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 Un drôle de jeu…

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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Un drôle de jeu…    Jeu 5 Juil - 19:50

Il y a des choses qui se respectent, l’armée est construite de tradition et de sentiments nobles. Des fondements immuables, et il y a les autres. Le plancher est froid sous ses pieds nus, Nisa s’avance avec précaution dans le couloir vide, longeant prudemment un mur. Elle est vêtue d’une simple chemise de toile blanchâtre, un peu trop grande mais lui couvrant à peine la moitié des cuisses. A sa jambe gauche, il y a deux bandes, une au creux de son mollet, l’autre à sa cheville. Son tibia est lézardé par une cicatrice claire aux bords frais, neufs. La chemise quoique grossière ne parvient pas à masquer les formes de la femme qui continue d’avancer. Elle est indécemment exposée, sa démarche souple fait danser dans le sillage de l’ondulation de ses hanches sa chemise trop courte. Mais cela, elle n’en a même pas conscience, ce qui importe c’est de gagner le jeu.

Il y a en bas, dans la cour d’appel tous ses effets. Son sac avec quelques vêtements, sa côte de maille, son arc fétiche, son épée. Aujourd’hui c’est son jour de sortie, elle va quitter l’infirmerie, définitivement. Et il y a une tradition qui justifie qu’elle se trouve à marcher dans les couloirs de la caserne en chemise alors que ses affaires sont dans la cour, tout en bas. Cette cour c’est son but, elle doit s’y rendre et tous les autres pensionnaires de l’infirmerie, son personnel et quelques complices vont tenter de l’en empêcher, bloquer les couloirs, tenter de l'attraper. Si elle n'y parvient pas, elle a un gage. Si elle abandonne, il sera encore plus terrible. C'est un fait symbolique que de sortir de l'infirmerie guérie. Et c'est une victoire qui doit se mériter.
L'usage de la violence ou de la force, est interdit, bien évidemment.

Les règles sont simples et ses adversaires organisés, elle sait qu’elle pourra sortir du bâtiment, en rusant. Mais il y aura la cour et sa cinquantaine de mètre avant son but. Il y a déjà une garde assurée, il faudrait qu’elle puisse les distraire avec quelque chose. Un bruit de béquille la fit frissonner et elle se mit à courir. Goren approchait, pauvre estropié. Elle ferma les yeux une seconde, se laissa porter par la puissance de ses foulées. Sa jambe ne lui faisait même plus mal, plus vraiment, plus assez. Elle aurait pu s’envoler, elle n’entendait plus que le bruissement de ses cheveux bruns dansant sur son dos. Une masse soyeuse qui atteignait presque le début de ses cuisses. Elle ne les avait jamais coupés, un caprice, la seule audace féminine qu’elle s’accordait encore. A l’infirmerie, pendant toutes ses semaines elle l’avait patiemment peignée. Usuellement, elle ne changeait jamais sa coiffure, les attachait par un nouveau ruban à mesure qu’ils poussaient. Aujourd'hui, ils étaient comme elle, libres.

Elle n’eut que le temps d’ouvrir les yeux, dérangée par la conscience d’un danger qu’elle heurta une personne de plein fouet. Courir les yeux fermés n’était pas la meilleure des idées, elle se déroba avec la souplesse d’un chat puis tendit une main salvatrice pour rattraper celui qu’elle identifia comme ne faisant pas partie du jeu. Le Grand Edor soit béni, elle ne se serait pas pardonné de perdre pour une pareille étourderie. Le visage qui était éclairée par une joie extatique revint à sa pâle et lisse expression.


Pardonnez-moi, sire, je ne vous avais pas vu venir…

Forcément, les yeux fermés, on ne voit pas très bien... Qu’est-ce qu’un civil faisait-il là ? Un bruit de béquille se fit entendre à l’angle du couloir, sans doute alerté par le bruit de la collision et du juron tonitruant qu’elle avait laissé échappé à cette occasion. Elle ne réfléchit pas, saisit la main de l’inconnu et le tira derrière elle avec une force insoupçonnée pour une demoiselle aussi frêle. Elle le conduit derrière un rideau, un très large rideau de fenêtre qui les masqua entièrement. Elle le plaqua contre le mur et étouffa sa bouche d’une main ferme.
Le mouvement avait été fluide, sauvage, trop rapide pour être compris. Elle l'avait à peine retenu, s'était écrasée contre son buste pour ne pas créer de déformation du rideau, accrochée à lui.

Taisez-vous surtout…

Attentive, elle guetta le son des béquilles qui s’éloignaient. Une fois certaine que l'estropié était parti, elle se recula d'un rien, se retira du corps qu’elle avait plaqué sans ménagement, ôta délicatement sa main de sa bouche et leva les yeux vers l’homme. Ce fut la première fois qu’elle lui accorda une véritable attention. Surpris, les yeux gris le dévisagèrent une seconde. Puis une deuxième. Une sensation étrange courut le long de son corps alors qu’elle recula d’un pas. L'image d'une femme en chemise contre un homme inconnu, lui tirait milles pensées honteuses sur l'aspect méprisable qu'elle donnait d'elle. C’est un noble, une évidence qui se lit d’abord à la noblesse de ses traits avant la richesse de ses habits. Et cela la mortifie.

Elle baissa la tête en signe de repentance et remit ses cheveux en place. Il sentait si bon, qu’elle incroyable impolitesse venait-elle de commettre ! Avant qu’il ne puisse réagir, elle répliqua se sa voix assurée. La voix du militaire.

Veuillez me pardonner, soyez assuré que mes actes sont justifiés par une réelle urgence. Bien qu’elle ne les excuses pas.

Voudriez-vous m’aider ?

Cette demande la surprenait par son audace, mais en y réfléchissant, s’il acceptait, elle pourrait réussir à parvenir à ses affaires. Elle releva finalement à lui un visage presque souriant, tout du moins dans le regard gris pétillant. Il fallait qu'elle gagne ce jeu, une détermination mutine l'animait. Et lui devait l'aider, ou se taire.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Ven 6 Juil - 17:35

Depuis qu’il avait retrouvé Elenor, sans toutefois en toucher un mot à quiconque, Morghan n’avait plus besoin d’arpenter les rues de la ville Basse avec ardeur et acharnement. Ses pensées étaient déjà un peu plus paisible et il se laissait porter par une certaine insouciance, malgré tout ce qui se déroulait dans la ville. Après tout, il en était encore un étranger, et même s’il savait qu’il devait s’adapter, il était aussi persuadé qu’il n’avait pas besoin de se jeter à corps perdu dans cette adaptation. Alors que, pour la première fois depuis longtemps, il avait paressé entre les draps de son lit – qui n’avait pas changé depuis son enfance – il s’était rendu, presque en cachette, dans les cuisines pour récupérer quelques restes du petit-déjeuner. Devant l’empressement d’un serviteur pour veiller à lui fournir un repas décent, il dut multiplier les insistances pour grappiller simplement quelques tranches d’un pain entamé pour en faire quelques tartines généreusement accompagnée d’une confiture maison dont la cuisinière, toujours la même depuis qu’il était né, gardait jalousement la recette. Il accompagna cette petite collation avec un grand verre de jus de fruit et après avoir remercié la jeune domestique qui avait répondu avec empressement à sa requête, il prit la direction de la sortie, passant par les jardins dont il profita du grand air pendant plusieurs minutes avant de penser à son passé. Il se souvint, surtout, de ses mois passées dans les quartiers militaires lors de son premier service, à laquelle le fameux accident avait brutalement mis fin. Se disant que cela l’occuperait le reste de la matinée, il se mit en tête de retourner là-bas pour voir si dix années avaient transformé complètement les lieux ou s’il reconnaitrait encore quelques bâtiments. Il doutait que les civils soient les bienvenus mais il prit soin de passer par le bureau de son père pour obtenir un passe-droit qui serait bien suffisant pour une petite visite inoffensive.

Son épée au côté et à dos de cheval, il se rendit à l’entrée des quartiers militaires. Les gardes de faction le laissèrent passer sur présentation de la missive sur laquelle était apposée le sceau des Jagharii et il put déposer son compagnon équidé à l’écurie où il fut confié aux bons soins d’un apprenti écuyer visiblement passionnés par les bêtes et quelque peu en admiration devant la monture du jeune noble. Morghan le quitta dans un sourire amusé et entreprit de commencer sa visite qui prit rapidement des tournures d’inspection des services. Se remémorant chaque détail dont il se souvenait encore, il cherchait à voir les modifications les plus infimes, qu’il s’agisse de réparations mineures ou de modifications d’affectation des bâtiments. Il repéra avec une certaine nostalgie l’endroit où se trouvait son dortoir et constata qu’il servait toujours à accueillir les nouvelles recrues issues de la Noblesse, les futurs officiers. Il croisa d’ailleurs quelques jeunes hommes qui devaient avoir à peine quelques semaines de service ici. Eux aussi lui avaient arraché un sourire : il leur ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’époque. Ses pas le conduisirent naturellement vers l’endroit où avait eu lieu l’explosion qui l’avait définitivement privé de ses rêves et, naturellement, le bâtiment avait été reconstruit, à l’identique apparemment. Il ne subsistait aucune trace de ce qui avait pu se passer ici. Il resta plusieurs minutes à contempler les murs ternes du bâtiments avant de réussir à reprendre sa route. Les souvenirs étaient revenus, plus puissants que jamais et il lui avait fallu un peu de temps pour parvenir à les refouler car ils appartenaient désormais au passé. Il prit le temps de faire le tour de quelques bâtiments s’imprégnant de tout ce qui transparaissait dans chacun d’eux. Il existait dans cet endroit quelque chose qui vibrait encore profondément au fond du jeune homme. Peut-être n’avait-il jamais pu totalement faire une croix sur ce qu’il aurait voulu devenir.

Tournant au détour d’un bloc, il reconnut le bâtiment qui s’offrait devant lui. Il s’agissait de l’infirmerie. Il y avait passé plusieurs jours, voire quelques semaines, il ne savait plus trop maintenant mais il se demandait si l’officier en charge était encore le même. Il pénétra alors dans le bâtiment mais s’étonna un peu de l’absence d’activité. Peut-être ne dénombrait-on aucun blessé en ce moment, ce qui n’était pas un mal… Il marcha plusieurs instants dans les couloirs, cherchant,, sans trouver, quelqu’un qui pourrait le renseigner. Tournant dans en couloir sans prêter attention aux petits bruits feutrés des pieds nus sur la pierre froide, il ne vit qu’au dernier moment une forme approcher trop rapidement de lui. « Att… » Pas le temps de terminer sa mise en garde que le choc le secoue et le fait vaciller sur ses appuis et il s’effondra au sol, s’écrasant sur son séant, accusant, dans un rictus éphémère, la douleur que provoqua la pierre au contact de son postérieur. Il entendit de loin le juron poussé par une voix féminine avant de redresser la tête et d’apercevoir une main tendue dont il se saisit sans réfléchir avant d’imprimer un mouvement à ses jambes pour se relever. Il posa son regard sur la jeune femme responsable de cette collision brutale mais sans gravité. « Ce n’est rien, plus de p… » Décidément. Pourrait-il finir une phrase un jour ? Sans une explication, elle avait saisit sa main et l’avait tiré à sa suite, l’entrainant derrière un large rideau. Sans lui laisser le temps de prononcer un mot, elle plaqua une main sur sa bouche et se colla contre lui, l’intimant au silence dans un murmure. Il acquiesça, se rendant compte qu’elle n’était vêtue que d’une chemise grossière. Il s’évertua alors à ne pas trop laisser le rouge monter à ses joues mais rien n’indiqua qu’il y parvint avec brio. Après quelques instants, elle daigna enlever sa main et leurs regards se croisèrent. Il eut une impression étrange en croisant le gris de ces yeux et, un souffle plus tard, elle s’était reculée d’un pas, baissant la tête. Il la regarda remettre de l’ordre dans ses longs – et beaux – cheveux tandis qu’elle fit repentance. Elle avait surement remarqué qu’il était noble et le regretta en un sens. Pourtant, sa question le désarçonna, probablement moins que son sourire mais il n’hésita qu’un bref instant. « En quoi puis-je me rendre utile pour vous, mademoiselle ? » Il eut un petit sourire, plus timide que d’habitude, peut-être parce qu’il était encore troublé de cette manière avec laquelle elle s’était collée à lui quelques instants plus tôt…
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Ven 6 Juil - 21:43

Sergent Sandragil deuxième comp… la suite se perdit dans un murmure consterné. Il n’y avait plus de deuxième compagnie, pourquoi donc ce maudit automatisme venait la troubler et la pourchasser ici. Un instant la douleur peignit ses traits, voila ses yeux. L’émotion passa rapidement, comme une caresse timide. Elle ne pouvait pas s’y résigner. Il fallait se présenter un peu, tout de même. Il y aurait pu avoir une méprise avec une catin, elle savait qu’il y en avait qui se faufilaient dans les casernes et les camps. Elle palpa distraitement sa chemise, pressa le tissu contre elle. Un tissu un peu rêche pas comme celui de son habit, si doux, elle n’avait jamais touché pareille texture. C’était incroyable ce que la richesse pouvait sembler captivante. Elle reprit après un soupire.

Sergent Sandragil, anciennement incorporée à la deuxième compagnie d’archers mobiles. Je sors de l’infirmerie.
Ce n’était pas un militaire, il ne comprendrait pas. Quand un soldat se rétablit, pour son retour il y a une petite épreuve. Ce qui justifie ma tenue et mon comportement. Venez.

Le ton était autoritaire, sans bien le vouloir, trop ferme pour être tout à fait aimable. Elle lui reprit la main, pressée, l’obligeant à suivre ses pas rapides et légers. Elle le fit s’approcher d’une fenêtre et le plaça devant, elle-même reste cachée contre le chambranle. Sur le ton de la confidence, elle continua son explication. Lâchant tout naturellement sa main, comme si cela avait été une habitude établie que de procéder avec lui ainsi.

Vous voyez cette colonnade à gauche de la cour, là où il y a les drapeaux, en bas, il y a un homme et à côté un tas d’affaire. Ce sont mes affaires. Je dois les rejoindre pour être libre. Et tous les blessés en état, les soignants et quelques soldats tentent de m’en empêcher, de m’attraper. Ils n’y arriveront pas, mais j’ai un problème, vous voyez, de la porte à mes affaires, il y a une cinquantaine de mètre. Vous ne les voyez pas là mais il y a une vingtaine d’hommes cachés dans la cour, au moins… Ils savent que dans le bâtiment je vais de toute manière leur échapper et ils savent que je coure plus vite qu’eux tous, même convalescente. C’est une très bonne défense qu’ils ont, et j’ai besoin d’une distraction…

Elle redressa son visage vers le sien, attentive. Il y avait quelque chose de très intense et de sérieux. Elle se pencha un rien pour jeter un œil à ses affaires si loin puis regagna l’abri de l’ombre. Il était vital qu’elle réussisse.
C’est là que vous pouvez m’aider, sire. Vous pourriez créer une diversion qui me permette de traverser le premier barrage, le reste, ce sont mes jambes qui travailleront.

Elle claqua énergiquement ses cuisses de ses mains, un geste confiant. Ce noble avait l’air étrange, et de toutes manières, elle était trop prise par son jeu pour se formaliser de quoique ce soit. Qu’il la prenne pour une folle, une catin, n’importe quoi, peu lui importait tant qu’il l’aidait. Il avait sourit, n’est-ce pas, elle avait l’étrange sentiment qu’elle pourrait conter sur lui. Il était bien présomptueux de penser pouvoir sonder l’âme d’un étranger si vite. Et pourtant, elle avait l’impression qu’il n’était là par hasard. Qu’importe qu’il soit noble et civil, qu’importe. Il devait avoir une éducation, pourrait-il jouer un rôle ? Se prêterait-il simplement au jeu. Un jeu très excitant qui la faisait par moment pétiller littéralement. Elle se sentait presque vivante pour la première fois depuis longtemps. Et cette joie de revivre, d’accéder à la libération était communicative tant elle dansait à fleur de peau.


Ça vaudra bien une bonne bière à la taverne !

Euh. Je veux dire, pour fêter notre victoire. Si vous le désirez…
le désires-tu ? Elle s’immobilisa, suspendue à ses lèvres, un rien tendue. L’ombre assombrit son regard et elle faisait s’enrouler entre ses doigts une mèches de cheveux. Un rien nerveuse, impatiente de repartir. Être en mouvement perpétuel, il ne fallait pas qu’elle s’éternise dans ce couloir. Elle tourna la tête, une fois, deux fois. L’oiseau risquait de s’envoler à tout instant si on faisait le moindre brusque. C’est cette image là qu’elle pouvait donner. Si frêle, et pourtant aux serres impitoyablement efficaces. Un petit cœur palpitant qui bat trop vite sous le plumage soyeux.


