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 Que l'ombre s'étende

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Charis Sandragil
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MessageSujet: Que l'ombre s'étende   Dim 28 Oct - 23:52

Vu le temps nécessaire pour se remettre des horreurs vécues dans la chambre des Askarii, Éléni ne s’intéressa de près au cas d’Alecto Terdalis que quelques jours après la mort de Ruben Gasseï. Au cours de ces heures éprouvantes, Elandor s’était dévoilé sous un jour qu’elle ne savait pas comment interpréter. Et plusieurs choses avaient été difficiles à avaler : d’abord le fait qu’elle n’ait pas levé le petit doigt alors qu’un homme se faisait torturer devant elle, ensuite le fait qu’un chef, même du nom d’Elandor Arlanii, pouvait entièrement perdre le contrôle et sortir de son rôle de meneur pour n’être plus que l’homme. Une fois de plus, la jeune femme avait été heurtée de constater à quel point son ancien Jeu avait été puéril.

Il y avait cependant un potentiel extrêmement intéressant pour la Dissidence qui avait été découvert ce soir-là, et il convenait de l’exploiter au mieux. Éléni commença son enquête auprès de la jeune Meare Askarii, dite Miroir. Ainsi, elle apprit tout ce que l’Olarile avait dit à la Dissidente pendant le Bal. Si Éléni se félicitait des qualités évidentes de Miroir pour recruter avec doigté une sauvage tout juste civilisée, elle était davantage ennuyée par l’origine de la future Dissidente. Fermer les yeux sur le passé d’Alecto Terdalis était impossible, surtout pour Éléni. Les Olarils, elle les avait côtoyés, compris, puis méprisés. Ses préjugés se renforçaient à chaque jour passé dans le campement révolutionnaire, à chaque rencontre et à chaque possibilité de contact avec ce peuple étranger qui estimait qu’Edor Adeï était un terrain conquis.

Pourtant, au fur et à mesure qu’elle glanait des informations sur l’Olarile, Éléni devait reconnaître au moins une chose : la jeune femme était digne d’intérêt, et peut-être différente des siens. Quand elle apprit l’isolement relatif d’Alecto Terdalis, son détachement du monde Olaril pour suivre un inconnu – quelle candeur, tout de même, ces Olarils – et enfin son sentiment sur les Ilédors au pouvoir, Éléni décida que le cas était suffisamment exceptionnel pour une tentative.

Elle était déterminée à ne pas répéter les erreurs faites avec Limna Hirune. Elle choisit soigneusement son déguisement : elle apparaîtrait à Alecto Terdalis sous les traits d’une femme légèrement plus vieille qu’elle, d’origine commerçante mais honnête, aux allures franches. Elle hésita à glisser les affreux bijoux de Laetia Télaran dans ses cheveux, puis décida de s’abstenir. Retrouver la trace d’Alecto Terdalis fut encore plus rapide qu’elle l’avait imaginé.

Il fallait reconnaître une chose à la future Dissidente : elle avait du flair. L’apprentie de Ruben Gasseï, selon ses indic’, passait le plus clair de son temps au Ceste Clouté. L’introduire aux réseaux dissidents serait certainement aisé, et sa connaissance des voies des Conservateurs – du moins de ce que Ruben Gasseï aurait osé lui dire – pèserait certainement lourd dans la balance, à un certain stade.

Elle reconnut Alecto Terdalis sans difficulté. Sans se montrer de manière trop ostentatoire, l’ancienne apprentie de Ruben Gasseï se tenait tout de même au comptoir, à une place qui permettait de voir le visage de tous les nouveaux venus. C’était un endroit qu’Éléni affectionnait particulièrement ; d’ordinaire, c’était là qu’elle se mettait pour épier les allées et venues des clients. Avec légèreté, après un signe de tête annonçant ses intentions, Éléni s’installa à côté d’elle. Elle commanda un verre à Sieben dans le même mouvement, puis se désintéressa du Ceste Clouté pour accorder toute son attention à Alecto Terdalis.

