AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Le repos de la guerrière [Privé Nisa]

Aller en bas 
AuteurMessage
Gribus Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 144
Age : 31
Date d'inscription : 06/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 36 ans
Profession: Noble de Rang
Positionnement : Régulier
MessageSujet: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Ven 3 Aoû - 1:39

Le temps lui semblait lourd tandis qu'il se précipitait. Les rues étaient trop bondées à son goût, les passants trop inquisiteurs et le chemin trop compliqué. Il ne cessait de changer sa besace d'épaule, et par trois fois il avait failli trébucher. Gribus était nerveux, et pire encore, il le montrait, lui qui avait su garder un visage de marbre face à
l'Al'Faret.

Il fallait bien avouer que sa destination ne lui plaisait pas. Cela faisait bien longtemps que l'armée n'inspirait que mépris, peur et coolère au scribe, depuis qu'il avait souffert le martyr pendant son service obligatoire. Y repenser était déjà bien assez déplaisant, mais devoir reprendre le chemin des baraquements et marcher au beau milieu de ces brutes remplissait son coeur de venin.

Et pourtant il devait l'endurer, car ce qui l'attendait dans les Quartiers Militaires était bien trop important. Gribus prit le temps de reconstituer ses souvenirs alors qu'il voyait l'alignement régulier des baraquements se profiler devant lui. La dernière fois où Nisa et lui s'étaient vus remontait à des mois, avant même le commencement du siège. Elle avait rendu visite à leur mère avant de partir au front, mais le jeune homme avait été absent ce jour-là, retenu au Palais par les affaires de son maître, et il avait dû se contenter de transmettre ses voeux par lettre. Depuis, pas une nouvelle de sa part, et Gribus avait dû jouer des pieds et des mains pour obtenir des rapports de l'état de son unité, afin que leur mère ne devienne pas folle d'inquiétude. Nisa était coutumière de ce genre de
silences, mais cette fois-ci son frère lui en avait véritablement voulu. La guerre faisait rage, et elle n'était pas stationnée à des semaines de marche ! Il ne comprenait pas. Il n'avait jamais compris.

Le garde à l'entrée le laissait passer avec un air d'indifférence, où Gribus crut voir une touche de mépris. Il préféra ne pas en prendre offense, de même qu'il préférait réfréner sa rancoeur pour sa soeur. Il n'était
pas venu pour faire des reproches, il était venu pour s'assurer de sa santé ; pour lui faire accueil et la convaincre de venir voir leur mère. Et peut-être d'autres décisions plus conséquentes, s'il en avait la possibilité. Lorsqu'un messager de l'armée était venu frapper à sa porte, Sesha avait su que quelque chose était arrivé. Gribus avait été tenté de retrouver ce porte-lettre et de lui faire passer le goût du pain, quand il avait appris la délicatesse avec laquelle il avait annoncé la nouvelle. Ils avaient tous deux été soulagés que la blessure de Nisa ne soit pas grave, mais à ce répit avaient succédé l'attente, puis l'incompréhension, puis la peur. Gribus s'était une fois de plus renseigné, faisant usage du peu d'influence qu'il avait, mais Nisa ne souffrait apparemment d'aucun empêchement. C'était simplement qu'elle ne voulait pas voir sa famille.

Le jeune homme traversa les allées en terre battue qui séparait les bâtiments identiques, sa cape accumulant peu
à peu la poussière. Le soleil de printemps se faisait de plus en plus fort tandis que la journée avançait, alourdissait tout ce qui tombait sous son regard. A chaque fois que Gribus croisait une patrouille ou un groupe
de novices, il pouvait sentir le poids d'un autre regard, plus désagréable encore que la chaleur. Il était vêtu de façon simple et aurait très bien pu être un messager, et pourtant chaque homme et femme du camp laissait traîner leurs yeux sur lui, des yeux étonnés, rieurs ou dégoûtés. Les uns échangeaient des messes basses, certains ricanaient, d'autres allaient jusqu'à le héler. Pour ces idiots allaités au vin et à la sueur, on ne pouvait pas rêver meilleure cible que ses étranges cheveux blancs, et sa carrure frêle ne devaient pas aider non plus. Gribus
gardait les yeux baissés et les dents serrées. Il ne devait rien leur accorder, surtout pas son attention et encore
moins son temps.

Il arriva enfin devant les baraquements des officiers, là où se trouvait la chambre de Nisa. Entrant dans le bâtiment, il se répéta qu'il devait être avenant. Elle avait vécu des moments éprouvants et perdu des hommes, d'après ce qu'on lui avait dit. Il était inutile d'y ajouter. Après avoir tourné quelques minutes dans les couloirs et demandé son chemin, il arriva enfin devant la porte et prit un moment pour reprendre son souffle. Il lissa ses cheveux et tapa quelques coups dans ses vêtements pour les débarrasser de la poussière. Enfin, il plongea la main dans sa besace et en ressortit un présent enveloppé dans du papier ; c'était un paquet de friandises, de simples délices sucrés que Nisa et lui adoraient étant enfants. Cela faisait des années que lui n'en avait pas mangés, mais après tout cela faisait des mois qu'elle ne lui avait pas parlé. Lorsqu'il se jugea prêt, il poussa un soupir et frappa trois coups secs à la porte.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nisa Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 134
Age : 28
Date d'inscription : 02/07/2012

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 27
Profession: Militaire, Sergent
Positionnement : Conservatrice
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Ven 3 Aoû - 23:58

Morghan était assis sur son lit avec elle. Il caressait délicatement ses cheveux alors qu’elle se reposait contre lui. La discussion était légère et importait peu. Ce qui importait, c’était simplement d’être l’un contre l’autre. De le sentir là, lui, sa chaleur. Un sentiment de bienêtre absolu dans l’atmosphère calfeutrée de la chambre. Trois coups portés à la porte la firent sursauter. Son cœur manqua un battement, il faut qu’il se cache sous le lit. Les hommes n’ont pas le droit d’aller dans les chambres des femmes seuls et sans motifs.

Elle ouvrit un œil, agacée. En sueur, le cœur palpitant encore de la frayeur rêvée et du réveil brutal.

Elle avait dit à la réception qu’elle ne voulait pas être dérangée dans ses préparations de leçons. Même si elle ne travaillait pas vraiment, cela l'agaça d'office. Elle se releva, passa une main machinale sur sa tunique froissée. Tira le drap de son lit avec la même habitude fatiguée. Elle réajusta ses cheveux en se dirigeant vers la porte. Un instant, une seconde folle, elle s’imagina que c’était lui. Qu’il poserait ses yeux doux sur elle, lui murmurait qu’il n’arrivait plus à se mentir, qu’il avait besoin d’elle. Elle le ferait entrer pour ne pas qu’on le surprenne sur son pas de porte, qu’importe le règlement interne qui le lui interdisait.

Elle posa une main tremblante sur le loquet de sa porte et l’ouvrit.
L’appréhension fébrile se changea en quelque chose de plus mitigé lorsqu’elle réalisa qui se tenait là. Elle considéra la chevelure blanche, le regard étrange. Elle aurait dû lui sourire, le prendre dans ses bras, lui dire qu’elle était heureuse de le voir. Elle lui adressa simplement un signe de tête sec accompagné d’un :
Entre. Elle referma la porte sur lui, doucement. Ôta un de ses manteaux pour lui libérer la chaise qui faisait face à un bureau couvert de parchemins. Elle ne lui indiqua pas de s’assoir ou de prendre ses aises. Elle se contentait d’afficher cet air contrarié et buté qui lui était coutumier.
Voir son frère la rendait à la fois heureuse et profondément triste. Un sentiment qu’elle n’appréciait pas. Elle commença tout de suite à parler, le prenant de vitesse.

