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 Un air de déjà vu

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Lell Llureyin
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MessageSujet: Un air de déjà vu   Mar 17 Juil - 22:23

La nuit était calme. L’arrière boutique embaumait les fragrances des herbes séchées qui diffusaient comme un parfum de fraicheur et créaient une atmosphère paisible qui, plus que tout autre chose, avait le pouvoir d’apaiser les tensions. Et pourtant, Lell ne dormait pas.
Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis sa première leçon de chirurgie, et plus que l’apprentissage de la chirurgie elle-même, c’était les révélations de Grand-Mère qui avaient le plus marquée Lell et qui la faisaient encore réfléchir cette nuit. Elle s’était bien doutée de quelque chose en la voyant disparaître de plus en plus souvent et longtemps, mais jamais elle n’aurait soupçonné que la vieille femme se trouvait à l’origine du mouvement qu’elle venait à peine de rejoindre et qu’elle se trouvait avoir l’oreille de l’Al’Faret lui-même. Malgré sa curiosité débordante, la jeune femme avait retenu les questions qui se bousculaient sur ses lèvres, sachant avec certitude que Grand-Mère ne répondrait à aucune concernant le mystérieux dissident. La leçon s’était achevée sans aucune autre allusion au mouvement, et Lell n’avait que peu revu la vieille femme par la suite.
Les journées avaient passé lentement, n’apportant que peu de patients et lui laissant toute latitude pour réfléchir à ces révélations. Au bout du deuxième jour à ressasser les mêmes pensées sans rien avoir à faire, elle s’était finalement décidée à tester un nouveau poison et avait eu pour récompense des résultats assez probants.
C’était donc sur une note assez positive que la journée s’était achevée, et pour ne pas la gâcher, elle avait préféré rester dormir dans la boutique, d’autant plus que Grand-Mère n’était pas encore revenue de l’urgence pour laquelle elle avait été appelée tard dans l’après midi. Urgence réelle ou question de dissidence, Lell n’avait pas posé la question et s’était proposé de garder la place avec la chienne. Elle s’était fait une paillasse pour ne pas utiliser le lit réservé aux patients, et avait trouvé rapidement le sommeil.

Mais celui-ci l’avait quitté précipitamment, alors que les étoiles brillaient encore sans que l’aube ne fût visible. Les yeux grands ouverts depuis quelques secondes, elle restait attentive au moindre bruit, cherchant l’origine de ce qui l’avait tirée de son sommeil. Enfin, un grattement contre la porte récompensa son attente, et elle sortit du lit avec un soupir pour ouvrir la porte à la chienne. En simple chemise de nuit, elle resta dans l’embrasure de la porte pour observer la forme blanche filer dans l’arrière cour.
Un jappement la tira de ses pensées encore quelque peu endormies et lui fit froncer les sourcils. Une forme plutôt sombre attira son attention mais sans qu’elle n’y prenne garde, pensant tout d’abord à un chat. Mais celle-ci grandit et s’enfla sous les yeux écarquillés de la jeune femme avant de murmurer son nom d’une voix rauque.
Lell se précipita vers la source de la voix et eut un moment d’arrêt en trouvant Elenor. « Que… ? » Des vêtements sombres, sales et puants, dissimulaient ses traits et son corps, mais il était impossible que ce ne fut pas elle. Agissant rapidement, elle passa un bras sous le sien et l’aida à se relever. « Viens, ne restons pas là. » Du coin de l’œil, elle vit une seconde silhouette qui disparut aussitôt de son champ de vision, comme si elle s’était évaporée. Malgré sa surprise, elle relégua se second mystère en arrière plan de ses pensées pour se consacrer sur sa tâche.

Elenor peinait à suivre le mouvement et la mener jusqu’au lit fut pénible et difficile. La scène sentait le déjà vu, un déjà vu qui ne manqua pas de l’agacer lorsqu’elle vit la blessure sur la cuisse qu’elle avait soigné plusieurs semaines auparavant. Pourtant, elle ne fit aucune remarque, l’air hagard de son ancien capitaine lui apprenant que la nuit avait été suffisamment éprouvante pour elle.
Comme la fois précédente, Lell sortit une chemise propre et lui enjoignit de la passer. Pendant ce temps, elle prépara méthodiquement ses instruments et les potions dont elle aurait besoin puis revint auprès de sa patiente.
S’agenouillant devant elle, la jeune fille lui prit une main et lui parla doucement, plus chamboulée par l’air de son ancien capitaine que par les blessures qu’elle présentait. « Elenor, dis moi ce qui s’est passé. C’est… encore le guet ? »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Lun 23 Juil - 0:07

Le chemin de retour s'était passé dans la masse cotonneuse de la douleur, et de la peine qui étreignait son cœur. Une douleur insidieuse et puissante, qui irradiait depuis sa cuisse dans tout son corps et la mettait au supplice tandis que ses larmes, d'épuisement, se tarissaient. Elle pouvait marcher, elle ignorait comment, mais dépendait pour l'essentiel de la créature qui était venue la récupérer à l'entrée du conduit où elle s'était réfugiée une fois son devoir accompli. Il lui avait offert un appui, et toute laborieuse qu'était pour lui la tâche, avait réussi à la mener à bon port. La gravité de sa blessure, Elenor n'y pensait pas. La plus vive était celle qui torturait son esprit, le délitait avec la lenteur des griffes d'un chat. Une à une, ses pensées, sitôt formées, étaient labourées avec une lente méticulosité, puis abandonnée, absconse et frêle. La Jagharii se faisait l'effet d'être une carcasse dénuée de raison, tandis qu'elle suivait, ses dents grinçant de douleur, le rythme imposé par le Pouilleux. Avoir passé une heure dans l'eau, dans son état, pouvait bien lui faire perdre sa jambe. Mais sa jambe était une partie de ce corps qu'elle ne comprenait pas, et dont la Volonté semblait détachée du reste de son être.

Combien de temps cela dura-t-il, elle n'en avait pas la plus petite idée. Elle ne savait pas non plus, d'ailleurs, par où il la conduisait dans cet enfer. L'odeur elle-même était lointaine, simple incarnation nauséabonde de son égarement. Elle ne crut pas vraiment à leur sortie, lorsque tel fut le cas. L'air libre l'agressa, avant de la soulager, et tandis qu'à bout de souffle elle vacilla sous sa pureté, elle songea qu'elle pourrait bien mourir, juste là. Mourir. Abandonner.

Mais tel ne fut pas le cas et, sa poigne toute frêle, le Pouilleux la ramena à elle tandis qu'adossée à un mur, elle commençait à glisser, à tomber. Où ? Où... ? Douleur. Douleur immense. Jambe...