- Bonsoir. Je suis contente de vous trouver. Vous ne vous souvenez sans doute pas de moi sous cet accoutrement, mais nous nous sommes déjà rencontrées. C’était juste après la tentative d’assassinat de notre Promise.

À la lueur vive qui passa dans le regard d’Alecto Terdalis, Éléni sut qu’elle comprenait parfaitement son allusion.

- Nous aurions besoin de vous pour une affaire délicate.
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Lun 5 Nov - 19:43

Cela faisait quelques jours qu’Alecto résidait dans les Auberges. Dans l’espoir d’y être contactée, l’Olarile avait passé des soirées entières dans les salles principales, aux yeux de tous, face à tous. Même si elle ne connaissait pas grand monde dans la Capitale, pour n’avoir su regarder que Gasseï, elle savait de par son origine qu’un verre liait des relations.
Pourtant… ces soirées peuplées n’étaient pas le seul prétexte à un hypothétique contact Dissident. Alecto avait besoin de ne pas se trouver seule, et fait rare, ressentait l’envie de s’enivrer. Elle qui restait de marbre lors des Fêtes Olariles, avait bu quelques chopines, sans pourtant parvenir à l’ivresse ravageuse de ses comparses de boisson. C’était sans doute tant mieux, car elle se souvenait bien d’une rencontre avec un jeune Ilédor, louche mais sympathique, durant laquelle elle s’était sentie plus bavarde que d’ordinaire. Et ce sentiment ne lui avait pas plu, car elle avait fait preuve ostensiblement d’une certaine énergie et avait eu conscience de, parfois, se montrer trop sûre d’elle. Un trait qu’un Assassin devait prendre garde à toujours maîtriser…

Ruben Gasseï se sentait plus puissant que quiconque, et surtout, plus rusé que la Noblesse qui l’employait, plus fin que ses opposants qu’il méprisait sans les respecter. Aujourd’hui, son orgueil avait eu raison de lui, et il ne fallait donc pas oublier qu’à se croire au dessus de ses adversaires, on oubliait de regarder leur ascension pour nous rattraper.

Aussi, Alecto avait-elle eu ce flash qui lui permit de faire son deuil. Malgré la douleur toujours présente, la brûlure de la trahison de Ruben, l’amertume toujours présente, elle avait réussi à ne plus avoir envie d’un état grisé, flou, où elle ne savait pas maîtriser ses mots ou ses actes. Elle avait quitté la Taverne où elle avait passé la nuit, en prenant soin de dire à ceux qu’elle avait côtoyé où elle se dirigeait. Si on la cherchait, on pourrait aisément la retrouver : elle irait donc au Ceste Clouté.
Ce n’était pas chose évidente, cependant. En réalité, quelques Olarils y résidaient toujours, et elle avait fui si vite le Convoi, qu’une rencontre avec l’un des siens lui était étrange, trouble. Quand elle s’y présenta, il n’y avait pas de visage connu dans la salle principale, et cela la rassura quelque peu. Bien que son visage se montrer d’un trait distant coutumier, Alecto s’installa en bonne vue, et dans une posture suffisamment stratégique pour observer chaque allée et venue.

L’Aubergiste s’appelait Sieben Raetan, Ruben lui en avait parlé, quand l’Olarile avait posé des questions sur le lieu où résidait son Peuple.

Durant trois jours, elle logea donc au Ceste Clouté, et un soir, cela sembla payer. Une femme s’installa à ses côtés, et immédiatement à ses mots, Alecto la reconnu. Non pas physiquement, non, car elle semblait pouvoir se métamorphoser en n’importe quel visage, mais ses paroles allèrent droit à son oreille. Un battement de cils parut confirmer ses dires, et bientôt, Alecto pu apprendre qu’on avait besoin d’elle.

Malgré une certaine joie d’être enfin demandée, ses traits étaient égaux, et elle n’eut qu’un mouvement de tête certes aimable. Ses yeux pourtant la trahirent. « Ma Main ne peut être achetée que par la promesse que mes actes serviront nos idéaux communs. » Souffla alors l’Assassin.