J’ai été mobilisée dans la campagne ravagée. Je ne pouvais pas écrire. Avant que tu me le reproches. Et puis ma compagnie a été massacrée mais j’ai survécu. J’ai passé le reste de mon temps cloitrée de l’infirmerie. Je suis sortie, il y a quelques jours. J’ai eu trop à faire. Je pensais venir vous voir mais je …

Je passe tous mes temps de libre à roder auprès de la demeure d’un jeune noble dont je suis tombée amoureuse. Non, ça ne se confie pas ainsi, pas même à un frère. Elle n’arrivait décidément pas à parler sereinement avec lui, elle avait toujours l’impression qu’il lui reprochait quelque chose, au fond de lui.

Je n’ai pas besoin d’un numéro, Gribus, je préfère de te prévenir. En ce moment, ça ne va … pas comme il le faudrait, et j’ai beaucoup de travail.


Trop de travail, toujours. Désolée maman, je ne pouvais pas, j’étais trop occupée. Le travail.
Mais il y avait dans le ton une fêlure qui n’avait rien de l’indifférence habituelle. A l’observer, la différence est presque choquante. Nisa avait maigri, elle se tenait courbée, le regard fuyant. Elle ne l’observait plus avec cette distance froide. Elle était distante, certes, mais c’est parce qu’il y a au fond de ses yeux de la souffrance. Aux autres, elle pouvait le cacher, mais certainement pas
avec celui qui elle a partagé toute sa jeunesse. Il savait la cerner, Gribus, et c’est cela aussi qui l’agaçait. Elle ne porte pas de chaussure, et sur un de ses tibias à peine couvert par sa tunique élimée, est nettement visible une cicatrice. Seule trace véritablement visible de son calvaire avec son épaule. Ses cheveux étaient retenu avec moins de rigueur, et à la voir ainsi froissée, deviner qu’elle sortait du lit n’était pas difficile. Elle essuya son front, son cœur se calmait enfin.

J’ai cru que j’allais mourir. Cette fois. Elle cilla, releva les yeux vers lui. Je te le dis une fois, ne m’interrompt pas. Elle et ses manies bavardes n’avaient visiblement pas changé. Nous tenions une position, pour couvrir le repli des troupes d’infanterie. Nous avons été sacrifiés. Ce fut un massacre. J’ai vu… chacun de mes hommes mourir. Sauf trois. L’un d’eux m’a portée alors que j’étais trop blessée pour pouvoir avancer. Courage, Sergent. L’odeur aigre de la sueur et du sang. Les yeux dans le vague, les souvenirs étaient si présents qu'elle pouvait croire rejouer la même scène inlassablement. J’ai été rapatriée avec les blessés. Puis transférée à l’infirmerie de la caserne. J’y suis restée, pour une éternité de semaines. On pensait que je ne pourrais plus marcher normalement, ni courir. Elle avait toujours tant aimé courir, déjà enfant, chaque prétexte était bon. Et elle battait toujours à plate couture Gribus à la course. Une raison de vivre pour elle. Je ne pouvais pas sortir de mon lit. Voilà.

Je te remercie d’être venu, mais je n’ai pas besoin de tes reproches que je devine derrière tes yeux. Surtout maintenant qu’on m’a reléguée à la formation des recrues et…


Et que je souffre tellement qu’il ne puisse être là à ta place. Elle se laissa choir dans son lit. Elle se sentait si fatiguée, si souffrante. Elle savait que tout cela devait cesser. Hélas Gribus avait mal choisi son moment pour venir. La blessure de son cœur était encore trop fraiche. Elle sentait tout simplement les larmes lui venir à l’effleurement de son souvenir. Elle allait se relever, se montrer sereine, à nouveau, il le fallait. Elle ne devait pas abandonner tout de suite. Elle rouvrit les yeux.


Je suis amoureuse de Morghan Jagharii. Tu pourras dire à mère que je ne me marierais jamais, je ne quitterais jamais l’armée vivante pour fonder une famille. J’ai réussi à me gâcher cette vie là en aimant un noble.

Tu pourras lui dire que je vais bien. Je passerai quand ça ira mieux. Si je vais la voir maintenant, je vais m’effondrer en larmes et ce n’est pas une bonne chose si je veux… m’échapper de ce piège.


Gribus avait tant de fois joué le messager quand elle n’osait pas confier une chose à sa mère. Il pouvait le faire une fois de plus, bien sûr qu’elle n’allait pas bien. Seule, fatiguée dans cette chambre exigüe, elle donnait l’impression d’un pauvre oiseau blessé, emprisonné dans une cage. Pourtant, elle continuait de parler calmement, sans trembler, mais si elle allait voir maman. Sa gentille maman qui la regarderait avec des yeux tristes de la voir dans un pareil état. Elle ne pourrait que fondre en larme comme une petite fille en cherchant la douceur d’une étreinte. Et elle ne pouvait tolérer de s’abandonner dans son giron. Et pourtant, elle en avait envie, au fond. Profondément envie et besoin de pleurer contre elle, qu’elle apaise ses craintes comme toujours. Dans un soupire, elle demande : Tu vas bien ? La discussion est close, elle a dit ce qu’elle avait à dire, elle veut passer à autre chose. Elle n’a rien de plus à dire. Ils sont tous mort. Pas moi. Je suis fatiguée et amoureuse.

Pauvre petit frère, pauvre Gribus, quelle sœur inutile elle était.
Et le voir lui, la faisait penser à sa mère. Maman.

Elle se tut enfin, après avoir déversé son flot anarchique d'information, avachie sur le dos, observant le plafond. Elle avait au moins parlé, ce qui n'était pas toujours une chose évidente avec elle. Elle aurait pu lui offrir son traditionnel silence, éviter les réponses, ne rien livrer d'elle. Même si comme à son habitue, elle disait tout, rien, jamais comme on l'entend convenablement. Et là, alors qu'elle souffrait, c'était un exploit que d'avoir été compréhensible.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gribus Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 144
Age : 31
Date d'inscription : 06/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 36 ans
Profession: Noble de Rang
Positionnement : Régulier
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Ven 10 Aoû - 23:55

Lorsque la porte s'ouvrit, Gribus se força à sourire et alla chercher la tendresse qui était cachée sous l'inquiétude, sous l'incompréhension et le peu de ressentiment. Il s'attendait à voir un visage épuisé mais soulagé de le voir, à entendre la voix de sa grande soeur le taquiner, le saluer ou simplement trahir une note de bonheur. Il n'eut droit qu'à un faible hochement de tête et à un mot sec. Son sourire fondit sous l'effet de la déception, faisant revenir son visage à ce masque neutre dont il était coutumier. Il ne pouvait pas dire qu'il était surpris, mais il voulut se dire que c'était sa fatigue qui parlait.

Le scribe entra d'un pas égal et resta debout au milieu de la pièce ; il s'apprêtait à demander après sa santé lorsqu'elle le prit de vitesse et se mit à parler. Et à parler et à parler encore. Gribus commença par la fixer avec des yeux qui ne comprenaient pas, mais son regard eut vite fait de se voiler et de se détourner d'elle, comme si elle lui transmettait cette lassitude engourdie à mesure qu'elle lui parlait. Il avait déjà eu droit à ce manège, cette justification préventive, ce ton faussement déterminé pour clore la discussion avant qu'elle ait commencée, ces reproches imaginaires qui montraient bien qu'elle avait la conscience coupable...Au fil de ces mots, dits sur un ton d'une lassitude qui disait bien ce qu'elle pensait de lui et de ses reproches, le jeune albinos repensa à Sesha, à l'inquiétude qu'elle essayait sans cesse de cacher, au tremblement qui se glissait dans sa voix lorsqu'elle demandait des nouvelles, à ses joues creusées par les nuits blanches et les repas sautés. Il avait haï le sentiment d'impuissance qui était en lui dans ces moments ; il savait bien que ce n'était pas de lui que sa mère avait besoin, et qu'il ne pouvait rien faire pour lui ramener sa petite fille.