« Lell Llureyin... » Elle tendit un doigt vague dans la direction qu'avisant les parages, elle pensait être la bonne. « Guérisseuse, Grand-Mère. » Ce nom entraîna une réaction, et sans qu'elle le réalise tout à fait, elle se mit en branle.

* * *

Il l'avait déposée devant la petite boutique, à même le sol, une fois faite sa « livraison ». Elenor quant à elle, trop faible pour en faire davantage, se contenta de se recroqueviller sous les jappements pleins de vie de la chienne. Les doigts de sa main droite ripèrent contre les pavés, et elle replia avec un râle de souffrance sa jambe baissée. Un bruit, alors, attira son attention, et levant un regard hagard elle discerna de la lumière, et une petite silhouette, pour la découper. « Lell... » Un souffle, infime. Elle ne l'entendrait pas, seulement le chien, qui toujours appelait. « Lell... » Plus fort. Un filet de voix. Pas suffisant. « Lell... »

Et elle entendit les pas, précipités, puis la voix de la jeune fille. Sa voix était la plus douce des liqueurs. A côté de celle-ci, l'air frais n'était rien. Un soulagement, intense. Oui, Lell était là, et alors même qu'elle était toute prête à mourir un peu plus tôt, elle ne désirait à présent rien aussi fort que de vivre, grâce à elle. Lorsqu'elle fut saisie, et soulevée par sa protégée, Elenor sentit sa propre peau glisser sous les vêtements toujours humides. Elle transpirait.

Fièvre.

Non...

Allongée, elle crispa ses mains, cherchant un appui, sans en trouver. Elle demeura quelques instants silencieuse, égarée dans cet univers propre et silencieux, serein, tandis que dans sa tête les tambours du combat faisaient toujours rage. Elle le lui avait dit. Elle le lui avait dit, à Lui, qu'elle craquerait, qu'elle sombrerait dans la folie. Il avait dit qu'il la protègerait, mais c'était impossible, ce soir. Elle se contenta d'élever sa main droite et de masquer son regard, son souffle sifflant tandis qu'elle devinait sur son corps en piteux état le regard de la soignante. Elle lui apporta des vêtements propres. Ce n'était pas suffisant. Pourtant, elle obéissait, ses gestes absents. Elle ne vérifia pas que la jeune femme était sortie, ses doigts s'affairant à sa ceinture, qui s'en fut avec souplesse. Puis le corset. Trop difficile. À tâtons, elle trouva un fin couteau acéré, et rompit les lacets, exhalant à cette libération un souffle sonore. Elle en eut mal à la gorge... Suivit la chemise dont elle se défit sans mal. Torse nu, la fraîcheur de la nuit caressant atrocement cette peau qu'elle aurait pu voir lacérée plus tôt avec sa conscience, elle resta ainsi alanguie, avant de s'appuyer sur ses coudes, et de hasarder sur sa cuisse dont le sang avait cessé de suinter un regard craintif. Elle ne voyait pas l'étendue de la blessure, ainsi...

À l'aide du couteau sur lequel ses doigts, nerveux, couraient toujours, elle fit céder l'étoffe de ses chausses, les détachant de la plaie où les fibres s'étaient incrustées avec un gémissement sourd de douleur. L'air brûlant et fiévreux qui alimentait son corps gonflant ses joues, elle termina néanmoins le travail. Sans oser regarder la plaie, elle acheva de découper l'étoffe, et s'attaqua, plus rapidement, à sa seconde jambe. Nue à présent, elle se glissa alors en tremblant dans la longue chemise propre qui lui avait été offerte. Se soulevant avec un grognement, elle dégagea du lit ce qu'il restait de ses chausses et laissa là le tout, massé au pied du lit, consciente que par la crasse qui la recouvrait toute entière elle souillait celui-ci. Que n'aurait-elle donné pour un bain. Un bain chaud, et enivrant. Un bain qui soignerait son âme, lui ferait l'effet de la lui arracher en volutes douces et continues... Un bain, dans lequel sombrer dans le silence et la quiétude.

Mais ce ne fut pas un bain, qu'on lui offrit. Plutôt la douceur de mains propres qui prirent la sienne pour la ramener. Puis cette voix, ce miel, cette ivraie qui l'avait sauvée plus tôt. Jeune, douce. Vie. « Non... » Ce n'était pas le Guet. Alors elle avait entendu ? On dirait... « Le campement... Révolutionnaire. J'ai accompli mon devoir. » Comme s'il lui fallait le justifier. Alors, pourquoi était-elle dans cet état ? Pourquoi vivait-elle la victoire comme la plus amère des défaites ? « J'ai accompli mon devoir, Lell. » Douce Lell. Laisse moi mourir à présent. Vivre, elle avait voulu vivre, mais à présent cela semblait si difficile. Elle avait conscience du silence qu'elle n'entendait pas, la rumeur ne désemplissant pas sous son crâne tandis qu'elle masquait à nouveau ses yeux, cette fois de son avant bras gauche, sa main droite enserrant les doigts de Lell avec désespoir. Elle était à bout de forces... Elle ne pouvait plus... Elle avait cru, mais elle n'avait pas cette force. Si ses yeux n'avaient tant pleuré, elle aurait pu verser quelques larmes. Au lieu de cela, elle fut accablée par une terrible migraine, qui la clouait sur place.

Qui la rendait dingue.
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Lell Llureyin
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Mer 25 Juil - 21:23

Lell fronça les sourcils. L’état d’Elenor l’inquiétait de plus en plus. Elle avait répondu à sa question, mais de manière totalement décousue et imprécise. Cela ne lui ressemblait pas.
Que pouvait-elle bien être allée faire dans le campement révolutionnaire, au milieu de l’ennemi ? Etait-ce une mission dissidente ? Et surtout qu’est-ce qui avait bien pu la mettre dans cet état ? Car ce n’était pas tant le discours qui l’inquiétait, mais surtout la confusion qui l’accompagnait. Elenor était en état de choc ou elle ne s’y connaissait pas. Et sa blessure seule n’était pas en mesure de tout expliquer.
La main qu’elle tenait la serra plus fort, comme avec désespoir. Un désespoir qui perçait au travers des mots qu’elle prononçait d’une voix que la jeune femme ne lui connaissait pas. Lell répondit à son étreinte, tentant d’apaiser Elenor autant qu’elle le pouvait. Elle sembla tout d’abord y réagir positivement, mais d’un coup, la guérisseuse la sentit se raidir sous ses doigts d’une façon qui lui fit peur. Affolée, elle observa avec angoisse le visage de son ancien capitaine. Crispée, fermée, Elenor lui semblait lointaine, comme inaccessible. La douleur ? Alors elle la força à s’allonger sur le lit, d’une main ferme mais douce, débitant un flot de paroles continu, paroles qui auxquelles elle ne cherchait même pas à donner de sens, elles étaient là surtout pour la calmer et la rassurer.