Dernière édition par Nisa Sandragil le Dim 8 Juil - 16:47, édité 1 fois
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Dim 8 Juil - 15:02

Il ne fut pas tellement surpris de se rendre compte qu’elle était militaire, plus peut-être de la manière dont elle avait commencé à se présenter avant de noyer dans le silence le début de présentation réglementaire à laquelle elle devait se soumettre face à un supérieur qu’il n’était pourtant pas. Il eut un sourire qui se voulait rassurant quand elle se reprit soudain alors qu’il comprit que ce qui l’avait arrêté ce n’était pas tant la spontanéité de sa réponse mais le fait qu’elle n’était plus tout à fait correcte. Enfin peut-être que cela jouait également, il lui aurait été probablement impossible de le savoir sans le lui demander et ce n’était pas le genre de choses que l’on demandait comme ça et, de toute façon, elle avait immédiatement embrayée sur les raisons pour laquelle elle s’était retrouvée si près de lui derrière ce grand rideau. Il se rendit compte qu’il pensait encore à cet instant pendant lequel son cœur avait manqué plusieurs battements, sous le coup de la surprise, assurément, mais il ne se leurrait pas, il y avait quelque chose d’autre également. Il se reprit, essayant d’éviter de rougir tandis qu’il regardait toujours la jeune femme dans sa seule tunique ample. Il connaissait de loin cette coutume, n’y avait jamais participé – n’ayant pas quitté l’infirmerie de la même manière qu’elle le faisait aujourd’hui – mais en ayant entendu parlé à une ou deux reprises. Il n’eut toutefois pas le temps d’émettre un son supplémentaire qu’elle l’enjoigne à la suivre et le prit par la main une nouvelle fois avant de le coller face à une fenêtre. Il comprit pourquoi elle restait à l’écart et entreprit de jeter un œil attentif à la cour qui s’étendait plus bas tandis qu’elle lui donnait une description plus ou moins détaillée de ce qui l’attendait dehors, une fois qu’elle aurait réussi à sortir du bâtiment. Effectivement, son raisonnement était sensé et il se doutait que les autres auraient surement eu le même et seraient prêts à la cueillir lorsqu’elle se montrerait. Pourtant son regard en disait long sur sa Volonté de réussir. Il se perdit quelques instants dans son regard, le souvenir du rideau revenant de manière fugace alors qu’il le rejetait pour ne pas rougir encore.

Il jeta un nouveau regard par la fenêtre pour essayer de repérer quelques uns des complices de l’homme qui attendait auprès des affaires de la jeune femme. Impossible pourtant de déceler un quelconque mouvement. Ils devaient être déjà bien en place pour n’attendre que le moment où elle pointerait le bout de son nez à l’extérieur. Il songea qu’effectivement sa présence inattendue serait un atout majeur pour elle, qui pourrait ainsi leur faire une surprise et profiter du changement de plan qui en découlerait pour les prendre de court et prendre la victoire qui lui tendrait les bras. Il n’avait rien à perdre, et, en un sens, cela l’amusait déjà. Il revint à la réalité lorsqu’elle claqua ses mains sur ses cuisses attendant apparemment qu’il lui réponde. Il eut un sourire quand elle lui promit une bière s’il l’aidait et qu’ils l’emportaient. « A vos ordres, Sergent. » Dans un geste qui en disait long sur son petit enseignement militaire, il se mit en position de salut, d’un claquement de talons sur le sol, les pieds soudainement joints, droit comme un « i », face à elle, la main sur la poitrine. Elle était résolument la plus gradée d’eux deux, puisqu’avant tout, il était un civil, et, de plus, elle avait surement déjà un plan en tête dans lequel il venait de rentrer comme une nouvelle variable dans une équation déjà complexe et dont il ne possédait pas toutes les constantes et à laquelle il ne pouvait pas décemment proposer une solution convaincante. « Quel est le plan Sergent ? » Certainement quelque chose qui utiliserait la ruse et un petit effet de surprise mais quel rôle avait-elle l’idée de lui donner ? Il était curieux de savoir tout ce qu’elle prévoyait déjà pour lui et son cœur battait déjà un peu plus vite à l’idée de ce qui allait suivre. Serait-il à la hauteur ? Il l’espérait. Il ne voulait pas devenir un boulet pour elle et précipiter son échec alors qu’elle aurait surement pu s’en sortir toute seule.

Avec patience, il n’avait pas bougé d’une once de sa position de salut et attendait les futurs ordres avec une certaine impatience qu’il masquait avec brio. Morghan savait se tenir, peut-être pas en toute circonstance, mais ici, il se faisait également violence pour ne pas repenser à ce qu’il venait de se passer. Aussi étonnant que cela pouvait paraître, il n’arrêtait pas de songer qu’il était incroyable d’être autant obnubilé par une inconnue qu’il venait juste de rencontrer, mais il fallait se rendre à l’évidence, il avait encore le léger parfum de ses cheveux qui flottait dans son esprit ainsi que la sensation de sa main contre sa bouche. Deux leitmotivs qui venaient et revenaient encore et encore, même s’il faisait plus ou moins tout pour les repousser. Cette proposition était probablement la meilleure chose qui pourrait les tenir à l’écart, enfin l’espérait-il. Il s’imaginait déjà des choses, la charge à deux, comme une sorte de baroud d’honneur face à l’ennemi trop puissant en nombre, mais il savait que ce serait plus fin que cela, et que, d’une certaine manière, cela ressemblerait plus à une mission d’infiltration qu’une véritable charge héroïque et militaire comme on pouvait en conter les légendes dans certains ouvrages, parfois un peu trop romancés, sur les batailles épiques que l’histoire Ilédore pouvait contenir. Non, peut-être serait-il envoyé comme éclaireur, peut-être aurait pour mission d’occuper les regards ennemis pour qu’elle puisse se glisser hors du bâtiment sous leurs nez et leurs barbes afin de pouvoir se jeter à tombeaux ouverts sur ses affaires pour les récupérer. Elle l’avait dit elle-même, elle pourrait les distancer à la course, mais, pour cela, il fallait qu’ils soient, au début, derrière elle. Il serait surement là pour s’assurer que ce soit le cas, assurément. Comment s’y prendrait-il, il n’en savait pour le moment encore rien mais il était convaincu qu’elle lui dirait ce qu’elle attendait précisément de lui…
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Dim 8 Juil - 17:30

Repos... euh… sire.

Un clignement d’yeux perturbé conclut le propos. L’ordre avait été ferme puis hésitant, le jeune homme ne s’étant pas présenté et portant une tenue civile. Une recrue en congé ? Une permission plutôt, il avait oublié quelque chose ? mais pourquoi diable serait-il monter ici à l’infirmerie ? Décidément, le percuter lui avait mis les idées à l’envers, et pas qu’un peu. Elle lui avait fait confiance si spontanément que les doutes lui semblaient que plus légitimes. Puis ridicules, s’il avait voulu l’attraper, il l’aurait déjà fait et le jeu aurait été fini. Il n’aurait eu qu’à l’entourer de ses bras derrière le rideau et elle aurait été prisonnière. Et puis son sourire ne lui avait pas semblé être intolérable. Usuellement quiconque réagissait au nom de sa défunte compagnie l’irritait. Compassion, pitié, compréhension, tout l’irritait mais pas ce ridicule sourire stupide.

Stratégie, donc. La sienne s’était pour l’instant résumée à, on verra bien, je fonce dans le tas. Stratégie qui avait toutes les chances du monde de se révéler très hasardeuse. Maintenant, elle avait un complice. Un plan. Foncer dans le tas était somme tout beaucoup plus simple. Se tapotant le menton, songeuse, elle réfléchit un instant puis lui fit signe d’avancer avec elle. Parler en marchant étant possible tout en restant attentive, il fallait gagner du temps.


Vous pourriez vous dévêtir en dansant et chantant dans la cour… un regard mi-malicieux, mi-sérieux, elle en rirait presque. Déclamer un poème, insulter l’armée. Mais ce sont des diversions un peu dangereuse et compromettante pour vous. On ne se sacrifie pas ainsi pour une inconnue, alors disons… C’est compliqué de les distraire car c’est une manœuvre qui a déjà été exécutée à tord et travers.
Avez-vous des vêtements de rechange ? Si je pouvais me déguiser en noble avec vous à mes côtés… non ? nous marcherions vers la porte, puis au dernier moment, je coure. Ce serait parfait… par le Grand Edor, dites-moi que vous avez ça ! Où est votre chambre ? Si vous n’en avez pas je peux prendre les vêtements que vous avez sur vous ! Non ?


Elle sautillerait presque à mesure qu’elle s’enthousiasmait. C’était une idée brillante, jamais on ne la suspecterait sous les traits d’un jeune noble. Oui, parce qu’elle était bourgeoise et qu’un noble ne prêterait jamais ses vêtements. C’est un fait, pourquoi un noble l’aiderait ?

Deux bières ! Même trois ! J’aurai une dette, vous pourrez me demander ce qu’il vous chante dans les moyens de mes ordres. S’il-vous-plait, vous n’imaginez pas comme c’est vital pour moi de sortir la tête haute…

Elle l’attrapa par le col, s’y suspendit, la revoilà contre lui, regard humide et souffle court. Un panel très large d’émotion dansait sur son visage, de la joie à la tristesse, la volonté de gagner, la peur. Si seulement il avait une tenue de rechange, pourquoi n’aurait-il pas un autre de ces si jolis habits. Elle pressa le tissu soyeux dans ses mains crispée. De l’argent, s’il vous en faut… je vous les ferai laver, je ne les abimerai pas ! S’il-vous-plait…
Elle n’arrivait pas à deviner ce qu’il pensait sous son masque. Il était si transparent et si trouble à la fois. Elle devinait une certaine gêne, il devait regretter d’avoir parlé avec trop de légèreté… Si vous ne voulez plus, je comprendrai, vous n’êtes obligé à rien… elle le relâcha après avoir courageusement énoncé cette phrase qui lui écorchait la gorge. Il devait l’aider. Il devait l’aider. Il devait l’aider. Elle se remit à marcher plus vite. Et puis en tant qu’homme, il aurait certainement souhaité une aide plus active que prêter des vêtements. Un fait ridicule et sans honneur, les nobles sont si artificiels.

Passant les mains dans ses cheveux, elle les rassembla en une queue de cheval puis relâcha. Elle avança jusqu’à un angle, s’assurant que la voie était libre puis se tourna vers le noble en quête de sa présence et de sa réponse.
La lumière d’une fenêtre éclairait de telle manière son visage que la moitié était dans l’ombre, seuls ses yeux clairs ressortaient comme deux aimants perçant. Ses lèvres pincées et son expression entre dignité et espérance lui donnaient l’expression d’une statue terrible et captivante. Ses cheveux comme une rivière, coulaient, glissaient sur ses épaules, suivaient les courbes de ses reins, s’échouaient contre ses cuisses en ondulations élégantes. Elle tourna la tête à nouveau, pour vérifier la voie, distraite par un bruit, n’osa plus le regarder à nouveau. Elle n’avait rarement sentit un tel sentiment de dépendance de la part d’un homme. Quand son soldat l’avait portée, oui, mais elle était à moitié inconsciente. C’était si stupide, tout cela pour un tas d’effets, mais perdre lui semblait pire que mourir. Il aurait mieux valu qu’elle meure aussi, elle y avait souvent pensé.

Elle n’avait jamais su protéger sa famille et à présent tout ses hommes étaient mort, ou presque. Tous. Des larmes rageuses inondèrent ses yeux alors que les pensées noires assaillaient ses flancs. Elle était si déplorable qu’elle venait mendier l’aide d’un noble. Elle pourrait y arriver seule, elle le pouvait mais si elle était sage, elle savait qu’il était plus sage de compter avec son aide. Oublier son orgueil mal placé. Accepter de dépendre de l’aide d’un étranger. Faites qu’il accepte.


Ce n’est pas dans mes habitudes de demander de l’aide de manière aussi inconvenante… je ne suis pas ainsi… normalement.


Pourquoi avait-elle besoin de se justifier ? Pourquoi avait-elle besoin qu’il ne se face pas d’elle l’image d’une femme faible et déplorable ? Pourquoi n’était-elle pas morte, tout était si compliqué depuis… si douloureux, elle n’avait jamais eu à faire avec pareilles douleurs, pareils doutes…
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Lun 9 Juil - 14:09

Avec un réflexe vieux de dix ans, il se mit en position de repos avec une facilité et une aisance qui l’étonnèrent lui-même. Il avait songé, à un moment, à l’idée de réintégrer l’Armée maintenant que son handicap était moins présent, moins gênant mais il savait qu’il n’avait que très peu d’enseignement militaire et que reprendre l’instruction serait obligatoire. Ce n’était pas le plus gênant, car il aurait très bien pu y consacrer une ou deux années mais il savait que personne ne lui confierait un quelconque commandement, pas avec le doute qu’il puisse flancher au moment crucial, pas sans la certitude qu’il soit sans faille, et, il l’admettait volontiers, il ne l’était pas. Morghan Jagharii n’était plus fait pour l’Armée le jour où il en quitté l’infirmerie sur un brancard, en direction de la maison de son père. Ce jour là, tout s’était terminé pour lui. Et s’il pouvait refranchir les portes de la Garnison, comme aujourd’hui, ce serait à jamais comme un civil, et rien d’autre. Cela lui fit mal au cœur mais la vérité était bonne à dire et, surtout, à entendre. Se bercer d’illusions n’était pas le meilleur moyen de les rendre plus tangibles ou plus réalisables. Therdone avait dessiné un autre chemin pour son futur et il l’avait emprunté avec Volonté, même si cela le détournait de celui qu’il avait ardemment désiré arpenter. Il n’était pas un soldat mais il avait quand même réussi, à sa manière. Devait-il avoir honte ? Non, mais il ne pouvait s’empêcher de s’imaginer l’homme qu’il aurait pu devenir au sein de l’Armée. Aurait-il pu être à la hauteur du Capitaine Elenor ? Auraient-ils servis ensemble ? Tant de questions qui restaient sans réponses… L’idée qu’un autre futur aurait été possible ne faisait que disperser son esprit dans des directions douloureuses dont il aurait aimé se passer mais dont il souffrirait certainement encore pendant plusieurs années.

Il fut ramené à la réalité par la jeune femme qui lui proposait enfin un plan, ou, plutôt, qui semblait réfléchir à voix haute, même si on remarquait qu’elle ne parlait pas trop fort, certainement pour éviter d’alerter d’éventuels « ennemis » sur sa position actuelle et se faire attraper avant même que le jeu n’ai réellement commencé pour elle. Il haussa un sourcil lorsqu’elle lui proposa de chanter ou danser nu au milieu de la cour ou même d’attirer les regards et les oreilles en insultant l’Armée. Au delà du ridicule et des risques qu’il encourait pour de tels outrages, il savait qu’il n’était pas capable d’une telle chose, car il respectait bien trop l’institution pour médire sur elle. On ne pouvait décemment pas prononcer de mauvais discours sur quelque chose que l’on a toujours voulu dans sa vie, il était d’ailleurs convaincu qu’aucun mot ne lui viendrait à la bouche, même s’il essayait de le faire. Sa réflexion la mena soudain à lui proposer de lui donner ses vêtements, afin qu’elle puisse se faire passer pour une Noble. L’idée était tentante et pouvait très bien réussir mais il ne possédait pas de vêtements de rechange, ni de chambre, ici. Il ne portait que ses vêtements actuels et l’idée de s’en défaire le mettait quelque peu mal à l’aise. Il se rendait compte à quel point elle commençait à croire en son propre stratagème et c’était presque contagieux mais il restait une certaine retenue dont il ne pouvait faire facilement fi. Que deviendrait-il une fois qu’elle sortirait dans la cour ? Reviendrait-elle lui redonner ses vêtements quand elle aurait récupéré ses effets ? Elle ne semblait pas être du genre à l’abandonner, mais, après tout, elle l’avait dit elle-même, c’était une inconnue et il ne la connaissait pas du tout. Lorsqu’elle se saisit de son col, se collant de nouveau à lui, il prit une forte inspiration, plongeant dans son regard et se concentrant sur ses paroles pour ne pas se laisser aller au souvenir du trop récent événement. Comment pouvait-il refuser ? Il la comprenait en tout point. Sortir la tête haute… Cela lui avait été interdit, mais elle pouvait le faire…

Il souffla un peu quand elle le relâcha avant de s’écarter pour aller jeter un regard dans un couloir perpendiculaire. Il en profita pour se remettre les idées en place et préféra jeter un coup d’œil à la fenêtre plutôt qu’au Sergent qui ressemblait à tout sauf à un Sergent à ce moment précis… Lorsqu’elle revint vers lui, elle semblait différente, presque désespérée. Il posa son regard dans le sien et croisa sa détermination emprunte d’un voile qui provenait certainement de son absence de réponse. Mais, d’un certain côté, elle ne lui avait pas vraiment laissé le temps de placer un seul mot… « Je n’ai pas de vêtements de rechange, mais je vous prêterais les miens. » Avisant une porte non loin d’eux, il passa près de la jeune femme avant, cette fois-ci, de lui prendre la main et de l’emmener derrière lui dans une petite pièce. Elle ressemblait à une chambre de patient, et à en croire les lits, elle était inoccupée. Il s’installa sur une chaise et commença par enlever ses bottes. « Je ne suis pas sur que tout vous ira parfaitement mais vous devrez faire avec ce que j’ai Sergent. » Une fois ses bottes enlevées, il les déposa devant la jeune femme après s’être relevé. Sans fausse pudeur, il défit ses affaires une à une, en commençant par son baudrier et son épée, les posant sur le lit pour qu’elle puisse les enfiler à son tour. Cela lui faisait un peu bizarre de se déshabiller en compagnie d’une femme qu’il ne connaissait pas mais ils n’avaient pas le temps de chercher un endroit où ils pourraient faire ça avec une certaine intimité, mot que l’Armée ne connaissait pas réellement. Il retira finalement la fine tunique qui recouvrait son torse et se retourna vers une fenêtre, dos à la jeune femme, après l’avoir déposé à son tour sur le lit. « Je vous suggère de passer cette tunique plutôt que de garder la votre, un œil attentif pourrait la distinguer. Passez vos cheveux à l’intérieur de la veste, ils seront moins reconnaissables de loin. Et comme j’ai les cheveux assez long, vos collègues croiront peut-être que c’est moi qui ressort du bâtiment sans vous prêter davantage attention. » Cela aurait pu être des ordres mais il ne s’agissait clairement que de suggestions qui se voulaient sensées. Il n’avait pas tourné la tête de la fenêtre et ne la tournerait pas avant qu’elle ne l’y autorise en quelque sorte.
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Lun 9 Juil - 20:01

Elle se laissa faire cette fois, cessant de l’ensevelir de paroles. Elle ne parla pas plus et s’il ne s’était pas tourné pour finir de se déshabiller, il aurait pu surprendre son sourire soulagé humidifié de quelques larmes rapidement chassées d’un revers de main.