"ça ne va...pas comme il faudrait et j'ai beaucoup de travail."

Il ne serra pas les dents, il ne poussa pas de juron ou de soupir, il n'eut pas une exclamation sarcastique ou colérique. Il se força à se taire et à rester immobile ; il savait qu'elle avait d'autres choses à dire. Ce n'était pas grave. Il avait l'habitude de se taire. Il avait l'habitude d'écouter en silence.

Cette pause dans la phrase de sa soeur était révélatrice et les paroles qui suivirent aidèrent Gribus à se contenir. Il s'efforça de tout écouter, les nuances dans sa voix, la tournure de son discours, il essaya de s'imaginer la souffrance, la terreur qui avait dû l'étouffer. Le jeune homme n'avait jamais connu la vie d'un soldat au front, il n'avait jamais été au feu, mais il pouvait comprendre. Depuis quelques semaines, il savait ce que c'était que d'avoir la peur au ventre, de sentir la mort juste derrière son épaule, d'être traité comme un outil par ses supérieurs. Il aurait voulu lui dire, lui faire entendre à quel point elle avait tort de se croire seule, il aurait voulu se délivrer d'un peu de cet horrible malaise en le partageant avec elle, mais elle ne voulait pas d'interruptions. Elle ne voulait pas d'un numéro et elle ne voudrait pas de ce poids en plus. Alors il se tut et resta froid et la laissa parler.

Il se tenait toujours debout au milieu de la cellule, immobile, le paquet en main. Son regard inscrutable se promena sur le mobilier spartiate de la pièce. Il n'y avait rien ici de personnel, rien qui portait l'empreinte de Nisa ou de qui que ce soit d'autre. Sa soeur n'était pas ici ; elle était enfermée dans sa propre tête, et Gribus voulait savoir ce qu'elle y faisait. Car les blessures que la bataille avait laissées n'était pas le mot de la fin, il le savait. Il connaissait sa soeur mieux que quiconque : elle ne savait pas mentir, et elle n'essayait jamais avec lui. Si c'était ce traumatisme qui la gardait murée en elle-même, elle le lui aurait confié, son visage et son ton lui aurait crié son besoin de réconfort. Si ç'avait été cela, il lui aurait pardonné et lui aurait tout offert, il aurait tenté de la convaincre qu'elle devait rester à la formation des recrues, loin du champ de bataille et des souffrances. Mère en aurait été rassurée et il aurait été bénir l'homme qui avait décidé de la transférer à un tel poste.

Mais ce n'était pas ça. Ce n'était pas une douleur qu'elle nourrissait, c'était une frustration, un agacement qu'elle transférait sur lui ; il l'avait déjà vue faire ce ménage, lorsque quelque chose la démangeait et la fatiguait. Et il avait toujours silencieusement enduré son attitude, lorsqu'elle venait se confier à lui à contrecoeur, comme s'il n'était lui aussi qu'une inconvenance. Mais aujourd'hui cette attitude l'avait amenée à disparaître sans nouvelles pendant des mois, alors que chaque jour la guerre tuait des dizaines de soldats, et cette fois-ci, c'était l'inquiétude de leur mère et la sienne, leur peur sincère et dévorante qui était traitées comme inconvenantes. Qu'est-ce qui pouvait bien justifier autant de cruauté, autant d'indifférence ?

"Je suis amoureuse...pourras dire à mère...ne me marierai jamais...ne quitterai jamais l'armée vivante...fonder une famille...passerai quand ça ira mieux."

Il aurait dû partir. Il voulait sortir sur le champ, lui dire sur un ton froid de ne plus jamais lui parler et de ne pas prendre la peine d'essayer de revenir à la maison. Il avait envie de l'insulter, de lui faire mal et de lui faire comprendre ce qu'elle était en train de leur faire, à lui et à leur mère. Il voulait s'isoler dans un coin sombre et crier sa colère, hurler qu'il en avait assez d'elle et de son ingratitude, de la Dissidence, de l'Al'Faret, d'Eléni et des complots, qu'il voulait en finir et être enfin en paix. Il aurait dû partir. Mais elle ne voulait pas de numéro.

Elles avaient besoin de lui, mère comme soeur. Sans lui, Sesha n'arriverait plus à vivre correctement. Et il avait l'horrible sentiment que s'il laissait parler sa rancoeur, Nisa se retrouverait seule dans sa tête, qu'elle souffrirait, qu'elle ferait quelque chose de stupide. Il ne pouvait simplement pas crier sa fatigue, aller tuer quelqu'un ou noyer sa colère dans un verre. Il ne pouvait pas faire ce qu'il voulait ; il devait aider sa famille, et malgré tout ce qu'elle venait de dire, Nisa restait sa soeur.

"Tu vas bien ?"

Je me suis fait embarquer de force dans un complot contre le roi ; je dois me méfier de tout et de tout le monde, je dois regarder sans cesse par-dessus mon épaule ; ta vie et celle de maman sont menacées à tout moments. Nous n'avons pas eu de nouvelles de toi depuis des mois ; maman ne dort plus, ne mange plus, elle se réveille en pleine nuit croyant que tu es revenue, elle se dit que tu es morte à chaque fois qu'on lui parle d'une bataille. Et maintenant tu veux que je lui dise que tu n'auras jamais d'enfants, que tu resteras dans cette armée qui veut te faire mourir, tout ça parce que tu es tombée amoureuse d'un Noble d'une des plus hautes familles d'Isle.

"Oui."


Gribus laissa échapper un long soupir et retira son manteau, le déposant sur une chaise. Il passa une main aux longs doigts blancs sur son visage et hésita un moment. D'un pas lent, il alla vers le lit et s'assit à côté d'elle. Il se pencha vers elle, leurs visages en parallèle, comme pour se comparer : cheveux blancs parfaitement lissés contre mèches e saut du lit, traits pâles et creusés contre face volontaire, tannée par le soleil. Il tendit la main et remit en place quelques cheveux bruns en désordre, passa ses doigts maigres sur la joue basanée et regarda sa soeur droit dans les yeux, illisible.

"Nous aussi nous t'avons cru morte. Ce n'était pas la première fois." Il marqua un temps. "Ca prend moins d'une heure d'écrire une lettre simple. Ca prendrait moins de temps d'en dicter une à quelqu'un qui a l'habitude d'écrire. Ca ne prend que quelques minutes de demander à ce qu'on avertisse ta famille de ta santé."

Il se redressa sans la quitter des yeux.

"Tu n'es pas venue parce que tu ne voulais pas nous voir. Tu n'as pas écrit parce que tu as préféré nous laisser dans l'inquiétude. Mais puisque tout ne va pas comme tu le voudrais, je suppose que ceci excuse cela."


Sa voix était parfaitement égale et ne laissait rien transparaître. Il se leva lentement et déposa le paquet de sucreries dans les mains de Nisa.

"C'est pour toi."

Il n'en dirait pas plus. Il n'avait pas envie de lui expliquer ce qu'il avait sur le coeur, pas envie de lui confier à quel point elle l'avait attristé et déçu. Il voulait qu'elle se pose la question, qu'elle se sente coupable. Il savait que ce n'était pas juste de lui dire tout ça après ce qu'elle avait vécu, et il n'en avait rien à faire. Il voulait qu'elle souffre.