Quand elle fut enfin allongée, Lell détacha sa main de celle d’Elenor. Un coup d’œil à la blessure à la cuisse lui apprit tout ce qu’elle voulait savoir dessus et elle ne perdit pas de temps à l’examiner davantage.
Elle tisonna le feu et mit de l’eau à chauffer, gardant un œil sur sa patiente. Agitée, elle manifestait tous les signes de la fièvre sans pour autant en présenter les symptômes. Elle ne pouvait pas opérer comme la fois précédente où Elenor, malgré sa blessure, était restée calme pendant tout le temps qu’il lui avait fallu pour la recoudre. Cette fois ci…
La jeune femme prit une fiole sur l’une des étagères, et hésita quelques secondes. Mais un simple regard sur la silhouette agitée de sa patiente suffit à la convaincre de la nécessité d’un somnifère. Elle répugnait à lui administrer sans son consentement, mais elle ne voyait pas comment faire autrement.
« Prends ça Elenor, ça va te faire du bien. » Lell souleva sa tête avec douceur et introduisit le flacon entre ses lèvres, faisant couler son contenu dans sa bouche. Elenor n’opposa pas de résistance, et elle la reposa sur son oreiller où elle sombra dans le sommeil quelques secondes plus tard. Se munissant de son matériel, elle désinfecta la plaie, l’anesthésia – ce n’était pas la peine que la douleur la réveille – et entreprit de recoudre les tissus déchirés.

***

Il était étrange de voir les rôles ainsi inversés. Pendant tout le temps de son apprentissage militaire, c’était Elenor Jagharii qui l’avait protégée de son ombre et lui avais appris tout un tas de choses qu’elle ignorerait sans doute encore sans elle. Inverser ainsi les rôles en ayant à veiller sur l’ex-capitaine lui paraissait… insolite.
Le jour s’était levé et la journée s’était écoulée sans qu’Elenor n’ouvre les yeux. Lell n’était pas inquiète, le somnifère qu’elle lui avait administré pouvait la faire dormir encore quelques heures, et le sommeil était ce dont elle avait le plus besoin en ce moment. Plusieurs personnes étaient venues à la boutique durant la journée, mais rien n’avait perturbé son sommeil. Le ciel s’assombrissait lentement à l’est et Lell avait fermé la boutique depuis longtemps lorsqu’Elenor ouvrit les yeux. Un léger changement dans sa respiration et des mouvements de plus en plus récurrents l’avaient avertie de son réveil imminent, et travaillant non loin de là, la guérisseuse s’en aperçut aussitôt.
Elle se plaça à son chevet et attendit que sa patiente soit totalement réveillée pour lui parler, sachant par expérience qu’elle pouvait être désorientée avec le somnifère et tout ce qui s’était passé avant. Quand enfin elle put juger qu’Elenor remettait le lieu, elle lui sourit avec douceur.

« Est-ce que tu te sens mieux ? »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Lun 30 Juil - 7:44

Combien de temps demeura-t-elle inconsciente ? Combien de minutes ? D'heures ? De jours ? C'était flou, son être comme dissout dans un magma vague de douleur, d'égarement et de larmes. Des larmes qu'elle ne versa pas en songe, puisqu'elle ne rêva pas, jamais, et c'était tant mieux. Ses rêves, qu'auraient-ils pu être, sinon du sang, de l'horreur et de la peine ? Sinon ses flammes qui non contentes de gagner le campement Révolutionnaire, avaient gagné aussi son âme ? Sinon la mort, encore et toujours, de ceux qu'elle avait menés au combat... ? Ou bien aurait-elle retrouvé l'enfer du Pouilleux ? Le royaume de cette créature dont le cœur s'était révélé à elle dans sa douleur ? Aurait-elle remplacé la mort par une disparition dans ces canaux. Serait-elle devenue, songe après songe, l'alter-ego de ce qui autrefois avait du être un être humain ?

Était-elle seulement un être humain ? Ou n'était-elle plus qu'un nœud convulsant de douleur, tout juste doté d'assez de raison pour voir celle-ci lui faire défaut ?

Qui suis-je... ?

Mais cette inconscience avait été douce, et sans rêve. Une inconscience blanche, un simulâcre de mort. Elle s'était dissoute, oubliée. Elle n'était plus rien, et en s'oubliant, elle avait également su oublier un peu sa douleur. Attachée à ses chairs comme un parasite, celle-ci n'avait pas supporté cette douce explosion de son être.

Elle n'avait fait que tomber dans l'inconscience, aidée par les produits donnés à boire par la mortelle Belladone, mais cela lui semblait déjà le plus extraordinaire des remèdes. Tellement plus extraordinaire que tout ce que pourrait faire un médecin... Elle avait tenu sa main, chalereuse et humaine, puis elle avait jeté son être dans une petite mort. Une douce mort, qu'elle avait désiré si fort, et qui ne serait pas irréversible. Oh, Lell, quel formidable cadeau...

Sa gratitude, pourtant, s'était peu à peu atténuée avec l'éveil. Il lui avait fallut comprendre ce qu'elle faisait là, quel était ce , au juste, et d'où lui venait la lancinante douleur qui prenait sa jambe toute entière... Elle s'était s'abord rendu compte d'avoir mal, très mal. Au corps. Mais aussi une autre douleur, plus pernicieuse. Celle de l'âme, lorsqu'elle se souvint de sa mort. De leur mort. Elle ne pleura pas... Il lui semblait qu'elle n'en avait pas même la force, tandis que, ses yeux ouverts fixés au plafond, elle entendit la voix de Lell à son côté. Elle tourna alors lentement la tête vers elle, presque effrayée par ce qu'elle allait voir, et demeura interdite devant sa question. Allait-elle mieux... ? Cela lui prit plusieurs secondes, longues, de silence, avant qu'elle ne parle d'une voix cassée qui ne lui ressemblait pas.

« Je crois que oui. » Incertaine, interdite, inquiète. Lell lui souriait, mais elle n'arriva pas à lui rendre autre chose qu'un rictus maladroit, frémissant tandis qu'elle reportait son regard sur le plafond. Au moins, la jeune femme savait qu'elle l'entendait... ce n'était déjà pas si mal. « Je ne sais plus trop comment j'ai attéri ici mais... Merci. » Douce Lell, mortelle Belladone, de m'avoir tuée pour quelques heures ou quelques jours. Elle n'avait pas demandé combien de temps elle avait ainsi sombré. Mais c'était sans importance. Le principal était le bénéfice qu'en avait tiré son âme...