C’est un drôle de double qui vint lui presser l’épaule pour lui tendre une vielle chemise encore tiède. Même si les pantalons étaient trop grands, elle avait réussi à les retrousser de manière plus ou moins discrète, elle avait compressé autant que possible sa poitrine, maudites mamelles, et coiffé ses cheveux de manière à ce que de loin le subterfuge fonctionne. En changeant d’habit, elle avait naturellement changé d’attitude, la jeune femme avait disparu. Elle acheva de boucler l’épée autour de sa taille. C’était une sensation des plus troublantes et étranges de changer de classe, de sexe et de… de tout. Et de se retrouver dans les habits d’un homme qui se tenait habillé ainsi une poignée de minutes avant n’arrangeait en rien les choses. Elle n’avait jamais effleuré l’idée que de voir un homme se déshabiller la gênerait. Car elle ne s’était pas privée de l’observer, profitant qu’il tourne le dos. Usuellement, elle aurait même été ravie, c’était un bel homme.


Je reviens. La fenêtre donne sur la cour, vous pourrez me voir.

La porte claqua dès qu’elle eut finit. Rien ne servait de se perdre en contemplation. Un jour elle lui demanderait pourquoi il avait aidée une inconnue si spontanément. Mais à présent, elle avait plus important à faire. Marcher la tête haute ne lui fut pas compliqué. Ainsi coiffée, ainsi apprêtée, elle n’avait pas l’air d’une femme. Heureusement pour elle, Therdone lui avait offert un visage volontaire qui savait se fermer. Elle sortit sans encombre, puis se dirigea vers la porte principale sans une hésitation. Elle s’écartait de son but, cela pouvait sembler insensée à un œil extérieur. Une fois pratiquement arrivé à la porte, elle pivota sur ses appuis et s’élança. Il se passa quelques secondes avant qu’une vingtaine d’homme sorte de leur couvert, une autre partie tout aussi importante devant les bâtiments était véritablement hors jeu. Mais cette vingtaine près du mur qui se trouvait sur son flanc allait tout simplement lui couper la route. Vu d’en haut cela faisait comme un piège inéluctable qui se refermait sur elle, et puis soudain elle accéléra. Qu’importe à quelle vitesse les adversaires allaient, ils semblaient trop lent pour arrêter la coureuse qui s’envolait littéralement. Elle n’avait pas menti, à propos de ses jambes, visiblement. Elle continua sa course sans ralentir, une performance à couper le souffle et se demander où elle trouvait le sien.
Il ne restait plus que les trois gardes resté préventivement près de ses affaires. Les deux premiers qui vinrent en courant vers elle, furent esquivé par des pivots virevoltants qui firent se libérer sa chevelure de leur prison. Elle avait été un courant d’air insaisissable, le dernier, il semblait bien campé. Elle fonça droit sur lui, et alors que l’impacte semblait certain elle sauta, s’accrocha à une branche et à l’aide d’un coup de rein s’envola au-dessus de son adversaire hébété pour atterrir sur ses affaires en poussant un cri strident, un cri modulé à la manière des grands rapaces. Élégante et légère, implacable.

Il y eut beaucoup de rire dans la cour, d’embrassade. Puis, elle ramassa ses affaires et repartit en courant vers la caserne. Vers lui, là-haut, le délivrer de sa chambre, partager sa joie tout simplement.


Il ne lui fallut pas longtemps pour revenir, rouge, écarlate, la respiration presque sifflante. Deux sacs sous les bras, l’un contenant des arcs et armes visiblement. Elle les posa par terre, et se précipita sur Morghan en riant. Qu’importe qu’il soit à moitié nu, elle était simplement euphorique.
On a gagné ! Elle avait du coffre c’était une chose certaine. Et de la force alors qu’elle se jeta contre lui pour une accolade musclée. Elle rit encore puis se recule pour reposer les vêtements avec précipitation. Comme je te l’ai promis, je te les rends, je les ai à peine froissés ! C’est lorsqu’il ne lui resta plus que ses sous-vêtements sur le dos qu’elle fut prise d‘une réflexion. Si un militaire entrait ici, elle était bonne pour un blâme plus que sévère. Le quiproquo était plus qu’évident, que font une femme et un homme à moitié nu dans une chambre ? ah, sûrement pas un échange d’habit. Elle sort son épée et la plante violemment dans le chambranle de la porte. De cette manière, la porte ne pourra plus s’ouvrir. Toujours à réfléchir à retardement, on ne la changerait pas. L’impulsivité non plus. Sans plus regarder Morghan et en digne tornade humaine, elle ouvrit son sac et enfila un pantalon, puis une chemise. Ses habits à elle. Les siens.

Je me sens revivre. Et c’est grâce à toi… à vous, je veux dire. À vous. Combien de bière alors sire ? Oh et, qu’importe, autant qu’on veut. Bon, autant que ma solde le veut…

Elle tenait absolument qu’il le partage son verre.

On sortira par derrière si tu ne veux pas que l’on devine que c’est vos habits que j’ai emprunté.


Elle n’arrêtait pas de parler, encore et toujours. De peur d’être interrompue, de le regarder, et trop occupée par une nuée de joie pétillante. Fêter cet événement mémorable en compagnie de son sauveur inconnu c’était prolonger l’envolée irrépressible qui la gagnait. L’envie de l’embrasser aussi. Juste de vivre, de boire ces bières. Elle virvolta jusqu’à son sac pour caresser le bois de son arc fétiche. Puis de s’assoir tout simplement, pour souffler, reprendre son souffle. Et enfin, vraiment le regarder sans bouger sans cesse et parler.
Apaisée, heureuse, pleine de vie. Une énergie presque palpable à mesure qu’on la voit respirer. C’est sans doute une des rares fois où son visage exprime tant de joie. Elle s’était rarement sentie aussi comblée. Désespérément heureuse. Sotte aussi, mais elle aurait le temps de le réaliser après.

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Mer 11 Juil - 6:36

Il ne savait pas vraiment pourquoi il s’était laissé aller à telle folie. Probablement parce que cela l’amusait un peu, au fond, de voir si elle pouvait réussir à remporter ce défi que lui imposait ses camarades au sortir de l’infirmerie, peut-être parce qu’il aurait voulu pouvoir relever un tel challenge lui aussi lorsqu’il était plus jeune et qu’il en avait finalement été privé. C’était une manière de se rattraper. Certes ce n’avait rien de très glorieux, puisque, après tout, il se retrouvait maintenant presque nu – hormis un sous-vêtement qu’il avait jugé inutile de lui prêter – et s’il tournait le dos à la jeune femme, il ne sentait pas moins son regard sur lui et ne pouvait s’empêcher de rougir. Il avait rarement été aussi dénudé en présence d’une personne du sexe opposée, et, il fallait l’admettre, c’était rarement pour changer de vêtements. Il brida rapidement son esprit pour ne pas le laisser déraper, surtout lorsqu’il commençait à associer l’officier à la tunique grossière se collant contre lui quelques minutes plus tôt, et inspira un bon coup pour ne pas flancher. Ce n’était pas le moment de se laisser aller à des idées stupides et frivoles. Il ne devait rien s’imaginer, car, après tout, elle avait fait cela par nécessité et non par envie, ça ne voulait rien dire, et, surtout, ça n’impliquait rien. Car s’il avait été retourné par ce contact rapproché, rien n’indiquait que c’était également le cas pour elle qui, d’ailleurs à bien y réfléchir, ne semblait pas s’en être formalisée outre mesure. Mieux valait peut-être arrêter de se faire des idées tout de suite. Pourtant, dos à elle, il ne put s’empêcher de l’imaginer s’habiller, de voir à quoi elle ressemblait dans ses vêtements à lui. Il n’osa pas se retourner, pour ne pas l’incommoder, même lorsqu’il sut qu’elle avait enfilé le pantalon et la tunique, même lorsqu’il entendit le bruit caractéristique du baudrier que l’on fixe à la ceinture.

Quand elle lui annonça que la fenêtre lui permettrait de tout voir, il acquiesça et ne tourna brièvement la tête que lorsque la porte claqua, le laissant seul dans la chambre, un sentiment qui lui fit une sensation bizarrement désagréable. Sans prendre le temps de chercher à mettre quelque chose sur le dos, même s’il ne faisait pas trop chaud entre ces murs de pierres épaisses, il s’approcha de la fenêtre, évitant de se mettre juste en face, et s’adossa contre l’un des montants en roche avant d’observer la scène qui allait se dérouler sous ses yeux. Il la vit quand elle fut sortie du bâtiment, quelques pas après la porte, l’observa se diriger vers la sortie du Quartier militaire. Pas de mouvements. Apparemment l’idée qu’elle avait eue portait ses fruits, mais il restait encore à s’approcher de ses affaires, dont elle s’éloignait pour le moment. Il eut, l’espace d’un instant, un doute, alors qu’elle poursuivait son chemin vers la porte principale : l’avait-elle dupée ? Il n’y avait jamais cru mais ce sentiment incontrôlable devait durer jusqu’à ce qu’il la voit détourner son chemin et s’élancer vers la place, vers ses affaires. Son démarrage était impressionnant et elle courait déjà rapidement, pourtant, si elle avait pu mettre hors course une bonne partie de ses – nombreux, maintenant qu’il pouvait les voir – adversaires, il en restait d’autres qui n’avaient pas l’air de vouloir se laisser faire et commençait déjà à la prendre en tenaille. Comment avait-elle prévu de s’en sortir ? Et puis il la vit, s’élancer, encore plus vite qu’avant, et prendre de court tous les autres. Où trouvait-elle de telles impulsions ? Il resta ébahi quelques instants avant de voir qu’il restait un dernier obstacle à franchir avant de pouvoir clamer ses affaires. Il observa son esquive, brillante et fluide et son saut, magistral. Elle avait réussie, sans l’ombre d’une hésitation, sans une seule erreur. Sans s’en rendre compte, Morghan avait partagé, certes avec moins d’intensité, le cri de joie de la jeune femme lorsqu’elle avait atteint ses affaires. Heureusement, le bâtiment était presque vide et personne ne s’en était surement rendu compte. Il aurait été bien embêté d’expliquer pourquoi il se retrouvait presque nu dans une chambre vide alors qu’il n’était même pas militaire…

De loin, il partagea la joie qui montait de la cour et ne put s’empêcher d’avoir un petit soulagement lorsqu’il la vit prendre ses affaires et revenir en courant vers le bâtiment. Elle ne l’avait pas oublié. Il l’entendit arriver de loin et ne put s’empêcher de se tourner vers elle quand elle arriva, grand bien lui en prit, car à peine ses affaires déposées, elle courut vers lui pour lui sauter dans les bras. Surpris, mais partageant la joie qui irradiait d’elle, il fit fi de la puissance sonore de sa voix et accusa d’un mouvement de pied la force avec laquelle elle s’était jetée contre lui. C’est quand elle se recula qu’il se rendit compte qu’il était encore à moitié nu et ce qui venait de se passer. Il refoula un sentiment de gêne par la joie palpable qui avait envahi la chambre et, alors qu’elle commence à se déshabiller, tenant sa promesse, il ne peut s’empêcher de détourner le regard. Il attendrait qu’elle s’habille, c’était la moindre des choses et il n’était pas à quelques instants près. Pourtant, il ne put s’empêcher de tourner la tête lorsqu’il entendit un bruit mat en direction de la porte. Il lui fallut un instant pour repérer l’épée et s’interroger sur le pourquoi avant de se rendre compte que la jeune femme n’était pas habillée avant de détourner la tête rapidement, rougissant de son manque d’impolitesse et de ce qu’il avait pu entrapercevoir. Il inspira profondément pour se calmer et, sans regarder la militaire qui, à présent, devenait de plus en plus décente, il attrapa ses premiers vêtements pour commencer à les enfiler, une manière comme une autre de s’occuper l’esprit et de ne plus penser. Il eut un sourire quand elle ne sut pas comment se comporter avec lui, passant du tutoiement au vouvoiement sans distinction aucune. Il apprécia sa sollicitude, mais il n’en avait pas besoin. Il ne voyait pas ce que l’on pourrait dire de lui, tout au plus qu’il s’était fait kidnappé par la Sergent le temps de sa victoire et qu’elle lui avait emprunté ses vêtements. Il eut un sourire à cette idée stupide. « Tu peux m’appeler Morghan, et tu peux me tutoyer. Quant à ma réputation… Je n’y porte pas beaucoup d’intérêt, alors passons par le chemin le plus court. » Il avait accompagné cette invitation d’un léger et timide sourire. Il ne s’était jamais formalisé de ce genre de détails qu’étaient les formules de politesse, il aurait été soldat ou son supérieur, l’un aurait du vouvoyer l’autre mais ils n’étaient rien de cela. Tandis qu’il terminait de s’habiller, il l’observa alors qu’elle était assise sur le lit, elle semblait presque différente du moment où il l’avait rencontrée : elle semblait… beaucoup plus heureuse. « Tu… Tu étais impressionnante dans la cour… » Il aurait voulu avoir un ton beaucoup plus détendu et moins hésitant mais, rien que de la regarder, cela avait entamé sa confiance en lui.
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Mer 11 Juil - 19:25

Oui.

Elle l’observa en lui adressant un sourire voilé désarmant.

Je t’avais dit que je courrais vite. Je n’ai pas l’habitude d’être prétentieuse sur mes capacités. Je me suis entraînée dès que j’ai pu. Elle saisit sa jambe bandée. Elle massa son tibia un instant, délicatement, entre ses mains usées. Elle était cassée. Je dois faire attention à présent. Je n’ai pas été très raisonnable. Elle cessa de regarder sa jambe pour revenir au noble. Ce n’était pas prudent du tout, mais c’est un de mes défauts, de réfléchir après avoir agi. Elle rit légèrement, un gloussement feutré. C’est tout à fait ridicule pour un militaire.

Morghan, alors… Un claquement de langue satisfait contre son palet. Pouvoir lui adresser un prénom lui semblait plus confortable. Qu’importe s’il voulait taire son nom de famille. Cela ne la regardait tout simplement pas. Elle alla pour tirer son épée, veillant une fois l’émotion passée de ne pas trop appuyer sur sa jambe qui lui faisait à nouveau un peu mal, comme à chaque fois qu’elle courrait. Ici elle avait donné le meilleur d’elle-même. Elle n’avait plus qu’une envie, s’effondrer sur sa couche, mais elle n’en ferait rien. L’épée fut enfin arrachée, à grand renfort de grognements, elle l’avait bien trop fichée dans le bois. Elle faillit tomber à la renverse quand elle lâcha enfin. Elle la remit à son fourreau. Ses habits étaient simples. Un pantalon de toile simple, une chemise ajustée. Assurément une tenue civile, elle mettait tout à fait en valeur son corps sans être trop aguicheur. Elle aimait ce vieux tissu que sa mère lui avait offert. D’un signe de tête, elle indiqua au noble de la suivre. Elle redescendit l’escalier à toute vitesse et disparu dans un bureau. Elle y déposa ses affaires au vestiaire en attendant d’avoir une chambre affectée. De toute manière, elle était en permission jusqu’à sa convocation. Un temps laissé pour permettre aux soldats de se détendre et de retrouver un peu leur famille. La sienne, elle avait bien évidemment envie de la revoir. Aller saluer son frère. Mais il y avait une crainte, une appréhension, cette distance qui les séparait et qui l’empêchait d’oser revenir. Si longtemps sans nouvelles, ils devaient en être courroucés, malgré l’argent qu’elle donnait à sa mère.
Elle retourna bien vite dans le couloir pour rejoindre Morghan. Elle croisa alors qu’elle lui annonçait qu’ils pouvaient y aller un ancien membre de sa promotion. Après un échange de tape sur l’épaule, il lui fit une remarque taquine :
« A peine rétablie que tu amènes déjà des galants en caserne, content de voir que tu vas vraiment mieux. » Elle rit, pour toute réponse et prit le bras de Morghan. Sur le ton de la confidence, elle lui confia en un murmure car il méritait d'en savoir un peu plus sur cette attitude. Il avait un petit faible pour moi au début. Il n’aimait pas que je fréquente d’autres hommes en permission. Ça lui a passé, tant mieux parce que je ne vois pas pourquoi une femme ne pourrait pas profiter un peu de son temps libre aussi. Il a gardé ces bonnes vielles réflexions, surtout quand je suis accompagnée d’un si bel homme. Nous allons aller dans une petite taverne pas loin de la caserne. Je connais bien le lieu. Connaissais, ça me fera plaisir de le revoir. Il n’y en a pas pour long à marcher, je suis un peu fatiguée après tout.

L’établissement était très connu des militaires, l’affaire était prospère dû à sa proximité quasiment immédiate avec les quartiers militaires. Le sergent marchait vite, elle lâcha le bras de Morghan pour pousser la porte et beugler un : Eh Gao, ta meilleure table pour la princesse de retour ! Elle disparut happée par un tonitruant bonhomme qui acheva de la décoiffer de ses grosses paluches grasses. Après avoir manqué d’étouffer contre sa bedaine, il la relâcha. Une fois libérée, elle happa Morghan par l'épaule, de peur qu’il s’envole subitement lassé par elle. Elle l’entraîna à une petite table, sous l’escalier, à l’écart de la salle commune. Une table tranquille, loin du tumulte qu’elle appréciait. A cette heure l’établissement était peu fréquenté, de toute manière, mais c’était la table de la princesse. Elle fit assoir Morghan en pressant sur son épaule autoritaire. Elle n’eut pas le temps de s’assoir que déjà le tavernier déposa deux énormes chopes sur la table. Tournée du chef, un clin d’œil à Morghan, un peu graveleux, en tout cas très compréhensible. Vas-y, mon petit gars.

Nisa s’assit à côté de lui, sur le banc.
Je voulais vous remercier, d’être venu. Ça me fait réellement grand plaisir que vous ayez accepté ce symbole puisque je vous dois la victoire. ... L’as-tu fait dans l’espoir de finir l’après-midi avec moi ? Une question susurrée alors qu’elle lui remettait nonchalamment une mèche de cheveux derrière l’oreille, penchée contre lui. Elle retira ensuite ses mains comme si elle s’était brûlée. Réfléchis avant de parler, tarte ! Pardon. Je ne suis pas à ma place. Elle s’éloigne un peu, glissant sur le banc et saisit sa chope. A la santé de Therdone et de Morghan. Et de plonger son nez dedans pour mettre fin à son embarras palpable. Elle aurait presque rougit comme il le faisait. Il était tellement adorable. Elle n’avait jamais vu d’homme rougir ainsi en sa présence. Jamais rencontré d’aussi élégant, d’aussi propre, d’aussi beau. Il lui en fallait bien peu pour perdre la tête. Après quelques gorgées conséquentes, elle reposa la chope. Clonk. Soupira, et rota. Passa une main sur son visage en faisant une prière d’adieu à feu l’image féminine que le noble avait d’elle. Pitoyable. La vérité, c’est qu’il la dérangeait. Elle ne savait plus si elle devait le vouvoyer, le tutoyer. Avant, elle lui aurait simplement proposé de monter à l’étage. Simplement, mais là, même si elle mourrait d’envie de proximité, elle ne pouvait s’y résoudre. Pourquoi cette réserve ? C’est un noble. Et alors ? elle ne le reverrai plus, de toute manière. Elle avait envie de le revoir. Tu le reverras s’il le veut, si tu le rends assez heureux pour qu’il ait envie de recommencer… Passer pour une femme intéressée et vénale ne lui plaisait pas. Et alors, tu es une militaire, qui voudrait d’une militaire. Personne. Cela l’agaçait !

Ses mains serrées sur la chope avaient les jointures blanchies à mesure qu’elle les crispait. Elle n’avait jamais été aussi embourbée dans des choix qui paraissaient pourtant simple. Passer une bonne nuit, et dire au revoir. Se contenter du moment présent. Était-ce la mort vue de trop près ou l’âge qui la faisait se perdre en jérémiade et minauderie.

Je n’aimerai pas que vous ayez de moi une mauvaise image. Vous me plaisez, mais je sais très bien où est ma place. Buvons et n’en parlons plus !

Oublions ces idées stupides, elle sourit, un sourire un peu mitigé, timide. Elle l’observait pour le voir réagir tout en ressassant son traditionnel : "réfléchis ma fille, réfléchis bon sang."

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Mer 11 Juil - 22:23

Sa réponse courte le désarma ou peut-être était-ce le regard qu’elle portait sur lui, ou ce sourire… Il se sentait perdre la tête et, dans un certain sens, il n’aimait pas ça. Il savait que cela pouvait arriver en présence d’une femme, il l’avait déjà vécu plusieurs fois, mais cela n’impliquait pas forcément qu’on finissait par en avoir l’habitude. Essayant d’éviter son regard, il jeta un coup d’œil par la fenêtre, comme pour essayer de distinguer quelque chose dont il ne connaissait lui-même pas la nature mais il écouta avec attention ce qu’elle avait à dire. « Je… je n’insinuais pas que tu étais prétentieuse ! » Une remarque maladroite. Bien entendu qu’il n’avait pas voulu la traiter de menteuse lorsqu’il lui avait fait ce compliment mais il voulait être certain qu’elle ne s’était pas méprise. Dans son exclamation incertaine, il s’était retourné vers elle et l’avait regardée masser sa jambe. Cela avait dû faire un mal de chien. Il ne s’était jamais rien cassé mais imaginait sans peine la douleur que cela devait produire, et encore, peut-être était-il en deçà de la réalité. Avec un sourcil de surprise, il l’écouta rire doucement. Cela venait surement du fait qu’elle s’estimait peu raisonnable mais il n’osa pas lui demander davantage. Il eut un frisson quand elle prononça son prénom et évita son regard un instant avant de le relever lorsqu’elle se détourna pour déloger l’épée de l’endroit où elle l’avait profondément logée quelques minutes plus tôt, certainement pour empêcher qu’on puisse l’ouvrir et découvrir une jeune femme et un jeune homme à demi nus. Oui, c’était l’évidence même et il saluait son geste même si, apparemment, elle semblait le regretter un peu. Sans un mot, il l’observa retirer l’épée à force de grognements et d’oscillations. Il avait pensé lui proposer de l’aide mais au moment où il allait le faire, hésitant jusqu’alors, elle retira la lame violemment, manquant de tomber par terre. Il soupira en silence alors qu’elle rengainait son arme et il la suivit une fois qu’elle eut pris ses affaires et lui proposa, de la tête de le suivre.

Elle ne resta pas avec lui, filant comme un cheval au galop dans les escaliers, ses affaires dans les bras. Jugeant son trajet, Morghan la suivit de loin, l’esprit plein de questions, essayant néanmoins de retrouver son calme tandis qu’il parcourait seul les couloirs. Il ne fut néanmoins pas seul très longtemps et elle revint aussi vite qu’elle était partie, mais, cette fois-ci, déchargée de ses affaires. Alors qu’ils se dirigeaient tous les deux vers la sortie, le noble ne trouva pas la force de prononcer quelques mots et préféra rester silencieusement courtois, notamment pour essayer de mettre de l’ordre dans ses idées et dans tout ce qui pouvait lui remuer l’esprit et qui, il fallait l’admettre, concernait la jeune femme qui marchait à ses côté. Ils croisèrent une de ses connaissances apparemment et il resta en retrait le temps qu’ils se saluent mais la remarque taquine que lui lança son compagnon n’échappa pas au jeune homme qui ne sut pas vraiment où se mettre, d’autant plus lorsqu’elle prit son bras et qu’ils repartirent en direction de la sortie alors qu’elle lui confiait sur le ton de la confidence qu’il avait eu un faible pour lui et que ses anciennes habitudes ne lui avaient pas vraiment passée. Il souffla essayant d’éviter de trop faire monter le rouge qui lui venait aux joues. Décidément, il n’était pas dans son état normal depuis cet accident dans les couloirs survenus quelques dizaines de minutes en amont. « Je vous suis. » C’était tout ce qu’il avait réussi à articuler convenablement sans avoir l’air de se déliter complètement. La proximité de la militaire le rendait un peu mal à l’aise. Il ne voulait pas qu’on se méprenne, du moins, pas pour lui, mais pour elle. Il connaissait encore les règles qui régissaient le Quartier Militaire et ne voulait pas qu’elle en prenne pour son grade. Enfin, était-ce vraiment cela ? Non peut-être pas autant qu’il l’espérait ou voulait le croire. Cherchant à faire le vide en lui, il suivit sa guide et se laissa guider rapidement jusqu’à un établissement qui ne payait pas de mine mais qui devait surement faire l’affaire en terme de boissons en tout genre. La Sergent lâcha enfin son bras et entra dans la taverne. La porte restée ouverte lui permit de jeter un œil à l’intérieur et d’entendre ce que la nouvelle venue beugla en direction du patron.

Avec un petit sourire, il observa de loin le tavernier accueillir sa nouvelle cliente avec une affection toute particulière. Nul doute que ces deux-là devaient se connaître depuis longtemps. Il n’eut toutefois pas eu le loisir d’aller plus en avant dans sa réflexion car elle l’attrapa et l’attira dans la taverne, le dirigeant vers une table située sous un escalier, à l’écart des autres tables. La tranquillité serait agréable, même si l’établissement était loin d’être bruyant à cette heure-ci. Avant qu’il n’ait eu le temps de s’asseoir par lui-même, sa guide le vissa sur une chaise sans lui laisser d’autres alternatives juste avant que le patron n’arrive avec deux choppes qui contenaient, apparemment de la bière. Le noble attrapa le regard du tavernier et resta quoi devant son clin d’œil ne sachant trop si cela faisait référence à la bière ou à quelque chose de plus… de plus quoi. A cette idée, il sut qu’il piquait probablement un nouveau fard et préféra baisser les yeux vers sa choppe pour y admirer le liquide qui reposait à l’intérieur alors que la jeune femme s’installait à côté de lui, à sa grande surprise, pensant qu’elle s’installerait en face de lui. Il releva les yeux malgré tout lorsqu’elle commença à le remercier mais sa dernière question, à peine murmurée, et le geste qui l’accompagna achevèrent de le troubler totalement. « Je… Bien sûr que… Enfin… Je veux dire… Non… Je voulais seulement vous aider. » Il se maudit lui-même d’avoir été aussi désarçonné par son comportement. Etait-il un homme ou encore un enfant ? Face à elle il commençait sérieusement à douter de la réponse. Il eut un petit hochement de tête quand elle s’excusa, arguant ne pas être à sa place, lui intimant qu’elle n’avait pas à s’en vouloir. Après tout, il n’était pas vraiment dans l’état de se formaliser de quoique ce soit. Il attrapa sa choppe lorsqu’elle saisit sa choppe et respire du fait de la sentir s’éloigner. Alors qu’elle s’abreuve généreusement, il ne trempe que les lèvres dans la boisson. Non pas qu’il craint de boire quelque chose de mauvais, mais simplement parce que l’alcool n’a jamais été son fort. Il ne fut pas trop gêné de l’entendre roter, c’était quelque chose de naturel mais n’osait pas la regarder, de peur de se sentir rougir à nouveau comme une pivoine. Quand elle rompit le silence, il n’eut toutefois pas besoin de poser ses yeux sur elle pour sentir la bouffée de chaleur envahir son visage. « Je … Euh… Vraiment ? »Il releva les yeux vers elle réalisant ce qu’elle venait de dire, se fichant pertinemment s’il était encore rouge ou non. « Je… Heam… J’admets que vous ne m’avez pas laissé indifférent aussi. Mais je suppose que vous l’avez remarqué depuis longtemps. » Il avait retrouvé une certaine assurance mais ce n’était pas encore tout à fait ça.
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Jeu 12 Juil - 19:37

Non, enfin oui, … puisqu’on en était aux bégaiements, elle s’y mettait aussi. Vous êtes tout rouge. Je me demandais si vous aviez honte, au début. Je suis une personne qui doit être gênante pour un homme de votre rang. Ne vous forcez à aucune gentillesse, c’est adorable mais pas nécessaire.

Elle but encore un peu de sa choppe, plus lentement cette fois, en la savourant. Elle était devenue cher, elle en avait entendu parler à l’infirmerie. Une préoccupation comme d’autre que le prix de l’alcool. Les pénuries allaient devenir un réel souci dans cette guerre.

Je vais être franche. Elle plongea ses yeux gris dans les siens. Je n’ai pas envie d’une histoire sans lendemain, pas à l’instant. Enfin, pas avec vous et c’est pour cela que ça m’agace. Vous comprenez, si ça m’était égal, je vous aurais volontiers partagé un peu de plaisir, mais ça ne m’est pas égal. J’ai peur. La peur c’est un signal que l’on doit toujours, toujours écouter. Les pressentiments, ce genre de chose, c’est ce qui vous sauve la vie. Et là, j’ai peur, de quoi je ne sais pas tout à fait, de m’attacher sans doute. Parce que j’ai été persuadée trop vite, et qu’avec toute l’envie du monde, je vais reculer pour ne pas me brûler.
Je suis navrée, mais ce n’était pas le bon jour. Ou alors laissez-moi donc boire un peu plus, oui. Que j’oublie ses peurs ridicules. Qu’avez-vous de plus qu’un autre ? Je vous le demande.
Vous êtes beau, élégant, oui, mais ça n’est rien. N’écoutez pas plus, buvons avant que je surpasse mon record de bêtise infinie…


La choppe reposée est déjà bien entamée. Trop franche, trop irréfléchie. A fleur de peau, à fleur de nerfs.

Je ne me confie jamais, habituellement. Ça doit être parce que c’est un jour spécial, que je reviens de loin, de la mort. je n'ai plus vu personne depuis des mois. J’ai envie d’un bain, vous savez, un vrai bain. Je me rappelle en avoir vu un là-bas. Pas en vrai. Je rêvais. Je crois. Un bain merveilleusement gigantesque. Pas dans un bac de bois, pas dans une rivière, ni un bain publique. Une chambre d’eau, avec des pierres et des parfums de plantes. De l’eau chaude qui vous dénoue tout, jusqu’à l’âme. Vous devez avoir connu ça, vous qui êtes noble. Parlez-moi de vos bains, faites-moi donc rêver… s’il-vous-plait…

Elle s’accouda à la table et posas sa main sur la sienne. Sur son visage ça n’avait pas l’air d’une plaisanterie. Elle aimait véritablement les bains, et entendre en parler. Oser s’imaginer le délice d’un vrai et luxueux bains. Des pierres blanches, polies, vernies ? douces en tout cas, et l’eau fumante, juste à la bonne température. Celle qui chasse la douleur des muscles. Elle remua les jambes en y pensant, elle allait avoir des courbatures. Un jour, elle arriverait peut-être à être raisonnable, moins impulsive. Sous ses mains à la peau sèche, elle percevait cette chaleur qui chatouillait les reins. Elle comprenait confusément les dangers. Il revenait sans cesse dans ses pensées alors qu’elle essayait de se distraire avec ces histoires de bains. Ne tombe surtout pas amoureuse, jamais. Allons, ce n’est pas un militaire au moins… mais c’est un noble, ma pauvre fille ! Il a l’air tellement gêné… tu devrais partir avant de tout saccager comme à ton habitude. Tu vas souffrir.

Elle avait envie d’un nouveau prétexte pour se blottir contre lui.


J’ai entendu parler de bain où même les pierres sont chaudes, ça existe vraiment ?

Sans cesser de parler, elle observait à présent leur main. Le regarder trop longtemps lui était presque pénible. Il avait des mains soignées, plus douce que les siennes. Il leur fallait une main pâle et manucurée à ces mains, pas celle d’une moins que rien. Ne te dévalorise pas, ma pauvre fille. Ces femmes fades qui n’avaient rien d’autre à faire de leur journée que contempler et soigner leur beauté. Tout semblait doux et élégant chez cet homme. C’était captivant, oui, ce mélange subtil était enivrant. Ses mots, il les avait à peine voilés, lui aussi. Il admet, c’est comme à contre cœur, ça, non ? Indifférant, une négation. Bien sûr, en général, elle ne laissait pas indifférent les hommes. Une femme soldat, ça impressionne. Et la voilà qui en était à vouloir rêver comme une enfant naïve. C’est un noble, pauvre tête de fronde.