En quelques pas, il était devant le bureau. Il prit la cruche qui s'y trouvait, se servit le reste d'eau qu'elle contenait et en bu une longue gorgée. Elle laissa un goût tiède et déplaisant dans sa gorge. D'un main ferme, il planta la chaise à côté du lit et s'y assit.

"Parle-moi de l'état de ta jambe." Ses mains jouaient distraitement avec le gobelet en céramique, et son regard las restait bien loin de celui de Nisa. "Et ensuite parle-moi de cet homme. Sois gentille, explique-moi clairement ces sottises comme quoi tu es amoureuse."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nisa Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 134
Age : 28
Date d'inscription : 02/07/2012

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 27
Profession: Militaire, Sergent
Positionnement : Conservatrice
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Sam 11 Aoû - 13:55

Froncement de sourcils.
Un messager n’est-il pas passé ? J’avais demandé à ce qu’on vous prévienne de ma situation une fois que j’ai repris conscience à l’infirmerie, les familles sont prévenues, il y a dû y avoir une erreur… et que oui, sur un champ de bataille il n’y a ni papier, ni encre, ni messager pour les sergents comme moi.

Juste le sol dur d’une toile trouée, la boue et la peur. Ce n’était plus les exercices, c’était la guerre.
Elle se redressa sur le lit, le geste tendre l’a fait réagir. Cette caresse sur sa joue, ce regard, s’il ne l’a pas réconfortée, l’a suffisamment irritée pour retrouver un semblant d’énergie. Elle aurait pu l’apprécier s’il n’avait pas été accompagné d’une montagne de reproches habituels. Une caresse pour flatter et faire oublier la main qui tient le bâton. Elle ferma ses mains sur le paquet. Des sucreries pour masquer le goût amer. Elle n’arrivait pas à tenter d’y voir une simple intention fraternelle et tendre. Ses mots froids, son ton détaché, absent, autant de mots comme des couteaux qui lui lacéraient les flancs. Il avait dû comprendre qu’aujourd’hui, comme ces derniers jours, dans l’antre de cette chambre, elle était fragile. Et il en profitait, il n’avait que rarement eu l’occasion de le constater. Et il osait en profiter en voulant la faire elle passer pour une égoïste ! Cela la révulsait, comment pouvait-elle être égoïste alors qu’elle engageait sa vie pour défendre leur vie à tous. Sans les soldats, leur courage et leurs sacrifices, ils auraient depuis longtemps dû abandonner leur vie.


Elle étouffait sa rage en l’observant boire. Un petit prétentieux plein de morgue, voilà tout ce qu’il était. Et pourtant, il restait son petit frère. Le regard gris ombragé l’observa s’assoir. Elle se recroquevilla sur le lit de paille dure, replia sa jambe sous elle d’une main protectrice lorsqu’il l’évoqua. Elle allait répliquer qu’elle était réparée, qu’après de nombreuses souffrances, des rivières de larmes rageuses et des soins interminables elle avait pu en retrouver l’usage. La brisure avait été très nette et correctement immobilisée dès le départ. Autant de chose qui avait aidé son corps à se rétablir. Sa Volonté et sa vigueur avaient fait le reste et désormais, elle ne voulait plus en parler. C’était un fait fini, il n’en restait rien qu’une cicatrice aux bords encore boursouflés. Une ondulation qui lézardait sa peau de manière inaltérable. Elle sera là jusqu’à sa mort, témoin de la bataille qu’elle avait gagné sur la mort et sur la vie.

Elle aurait pu répondre s’il ne lui avait pas coupé le souffle avec sa dernière question où plutôt requête, ou tout simplement un ordre. Depuis quand Gribus lui donnait-il des ordres ? Un vague écœurement la gagna. Même lui l’abandonnait. Elle ne pouvait plus compter sur personne, elle devait se défendre de toute part de l’agressivité et des attaques des autres. Mais pouvait-elle seulement lui offrir un silence offusqué alors qu’elle lui avait tant confié ? Et il n’avait pas le droit, pas le droit de traîner dans la boue ses sentiments. Gentille, être gentille, elle l’avait été gentille, elle voulait l’être mais ne le pouvait plus. Le rejet de Morghan lui avait déjà brisé le cœur, fallait-il encore que son petit frère qu’elle adorait l’achève ?

Pourquoi t’en parler puisque tu as déjà jugé que c’était là des sottises ? Pourquoi t’aurais-je menti. Si tu m’estime indigne sœur, tu dois au moins reconnaître que je ne mens pas. Et ce n’est pas toi qui va me faire une leçon de vie…

Morghan, est un homme… incroyable. Il mérite ton respect. C’est un noble, mais il a les mains usées d’un paysan dû à son exil. Quand je l’ai rencontré… Un silence, un sourire trouble, elle en rirait presque. Je l’ai un peu malmené. A vrai dire je lui suis rentrée dedans de plein fouet. Et il m’a aidé à sortir victorieuse de l’infirmerie. Je me suis déguisée en empruntant ses habits. Elle rit cette fois, un gloussement soufflé. Et j’ai gagné. Enfin, il m’avait dit qu’il ne portait pas beaucoup d’importance à sa réputation et à sa manière d’agir puisque je ne connaissais que son prénom… comment aurai-je pu me douter qu’il s’agissait d’un Jagharii de retour en ville après des années d’exils ? Ca n’aurait rien changé. Il est grand, il a la stature et la prestance d’un noble. Il est tout simplement beau. Mais ça n’a pas été comme les autres, des passades. J’aime le voir sourire, être doux ou maladroit, à la fois ferme et c’est ce caractère, cet homme pour tout ce qu’il était qui m’a charmé. Je n’ai réellement passé qu’un après-midi avec lui. J’ai voulu cesser de le voir quand il m’a appris sa véritable identité. Je n’ai pas pu m’y résoudre. Je ne sais pas si tu peux seulement comprendre, Gribus. Tu vois, il m’a écris ensuite, je lui ai répondu. Malgré ma hantise du papier et de ses mots froids. Je voulais le revoir. Nous ne nous sommes pas revus. Sa famille est intervenue. Mais j’ai refusé, je voulais être certaine que c’était sa décision. Il n’y avait aucune chance… mais rien ne pouvait me raisonner. Avec l'aide d’anciens soldats. Ceux qui ont survécu et me sont restés fidèles, je l’ai revu. Hier.

Elle appuie une main contre son front, courbant la tête. L’air lui manquait à nouveau, elle ne voulait plus repenser à cette déchirure. A son dos qui s’éloigne d’elle alors qu’elle parvient à peine à le distinguer à travers les larmes. Ce n’était pas une sottise. Elle l’aimait, viscéralement. Elle désirait vivre avec, pour lui, part lui mais pas sans lui. Jamais, jamais elle ne pourrait le supporter, elle en était persuadée alors que les larmes retenues ruisselaient à nouveau sur ses joues. Elle avait réussi à les contenir, et il fallait que Gribus vienne avec son mépris pour l’obliger à rouvrir une plaie trop fraiche. L’avait-il seulement vue pleurer une fois Gribus ? Non, elle ne s’en souvenait pas. Pour lui, elle avait toujours voulu être une grande sœur forte et sans faille, elle n’avait jamais supporté de lui montrer une once de faiblesse. Jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce que l’amour d’un homme lui brise ce qui lui restait de vie.
Cette faiblesse, ce coup qu’elle avait laissé l’atteindre en plein cœur, il ne le comprendrait pas, Gribus. Comment pouvait-il seulement comprendre qu’elle puisse seulement être défaite.