Ce mouvement qui ne s’était pas révélé intéressant pour elle, avant qu’elle ne prenne conscience de la trahison de Ruben Gasseï, de ce Monde qui l’avait engendré et de ces Vils qui l’avaient forgé tel qu’il était, l’appelait désormais. Elle ne souhaitait pas se mettre ponctuellement au service d’une bande de mécontents, elle n’était pas une vulgaire mercenaire. Pour se donner à la Dissidence, Alecto avait besoin de savoir qu’elle y serait parfaitement intégrée : car elle se battait pour des valeurs et ses choix seraient déterminants, elle le savait. L’Olarile ne voulait pas servir un Dissident qui n’aurait soif que de son savoir ou des informations qu’elle pourrait leur vendre. Non, elle voulait être certaine qu’elle serait l’un des maçons d’un monde nouveau, privé des semblables de Gasseï.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Ven 15 Fév - 20:27

Un bon point pour elle, qui parlait de nos idéaux communs. Au moins ne faudrait-il pas tout reprendre depuis le début. Toutefois, Éléni hésitait quelque peu sur la conduite à adopter. Elle n’avait pas envie de se livrer à l’Olarile, mais elle se doutait bien qu’une question demandant à la jeune femme de livrer ses idéaux se heurterait à un mur. C’était à elle de commencer par lâcher du lest, et peut-être qu’elle pourrait ainsi entraîner l’Olarile à se livrer à son tour. Éléni commença dès lors par incliner doucement la tête :

- Je suis ravie de l’entendre.

Et elle n’en espérait pas tant, finalement. Alecto Terdalis pouvait se révéler bien plus importante que prévu. Si ses idéaux cadraient vraiment avec ceux de la Dissidence, Éléni était prête à faire fi de ses origines, à balayer son passé et à l’accepter au sein de leur réseau. La Dissidence avait parfois recours à des éléments extérieurs, mais le plus efficace était de travailler uniquement avec des convaincus. Éléni avait du mal à se figurer comment une femme venue d’ailleurs pouvait sincèrement prendre fait et cause pour l’Al’Faret ; elle estimait toutefois que ça valait la peine de voir ce qu’Alecto Terdalis avait dans le ventre.

- Nous sommes ceux qui se lèvent dans l’ombre, pour changer le cours des événements. Nous voulons renverser ceux qui corrompent notre vie et jettent la honte sur le peuple d’Isle. Nous voulons un homme fort qui puisse relever une cité agonisante. Mon origine est ilédore, c’est pour mon avenir que je lutte. Vous qui êtes Olarile, comment vous êtes-vous retrouvée dans cet idéal ? Je ne mets pas en doute votre désir de nous rejoindre, mais quelle force vous pousse en avant ? La jeune femme à qui vous avez parlé lors du Bal m’a vanté votre franchise, je serais curieuse de l’entendre maintenant.

Pas de noms, pas encore. Éléni était curieuse de voir ce qu’Alecto Terdalis lui dirait. Resterait-elle dans les sentiers battus, ou oserait-elle lui servir le fond de sa pensée ? La jeune polymorphe détailla l’Olarile, en se demandant ce qui avait poussé Ruben Gasseï à la prendre comme apprentie. Connaissait-elle le lien ténu qui existait entre elle et l’assassin royal ? Quel était le point que Ruben Gasseï avait atteint dans son apprentissage ? Qu’est-ce que le nom d’Éléni lui évoquait ? Est-ce qu’elle n’était pas aveuglée par un ressentiment personnel, une haine liée uniquement à l’assassin et non au Conseil ?

- Je vous propose également de jouer cartes sur tables. Je peux commencer si vous le souhaitez. Je suis Éléni. Mon travail est aux renseignements. Mes réseaux sillonnent Edor Adeï à la recherche de ce qui doit être caché et secret. Il m’appartient de lancer les fausses rumeurs, d’arrêter les potins encombrants et de transformer l’information en arme. Je ne pense pas que nous nous soyons rencontrées avant la chambre de la douleur au Bal, bien que j’aie été amenée à traiter quelques fois par le passé avec votre ancien maître.