Nisa se releva à peine ayant fini de parler. Perturbée par ses doutes, tiraillée par ses envies et avec la conscience aiguë d’être vulnérable. Cet état de vulnérable, qui créait cette situation ridicule. Et surtout qui lui faisait dire un monceau de bêtise. Comme l’idée de se relever vivement après avoir engloutit les deux tiers d’une choppe énorme à jeûne et qui plus est fatiguée. La conséquence logique est la suivante, déséquilibrée par un vertige, à peine redressée dans le but évident de fuir qu’elle chute contre lui. Elle se rattrapa comme elle put, fini à moitié assise sur ses cuisses, agrippée à une épaule. Et c'est à ce moment que ses cheveux qu'elle n'avait pas encore attaché comme elle en avait l'habitude glissèrent entre eux. Un jour elle les couperait. Complètement.

C’était un prétexte involontaire, gênant et plaisant.

Il sentait bon, aussi. Avait-il pris un bain récemment ?

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Jeu 12 Juil - 22:21

Une chose était certaine, il ne s’attendait pas vraiment à ce qu’elle lui réponde de but en blanc qu’elle était intéressée par lui. Il fut surpris également qu’elle pensait qu’il avait honte d’elle et qu’elle se révélait gênante. Il était vrai qu’elle avait peut-être des manières qu’on ne côtoyait pas tous les jours dans la Noblesse mais elle ne savait pas qu’il avait vécu dix années dans la campagne avec des gens du commun qui avaient des manières proches des siennes et, depuis le temps, il avait appris à ne plus s’en formaliser autant. Au début, il avait eu du mal puis, devant sauver les apparences, il s’y était mis aussi, apprenant à faire comme les autres, même s’il n’avait pas oublié toutes les manières propres à la Noblesse. On ne faisait pas table rase d’une éducation faite quasiment dès le berceau et sur laquelle on avait beaucoup insistée. « Je ne me force pas. » Il avait retrouvé une assurance certaine sans vraiment savoir d’où elle lui venait, peut-être que le fait de savoir qu’elle éprouvait quelque chose pour lui, les mettait, en quelque sorte, sur une égalité sentimentale qui le rassurait. Peut-être était-ce également le fait qu’elle n’était plus aussi sure d’elle tout d’un coup. « Et je n’ai pas honte de vous, j’ai l’habitude de fréquenter des gens loin d’être Noble et ça ne me dérange pas. » Il était sincère. Elle ne pouvait que le croire sur parole mais il n’avait de toute façon aucune raison de lui mentir, à moins qu’elle ne croie qu’il l’avait aidé uniquement pour « tirer un coup », une chose qu’il n’avait même pas imaginé. Morghan n’était pas spécialement prude mais il n’était pas spécialement débridé non plus. Il avait connu une seule relation et ne s’imaginait pas vraiment capable d’être l’amant d’une femme pour laquelle il n’éprouvait rien d’autre qu’une pure attirance physique. La Sergent avait déjà dépassée ce stade, il le savait, car il avait admiré chez elle une force de caractère saisissante. C’était sa détermination et sa manière d’être qui l’avaient séduit, et pas seulement leur contact rapproché et relativement indécent.

Il eut un sourire gêné quand elle lui avoua, plongeant son regard dans le sien, qu’elle ne voulait pas d’une histoire sans lendemain et, s’il comprenait bien, qu’elle avait peur de ce que cela pouvait être si cela devait perdurer dans la durée. Il n’était pas certain de suivre parfaitement les mots qu’elle agençait mais elle semblait à la fois attirée par lui et en même temps rebutée car elle éprouvait pour lui quelque chose de plus qu’une attirance. Avait-elle peur l’engagement ? Etait-ce cela qu’il devait retenir de tout cela ? « Vous ne me paraissez pas stupide, ou alors pas plus que je ne le suis en ce moment. » Il allait lui dire qu’il n’attendait pas d’elle un « coup », qu’il ne savait pas ce qu’il avait de plus que les autres mais qu’il aurait aimé la revoir, peut-être un autre jour si elle trouvait que celui-ci n’était pas un jour idéal. Plus tard, pour qu’elle puisse mettre de l’ordre dans ses idées, et lui aussi. Ils étaient probablement un peu retournés par les émotions qu’ils venaient de vivre, elle plus que lui. Oui cela devait être ça, mais il était convaincu qu’une partie de ce qu’il ressentait pour elle n’était pas dû à cela et était véritablement ancré en lui. Il n’eut pourtant pas l’occasion de placer des mots supplémentaires alors qu’elle enchainait. Il comprenait ses propos, du moins plus clairement que les autres cette fois-ci mais fut étonné, une nouvelle fois, de la voir parler de bain. L’envie ne le prenait pas spécialement mais il comprenait qu’elle ait pu, elle, l’avoir. C’était parfois délassant de prendre un bain, tant au niveau musculaire qu’au niveau spirituel. Quand elle lui demanda de lui parler de chambre d’eau et de vrais bains, il fut un temps désarçonné, plus encore lorsqu’il sentit la main de la jeune femme se poser sur la sienne. Son regard et sa supplication eurent raison de son hésitation.

« Je ne saurais quoi te dire… Ce sont généralement des grandes pièces, parfois richement décorées, ou alors simples, épurées, dans lesquelles on se sent bien dès que l’on y rentre. On y cherche le calme alors tout doit être reposant, des couleurs au mobilier. »Il ne savait pas vraiment comment disserter des heures et des heures à ce sujet. « On trouve autant de salle d’eau que de personnalités. Certaines mettent l’accent sur tout ce qui entoure le bain, d’autres se concentrent justement sur ce point essentiel. Il y en a des grands, des plus petits… J’avoue ne pas savoir ce que je pourrais vous raconter d’autres. » La gêne était revenue un peu mais sentir sa main sur la sienne, même si elle était un peu sèche, avait quelque chose d’agréablement rassurant. Elle finit par lui parler de bains dont les pierres elles-mêmes étaient chaudes. Il en avait entendu parler lui aussi mais n’en avait pas réellement vu. Elle rompit le lien entre leurs deux regards et l’observait alors qu’elle regardait leurs mains. « J’en ai entendu parler également mais je n’ai pas eu le loisir de le vérifier par moi-même, néanmoins l’information venait d’un ami en qui j’ai toute confiance. » C’était en réalité un autre marchand bourgeois qui faisait des affaires avec lui et qui avait vanté les mérites d’une telle salle d’eau. Morghan lui se formalisait peu de ce genre de détails. Certes il lui arrivait de prendre plaisir à prendre un bain mais cela restait rare, très rare. Alors qu’il avait fini de parler, il nota dans son regard un étrange sentiment et sans qu’il puisse réagir, elle se leva rapidement. Trop rapidement peut-être car elle tomba à la renverse… sur lui. Il écarta les bras pour la rattraper alors qu’elle finissait sur lui, à moitié contre sa poitrine et assise sur ses cuisses, une main sur son épaule, ses cheveux s’éparpillant entre eux. « Vous allez bien ? »Puis, sans s’en empêcher, il ramena d’une main douce les cheveux de la jeune femme vers l’arrière pour dégager sa vue. Se rendant compte de ce qu’il venait de faire, il rougit quelque peu. « Je… Je suis désolé, c’est moi qui n’est pas à ma place cette fois-ci. » Pourtant elle lui plaisait et cela avait été si agréable de faire ça…
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Ven 13 Juil - 19:13

Ce geste tout simple ouvrit une brèche dans son cœur. Lèvres pincées, elle respira profondément pour évacuer le trop plein d’émotions mélangées aux sensations. Depuis qu’elle était entrée à l’armée, depuis dix ans déjà, elle n’avait jamais défait ses cheveux. Toujours avec la même et éternelle coiffure, une longue queue nouée à intervalles régulier. Et à mesures qu’ils poussaient, elle rajoutait un anneau de tissu. Elle les lavait ainsi. Assise sur son lit d’infirmerie, elle les avait inlassablement dénoués, elle n’avait que cela à faire. S’occuper à défaire chaque petit nœud pour qu’ils deviennent cette incroyablement longue rivière soyeuse. C’était la première fois, depuis père, qu’un homme y glissait ses mains avec autant de liberté. Un geste plus sensible que mille baisers, un geste intime. Après quelques respiration, elle répondit un peu sèchement : Très bien. Bien sûr, qu’elle allait bien. Merveilleusement bien. Elle s’avachit tout à fait contre lui, cessant de tenter de s’écarter en appui sur sa main. Ce n’était pas le torse musclé et puissant qui l’avait portée pour la sauver de la mort, mais il était, elle le sentait à travers le tissu, élégamment musclé. Elle replia sa main qu’elle s’étonna de voir parcourir le buste de sa tenue. Que faisait-elle là, cette main ?
Mes cheveux… un silence. Aucun homme n’a jamais pu les caresser ainsi, à part mon père. Je les gardais toujours attaché. C’était gênant, oui. Mais vous vous trompez, c’était votre place.

Elle se redressa un peu, saisit ses cheveux, les sépara en deux mèches, puis les entoura délicatement autour de son cou. Ils étaient si longs qu'ils revinrent s’échouer contre son buste après s’être croisé dans sa nuque. Elle sourit de ce lien, cette attache ainsi créée. C’aurait été un jeu presque innocent si elle n’était pas en train de s’installer tout à fait à califourchon sur lui pour éviter de chuter plus bas. Même si l’envie de voir comment il la rattraperait aurait été tentante. Elle se pencha contre lui pour se lover au sein de son giron, posant sa tête au creux d’une de ses épaules.

Buvez-votre bière, elle sera moins bonne et puis elle coûte cher et le patron nous l’a offerte si gentiment… Ça lui ferait de la peine que vous n’y fassiez pas honneur, et à moi aussi.

Il y avait une peur idiote au fond d’elle, de briser toute la magie de cette rencontre en osant un baiser, en osant apposer ses lèvres sur cette peau raffinée. Un Noble reste un Noble. Si j’ai des enfants, comme en rêve mère, comme le veux la société, j’aurai voulu qu’il soit de lui. Un homme comme lui, non, lui, exactement lui. Il faut toujours se fier à ses intuitions. Mais elle n’aurait jamais d’enfant, ne vivrait jamais en compagnie d’un Noble parce qu’elle était du peuple, pas de la plèbe, une bourgeoisie qui n’avait pas même le bon goût d’être riche. Une carrière militaire banale. Fade en tout point, voilà comment elle se trouvait. Insipide. Jolie sans doute, mais vivre véritablement avec elle quel intérêt ?
Ne pas laisser indifférent ça ne veut rien dire, tout dire. Les nobles sont des hommes comme les autres, après tout. Un index joueur vient dessiner le contour du lobe de son oreille, méthodiquement. Même ses oreilles ont quelque chose d’élégant. Elle scelle le tout d’un baiser au creux de sa gorge, là où la peau devient tendre, en dessous de l’oreille. Un baiser appuyé, posé avec une lenteur lascive, même son goût avait de cette douceur élégante. Parfaite. Ce n’est pas être à sa place, et alors ? Il lui plait, il n’est pas indifférent… Personne ne dira rien ici, personne ne verra rien, ne remarquera rien. Un océan calme, une marrée haute qui monte imperceptiblement, soudain elle est là, au bord des lèvres et déferle jusqu’au bout des plus fines veines.
Elle quitta son cou, avec empressement pour lui faire face. Les yeux à demi plissé, brillants dans la pénombre. Elle était si proche que son souffle chaud vint caresser les lèvres du Noble. Un souffle parfumé de la saveur de bière.
Je vous donne la permission de m’embrasser, et tout ce qu’il vous plaira. Morghan, je suis sérieuse. Le ton fini pressant.
Morghan, Morghan, Morghan elle faisait ronronner son prénom au fond d’elle. Quelque heure lui avait suffit pour lui faire perdre l’esprit. Ce simple fait devait bien attester de sa grande valeur. C’était une journée exceptionnelle. Une journée de tous les renouveaux, Therdone était incroyable de mettre sur sa route un jeune homme pareil. Pour elle. Sa douceur rougissante, son élégance effacée, lui et ses bonnes manières. S’il la rejetait maintenant, poliment, tout serait plus simple. Qu’il prenne peur Ou tout simplement, il fallait dépasser cette peur, il n’y a aucune raison qu’il soit si différent des autres.
Aucune.
Aucune, raisons.
    Juste un pressentiment.

Tout petit, ce pressentiment de l’aimer déjà trop.

Sans comprendre.


Il y a des instants dans la vie qui vous semblent infini. Ces secondes en firent partie. Une attente tremblante et tendue. Un souffle retenu à travers ses lèvres entrouvertes, dans l’expectative. Une infinité à la fois délicieuse, et terrible. La curiosité de la première fois, cette inclinaison mutuelle, le début de la fin. Ou ses mots qui lui feront mal. Mais mieux vaut avoir mal vite que d’espérer de cette non indifférence timide. Il était une chose certaine, elle se souviendrait de cette journée jusqu’à sa mort. Et de lui, son visage étonné, son visage rougissant, tellement séduisant. Embrasse-moi, embrasse-moi, s’il-te-plait.

Elle ferma les yeux.

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Ven 13 Juil - 23:34

Il ne pouvait pas savoir qu’un aussi petit geste pourrait avoir d’aussi grandes conséquences pour elle. Peut-être s’il avait su qu’elle n’avait pas l’habitude de se laisser toucher les cheveux, alors il aurait comprit qu’il n’était vraiment pas à sa place. Il aurait peut-être également moins pris pour lui la manière dont elle lui répondit plus ou moins sèchement. Il sentit qu’il avait fait quelque chose de mal et s’attendait à ce que tout se soit brisé en mille morceaux, qu’elle s’écarte de lui et termine sa bière sans un mot de plus. Il n’était pas rare que des rencontres ayant bien commencées se terminent aussi bêtement, sans même une explication. Certaines personnes étaient sensibles, avaient des jardins secrets impossibles à deviner qui pouvaient laisser de la place pour des erreurs irréparables. Un geste presque aussi anodin que remettre des cheveux à leur place pouvait déclencher un tourbillon de souvenirs, de sentiments, qui déconnectait une personne de la réalité et pouvait la séparer d’une autre. Il avait compris que la jeune femme qui se trouvait tout contre lui était une instinctive, qu’elle réagissait dans l’instant, qu’elle vivait pleinement ses expériences, et c’était quelque chose qui le troublait réellement. Mais alors qu’il s’attendait à ce qu’elle se détache de lui, les instants passèrent sans qu’elle ne le fasse, au contraire, elle se lova un peu plus contre lui, sentant même l’une de ses mains se coller contre son torse. Il sentit son cœur s’accélérer et son souffle se faire légèrement plus court mais il essaya de se faire violence et de ne pas perdre le contrôle aussi facilement. Alors qu’il essayait de remettre de l’ordre dans son esprit, elle se confia à lui, elle lui expliqua pourquoi elle avait réagit ainsi, ou plutôt il comprit pourquoi elle s’était montrée plus froide à sa question. Pourtant ses derniers mots eurent le don de le troubler encore. « Sa place ? » Qu’entendait-elle par cela ?

« Je ne voulais pas vous troubler. Si j’avais su, je me serais gardé de me permettre ce geste. » Il s’était enfoncé dans sa vie comme un bélier enfonce une porte, avait exploité, même s’il ne le savait pas, une faiblesse qui la caractérisait et il s’en voulait pour cela. En silence, il la regarda passer ses cheveux autour de sa nuque, comme pour les discipliner un peu, et rougit un peu quand elle se plaça à califourchon sur ses cuisses avant de se lover à nouveau contre lui, posant sa tête au creux de son épaule. Son cœur battait toujours plus rapidement que d’ordinaire mais il réussit néanmoins à retrouver une respiration plus profonde et mesurée malgré tout. Il s’accrocha à ses paroles sur la bière mais il n’avait aucune envie de la boire, aussi chère qu’elle était. Le jeune Jagharii ne buvait que très peu d’alcool sinon aucun. Il lui arrivait trop rarement de boire un verre de vin avec son repas et partager une bière n’était que très occasionnel voir inexistant dans sa vie jusqu’à maintenant. Peut-être aurait-il été plus facile de lever une chope remplie d’une boisson non alcoolisée. D’une main il attrapa néanmoins la chope avant de la porter à ses lèvres pour en boire une gorgée. « Vous savez… Je ne suis pas trop porté sur l’alcool mais vous pouvez boire la mienne, je n’y verrais pas d’inconvénient. » Elle ne pouvait pas le savoir et il n’avait pas vraiment eu le temps de le lui dire, mais ce n’était pas grave, l’alcool présent dans les récipients était probablement la chose la moins importante qui pouvait exister dans cette taverne en cet instant présent et Morghan redoutait plus les regards qui pouvaient se porter sur eux, absolument pas convaincu que personne ne puisse les surprendre discrètement. Il n’avait pas peur qu’on le surprenne avec une militaire ou avec une fille humble, au contraire, il avait toujours trouvé les femmes nobles d’un trop faible intérêt, mais il se sentait vulnérable, cette femme tout contre lui et cela l’empêchait de penser normalement aussi, il fallait le dire.

Quand elle joua avec son oreille, il ferma les yeux, appréciant à la fois le contact, et redoutant ce qu’il pressentait peut-être. Il sentait que la situation lui échappait, lui glissait entre les doigts. Non pas qu’il aimait avoir la mainmise sur les évènements mais il avait l’impression que cela allait trop vite, beaucoup trop vite. Il ressentait quelque chose pour elle, cela semblait être comme une évidence, mais il ne se sentait pas prêt pour brûler les étapes, pour ne pas respecter l’ordre des choses, le temps qui devait faire celles-ci dans un certain ordre. Le baiser qu’elle pose dans son cou le fait frissonner, réveille quelque chose en lui, quelque chose de troublant, il croise son regard alors qu’elle se remet en face de lui, qu’elle plonge son regard dans le sien et s’offre à lui, toute entière de quelques mots, simples et lourds de sens. Il aurait voulu pouvoir répondre, ou plutôt, pouvoir faire ce qu’elle lui offrait de faire, oui, il aurait voulu poser ses lèvres sur les siennes, mais quelque chose le retenait. Il avait besoin d’être sur de ses sentiments, sur de ce qui le faisait avancer. Il avait trop souffert par le passé pour se laisser aller si facilement qu’elle ne semblait pouvoir le faire. Il aurait voulu avoir la même détermination qu’elle mais, c’était sur maintenant, il était certainement plus faible qu’elle à ce niveau là. De ses mains, il chercha celles de la jeune femme dont il se rendait également compte qu’il ne connaissait même pas le prénom… « J’aimerais répondre à votre permission de la manière la plus naturelle qu’il soit mais je ne peux décemment le faire. Ce n’est pas que vous ne me plaisez pas, vous êtes une jeune femme pleine de charme, ce n’est pas non plus votre rang, je n’ai jamais aimé les femmes superficielles qui composent principalement la Noblesse, c’est juste que… » Il s’arrêta un court instant avant de continuer. « Il m’est arrivé de souffrir de ce que l’empressement peut causer comme blessures dans ce domaine et je l’ai très mal vécu. Je ne peux répondre aujourd’hui à votre doux baiser mais j’apprécierais de vous revoir, que nous apprenions à nous connaître l’un l’autre, en laissant à nos esprits un peu de temps, car je sais ressentir quelque chose à votre égard et j’aimerais découvrir de quoi sont faits ces sentiments dont mon cœur est épris. » Il eut un trop timide sourire alors qu’il rougissait encore, peut-être plus par honte, honte de paraître si faible face à elle. Il serra un peu plus ses mains et les relâcha dans un soupir. « Si vous le désirez bien entendu... » Il venait de tout gâcher, il le savait…
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 8:00

Je m’en doutais un peu.

Elle se détourna de lui, quitta ses jambes pour se relever. Elle prit sa choppe restante. C’aurait presque été adorable qu’il accepte une bière pour elle alors qu’il n’aimait pas cela. Presque. Pas après cela. Elle se dirigea vers le comptoir où elle posa sa boisson et s’y accouda. Elle aurait sans doute eu plus envie de partir en courant, loin de lui et de cet établissement, mais ce n’était pas dans ses habitudes de fuir. Elle observait le liquide ambré, perdue dans ses pensées. A peine un frémissement, un rougissement et des paroles entremêlées. Quelle évidence funeste, qu’il n’appréciait pas son corps au point de vouloir s’en défaire sur un prétexte minable. Un non merci aurait suffit, il voulait s’amuser à la voir patienter, attendre qu’il ait pesé le pour, le contre, d’une relation. Elle n’avait rien demandé, rien, il n’avait rien à faire d’autre que de profiter de l’instant présent. La bière lui semblait presque amère alors qu’elle l’engloutissait. Et le patron pouvait l’observer de toutes les manières, elle ne dirait rien.
Elle était triste. En colère aussi.


Un baiser n’engage à rien, comme pourriez-vous découvrir la teneur de vos sentiments si vous ne les suivez pas ? Vous n’aviez qu’à dire que vous n’aviez pas envie, tout simplement. Je préfère l’honnêteté, je ne suis pas une précieuse qui ait besoin de protection.

Vous me connaissez déjà. Il n’y a rien d’autre à dire, je me suis montrée ouverte. Je reviens de campagne où ma compagnie s’est fait massacrée, j’ai été blessée, la course est une raison de vivre. Le tir a l’arc également, puisque je faisais partie d’une compagnie d’archer. Je suis originaire d’une bourgeoisie sans argent. Je suis sergent, je suis militaire. Je n’ai pas le temps de me prélasser à réfléchir sur des sentiments qui sont évidents. Tout comme je n’ai pas le loisir de prendre des bains.

Vous me fait du mal, vous comprenez… et c’est aussi une preuve de l’emprise que vous avez sur moi puisque vous en doutez. Et vous, souffrez-vous que je me sois éloignée ? que je vous parle avec la voix tremblante de colère ? Souffrez-vous à l’idée que je puisse avoir une autre vie, un fiancé, des amants ? N’avez-vous pas envie tout simplement d’oser revenir contre moi ?
Si vous n’avez envie de rien, vous pouvez partir. Et nous nous dirons adieu.
C’est cela, adieu puisqu’il n’y a rien, autant ne pas se faire du mal en réflexion et compromis qui n’ont pas lieu d’être avec les sentiments.


Elle regarda le tavernier. Et toi ne me regarde pas comme ça avec tes petits yeux huileux. Le vieux personnage murmura quelques choses à voix basse. Je sais, je n’ai pas besoin qu’on me fasse la morale. Un murmure sourd, encore, réprobateur. Qu’il soit très bien aussi, je… mais non, évidemment que tu ne m’as jamais vue dans un état pareil pour un homme et alors ? tu l’as bien regardé, lui, tu n’as pas trouvé qu’il y avait en lui quelque chose de si spécial ? Une réponse inaudible, toujours. J’en sais rien, peut-être. Il m’a aidée sans rien demander, spontanément. Peut-être qu’il regrette sa spontanéité à présent. Bien sûr que j’aime les gens comme cela. Et alors, je t’ai dis non. Vieux fou crasseux. Un silence, un peu. Pour une fois… que … Je rencontre un homme auquel j’attache des sentiments… que je désire au-delà qu’un peu de plaisir… et il faut que ce soit celui qui me rejette. Non, pas de bière, donne-moi plutôt de l’eau de vie. J’ai envie de chialer tu peux pas savoir comment. Pourtant c’est pas la première fois que je me fais jeter.
Mais non je l’ai pas brusqué ! je ne lui ai pas demandé de coucher, juste de m’embrasser. Dis que je n’ai aucune manière et que je l’ai traumatisé ce pauvre Morghan… évidemment qu’il est différent. Justement, c’est un noble. La meilleure des raisons pour que je cesse ici-même ! Il doit réfléchir à quoi, comment il me cachera de sa famille ? Bien sûr, je m’en fous. Je ne me marierais pas, je n’aurais pas d’enfant et je finirais par détester le genre masculin !
D’un ton plus doux, moins désespéré. Sauf toi, bien sûr, mon vieux fou.

Tu me remets ça ? Je bois si je paie, sers-moi. Qu’on me laisse ce plaisir au moins. Putain t’as sévèrement monté les prix, quelle tristesse aujourd’hui.


Elle posa son front sur le bois du comptoir un instant. J’apprécierais de vous revoir. Bien sûr qu’elle le désirait, et même au sens le plus simple du terme. Je vais à la cave, appelle-moi si un client vient. Le vieux tavernier ouvrit une porte et sortit après un drôle de regard à la table du fond. Aussitôt que la porte fut claquée, les épaules de la militaire se mirent à trembler légèrement. Elle n’avait même plus envie de boire. L’affaire était donc des plus graves. Elle avait envie d’aller voir sa mère, se blottir dans ses bras à elle. Lui dire qu’elle l’avait enfin trouvé, celui dont elle parlait, mais qu’en réalité, elle l’avait perdu avant de pouvoir le saisir. Il lui avait échappé, qu’elle avait raison, il était trop bien pour elle. Elle finirait pas quitter l’armée, peut-être vivante, se marier à un homme qu’elle n’aimerait jamais en regrettant la fin de cette journée merveilleuse.
Et si elle revoyait un jour Morghan, comment réagirait-elle ? il lui vint l’envie d’un point dans la figure. Pour lui faire mal, comme il lui avait fait à elle. Elle se tourna un peu, pour voir s’il était parti ou non, s’il avait fui ou non. Elle essuya machinalement ses yeux, les larmes ne voulant plus s’arrêter, libérant les émotions retenues. Comme un bain interne, et il était gênant de se mettre ainsi à nu. Mais il n’y avait que lui, elle n’avait même pas envie de jouer avec lui à avoir l’air forte. Envie de plus rien. Il fallait, qu’elle retourne en caserne dormir et continuer sa vie machinale. Se couler dans le moule sans sentiment de l’armée. Oui, elle ne savait pas comment faire avec tous ces sentiments, elle n’avait jamais été douée pour les relations. Elle avait encore été maladroite, n’est-ce pas ? Ce n’est pas pour rien qu’elle n’avait aucun ami, ne voyait plus sa famille, n’avait jamais été capable de s’engager. Il ne pouvait pas deviner tous les efforts qu’elle avait faits pour lui.

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 9:40

Il savait que sa réaction serait mal accueillie, il en était convaincu au plus profond de lui mais aurait-elle pu comprendre ce qu’il avait vécu, aurait-elle pu savoir que lui, contrairement à elle, n’avait pas eu de mal à exposer ses sentiments et en avait souffert ? Il ne la connaissait pas, il ne savait pas ce que tout cela représentait pour elle, s’il avait su ce que ses paroles et ses gestes représentaient totalement, alors il aurait certainement réagit différemment mais il n’était pas capable de lire dans les pensées et encore moins de deviner les comportement des gens. Comment savoir que cette jeune femme, qu’il avait trouvé si entreprenante, depuis qu’ils s’étaient « violemment » rencontré dans le bâtiment de l’infirmerie, n’était pas du genre à faire fi du regard des autres pour exprimer ce qu’elle pouvait ressentir ? Quand elle le quitta, quelques mots jetés à sa figure de la plus froide des manières, il sentit son cœur se tordre. Il lui avait fait mal, très mal, peut-être trop. Il aurait voulu la retenir d’un geste mais la situation lui échappa bien trop rapidement et elle était déjà loin quand il se rendit compte de tout ce qu’il venait de manquer. Sans un geste, il la regarda s’installa au comptoir, non loin de l’aubergiste. Idiot, stupide et gêné, il resta installé sur son banc où elle l’avait planté, devant sa chope de bière dont il ne boirait certainement rien de plus. Il la regarda en silence plusieurs instants avant de croiser le regard du tavernier. Il ne sut pas si ce dernier comprit la détresse qui pointait dans son regard, il en doutait un peu à cette distance, mais il préféra rompre le contact et plonger lui aussi dans ce liquide ambré. Il se sentait mal, mal pour elle, mal pour lui. Mais tout était allé si vite. Il la revoyait encore lovée contre lui, à califourchon sur ses cuisses, un tel contact n’était pas anodin… Il sentait encore la caresse de ses cheveux entre ses doigts…

Puis elle parla, de loin, il savait qu’elle s’adressait à lui mais il n’eut pas le courage de lever les yeux vers elle, pas tout de suite, pas avec cet orage qui faisait tempête en lui. Un baiser n’engage à rien… Etait-elle vraiment sûre de cette affirmation ? S’il s’était laissé glisser dans cette étreinte, s’il l’avait enlacé comme il l’avait voulu et s’il avait déposé ses lèvres sur les siennes. Que feraient-ils en cet instant ? Continueraient-ils à s’embrasser ? Echangeraient-ils des banalités comme si rien ne s’était passé ? Seraient-ils entrain de chercher une chambre pour un peu plu d’intimité ? Un baiser n’était pas « rien », pas pour lui, plus pour lui. Quelques années plus tôt, il aurait certainement pensé comme elle et il ne se serait pas gêné pour la prendre dans ses bras et laisser parler ses sentiments mais il avait peur. Pouvait-elle le comprendre ? Non, probablement pas. Pouvait-il lui en vouloir pour cela ? Non, certainement pas. Continuait-elle de démonter sa raison brique par brique ? Oui, sans aucun doute. Il leva les yeux sur elle. Elle ne le regardait pas mais toutes ses paroles étaient dirigées vers lui. Lui qui ne l’avait pas embrassé, lui qu’elle traitait de lâche ou de menteur alors qu’il avait justement essayé d’être le plus honnête avec elle. Il ressentait une certaine injustice à être ainsi traité mais il comprenait qu’ils avaient un passé différent, une manière opposée d’aborder les sentiments, toute leur incompréhension se glissait ici, dans cette faille entre eux deux. Il fallait maintenant décider s’il fallait la laisser creuser un fossé jusqu’à ce qu’il devienne infranchissable ou s’il fallait sauter de l’autre côté ou tout faire pour l’empêcher de les séparer plus encore. Se cœur se tordit comme un chiffon lorsqu’elle lui avoua avoir souffert de ses mots et il se serra encore plus lorsqu’elle lui posa toutes ses questions où il y connaissait déjà la réponse. Adieu… Ainsi elle ne lui proposait que cette autre alternative ? Elle l’acculait…

Il se leva alors qu’elle commença à parler avec le tavernier. Il s’arrêta, jetant un regard à sa chope, écoutant ses paroles. Il n’entendait que les siennes, celles de l’aubergiste lui était inaccessibles. Il l’entendait se confier comme s’il n’était pas là. Le faisait-elle consciemment ? Il n’en savait rien… Elle se fourvoyait sur beaucoup de choses sur lui. Ne comprenait-elle pas ce qu’il avait souffert, devait-il, lui aussi, lui faire comprendre combien tout cela était difficile pour lui ? Combien il était dur de ne pas pouvoir faire le tri dans ses sentiments, d’avoir peur de s’emballer en croyant reconnaître de l’affection, de l’amour et de la passion, pour finalement tomber de trop haut pour pouvoir se relever entier ? La femme qu’il avait aimée l’avait détruit, littéralement, psychologiquement. Il avait eu besoin de beaucoup de temps pour se remettre, beaucoup plus qu’il ne l’aurait cru imaginable lorsqu’on parlait d’amour et de femmes. Pouvait-elle seulement lui garantir qu’il ne souffrirait pas autant ? Comment l’aurait-elle pu ? Il ferma les yeux et inspira longuement, avant des les rouvrir tandis que le tenancier descendait à la cave. Lui se tenait là, debout, face à elle, il la vit déposer son front contre le comptoir. Il vit quand elle se tourna, il n’avait pas bougé, et il lui sembla voir trop briller ses yeux. Il n’avait jamais eu l’intention de partir comme elle le lui avait offert, mais à cette vue, qui aurait pu partir ? Saisit, il resta immobile pendant plusieurs instants, peut-être trop. Il finit par s’approcher du comptoir, posa ses mains sur le bois et fixa quelques bouteilles qui se trouvaient face à lui. « Oui, j’ai souffert de la façon dont vous avez réagi à mes paroles. Oui, il me peine que de savoir que je vous ai blessé. Oui est probablement la réponse à toutes vos interrogations. » Il soupira. « Il m’a été donné d’aimer une fois. Je me suis offert pleinement, sans aucune retenue, peut-être à cause de mon inexpérience, et j’ai été trahi. J’ai souffert, plus que tout que j’avais déjà pu endurer. J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre. » Il osa enfin un regard vers elle. « Je comprends maintenant que tout ce que vous avez fait témoigne de ce que vous ressentez pour moi mais comprenez vous maintenant ce qui fait rage au fond de moi ? Si je saisis votre trouble face à mon besoin de patience, saisissez vous le mien face à votre franchise ? » Il laissa un petit silence. « Vous êtes séduisante entière, passionnée. Je me demande comment aucun autre homme n’a pu voir ce que vous êtes, votre épée en refroidit peut-être plus d’un… Il eut un sourire timide. « Je ne connais même pas votre prénom… »
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 14:04

Il parlait toujours calmement, de sa voix qui lui plaisait d’entendre. Jusqu’aux compliments, jusqu’aux moindres intonations, elle se sentit apaisée. Elle avait eu une peur terrible qu’il parte sans un mot et qu’elle reste seule avec ses regrets noyés d’alcool. L’imaginer lui tira un frisson, et à présent, elle ne savait pas si tout irait mieux. Elle n’avait pas bu assez pour être confuse ou joyeuse bien que l’eau de vie du patron soit particulièrement chaleureuse. Elle ne tenait guère l’alcool, mais avait tout de même pendant ces dix années eut assez d’entraînement pour supporter et rester lucide. Elle cligna des yeux plusieurs fois, laissant le silence peser après ses mots. Elle voulait réfléchir, et répondre posément cette fois. Elle n’avait pas envie qu’il subisse plus son impulsivité maladroite. Il avait oublié bavarde à sa liste de qualificatif. Elle avait trop parlé. Elle franchit la distance qui les séparait encore pour se glisser entre ses bras, s’adossant au comptoir. La patience était une notion assez aléatoire chez elle, elle voulait bien comprendre qu’il faille patienter, mais cela ne lui interdisait pas de se blottir contre lui. De nouer ses mains au creux de ses reins et poser sa joue contre son cœur. Pour l’entendre battre, s’amuser de son rythme, s’attendrir en s’imaginant la cause de ses accélérations.

Je suis désolée.
Cet air contrit adorable, cette voix filée, elle le maîtrisait depuis toujours. Pardon, papa, je ne recommencerai plus ! Elle recommençait toujours, mais il pardonnait ensuite, attendrit. Un instant au fond des yeux larmoyant, il y eut de cette enfant qu’elle fut. Trop insouciante pour être tout à fait désolée.

Vous pensez comprendre ce que je ressens. Un jour peut-être me laisserez-vous l’expliquer tout à fait… En attendant, vous n’avez pas besoin de mon prénom pour me retrouver. Vous avez déjà mon nom.
Et comme vous ne m’avez pas donner votre nom, ce sera à vous de revenir me voir. Je ne sais pas encore où je serai réaffectée. Et donc dans quelle mesure j’aurai des permissions. Mais en général, j’ai certaine marge de liberté dû à mon grade.
Avez-vous une envie pour achever cette soirée, gentil seigneur effarouché ? Avez-vous besoin que je vous laisse seul pour que vous puissiez réfléchir, avez-vous besoin que je cesse de vous toucher ? Dictez vos désires, je les exécuterai. Sinon, je ne pourrais deviner comment agir sans heurter votre nécessité de patience.

Vous feriez bien de me chasser de vos bras, je ne saurai pas m’y tenir sage longtemps. Vous savez, quand on parlait de l’amour comme une foudre au théâtre. Mon père était à l’amphithéâtre qui a fermé il y a quelques années… enfin, moi, je me moquais toujours de cet amour ridicule qu’on joue. De ces tragédies portées uniquement par les sentiments de deux êtres qui deviennent absolument stupides. En général, l’amour vient après le mariage. C’est ce qu’on me disait aussi, pour me rassurer.

Je crois qu’à présent j’ai réalisé ce que c’était cette foudre. Et je suis navrée d’être aussi excessive. Ce n’est pas de mon épée qu’il faut avoir peur, mais de mes flèches. Un jour… je vous montrerai, comment c’est, l’arc… comment ça nait d’ici.
Elle posa sa main sur son ventre. Dans la respiration. Il faut que ce bras là puisse correctement bander l’arc, celui-ci tient, celui-là tire. C’est aussi simple. Elle guida ses deux bras avec les siens, le faisant bander un arc imaginaire. Fermez un œil pour l’alignement, l’opposé à la flèche, le gauche, voilà. Très bien. Il y a quelques semaines, une flèche j’en ai pris une là. Elle lâcha ses mains pour désigner sa propre épaule gauche. Mais celle qui m’a semblé la plus incroyablement bien tirée, est celle que vous m’avez envoyée, vous. Là. Comme de la foudre.

Vous comprenez ?
Elle serra ses mains contre son cœur, froissant sa chemise. Alors je vais vous attendre, autant qu’il faudra. Juste pour les instants que vous voudrez bien m’accorder. Même si je ne dois faire que vous regarder.

Bon, je serais aussi un peu malheureuse, je suppose, si je ne peux pas vous toucher, sentir votre chaleur autour de moi, ce genre de chose niaise.
C’est très niais, oui. Je me serai moquée de moi quelques heures plutôt. Je m’étais jurée de cesser d’être aussi bavarde, je crois que c’est encore raté.


Elle soupira bruyamment, évitant son regard, s’agitant un peu. Elle peinait à avoir le courage de rester là. Sergent, nous ne réussirons pas, on ne pourra pas tenir la position. Ayez du courage, Soldat, s’il vous en manque, regardez-moi. Je vous rappellerai ce que c’est le courage. Et si le votre défaille là ou une femme peut tenir droite, priez pour la clémence de Therdone. Nous sommes en entraînement et vous osez discuter, montrer peur et faiblesse, que cela sera quand vous serez face à un réel ennemi. Les fillettes peuvent rentrer chez eux. On a pas besoin de lâche ici. C’est si simple à l’entraînement, sur le champ de bataille aussi… Si simple et pourquoi si compliqué quand il s’agit d’elle en tant que femme et non en tant que sergent ? Était-elle devenue aussi faible à son insu ? Une maladie qu’elle craignait, la faiblesse, comme celle qui avait pris son père. Ce n’était pas possible de céder. Elle releva les yeux, un peu plus décidée, ferme. Elle ne sera pas la fillette qui rentre chez elle en pleurant, jamais !

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 16:20

Partir. Mettre un terme à cette discussion de cette manière n’avait pas été envisageable. Simplement parce qu’il s’en serait voulu et qu’il lui devait au moins quelques explications avant de pouvoir la laisser si elle le désirait vraiment. Il savait qu’elle avait agi sur le compte de la passion, qu’elle s’était emportée car elle s’était sentie blessée alors qu’il aurait du comprendre qu’elle s’était faite violence en s’offrant ainsi à lui. Un baiser n’aurait sans doute pas été la fin du monde mais, pour Morghan, cela représentait plus que des lèvres qui se frôlaient et se répondaient mutuellement. Alors qu’il tâchait de s’expliquer, de donner, sans rentrer dans des détails inutiles, les raisons pour lesquelles il n’avait pu s’abandonner à elle aussi vite, il guettait une réaction, un signe qui pouvait indiquer ce qu’elle allait répondre, ce qu’elle allait faire. Il se demandait dans quelle mesure l’alcool qu’elle avait bu pouvait influer sur son esprit mais il préféra ne pas trop y penser, songeant qu’elle devait avoir l’habitude de telles boissons pour éviter de se fourrer dans les bras du premier homme venu. Enfin peut-être n’était-ce pas le cas… Il espérait néanmoins qu’elle avait encore suffisamment les idées claires pour que leur discussion ait encore un quelconque sens, ne serait-ce que pour peut-être donner une chance à un possible lendemain entre eux deux. Il risqua un coup d’œil vers la salle mais il n’y avait que trop peu de gens, certains probablement déjà complètement ronds comme des queues de pelles et certainement incapables de réellement comprendre ce qui se passait vraiment au comptoir. D’autres n’en avaient apparemment seulement rien à faire. Il n’avait pas à craindre d’yeux ou d’oreilles indiscrètes mais il appréciait que les gens se mêlent de ce qui les regardait et de rien d’autre… Il ne sut pas si elle profita de cette ouverture mais lorsqu’il la sentit alors qu’elle se glissait entre le comptoir et lui, il ne put s’empêcher de rougir légèrement à nouveau. Cette proximité le mettait toujours un peu mal à l’aise, même si, contrairement à tout à l’heure, elle était beaucoup plus habillée. Dans un demi-sourire gêné, il passa ses mains dans son dos tandis qu’elle posait sa tête contre son épaule et l’enserrait de ses bras. Cela lui rappela l’espace d’un instant un moment passé des années plus tôt mais il le chassa violemment de son esprit car il n’amenait avec lui que des mauvais souvenirs.

« Inutile de vous excuser, ou alors nous passerons la soirée en excuses vous et moi. » Ils avaient probablement tous les deux quelque chose à se reprocher et ce n’était peut-être pas le meilleur moment, ni le meilleur endroit, pour se perdre dans ses considérations, non pas futiles, mais simplement inutiles. Ils savaient maintenant tous les deux que ni l’un ni l’autre n’avait voulu faire mal et c’était peut-être la seule chose qui importait. Il fut surpris qu’elle ne lui donne pas son prénom mais jugea que ce n’était que justice car, après tout, il ne s’était pas présenté complètement non plus. Aurait-elle réagi différemment si elle avait su qu’il était un Jagharii ? Il savait que ce nom était connu et respecté parmi la Noblesse, mais les gens plus humbles en avaient-ils la même connaissance et la même déférence ? Peut-être haissait-elle sa famille pour une raison ou pour une autre ? Qui pouvait réellement savoir ? Il préféra rester silencieux et l’écouta alors qu’elle lui expliquer que le futur était incertain quant à leurs possibilités de rencontre mais Morghan savait, et se doutait qu’elle en était convaincue aussi, que ce n’était pas cela qui les empêcherait de se revoir s’ils le désiraient vraiment tous les deux. Après tout, dans un cas extrême, des passe-droits pouvaient toujours être envisagés et si le jeune noble n’avait pas de connaissance dans l’Armée, son père et son oncle, eux, en avaient et l’aideraient peut-être dans cette entreprise si tout le reste venait à échouer en premier lieu. Et puis il se connaissait maintenant un lieu commun, un lieu où ils pourraient se retrouver s’ils le désiraient, une condition qui semblait évidemment réalisable mais tiendrait-elle dans la durée ? Etait-ils faits pour s’entendre elle et lui, pour vivre un bout de chemin ensemble, plus ou moins long ? L’heure n’était peut-être pas vraiment à l’idée de se projeter dans le futur inconsciemment, l’instant présent nécessitait d’en profiter et de ne pas le laisser choir pour des considérations à venir et qui ne pourraient peut-être pas être savourées.

Il l’écouta parler, encore. Elle était bavarde oui, mais il savait que ce n’était pas son état normal, du moins il le pensait ainsi. Elle était probablement encore mal à l’aise, tout comme lui et c’était compréhensible, de toute façon il aurait été mal placé pour la juger ainsi. Il se laissa guider de ses mains lorsqu’elle lui montra comment tirer une flèche et son cœur s’était accéléré un peu à leur contact prolongé. Ses paroles raisonnaient dans son esprit et il lui rendit un sourire doux. Tant d’interrogations et pourtant elle ne lui avait laissé aucun répit pour y répondre. S’attendait-elle à ce qu’il y réponde sans en oublier une ? Il posa son regard dans le sien. « Je te comprends, ou du moins il me semble en saisir l’idée et crois moi, je n’ai pas tiré cette flèche, pas consciemment en tout cas et il me semble que j’en ai également été la cible. » D’une main, il alla chercher l’une des siennes. « Je voudrais que tu me tutoie de nouveau, que tu arrêtes de penser que je suis un noble, et, peut-être, que tu m’accordes une balade en ce début de soirée, que nous parlions, toi et moi, de tout, de rien. Que nous partagions des moments simples afin de découvrir ce qui nous lie. » Il jeta un œil sur sa chope. « Je suis persuadé que nous aurons le temps de partager une chope un autre jour. Si le tavernier ne m’en voudra pas de ne pas avoir honoré sa bière qu’il m’a gracieusement offerte et d’avoir blessé sa Princesse. » C’était une petite taquinerie, rien de bien méchant, d’ailleurs l’aubergiste n’était pas encore revenu pour y avoir droit. Peut-être était-ce mieux ainsi.
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 17:46

Elle mit sa main libre dans sa poche et en sortit quelques pièces qu’elle compta sans trembler et les posa sur le comptoir. Une séparation déchirante, pauvre argent. Elle avait toujours eu du mal à se défaire du peu de richesse qu'elle avait.

Très bien, mais tu choisis le chemin et tu parles.
Je n’ai rien d’intéressant à dire. Enfin, si je commence, tu vas finir par croire que je suis vraiment bavarde. Et ce n’est pas très plaisant les femmes trop bavardes.
Toujours est-il que tu peux me blesser autant que tu le souhaite, je survivrai. Comme j’en ai l’habitude.


Survivre. Une fraction de seconde elle est loin, très loin. La pauvre végétation de la forêt clairsemée masque à peine les fuyards qui tombent comme des mouches. Un homme à côté d’elle, un homme tombe, une flèche fichée en plein dos. Il ne bougera plus, il n’a pas même crié. Elle saisit une flèche, bande son arc et tire. Une flèche, une vie, la sienne. Elle n’aura bientôt plus de munition, d’ailleurs. Elle prend en vitesse celle dans le carquois du mort. Il n’en aura plus besoin. Courir, pour vivre, pour survivre. Un groupe de ses hommes en difficulté à gauche, elle oblique en saisissant deux flèches. Meurt. Mourrez.

Le souvenir fit revenir la douleur à son épaule, elle la pressa de sa main laissée libre. Une légère grimace fit se plisser ses sourcils et la commissure de ses lèvres. Il s’effaça très vite, pour revenir à cette expression neutre plus habituelle. Elle adressa au noble un sourire. Il fallait bien plus que cela pour la tuer, oui. Mais en y réfléchissant, elle avait toujours fuit les attaques affectives. Ne s’était jamais engagée auprès de quiconque. Même avec sa famille qui ne l’avait plus vue depuis au moins plusieurs années, ou si peu. Une matinée, une journée et elle repartait. Elle se souviendrait toujours de ce regard triste qu’avait sa mère et celui accusateur de son petit frère. Elle n’avait jamais su comment faire avec les sentiments. Elle s’en était éloignée plutôt que les affronter. Et à présent qu’il aurait fallu savoir comment faire. Maintenant qu’il était important de le préserver, de le garder avec elle. Perdue, ne sachant plus que dire ou faire, voilà ce qu’elle était, désemparée tout simplement.

Désarmée, ce qui était pour elle une situation instable horrible. Elle n’avait pas l’habitude qu’on lui tienne tête, et surtout pas de la part d’un homme. Et puis en quelques mots, il la transformait en femme docile ? cela aurait presque été drôle, si elle n’avait pas si peur de mal faire avec lui. Elle l’entraîna jusqu’à la porte qu’elle ouvrit. Une fois dehors, elle attendit qu’il décide et la guide. C’était à lui de décider, à lui de l’emmener où il le voulait. Se laisser totalement faire, ne pas savoir où elle allait était aussi une chose nouvelle. Aujourd’hui était la journée où elle renversait chacune de ses habitudes. Elle était curieuse aussi, de découvrir ce qu’il avait en tête. Une chose était certaine, cependant, c’est qu’elle ne lâcherait pas sa main. Pour une fois, depuis longtemps, sur ce pavé usé elle se sentit vraiment libre. Maître de sa vie, de ses décisions alors qu’illusoirement, la seule décision prise avait été de le suivre.


Tu sais… j’y repensais, je ne pourrais jamais cesser de penser que tu es un noble. C’est ce que tu es. Tu as tout d’un noble, l’élégance, le maintien, l’éducation, la manière de parler. C’est une partie de toi que j’apprécie pour ce qu’elle est. Un homme doux et élégant, c’est une première pour moi. euh. Enfin, je ne veux pas que tu te méprennes, j’ai eu quelques aventures en permission, mais il n’y avait rien d’autre qu’un partage corporel. Je ne voudrais pas que tu te fasses des idées fausses … je … suis de nouveau en train de parler. Bon. Je me tais pour de bon cette fois.

Elle allait essayer tout du moins, l’idée la fit rire. C’était une bonne plaisanterie. D’ailleurs, elle ajouta taquine : Je ne suis pas une princesse non plus. Mais ça ce n’était pas très difficile à deviner. Habillée d’un pantalon et d’une chemise, une épée à la ceinture, elle n’était déjà pas très féminine. Avait-il dit qu’elle était quoi déjà, belle, séduisantes ? elle avait de jolis cheveux maintenant qu’ils étaient peigné, mais était-elle seulement jolie comme on l’attend d’une femme ? Non. Elle ne faisait rien comme on l’attend d’une femme. Le ménage, la couture, les enfants, elle ne savait rien faire de tout cela. Dans les familles nobles on a sûrement pas besoin de savoir faire le ménage. Comment pourrait-elle seulement oublier sa noblesse. Se promener en pleine rue à son bras, il devait être d’une noblesse de petit rang pour se le permettre. Elle le supposait, pourtant il était si richement habillé. Tout cela l’intriguait. Il n’aurait jamais son prénom tant qu’elle n’aurait pas son nom. Finalement, discuter était une bonne idée, elle se sentait mourir de curiosité sur ce jeune homme mystérieux. Que faisait-il, où habitait-il, qu’aimait-il ?
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 18:55

Il regarda la jeune femme déposer quelques pièces de monnaie sur le comptoir. Il savait que c’était plus ou moins convenu qu’elle devait lui offrir à boire pour l’avoir aidé à récupérer ses affaires mais il n’avait jamais prévu qu’elle paie de toute façon. Tandis qu’elle lui annonçait les conditions qu’elle imposait à cette balade, il fouilla dans sa poche de sa main libre et dénicha ce qu’il cherchait : de la monnaie. Sans dire un mot, il la déposa sur le comptoir avant de reprendre celle de la jeune femme et de la redéposer dans sa main libre. « Avant que tu ne dises un mot de plus, oui, je n’avais jamais envisagé que tu payes nos consommations. » Il avait dit cela dans un sourire amusé. D’eux deux il était celui qui était le moins dans le besoin et le cout d’une chope ou deux ne ferait pas de mal à son budget. Il connaissait les soldes que l’on attribuaient aux soldats et même si, généralement, tous le dépensaient en grande partie en alcool, elle aurait le loisir d’en faire ce qu’elle voulait et pas seulement offrir un verre à son « sauveur » d’un jour. « Les conditions me vont sinon, même si je trouve la dernière plus qu’étrange… Et mieux vaut une femme bavarde qu’une femme qui ne dit rien. » Il lui fit un sourire plus timide. Il ne voyait pas trop pourquoi il se serait amusé à lui faire « mal », même en sachant qu’elle survivrait. Ce n’était pas son genre d’infliger volontairement de la souffrance à autrui, ou alors il ne mériterait pas de s’appeler Jagharii. Il l’observa lorsqu’elle porta sa main à son épaule, celle-là même qu’elle avait dite blessée par une flèche. La douleur l’élançait-elle encore ? Il posa un regard interrogateur sur elle, mais elle ne lui répondit que par un sourire. Surement devait-il y comprendre que cela allait mieux et qu’il ne devait pas s’en faire. Il essaya de ne pas s’en formaliser puis il la laissa le mener jusqu’à la sortie de l’établissement.

L’air frais lui fit du bien. Il n’y avait pas beaucoup de monde dans la taverne et l’air n’y était pas encore vicié comme il pouvait l’être lorsque des bâtiments de ce genre étaient remplis de monde, mais la petite brise qui s’échouait contre son visage, jouait un peu avec ses cheveux mi longs lui décrocha un délicieux frisson de bien-être. Sa main était toujours dans celle de la jeune femme. Quelques passants se retournaient sur eux, un regard interrogatif mais Morghan n’y faisait pas attention. Se rappelant qu’il devait les mener, car c’était l’une des conditions, il décida de prendre dans une direction arbitraire et commença à marcher avant qu’elle ne lui emboite le pas. Il ne se pressait pas, il n’y avait aucune raison de le faire, et il écoutait leurs bottes battre le pavé et rompant le bruit de fond d’une rue à faible activité. Quelques chevaux passaient à côté d’eux rythmant le début de leur balade. Il devait s’agir de soldats rentrant en garnison, sans aucun doute. Il devait faire la conversation mais il n’en eut pas le temps. La jeune femme commença d’elle même, lui expliquant qu’elle ne pouvait pas arrêter de le voir comme un noble. Certes il aurait du mal à cacher qu’il possédait une telle éducation, il fut flatté des adjectifs qu’elle lui accola et lui rendit un sourire quand elle se rattrapa en lui expliquant qu’il n’était pas le premier homme qu’elle avait. Il n’était pas stupide, il se doutait qu’une femme comme elle avait du trouver du réconfort et du plaisir dans les bras d’autres hommes, peut-être même des militaires eux aussi et il ne s’en était jamais formalisé. Il n’était pas bien placé pour juger, même s’il ne s’était jamais donné uniquement pour le plaisir, il comprenait parfaitement qu’on puisse le faire sans en avoir honte. C’était même mieux que cela soit possible, en un certain sens, et il regretta de ne pas pouvoir être dans cet état d’esprit. Sa petite plaisanterie sur le fait qu’elle n’était pas une princesse le fit sourire.

« Et je ne crois pas être prince non plus, voilà qui nous fait un point commun. » Il tourna à droite dans une rue, sans savoir où il allait. « Pour tes anciens compagnons, ce n’est pas un problème, enfin, je veux dire, je m’y attendais un peu, non pas que je sois soumis aux clichés, mais la vie militaire n’est généralement pas faite de stabilité… Mais tu aurais pu aimer un autre homme par le passé que cela n’aurait pas été important pour moi. » Chacun était tributaire de son passé mais personne ne pouvait juger une personne sur celui-ci. On pouvait éventuellement juger la personne, ce qu’elle était devenue, mais en aucun cas se targuer de faire des choix différents dans la même situation. On ne connaissait jamais vraiment les tenants et les aboutissants de chaque vie et peut-être aurait-on fait de pires choix à la place de la personne que l’on critiquait. Qui plus est, mieux valait d’abord balayer devant sa porte que vouloir s’occuper de celles des autres. Alors qu’ils marchaient, il songea à l’idée qu’il aimerait quand même connaître son prénom car s’il pouvait effectivement la retrouver à l’aide de son nom, si cela lui permettrait de la revoir, il aurait voulu pouvoir l’appeler autrement que « Sergent » ou simplement la tutoyer. C’était un peu idiot comme idée mais après tout, ils n’avaient pas besoin de se faire réellement de mystère, bien au contraire. Après tout, elle finirait par apprendre qui il était, peut-être le découvrirait-elle d’une bouche autre que la sienne, si elle faisait quelques recherches ou si on le reconnaissait, aussi fallait-elle mieux qu’elle l’apprenne de lui. Alors qu’ils déambulaient, il rompit naturellement le petit silence qui s’était installé. « Cela va te paraître idiot, mais j’aimerais connaître ton prénom, et comme je ne t’ai pas donné mon nom, alors je te le propose contre ton prénom. C’est un marché honnête je trouve. » Il lui fit un petit sourire. « Je m’appelle Morghan Jagharii. Puis-je connaître votre prénom Sergent ? »
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Nisa Sandragil
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Sam 14 Juil - 20:29

Jagharii.

L’impression que tout s’arrête, son cœur avec. Elle a envie de lui demander de répéter, mais elle a bien entendu. Je m’appelle Morghan Jagharii. Comme le Lion d'Edor Adeï, comme tant d’autres hommes craints et adorés par les militaires. Comme un coup du sort, comme un couperet qui tranche net. Elle s’était arrêtée sans même s’en rendre compte. La surprise se lisait sur ses traits en même temps que la peur ou la tristesse. Elle n’avait jamais eu de chance, jamais. Therdone lui jouait une fois de plus une mauvaise plaisanterie. Il fallait qu’elle tombe sous le charme d’un inconnu qui se révèle en réalité appartenir à une famille prestigieuse.

Jagharii.

Elle ne savait pas qu’il y avait un fils de cet âge. Elle ne l’avait jamais vu à l’armée, elle aurait forcément dû le croiser. Au moins, il avait eu l’honnêteté de le lui dire à présent. En pleine rue, elle sentait le poids d’au moins trois armures lourdes lui peser sur l’estomac et nouer sa gorge. Que pouvait-elle dire ? Elle sépara sa main de la sienne, il était fou de s’afficher avec elle. Il aurait des problèmes avec sa famille. Et elle ne voulait surtout pas que Morghan soit inquiété à cause d’elle. Une simple militaire, une simple femme pour une simple attirance qui s’estomperait.

Jagharii.

Elle hésitait entre pleurer, le frapper, partir en courant. Elle ne fit rien. Elle resta droite, stoïque, incapable d’articuler quoique ce soit pendant de très longues secondes. Après quelques instants les couleurs revinrent sur son visage. Elle passa une main sur son visage, lâcha celle de Morghan pour rejeter ses cheveux en arrière, respirer profondément. Fermer les yeux un instant, les rouvrir. Pourquoi n’est-il pas né d’une petite noblesse, pourquoi a-t-il fallu qu’il soit fils d’une si grande et sévère famille ?

Jagharii.


Je. Tu. Vous… vous ne devez pas vous afficher en ma compagnie. Vous allez vous attirer des ennuis. Je ne veux pas que vous en ayez à cause de moi. C’est mieux d’en rester là, pas vrai ? Vous avez bien fait de ne pas m’embrasser. Je suis profondément navrée du comportement que j’ai eu pour vous. J’ai… j’ai…

Elle se jeta dans ses bras, plaqua ses lèvres sur les siennes, brièvement. Un baiser apposé trop rapidement, et pourtant intense. Elle parvient à peine à murmurer : Nisa, dans un sanglot en se défaisant de son étreinte. Elle fit demi-tour et partit en courant. Elle avait mal à la jambe, elle ne courut donc pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu. Il pourrait la suivre, mais pourquoi le ferait-il ? elle s’enfonça rapidement dans les quartiers commerçant, elle avait besoin de réconfort. Elle entra dans le Clos aux roses. Il y avait peu de monde, et encore moins sur son petit banc isolé. Un endroit calme, loin du tumulte. Elle y venait souvent, sans y réfléchir, elle était naturellement venue là. Elle s’allongea sur l’herbe, à côté d’un bosquet parfumé.
Pourquoi l’avait-elle embrassé tout de même ? elle faisait tout à l’envers. Elle passa une main songeuse sur ses lèvres. Elle le lui avait volé, c’est vrai, mais il y avait sur ses lèvres une impression de bonheur confus. Si heureuse et si triste à la fois. Comment aurait-elle pu prévoir un tel fiasco. Ce n’était pas de sa faute. Le ciel est si bleu, si calme alors qu’en elle une tempête fait rage. Cette douleur, cette interdiction de la côtoyer ancra en elle la certitude de l’aimer. Elle espérait juste qu’il garde un joli souvenir d’elle. Comme quelque chose qui aurait pu devenir merveilleux mais qui ne sera jamais qu’un embryon.

Jagharii.

Un mot, un nom pour gâcher son bonheur. Et elle en était persuadée, c’était pour toujours. Elle fut un instant prise d’envies faibles comme tout abandonner mais elles passèrent, s’en allèrent rapidement. Il fallait qu’elle ragagne sa caserne. Qu’elle s’oublie dans son métier, qu’elle l’oublie lui. Ses cheveux, ses yeux doux, ses lèvres délicieuses, sa voix captivante, ses mains… et… il fallait qu’elle arrête de penser à lui.
Elle avait plus mal pour lui que pour elle. S’il l’aimait un tout petit peu, il regretterait son nom encore plus qu’elle. Ce n’était qu’une histoire de quelques heures, c’est impossible qu’elle ait eu cette importance. Demain, il aura tout oublier, ou dans un mois, qu’importe, il oubliera.

Il sera heureux, Morghan Jagharii, et sans elle.

Sans elle. Nisa.


La fille d'un faible ruiné, d'une artiste sans gloire, sœur d'un frère bizarre.
Militaire sans gloire, banale qui a vu mourir chacun de ses hommes.
A l'instant, simple femme.
Elle essuie ses joues humides, renifle.
Pour pleurer autant, réagir ainsi, il avait assurément réussi une conquête absolue de son coeur.
Victoire écrasante, victoire douloureuse.



Dernière édition par Nisa Sandragil le Dim 15 Juil - 18:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un drôle de jeu…    Dim 15 Juil - 18:50

Il y avait des choses que Morghan ne savait pas. Des choses qu’il n’avait pas apprises ou, simplement, qu’il avait oublié avec une dizaine d’années vécues à la campagne. Il existait des codes en Edor Adeï, des codes auxquels on n’était pas soumis lorsqu’on était un simple garçon de ferme, ou même un simple exploitant faisant fructifier ses affaires. Certes certains de ses clients lui avaient proposés leur fille en mariage, généralement pour des avantages qu’ils négociaient alors en « nature ». Mais Zack Realor n’était pas homme à accepter une femme qui ne l’aimait pas pour satisfaire les volontés d’un père désireux de faire des économies ou même essayer d’avoir sa voix au chapitre dans la gestion de l’exploitation. Il avait toujours refusé d’enchainer des femmes contre leur volonté et répugnait toujours ceux qui le faisaient, ce qui était notamment le cas, hélas, d’Amarante Jagharii. Toutefois, s’il était coutume d’arranger des mariages entre familles diverses et variées, le jeune lion, qui venait de revenir de sa campagne, n’avait pas l’air de susciter l’intérêt de sa famille concernant un mariage potentiellement intéressant, et, somme toute, la Révolution devait prendre suffisamment de temps à son père et à son oncle pour qu’ils aient d’autres chats à fouetter. Sa mère n’avait pas évoqué ce sujet, même si elle avait tenu à savoir s’il avait pris femme mais elle avait eu l’air tellement déçue de sa réponse négative qu’il n’avait pas imaginé qu’elle puisse déjà planifier de le marier à une quelconque « gentille » et « jolie » nobliotte. Mais au-delà de ces mariages arrangés, il existait une règle, tacite, qui régissait les amourettes des nobles et elle disait qu’il était mal vu que l’un deux fricote avec une femme dont le rang n’était pas son égal. Apparemment tout le monde à Edor Adeï savait cela, tout le monde sauf lui. Car s’il l’avait su, il n’aurait peut-être jamais dévoilé son nom, pas de cette manière, pas aussi innocemment, pas avant d’être certain que cela ait pu impressionner la femme d’arme qui se tenait à ses côtés et qui tenait sa main…

Tenait, car elle lâcha la sienne, après s’être arrêtée. Il avait été retenu et s’était arrêté lui aussi, se retournant vers elle. Il démasqua rapidement la surprise qui s’était affichée sur son visage et ne cacha pas la sienne. Que lui arrivait-il ? Il n’avait dit que son nom et cela devait certainement avoir un rapport avec celui-ci. Il savait que Jagharii était connu dans l’Armée, car après tout c’étaient eux qui avaient eu la mainmise sur celle-ci depuis bien longtemps mais ce n’était qu’un nom et il doutait qu’elle puisse avoir peur d’une simple suite de lettres qui, finalement, ne signifiaient qu’une appartenance à une famille, éventuellement une classe sociale, mais, pour lui qui avait vécu dans la campagne ces dix dernières années, cela n’avait aucune importance entre deux personnes qui apprenaient à s’apprécier mutuellement. Elle resta muette de longues secondes, il s’approcha un peu, cherchant son regard, essayant d’y saisir une information, une explication mais il ne trouva rien. Il redouta le fait de dire un mot, de poser une question. Pouvait-il seulement le faire ? Et puis enfin des mots, bégayés, mal assurés, avait-elle dorénavant peur de lui ? Il resta quoi pendant qu’elle lui expliquait qu’il ne devait pas s’afficher avec elle. Elle évoquait des ennuis possibles, qu’elle ne voulait pas lui infliger. Elle voulait en rester là, rajouta qu’il avait mieux fait de ne pas l’embrasser. Elle s’excusait de son comportement. Il ne comprenait rien à cette suite apparemment logique de phrases, de questions, d’excuses, de doutes. Il ne comprenait rien à rien. Pourtant il ne s’estimait pas idiot, loin de là, mais la logique qui animait l’esprit de la jeune femme lui échappait complètement. Tout cela à cause d’un nom ? Dans sa stupeur, il ne fit rien quand elle se jeta dans ses bras, hormis, dans un réflexe, les nouer autour d’elle. Sans qu’il puisse le voir venir, elle déposa ses lèvres sur les siennes et il ferma les yeux, dans un autre réflexe qu’il ne se connaissait pas. Cela avait été si doux, mais tellement bref. Trop bref avant qu’elle ne se retourne et parte en courant.

Nisa… « Nisa… » Un murmure, au point qu’il eut peine à entendre sa propre voix. « Nisa ! » Un cri, une révélation. Elle était déjà loin, courrait, presque aussi vite qu’il l’avait vu courir lorsqu’elle atteignait ses affaires. Il partit derrière elle, son prénom comme un refrain lancinant dans son esprit, mais elle était déjà loin. Il l’avait perdue de vue à un croisement et lorsqu’enfin il y arriva, elle avait complètement disparue. Comment savoir où elle s’était rendue ? Il resta interdit, stupide au milieu de cette intersection, regardant de chaque côté, espérant l’apercevoir, mais rien, il ne se passa rien. « Sergent Nisa Sandragil… » Il murmura ce nom pour lui-même, peut-être espérant aussi que le fait de le prononcer l’invoquerait mais, une nouvelle fois, il ne se passa rien. Il avait l’air idiot, là, au milieu de la rue, des rares passants, le souffle encore rapide et le cœur battant fort, le rouge aux joues par l’effort. Nisa Sandragil… Il ne savait pas pourquoi elle s’était enfuie en courant mais il savait qu’il ne laisserait pas passer cela. Il connaissait son nom, son prénom, la retrouver ne serait pas difficile. Peut-être devrait-il lui écrire ou simplement la revoir. Il ne savait pas encore mais il trouverait ce qu’il ferait. Avoir l’air idiot ne le gênait pas et les gens pouvaient bien le regarder, cela n’avait pas d’importance, par contre, il voulait comprendre pourquoi elle était partie, si vite, de cette manière précipitée et sans de réelles explications, surtout après lui avoir volé un baiser alors qu’elle avait dit qu’il était mieux qu’il ne l’ait pas embrassée plus tôt. Ce qu’elle lui avait volé avait eu des airs de baiser d’adieu mais il ne pouvait se résoudre à tout laisser choir là, de cette manière, sans au moins comprendre. Elle lui devait des explications, qu’elle le veuille ou non et il espérait qu’il pourrait les obtenir un jour…
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