J’ai prêté serment. Devant Therdone. Elle respirait de manière saccadée. J’ai juré de lui être fidèle même s’il s’est résigné à obéir à sa famille et aux codes sociaux. Je ne fréquenterai plus d’hommes, ce n’étaient pas des paroles en l’air. Je ne fonderai pas de famille puisqu’avec lui…

Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Les mots restèrent étranglés dans sa gorge alors qu’elle essuyait ses yeux, respirait plus profondément pour se calmer avec peine. Gribus… Un murmure étranglé, misérable, elle accrocha son bras d’une main tremblante. Je suis désolée... Navrée. Elle s’approcha tout à fait pour venir déposer sa tête contre son épaule. Depuis qu’il était devenu grand, elle ne le portait plus dans ses bras, ne le cajolait plus. Et ce contact là n’avait d’ailleurs rien à voir. Elle s’accrochait à lui mue par un désespoir tremblant. Pourquoi était-il venu la voir, il aurait mieux fait de continuer à la haïr de loin pour ne pas constater ce qu’elle était devenue. Elle savait qu’elle avait trop mal pour être consolée, elle regrettait déjà de s’être confiée. Cela elle aurait dû essayer de le lui cacher. Elle aurait dû plutôt que de se retrouver à sangloter sur son épaule, à le presser maladroitement contre elle.

Avec le regret amer, que ce n’était pas lui. Lui qui venait s’excuser, lui qui venait la réconforter.

Lui, il lui avait juste pris sa vie et était parti.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gribus Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 144
Age : 31
Date d'inscription : 06/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 36 ans
Profession: Noble de Rang
Positionnement : Régulier
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Mar 13 Nov - 23:15

[je poste...enfin. Désolé de cet énorme retard]

Gribus ne montra guère de réaction aux premiers paroles de sa soeur, hormis peut-être un sourcil levé en suspicion. Le message ne serait tout simplement pas parvenu ? Le jeune albinos restait dubitatif, mais il dut bien avouer que ce n'était pas improbable. La lettre d'un sergent à sa famille est loin d'être un message prioritaire pour l'armée, et soldat ou non, les messagers n'étaient pas l'abri d'un accident, d'une étourderie ou même d'une négligence. L'espace d'un instant, Gribus envisagea la possibilité que Nisa lui ait menti pour se couvrir, mais il n'eut ni le temps ni l'envie de s'y arrêter, car le regard qu'elle lui jeta fit tomber un froid silence sur la pièce.

Il soutint ce regard du sien, rancoeur contre détachement, et, non sans satisfaction, il la vit céder en premier. Elle détourna les yeux et se défendit du mieux qu'elle put, avec une hauteur qu'il trouva puérile et une pique qu'il trouva dérisoire. Il était mal placé pour donner des leçons Si cela était venu d'un autre, il aurait pu s'offusquer, mais cela faisait bien longtemps qu'il s'était endurci contre les moqueries de sa soeur, et dans les circonstances présentes il estimait être en bien meilleure position de vie qu'elle. Il n'avait peut-être pas l'honneur de servir la gloire de l'armée royale, mais être du scribe du roi n'était pas peu de choses, et lui au moins ne perdait pas la tête avec des amourettes.

La suite du plaidoyer de Nisa ne lui inspira pas plus de respect, mais il écouta avec attention. Il voulait savoir qui était exactement cet homme, s'il l'avait mal traitée et s'il pouvait être abordé ; s'il comptait continuer à se jouer d'elle ou à lui porter des attentions malpropres, Gribus aurait peut-être à lui enjoindre de laisser sa soeur en paix, et négocier avec un membre d'une haute famille n'est pas chose aisée pour un serviteur.

Malheureusement pour les projets d'intrigue du jeune homme, Nisa ne fournit que peu de détails utiles. Gribus se retrouva de plus en plus consterné à mesure qu'il écoutait sa soeur parler de cet homme comme une enfant parlerait d'un prince de conte. Puis il devint véritablement inquiet lorsqu'elle lui confia qu'elle avait fait appel à des vétérans pour le voir malgré l'interdiction de sa famille. Dans quoi s'était-elle embarquée ? Gribus ne parvenait pas à comprendre ce qui la poussait dans de tels extrêmes. A vrai dire, le frère et la soeur ne s'étaient jamais vraiment compris ; aux yeux du jeune homme, Nisa avait toujours été distante et vivant dans son propre monde, que ce soit pendant leur enfance où leurs éducations avaient été séparées, ou par la suite, lorsque la mort de leur père l'avait poussée à s'engager à corps perdu dans son devoir. Elle avait toujours été secrète et évasive, et il s'était toujours dit qu'il n'avait pas à s'en préoccuper, mais à présent le scribe se demandait vraiment si sa soeur était devenue folle.

La remarque avait beau être insensible et offensante, Nisa avait raison quand elle disait que Gribus ne pouvait pas comprendre son amour. Il lui semblait totalement insensé qu'on puisse faire de telles choses juste pour obtenir l'affection de quelqu'un. Lui-même n'avait jamais été amoureux, mais il était presque sûr que si un jour cela devait lui arriver, il ne deviendrait pas aussi écervelé. Nisa était apparemment déterminée à gâcher son futur, à ignorer les voeux et la peine de sa famille, à s'interdire toute descendance et toute prospérité, et pour quoi ? Parce qu'un godelureau lui avait fait les beaux yeux avant de se rappeler que le monde n'était pas une ballade ? Enfin qu'est-ce qu'elle s'était imaginée ? Que des sergents d'origine bourgeoise pouvaient épouser des fils de famille noble ? Si encore ils n'étaient qu'amants, ç'aurait été une situation dangereuse, mais qu'on aurait pu arranger, mais là...

Ecoutant sa soeur se laisser emporter par ses sentiments, Gribus avait commencé à secouer lentement la tête de droite à gauche, abasourdi par ce qu'il entendait. Il allait exprimer sa consternation et tenter de secouer un peu Nisa pour qu'elle reprenne ses esprits, lorsque les mots moururent dans sa gorge et qu'elle agrippa sa manche d'une main tremblante. Elle posa sa tête sur son épaule et se mit à sangloter doucement, et il ne sut que faire.

Il avait déjà vu Nisa pleurer, même si elle ne s'en souvenait sûrement pas. Sa grande soeur avait toujours été la plus forte des deux, celle qui pouvait réussir, celle qui était en bonne santé et qui avait droit à la meilleure éducation. Elle devait être infaillible pour rassurer son petit frère, pour soulager son père qui avait tant de soucis, pour que ses parents soient fiers. Mais elle n'était pas en fer, et quand elle devait pleurer, elle se terrait là où elle pensait que personne ne la verrait. Mais Gribus l'avait vue, caché derrière un meuble, et comme aujourd'hui, il était resté muet et s'était senti perdu. Que pouvait-il bien faire quand même son invincible soeur versait des larmes ?

Le jeune homme posa une main maladroite sur la nuque de sa soeur et parla d'une voix mal assurée.

"Ca va aller...ca va aller. Tu vas...tu vas te remettre."

Il avait l'habitude de mentir, mais il ne s'agissait pas seulement de tromper un garde cette fois. Rien ne lui disait que Nisa irait mieux et bien au contraire, tous ses instincts lui criaient qu'elle allait continuer, qu'elle se tuerait de chagrin si elle continuait de porter ce Morghan dans ses pensées. Elle avait beau dire qu'elle resterait loin de lui, Gribus s'imaginait des possibilités bien pires : elle finirait forcément par ne plus le supporter, elle chercherait à le joindre, à le suivre tous les jours pour le voir de loin et les Jagharii la feraient emprisonner, ou peut-être qu'elle voudrait mourir à la bataille pour être enfin en paix...

"Tu as vécu des choses très...très éprouvantes, et tu es secouée. Mais tu vas t'en remettre."