La jeune femme ne voulait pas tester l’Olarile sur sa fiabilité maintenant – elle aurait pu le faire en lui demandant directement si elle connaissait Ruben Gasseï. Elle voulait simplement la prévenir qu’il était inutile de lui mentir, et peut-être lui donner un avant-goût de ce qu’elle était en mesure d’attendre de la Dissidence en termes de confiance. Si Miroir ne lui avait pas assuré que le recrutement était pratiquement déjà fait, jamais Éléni ne se serait avancée aussi franchement.

L’excitation la gagnait doucement mais sûrement. Avec Alecto Terdalis à leurs côtés, c’était une carte Conservatrice retournée contre le Conseil. Elle avait beau se targuer de savoir ce qui devait l’être, elle ne pouvait pas tout savoir. Et peut-être qu’Alecto Terdalis avait un atout en or dans sa manche.
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Jeu 2 Mai - 18:13

Le regard d’Alecto, pénétrant comme à son habitude, se montrait moins froid que de coutume. Elle se sentait à l’aise avec celle qui lui faisait face, et qui était donc cette Eléni dont elle avait déjà entendu parler. Celle qu’elle avait vue, grimée encore, le soir du Bal, lorsqu’elles avaient ramené l’Assassin à l’Al’Faret.
La pensée de cette nuit-là résonnait toujours douloureusement. On ne dit pas adieu à un souvenir aussi profond. Ni à un amour aussi passionnel. Pourtant, désormais, ce n’était pas la souffrance qui étranglait encore sa gorge, pour raviver sa mémoire. La nostalgie des mois passés auprès de Ruben Gasseï, leur osmose et leur relation malsaine, les menaces et les excès, le fil sur lesquel ils marchaient tous deux l’un vers l’autre, se séparant et se heurtant jusqu’à tenter de faire tomber l’autre... Tout ceci n’était plus un souvenir nostalgique tendre comme on repense à un amour de jeunesse.

Une force, une puissance inestimable gagnait le cœur d’Alecto. L’Olarile écouta parler la jeune femme et elle se sentait son égale : sa franchise était entendue avec une détente qu’elle appréciait, après de longs mois de tension continuelle.

« J’ai appris ici que notre passé était commun... Notre Destin l’est tout autant. » Eléni souhaitait sa sincérité, elle l’aurait. Mais la Prêtresse de Panpale n’avait pas pour habitude de pouvoir se dévoiler de façon trop brutale. Aussi restait-elle maître de ses mots, bien qu’il teinte en sa voix, un ton solennel.

« J’ai été aveuglée par un cercle qui aspire le cœur, qu’il soit Ilédor ou Olaril. Ceux qui dictent notre monde sont coupables des crimes de mon ancien Maître. Ils ont engendré les hommes comme lui, les ont nourris, et si nous n’agissons pas, nous serons bientôt tous aveuglés à notre tour. »
Elle inspira longuement, après un moment de silence, où elle détourna son regard. « J’ai eu la revanche à laquelle j’aspirai ce soir-là. Je pourrais me retirer en paix. Mais j’ai en moi l’insoutenable sentiment qu’il me faut agir. » Les yeux clairs de l’Olarile se levèrent vivement, fixant sans crainte ceux d’Eléni.

« J’ai les armes suffisantes pour désormais faire en sorte que, jamais plus, un homme que lui ne puisse être engendré. Parce que je pense que la Dissidence a les mêmes aspirations que moi, parce que je pense que j’ai les mêmes aspiration que vous. » Alecto se sentait emportée dans un frissonnement. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas ressenti autant de sensations fortes, nettes, en elle.

