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 Lion en perdition...

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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 8:05

La tendresse. C’est un geste, un mot, un sourire quand on oublie que tous les deux on a grandi. Dix années étaient passées, ils étaient devenus homme et femme faits et grands. Ils n’existaient plus comme les enfants qui se connaissaient jadis, ils se redécouvraient tous les deux presque comme s’ils ne s’étaient jamais connus, pourtant, ils le savaient, ils avaient des souvenirs communs, un passé propre à eux deux, à tout ce qu’ils avaient été. Quand sa main s’était glissée dans la sienne, lorsque leurs doigts s’étaient lentement enlacés, ce n’était pas tant l’homme et la femme qui partageait ce moment de tendresse mais la petite fille et le petit garçon, le cousin et la cousine qui se retrouvaient d’une certaine manière à nouveau réunis comme si cette absence n’avait duré que quelques jours, quelques jours avant de se retrouver pour de nouveaux jeux, pour de nouvelles heures à passer à discuter sur ce qu’ils feraient, sur ce qu’ils voudraient faire plus tard, sur tout, sur rien. Morghan était envahi par ces souvenirs, agréablement réconfortants, comme s’il se mettait tout d’un coup à flotter dans une eau à la température idéale, à la fois pour se relaxer et pour s’abandonner sans une once d’inquiétude. Il se souvenait de tout ce qui pouvait leur être commun, de leurs jeux à leurs disputes – très rares – jusqu’à des leçons communes qui prenaient parfois des airs de complots en tout genre pour outrepasser la vigilance de leur précepteur. Il savait que cela n’avait rien à voir avec le présent, mais, d’une certaine manière, il espérait qu’elle puisse se souvenir de tout cela elle aussi, rien que par ce contact physique entre eux deux, comme une sorte de lien par lequel passeraient toutes ses pensées – c’était stupide certes, mais il aurait tellement voulu que ce soit possible – pour apaiser son cœur, son esprit. Les envahir de choses positives et heureuses, loin des tracas qu’elle pouvait éprouver aujourd’hui. Quelle était la profondeur de sa tristesse, de son désespoir ? A quel point pouvait-elle être marquée par l’absence de sa famille pour l’aider au travers de ses difficultés ? Il aurait tant voulu être là depuis le début. Il aurait peut-être été le seul à la défendre mais il savait qu’il aurait osé s’élever contre la voix d’Amarante, même si cela lui aurait surement coûté très cher…

Lorsqu’elle déposa ses lèvres sur leurs mains, il eut un léger frisson. Ca n’avait rien de très significatif, peut-être était-ce parce qu’il ne s’y attendait pas, mais il y répondit d’une pression de son bras autour d’elle, cela ne le dérangeait pas, bien au contraire. Alors elle parla de son accident survenu quatre mois, quatre petits mois plus tôt, quelque chose qui avait bouleversé sa vie en si peu de temps… Tout comme une bombe efface, en un instant, toutes les possibilités futures d’un jeune officier en devenir… La main gauche qu’elle tendit devant lui était une invitation. Sans hésiter, il la prit dans sa main libre et sentit immédiatement ce qui n’allait pas. Ce n’était pas la peau, sa douceur, ou de quelconques cicatrices se laissant sentir au toucher, mais il avait immédiatement senti une absence, l’absence de ce qu’il sentait dans sa main droite actuellement. Il comprit alors tout le désarroi qui devait la ronger. Alors qu’il serrait la main dans une infinie douceur, tout comme il l’avait fait avec l’autre, il la laissa évoquer sa blessure, déposant un nouveau baiser au milieu de ses cheveux alors qu’il sentait qu’elle flanchait. Il la comprenait tellement… Elle avait vécu trop récemment ce qu’il avait vécu et ressenti dix années plus tôt. Il avait mis du temps à s’en remettre et la question qui lui brûla les lèvres fut de savoir si elle s’en remettait, si elle parvenait à surpasser cet obstacle imposé par Therdone, si elle retrouvait goût à l’existence car, lui aussi, avait voulu mourir, mais il n’avait pu s’y résigner, à cause de sa mère. Alors qu’elle lui avait avoué cette envie, il l’enlaça davantage, l’attirant un peu plus contre elle. Il ne voulut pas l’interrompre, pas maintenant car il sentait qu’elle voulait en dire plus, aussi se contenta-t-il d’être plus présent, physiquement, comme il se promit de toujours l’être pour elle à partir de maintenant, quoiqu’il puisse arriver.

Avec une certaine patience, il l’écouta évoquer brièvement une histoire avec un aubergiste. Le nom de l’établissement lui évoquait effectivement quelque chose mais il n’aurait pas pu dire si son tenancier lui évoqua quelque chose. En tout cas, il eut clairement l’impression qu’elle avait désormais quelque chose contre cet homme. S’étaient-ils quittés en mauvais termes ? Cela en avait tout l’air. Il resta silencieux et se contenta de la garder contre elle un instant. « Je crois que je connais cette histoire. » Il serra dans ses doigts ceux de sa main valide. « Si tu savais comme je ne comprends pas tes parents… Je m’en veux de ne pas avoir été là. Peut-être aurais-je pu faire quelque chose pour toi à ce moment où tu en avais certainement le plus besoin. » Il contempla le vide devant lui. « J’arrive maintenant que tout le mal est fait et j’ai l’impression de me sentir inutile alors que j’aurai certainement pu faire quelque chose si j’étais arrivé plus tôt… » Il n’aurait pas pu le savoir, c’était évident, il vivait à des kilomètres d’Edor Adeï, et s’il avait plus ou moins pu suivre les nouvelles de la Révolution, avoir des nouvelles des Jagharii aurait été beaucoup plus difficile et, surtout, louche. Relâchant un peu son étreinte, peut-être parce qu’il se sentait faillir un peu, il baissa les yeux au sol, conscient que des larmes commençaient à perler avant de se mettre à glisser le long de ses joues. La détresse de sa cousine le touchait de plein fouet et il en était affecté plus qu’il ne l’aurait cru possible. Il pleurait pour elle, pour ce à quoi elle avait du faire face, abandonnée des siens, mais aussi parce qu’il se rendait compte que s’il était parti pour retrouver l’honneur de son nom, il avait aussi tourné le dos à celle qui comptait le plus et, en quelque sorte l’avait abandonnée. « Je te demande pardon Elenor. » Sa voix avait tremblée plus qu’il ne l’avait voulu, trahissant ce qui se passait sur son visage qu’il lui cachait en partie, le visage baissé.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 11:46

De l’obscurité qui les enveloppait lui semblait naître une tendresse unique. Celle d’adultes, qui se prenaient pour des enfants. Comme protégés par le couvert d’un rideau opaque, échangeant d’innocentes caresses, que le monde des adultes ne saurait interpréter. Une tendresse que l’on oubliait, mais qui lui revenait, par touche quoi que différente. Elle demeurait une adulte, une femme qui ne s’abandonnait plus si facilement, mais il l’avait par son nom abattue, et entreprenait à présent que se déroulait le fil de son récit de l’assembler à nouveau, pièce à pièce. Sa main, dans la sienne, la pressait, l’effleurait. Une complicité, des peaux qui communiquaient ce que les bouches, par pudeur, ou pour épargner l’autre, taisaient. Lorsqu’à nouveau sa voix s’éleva, lui offrant un léger répit, elle ferma les yeux et renversa un peu sa tête contre son épaule. Elle écouta ses mots, ses regrets. Elle sentait la douleur dans le ton, mais ne lui en voulait pas. Il avait été absent, mais il avait eu besoin de se reconstruire.

A présent qu’il était là, lui offrait l’asile de ses bras et l’oreille attentive d’un proche, elle se demandait ce qu’il en aurait été, s’il avait réellement été là, à ce moment là. S’il avait été dans le salon où sa mère l’avait conviée, pour lui présenter Xander. Aurait-il plaqué l’impudent contre les tentures d’Azira à sa place ? Lorsque devant les plus nobles des habitants de la ville haute, elle avait déboulé en pleine soirée, et manqué de crever un œil à son fiancé, ivre de colère… Aurait-il accouru avant Amarante, et pris son parti ? Avec amertume elle se souvint de cette soirée, où seule Vanhilde Tehanii s’était vaguement tenue à son côté, arguant, à défaut de compassion, au moins une justice qui aurait pu pencher pour elle. Elle ne s’était pas fait d’illusions quant à l’issue de celle-ci, mais s’était sentie moins désarmée face à ces visages goguenards. Puis son père était arrivé, et celui qu’elle avait attendu comme un héros l’avait en réalité trahie, au vu et au su de tous. Et si Morghan était arrivé auparavant ? Amarante serait-il allé à l’encontre des choix de deux des enfants de la famille, adultes, bientôt en position d’infléchir l’avenir des Jagharii ? Les aurait-il privés tous deux de leur libre-arbitre, et non pas seulement elle ?

Elle laissa le silence s’instaurer, chassant à grand peine les images de cette soirée, qui se télescopaient dans son esprit avec une insupportable précision. Puis il le brisa, à nouveau, sa voix changée, plus rauque. Elle se tourna vers lui, et réalisa qu’il pleurait. Sa peine était-elle vraiment si grande ? Elle plissa les yeux… Elle ne voulait pas le voir ainsi… Son histoire n’était pas des plus joyeuses, mais ce n’était qu’une histoire, par définition, elle était son passé. Elle n’était pas dans les bras de Xander, ni même dans ceux de Lan. Elle était dans un lieu de culte, seule avec lui, profitant de l’abri de ses bras, comme s’ils étaient des murs infranchissables, à l’épreuve de tout. Peut-être était-ce ce qu’ils étaient, au fond. Non, il ne devait pas pleurer pour elle. Ramenant leurs mains nouées vers elle, sur sa taille, resserrant ainsi leur étreinte, elle se tendit vers lui, et déposa un baiser, léger, sur sa joue. Ses lèvres l’effleurèrent à peine, en tremblant. Les baisers d’adultes ne pouvaient avoir la joie pure et sans ombrage de ceux des enfants. Ils se déposaient, communiquaient davantage encore, se proposaient avec une pudeur plus sérieuse. Et pourtant, elle espérait lui offrir un plus grand réconfort qu’elle ne lui en aurait offert d’une caresse. Qu'il entende sa tendresse, son affection. Peut-être basculeraient-ils bientôt dans la trentaine, mais cela ne changeait rien à ce qui pouvait être offert. Peut-être même devaient-il s'offrir davantage encore, parce que la vie les épargnerait chaque jour un peu moins. « Arrête… » Sa voix n’était plus, juste un souffle, une confidence un peu douloureuse, trahie par le tremblement qui l’avait gagnée. « Ce qui est fait ne peut être défait… Tu es là, aujourd’hui. C’est tout ce qui importe. » Dans l’obscurité, ignorant s’il la voyait ou non, elle lui sourit, avant d’appuyer son front au creux de son cou, s’enveloppant d’elle-même dans ses bras, plus amples et plus puissants, comme dans la plus sure des armures. Cela aussi avait changé… C’est dans cette position qu’elle reprit, sa voix blanche, presque dénaturée.