Que pouvait-il bien dire ? Jamais Gribus ne s'était trouvé dans cette situation, jamais il n'avait dû soigner un coeur meurtri, et il n'avait aucune idée de comment y parvenir. C'était de finances et d'archives qu'il s'occupait, de mensonges froids et de messages passés sous silence. Il songea à lui dire que son prince charmant ne voudrait pas la voir gâcher sa vie, qu'après tout lui était retourné à son existence normale, et qu'il avait eu bien raison, mais il eut assez de jugeotte pour se dire qu'elle ne le prendrait pas bien. Il se contenta donc de poser une deuxième main sur son épaule, de la prendre maladroitement dans ses bras et de contenir l'expression désemparée qui se dessinait sur son visage, d'effacer le ton paniqué qui emplissait sa voix.

"Je suis là...je suis là."

Il devait prendre soin d'elle. Même si elle avait perdu la raison, même si elle se mettait en danger et se fichait bien de faire de la peine à leur mère, même si elle commettait folie après folie. Elle était naïve et égoïste, elle était insensée et elle était incompréhensible. Mais elle était sa soeur, et il devait prendre soin d'elle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nisa Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 134
Age : 28
Date d'inscription : 02/07/2012

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 27
Profession: Militaire, Sergent
Positionnement : Conservatrice
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Mer 26 Déc - 23:20

[… du coup je t’imite, ça va pas ça... tu déteins ! Bref, période compliquée pour moi, mais je m'en remets.]

Bien sûr, je vais me remettre.
Elle soupira un reniflement, passa une main aux doigts tremblant sur son visage. A qui cherchait-elle à mentir ? Un mensonge sur un mensonge, ainsi ils y croiraient tout deux et se quitteraient rassurés en se promettant de se revoir. La main contre sa nuque, la voix à peine assurée, tout cela l’apaisait autant que cela l’irritait. Ce n’est pas vrai… et tu le sais très bien. Pourquoi Therdone me permettrait-il cela, alors que j’ai déjà abandonné cette bataille… Lâche. Elle était lâche et faible. Juste brisée comme la hampe d’une flèche qui ne volera plus jamais. Comme l’oiseau qu’elle était, un oiseau aux ailes brisées. Comment pouvait-elle seulement se remettre d’une peine pareille. Quand tu dis éprouvante, tu n’imagines même pas… J’ai vécu dans la pire des peurs, la pire des situations. De celles où on se voit mourir. Et pourtant où l’on survit. Et même tous ces coups portés ne m’ont jamais autant atteint que la trahison de cet homme.

J’ai déjà été trahie par un noble. Il avait un cheval pie. Une jolie robe grisée et de long crains crème. Je pourrais te chanter le son de son galop qui s’éloigne du front. Ma compagnie a été sacrifiée comme de la viande pour le boucher. Tenez votre position. Il n’a pas même eu le courage de rester avec nous. Ce Capitaine. Et je me souviens de chacun des visages des hommes de la section dont j’étais responsable. J’ai attendu. Je voulais les voir tous partir alors que le reste de la compagnie se faisait massacrer. Je suis folle. Qui voudrait rester ainsi à attendre sa mort pour s’assurer que ses hommes s’enfuient. Pas plus folle que ces hommes qui portent un autre blessé. C’est idiot, ils vont tous mourir, mais ils ne veulent pas le laisser. Et c’est sans doute parce que j’ai perdu l’amour de mon pays, que j’ai été vulnérable au regard d’un homme.

J’ai eu tellement mal, et la mort était avec moi. Mais je suis restée vivante. Je voulais rentrer, continuer. Ne pas abandonner. Celui qui abandonne une fois, abandonne toujours. Il ne faut jamais baisser la tête, je me l’étais promis. C’est ce que j’ai fait.

Mon histoire, ce n’est rien d’autre que celle de tant de soldats sacrifiés, massacrés, méprisés. Tant de vie qui n’était ni faibles, ni lâches. Sur un champ de combat, on meurt parce qu’on le décide, parce qu’on a pas le choix. Cette flèche, ton voisin, n’était pas moins fort, mais pourtant c’est lui qui l’a prise.

Qu’est-ce qu’un soldat qui a perdu confiance envers sa hiérarchie ? Un mauvais soldat. Une mauvaise hiérarchie, mais un mauvais soldat également.

Les hommes trahissent et papa a été le premier. Il a trahi sa famille, trahi son épouse.
Je ne vais pas mourir en lâche, Gribus. Je suis une survivante et je continuerai jusqu’à la victoire ou la mort. Je suis un soldat, je suis liée à la mort. Rien n’ira mieux, rien ne se remettra. J’irai mourir dans la violence qu’on m’a promise.

On m’a trahie, dans mon sang, dans mon rang, dans tout ce que j’avais. Mais il existe encore des hommes pour croire et porter cet élan soudé. Ensemble. Et ceux qui sont morts sont remplacés. J’avais le flanc déchiré, la jambe brisée. Aujourd’hui, je cours. Si je suis occupée à former les réservistes, ce n’est pas pour cela qu’on me privera d’un champ de bataille.

Elle s’arracha à son étreinte. Elle avait l’impression de le gêner autant qu’elle l’était elle par cette soudaine affection. Elle avait trop parlé. Tant de mots après tant de silence nécessaire. A s'en rendre malade de parler. De sa fenêtre, misérable ouverture, on pouvait voir la cour intérieure, en face, l’infirmerie. Cette chambre, elle l’avait retrouvée avec un presque plaisir. Après tant de temps passé sous la tente, c’était un confort charmant. Et pourtant, elle était mieux sous sa tente. Alors que Morghan n’avait pas brisé son cœur, que la mort n’avait pas pris tous ces hommes. Du plus jeune, au plus vieux. Tous ces gens qui l’enchaînaient à une douleur dont elle ne se séparerait jamais. C’était sa dette, celle des survivants, se souvenir et souffrir.


J’irai voir maman.


Tant qu’elle ne lui reprocherait rien, cela ira. Elle ne pourra pas supporter les accusations qu’elle pourrait avoir comme elle le faisait avec celles de Gribus. Elle lui avait toujours fait verser sa solde. Depuis ses dix-sept ans, elle avait fourni cet argent à défaut de présence. De l’argent pour vivre, pour manger puisque père ne le faisait plus. Elle devait lui en être reconnaissante. De sa part, plus que de personne, elle ne supporterait aucun reproche. Elle devait la respecter et ne pas briser le seul lien qui ne l’avait pas encore trahi. Sa mère.

Comment va-t-elle, dis-moi un peu… elle est en colère ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gribus Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 144
Age : 31
Date d'inscription : 06/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 36 ans
Profession: Noble de Rang
Positionnement : Régulier
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Lun 4 Fév - 0:15

Tandis qu'il tenait toujours gauchement sa soeur dans ses bras, écoutant ses paroles errer d'amertume en confessions, Gribus se sentit de plus en plus mal à l'aise. Il lui semblait que sa soeur passait d'une humeur à l'autre, tantôt en larmes, tantôt en colère, et il en parvenait pas à suivre son rythme. Est-ce qu'elle allait se remettre à pleurer ? Est-ce qu'elle allait crier, se lever et faire les cent pas, sortir de la pièce en courant et rejoindre son homme ? Nisa lui donnait vraiment l'impression d'une folle qui pouvait exploser à tout moment, et le regard incertain du jeune homme montrait mal la confusion qui s'était emparée de son esprit.

La soldate se mit à raconter une anecdote, à parler du premier homme qui l'avait trahi, et son petit frère secoua lentement la tête. Par Therdonne, mais qu'est-ce qu'elle lui faisait ? Est-ce qu'elle avait toujours été comme ça, cachant ses traumatismes et ses cauchemars sous des dehors distants ? Nisa n'avait jamais été du genre à se confier, préférant paraître professionnelle et confiante, lançant un sourire narquois à son petit frère avant d'enfourcher son cheval et de partir pour la caserne, sans dire quand elle reviendrait. Il fallait croire que tout le monde passait son temps à mentir. C'était étrange de se dire que cette guerrière insolente qu'il avait pris pour sa soeur n'était en fait qu'une protection, une armure de papier qu'elle dressait chaque matin pour qu'on ne voit pas la jeune femme au coeur brisé, aux pensées amères et aux yeux fous qu'elle était en réalité. Le jeune albinos n'était pas sûr d'apprécier la révélation.

