la rattraper même si elle chutait du toit. Un petit sourire glissa furtivement sur ses lèvres quand elle s’imprégna les joues de la saleté du toit en tentant d’essuyer ses larmes. Cela lui donnait un petit air de sauvage, un peu accentuée par sa chevelure longue et qui s’envolait au rythme de la petite brise de cette fin de matinée. « Ca va aller, ne t’en fais pas. » Sa voix c’était faite posée, presque tranquille. Rassurer les gens n’était pas vraiment le point fort de l’Olaril mais son calme constant, lui, n’avait pas besoin d’être feint, ni l’affection qu’il commençait à avoir pour la jeune femme.

« Ta famille serait déshonorée si tu met fin à ta vie à cause de lui. » Il avait dit cela dans un sourire qu’il voulait un peu réconfortant. « Je ne connais pas toute votre histoire, mais je la devine un petit peu. » On ne parlait que rarement de déshonneur dans la société Ilédore, surtout lorsqu’il s’agissait d’une jeune femme. Néanmoins, il ne jugeait pas utile de revenir sur cet état de fait. « Tu sais, pour nous, les Olarils, il n’y a rien de plus important que la vie. C’est la source de toute chose et sans elle nous ne serions pas là, ni toi, ni moi. » Il eut un petit sourire. « Je ne suis que très peu familier des enseignements de Therdone, mais je pense que ça ne rentre pas en ligne de compte ici. » Il jeta un œil aux alentours et croisa du regard Zéphyr qui semblait être hypnotisé par la scène, puis il reposa son regard sur celui, émeraude, de la jeune femme. Elle avait de très beaux yeux, et, pour l’Olaril, il ne faisait aucun doute qu’elle trouverait un jeune homme bien plus attentionné que ce Jaromil, mais hélas, les jeunes cœurs sont difficiles à conseiller et à « réparer ». « Je te crois quand tu dis avoir déshonoré ta famille, même si je pense que, pour eux, ils préfèreraient t’avoir auprès d’eux, vivante. » Le contraire eut été étonnant, même s’il n’était pas familier des mœurs Ilédores, personne ne pouvait réellement apprécier la mort de son enfant, si ? « Et puis, de toi à moi, il n’y a pas d’erreur que l’on ne peut pas réparer, mais, pour cela, il faut accepter de faire face à la vie et de se battre. C’est difficile, j’en conviens, mais la vie n’a rien de facile… » Son regard se voila. « Non… Rien de facile… » L’Olaril était parti un peu ailleurs, il repensait à sa propre existence et se demandait si sa vie aurait été différente s’il avait été un Ilédor, un peuple qui ne porte pas la vie comme le font les Olarils. Aurait-il lui aussi sauté d’un toit ?
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Lambda
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Mar 4 Déc - 19:59


- Lidmila Radka -
Les paroles de l’Olaril étaient réconfortantes. Mais quelque chose en elle se débattait ; elle était rassurée par la présence et les mots justes, qui la touchaient droit au cœur, de cet inconnu, mais l’adolescente gardait en elle cette volonté d’en finir, cette douleur insupportable dans sa chair, une fêlure qu’elle pensait si profonde, que jamais elle ne se refermerait, que rien ne pourrait la colmater, que personne ne pourrait réparer.

Son jeune cœur n’avait aucun espoir en l’avenir, et pourtant l’esprit de Lidmila écoutait avec attention ce que lui disait le Forgeron. Il avait su lui énoncer des raisons suffisantes pour renoncer… sa famille était présente pour elle. Elle avait été aimée, et tous faisaient attention à son bien-être depuis son erreur, et même, malgré son erreur.
Mais elle avait vu la première réaction qu’ils avaient eue, lorsqu’elle avait dû leur avouer sa terrible faute. Elle avait lu dans leurs yeux le coup brutal qu’elle leur avait assené. En une fraction de seconde, son monde s’était écroulé, et elle avait clairement vu le visage de son père blêmir, les yeux de sa mère exprimer la peur, et la honte.

Quelque chose poussait la jeune fille à continuer de parler. C’était peut-être la seule chose qui la retenait encore sur les ardoises, et cet inconnu ne la jugeait pas. Il ne semblait là que pour l’écouter et la rassurer. Lidmila songeait que, lorsqu’elle aurait vidé son cœur, elle y verrait plus clair. Soit sa décision serait irrévocable, soit elle pouvait entendre raison ?

« Ma faute ne pourra pas être réparée. » Mais parler entraînait également les sanglots, qu’elle ne contrôlait pas. Au moins en attendant, l’adolescente ne bougeait plus, et restait à peu-près stable. « Je croyais qu’il m’aimait, vous savez. C’est ce qu’il m’avait dit, qu’on allait se marier, pour pouvoir… » Sous la poussière ou les tâches vertes de mousse qui avait été peinte sur le visage de Lidmila, ses joues se rosirent, gênée. Elle avait entendu dire que les Olarils étaient rustres, et avaient des mœurs dignes de Barbares. A voir cet homme calme, qui s’exprimait certes avec un fort accent, mais avec des mots qui étaient d’être vulgaires, la jeune fille semblait douter de ces rumeurs.
Il n’avait pas l’air d’un sauvage obscène… Mais Lidmila était trop honteuse pour lui exprimer ce qu’elle avait sur le cœur en des paroles trop franches.

« J’étais prête à désobéir à Therdone pour lui prouver mon amour. En échange… il a dit qu’il demanderait ma main à mon père, si je faisais un petit écart, avant. Juste une fois. Parce qu’il me trouvait jolie. » La jeune fille semblait encore bouleversée par ce souvenir ; certes elle pleurait, mais son sourire presque tendre trahissait des sentiments forts pour Jaromil, un amour adolescent inconditionnel, où elle avait été capable de s’offrir en dépit des obligations qu’ont des jeunes gens non encore mariés.

Dans les yeux du jeune Noble, Lidmila était belle, c’était une femme, plus une enfant telle que la voyaient encore ses parents. Dans ses yeux, elle était séduisante comme ces dames élégantes de la Noblesse, et si un riche héritier la trouvait charmante, c’était le signe qu’elle avait une valeur extraordinaire. Il la trouvait jolie, il avait seulement voulu qu’elle lui en montre plus, et bien qu’elle ait longtemps refusé par peur de trahir les commandements de Therdone, la Volonté de lui plaire avait été plus forte.

« Tout le monde va bientôt le savoir, et je vais porter la honte sur toute ma famille, et sur mon nom. » C’est pourquoi elle voulait éviter ce déshonneur à ses proches, malgré leur amour, malgré l’amour qu’elle leur portait. Les Olarils semblaient ne jamais avoir recourt à la mort volontairement, pour éviter les douleurs… Elle ne semblait pas capable de comprendre. Sa jeunesse et sa peine lui mettaient certaines œillères.

Lidmila releva les yeux et vacilla, écartant les bras pour reprendre son équilibre. Elle observa le Forgeron, l’air inquiet, mais surtout désespéré. « Il me trouve jolie. » Répéta-t-elle, encore, tout à la fois parce que cette pensée la rendait folle de joie, et parce qu’elle voulait qu’il comprenne pourquoi elle avait désobéit, comme s’il en était incapable sans ces explications.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Jeu 6 Déc - 8:00

Beaucoup de souvenirs remontaient à la surface dans l’esprit de l’Olaril et il lui fallut quelques instants pour pouvoir s’en extraire et se ramener à la situation actuelle, celle de la réalité, où la vie d’une jeune femme se jouait presque à un jeu de hasard. Silbio essayait d’empêcher un drame mais il se doutait que si elle finissait par avoir réellement envie de sauter, il ne pourrait pas vraiment l’en empêcher, même en s’étant rapproché d’elle, même en ayant un avantage physique non négligeable sur elle. Il ne lui restait vraiment que les mots pour la convaincre de changer d’avis et d’affronter la vie face à face et ne pas plonger vers une mort certaine et, surtout, inutile. Il se rendit compte que ses paroles avaient su la toucher, pour l’instant. Le forgeron était pourtant convaincu qu’il y avait en elle une dualité qui pouvait toujours causer sa perte. Dans ce genre de situations, le cœur et l’esprit avaient souvent des idées différentes, notamment car l’un était moins rationnel que l’autre. Dans une situation comme celle-ci, c’était à celui qui convaincrait l’autre suffisamment longtemps. Hélas, le cœur avait un avantage car la jeune femme était au bord du toit. Il n’avait besoin de la convaincre que très peu de temps pour qu’elle saute et que tout soit fini. La vie était finalement bien peu de choses quand on y regardait de plus près, mais, malgré tout, elle ne pouvait être sacrifiée de cette manière, même si c’était difficile et même si la souffrance qui découlerait de la vie serait des plus terrible à porter. N’était-ce pas ce qu’on lui avait dit à lui ? N’avait-on pas essayé de le rassurer en disant qu’il était en vie, lui, et qu’il pourrait ainsi reconstruire ce qui avait été détruit ? Mais comment aurait-il pu le faire avec une personne autre que sa femme et ses enfants ? Cette réalité était devenue la sienne depuis longtemps maintenant et il vivait avec.

A l’époque, déjà, il avait été plus âgé qu’elle, cette jeune et frêle femme, mais la tristesse et la douleur avait été forte. Il avait tenu bon, ou du moins le croyait-il. Dans l’ersatz de vie qu’il s’offrait chaque jour, il n’était pas certain qu’elle pourrait s’y complaire. Pourtant, avant de renoncer, elle devait essayer, simplement essayer d’affronter la vie, elle et ses difficultés, toujours plus grandes, hélas. Pour un peu, il aurait pu la prendre dans ses bras et essayer de la réconforter, mais c’était bien trop dangereux et, si c’était un comportement qui ne choquait aucun Olaril, il n’en était pas aussi sur pour les Ilédors, et mieux valait qu’elle ne se méprenne pas sur ses intentions. Attentivement, il l’écouta alors qu’elle détaillait davantage ses propos. Il se doutait qu’il s’agissait d’une histoire comme celle-ci. Certains hommes étaient véritablement des rustres et cela il l’avait découvert en arrivant en Edor Adeï. Au moins l’on pouvait dire qu’il s’agissait d’une chose pour laquelle les Olarils étaient beaucoup moins hypocrites que ces hommes-là. Comme quoi, la décadence d’une civilisation se mesurait peut-être à l’étendue de son développement. En tout cas il s’imaginait bien ce que le noble lui avait demandé en échange, hélas, c’était le genre de choses qu’ils voulaient tous et, une fois qu’ils l’avaient eu, ils n’avaient plus rien à faire de celle qu’ils avaient courtisés. Le vieil homme lui avait parlé un peu de tout cela avant qu’il ne décède, histoire que l’Olaril ne soit pas perdu dans cette grande-ville. C’était un détail parmi tant d’autres lorqu’il avait évoqué les mœurs Ilédors mais c’était tellement courant, qu’hélas, ce n’était pas la première fois qu’il en entendait parler. Il y avait une question en suspens, mais une question qu’il ne préférait pas poser. C’était le genre de chose qui devait rendre heureuse une femme, mais, dans de telles conditions, cela ne pourrait que rajouter à son malheur. Il restait à espérer que lorsqu’elle parlait d’une erreur irréparable, elle n’y faisait pas mention explicitement. Même si, dans ce cas, c’était loin d’être un problème insurmontable, il le savait, même pour sa famille.