Endolorie à nouveau, celle-ci brûlait de sombrer une seconde fois dans la douce étreinte de l'inconscience, mais elle savait Lell trop sage pour le lui offrir. Elle n'était pas comme ces médecins qui, suite à son accident, l'avaient abreuvée de drogues dans l'espoir de la calmer. Avait répondu à ses ordres impérieux et accepté qu'elle ne s'enlise dans la consommation de ce qui, supposé ôter de ses sens l'aiguillon de la douleur, avait anihilé ses sens et sa raison tout court. Non, Lell la laisserait souffrir, et panserait ses plaies à vif, pour ne pas en causer de nouvelles. Elle avait envie de pleurer, mais c'était une envie qui venait du cœur, et en dépit de celle-ci, ses yeux demeurèrent secs...

Il lui faudrait parler, expliquer... Que lui avait-elle dit la veille ? Elle ne s'en souvenait plus. Elle ne se souvenait plus de rien, à compter de l'instant où elle avait échoué, seule, dans les égoûts où le Pouilleux l'avait ramassée. Le trajet était flou, à l'intérieur, et à l'extérieur des tripes d'Edor Adeï. Et avant cela ce... ce n'était pas vraiment mieux, tant elle avait marché, à compter de la mort de Colibri, comme un automate douloureux...

La mort de Colibri. Oui, c'était pour cela que son cœur avait envie de pleurer. Elle se souvenait à présent. Le chatoyant Colibri, cette créature qui avait su effleurer sa peau du bout de ses ailes rapides, avait été arraché à la vie.

Ses yeux, toujours, demeuraient secs, mais la terreur grandit un peu plus en eux, perceptible tandis qu'ils s'écarquillaient et que son souffle se faisait plus court.
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Lell Llureyin
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Dim 5 Aoû - 7:41

Encore agitée. Le sommeil artificiel que Lell lui avait procuré semblait avoir reposé son corps… mais guère son esprit. La jeune femme le voyait, elle le sentait, et cela l’inquiétait énormément. Dans cet état, elle hésitait à lui poser les questions qui brûlaient ses lèvres. Devait-elle attendre encore ? Attendre qu’elle se remette d’elle-même, que le traumatisme s’efface doucement ?
Non, il fallait crever l’abcès, où Elenor ne guérirait pas. Jamais. Elle devait l’obliger à en parler, dut-elle la détester ensuite. Et ce n’était pas une perspective réjouissante…
Seulement voilà, Lell ne savait pas comment s’y prendre. Ce n’était pas son genre de forcer les gens à lui parler quand ils n’en avaient pas l’envie. Pourtant, il le fallait.
Son regard fut soudain attiré par le changement de respiration de sa patiente. Elle serra sa main dans la sienne tandis que son souffle se faisait plus court et que la terreur – née des souvenirs de cette nuit – se lisait dans ses yeux. Elle resta à côté d’elle, à côté de son ancien capitaine, présence silencieuse mais calme, attendant que sa peur se calme et s’apaise.
Alors, non sans un soupir, elle se prépara à la faire renaître pour la purger. Une bonne fois pour toute. Mais d’abord, elle devait l’informer sur son état, sur ce qu’elle lui avait fait. C’était de son devoir.

« Elenor… » Son regard se tourna vers elle et elle continua. « J’ai recousu ta cuisse pendant ton sommeil. Comme la dernière fois, tu devras faire attention à ne pas t’appuyer trop dessus dans les jours qui viennent. Cela pourrait te faire un peu mal, ou te démanger, mais surtout, tu ne dois pas y toucher. » Les recommandations habituelles que l’ancien soldat devait connaître depuis le temps. « Ce que je t’ai donné quand tu es arrivée ne t’a fait dormir que la journée… »
Comment continuer maintenant ? Lell savait qu’elle devait se lancer, sinon elle ne le ferait jamais. Et cela ne ferait qu’empirer l’état de sa patiente.
« Tu es arrivée ici dans la nuit, j’ai eu l’impression que quelqu’un t’avait déposée là. Tu m’as parlé du camp révolutionnaire, et que tu avais fait ton devoir. » Elle s’interrompit un instant, revoyant la détresse d’Elenor et l’état de choc dans lequel elle se trouvait qui lui faisait débiter ce discours haché et décousu qui l’avait alarmée. « Ce que je vais te demander elle difficile, mais… je ne te laisserai pas le choix. » Sa voix restait douce, autant que possible apaisante, mais elle barricada ses sentiments qui risquaient de l’empêcher d’aller jusqu’au bout.
Crever l’abcès…
« Que s’est-il passé la nuit dernière Elenor ? Qu’est-ce qui t’a mise dans cet état ? »

Ses yeux ne quittaient pas le visage de la femme allongée dans le lit, guettant le moindre signe qui la renseignerait sur l’impact de ce qu’elle demandait. Lell avait un peu peur de ce qu’elle risquait de déclencher, mais il le fallait.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Lun 20 Aoû - 15:10

Ses yeux toujours rivés au plafond, elle écouta la jeune femme lui parler de son état. Était-ce vraiment son corps dont elle lui parlait ? Ne pas y toucher... À quoi... ? Sa cuisse. Sa cuisse qu'elle avait recousue, qui s'était ouverte lorsque... Ah... Elle ferma les yeux, mais ne sombra pas dans l'inconscience, et les rouvrit au bout de longues secondes, pour que la jeune femme sache qu'elle ne dormait pas. Ce qu'elle lui avait donné... Une journée de sommeil. C'était si énorme, et si peu à la fois... Incroyable qu'elle ait pu dormir aussi longtemps, elle qui était d'ordinaire rodée au rythme militaire... Angoissant, que cela n'ait duré que si peu de temps... Un jour... Un petit jour. Ils avaient du récupérer les cadavres... Elle voulut élever ses mains pour en recouvrir son visage, mais ne s'en sentait pas capable. Alors elle resta sur le dos, ses yeux attristés rivés au bois du plafond. Elle avait un peu l'impression d'y sombrer, de tomber face contre telle, tant il ressemblait à du plancher... Une chute vertigineuse et infinie. Elle savait cette sensation trompeuse, et du à ce que Lell lui avait donné, mais elle ne l'en prenait pas moins...

Quelqu'un. C'était le Pouilleux. Alors il l'avait traînée jusque ici, lui à la carcasse famélique et branlante... Elle devait faire le double de son poids, et il semblait si frêle, mais il ne l'avait pas abandonnée au coin d'une rue... Il aurait pu. Mais non. Pouvait-elle dire qu'il était le troisième homme de la soirée à l'avoir sauvée. Était-il seulement un homme ? Qu'était-il ? Horrifiée, elle se sentit nauséeuse, mais ne précisa pas son identité à Lell. Inutile, trop fatiguant en plus. Puis le Camp Révolutionnaire et son devoir, son hideux devoir. La honte..

« Que s'est-il passé la nuit dernière Elenor ? Qu'est-ce qui t'a mise dans cet état ? »


À nouveau ses yeux se fermèrent, lentement. Sombre, endors toi, fuis, disparais. Mais non. Elle trouva la force de les rouvrir, pleins de larmes qu'elle pensait ne plus pouvoir verser. Des larmes brûlantes et douloureuses... Les lattes du plafond se brouillèrent, oscillèrent comme si la petite baraque menaçait de s'effondrer sur elles. Elle ne parvint pas à fuir ces deux questions, Lell avait raison, elle ne lui laissait pas le choix. Elle aurait pu soupirer, mais n'en fut pas capable et au lieu de cela s'étouffa un peu. Que s'était-il passé ? Pourrait-elle parler, ou sa voix demeurerait-elle prisonnière de sa détresse ?

Elle trouva sa voix, éraillée et douloureuse. Elle la trouva. Elle parla. Elle le lui avouait comme une confession, comme lors d'un interrogatoire, sous la menace. Elle parlait de façon méticuleuse et appliquée, bien qu'elle ait eu des doutes sur la cohérence de son propos. D'une voix blanche, elle évoqua la mission, Dissidente, son objectif, son déroulement théorique. Ce qui était prévu... Elle lui parla longtemps, longtemps, et évoqua tant de choses qu'elle même s'y perdit... Elle lui dit pour son mariage, pour l'Al'Faret. Elle ne trahit pas le nom de celui-ci mais ses yeux dirent la douleur que lui inspirait cette union. Elle avoua le silence d'Eleni, le fait que lui fut envoyé Colibri. Un sourire attendri aux lèvres, elle lui parla du dompteur de fauves, gloussa en évoquant leur tentative d'incendie et l'altercation avec le Guet, puis elle souffla à demi-mots la fougue de leur nuit. Elle préserva, instinctivement, la pudeur de la jeune fille, mais elle comprit néanmoins à quel point Elenor s'y était brûlée. Elle lui dit l'avoir repoussé le lendemain.

Tout cela allait si vite, beaucoup trop vite, mais les mots jaillissaient comme d'un redoutable geyser. Sa voix, de moins en moins écorchée, gagna en assurance jusque là, avant de se briser. Première erreur. Elle avait pris cet homme comme second, elle n'aurait pas du. Il lui en voulait, mais elle avait besoin de lui. Elle avait besoin de son caractère, de son charme. Et elle brûlait de sentir à nouveau sur sa langue le goût de sa liberté. Oui, c'était une erreur.

La mission, sa voix baissa d'un ton et elle évoqua le départ les yeux clos, ses lèvres seules bougeant, comme mues par une énergie bien distincte de celle qui, de son absence, laissait son corps amorphe. Elle parla du Pouilleux, des mercenaires, des égoûts et de leur saleté. Elle parla de leur dispute, derrière la grille... Seconde erreur. Il n'aurait pas du partir, mais elle avait eu la faiblesse de ne pas le contraindre à un repli qui lui aurait sauvé la vie... Elle lui avait laissé sa liberté, quand l'en priver alors l'aurait sauvé.

La mission, la mort, le combat.

Sa mort, à lui.
Une pause. Elle laissa le silence se poser sur elle, savourant le fait que la jeune femme ne dit rien, écoutant son souffle sonore, sifflant entre ses narines, avant d'ouvrir à nouveau des yeux perclus de douleur. Sa voix à nouveau brisée, tout à fait étranglée, elle parla de sa blessure, de sa tentative pour le récupérer, mais des bras puissants qui la soulevèrent du sol et l'arrachèrent au combat. Puis elle parla de leur repli, et finalement de son regard surpris, lorsque comme on le lui avait ordonné elle avait coupé court à l'existence du mercenaire. Le bois au-dessus d'elle se faisait rivière, ses veinures comme les ridules d'une eau traînée, déchirée par les rochers. Une eau sombre, presque saumâtre qui emportait les images, le corps de cet homme, la vie de Colibri, son sang, à elle, qui filait de sa cuisse blessée.

Une nouvelle pause, plus courte, cette fois elle prit de l'élan et parvint à poser une main tremblante sur ses yeux.

Le Pouilleux qui la ramassa et la traîna dans les égouts... Plus rien.

Le silence, celui de l'inconscience, et celui de ses lèvres qui se scellèrent alors.

« J'ai accompli mon devoir. »
Et il ne restait plus rien d'elle. Elle avait peut-être également sombré dans ce cours d'eau, finalement. Emportée par le mercenaire qui ne l'avait plus suivie. « Je... Je ne peux plus. C'est un trop grand gâchis... J'ai détruit quelque chose de trop extraordinaire... »

Criminelle Sipik, ce que tu as fait est horrible. C'est d'un diamant que tu as privé cette terre.
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Lell Llureyin
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Jeu 23 Aoû - 19:32

Les révélations d’Elenor étaient… éprouvantes. Jusqu’à cet instant, Lell ne s’était jamais rendu compte que malgré son engagement dans la dissidence, elle était restée relativement protégée. Sa vie n’avait que très peu changé en comparaison de celle de la Noble, et si l’on exceptait l’empoisonnement des réserves d’eau révolutionnaires, elle ne s’était guère frottée au danger.
Elenor, elle, avait souffert, bien davantage. Elle avait dû abandonner sa vie, sa place, sa carrière militaire pour s’enfoncer dans les bas fonds et dans les bras de la dissidence qui, non contente d’avoir recruté un membre exceptionnel, lui en demandait toujours plus.
Toujours plus…
Comment avait-elle pu supporter la moitié de ce qu’elle lui racontait, avec tout ce qu’elle avait déjà vécu ? Et plus son discours avançait, moins Lell s’étonnait de la voir dans cet état. La résistance de la dissidente avait été largement entamée. Trop largement.
Les yeux en amande de la Jagharii, autrefois si pleins de cette force qui faisait d’elle ce capitaine de cavalerie respecté et souvent craint, ne reflétaient plus qu’une douleur profonde qui transparaissait dans sa voix. Ce n’était pas elle, ce n’était pas Elenor. Elle n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été. Une ombre de douleur…

Et toujours plus sombre, son histoire continuait, inlassablement, comme si elle ne devait plus finir. Son visage et sa voix changeaient au fur et à mesure de son récit. Douleur lorsqu’elle évoqua son mariage, attendrissement lorsqu’il fut question de ce Colibri et même éclat de rire. Il devait avoir compté pour elle, énormément. Un dompteur de fauves… Lell eut un léger sourire, malgré sa résolution de ne pas flancher quoi qu’il arrive, les émotions d’Elenor parvenaient tout de même à l’atteindre. Plus qu’elle ne l’aurait voulu. Ce qu’elle avait vécu était intense. Il avait dû être exceptionnel pour écoper d’un tel surnom.
Alors elle lui parla de ce qu’ils avaient fait ensemble, de ce qui les avait rapprochés, de la passion qui les avait étreints pour une nuit puis éloignés le lendemain. Elle ne lui disait pas tout, loin de là, mais pour avoir côtoyé le capitaine Jagharii pendant un temps, et connaissant certaines rumeurs qui courraient à son sujet, Lell ne put empêcher sa bouche s’étirer en un léger sourire.
Exceptionnel… sans aucun doute.