« C’est un piège de ma mère… Elle nous a pris au piège, père et moi. J’ai lutté… pas lui. J’avais toujours été épargnée par l’étiquette, les obligations qui devaient peser sur les épaules d’une femme, qui plus est d’une femme noble. Jusque là, je n’en avais pas eu conscience. Je n’avais pas réalisé à quel point la liberté que j’avais était précieuse… Inconsciemment, je l’avais farouchement défendue, je l’avais arrachée des mains à mon père… Mais une fois infirme, c’est comme si… ce pouvoir s’était envolé. » Elle poussa un soupir, et ferma les yeux, ses cheveux laissés libres, glissés sur son front déguisant un peu sa douleur. « Il m’a dit que jamais je n’épouserais cet homme, en aparté… Mais c’était trop tard. Son abdication publique aux décisions de ma mère m’a condamnée à fuir… J’ai quitté le Ceste, où il était de notoriété commune que je vivais… » Elle déglutit. « C’était aussi mon amour, que je voulais défendre. Xander a tenté de faire tuer Sieben… Mais je me suis occupée de lui, j’ai… j’ai délivré un message clair à mon fiancé… il n’a plus approché de l’aubergiste. » Pour mieux ensuite espérer le voir mort… Fronçant les sourcils, elle réalisa que pour lui raconter la suite… Il devait savoir. Elle devait lui présenter Sipik.

Alors, elle se déroba pour quelques instants à son étreinte, cherchant son regard. Elle le trouva, s’y riva avec intensité. Elle devait peser le pour, et le contre. Jusqu’où allait son allégeance ? Dans quelle mesure le mettait-elle en danger, en allant plus loin… ? Tes épaules sont-elles assez larges… ? Elle se mordit les lèvres, les jointures des doigts de sa main droite blanchies par la pression qu’elle appliquait à l’étreinte de leurs doigts. Il lui fallut de longues secondes, pour réaliser qu’elle avait besoin que tout cela sorte. Pour réaliser qu’à trop le garder pour elle, elle finirait par en crever, par étouffer sous le poids de cette responsabilité. « Suite à ces fiançailles, je me suis engagée dans la Dissidence. Pour de bon. J’ai rencontré l’Al’Faret et… J’ai engagé ma vie dans son combat, je lui ai prêté allégeance, prête à combattre, à la sacrifier s’il le fallait, pour venger la mort de Lan… » Cela aussi, elle le disait avec amertume, réalisait-elle. Tout comme elle avait parlé de Sieben, ramener à son souvenir son engagement lui rappelait aussi la cage dans laquelle elle tournait, inlassablement. « Lorsque j’ai du fuir le Ceste, pour échapper aux hommes de Xander et à ceux de père, je me suis réfugiée auprès de lui, et tenté de me reconstruire dans son ombre. J’ai cru que cela avait fonctionné… Mais ça non plus, ça n’a pas duré. » Elle ne pouvait trahir le secret de Bellone. Ne pouvait lui dire combien il était dur pour elle d’être incapable de la protéger du malheur, juste comme il brûlait de la protéger, elle, du sien. Et pourtant, c’était là une pièce majeure du puzzle. « Au bout de deux mois, je suis retournée au Ceste. J’avais besoin de le revoir, qu’il sache que j’étais toujours libre, toujours sienne. Que j’avais eu raison de me cacher, que, comme il me l’avait dit, j’avais tenu bon. Mais je ne l’ai pas trouvé seul. Deux mois, après des années de complicité, avaient suffit pour qu’il me remplace par une vulgaire putain, à la recherche d’un bon parti. Deux mois que je me cachais dans la boue, et j’avais moins de valeur à ses yeux qu’une femme tout juste bonne à écarter les cuisses devant lui. J’ai failli les abattre. Tous les deux… j’ai… J’ai vraiment cru que j’allais les tuer de ma propre main mais… Je ne l’ai pas fait. J’ai fui, une fois de plus. » Elle l’observait toujours, sa voix grave, plus rauque. Parler était douloureux… Elle devait néanmoins aller jusqu’au bout. « Lorsque je suis rentrée… j’ai appris que père m’avait retrouvée, qu’il avait rencontré l’Al’Faret, et découvert son identité. En mon absence, ils se sont mis d’accord. Mon père, et mon chef. Quelle voix pouvais-je avoir au chapitre… ? » A nouveau réduite au silence. « Je n’étais pas en état de lutter, j’étais à bout… Père m’a vendue. Si l’Al’Faret consentait à faire de moi sa Reine, alors il le protègerait, et ferait bénéficier la Dissidence de sa stratégie. Prenant au mot mon serment d’engager ma vie, s’il le fallait, pour lui, il a donc été décidé que je l’épouse. Je n’ai rien pu faire… A moins de trahir la Dissidence… » Elle baissa alors les yeux, presque honteuse, pour lui cacher la lueur qui naissait, à nouveau, en eux. Ses doigts crispés dans les siens lui permettaient de sentir la colère, qui couvait en elle. « Je n’ai pas plus de droit qu’une poupée de chiffon. Qu’une putain que deux macros se refileraient. Je sais que père compte faire de moi son héritière mais… Je n’ai pas de voix. Seulement la sienne. Par mon intermédiaire il lègue notre clan à l’Al’Faret, à la Dissidence. Jusque dans la plus étroite, et misérable des cachettes, ils auront réussi à me mettre en cage, à… »

Plus rien ne sortit. Elle s’accrochait à sa main, farouche, en pleine détresse et les yeux baissés. « … Je ne suis plus la même… Je… Je n’ai plus de force… Morghan… Je ne peux plus lutter »

Elle tremblait.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 15:58

C’était étrange ce sentiment de culpabilité, ce sentiment de certitude quant au fait qu’il aurait pu changer quelque chose, ne serait-ce que de manière infime dans son existence pour la soulager, pour ne pas qu’elle ait un tel fardeau sur les épaules. Il n’aurait pu dire d’où il venait mais, de toute façon, cela ne comptait plus, non il ne ressentait plus que le désarroi, l’implacable idée ancrée dans son esprit qu’il aurait pu être d’une quelconque utilité à sa cousine, ici, si seulement il n’avait pas passé son temps loin des siens, loin d’elle, à suer sang et eau d’une manière qu’il voyait maintenant comme bien trop égoïste. Il s’en était sorti oui, mais elle ? N’aurait-il pas dû être là, à ses côtés, lorsqu’elle en avait eu le plus besoin plutôt que d’être là seulement aujourd’hui, aujourd’hui quand la bataille était presque terminée et qu’il ne pouvait plus rien faire d’autres qu’essayer de panser ses plaies et de l’aider à tenir debout, à faire face et se sortir de cette situation inextricable dont il ne savait pas encore tout mais dont il devinait déjà l’ampleur, une ampleur qui l’effrayait car il se demandait s’il pourrait faire ne serait-ce qu’un geste pour elle. Il espérait qu’elle puisse lui trouver une utilité pour l’aider car sans quoi il savait qu’il se sentirait profondément misérable et cela ne ferait que rajouter à son sentiment de culpabilité. La tête baissée, il laissait couler les larmes de la honte sur son visage, espérant qu’elles passent inaperçues dans l’obscurité, mais c’était impossible. Il s’était trahi en parlant. Il avait fermé les yeux, de peur qu’ils ne brillent trop, lorsqu’elle tourna la tête vers lui. Mais c’était trop tard, elle s’était rendue compte de son trouble et de sa peine. Il ne résista pas quand elle resserra leur étreinte et qu’elle ramena leurs mains contre sa taille. Il n’ouvrit les yeux que lorsqu’il sentit, de manière fugace, quelque chose de doux glisser sur sa joue. Ce geste aurait pu paraître déplacé, mais, pour Morghan, il signifiait beaucoup …

Glissant dans les profondeurs et les méandres du temps, il se revit une vingtaine d’années en arrière. Il n’était qu’un tout jeune garçon. Il se souvenait de la balade qu’ils avaient faite en famille, de leur escapade avec Elenor, qui menait leur expédition en digne Capitaine. Il se voyait pleurant, tenant son genou entre ses mains, assis un peu comme il l’était à présent. Il revit la petite fille se pencher vers lui, dans un petit sourire et déposer un baiser sur sa joue, un baiser d’enfant, de ceux, innocents, qui ne sont que les témoins d’une affection presque sans bornes et qui n’impliquent pas d’autres sentiments plus complexes et hasardeux. Il se revoit encore, les larmes dans les yeux, relever la tête vers elle tandis qu’elle continuait à sourire. Elle allait lui dire quelque chose… « Arrête… » de pleurer, tout ira bien. Le retour à la réalité lui fit presque mal aux yeux, l’obscurité l’aveuglant autant que pourrait ne le faire le soleil après des heures dans la pénombre la plus totale. Il avait posé son regard sur son visage alors qu’elle lui soufflait qu’il ne devait pas s’en faire, qu’il n’avait aucune raison, que sa présence aujourd’hui, en cet instant, seule importait et primait sur tout le reste. Ses larmes cessèrent en silence, petit à petit, tandis qu’il la laissait prendre place contre lui et qu’elle s’enserrait dans ses bras, posant sa front contre son cou. On se serait définitivement mépris sur leur étreinte mais cela dépassait de loin ce que le commun des mortels pouvait deviner. Le jeune noble se fit violence pour se reprendre. Il devait tenir bon, pour elle, pour lui offrir un soutien solide et pérenne, un appui sur lequel elle pourrait compter, toujours, sans un seul doute. Il inspira profondément, comme pour se donner du courage ou de l’aplomb alors qu’elle continuait son discours. Il fut choqué d’apprendre que sa mère s’était jouée d’elle et d’Amarante et se demandait comment le Vieux Lion ne l’avait pas vu venir, mais, d’un côté, il avait surement fort à faire avec les rumeurs de la Révolution…

Muet, il écouta le récit au fur et à mesure qu’il continuait, apprenant nouvelle sur nouvelle, recoupant instinctivement cette histoire avec celle qui lui avait été donnée. Il commençait à entrapercevoir le fardeau qu’elle portait et cela lui faisait peur, mais il ne devait pas être au bout de ses surprises et de ses craintes. Il la laissa se dérober à leur étreinte et croisa son regard tandis qu’elle semblait hésiter. Avait-elle peur de révéler la suite ? Elle lui serrait durement la main mais il ne broncha pas. Il avait l’impression de ressentir ce qu’elle éprouvait et ne pouvait que la comprendre. Le récit se poursuivit alors et petit à petit, Morghan qui pensait avoir une bonne vue des tourments d’Elenor se rendit compte à quel point il n’en avait vu que la partie visible, si risible face à ce qui se tenait dans l’ombre. La trahison qu’elle avait subie de son amant fit résonner en lui l’écho de sa propre déception amoureuse, la seule histoire qu’il avait vécu durant son absence, mais celle de son père l’effara. Comment avait-il pu faire cela à sa propre fille ? Comment Therdone avait-elle pu être si injuste avec cette combattante ? Elle, si fière, si vaillante… Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, brisée par le jeu d’autres hommes… C’était injuste… C’était … Il n’y avait pas de mot qui exprimait ce qu’elle avait subi. Si la peine avait étreint son cœur quelques instants plus tôt, c’était maintenant la colère qui y bouillait avec une force intense. Comment avaient-ils osés ? Il la sentait, au travers de sa mai n dans la sienne, il sentait sa détresse. Refoulant sa colère pour plus tard, il l’attira à elle, sans un mot et l’enlaça à nouveau, peut-être plus fort encore que précédemment, peut-être avec plus de tendresse, plus d’affection que jamais. Elle ne devait pas abandonner, elle ne pouvait pas. Alors qu’il la serrait fort contre lui, leurs têtes posées l’une contre l’autre, il trouva quelques mots qu’il lui murmura doucement. « S’il ne te reste plus de forces, alors puise en moi toute celle dont tu as besoin. Je te connais Elenor, je sais qui tu es, tu es la Lionne Jagharii et je sais que tu as encore de la force, que tu peux toujours lutter, te battre contre ce que l’on essaie de faire de toi. Tu n’es plus seule, Elenor, je suis là, avec toi et je serai toujours à tes côtés et ma force sera tienne jusqu’à mon dernier souffle. »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 13 Juil - 0:32

Elle palpait sa main, nerveuse, comme si c'était dans ce membre que toute la vie qui lui restait s'était regroupée. Ce contact pour lui prouver que, malgré tout, malgré la douleur, l'amertume et l'envie de tout abandonner, elle était toujours vivante. Elle pouvait encore sentir, et mieux, ressentir cette affection que par cette caresse, ténue, il lui transmettait. À genoux, plus face à lui à présent qu'elle s'était détachée du mur contre lequel il était toujours appuyé, elle avait la vue trouble, et son cœur battait dans sa poitrine avec une violence telle que ses veines, au niveau du cou, en étaient douloureuse. Son poul s'emballait, son corps trop fébrile pour une telle pression. En quelques minutes à peine, elle lui avait livré, pour l'essentiel, quatre mois de souffrance. Et si cela pouvait sembler dérisoire compte tenu de la durée de son absence, ces quatre mois lui avait semblé plus longs que ne l'avaient été les vingt-huit et quelques années qui avaient précédé... Ces mois avaient vu s'effondrer, un à un, les murs de son existence. Des murs faits de paille, s'effritant sous la puissance d'un irrésistible vent. Des murs qui s'étaient embrasés, dans un sinistre craquement, sous des flammes qu'avaient attisées les hommes dont elle lui avait parlé. Était-il capable, lui, de les éteindre avant que toute la structure ne cède ? Elle y avait cru, avec la sincérité du corps qui s'offre, et la générosité de son abandon, dans les bras du barde. Le temps de quelques gémissements, elle y avait cru... Mais c'était terminé à présent. Et seul demeurait le malaise de son silence actuel. Ses yeux se posèrent sur leurs mains liées, les détaillèrent tandis que, pour se rassurer, elle le caressait du pouce. Ses doigts lui semblèrent fins, dans cette main qui avait connu la terre. Ceux d'une femme, à présent que l'armée était plus loin. Faible, sa main droite. Neuve. Beaucoup trop neuve à son goût.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'il l'attire à lui. Pas comme ça, dans cette position. Pour autant, elle ne lui opposa pas la plus petite résistance, et accepta, quoi que la situation soit des plus ambigues, de se couler contre lui. Elle retrouva le confort de ses bras, sa main se dérobant à celle de Morghan, pour la laisser glisser autour de son torse, auquel elle s'arrima, le front contre sa mâchoire. Toujours ces tremblements l'agitaient, en dépit de l'étreinte qu'il resserrait un peu plus, comme si jamais il ne la laisserait lui échapper. Sa voix fut, à nouveau, ce qui la sauva d'une forme d'inconscience. Elle ne plongeait pas dans le sommeil, mais se sentait engourdie par la folie qui la guettait. Chaque jour, celle-ci lui faisait l'effet d'affleurer un peu plus à la surface de son être. Elle menaçait de l'envahir... Elle l'envahirait, un jour, Elenor le savait c'était un combat voué à l'échec. Restait à savoir si cela serait l'annonce d'un état futur, ou une passade, avant que l'Aube ne se lève... Cette Aube, elle se demanda si elle pouvait être son cousin. Si elle pouvait être attirée par ses caresses, et la douceur de ses mots. Elle se demanda si elle pouvait toujours aujourd'hui, avoir une Aube de tendresse, quand sa chair, lorsqu'elle échappait aux obligations du mariage forcé, lui faisait l'effet de ne plus être capable que de violence... Avec le barde, c'était ce qu'elle avait connu. Elle n'avait pas été coton, mais feu, un feu dévastateur, qui l'inquiétait elle même, qui les avait consommés jusqu'à ce que, d'épuisement et de plaisir, elle ne lui échappe finalement. Un corps tourmenté, qui le lendemain, et ce fut le cas pour un moment, s'était éveillé perclus de crampes, et marqué par les morsures, griffures, et hématomes que les chocs de cette découverte avaient laissés sur sa chair tatouée. Elle n'avait pas cherché la douceur, et laissé cette peur panique de voir cette nuit de liberté s'achever les conduire, là encore, à une forme de folie.

Et si, pour s'en sortir, elle devait se faire coton ? Elle qui pouvait se croire incapable de la sérénité d'antan l'avait trouvée, en ce lieu. Elle avait fait quelques ablutions, et s'était lavée des péchés de ces derniers mois. Elle s'était lavée de la colère, de la haine, de la peur, même. Oh, elle les avait retrouvées bien vite, mais ce n'était qu'un passage, tandis que dans ses bras son cœur, elle en était sure, pouvait retrouver un peu de paix. Une paix qui n'était rien, comparée à celle de la méditation, mais une paix faite de confort et de tendresse. Elle n'avait pas un tel souvenir, de leur enfance commune. Oh, elle l'avait consolé, parfois, lorsque leur léger écart d'âge voulait encore dire quelque chose. Adolescent, il n'avait guère eu à essuyer les plâtres de la Jagharii, trop fière, pour pleurer de ses chagrins d'amour, trop orgueuilleuse, pour se plaindre ouvertement des blessures dont elle avait écopé à l'entraînement. Mais elle l'avait su là, l'autre Jagharii de la ville haute. Investis d'un devoir de représentation, le devoir du nom. Lui allait être un officier, sublime, dans sa gloire et sa noblesse, et elle serait la fougue. L'épée, et la lionne. À l'époque, ils étaient toniques, élancés et vigoureux. L'un comme l'autre, peut-être n'étaient-ils pas loin de leur apogée. Aujourd'hui, c'était différent... À présent que leurs corps, rompus, tous deux souffrant d'une forme de déchéance, se retrouvaient, ils ne cherchaient plus le défi que leur développement avait instauré. En revoyant Lan, c'était ce qu'elle avait cherché, instinctivement, entamant dans la violence des coups, et de la souffrance, la reconnaissance de l'autre. Toujours celle brutalité, sa réaction, primaire, la seule qu'elle se croyait en mesure de respecter. Il lui prouvait le contraire. Il lui prouvait, peut-être, que c'était dans autre chose qu'elle se retrouverait. En prolongeant sa quête de paix, et de purification par une étreinte qui pourtant aurait semblé si déviante aux autres, il la rendait tacitement capable de se rebâtir une vie, un corps par le repos. Et si cela pouvait paraître naturel aux autres, c'était, pour Elenor, une formidable découverte...

Il lui parlait, pourtant, de lutter, de combattre. Mais elle était lasse, si lasse de tout cela. Il lui offrait ses forces, aussi surement que le ferait un époux. C'était drôle, en quelque sorte. C'était comme trouver, chez un forgeron, le meilleur cuir du monde. C'était comme s'il lui fallait retrouver l'homme le plus éloigné de ces préoccupations propres à l'intime, et au nom, pour enfin tomber sur le joyau que toute femme désirait trouver dans la vie conjugale. Elenor doutait que la passion soit la plus à même de fournir cela... La passion, elle en avait fait la preuve avec celui qui était son second, ne durait qu'un temps. Elle était instable, dévorante... Et une fois que les corps, combustibles de son incendie, avaient abandonné la partie, elle ne laissait qu'un amer terrain de cendres. C'était une récréation, qui par définition présageait également de la douleur du retour au labeur. Et le labeur d'Elenor, pour l'instant, c'était la vie.

Son dernier souffle. Que la Volonté de Therdone soit faite... Bientôt, trop vite, elle entendrait ces mots s'échapper de sa bouche.

Son souffle se glissant le cou de son cousin, chaud, et lent, elle garda le silence encore un peu. Finalement, elle lui répondit, sa voix basse... Un murmure à peine audible, livré sans cette position, tandis que ses mains remontaient dans son dos, contribuant à ce que leur proximité soit plus grande encore. « Je ne sais pas, si j'en serais capable. De faire front contre père... Contre la Volonté de mon nom... Je pourrais fuir. Une nouvelle, une énième fuite. Courir, le plus loin possible. Une trahison muette... Ils n'attendent pas mieux de celle que je suis devenue. Oui, je pourrais partir, et courir, jusqu'à Thur, ou Hurg Aari... M'abriter derrière les murs de la cité du désert. Disparaître... » Elle remonta légèrement son visage, son front enfoui, tout près de sa nuque, dans les cheveux de son cousin. Elle sentait son odeur, celle de la vie. Il ne sentait pas, contrairement à tout ce qui vivait ici bas, la poussière. « Tu sais ce que c'est... Tu connais la province. Pas comme moi, pas du même point de vue, mais tu la connais. L'anonymat. Une pause. » Une pause à durée indéterminée. La mort, en plus doux. « Combattre le choix des Jagharii, et ceux de l'Al'Faret, à qui je suis enchaînée par ce vieux serment... Je ne l'ai jamais fait. Je n'ai jamais fait ça, Morghan... » Des larmes, une nouvelle fois, lui échappèrent, tandis qu'elle se raccrochait à lui, de toutes ses forces, et de tout son corps cette fois. « Morghan... » Je dois-je faire ? Elle avait besoin d'un guide, qui la prenne par la main pour la conduire vers la paix. La guerre... trop de guerre, et son esprit sur le point de voler en éclat n'y survivrait pas. Il devait savoir. « Je perds la raison. Mon esprit, il... il s'égare. Il sombre... Comme du sable, que je suis incapable de retenir... » C'était étrange, de se perdre soi-même... Une sensation de vertige, violente... Celle d'une chute sans fin. Elle doutait qu'il ait connu cela. Espérait qu'il se rende compte que ce n'était pas, cette fois, une simple image. C'était bien plus. C'était une terreur. Celle qui l'avait conduite ici...
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 13 Juil - 8:01

Comment songer un seul instant à ce que pourraient penser les autres ? La frontière entre la tendresse et passion était trop ténue pour que quelqu’un puisse déceler avec assurance si l’une plutôt que l’autre primait dans une étreinte. Cela devenait impossible au fur et à mesure que les corps grandissaient. Des enfants ne pouvaient pas connaître cette ambiguïté, ce doute qui planait toujours lorsqu’un homme et une femme s’enlaçaient, lorsque leurs corps s’approchaient et qu’ils ne formaient presque plus qu’un. Ils n’étaient plus des enfants tous les deux, n’importe qui, rentrant dans ce petit endroit sombre, les prendrait pour des amants qui cherchaient une intimité relative et allaient peut-être s’apprêter à s’abandonner l’un à l’autre dans un moment passionné mais personne ne rentra, et, de cet instant, il n’y avait que deux enfants, deux enfants aux corps adultes qui se racontaient une vie, une vie comme on raconte une histoire, une histoire triste, pleine de douleur, de colère, de rage, de peine. Morghan n’avait jamais su être insensible, depuis son plus jeune âge il avait toujours révélé une empathie pour les autres, s’était toujours intéressé à leur sort. Il avait toujours senti quand Elenor n’allait pas bien, même si elle ne se confiait pas forcément, même si elle ne pleurait pas comme il pouvait le faire parfois. Serviable et gentil, voilà ce qu’on disait de lui quand il était enfant. De cela, il n’avait surement rien perdu avec les années, bien au contraire. Mais ce qui motivait ses gestes, ses mots, en cet instant, ce n’était pas tant la gentillesse ou la serviabilité, mais simplement l’affection. Il ne savait pas si sa cousine s’en rendait compte mais elle était une partie intégrante de sa vie, une figure aussi importante, voire plus, que son propre père ou sa propre mère. Il ne l’avait jamais mise sur un piédestal, s’était juste senti proche d’elle, aussi proche qu’un frère. Oui, il aurait aimé être un frère pour elle, il n’avait pas eu cette chance mais, d’une certaine manière, il avait eu celle de porter le même nom qu’elle, une consolation dont il se satisfaisait pleinement.

L’idée que leurs relations auraient pu être différentes s’ils n’avaient pas porté le même nom lui effleura l’esprit alors qu’il songeait aux Jagharii et à ce qu’il apprenait sur eux et sur les tourments qu’ils faisaient subir aux leurs. L’espace d’un instant, il se demanda s’il avait bien fait de revenir demander son nom aux siens. N’avaient-ils pas bafoués leurs valeurs en offrant Elenor en pâture à des hommes, allant même jusqu’à s’en servir comme d’une simple marchandise que l’on négocie pour s’assurer d’un soutien politique ? Sans qu’il ne s’en rende compte, Jagharii lui écorcha les lèvres, le dégouta. Non il n’avait pas passé de son existence en exil, à se battre, à donner tout ce qu’il avait pour revenir et demander le droit de porter un nom qui avait perdu toute sa signification… Il soupira, son souffle tiède se perdant dans la chevelure d’Elenor dont le front reposait contre son menton. Il ne devait pas penser ainsi, il devait avoir foi. Elle et lui représentaient le futur des Jagharii et quoiqu’aient pu être les choix de leurs parents, ce serait à eux d’écrire le futur de ce nom et Morghan savait qu’il veillerait à ce qu’il retrouve toute sa gloire et son prestige passé. Certes personne ne saurait certainement ce qui s’était tramé dans l’ombre mais pour eux deux, le nom n’était pas aussi clinquant en surface qu’à l’intérieur. Pour la première fois depuis longtemps, le jeune lion doutait des choix du Patriarche et de sa volonté de faire honneur à ce nom qui était pourtant la valeur qu’ils servaient tous depuis leurs naissances. Enfin cela importait peu en ce moment, aussi reporta-t-il son attention sur celle qui en avait terriblement besoin. La savoir ainsi le désolait, le désarmait, mais il savait qu’elle avait en elle les ressources pour se reconstruire, pour dépasser tous ces évènements, pour se battre oui, mais pas forcément au sens guerrier comme le terme l’entendait. Il y avait plusieurs façons de combattre et si toutes n’étaient pas indiquées, il savait qu’au moins une conviendrait à sa cousine. Il ne pouvait en être autrement, pas avec elle, la combattante.

Un frisson glissa sur son échine alors que les mains d’Elenor glissaient sur son dos, qu’elle se rapprochait encore bien qu’il douta sincèrement que ce fut réellement possible. A son murmure, il comprit qu’elle s’était un peu méprise sur ce qu’il entendait par combattre mais il ne l’interrompit pas. Fuir n’était l’option qu’il préférait mais si cela devait se révéler être son choix, il savait déjà qu’il l’aiderait de toutes ses forces quelle que soit sa décision finale. Ainsi allait son attachement à elle, ainsi en serait-il toujours, jusqu’à la fin de leurs vies et peut-être même après si Therdone le permettrait. Il sentit son visage s’enfouir dans son cou tandis qu’il l’enserrait sa taille de ses bras qu’il voulait rassurants et protecteur. Oui, il savait ce que c’était la province, oui il connaissait l’anonymat, la pause, mais était-ce vraiment ce dont elle avait besoin ? Alors qu’il allait lui répondre, il sentit ses larmes, presque instinctivement. Sa supplique, cette manière de prononcer ce prénom le prit aux trippes et les lui retourna. Ses paroles lui firent réellement peur car il savait qu’elle ne disait pas cela à la légère. Elle était perdue, perdue aux prises avec une réalité qui disloquait son esprit aussi surement que la mer rongeait les falaises… Lentement, il fit remonter ses mains, la força à se redresser un peu, fit glisser ses mains sur ses joues, encadrant son visage dans une douce étreinte, douce mais aussi en quelque sorte puissante. Il posa son regard dans ses yeux. Ils étaient si proches… Sans s’en formaliser, il sécha quelques unes de ses larmes de tendres mouvements de ses pouces sans cesser de la fixer, sans cesser de la tenir ainsi entre ses mains. « Elenor… » Ecoute moi… Sa voix était un phare pour elle, celui dont elle avait besoin pour ne pas perdre de vue la réalité et s’heurter sur les écueils de la folie, il le savait. « Accroche toi à moi, de toutes tes forces, de toute ton âme, de tout ton cœur. Je retiendrais pour toi le sable qui s’échappe de tes mains, je te le rendrais, grain par grain s’il le faut, allant les chercher au cœur du désert s’il le faut, luttant contre les tempêtes et tous les obstacles que Therdone choisira de m’infliger, mais je ne te laisserai pas sombrer. » Il était hors de question qu’il la laisse sombrer, impensable, inimaginable, car sinon il sombrerait surement lui aussi dans la folie, cela semblait une évidence. Ils lutteraient tous les deux. « Je serai à tes côtés quand tu marcheras, je te soutiendrai quand tu vacilleras, je te porterai quand tu faibliras, je te défendrai contre tout ceux qui voudront se dresser contre toi. » Il ajouta dans un murmure. « Même si cela devait être le monde entier. »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 14 Juil - 10:53

Lâcher prise ne lui fut pas évident, les doigts de sa main droite se crispèrent un peu dans son dos, avant qu’elle n’obéisse à la demande tacite de ses gestes, et les ramène entre eux. Il l’éloignait de lui, rompait le contact désespéré qu’elle avait imposé… Évoquer son ressenti actuel n’avait pas été des plus simples, elle l’avait néanmoins fait avec une générosité absolue, presque sans craintes. Persuadée qu’à défaut de pouvoir panser cette plaie, il rendrait supportable la douleur. Au moins supportable. Elle écarta, à bout de bras, son torse du sien, une vive lueur d’attente dans les yeux. Il ne la verrait sans doute pas... Pourtant, elle était bien là. Lorsque les mains de son cousin remontèrent sur ses joues, elle se figea, ferma les yeux et laissa ses mains en suspens, au-dessus de l’étoffe de ses vêtements. Il l’immobilisait d’un geste, doux, lent, tendre. Ses pouces qui couraient sur ses pommettes hautes pour en évacuer les larmes lui arrachèrent un frisson, tandis qu’elle s’appuyait un peu plus à lui. Elle rouvrit les yeux, presque timide, un peu honteuse de la faiblesse tout juste confiée, ceci n’étant pas franchement dans ses habitudes, et soutint son regard. Un regard pénétrant, électrisant. Il la parcourut de bout en bout tandis que, redressée devant lui, elle frémit. C’était une transition, son instinct lui disait qu’il se passait là, dans l’obscurité de ce lieu improbable, quelque chose de décisif. Elle avait retrouvé son cousin, membre aimé, et regretté de sa famille. Elle avait pansé ses plaies auprès d’un autre lion, ce qu’elle avait tant désiré, depuis que tout cela avait commencé. Trouvé du réconfort, enfin, dans ce clan qui devait être le sien, et qui n’avait pas réussi à lui en prodiguer… Mais ce n’était pas tout.

Tout comme ce qui se jouait en elle et dans son environnement dépassait, et de loin, les affaires des Jagharii, ce qui se passait sous ces pouces, apposés sur ses pommettes rendues douloureuses par les pleurs, dépassait la douce intimité familiale du moment. Elle retint son souffle, ses larmes cessant de couler, tremblant un peu de rester ainsi trop longtemps en équilibre. Sa position n’était pas idéale et l’appui de ses mains, qui toujours restaient en suspens au-dessus de lui, lui manquait. Il prit la parole, l’appela, la fit ciller. Elenor. Son nom, ce qu’elle avait perdu, dans les méandres des bas quartiers. Qui était Elenor ? Pas Sipik. Pas Lena… Elenor… C'était une femme, hier en pleine réussite. Elenor était celle qui avait pu réchauffer son corps, insouciante, devant l'âtre d'une auberge sans s'inquiéter d'être démasquée, dénoncée. Elenor était celle qui marchait librement, dans la ville haute, les bas quartiers ou les casernes, celle dont la langue n'était pas liée... Celle à qui personne ne pouvait dicter sa conduite. Elle était si différente de celle qu'il avait connu, enfant... Mais plus encore à présent qu'ils se retrouvaient. Elenor, peut-être, n'existerait plus... Et pourtant, elle voulait répondre à cet appel, ne pas se laisser sombrer. Sur un souffle, elle ferma les yeux. Une seconde, deux. Ils s’ouvrirent à nouveau lorsqu’il reprit la parole. Le noir de jais de ses pupilles ressemblait dans cet espace clos, et mal éclairé, à des gouffres intenses. Puissants, vestiges d’une force qui avait abandonné tout le reste de son être. Des yeux en amandes, des yeux du nord d’Isle. Ses lèvres s’entrouvrirent légèrement, sur un souffle brûlant dont elle ignorait, à cette distance, s’il parviendrait jusqu’à lui ou pas.

Il parla…

Des mots comme un serment, comme le serment d’une affection pleine et infinie… Trop grande, peut-être, compte tenu de la situation. Comme glissée, en-dehors de ses rails. En dehors d’une norme. Il s’écartait de celle-ci d’un pas fluide, et doux, en dispensant à sa cousine des caresses qu’elle acceptait, car elle-même, déjà, avait été écartée de cette normalité… C’était ainsi qu’Elenor percevait des mots qui frappèrent son cœur comme une massue. Ils délitaient sa conscience, avant, patiemment, de la resolidariser. Contre le monde entier. Contre le monde entier… Il ne repoussait pas sa folie, il s’y immisçait avec douceur, et tendresse… Il n’était pas un bouclier, ni le feu, ardent, qui prétend tout ravager, mais une brise qui s’insinuait entre les obstacles, en douceur, et emplissait ses poumons d’un air nouveau. Oui, c’était bien cela, il lui faisait l’effet d’insuffler ces mots en elle, de les faire siens. Une médecine inédite, qui la bouleversa. Elle ne demandait que cela… Se raccrocher à lui… Se laisser faire, se laisser conquérir. Trouver derrière lui l’abri qui, cachant sa pudeur, saurait la protéger de ses maux. Elle mourrait de l’envie de le croire mais… Cela voulait dire faire reposer un poids immense sur les épaules de cet homme.

Mais il s’est reconstruit. Il sait comment faire.

Un rictus étira légèrement ses lèvres, lorsqu’elle leva sa main droite pour saisit sa nuque et l’approcher d’elle. Elle ne chercha pas à soustraire son visage à ses caresses, les savoura, mais se redressa un peu plus. En appui sur ses genoux, et sur sa main gauche qui se posa, à plat, sur son torse, elle se pencha un peu… Son front rencontra celui de son cousin, ses longs cheveux, lâchés, leur assurant une certaine forme d’intimité retrouvée. Ils s'écoulèrent de part et d'autre de leur front, comme une eau de nuit... Comme derrière des rideaux, où les serments les plus fous pouvaient être formulés et… plus dément encore, où ils pouvaient parfois être tenus. Son souffle, cette fois, se mêlait à celui de Morghan tandis qu’elle demeurait, silencieuse et fébrile, ses doigts crispés sur sa nuque. Cela pouvait ressembler à l'approche d'un baiser, à la confession du désir, mais si son corps réagissait positivement à celui qui l'avait accueilli, elle n'en garda pas moins leurs lèvres séparées. « Morghan... » Son nom n'était qu'un soupir. Sa voix, étranglée, était bien incapable de faire mieux, de toute façon. « Tu m'offres trop... » Mais je le veux. Elle s'en mordit les lèvres, farouche, avant que ses doigts ne se fassent caresse. « J'essaierais, un jour, de te rendre la pareille. Non... Je te rendrais la pareille. J'ai confiance en toi... Tu peux avoir confiance en moi, aussi. Je n'ai pas été là il y a dix ans... Si j'avais su je... » Il ne serait pas parti. Peut-être. Peut-être ne se serait-il pas construit, aussi grand, aussi noble, si elle avait été dans son ombre à ce moment là... Elle qui se faisait l'effet de pervertir tout ce qu'elle touchait. « Je n'ai plus la force de combattre en mon nom, mais au tien, je pourrais le faire. Contre le monde entier... » Ce n'était pas un serment fait à la légère. Celui-ci était une sérieuse affaire... Aussi sérieuse qu'étaient les affaires des enfants, empreintes d'une foi, et d'un abandon total. Elle ferma les yeux et, doucement, nouant un peu plus leur étreinte de ses mains, laissa un soupir lui échapper.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 14 Juil - 12:39

Il avait senti son trouble lorsqu’il l’avait séparé d’elle. Il s’était rendu compte que son geste pouvait avoir l’air de signifier autre chose, qu’il ne voulait plus être près d’elle maintenant qu’elle lui avait fait cette douloureuse confession, pourtant, il n’en était rien, et, d’une certaine manière, il avait besoin qu’elle recule un peu pour qu’il puisse davantage la serrer contre lui. Il sentit sa paume se poser sur son torse tandis qu’elle se redressait sur ses genoux. Il avait attendu paisiblement qu’elle prenne le temps de se soustraire à lui, sans forcer les choses, puis il l’avait retrouvé, du bout de ses mains, glissant sur sa peau douce des contreforts chaleureux pour sa raison et pour son être. Il sentit le frisson qui la parcourut son être alors qu’il séchait ses larmes d’un mouvement tendre de ses pouces contre ses joues. Que ressentait-elle ? Il espérait qu’elle comprenait la portée de ces gestes, l’affection dont ils témoignaient et ce qu’ils évoquaient et soulignaient par leurs seules présences. Il croisa enfin son regard alors qu’elle ouvrait à nouveau les yeux. L’obscurité était omniprésente mais depuis le temps qu’ils y baignaient, ils avaient appris à se familiariser avec cette absence de lumière et le peu de distance qui les séparait n’était plus suffisant pour leur masquer le visage de l’autre. Il l’observa quelques instants, trop précieux pour être gaspillés, trop importants pour être bâclés. Il ressentait le besoin de lui dire quelque chose, quelque chose de vital, autant pour elle que pour lui, quelque chose qu’ils auraient pu partager depuis longtemps s’il n’était pas parti, s’il n’y avait pas eu tout cela, mais, le passé restait le passé et cette occasion unique était l’occasion pour lui prêter enfin ce serment qui aurait tant de valeur à leurs yeux en cet instant, unique, intemporel. Combien de temps s’était-il déroulé depuis ? Il n’en avait aucune idée, le plus important en cet instant, c’était elle, sa cousine, alors qu’elle avait le plus grand besoin de son soutien, une chose qu’il était prêt à lui offrir sans condition, sans retenue, sans aucune contrepartie.

Puis il parla, il prononça les mots comme s’ils étaient une vérité unique, la seule qui existait entre eux, une réalité qui se suffisait à elle seule et dont elle ne pouvait pas, dont elle ne devait pas douter. Il avait senti que ses paroles trouvaient un écho certain au fond de la jeune femme et il espérait qu’elles auraient l’impact nécessaire pour redonner le courage perdu à la lionne blanche. Il n’était pas une sorte de sauveur, il ne fallait pas s’y méprendre mais il savait qu’il pouvait, lui aussi, inspirer des personnes. C’était peut-être différent d’inspirer des soldats pour les mener au combat, vers la mort, mais Morghan faisait cela pour la mener vers un autre combat, celui de la vie, de celle que l’on aime sentir en soi lorsqu’on se lève au petit matin et qu’une nouvelle journée nous est offerte. Leurs regards s’entrechoquaient, glissaient l’un dans l’autre. Il existait entre eux d’eux un lien devenu de plus en plus fort alors qu’ils échangeaient des passés différents mais tous les deux douloureux, l’un plus que l’autre peut-être, mais, cela n’avait plus d’importance, ce qui comptait vraiment c’était la puissance de ce lien qu’il exploitait maintenant visuellement, oralement, physiquement. Tout ce qui avait été construit jusqu’à maintenant servait de base, de conduit pour tout ce qu’il avait à lui apporter, là, maintenant, tout de suite. Etait-ce ce dont elle avait besoin ? Il n’en savait rien mais il le lui offrait tout de même. Elle pouvait le prendre, sans se soucier de devoir rendre quoique ce soit en échange. Il n’y avait plus de norme entre eux deux, cela s’était probablement évanoui dès leur rencontre. Mais comment respecter des normes quand on a vécu une existence loin de celles ci ? Il laissa glisser ses dernières paroles entre eux, en entendit l’écho dans ses pensées, dans l’obscurité, mais ce qu’il regardait maintenant c’était elle, sa cousine, la lionne blanche, Elenor. Il se perdait dans son regard onyx en attendant un signe, une réponse, un geste. Quelque chose, tout simplement quelque chose.

Et quelque chose vint. Il frémit lorsqu’il sentit sa main se poser contre sa nuque pour l’approcher d’elle. Il n’opposa aucune résistance, laissant glisser ses mains autour du visage de la jeune femme, sans la retenir. Il la laissa s’approcher à son tour, glissant une main à plat sur son torse, posant son front contre le sien. Leurs regards étaient plus proches qu’ils ne l’avaient jamais été et il sentait le souffle tiède de sa respiration glisser sur ses lèvres après s’être échappé des siennes. Il retint le sien, il ne sut pas trop pourquoi, peut-être parce qu’il attendait avec une certaine appréhension la suite. Il ne remarquait même plus l’incongruité de leur proximité, tout ce qu’on aurait pu en dire si on les avait surpris à ce moment là. Il n’y avait plus qu’elle, son regard, les contacts entre leurs des corps, son souffle et, et l’expectative de quelque chose en plus, quelque chose qui répondrait à ses paroles. Les gestes pouvaient être suffisant mais, dans les yeux d’Elenor, il avait senti qu’il y avait une suite. Muet, il frissonna quand elle prononça son nom, se rendant compte que son cœur battait bien trop vite. Acceptant d’inspirer profondément, il tenta de faire le calme en lui, il n’y avait aucune raison d’être si tendu. Et elle parla. Il avait failli l’interrompre presque immédiatement, comment pensait-elle qu’il offrait trop ? A chacune de ses phrases il avait voulu l’interrompre, la contredire, lui expliquer qu’il ne demandait rien, qu’elle n’avait aucune raison de s’en vouloir, mais il ne le fit pas, il n’en eut pas l’occasion ou la Volonté. Il resta suspendu à ses lèvres alors qu’il pouvait sentir chacun de ses mots heurter les siennes en une douce caresse tiède. Ses derniers mots restèrent suspendus dans l’air plusieurs instants avant qu’il ne réalise leur portée entière. « Elenor… » Il laissa une de ses mains quitter son visage pour glisser dans ses cheveux dans un geste tendre. « Je t’offrais tout cela sans rien demander en retour mais tu ne sais pas à quel point tes mots résonnent en moi. Ne regrette plus le passé, car nous nous tournons désormais tous les deux vers l’avenir. Notre avenir. Et quoi qui puisse s’interposer devant nous à partir de maintenant, nous le franchirons ensemble, toi et moi. Plus rien ne privera les lions de leur liberté et que tous soient prévenus, nous ne ferons aucun cadeau. A personne. »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 14 Juil - 23:00

À nouveau son nom, à nouveau cet appel, plus intime que jamais qui donna à ses doigts l’envie de vagabonder dans ses cheveux. Il fit de même, écartant cette masse noire, qui les abritait, en une caresse qui la fit frémir malgré elle. Sa tendresse était extrême… Plus grande que ce à quoi elle aurait pu être habituée, plus grande que ce dont les hommes faisaient preuve avec elle. Peut-être parce que jamais elle n’avait cherché à faire sortir ceci d’un homme. Elle avait toujours eu, au fond d’elle l’envie de tirer d’eux une puissance un peu destructrice. Une suite logique aux combats qu’elle menait… mais aujourd'hui, elle était fatiguée, elle était au bord de l'épuisement, tout près de sombrer tout à fait dans des abymes qu'elle redoutait... Aujourd'hui, elle ne se sentait plus capable de tenir bon, face au feu dévorant de la passion, et de la mort... Elle n'était plus seulement une lionne en cage, mais une lionne blessée, dont il fallait laisser aux plaies le temps de cicatriser. Elle avait besoin de se reconstruire, en douceur. Besoin d'apprendre la patience. Il lui faisait une promesse... Une promesse d'avenir commun. Une promesse de liberté, qu'elle serait bien en peine de tenir... Mais elle voulait y croire. Elle devait y croire... c'était un besoin, un insatiable besoin de liberté, d'à nouveau marcher, droite. Il parlait à Elenor... À Elenor.

Elle voulait, à nouveau, qu'Elenor puisse marcher au grand jour, la tête haute, sans plus avoir à se cacher. Fatiguée de fuir, fatiguée du secret, du mensonge. Fatiguée de Sipik, et de sa faiblesse. Jamais, de sa vie, Elenor n'avait encore trahi de serment. De toute son existence, elle s'était montrée loyale, fidèle et dévouée au delà des besoins de son rôle, et de son rang. Un don de soi qui avait été absolu, une absolue fidélité. Et tout cela, en quelque semaines, se retournait contre elle. Ses serments déclaraient leurs méfaits, sa fidélité était trompée. Jusqu'à ses tentatives de diplomatie qui rencontraient des échecs amers, et froids. Des dons à sens unique, qui pesaient sur sa conscience. À ses oreilles chantaient alors les mots de Morghan. Les derniers, décisifs, comme s'il avait lu dans ses pensées, et interprété celles-ci. Nous ne ferons aucun cadeau. « À personne... » Sa voix n'avait été qu'un soupir, en écho à ce que ses lèvres avaient exhalé. « À personne, nous serons les lions. » Ceux des contes. Libres, fougueux, emplis d'une vie sans bornes. Lion qui mord, lion qui s'adoucit. Lion terrible et plein de courage. Elle ouvrit les yeux, trop proche pour réellement le voir, éprise d'un besoin de vie qui la dévasta littéralement. Sa main droite, nerveuse, s'affaira dans la nuque de cet autre lion, qui se tenait là, contre elle, tandis que la gauche s'appuyait un peu plus à son torse. Une fois de vie. Une soif de vie.

Ce qui aurait pu être un baiser, hier, plein d'une passion désarmante fut néanmoins contrôlé, et elle ne trouva cette vie que sur sa joue, là, tout au coin de ces lèvres qui l'avaient embaumée de leurs mots, où elle déposa les siennes avec douceur. En dépit de la fébrilité qui s'était emparée de son corps suite à ce serment, sa raison la guida encore assez pour que la vie puisée ne brûle pas ses ailes. Contrôle, douceur. Il lui faudrait apprendre cette leçon-là. Elle commençait à comprendre la patience et ses vertus. Elle savait, dans les limbes de sa folie naissante, ne pas être allée trop loin, mais n'en recula pas moin, perturbée. Elle le dévisagea avec une intensité dévastatrice, les lèvres entrouvertes sur un souffle qui s'était encore réchauffé. Sa main, à travers l'étoffe, le devina, et son corps percevait le sien avec une acuité nouvelle, et parfaite. À personne. Ils feraient front. Ils seraient redoutables. Des lions. Elle ne cherchait pas de mots, inutiles après ce qui venait de se passer, tandis qu'elle le fouillait d'un regard droit, laissant la place libre aux questionnements qui la traversaient. Elle se contentait d'être là, devant lui, la sensation de sa peau à ses lèvres, et d'attendre.

Elle n'attendit pas longtemps, et bondit presque de surprise lorsque le clocher s'anima. À nouveau le théâtre monstrueux des cloches les envahit, quoi que le son, d'ici, fut étouffé et distant. Pas de douleur, si ce n'était celle de la surprise, tant il lui sembla lointain. Mais il lui rappela le lieu, le Beffroi, la prière. Therdone et sa maudite Volonté. Elle baissa alors la tête, et la releva avec un mince sourire, son visage changé. Un masque, qui déguisa son trouble, tandis qu'elle corrigeait sa position, récupérait sa main gauche. « Nous ne devrions pas nous éterniser plus longtemps. » Il y avait dans sa voix une douce chaleur, qui ne laissait pas entendre qu'elle avait regretté son geste. Une confidence, presque amusée en fait. Les enfants avaient été surpris derrière leur rideau, et il était temps pour eux de faire bonne figure, devant les adultes. « Me suis-tu ? » Elle ne voulait pas l'abandonner là, dans cette remise poussiéreuse. Ils avaient encore quelque chose à faire avant cela, pour que ce serment ne soit pas seulement celui de l'ombre. Elle lui tendit alors sa main valide, après un frisson, sans que ses yeux n'aient quitté une seule seconde ceux de son cousin. Reviens avec moi au pays des adulte, mon bien-aimé cousin. Soyons encore un peu chats, et demain, je te promets, nous aurons des crocs. Montre moi que ta promesse n'est pas de celles qui meurent, de l'autre côté du rideau.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Dim 15 Juil - 19:35

C’était un nouveau frisson qui avait couru sur l’échine du jeune noble lorsqu’il avait senti une main tendre vagabonder dans ses cheveux. Cette caresse, que l’on aurait pu penser intime, n’était que le reflet de leurs esprits à l’unisson. Un enfant caressait les cheveux d’un autre sans qu’on y voit l’once d’un sentiment déplacé, les deux enfants qui se trouvaient là, dans l’obscurité, n’échappaient pas à cette règle, du moins tant que l’ombre était toujours présente, tant qu’on ne les surprenait pas au grand jour, tant que ces gestes restaient entre eux et eux seulement. Personne d’autre n’aurait pu comprendre ce qui les unissait, tout le monde se serait fourvoyé, c’était pour cela qu’il s’était lié à elle contre le monde entier, parce que personne n’était à même de pouvoir faire front commun avec eux, parce qu’il n’existait pas de réel allié en ce monde, du moins pas aujourd’hui. Le futur leur donnerait peut-être tort, peut-être que quelqu’un se révèlerait, fidèle, loyal, mais mieux valait ne pas compter sur les autres pour l’instant, ne garder la confiance que pour elle, s’abandonner totalement sans retenue, car il était convaincu que ce qu’elle lui avait dit n’avait pas été prononcé à la légère, parce qu’il savait que s’il devait faillir lui aussi, elle serait dorénavant là pour l’aider comme il lui avait dit qu’il serait toujours auprès d’elle pour l’aider à se relever, pour qu’elle puisse se reconstruire et pour que la Lionne Blanche renaisse, ressorte crocs et griffes, afin d’affronter le monde comme elle l’avait toujours fait. Elle aurait besoin de lui, nécessairement, aussi surement que le soleil se levait et se couchait chaque jour, mais il pouvait lui aussi avoir besoin d’elle. Ce n’était pas exclu. Ainsi un lion et une lionne feraient marche côte à côte, l’un protégeant l’autre quand ce dernier serait défaillant, l’un relevant l’autre lorsque la fatigue serait trop présente. Ils avanceraient de concert, refusant de laisser l’autre en arrière. Ainsi serait la nouvelle marche des deux Jagharii, luttant pour leur liberté, envers et contre les autres lions, si nécessaire. Car Morghan ne se faisait pas d’illusions à ce sujet, même s’il préférait taire ce point, il faudrait affronter d’autres lions, plus vieux, plus expérimentés, mais cette perspective ne lui faisait pas peur, pas tant que la lionne blanche était à ses côtés.

Il mit un sceau définitif, immuable, à leur serment par quelques mots supplémentaires, quelques mots dont il su immédiatement qu’ils trouvèrent un écho puissant dans le cœur de sa cousine. Un sentiment étrange naissait en lui, ou plutôt renaissait en lui, une certitude de compter pour quelqu’un, d’avoir une réelle importance aux yeux d’une personne qui avait une valeur inestimable à ses yeux. C’était grisant, incroyablement grisant et une chaleur nouvelle naissait en lui, agréable, très agréable. Il ferma les yeux un instant, profitant de ce qui vivait dorénavant en lui, comme si cela pouvait disparaître d’une minute à l’autre, comme si cela n’avait rien de réel et qu’il se réveillerait, dans son lit, ayant fait le plus incroyable des rêves. L’espace d’un instant, il sentit le doute l’étreindre, le serrer dans ses bras pour ne plus le lâcher. Et s’il ne faisait que dormir ? S’il rêvait cette rencontre ? Un tel niveau de détail était-il possible ? Il eut l’impression que tous les gestes qu’ils avaient échangés n’étaient que la suite parfois incohérente des actions que l’on trouve lorsque l’on songe. Une cousine de la terreur s’empara de lui, il ne voulait plus ouvrir les yeux, de crainte de voir le plafond de sa chambre. Son cœur s’emballa devant le doute qui l’étreignait avec une force incroyable. Comment tout pouvait basculer de cette manière alors qu’il avait eu la certitude de revivre quelques instants auparavant ? Cela n’avait plus aucune importance pour lui, plus maintenant qu’il se perdait dans les méandres de l’improbabilité. Mais comme pour donner une réalité au serment qu’ils venaient de s’échanger, ce fut Elenor qui le sauva de cette spirale infernale dans laquelle il venait de sombrer. Il sentit la douceur qui se déposa sur sa joue, proche du coin de ses lèvres. Sa respiration s’arrêta avant de reprendre après quelques fugaces instants, son cœur manqua un ou deux battements avant de reprendre sur un rythme plus calme. Il rouvrit les yeux et voir le visage de sa cousine acheva d’apaiser son esprit. Il croisa son regard qui fixait le sien avec intensité et se rendit compte de ce qu’elle venait de faire.

Il aurait pu parler, dire quelque chose, mais quoi ? Etait-il utile de commenter ? Ce geste ne s’inscrivait-il pas dans l’affection qu’ils s’étaient donnés jusqu’à maintenant ? Il sentait encore la douceur de ses lèvres qui résonnait contre sa peau mais, si cela devait le déranger, il n’en montra rien. Il avait en tête qu’elle avait apaisé son esprit, d’un geste incongru, inattendu, mais qui, finalement restait, entre eux, quelque chose de naturel, non ? Il n’eut pas le temps de pousser plus loin sa réflexion quand les cloches retentirent à nouveau. Combien de temps avaient-ils passés tous les deux, dans cette pièce sombre ? Ce nouveau choc les rappela tous les deux à la réalité, ils n’étaient pas à n’importe quel endroit, ils pouvaient toujours tous les deux se faire surprendre, Elenor avait raison, il n’était pas sage de s’éterniser plus longtemps ici, ne serait-ce que pour elle qui était toujours recherchée par les siens, par d’autres peut-être encore, un trouble que ne voulait pas lui causer Morghan, même s’il l’aurait défendu de son épée. Il remercia le sort de les avoir placé dans un endroit où le son des cloches était atténué, empêchant son handicap de se révéler à nouveau, puis il laissa la lionne blanche s’échapper de son étreinte. Lorsqu’elle lui tendit sa main, il n’hésita pas une seule seconde. Il tendit la sienne, entrelaça leurs doigts une nouvelle fois et se releva avant de poser à nouveau son regard dans le sien. « Jusqu’où tu le voudras. » C’était le début de leur promesse, de leur serment, et il n’était pas question de le manquer. La parole d’un Jagharii, du moins la leur, avait une valeur qui les empêchait tous les deux de faire marche arrière, plus maintenant, il n’en était de toute façon pas question, dans son esprit c’était certain, mais dans celui d’Elenor, il savait, il était convaincu qu’il en était de même.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Dim 15 Juil - 22:11

Elle le releva d’un geste tonique, prenant dans le même temps appuis sur la plante de ses pieds. Il lui avait rendu un peu de son énergie, un peu de la tonicité de ses jambes. Elle qui s’était sentie au bord d’un gouffre amorçait de se relever, et si, elle le sentait, cela ne durerait guère longtemps, s’il y avait encore un travail monstrueux à accomplir pour qu’un jour, peut-être, elle retrouve la paix, elle n’en savoura pas moins ce souffle-ci. Une fois debout, elle croisa son regard, et lui rendit un sourire amusé lorsqu’il dit la suivre jusqu’où elle le souhaitait. Et si elle lui proposait, là, Verdoya, ou Hurg Aari, la suivrait-il ? Elle laissa un petit soupir lui échapper, le chant des cloches s’apaisant un peu dans le Corpus Minor, avant de lui glisser avec un soupçon d’espièglerie dans le ton : « Pour aujourd’hui, cela ne sera qu’un bref voyage. » Elle modifia sa prise sur sa main, la faisant plus légère. Elle se voulait plus guide qu’autoritaire, et se contenta de l’entraîner en direction de la sortie. Avant de pousser la porte de la remise, elle lui fit signe d’attendre, et entrouvrit celle-ci. La lumière qui la baigna aussitôt lui fit plisser les yeux, mais elle retint un mouvement de recul et, une fois habituée à la luminosité qui inondait son visage, surveilla les environs. Personne en vue, ils pourraient sortir sans problème. Elle ouvra plus grande la porte, et fit signe, marchant à reculons, à son cousin de lui emboiter le pas.

Une fois dehors, elle l’attendit, et marqua un temps d’arrêt en le voyant la rejoindre. Elle ne l’avait pas encore réellement vu jusque là, s’en étant prise à son dos, et ne l’ayant que vaguement détaillé dans l’obscurité… Cette familiarité était à présent frappante pour la Jagharii, qui retrouva la force et la sagesse des traits des siens dans ce visage. Ce beau visage. Elle l’avait deviné agréable à l’œil, mais se trouvait être loin de la réalité. Oh, bien sur Morghan avait toujours été plutôt bien fait de sa personne, et adolescente elle se souvenait d’avoir vu de nombreuses jeunes filles se pâmer dans son sillage, mais il avait changé, et à présent qu’il était un homme, elle lui trouva un charme particulier. L’âge, quoi qu’encore modeste, lui allait bien. Il ferait un lion des plus charismatiques. Il n’était plus, depuis longtemps, l’enfant dont elle avait tenu la main dans cette remise, et dans cette candeur retrouvée, cette tendresse échangée, c’était bien un homme, qu’elle aurait pu embrasser. Un homme contre lequel elle s’était blottie, qui lui avait apporté ce réconfort et cette douceur. Pas un enfant timide, ni un adolescent discret. Consciente de l’observer avec insistance depuis de longues secondes, elle finit par ciller, et, après avoir renouvelé son sourire et son invitation à la suivre, se dirigea d’un pas tranquille vers le cœur du sanctuaire. Nulle arme en vue, ses tatouages eux-aussi masqués (oh, il n’avait sans doute vu aucun de ceux-ci…) ils pouvaient marcher ici d’un pas tranquille. Leur sortie suspecte assurée, pour le reste ils ne craignaient plus rien. Affectant une démarche assurée, libre de toute tension suspecte, elle lui offrit son profil, se demandant ce que lui se dirait à son sujet, en la voyant à présent. Elle s’était affinée, en quatre mois sans l’exercice permanent de la vie en caserne. Ses épaules, ses jambes avaient la finesse de celles d’une femme simplement élancée, mais demeurait son dos droit, et le port altier du Capitaine. Elle n’était plus non plus la toute jeune femme de dix-neuf ans, quoi qu’elle supposa, peut-être à tord, le changement moins spectaculaire qu’il ne l’était pour lui. La voix, rare en elle, de la vanité laissa entendre qu’elle aimerait avoir, elle aussi, pu profiter des années plutôt que de les voir l’altérer de trop. Elle n’était pas femme à se pâmer devant l’effet du temps, mais c’était sans doute parce qu’elle ne l’avait, jusque là, pas réellement éprouvé.

Une fois arrivés au niveau du petit lac intérieur, elle lui adressa un léger coup d’œil avant de s’agenouiller, comme elle l’avait fait un peu plus tôt. Une fois sure qu’il s’était installé à son côté, elle souffla, suffisamment bas pour que personne, autour, ne les entende : « Nous nous reverrons… Si tu me cherches ici bas… Sipik répondra à ton appel » Le moyen le plus sur, encore, de la trouver, son alter ego Dissident toujours à l’affut. Elle eut un petit sourire amusé, et, plongeant ses mains dans l’eau fraîche, le coton de sa chemise, goulu, s’en gorgeant aussitôt, ajouta : « Elle est plus simple à trouver, dans toute cette poussière, qu’Elenor. » Un clin d’œil, et dans le clapotis cristallin de l’eau, appliqua celle-ci à son visage, ramenant avec un soupir ses cheveux en arrière. Cette fraîcheur lui faisait du bien, elle la soulageait. Elle épia alors Morghan, s’attendant à ce qu’il l’imite…
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 16 Juil - 6:57

L’espace d’un instant, il eut l’impression d’être en pesanteur. Dire qu’il ne s’attendait pas à autant de forces était un mensonge mais, bien qu’il connaissait sa cousine et son passé martial, il ne pouvait s’empêcher d’être surpris face à la facilité déconcertante avec laquelle elle l’avait relevé sans ciller, dépliant une énergie dont peu de femmes auraient pu se vanter. Certes, Morghan était loin d’être lourd mais peut-être était-ce aussi simplement parce qu’il s’agissait de la première fois qu’une femme lui tendait la main pour se relever. Le sourire qu’elle lui adressa lorsqu’il évoqua le fait qu’il la suivrait n’importe où ne lui échappa pas. En doutait-elle ? Non, certainement pas, pas après ce qu’ils avaient échangés tous les deux. Il en était convaincu. Cela devait être autre chose, un secret qu’elle emporterait avec elle, à moins qu’il ne lui demande un jour, si fait qu’elle s’en souvienne seulement, certaines pensées fugaces ne restaient qu’un instant dans un esprit, le temps d’y éclore avant d’en disparaître aussi soudainement, comme lorsque certaines fleurs ne fleurissent que certains jours avant de dépérir. Il ne sut vraiment dire s’il ne fut pas déçu d’entendre que leur voyage serait bref, pourtant, il fallait se rendre à l’évidence, ils ne pouvaient décemment passer trop de temps ensemble, pas en une fois. La suite serait faite d’autres rencontres mais pour l’instant, il fallait se contenter de ce moment qu’ils avaient passé ensemble, une rencontre inattendue, cette redécouverte de l’autre. Il se laissa guider de sa main dont il savoura le contact durant leur rapide traversée de la petite pièce plongée dans la pénombre avant d’en regretter l’absence quelques secondes plus tard alors qu’elle lui faisait signe de l’attendre tout en s’approchant de la porte, probablement pour s’assurer qu’ils pourraient sortir de leur cachette improvisée sans que personne ne les remarque. Il aurait été mal vu pour un homme et une femme d’être aperçus au sortir d’une pièce comme celle-ci dans un lieu tel que celui-là, assurément. Il esquissait un sourire idiot en pensant à l’imbroglio que pourrait poser une rencontre fortuite, un sourire dont le spectre planait toujours sur ses lèvres quand elle lui fit signe de la rejoindre tandis qu’elle sortait à reculons.

La lumière de l’extérieur lui fit le même effet qu’à sa cousine et s’il plissa les yeux pour combattre la luminosité soudainement beaucoup plus forte, il lui fallut un temps d’adaptation un peu plus long pour enfin parvenir à voir aux couleurs du jour. Comme un nouveau né ouvre les yeux sur le monde, Morghan redécouvrit ce qui l’entourait et, en premier lieu, sa cousine. Elle était un peu plus petite que lui, sa peau pâle réchauffée par l’éclat solaire d’une fin d’après-midi traversant une fenêtre proche. Sans la détailler comme un malpropre, il la découvrit dans sa féminité, loin de la jeune fille qu’il avait pu connaître dans son enfance. Sa mère l’avait décrite altière et loin d’être aussi femme que ne l’étaient celles de la noblesse pourtant, il se permit de penser qu’elle n’avait rien à leur envier. Il ne savait pas que sa mise à pied avait provoqué quelques changements dans sa silhouette et même s’il aurait pu s’en douter, il aurait presque pu mettre sa main à couper que ce n’était pas une mauvaise chose. Elenor était loin d’être vieille, vingt-neuf ans s’il se souvenait bien, bien qu’elle paraissait un peu plus jeune, remettant en doute ses souvenirs. Par contre, ses longs cheveux d’ébène et ses yeux en amande étaient tels qu’il se les remémorait, quoique peut-être plus long pour les uns et animés de nouvelles lueurs pour les autres. Lorsque les enfants se faisaient adultes, leurs regards changeaient nécessairement. A l’attendre ainsi, elle semblait sûre d’elle et cela fit plaisir au jeune noble qui cessa de joué l’ébloui par le soleil pour achever de la rejoindre, il ne manquerait plus qu’elle finisse par croire que c’était elle qui l’éblouissait. Et même si ce n’était pas totalement faux, qu’en penserait-elle ? Un léger frisson parcourant la commissure de ses lèvres lui rappela qu’il valait peut-être mieux ne pas y penser. Elle se remit en marche, vers l’intérieur du Temple, et il la suivit, sans un mot, refoulant ses pensées inédites.

Captant son regard, il s’agenouilla auprès d’elle alors qu’elle venait de le faire devant le petit lac intérieur où tous venaient se purifier s’il en avait la force, celle de s’abandonner complètement. Il ne savait pas vraiment ce qu’elle voulait vraiment faire mais la confiance qui régnait entre eux l’aurait poussé à la suivre les yeux fermés, où qu’elle puisse l’emmener. Un murmure glissa entre ses lèvres, lui expliquant qu’ils se reverraient et il ne sut dire combien cette parole le soulagea d’un doute qui n’avait jamais vraiment disparu même après leur serment. Sipik ? « Sipik ? » Son murmure avait été le reflet instinctif de sa pensée. Puis il songea qu’il s’agissait peut-être de l’identité sous laquelle elle se cachait dans la Ville Basse, cela n’aurait pas été étonnant, du moins pas pour Zack Realor. Il la regarda plonger ses mains dans l’eau fraiche et confirma ses hypothèses des paroles d’Elenor. Oui, il s’agissait d’un surnom, une identité pour la protéger, ici, dans la Ville Basse. Certes, il était loin de ce douter qu’il s’agissait de son surnom dans la Dissidence, mais, cela, il l’apprendrait probablement en temps et en heure. Alors qu’elle passait de l’eau sur son visage, instinctivement, il fit de même, plongeant à son tour ses mains dans l’eau avant de, les mettant en coupe, de remonter un peu de liquide transparent à son visage et de s’imprégner de sa fraicheur. Alors qu’il aidait l’eau à glisser sur ses traits, il rouvrit les yeux sur sa cousine qui le regardait en coin. « Tu n’as jamais vu ton cousin porter de l’eau à son visage, cousine ? » Il y avait un amusement non feint dans sa voix, une taquinerie espiègle qui trahissait davantage le fait qu’il ne savait pas ce qu’elle voulait faire par ces gestes que l’on réservait généralement aux prières pour Therdone, un rituel auquel il ne s’était pas soumis lorsqu’il était arrivé dans le Temple, un manquement grave pour certains, Morghan, lui, ne n’y avait simplement pas vu de réel intérêt.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 16 Juil - 13:36

Sa question lui arracha un léger sourire, loin du sérieux et du recueillement en principe de rigueur ici. Il s'interrogeait, c'était visible, et s'étonnait de l'insistance de son regard. Elle avait derrière la tête une idée... Des envies, qui se croisaient et résonnaient les unes contre les autres. Cette eau, sacrée, lourde de secrets, était parfaite pour eux. Pour ce lien, inédit, surgit d'un passé lointain, altéré avec le temps et l'âge. Ils s'étaient laissés aller à la tendresse, à l'ombre de la remise, et si la lumière devait rendre plus policée cette rencontre, elle n'en excluait pas moins cet étrange attachement. Cette bouffée d'air, qu'elle savourait gouluement. Doucement, elle se glissa donc un peu plus près, et plongea sa main droite dans l'eau avec lenteur. Le visage, et la bouche. Se laver des hésitations, laisser libre court à sa Volonté, pure. Elle ferma les yeux, adressant une prière muette à Therdone, qu'il leur donne la Volonté de se reconstruire, de mettre à profit cette force nouvelle. Qu'il leur donne la Volonté de respecter leur parole... Après avoir laissé l'eau s'écouler entre ses doigts, elle les approcha du visage de Morghan, effleurant délicatement ses lèvres de son pouce d'où goûtait, toujours, l'eau claire du lac. Une caresse dont elle se doutait qu'elle le prendrait de court, mais qu'elle avait fait sans une once d'hésitation. Son doigt appréciant la tendresse de sa peau, elle les parcourut, son regard, attentif, ayant quitté celui de son cousin. Tu m'as fait un serment... Ceci le scelle sur tes lèvres, cousin. Elle ne le lui dit pas, c'était inutile. Il pouvait le lire dans le regard tranquille qu'elle posait sur lui, tandis que son pouce quittait ses lèvres avec douceur. Comme s'il avait rêvé son geste. Après relevé ses pupilles d'onyx en sa direction, elle replongea sa main dans l'eau, sentant celle-ci goutter sur ses genoux, et imbiber ses manches jusqu'aux coudes, à présent, pour à son tour l'appliquer à ses lèvres. Elle ferma les yeux tandis que l'eau glissait de son menton, de la pulpe de ses lèvres pour retomber avec légèreté dans le lac... Pacte scellé.

Un soupir, et pas un mot de plus. Ils lui semblaient inutiles tant son geste, appliqué à son cousin, avait été parlant. Elle en avait saisi le trouble, et la chaleur, trouble qu'elle-même ressentait, en réalité. Elle ne se demanda qu'à peine ce qu'il en avait pensé, si le sens lui avait ou non échappé, mais savait que cet effleurement pour ainsi dire sacré figurait le passage d'un état à l'autre de leur histoire. Il cloturait les dix ans passés l'un sans l'autre, dix ans qu'ils s'étaient raconté, qu'ils avaient pu exorciser, mis de côté pour se tourner, comme il le lui avait dit, vers leur avenir. L'avenir des lions, dès à présent entre leurs mains... Il avait prononcé des mots, offert des caresses. Elenor lui offrait ce symbole, simplement.

Toujours agenouillée à ses côtés, à présent face au lac, elle reprit la parole, à voix basse, de sorte que lui seul soit à même de l'entendre. « Lorsque tu me chercheras, sois prudent... Sipik n'est pas l'amie de tous ici... Elle n'est pas, par exemple, l'amie du Guet. » Baissant encore d'un ton, elle ajouta dans un murmure : « En même temps, quel Dissident le serait ? » Et dans ses yeux une interrogation : le message est-il clair ? Il ne devait pas se faire remarquer, ce pseudonyme, s'il était attaché aux Jagharii d'une manière ou d'une autre, serait la plus dangereuse des armes que le Conseil ait jamais eu vis à vis de leur famille. « Rassure-toi, j'ai une bonne ouie. » Un léger sourire étira alors ses lèvres tandis que, ramenant ses cheveux en arrière, pour les regrouper sur son épaule, elle se releva.

Face à lui, elle l'observa, silencieuse, un long moment. Bientôt il leur faudrait se séparer. Quelques minutes, qui se faisaient secondes, et lui revenaient en mémoire ses mots, et la tendresse de ses mains contre elle. Les instants d'une étonnante douceur qu'ils avaient partagé dans un bonheur innocent, et rare... Retourner à sa vie, et à ses épreuves après une telle enclave lui semblait être au-dessus de ses forces. Pourtant, il le faudrait. Il le faudrait, elle avait un devoir, et lui, probablement, de nombreuses choses à faire. Elle ne lui avait même pas demandé s'il avait une femme, des enfants, mais supposait que cela eut été incompatible avec la générosité de son soutien... Préférant apposer le voile d'une étrange pudeur sur ces informations, elle les mit de côté. Elle en cilla, avant finalement de franchir la distance qui les séparait pour l'étreindre. Une étreinte entière, et étroite, qui les lia. « Je ne veux pas te perdre à nouveau... » Un souffle... Pourtant, elle le repoussa délicatement, et croisa son regard. Elle y lut la certitude que cette séparation là ne serait que provisoire. Il savait où la trouver, et avec de la prudence elle avait toujours, elle aussi, ses entrées dans la ville haute. Surtout chez les Jagharii où elle ne craignait à présent plus grand chose, son destin déjà déterminé par le patriarche. Elle serra sa main, puis la lâcha, et recula de deux pas...
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 16 Juil - 17:57

Elle ne répondit pas, se contentant de sourire. Elle avait quelque chose derrière la tête, c’était d’une évidence même, pourtant il ne savait pas ce qu’ils faisaient là, tous les deux, à se purifier comme le faisaient les fidèles avant d’abandonner leurs prières à Therdone. Pourtant cela ne devait pas être très compliqué de comprendre, hélas, il avait beau chercher des idées, rien ne lui vint. Il l’observa plonger à nouveau sa main droite dans l’eau, attendant avec une certaine expectative ce que serait la suite. Son cœur manqua probablement un battement quand il sentit les doigts de sa cousine courir sur ses lèvres dans un effleurement timide et délicat. Leurs regards se quittèrent tandis qu’elle poursuivait son geste et qu’il restait quelque peu interdit. Il avait fermé les yeux quelques instants, essayant de faire le vide en lui, avant d’essayer de trouver une signification à ce geste. Parfois les enfants se passaient un doigt devant les lèvres pour signifier qu’ils garderaient secret ce qu’ils venaient de partager, mais était-ce cela ? Il rouvrit les yeux et plongea dans ses prunelles onyx qui lui offrirent la vérité dans un souffle. Son esprit s’illumina quand elle recommença son geste, mais cette fois-ci pour elle, quand l’eau glissa sur ses lèvres avant de regagner le petit lac. Elle venait de sceller leur Pacte, détournant les rituels réservés à Therdone d’une manière subtile, alors qu’on aurait pu croire qu’ils se purifiaient tous les deux, ils avaient simplement ritualisé cette promesse orale qu’ils s’étaient offerte dans l’obscurité d’une pièce exiguë. Ce moment avait quelque chose de grisant pour le jeune Jagharii. Il s’agissait là de l’accomplissement d’un but, une nouvelle réussite sur le nouveau chemin de sa vie. Il avait retrouvé Elenor et il ne pouvait dire combien cela le comblait de joie. Le plus difficile commençait maintenant, notamment parce qu’il ne pouvait pas révéler cela à sa famille, il ne pouvait pas dire qu’il avait retrouvé sa cousine, non, hélas, c’était impossible. Ils étaient tous les deux...contre le monde entier

Alors qu’il réalisait encore le geste, la cérémonie officieuse qui pourtant était tout ce qu’il y avait de plus officiel pour eux, il regardait la jeune femme en coin, n’osant réellement tourner la tête pour la regarder. Elle avait jeté un grand trouble en lui. Il n’aurait pas vraiment pu dire pourquoi mais le souvenir de son baiser sur la commissure de ses lèvres et ses doigts qui avaient frôlés sa peau avaient eu quelque chose de particulier, surtout maintenant qu’ils n’étaient plus plongés dans l’obscurité de la remise, maintenant qu’elle leur avait fait quitter l’enfance pour redevenir les adultes qu’ils étaient tous les deux. Il n’eut toutefois pas l’occasion d’y réfléchir davantage, ce qui était peut-être une bonne chose finalement. Avec attention, il prêta l’oreille à son murmure, prononcé devant elle comme une prière qu’il était le seul à pouvoir entendre du fait de sa proximité avec elle. Elle le mettait en garde. Chercher Sipik n’aurait rien d’une partie de plaisir et, surtout, n’aurait rien de reposant. Elle lui recommandait une attention de tous les instants, une confiance limitée en toutes les personnes qu’il pourrait croiser mais elle lui assurait qu’il n’aurait pas besoin de la chercher longtemps pour la retrouver, du moins était-ce ce qu’il avait compris entre les mots qu’elle avait soufflés et qu’il ne voulait pas lui faire répéter, pas ici. Ils auraient tout le temps d’évoquer ce sujet une prochaine fois, lorsqu’ils se reverraient car, ils le savaient tous les deux, ce serait le cas, peut-être bientôt, du moins il l’espérait, il n’imaginait pas laisser s’écouler trop de temps entre cette rencontre et la prochaine, de peur de manquer quelque chose, de peur de manquer à sa promesse, de ne pas tenir le serment qu’ils venaient, à l’instant, de prêter. Il l’observa se relever et resta quelques instants immobile face à l’étendue d’eau. Ils y étaient, ils allaient se séparer, pour un temps encore non défini, ce qui lui faisait le plus peur surement, mais ils n’allaient pas rester ici éternellement, le Temple finirait par fermer…

Dans un soupir, il se releva, s’appuyant sur ses genoux fléchis qu’il déplia avec souplesse. Alors qu’il se redressait, il se tourna vers Elenor qui l’observait depuis un petit moment. Il lui adressa un sourire timide. Il ne savait pas trop quoi faire. Elle s’était plus ou moins faite guide depuis lors sortie de la remise et il espérait qu’elle propose une solution adéquate à leur séparation. Elle rompit l’espace qui les séparait, l’étreignant avec sa force, qu’elle semblait avoir retrouvée en partie. Il la serra aussi contre lui, tout aussi fort, son visage arrivant à hauteur de son front tandis qu’il humait le parfum subtil de ses cheveux lui rappelant leur étreinte protégée par l’ombre. Tout était différent à la lumière, peut-être un peu trop… Ses quelques mots lui arrachèrent un frisson qui courra sur son échine avant qu’elle ne s’écarte de lui, définitivement cette fois. « Prends soin de toi Elenor, nous nous reverrons bien vite. » Il avait prononcé ces mots avec sa tendresse habituelle, dans un demi-sourire dans lequel se rappelaient tous les souvenirs si récents qu’ils venaient de partager. Dans un geste aussi tendre que ses mots, il saisit sa main dans la sienne, la serra doucement et l’observa un instant, toujours ce même sourire aux lèvres, témoin muet de ce qu’ils venaient de vivre. Il soupira et s’écarta d’un pas, leurs doigts si finement enlacés se défaisant avec une facilité déconcertante. Un dernier regard avant de se détourner complètement, il se dirigea vers la grande porte du Temple. Alors qu’il entrait dans la lumière du jour, il risqua un dernier regard en arrière, il capta les yeux onyx qui le fixaient, leur envoya une dernière once de tendresse et se détourna complètement avant de disparaitre de la porte. Il plongea dans la foule avec une grande inspiration et ferma les yeux, ne pouvant s’empêcher de sourire bêtement. L’image d’Elenor s’était imprimée sur le revers de ses paupières. Alors qu’il remontait la rue, les paroles de leur serment résonnaient en lui… Ensemble, contre le monde entier…, Aucun cadeau, pour personne…
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