Il eut un petit sourire, pour essayer de la rassurer, pour essayer de lui changer un peu les idées. Son regard posé avec tendresse sur elle. « Et il n’est pas surement le seul à te trouver jolie. » C’était une vérité. Elle était jeune, dans la fleur de l’âge et, il fallait l’avouer, belle comme l’une des premières fleurs du printemps, à peine réveillée dans l’aube naissante, fraiche et brillante de rosée. « Tu es une jeune et belle femme. » Comment n’aurait-elle pas pu avoir d’autres soupirants ? « Tu as la vie devant toi et beaucoup de jeunes hommes qui aimeraient surement remplir ton cœur de joie. » Il jeta un regard vers Zéphyr qui restait paisiblement à l’écart. « Je comprends ton histoire et, hélas, cela ne m’étonne pas trop. Certains jeunes nobles jouent avec le cœur de jeunes femmes amoureuses sans comprendre qu’ils blessent de vraies personnes, avec une âme et un cœur, qu’ils n’ont probablement pas eux-mêmes. » Il était réellement désolé pour elle mais il ne voyait aucune raison pour le jeune noble de revenir vers elle. S’il n’était pas venu la chercher plus tôt, il ne le ferait sans doute pas maintenant, même en apprenant qu’elle avait tenté de se suicider, si cela devait se propager. « Tu as fait une erreur de jeunesse, une erreur de passion et d’amour. Personne ne pourra t’en vouloir. Qu’importe ce que pensent les autres. Je peux t’assurer que tout ceux qui t’aiment sauront voir au-delà de cette erreur et que ceux qui appellent ça une « honte » ne valent pas la peine d’être considérés. » Ceux à jeter la pierre étaient souvent les plus stupides ou les premiers à devoir en recevoir une. Pour l’Olaril, cette jeune femme n’avait rien fait de mal, sinon être trop naïve, face à un homme qui avait abusé de son amour et de sa crédulité. Elle n’était coupable de rien du tout, au contraire, c’était une victime et celui qui devait être blâmé, c’était ce noble qui, bien entendu, réchapperait de toute accusation et qui n’hésiterait pas à trainer la jeune femme dans la boue si nécessaire. Voilà qui avait de quoi révulser le forgeron.


Dernière édition par Silbio Alagareth le Lun 14 Jan - 10:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Mar 1 Jan - 19:54


- Lidmila Radka -
Une partie d’elle-même pardonnait déjà à Jaromil ; après tout, peut-être n’était-ce pas son choix à lui, de finalement arrêter toute manœuvre pour pouvoir épouser la jeune fille. Peut-être avait-il été forcé par sa famille, par les pressions sociales qui lui étaient contraintes ? Elle voulait tant croire qu’il n’était pour rien à cette mésaventure dramatique, que Lidmila était prête à se convaincre sans mal.
Pourtant, ce que disait également l’Olaril qui cherchait à l’empêcher de sauter n’était pas un mensonge… Là encore, le jeune cœur de l’adolescente avait terriblement envie de le croire, tant ce qu’il évoquait était rassurant.

Elle avait rougi lorsqu’il avait supposé que d’autres pourraient la trouver jolie. Et plus encore quand il l’avait complimenté, baissant les yeux. C’était ainsi qu’elle avait également réagi lorsque Jaromil avait trouvé ses yeux magnifiques et sa bouche séduisante. Mais Lidmila n’osa pas contredire l’Elu de Therdone, malgré les méchancetés qu’il insinuait sur le jeune Noble. Sans doute était-elle un peu d’accord avec lui…

En relevant les yeux, l’Adolescente constata un changement dans le regard du Forgeron, comme s’il semblait plus dur, après avoir fini de parler. Un peu inquiète, et vraisemblablement ne sachant pas réellement l’attitude à adopter, perturbée par tout ceci, Lidmila balbutiait.

« Chez nous, les jeunes filles-mères peinent à trouver un mari. » Murmura-t-elle, terriblement honteuse. Il lui semblait que tout ce qu’elle avoué avant n’était rien face à ces quelques mots et elle fondit de nouveau en larmes. Comment cacher, dans les mois à venir, sa faute ? Elle était terrifiée parce qui allait advenir d’elle, de son ventre, de sa vie future.
Oh, bien sûr, elle rêvait d’épouser Jaromil et espérait, sans l’avouer, qu’il changerait d’avis lorsque son ventre serait rond. Mais en attendant, et si jeune, elle redoutait son sort plus que la mort… Plus encore que sauter d’un toit.

Comme si le courage lui était revenu, en désespoir de cause après cet aveu, Lidmila se mit à se mouvoir du mieux qu’elle put ; cependant, elle ne réfléchissait pas assez pour chercher à s’éloigner assez du Forgeron et se soustraire à tout mouvement qu’il pourrait faire pour la faire renoncer. Aveuglée par les larmes, elle fit un pas en arrière, puis deux, s’éloignant lentement. « J’ai entendu ma mère pleurer, elle a dit que personne ne voudrait de moi… ils disent qu’il faut que je sois mariée à un homme qui a beaucoup d’argent. Toutes les filles veulent épouser un Noble, un Noble de Sang. Tous les parents le veulent. »

Soudain, elle sentit le vide sous son talon. Elle avait suffisamment reculé. Son cœur tambourinait… Et puis plus rien. Elle sentit du vent dans ses cheveux et une douleur incomparable dans son dos.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Lun 14 Jan - 12:20

Le temps devenait de plus en plus long sur ce toit. Silbio ne savait pas vraiment depuis combien de temps ils se trouvaient tous les deux sur le bord de la construction sensée protéger la maison des intempéries diverses mais même s’ils n’avaient pas échangés beaucoup, le ressenti temporel était éprouvant. Peut-être était-ce simplement le fait de savoir, qu’à tout moment, elle pouvait se décider à sauter à tout moment et il n’était pas certain de pouvoir la rattraper. Si seulement il pouvait la décider à faire marche arrière ! Mais, hélas, les choses n’étaient pas si évidente et le forgeron était loin d’être le plus indiquer pour discuter et rassurer des personnes. Loin d’être le parfait exemple social, il ne pouvait cependant pas laisser cette jeune femme mettre un terme à ses jours pour une raison comme celle-ci, d’autant plus que, dans une civilisation Olarile, elle n’aurait probablement pas été aussi désespérée par sa situation. Il n’avait pas vraiment d’idée sur comment serait vue une fille-mère en Olaria mais, d’un point de vue personnel, il savait que ce n’était pas le genre de chose qui aurait convaincu un homme de ne pas l’épouser. Enfin, il s’agissait là de deux peuples différents et Silbio était bien au courant du fait que les Ilédors considéraient souvent leurs mœurs comme « sauvages », bien, que sans l’admettre vraiment, certains d’entre eux devaient certainement envier leur mode de vie, un mode de vie qui leur échappait désormais et auquel il ne pouvait plus rester accolé s’ils désiraient se fondre dans la masse. Le forgeron avait fini par adopter les us et coutumes des Ilédors, du moins avait-il essayer de s’y fondre le plus possible en ces quelques mois, mais il n’avait rien oublié de sa culture et, au fond, si le futur le permettait, il tâcherait peut-être de retrouver sa vie d’antan. Pourquoi ? Simplement peut-être parce qu’il préférait vivre le plus simplement possible et que la vie d’un Ilédor semblait de loin bien plus compliquée que celle d’un Olaril.

« Tous les hommes ne sont pas effrayés à l’idée d’aimer une femme et un enfant qui n’est pas le leur. » Oui, il savait que les Ilédors pouvaient être stupides sur certains points mais un enfant était-il véritablement un facteur limitant ? A croire que la richesse n’était que le seul centre d’intérêt de ces hommes et ces femmes qu’ils avaient rejoint par nécessité. Fallait-il voir dans leur statut d’élu la seule volonté de leur inculquer les véritables valeurs importantes de l’existence comme la vie et l’amour ? Si la prophétie se résumait à cela, Silbio doutait qu’elle puisse se réaliser un jour. Enfin ce n’était pas lui qui accordait beaucoup de crédits à ces choses-là, pas vraiment persuadé que les Olarils puissent être des élus pour quoique ce soit. Assez rapidement, il put se rendre compte qu’elle reculait de nouveau. Cherchait-elle à sauter de nouveau ? Il allait essayer de l’interpeller, de l’arrêter quand elle évoqua les paroles de sa mère qui se lamentait déjà sur le sort de sa fille alors qu’elle aurait du être la première à la supporter dans cette épreuve. Les volontés Ilédores étaient véritablement purement matérielles… Il n’eut toutefois pas le temps de se plonger dans ces idées stupides qui consistaient à placer ses filles dans les bras de beaux partis pour de l’argent. Certes, les Olarils faisaient cela, aussi, mais ce n’était pas aussi malsain que le petit jeu auquel toute cette population se livrait depuis des générations. Et le résultat était sous ses yeux. Cherchant à la rattraper tandis qu’elle reculait, il n’eut toutefois pas le temps d’arriver à temps avant qu’elle ne se laisse choir dans le vide. « Non ! » Il s’était jeté en avant, le buste à moitié au-dessus du vide une main qu’il avait tenté de refermer sur l’une des siennes, en vain. Les yeux posés sur le sol, il n’avait pu que la voir gisante, dans l’herbe qui garnissait un petit parc en contrebas.

Sans chercher à comprendre, Silbio se redressa avant de chercher à trouver un moyen rapide de la rejoindre, sans faire le même genre de saut à son tour. Avisant le toit voisin, plus bas, il sauta dessus se rattrapant non sans un peu de mal et se laissa ensuite tomber à son tour dans l’herbe où quelques personnes se retrouvaient déjà autour de la jeune femme sans oser l’approcher. Un rapide coup d’œil lui fit remarquer le buisson à fleur de mur qui avait peut-être amorti sa chute. Sans chercher à ménager les badauds, le forgeron se fit un passage jusqu’à la jeune femme. « Mais poussez vous, bon sang ! » S’agenouillant à côté d’elle, il passa une main juste au dessus de ses lèvres afin de s’assurer qu’elle respirait encore et il eut un soupir de soulagement en sentant un léger courant d’air tiède effleurer sa peau. « Petite… Petite… » Il murmurait doucement près de son oreille. « Tu m’entends ? » Pas pressé de la déplacer, car il savait que les chutes n’étaient pas de bonne augure pour les os, il se tourna vers les voyeurs qui restaient là, incrédules. « Il y a un guérisseur parmi vous ? Non ?! Alors allez m’en chercher un, ne restez pas là comme des ahuris ! » La voix du forgeron s’était faite nettement moins douce que lorsqu’il avait parlé à la « belle endormie » et constatant qu’enfin du mouvement s’était fait dans la petite foule, il s’était retourné vers elle. Prenant sa main dans la sienne, il la sera doucement, pas convaincu que cela aiderait d’une quelconque façon mais il ne restait pas grand-chose à faire si elle était inconsciente. Posant l’autre main sur son front, il continuait à l’appeler et à guetter une réponse, un signe quelconque. « Si tu m’entends petite, fais moi un signe. » L’entendait-elle seulement ? Difficile à dire. Tant que le guérisseur ne serait pas là, il n’y aurait de toute façon rien de mieux à faire que d’essayer d’obtenir un signe qui démentirait son inconscience.
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Ven 15 Fév - 21:16


- Lidmila Radka -
Les paupières de Lidmila frémirent… Elle avait envie de pleurer, autant de douleur que de chagrin mêlé. Trop de choses la faisaient souffrir ; pourquoi avait-elle finalement reculé ? Le flou était immense autour d’elle, elle se demandait pourtant si elle était capable de bouger… Car malgré le coton dans ses oreilles, ses sens amoindris, son cœur lent, elle percevait vaguement de l’agitation, sentait du vent sur ses joues mouillées.

Sans doute était-elle soulagée de ne pas être morte… Mais si elle avait perdu l’usage de son corps par cette bêtise ? L’adolescente se sentait perdue et serra les paupières à nouveau, fort, fort, espérant peut-être partir plus vite, pour ne plus ressentir toutes ses émotions contradictoires. Si elle était vivante, ses problèmes n’étaient pas résolus, et pire, elle venait d’en ajouter un supplémentaire avec ses blessures, qu’elle savait importantes.

Un sursaut, une main contre elle, elle pria Therdone pour qu’il s’agisse de Jaromil, accourut en la voyant sauté, tel un Chevalier légendaire, pour lui prendre la main et lui promettre… Elle releva lentement les paupières. C’était l’Olaril qui se dessinait dans le brouillard, le Forgeron qui était sur le toit avec elle. Il ne la regardait pas, il était en train de parler avec virulence à une grosse masse sombre qu’elle ne distinguait pas. Lidmila n’entendait pas ce qu’il disait, mais à voir les traits de son visage, il criait.
Il se faisait du souci pour elle… La culpabilité la fit battre des cils, et elle le vit retourner le visage sur elle.

« P…. » Ouvrir la bouche était douloureux, sourd, très sourd. Comme si une pierre écrasait son corps tout entier. Et dans ses cheveux, son crâne brûlait.

Une petite femme aux tresses blondes se dessina à nouveau dans l’ombre de la masse, et elle reconnut la Guérisseuse familiale. Lidmila se sentait honteuse et désolée d’attirer finalement ainsi l’attention… Mais elle se sentait incapable de protester. Haracie s’accroupie et sembla converser rapidement avec le Forgeron. Mais l’Adolescente n’entendait toujours pas. Cela l’inquiéta, paniquée soudainement.

« P… » Lorsqu’elle prononçait un mot, aucun son ne venait jusqu’à ses propres oreilles, accentuant son angoisse. « Pardon… » Hurla-t-elle sans le vouloir, cherchant à percevoir sa voix. Elle demandait intérieurement à Therdone de la pardonner aussi… sa Volonté de sauter avait été forte… mais pas suffisante pour réussir son entreprise.

Haracie regarda ses yeux, lui écouta son cœur… Et comme elle articulait des phrases que Lidmila ne comprenait pas, en inclinant très lentement la tête, la Guérisseuse claqua des doigts contre ses oreilles… Mais rien. Serait-elle sourde à jamais ? Serait-ce là son châtiment pour n’avoir pas eu assez de Volonté ?

La Guérisseuse réitéra l’opération, demandant de l’aide de l’Olaril, et malgré plusieurs tentatives, le silence était toujours autour d’elle… Après un long moment, sans qu’on ne l’ait déplacée encore, de peur sans doute qu’elle n’ait des os brisé –ce dont elle ne pouvait être sure- Lidmila se sentit perdue, paniquant de ne pouvoir ni s’exprimer correctement, ni entendre ses sauveurs. Elle regretta amèrement ses choix, ses doutes et ses envies. Les larmes montèrent à nouveau à ses yeux… Elle voulait réclamer sa mère et son père…

Mais, sans pouvoir l’expliquer, elle se rendit bientôt compte qu’elle s’entendait sangloter… Ce fut d’abord très ténu, puis bientôt ce fut les paroles entre Haracie et Silbio, et enfin, un brouhaha de foule tout autour… Son cœur se remit à battre à tout rompre : elle n’était pas sourde ! Elle entendait ! Elle entendait ! Lidmila ouvrit la bouche et poussa un petit cri, elle perçut très nettement, comme pour finir de s’assurer qu’elle l’entendait.

« J’entends ! » Gémit-elle avec une voix trop grave, mais son élan de joie provoquait des douleurs dans les côtes et son crâne.
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Lun 18 Fév - 15:51

La chute de la jeune Ilédore l’avait bouleversé plus qu’il n’aurait certainement pu réellement l’admettre. Bien qu’elle fut une parfaite inconnue pour lui avant ces dernières minutes, Silbio n’avait pas pu s’empêcher de s’attacher à elle. Ce n’était certes pas ce qu’on pouvait appeler de l’amour ni même de l’amitié mais il pouvait sentir ce petit lien qui s’était installé entre eux, invisible et tenu, mais pourtant parfaitement perceptible. Il n’y avait pas besoin de grand-chose pour créer une telle connexion entre deux personnes mais il assez rare que cela aille aussi rapidement. Peut-être était-ce le fait qu’elle s’était mise en danger et l’adrénaline de l’instant avait favorisé leur rapprochement, laissant tomber quelques barrières qui, en temps normal, les aurait empêché de se rapprocher comme ils venaient de le faire. Conscient de cette réalité, il n’avait cependant pas cherché à en déterminer la cause, pas en descendant du toit pour rejoindre au plus vite le corps de la jeune femme. Il ne pouvait dire à quel point il avait été soulagé de la retrouver en vie dans le petit jardin dans lequel elle avait chuté, mais cela impliquait également une source d’inquiétude toute autre, celle de savoir si sa tentative de suicide lui laisserait des séquelles… Après ce qu’elle lui avait avoué, il avait également peur pour une autre personne qu’elle mais, hélas, ils ne pourraient s’en inquiéter que plus tard. Qui plus est, sa vie était plus importante que celle qu’elle portait en elle, car même si toute vie était « sacrée », il n’était désormais rien de mieux à faire que d’espérer que la chute n’ait pas causé de dommages irréversibles. Le sort de Lysandre lui revint bien trop vite à l’esprit mais il essaya de l’en chasser rapidement de son esprit, en se concentrant davantage sur les badauds qui semblaient s’être changés en statues de pierre. Il n’avait pas spécialement été tendre avec eux mais Silbio savait que seule la dureté pouvait leur permettre de reprendre leurs esprits et de faire quelque chose de sensé, comme, par exemple, aller quérir un guérisseur pour aider la petite.

La main qu’il serrait doucement ne possédait pas vraiment de forces mais elle était encore chaude, ce qui, même pour un novice comme lui, ne pouvait qu’être un bon signe. Essayant de laisser suffisamment d’espace à l’ilédore pour respirer et se remettre de sa chute, il fut content de croiser à nouveau son regard. Si elle ouvrait les yeux, il semblait presque à Silbio qu’elle était hors de danger, même si, rapidement, le bon sens le remit dans le droit chemin et lui rappela qu’elle était loin d’être sortie d’affaire. « Garde tes forces petite. » Il avait dit cela avec un sourire quand il avait remarqué qu’elle avait essayé de parler, sans toutefois y parvenir apparemment. Un mouvement et une voix le sortirent de ses pensées. Une femme s’agenouilla aux côtés de la blessée et se présenta à lui. Haracie, guérisseuse. Il n’était pas certain de retenir le prénom mais encore une fois, un soulagement certain de voir quelqu’un de compétent prêt à s’occuper de celle qui en avait besoin était agréable. Il lui raconta les faits, sans omettre un seul détail, lui indiquant du doigt le toit d’où elle était tombée pour qu’elle puisse avoir une idée de la hauteur de la chute dont la petite venait d’être la victime. Tandis qu’il répondait aux questions que la femme lui posait, un cri leur fit tourner la tête vers Lidmila. Fronçant légèrement les sourcils, le forgeron esquissa un léger sourire et posa une main sur son front en signe de réconfort. « Ca ira, petite, pas la peine de t’excuser. » Il n’avait pas spécialement réagi au fait qu’elle avait crié. Peut-être essayait-elle seulement de parler depuis plusieurs tentatives et elle n’avait trouvé la possibilité de le faire que de la force et la puissance d’un cri. Ce n’était pas rare, même si Silbio n’y avait jamais été confronté de lui-même, il en avait déjà entendu parler dans certaines situations.

Laissant la place à la guérisseuse afin qu’elle puisse exécuter son diagnostic, il se recula légèrement, gardant toujours la main de la jeune Ilédore dans la sienne. Un contact chaleureux, comme pour la rassurer alors qu’elle semblait apeurée, à en juger par le regard qu’elle portait sur eux. Avait-elle mal ? Etait-ce seulement cela ? Puis soudain, l’absence de réaction à un test mit la puce à l’oreille des deux personnes à son chevet. Elle ne semblait plus entendre. Son cri faisait davantage de sens à cette nouvelle lumière… Obéissant aux invectives de la guérisseuse, il claqua des doigts aux côtés d’une oreille de la jeune femme mais elle ne réagit pas. Pire encore, elle semblait probablement comprendre elle-même ce qui se passait. Voilà pourquoi elle le regardait ainsi. Tandis qu’il échangeait quelques mots avec Haracie, le forgeron se rendit compte que Lidmila pleurait. Posant une main sur son front, il caressa tendrement ses cheveux en lui assurant que cela irait. Certes, elle ne l’entendait probablement pas mais l’expression de son visage trahirait certainement ce qu’il lui promettait. Se retournant vers la femme qui essayait toujours d’établir un diagnostic et restait perplexe devant l’état de l’Ilédore, émettant des hypothèses dont Silbio, n’avait, il fallait l’admettre, que faire, ce fut finalement sa « protégée » qui attira à nouveau l’attention en articulant difficilement et d’une voix qui ne semblait pas être la sienne qu’elle pouvait à nouveau entendre. L’Olaril jetant un œil perplexe à la guérisseuse qui haussa les épaules, il se retourna vers la jeune femme et se pencha vers elle, un sourire aux lèvres. « Tu m’entends petite ? C’est vrai ? » Il attendit une vague approbation et poursuivit. « J’imagine que tu dois avoir la tête qui bourdonne comme une ruche… Surtout ne t’inquiète de rien, on va s’occuper de toi. » Il se souvint alors de ce qu’il lui avait dit et qu’elle n’avait probablement pas entendu plus tôt. « Et, ce n’est pas la peine de t’excuser, tu n’as rien à te faire pardonner. » Il eut un sourire et serra un peu plus fort sa main avant de se retourner vers Haracie.
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Lambda
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Lun 18 Fév - 20:27


- Lidmila Radka -
Lidmila entendait de façon si ténue, qu’elle devait se concentrer sur les lèvres du Forgeron et de la Guérisseuse pour réellement comprendre ce qu’ils avaient à lui dire. Mais le soulagement était si profond qu’elle ne pouvait retenir ses larmes. Cette fois, il ne s’agissait pas uniquement de douleur et de chagrin.

Haracie avait toujours été très gentille avec elle, depuis toute petite elle la suivait, et savait qu’elle n’avait jamais apprécié les docteurs. Une crainte enfantine, qui s’était agrandie depuis qu’elle savait qu’elle attendait un enfant. La Guérisseuse était, elle aussi, au courant : c’était elle qui avait ausculté l’adolescente lorsque les premiers symptômes avaient mis la puce à l’oreille de ses parents. Cela expliquait sans doute pourquoi Haracie prenait beaucoup de précaution, et qu’elle restait préoccupée…

Elle indiqua à l’Olaril qu’ils devaient la transporter à son office, près du Sanctuaire du quartier. Haracie était, en effet, Moniale avant toute chose… Mais prier n’était pas suffisant pour guérir les maux de ses fidèles. A eux deux, avec ses conseils, Silbio pourra la soulever, et en marchant lentement, tout irait bien. La femme expliqua tout ce qu’elle avait l’intention de faire à Lidmila, pour qu’elle n’angoisse pas davantage. Et qu’elle puisse également se préparer à souffrir : c’était inévitable, en bougeant, son corps allait révéler des blessures qui, allongée, restaient silencieuses.

D’un geste de tête, l’adolescente consentit, tant bien que mal. Elle n’avait pas envie de devoir quitter le sol, mais… il le fallait. Elle serra la main du Forgeron, comme pour se rassurer. Malgré la présence de la Guérisseuse, figure qu’elle connaissait depuis des années, la personne qui comptait actuellement était ce quasi-inconnu, Silbio, sans qu’elle sache pourquoi. Il ne l’avait pas jugé, il était étranger, il avait été gentil …

Les déchirures étaient nombreuses, et se réveillèrent, lorsqu’on la souleva. Elle ne put s’empêcher d’exprimer sa douleur, mais les paroles de chacun lui permirent de ne pas supplier qu’on la repose. En réalité, c’était son crâne qui brûlait et sans doute quelques côtes froissées. Mais Lidmila n’avait pas toutes ses facultés, elle ne réalisait pas très bien, ne percevait pas les rues qu’ils empruntaient… Les odeurs du petit pavillon où officiait Haracie la firent reprendre conscience, alors qu’elle sommeillait plus ou moins depuis plusieurs minutes, sous la douleur.
Sans jamais lâcher les doigts du Forgeron, l’adolescente fut allongée sur la table, et Haracie permit à l’Olaril de rester pendant qu’elle lui prodiguait les premiers soins. Avant toute chose, l’encens envahit la pièce, et la Guérisseuse fredonna une prière tout en appliquant des compresses sous la tête de la jeune fille.

Un drôle de parfum gagna ses narines, et avant qu’elle ait eu le temps de se demandait de quoi il s’agissait, Lidmila sombrait déjà dans un sommeil calme. Le temps pour Haracie de pouvoir correctement l’ausculter, sans que les blessures ne soient trop insupportables pour la petite.


Lorsqu’elle s’éveilla, la jeune fille crut, de nouveau, avoir perdu l’usage de ses oreilles. Paniquant légèrement, elle fut immédiatement rassurée par une main et un visage souriant. Silbio était encore là. Il faisait nuit, la fenêtre ne donnait qu’une faible lumière du dehors, plongée dans l’obscurité. Des bougies, de l’encens brûlaient, Haracie était hors de la pièce, sans doute à l’office du soir. Lidmila entendit bientôt des chants au loin, ce qui finit par la rassurer totalement : elle pouvait percevoir les sons. Les onguents et les potions ingurgitées avaient atténués ses douleurs…

« Merci… » La petite voix de l’adolescente était encore plus infantile que d’habitude. Ses joues se teintèrent de rouge, mais sa reconnaissance envers le Forgeron dépassait sa timidité. « Tu ne dois pas rentrer chez toi ? » Parler n’était pas facile, elle se sentait encore dans les vapes, mais s’inquiétait pour l’Olaril. Est-ce que sa femme et ses enfants ne seraient pas inquiets de ne le voir rentrer ? Lidmila chercha à se redresser, mais malgré les remèdes de la Guérisseuse, la douleur était bien là, certes amoindrie, mais présente. Elle grimaça et reprit une position allongée, sagement. Il n’était pas encore temps de rentrer à la maison pour elle…
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: S'oublier dans le travail, encore...   Lun 4 Mar - 10:53

Silbio s’était inquiété pour la jeune Ilédore, peut-être parce qu’il avait surtout réalisé qu’elle était enceinte, même si cela ne se voyait pas encore, et qu’une telle chute pouvait non seulement lui coûter la vie à elle, mais, bien entendu, surtout à la vie qu’elle portait en elle. Loin de vouloir le crier sur tous les toits, il n’avait cependant rien dit à la guérisseuse. Elle lui avait dit qu’elle s’occupait de sa famille depuis longtemps aussi estima-t-il que si elle n’était pas au courant, il pourrait le faire une fois qu’ils seraient seuls, mais certainement pas tant qu’il y aurait toujours autant de badauds autour d’eux. En réalisant qu’elle était peut-être devenue sourde, le forgeron avait eu beaucoup de peine pour elle, même s’il ne l’avait pas véritablement montré. Aussi, apprendre qu’elle était à nouveau en mesure d’entendre était un soulagement, probablement autant pour elle que pour lui. Laissant la petite dans un sourire, il se retourna vers la vieille femme qui semblait vouloir lui donner quelques instructions pour la suite des évènements. En effet, il semblait inconvenable de la laisser ici et la guérisseuse avait besoin de ses affaires pour pouvoir soigner les blessures de sa patiente. Ecoutant à la lettre ce qu’elle attendait de lui, l’Olaril profita de la seconde explication, pour Lidmila cette fois, pour être certain qu’il ne commettrait pas d’impairs. Il ne manquait plus qu’il lui fasse davantage de mal que de bien en essayant de faire au mieux ! Un cri d’oiseau le poussa à regarder vers le ciel. Zéphyr semblait observer la scène de loin. Le forgeron ne s’inquiétait pas pour celui-ci. Parfaitement capable de le suivre à la trace, le rapace était également en mesure de se nourrir de lui-même si besoin, voire même de rentrer à la forge s’il le désirait. Parfaitement autonome, il était inutile de s’inquiéter pour lui, de quelques manières que ce fut. Reportant son attention sur la scène qui se déroulait à ses genoux, il vit que la guérisseuse semblait en avoir terminé avec les explications.

D’un hochement de tête, ils convinrent d’un top départ et, avec mille précautions, Silbio se mit en position pour pouvoir soulever la jeune femme et la prendre dans ses bras. Malgré sa douceur, il savait qu’elle ne pourrait pas ne pas avoir mal. Toutefois, lorsqu’elle manifesta sa douleur, il ne put s’empêcher de se sentir coupable. Laissant à la guérisseuse le pouvoir des mots, il se concentra sur sa tâche et veilla à bouger le moins possible afin de limiter les répercussions de la marche sur le corps qu’il tenait entre les bras. Un regard parfois perdu entre les boucles blondes lui faisait croire qu’elle s’était endormie, ou, de manière plus évidente, s’était évanouie. La douleur était probablement difficile à supporter et le corps avait pour cela un mécanisme particulièrement efficace, l’arrêt des perceptions. Ne relâchant toutefois pas ses efforts pour limiter les répercussions, il poursuivit sa route lentement, suivant la guérisseuse dans le dédale de rues qui menaient à son office. Il songea quelques instants qu’il n’avait pas prévenu la vieille dame avant de partir mais les ragots suffiraient certainement à lui faire comprendre ce qui s’était passé. De toute façon, le travail était presque terminé et, au pire, il repasserait le lendemain pour le terminer. La journée était loin d’être menaçante et cela ne poserait pas de problème. Une fois arrivé, l’Olaril veilla à déposer délicatement la blessée qui reposait entre ses bras sur une table qui servait probablement à cela plus souvent qu’on ne pouvait s’en douter. Faisant quelques pas en arrière, il laissa la vieille femme commencer à opérer, visiblement toujours inquiet, même s’il était persuadé qu’elle savait ce qu’elle faisait. L’idée que la petite ne puisse pas s’en sortir – le corps savait parfois bien cacher ses blessures – ne lui plaisait pas vraiment, surtout qu’il ne pouvait s’empêcher de penser que tout cela était sa faute… Alors que la guérisseuse s’affairait, il se rendit compte que l’adolescente semblait s’endormir à nouveau, visiblement l’effet de ce que l’on lui avait fait respirer profondément.

Immobile, patient à l’extérieur, bien qu’impatient à l’intérieur, il se contenta de regarder la vieille femme en silence s’affairait autour de sa patiente. Il ne compta pas les onguents, ni les bandages, ni les interventions qu’elle pratiqua sur elle. Sans chercher à comprendre tout ce qu’elle faisait, s’inquiétant à chaque fois qu’elle fronçait les sourcils, respirant davantage lorsqu’elle terminait un bandage… Un tel attachement ne lui ressemblait pas mais il fallait croire qu’à situation exceptionnelle, sa véritable et originelle nature finissait par ressortir d’elle-même. Pourtant, il ne la connaissait à peine, quelques mots, échangés sur un toit. Il s’était promis de ne plus s’attacher à quiconque et voilà qu’il venait de se laisser à nouveau piéger, et, une nouvelle fois, le destin jouait avec lui. Etait-il maudit ? Est-ce que tous ceux avec qui il se liait devaient souffrir ainsi ? Il préféra ne pas poursuivre cette réflexion et finit par s’installer, sous l’insistance de la guérisseuse, sur une chaise. Les heures passèrent, bien après même que la vieille Ilédore eut terminé son office. Il avait insisté quelque peu pour pouvoir rester à la veiller tandis qu’elle s’occupait de ses autres responsabilités. Déplaçant la chaise, il s’était rapproché de la jeune femme, reprenant sa main dans la sienne comme il l’avait fait après qu’elle fut tombée. L’espoir peut-être idiot qu’elle finirait par se réveiller à ce simple contact. Malheureusement, le temps défila sans la voir se réveiller. Ce ne fut finalement que peu après le crépuscule qu’il entendit une petite voix qui le tira de sa réflexion. Il se contenta d’un sourire. Les remerciements n’étaient pas son genre et puis il avait simplement fait ce que n’importe qui aurait du faire. Sa question le laissa quelque peu mal à l’aise pourtant… Il détourna le regard quelques instants puis la fixa de nouveau, un léger sourire sur les lèvres. « Ne t’en fais pas pour ça, mon chez moi se débrouille très bien sans moi. » Il avait fini sur une petite note amusée. En même temps, c’était vrai, Zéphyr, à supposer qu’il était rentré à la forge, se débrouillerait bien sans l’Olaril. « Comment te sens-tu ? La guérisseuse m’a affirmé que la douleur serait toujours présente mais plus sourde, plus ténue. As-tu encore mal ? »
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