Puis son visage comme sa voix changèrent à nouveau lorsqu’elle évoqua la mission. Cette mission où elle l’avait pris comme second, cette même mission qui avait vu sa vie soufflée comme on éteint une chandelle. Il avait compté, oui, d’une façon qu’elle n’était pas tout à fait sure de comprendre, mais qu’elle percevait à travers les mots d’Elenor. Il semblait lui avoir offert une liberté qui lui manquait, arrachée par les obligations qui se succédaient dans sa vie. Des obligations envers sa famille, envers la dissidence… envers elle-même.
Elle lui raconta en détail le déroulement de ce qui ressemblait fort à un enfer. La traversée des égouts, les mercenaires, leur dispute… et enfin l’attaque. Elle disait qu’elle n’aurait pas du le laisser y aller, lui ordonner le repli plutôt que de le laisser libre d’aller jusqu’au bout. Et au nom de cette liberté, elle pensait avoir sacrifié cet homme, ce Colibri, pour la mission qu’ils devaient accomplir, pour la dissidence, et pour elle.

Et pourtant, ce n’était pas encore tout à fait terminé. Il restait encore une part d’ombre, une part d’horreur qu’Elenor devait purger par ses mots. La mort de Colibri et sa tentative désespérée de récupérer son corps, de ne pas le laisser là parmi ces étrangers où il serait enterré en anonyme, ne pas le laisser seul, en pas l’abandonner. Sa blessure à la cuisse, les mains du mercenaire l’enlevant de la scène du combat, son regard lorsqu’elle l’avait tué… puis le retour par les égouts, aidée par le Pouilleux, jusque devant la boutique où la jeune femme l’avait trouvée.

La douleur et peine d’Elenor avaient atteint Lell. Elle souffrait de la voir dans cet état, comprenant désormais par quoi elle était passée. Ce qu’elle venait de vivre. Exorciser sa douleur… Malgré ce qu’elles ressentaient toutes les deux, elle ne devait pas attendre plus longtemps.
« Oui il était extraordinaire… et il a accompli quelque chose d’extraordinaire. Il a usé de son droit de choisir, et il a choisit de te sauver la vie Elenor. Ce choix, tu ne dois pas te le reprocher. Ce n’était pas de ta faute. » Non, quoi qu’elle puisse en penser, ce n’était pas de sa faute. Ou si elle y tenait tant, pas entièrement. Comme elle le disait, Colibri était un personnage libre, il n’en aurait surement fait qu’à sa tête malgré ses ordres.
Lell s’agenouilla à côté d’elle, prenant sa main dans la sienne et la serrant avec douceur. « Tout est fini. Il est impossible de revenir en arrière, tu dois accepter cette réalité, si amère soit-elle. » Elle ne pouvait pas comprendre, pas totalement, elle n’avait pas vécu ce qu’Elenor lui avait raconté, mais elle savait que la guérison passait par cette acceptation qui semblait si impossible. « Je ne te dis pas de l’oublier, au contraire, chéris ce qu’il t’a apporté, garde le dans ton cœur, il est une part de ta vie. Mais la mission est terminée, tu es vivante. Ne laisse pas ce souvenir te détruire. Ne renonce pas à cette liberté qu’il t’a offerte. Tu es capitaine… »

Elle marqua une pause, se rendant compte qu’elle tutoyait son capitaine depuis… depuis qu’elle était entrée dans la boutique. Cela sonnait étrangement maintenant qu’elle y pensait, elle devait être plus émue qu’elle ne le pensait. Cependant, même si Elenor ne semblait pas l’avoir remarqué, elle repassa au vouvoiement qu’elle jugeait plus marquante de son respect envers la femme qui pour l’heure, était aussi sa patiente, mais qui surtout avait été un modèle et un soutien lorsqu’elle avait fait son apprentissage militaire. « Vous êtes capitaine, Capitaine Jagharii. Et rien que pour cela, même si vous doutez de vous, je sais que vous avez encore la force nécessaire pour vous relever.
Vous restez mon capitaine, quoi qu’il arrive. »


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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Jeu 30 Aoû - 0:47

Les mots de Lell se glissèrent sur elle comme un baume. Un baume d'une grande douceur... ou bien était-ce celle de sa main qui prenait la sienne... ? Mais une douceur qui ne pénétrait sa chair que par touches éparses, sans tout à fait s'emparer d'elle. Elle tenta, de se laisser bercer par le réconfort de ces mots, de la laisser la consoler, pas à pas... Mais ce n'était pas si simple, et toujours son être se dressait contre cela, farouche, combatif. Elle ne pouvait pas encore guérir, c'était trop frais, trop difficile. Elle ne pouvait encore que souffrir, une brûlure qui la prenait avec violence. Les paroles de Lell étaient pourtant pleines d'une certaine sagesse, de cette sagesse qu'elle avait lu parfois dans son étrange regard, et qui avait attiré son attention depuis son service. Mais elle n'était pas sage, elle était perdue, elle s'était perdue. Jusqu'à sa raison qui se distendait, se faisait floue, abstraite. Elle en venait parfois à songer qu'elle pourrait, lestée d'une pierre, se noyer dans l'océan de bois qu'elle observait toujours, sa main abaissée. Elle se demanda ce que cela ferait, d'y évoluer. Était-ce doux comme le courant tiède d'une source chaude, ou bien froid, et rèche comme un torrent boueux et colérique ? Nager, là-dedans... Était-ce difficile ? Absorbée par ce plafond meuble, et tendre comme du sable, elle fut ramenée à elle par un changement, dans le ton et le propos de Lell. Elle la vouvoyait. Elle l'appelait Capitaine, Capitaine comme autrefois.