Qu'est-ce qu'elle voulait qu'il fasse ? Qu'il la rassure, qu'il la critique, qu'il pleure lui aussi ? Il avait ses propres peurs et remords, mais il se gardait bien de les confier aux autres. Il ne pouvait se fier à personne, et même ceux à qui il faisait confiance ne pouvaient savoir sans être menacé. Mais Nisa lui avait fait confiance, elle lui avait dit ce qui la rongeait de l'intérieur, et Gribus ne savait pas quoi faire. Il n'avait pas l'habitude d'être un confident, et encore moins de devoir aider ceux qui se confiaient à lui ; quand il apprenait les secrets de quelqu'un, c'était pour en tirer quelque chose, pour lui faire du mal, pour le vendre à Eléni ou pour le faire chanter. Mais ce secret-là, que pouvait-il en tirer ? Il devait le garder, n'en parler à personne, et il ne pouvait même pas régler le problème : c'était maintenant évident que Nisa était déterminée à suivre son chemin et à n'écouter personne, et Gribus ne pouvait de toute façon pas simplement lui demander d'oublier Morghan, d'abandonner sa carrière et de vivre heureuse.

Elle se dégagea de son étreinte et sécha ses larmes, son visage de nouveau pris dans cette moue farouche dont elle avait l'habitude. Le jeune homme la regarda avec des yeux incertains, gardant son expression aussi neutre que d'habitude. Il n'avait rien à faire, en fin de compte : elle voulait juste quelqu'un sur qui décharger toutes ces idioties, une épaule sur laquelle pleurer avant de reprendre son chemin du même pas, sans rien changer. Pendant un long moment, Gribus se demanda s'il allait la laisser faire, mais quand elle dit qu'elle irait voir leur mère, il se dit que c'était peut-être pour le mieux. Après tout, il n'était vraiment pas le mieux placé pour l'aider à se rétablir. Elle était malheureuse, elle était folle et pétrie d'amertume, mais il commençait à se dire qu'il en avait toujours été ainsi.

Comment allait leur mère ? Gribus détourna le regard et se servit un nouveau verre d'eau, le temps de réfléchir à sa réponse. Au moins, elle avait posé la question, que ce soit par devoir ou parce qu'elle s'en souciait vraiment. Après ces instants absurdes, Nisa semblait revenir à la normale, renfermée, sa voix devenant hésitante dès qu'on arrivait à la famille. Etait-ce si simple ? Il suffisait d'un bon moment de pleurs et d'hystérie, et tout était comme avant ? Le jeune homme n'était pas sûr de comprendre, mais il ne voulut pas en prendre la peine. Il lui répondit sur un ton songeur, où l'inquiétude perçait faiblement.

En colère ? Elle n'est jamais en colère, tu le sais bien. C'était toujours père qui se mettait en colère. Elle ne s'énerve pas, elle ne fait que s'inquiéter, elle prend sur elle.

Il posa le verre sur la table et se leva pour pouvoir lui tourner le dos. Il ne voulait pas qu'elle voie son visage, et il ne voulait pas avoir à la regarder. Passant la main sur son visage, il continua.

Elle demande plusieurs fois de tes nouvelles, quand je vais la voir. Même une fois que nous avons appris que tu étais vivante, elle a continué à s'en faire, mais ça va un peu mieux depuis. Quand nous n'étions pas sûr, elle devenait...silencieuse parfois. Elle restait assise dans son atelier, à regarder un morceau de glaise, sans bouger, sans parler, sans pleurer.

Nisa méritait de savoir tout ça, de savoir ce que son absence faisait à leur mère. A sa manière, avec ce ton plat, plein de reproche passif, Gribus partageait son inquiétude. Il n'aimait pas penser à ce que Sesha vivait, à sa santé qui faiblissait peu à peu ou au fait qu'elle n'avait pas vendu de sculpture ou reçu de mécène depuis des semaines. Entre ce que ses deux enfants lui donnaient, elle joignait les deux bouts, mais qu'est-ce qu'il adviendrait si un jour Nisa ne revenait pas d'une bataille ? Ou si Gribus se faisait démasquer par le Conseil, si l'Al'Faret décidait soudainement qu'il n'avait plus besoin de lui ? Et même sans parler de désastre, il n'en restait pas moins que le temps passait. Sesha vieillissait et s'étiolait à mesure que ses enfants s'obstinaient, tous deux pris dans leurs impasses respectives et se refusait à bâtir une vraie vie. Si toute cette amertume était devenu la normale pour Nisa, qu'est-ce que cela disait de leur famille ?

Dans la petite pièce spartiate, Gribus se retrouva peu à peu confronté à une pensée qui pesait dans son ventre comme une pierre : leurs vies ne menaient à rien. Depuis le début, depuis la mort de son père, il s'était dit qu'il vivrait pour sa mère, qu'il prendrait toujours soin d'elle, mais il pouvait sentir que l'existence qu'il menait ne la rendait pas heureuse, que son dévouement stérile ne suffisait pas à la détourner du cercle vicieux dans lequel Nisa s'était enfermée.

Je ne sais pas ce qui serait arrivé si tu n'étais pas revenue.

Puisqu'elle lui avait ouvert son coeur et montré ses plaies, pourquoi pas lui ? Il s'appuya d'une main sur le mur et prit une grande respiration.

Je ne sais plus quoi faire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nisa Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 134
Age : 28
Date d'inscription : 02/07/2012

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 27
Profession: Militaire, Sergent
Positionnement : Conservatrice
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Dim 10 Mar - 15:32

Je sais. Je lui ressemble un peu. Au fond. Je peux la comprendre, mais elle aurait eu le droit de m’en vouloir cette fois, je crois. Pour le reste, je n’y peux rien. C’est mon métier et mon devoir. Il faut vivre, c’est ainsi.

Ce n’était pas mon heure, Gribus. Et Therdone a récompensé ma Volonté. J’ai toujours voulu revenir. Toujours voulu être ce rempart qui vous protège tous les deux. Je me disais, que c’était une jolie manière d’aimer. Quand j’étais jeune, maintenant… un peu moins.

C’est aussi une vie qu’être soldat. Une vie différente qu’on ne comprend pas. Aujourd’hui, je pourrais la quitter peut-être… s’il me venait une bonne raison. J’ai perdu l’innocence des débuts pour ne voir que la vérité masquée. C’est ainsi. On change avec le temps.

J’irai la voir, ne t’en fais pas. Tu peux être serein, je ne vais pas retourner au front de sitôt… J’ai dit quelques vérités à des supérieurs qui m’ont affectée à la formation. Voilà. Donc, je reste ici maintenant. Et puis, je n’ai de toute manière plus de compagnie, plus de soldats.

A moins que ce ne soit pas que maman le souci ? Non parce que bon, si c’était le cas, j’aimerai bien te dire qu’il est temps de prendre ta vie en main mon petit Gribus. Quoiqu’il en soit, bien sûr que je suis là. J’ai toujours été là. Je suis toujours revenue. Et puis, il n’y a parfois rien à faire. Mais si tu as un souci, dis-moi, je verrais ce que je pourrais faire.



J’ai une idée. On pourrait aller voir maman, maintenant… j’ai mon après-midi de libre. C’est assez rare et ensuite je serai occupée. Tant pis pour ma sieste, tu m’as déjà éveillée.