Devait-elle convaincre cette femme ? Devait-elle faire preuve de charisme pour haranguer Eléni ? Elle n’avait pas envie de réussir une prouesse pour qu’elle en soit convaincue. La Prêtresse, peu familière des rapprochements, saisit pourtant la main de celle qui lui faisait face, comme balayant toute envie de cette performance imposée. « Ruben n’a fait qu’évoquer votre nom. Je pense qu’il vous respectait, et c’est un signe d’une grande maîtrise venant de la part d’un homme pour qui personne n’avait de valeur, et qui était au dessus de toute vie. »

Elle lâcha la main de la Polymorphe, lentement, malgré un sentiment étrange de malaise ; elle n’avait pas l’habitude de ce genre de contact. Son index effleura machinalement les cercles tatoués sur son visage diaphane, comme elle évoquait les Dieux, intérieurement, leur demandant de lui accorder la confiance de la femme aux cent visages.
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Sam 27 Juil - 21:20

Un destin en commun… Éléni ne l’aurait jamais formulé de cette manière. Elles avaient un but commun, certainement. Mais de là à parler de tout leur avenir, il y avait de la marge – d’autant plus qu’une part d’Éléni demeurait extrêmement circonspecte quant aux Olarils. Avec prudence, Éléni se garda d’ajouter quelque chose. Son expression resta neutre et elle attendit la suite.

La suite en question prit complètement Éléni au dépourvu. Elle était venue trouver une nouvelle alliée, un nouvel assassin utile à la Dissidence, une victoire contre le Conseil. Et voilà qu’Alecto Terdalis lui parlait de la nécessité de rayer de la liste des métiers celui d’assassin. Ça, c’était totalement inattendu. Et presque naïf – ça devait être un trait Olaril – parce que penser qu’un jour les assassins puissent être obsolètes, c’était… fictionnel. L’espace d’un instant, Éléni envisagea qu’il s’agisse d’un test pour voir sa réaction. Puis, Alecto Terdalis étendit sa main jusqu’à prendre la sienne.

Et là, Éléni dut se faire violence pour ne pas la retirer. Elle détestait le contact physique lorsqu’il n’était pas nécessaire ou lorsqu’il sortait du rôle qu’elle s’était donné. Le compliment d’Alecto Terdalis ne lui fit aucun effet ; elle eut davantage l’impression d’être flattée pour une obscure raison.

Très bien. Il fallait finalement revenir sur plusieurs points. Éléni n’était plus sûre qu’Alecto Terdalis et elle parlaient de la même chose, et il lui fallait des certitudes avant d’intégrer définitivement l’Olarile à la Dissidence. Une part d’Éléni se sentait soudainement soulagée qu’il y ait toujours Silhouette. Lentement, elle répondit :

- Notre vœu est celui d’un monde meilleur, certainement. Les fautes de nos ennemis sont innombrables, mais il ne faut pas vous leurrer. Pour lutter contre eux, il faut y aller avec les mêmes armes qu’eux. Notre but est noble, mais nos moyens le sont… moins. Vous l'avez vu par vous-même.

De toute façon, tout le monde le savait. C’était une des premières leçons que la jeune Éléni avait apprise. Se dresser seul contre le Conseil en luttant à la lumière du jour, à la régulière… c’était le meilleur moyen de se faire tuer. Fait vérifié et revérifié ; Elandor Arlanii arrivait en tête de liste.

- Si vous attendez de moi la promesse que plus aucune vie innocente ne sera fauchée, je ne peux pas vous la faire. Mais dans l’Isle bâtie par la Dissidence, de tels procédés ne seront plus nécessaires.

La folie régnait partout dans leur monde. Une fois qu’ils l’auraient emporté, cette folie ne serait simplement plus au pouvoir. Et au fond d’elle, Éléni avait également l’espoir que la manière forte ne serait plus nécessaire pour obtenir quelque chose – ça devait être l’héritage idéaliste de son père. Éléni savait que la violence était un tabou chez les Olarils. Est-ce qu’Alecto Terdalis refuserait de continuer sur la voie de son maître pour des raisons culturelles ? Quelle était la part exacte de cette culture Olarile dans le caractère rebelle de la potentielle nouvelle Dissidente ? Elle reprit :

- Vous parlez d’hommes comme lui. Est-ce que cela signifie que vous ne pensez plus vous servir de ses enseignements ?

Alecto Terdalis parlait d’agir, mais pensait-elle agir en tant que citoyenne, ou en tant qu’ombre meurtrière ? Elle réalisait bien que si Éléni avait déjà traité avec Ruben Gasseï, c’était bel et bien pour ses qualités d’assassin qu’elle l’avait approché ? Éléni songea alors qu’il fallait continuer à offrir des garanties à l’Olarile. Calmement, elle ajouta :

- C’est une question pragmatique. Si vous nous rejoignez définitivement, comme votre Volonté a l’air de vous le dicter, il faut que je sache ce à quoi je peux vous employer.

Et si Alecto Terdalis décidait de ne pas poursuivre dans la voie des ténèbres, Charis Arcarian respecterait sa décision ainsi que sa considération pour l’importance de la vie, et Éléni aurait perdu son temps.
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Mar 6 Aoû - 15:50

Alecto eut la désagréable impression que son interlocutrice n’avait pas saisi ce qu’elle voulait lui dire, une sensation qu’elle avait souvent ressenti lorsqu’elle était entourée des siens. L’impression de ne pas s’être exprimée comme il le fallait. De façon trop floue, trop imagée sans doute… Elle s’en voulut immédiatement, sans pourtant que son visage ne l’exprime.


Il était délicat de pouvoir parler franchement, la Prêtresse de Panpale n’avait jamais eu cette habitude, elle avait toujours été friande des tournures bien trop éloignées de la réalité, des mots simples, directs. Pas de paroles colorées, métaphoriques, symboliques… Elle baissa les yeux, garda bientôt ses mains devant elle, sur le bois au vernis écaillé. Comme si elle réfléchissait à ce qu’elle voulait vraiment articuler, et que cela ne soit en rien naturel chez elle…


« Soyons bien claires. » Fit alors Alecto, sans savoir où cette violence qu’elle se faisait la conduirait. Parler aussi nettement lui coûtait, elle espérait pouvoir maîtriser encore le sens de ses phrases en usant d’un langage qui n’était pas le sien. Cette phrase, et l’absence d’expression sur le visage de l’Olarile, pouvait être le début comme la fin de cette conversation.


« Je ne reculerai devant aucun acte qui permettra d’accomplir ma mission. » Il aurait été si facile de lui dire qu’elle avait déjà tué, et qu’elle n’avait aucune peur de recommencer pour assassiner les ennemis de la Dissidence… Mais son naturel la rattrapait. Elle se concentra à nouveau pour se montrer le plus clair possible.


« Mon Peuple pense que la vie doit être sauvegardée coûte que coûte. Je pense moi, qu’il faut malheureusement se résigner à employer tous les moyens à notre disposition si nous voulons faire changer les choses. Le temps où mon peuple vivait en paix, isolé et tranquille est révolu. J’ai fait mon deuil de cette vie-là il y a plusieurs mois, lorsque j’ai rencontré Ruben Gasseï. »


Elle devait se monter convaincante, mais avait l’impression de ne pas y arriver.  Cette sensation désagréable l’obligea à se livrer davantage. « Je n’ai peur ni des fourberies, ni des meurtres, ni des bassesses. J’ai été initiée à tout ceci… » Son regard se fit plus dur. « Je n’ai pas de regrets, ni de remords, si je sers une cause juste. » Elle espérait qu’Eléni entende sa pensée. Elle serait capable de verser le sang, même d’innocents, si elle n’avait pas le choix, et qu’elle savait que ses actions serviraient la bonne cause, la cause Dissidente. Mais elle ne pouvait se déclarer Mercenaire, capable d’allouer ses services mortels à n’importe qui. Comme elle le lui avait dit, sa main ne pourrait être achetée que par la promesse que ses actes serviraient des idéaux communs… Elle était Assassin, mais elle se sentait désormais Dissidente.

Alecto appuya enfin ses paroles, l’œil déterminé, car c’était là son ultime argument pour convaincre Eléni de sa bonne foi, et de son utilité. « Je serai l’Assassin de la Dissidence. » Voici en quoi elle voulait être employée. Voici ce qu’elle savait faire, et ce qu’elle voulait faire.
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MessageSujet: Re: Que l'ombre s'étende   Mer 11 Déc - 17:15

Quelque part au fond d’elle-même Éléni réalisa que l’Olarile venait de lui offrir quelque chose de rare et de précieux. Miroir lui avait vanté la franchise de l’apprentie de Ruben Gasseï, mais Éléni venait d’assister à une clarification sans précédents de sa part. Jamais aucune recrue potentielle ne lui avait parlé aussi crûment – peut-être que ce trait était commun aux Olarils. Éléni s’autorisa quelques secondes de surprise, puis un léger sourire revint orner ses lèvres. S’il y avait eu un doute, quelques instants plus tôt, il était maintenant entièrement dissipé. La Dissidence venait d’acquérir une formidable nouvelle alliée. Et Éléni ne pouvait s’empêcher d’être un peu ébranlée par la confiance qu’irradiait Alecto Terdalis. Elle ne pouvait que lui répéter l’assurance que son service serait grandement apprécié :

- Merci pour votre confiance, elle ne sera pas vaine. La force de vos convictions est admirable ; tout sera mis en œuvre pour que notre objectif commun soit atteint.

C’était bien la première fois qu’Éléni remerciait une recrue – elle devait être un peu plus fébrile que d’habitude. Elle se demanda un bref instant s’il en avait coûté à Alecto Terdalis d’en arriver là. Si renoncer à tout ce que les siens lui avaient inculqué s’était fait dans la honte et la douleur. Elle détestait qu’un recrutement la ramène à ses propres questionnements, mais force était de constater qu’Alecto Terdalis avait tourné le dos aux enseignements des Olarils, comme elle-même avait tourné le dos aux enseignements des Arcarian. Comment avait-elle affronté son peuple ? Que lui avaient-ils dit ? Avait-elle seulement cherché à les revoir après son entrée en apprentissage auprès de Ruben Gasseï ? Ou avait-elle laissé les choses en suspens, comme elle, qui n’avait toujours pas confronté ses parents, tout en leur donnant quelques pistes pour ne pas les laisser totalement sans indices ? Éléni chassa ces pensées de son esprit – pourquoi fallait-il qu’elle repense à tout ça maintenant ? – et se reprit, et fit écho aux dernières paroles d’Alecto Terdalis :

- Votre courage sera nécessaire. Croyez-moi, là où nous allons, il n’y aura pas de quartiers – je l’ai expérimenté moi-même, et je ne vous apprends rien. Mais vous pourrez vous reposer sur les autres Dissidents, et vous pourrez faire appel à moi n’importe quand.

C’était la moindre des choses à lui offrir après avoir entendu une telle déclaration de mise à disposition pour la Dissidence. Il fallait maintenant tout lui apprendre et la guider sur le chemin des Dissidents – vu l’habitude de l’Olarile pour la clandestinité, ça irait sans doute très vite. Éléni réalisa avec une pointe de surprise qu’alors que quelques instants plus tôt, elle méprisait presque l’Olarile, elle en était venue à l'estimer, en dépit de son effrayant credo – qui aurait sans doute horrifié l’ancienne Charis Arcarian – et de son incapacité évidente à s’exprimer clairement. Cela la mena à une dernière conclusion, rassurante : Alecto Terdalis était une femme d’action, pas de paroles vaines. Et la Dissidence avait précisément besoin de son profil.

Il lui appartenait maintenant de trouver un alias à leur nouvelle recrue. La question des noms était toujours difficile, parce qu’il fallait trouver quelque chose de cohérent sans vendre la mèche. Le lien à faire avec la mort s’imposa comme une évidence à Éléni, et après quelques instants de réflexion, elle dit :

- Il est de coutume de cacher nos véritables identités, même au sein de la Dissidence, pour la sûreté du réseau. Mon nom de code est Éléni, et je me propose de vous en offrir un également.

Après avoir eu l’assentiment d’Alecto Terdalis, Éléni se permit un sourire et termina :

- Bienvenue dans la Dissidence, Agonie.

Et ce n’était que le début.
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