Elle appelait un être du passé. Alors Elenor ferma les yeux. La jeune femme était devant elle, de dos. Son dos étroit, et recouvert de bure... comme les autres. Un exercice, elle-même gueulait, passait dans les rangs, corrigeait les postures et félicitait ceux qui effectuaient l'exercice correctement. Elle les poussait à bout, au bout de leurs forces... Elle essayait de tirer de chacun le meilleur. Bretteuse, cavalière et grandie dans ce que l'armée peut avoir de valeurs depuis sa plus tendre enfance, elle avait toujours aimé ça, apprendre, former, façonner. Ces mômes étaient les siens. Ses petits frères et sœurs... Elle se souvint aussi de Jarlès. Mais c'était le dos de Lell qu'elle voyait alors. Ses gestes étaient souffreteux, elle avait mal, ses bras sans doute perclus de crampes, tendus, elle connaissait. Elle savait comme cette douleur était pernicieuse, et comme il était dur de la dépasser, pour continuer. Frapper, frapper, le souffle court, jusqu'à ce qu'enfin la voix de leur Capitaine ne les libère... Elle savait qu'alors elle devenait leur Soleil, leur objectif, que tous étaient pendus à ses lèvres. Brûlants de l'entendre, c'est fini les mioches, allez on pose tout ça. Bande de femmelettes, quelques passes et vous soufflez comme de vieux bœufs éructant. Pourtant, elle savait ce que cela faisait, de souffrir. Elle aussi avait été pendue aux lèvres de son instructeur autrefois. Un homme. Un vieux, grouillot pendant longtemps, mais si expérimenté et si bon bretteur qu'on lui avait confié l'apprentissage. Il l'avait corrigée plusieurs fois, le bougre, elle la petite noble. Et elle n'avait pas pleuré, n'était pas allée se plaindre. Elle avait essuyé les coups, s'était relevée et était repartie... Ce qu'elle avait toujours fait, ce que Lell faisait aussi... Et c'était pour ça, qu'elle avait pris la jeune femme sous son aile... Le Capitaine Jagharii...

Où est le destrier, l'épée, le sabre ? La prestance, le sourire ? Pas le sourire charmeur, séducteur que Colibri lui avait volé, mais le sourire du Capitaine. Celui, bravache, digne, noble, qui la rendait si lionne, et si Jagharii. Le sourire carnassier qui précède au carnage... Elle n'avait pas souri, cette nuit. La Dissidence n'était pas l'armée, elle était tragique. Non, définitivement, elle était Capitaine. Mise à pieds, main gauche. Son corps était un linceul.

« Vous restez mon capitaine, quoi qu'il arrive. »

Lell... douce Lell. Naïve ? N'était-elle pas sage quelques instants plus tôt... ? N'était-elle pas pendue à ses lèvres ? Dans les affres du délire, l'idée perça, comme la lueur hésitante d'une bougie que l'on allume dans des catacombes. Elle est si frêle, et si famélique... Et les catacombes sont si profondes. Pourtant, elle aide, elle fait que l'on avance plus à tâtons seulement, mais que l'oeil lui aussi peut s'agripper, se hisser en avant. Elle se fit l'effet d'avoir un besoin nouveau, et brutal de faire du ménage. Du ménage en elle-même, autour d'elle. Une vaste table rase, si séduisante alors que son regard glissait à nouveau le long des nervures du bois, au-dessus d'elle. Elle avait une conscience accrue, et terrible de la folie qui l'emplissait comme une eau saumâtre une outre. Elle brûlait de se déverser, de vomir ce qui la handicapait, rejeter tout cela, se relever, marcher à nouveau. Ah, sa cuisse la faisait souffrir. Elle avait si mal... Si mal à présent. Ses chairs déchirées, tendues par la suture protestaient, sa jambe palpitait, prise d'une panique autonome, tandis que son cœur s'affolait de se sentir si désœuvré. Par Therdone, que son état était étrange, et qu'il la troublait...

Colibri avait fait son choix, et elle devait accepter son sacrifice... Son choix, sa Volonté. Mais elle était responsable de lui. Elle était le Capitaine Jagharii. Le Capitaine Jagharii tenait loin du front les hommes contaminés. Ils étaient contagieux, ceux que cette insidieuse maladie pervertissait. Ils avaient l’œil luisant, le front recouvert d'une sueur froide et gluante. Ceux qui avaient peur. Alors, comme pour préserver un contingent d'une fièvre maligne, on les isolait, on leur donnait des tâches à l'arrière. On faisait en sorte qu'ils reprennent leurs esprits, et que, piqué leur orgueil, ils reviennent avec en eux la rage qu'exige le combat. Colibri n'avait jamais eu cette rage, jamais. Même lorsqu'il avait joué le fanatisme de l'idée qu'il se faisait d'un soldat, tout ceci n'avait jamais été qu'un subterfuge qui ne l'avait pas dupée... Sa mort n'était pas un signe de liberté, mais bien une erreur de sa part. Cette force, dont lui parlait la jeune femme, elle l'avait peut-être... Mais vers quoi se relever ? Où aller, alors ? Comment pourrait-elle faire face à qui que ce soit ? Elle avait faillit, terriblement. Elle avait laissé sa gourmandise et sa vanité de femme faire ombrage à son commandement, et cela, jamais elle ne l'aurait fait autrefois. La Dissidence était une infection elle aussi, qui gagnait ses membres, les gangrénait. Les recouvrait d'une poussière de lassitude, et emplissait son cœur d'une terrible faim. Au départ, une faim aménagée par celle de la vengeance. Puis peu à peu cette faim là s'éteint, et l'heure est venue de la remplacer. Par un homme, par Colibri. Le garder, à tout prix. Se voiler la face. Elle avait brisé son serment sans vraiment se l'admettre, et pour compenser un sursaut de loyauté, avait pris cet homme, et sa vie, capricieuse.

Oui, elle pourrait se relever. Il lui suffirait de suivre les tendres mots de Lell, de presser en retour ces mains qui tenaient la sienne. De la regarder, et de lui sourire. Mais elle n'effacerait pas cette honte. Elle était marquée en elle. Elle n'effacerait pas l'échec. Cette mission pouvait bien être terminée, et tous pouvaient bien lui dire qu'elle l'avait réussie, elle saurait, toujours. Même forte, elle saurait.

Elle se relèverait. Elle suivit les tendres mots de Lell et pressa, en guise de réponse, ses doigts si fins, et si doux. Elle tourna alors la tête et chercha son regard, pour la première fois depuis qu'elle s'était laissée fondre dans cet océan de bois. Elle ne sourit pas, mais elle effleura du pouce le dos de cette main qui la tenait. Puiser sa force dans le calme qui régnait ici. « J'ai besoin de temps... Lell... Le Capitaine est si loin... » La confiance de la jeune femme était si formidable qu'elle ne pouvait la contrarier. Elle ne pouvait lui dire non, elle n'avait pas même le droit de le penser. Pas quand ces yeux pairs vrillaient les siens avec une telle intensité. Elle n'avait d'autre droit que celui de la croire, de croire en l'existence de cette force qu'elle ne sentait pas parcourir ses lèvres. « Je n'ai pas seulement détruit... ces hommes. J'ai détruit beaucoup plus. » Elle avait été balayée avec eux. Elle était folle, folle. Sa raison, son regard, ses sens, tout s'excitait en elle. Puis cela retombait, à plat, comme si des parties d'elles-mêmes étaient subitement mortes, et déséquilibraient l'édifice. « Tu as peut-être raison, cette force est peut-être là mais... La trouver... Cela demandera plus que des points de suture, ma douce... » Elle avait envie d'alcool, de drogues, de produits qui la feraient sombrer à nouveau, effaceraient la douleur de sa jambe, celle de son cœur emballé. Elle n'était pas sure d'avoir envie de marcher, alors que celle, pernicieuse et discrète, de sombrer tout à fait n'était pas bien loin. De s'éteindre, d'abandonner sa rage de vivre pour la quiétude de la Mort. Tourner le dos à la Volonté, abandonner la lutte. Les luttes. Oh petite voix, presque enfantine, chantonnante, qui lui rappelait les douceurs à jamais perdues et annonçait les douleurs à venir. Elle la sentait reculer à mesure que sous son pouce la peau de la petite guérisseuse révélait sa soie, mais elle ne disparaissait pas... Et elle pouvait bien être infime, tant qu'elle n'aurait pas disparu tout à fait, Elenor se savait en danger.

Elle en avait peur.

Cette voix-là ne disparaîtrait peut-être jamais.

Oh, bon sang, Elenor arrête un peu...

C'était trop, c'était excessif, pathétique. Une tragédienne dans une grasse exagération, de celles dont les incroyables gérémiades fatiguent l'oreille et font soupirer ces dames. Depuis quand était-elle devenue l'une d'entre elles ?

Il fallait que cela cesse. Elle devait arrêter. Elle avait la force. Elle était le Capitaine de Lell.

Modifiant la position de sa main, elle noua ses doigts à ceux de cette dernière, paume contre paume, cherchant à vampiriser un peu de cette force dont elle avait besoin.
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   Mer 17 Oct - 10:22

Lentement, Lell la vit revenir à la vie, l’étincelle qui avait déserté son regard depuis qu’elle l’avait recueillie sur le pas de sa porte se rallumant doucement dans ses yeux. Des yeux si vides, vides de tout hormis l’angoisse et la culpabilité, son regard perdu dans les méandres du plafond comme si elle voulait s’y noyer.
Sa main droite toujours dans la sienne – une main devenant aussi calleuse que l’avait été la gauche – ses doigts pressèrent les siens, assurance que les mots de la guérisseuse lui étaient parvenus, assurance qu’elle ne s’était pas perdue. Pas encore. Son regard quitta alors le plafond dont il s’était gardé de se détourner jusque là pour observer la jeune femme à son chevet. Assombri par la souffrance, par la culpabilité qui la tenaillaient toujours, mais déjà plus vivant, déjà un peu plus fort. La détresse qui s’y lisait, presque palpable, frappait Lell de toute sa force, mais elle tint bon. Elle le devait si elle voulait revoir la femme, le capitaine qu’était Elenor Jagharii.
Et même lorsque la folie menaça de l’emporter, la guérisseuse ne paniqua pas, se préparant seulement à la frapper si elle ne revenait pas d’elle-même. La force qu’elle pensait ne plus avoir ne devait finalement pas se trouver si loin car l’étincelle vacillante brilla d’un éclat neuf dans ses yeux tandis que les doigts d’Elenor serraient les siens avec plus de force.

Les mots qui avaient franchi ses lèvres quelques instants plus tôt avaient rassuré Lell malgré l’hésitation qui perçait derrière ses paroles. Ils n’étaient pas aussi défaitistes qu’ils le paraissaient au premier abord et pour la jeune femme, ils présageaient d’une volonté d’amélioration qu’Elenor ne ressentait pas forcément.
Peut être se faisait-elle des idées, peut être voyait-elle des choses où il n’y avait rien… mais Lell gardait une confiance inébranlable en celle qui avait été un mentor. Elle n’abandonnerait pas tant que le processus de guérison ne serait pas bien enclenché. Elle n’abandonnerait pas tant que subsisterait la moindre parcelle d’ombre qui menaçait d’avaler la dissidente.
D’un certain côté, elle était naïve. Mais cela lui permettait de ne pas douter et peut être d’instiller la confiance qui manquait désormais à Elenor. Tout ne se ferait pas en un claquement de doigts, loin s’en faut. Il lui faudrait du temps.

« Je peux vous donner le temps dont vous avez besoin, loin de la dissidence… » Loin de ceux qui lui en demandaient toujours plus sans penser à elle. Cet épisode avait d’une certaine façon modifié la vision qu’elle avait du mouvement dans lequel elle s’était engagée. Il était dur et malmenait autant ses membres que ceux qu’il combattait. Sans qu’elle ne s’en rende tout à fait compte, le doute s’était instillé dans son esprit, et si elle n’avait pas le temps d’y consacrer son attention sur le moment, il était certain que la question se poserait tôt ou tard.
« Elenor, vous pouvez rester ici le temps que vous alliez mieux. » Elle s’arrêta, observant sa patiente tout en réfléchissant. Sa patiente, et non pas la dissidente ou le mentor qu’elle voyait jusque là. Son ton changea en conséquence, se faisant un peu plus autoritaire. « D’ailleurs, vous allez rester ici, et je n’admettrai aucune dénégation. Vous allez être mon invitée jusqu’à ce que j’estime que vous alliez mieux. Après tout, je suis votre guérisseuse, et il est de mon devoir de ne pas vous laisser partir avant que vous ne soyez guérie. »

« Vous avez besoin de ce temps loin des machinations de la dissidence pour… pour ne pas qu’elles vous détruisent. Elle s’est suffisamment servie de vous jusque là pour que vous disparaissiez de la circulation quelques temps. » Le doute avait finalement fait plus que s’instiller, il lui faudrait réfléchir à tête reposée sur les actions et les implications de ce mouvement bien plus sombre que ce qu’elle avait pensé au premier abord. Elle reprit alors, dans un murmure plus pour elle-même que pour Elenor. « Il leur faudra prendre en compte aussi la guérisseuse… je crois que j’ai laissé trop de place à Belladone ces derniers temps… »
Puis avec un sourire d’excuse, elle se tourna à nouveau vers son ancien capitaine. « Si vous avez besoin de quelque chose, dites le moi. Je ferai passer les messages qu’il faut pour que personne ne s’inquiète de votre disparition… »

Elenor accepta sa proposition et resta une semaine dans la boutique, cachée aux yeux de la dissidence, Lell ayant arraché de Grand-Mère la promesse de ne rien dire à personne hormis qu'elle était vivante et allait bien. Malgré son insistance, la jeune femme ne put garder Elenor plus de temps dans la boutique, et elle repartit suffisamment guérie de sa blessure à la cuisse pour que son caractère la pousse à vouloir n'en faire qu'à sa tête, mais Lell craignait que ce ne soit pas le cas de son cœur...
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MessageSujet: Re: Un air de déjà vu   

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