Tu en penses quoi ?


Elle se tourne vers lui. Elle voit bien que son frère a l’air fatigué, soucieux. Peut-être est-ce juste parce qu’il a grandit, qu’il a désormais un travail et des responsabilités… cela fait des années qu’elle ne l’a pas vu après tout. Tout le monde change avec le temps, même son étrange petit frère. Elle sait que maman lui tient beaucoup à cœur et que cette dernière n’attend que le retour de son aînée. Alors si elle veut changer les idées de son cadet, rien de mieux qu’une visite. Elle appréhendait un peu la confrontation maternelle. Mais après tout, ce n’était rien d’important. Gribus garderait le silence sur ses histoires de cœur et elle montrerait patte blanche. La savoir affectée à la formation rassurerait sans doute la pauvre femme et lui permettrait de se reprendre un peu en main. L’idée bien en tête, elle ouvrit son armoire et en sorti une chemise de lin. La plus jolie qu’elle ait, finement tissée, un cadeau de sa mère justement. Elle mit ensuite son pantalon puis ses guêtres de cuir. Elle accrocha à sa ceinture son épée. Elle défit ensuite sa longue natte. Les cheveux étaient incroyablement longs et effrontément jolis. Une nuée soyeuse qui venait baigner ses reins. Elle les peigna rapidement et refit sa natte avec soin. Elle passa un peu d’eau sur son visage. Voilà, elle adressa au miroir un regard satisfait. Elle avait presque l’air bien. Il y avait juste de légères cernes sous ses yeux, elle les cacherait en souriant. Normal d’être un peu fatiguée avec son travail. Elle prit au passage une friandise apportée qu’elle engouffra toute entière dans sa bouche.

Alors qu’estchque t’en dis. Cha va non ?

Elle écarta les bras et tourna sur elle-même. Tout à fait présentable. Rien ne laissait présager la drôle de tempête qui agitait sa tête et malmenait son moral. Elle se tenait droite et bien tranquille. Elle prit le manteau de Gribus et le lui jeta dessus. La délicatesse ne faisant toujours pas partie de ses qualités. Il y a des choses qui ne changent pas...

On pourra continuer de discuter en chemin, je sais que tu n’aimes pas la caserne.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gribus Sandragil
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 144
Age : 31
Date d'inscription : 06/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 36 ans
Profession: Noble de Rang
Positionnement : Régulier
MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   Jeu 18 Avr - 0:55

[navré pour le retard, j'ai été overbooké ces temps-ci]

Gribus resta le dos tourné tandis que Nisa parlait, sans jamais l'interrompre ni donner signe de réaction. Pendant un instant d'inconscience, il avait entrevu une toute autre discussion, un partage à coeur ouvert où il avouerait tout à sa soeur, la Dissidence, les menaces et la peur qui le taraudait, peut-être même ces étranges questions sur l'avenir. Et sa soeur l'écouterait patiemment, et lorsqu'il aurait fini, elle lui ébourifferait les cheveux et laisserait échapper un rire, avant de lui dire qu'elle allait l'aider et que tout irait mieux. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il reprenne ses esprits. Il fallait dire que Nisa avait un don pour le faire redescendre sur terre.

De quoi parlait-elle ? D'elle-même, évidemment. Gribus avait surtout l'impression qu'elle réfléchissait à haute voix ; elle parlait de l'innocence de ses débuts et d'une vérité masquée...il ne se fatigua pas à essayer de comprendre. Peut-être que Nisa était bel et bien incompréhensible, peut-être qu'il valait mieux se résigner. Elle n'avait rien relevé de ses paroles, aucun des indices de son trouble, et le jeune scribe était trop têtu pour essayer de lui parler plus franchement.

"J’irai la voir, ne t’en fais pas." dit-elle avec un ton qui le prenait légèrement de haut, comme pour calmer un enfant qui se faisait trop de soucis. Ca ne gêna pas trop le jeune homme, qui avait l'habitude d'ignorer le ton des autres. Elle avait cédé, elle irait voir leur mère, et après tout c'était ça qui comptait. Ils n'avaient pas refait le monde, ils ne s'étaient pas avoués leurs plus sombres secrets (enfin, Nisa lui avait tout déballé, mais ce n'était certainement pas pour en discuter), et en vérité presque rien n'avait changé, mais au moins il avait accompli ce qu'il était venu faire. Gribus laissa échapper un faible rire fatigué et se retourna vers sa soeur, son visage affublé d'un sourire effacé.

Il n'eut pas trop de mal à garder ce sourire lorsque vint le commentaire suivant et que sa soeur folle amoureuse et auto-destructrice lui dit qu'il devait prendre sa vie en main. A vrai dire, son sourire s'élargit un peu. Il y avait quelque chose de drôle et de très amer dans cette situation absurde. Gribus voyait bien que sa soeur était restée la même et qu'elle ne changerait probablement jamais. Elle était toujours aussi perdue dans sa propre tête, toujours détachée de sa propre famille, toujours obsédée par son nobliau ; elle avait fait toute la conversation elle-même, avait pleuré un bon coup et puis avait décrété que tout allait mieux, toute seule, comme une grande. Mais au moins, elle avait daigné faire un compromis et visiter leur mère.

Gribus acquiesça silencieusement à sa proposition, avec toujours ce faible sourire aux lèvres. Il attrapa sans protestation le manteau qu'elle lui jeta et lui emboîta le pas hors de la cellule. Les choses étaient revenues à la normale, dans la petite impasse qu'était devenue leur famille. Est-ce qu'ils s'étaient vraiment remis de la mort de Baruch ? Est-ce qu'ils avaient passé ces dernières années à tourner en rond, sans rien bâtir pour l'avenir ? Peut-être pour la première fois de sa vie, Gribus se rendit compte qu'il était gris et terne, un petit homme triste et isolé, marchant sur une route qui ne menait à rien. La pensée lui fit plus mal qu'il ne voulait l'admettre et certainement plus qu'il ne le montra à sa soeur. C'était inutile de lui dire. Ce n'était pas le genre de choses qui l'intéressait, et de toute façon, quel conseil pourrait-elle bien lui donner ?

Tandis que frère et soeur sortaient de la caserne et partaient en direction de la Ville Basse, Gribus se dit qu'il allait falloir que les choses changent. Il ne savait pas quand, il ne savait pas comment, mais il fallait que les choses changent, qu'il se tire du marasme où il s'était laissé entraîner par sa solitude et par la Dissidence. Sans quoi le coeur de sa mère continuerait de se morfondre, sa soeur continuerait de s'égarer dans son métier, et lui-même finirait bien par se faire tuer, à moins qu'il ne reste seul et froid toute sa vie. Et quand l'un serait mort, que pourraient bien faire les autres ? Et lorsqu'ils seraient tous morts, que resterait-il d'eux ?

[si ça te dérange pas, je propose qu'on arrête le rp là. A moins que Nisa ait un sujet en particulier dont elle veut discuter, Gribus va probablement faire l'autruche et parler de banalités distraitement]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le repos de la guerrière [Privé Nisa]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le repos de la guerrière [Privé Nisa]
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Une nouvelle guerrière ! (privé Nuage d'ébène et les autres)
» Le repos de la guerrière [Shanareth]
» MON REPOS 50 CARREFOUR!!! SOS!
» Crystaline Saphirr [Ebéniste,forgeronne, guerrière]
» La plume de Rarage | Grande Guerrière => Crèp

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Tables d'Olaria :: Introduction à Olaria :: ♦ Les chemins de la vérité :: ♦ Quinze ans plus tôt :: Ville Haute :: Les Quartiers Militaires :: Les Maisons de Garnisons-
Sauter vers: