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 Lion en perdition...

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Lion en perdition...    Jeu 14 Juin - 18:28

L'endroit était désert. Elle n'aurait pas cru. En ces temps troublés, elle s'attendait à ce que les habitants de la ville basse fassent plus lourdement appel à leur Dieu, pour que celui-ci leur accorde la Volonté de tenir bon. Mais non... Était-ce du au soleil qui baignait la Cité, ou à la morosité ambiante qui tenait tout un chacun loin des lieux de regroupement... ? Le bien-être, au choix, qui consolait les êtres... ou au contraire l'angoisse, qui les confinait chez eux. Au lieu de l'effervescence qu'elle redoutait, ce fut donc un calme tout religieux qui l'accueillit alors. À la surprise succeda très vite un certain soulagement, pour ce qu'elle avait à faire, elle préférait autant être tranquille. Les moines qui seuls passaient par là étaient trop absorbés par leur recueillement pour lui accorder de l'attention.

Elle traversa ainsi le modeste Beffroi d'un pas souple, et silencieux, jusqu'à la Lux Minor au bord de laquelle elle s'agenouilla. Tout, dans son attitude, inspirait la piété. Elle avait délaissé ses sombres hardes pour des, plus propres, et plus confortables, mais aussi plus neutres. Ses chausses, toujours ajustées, étaient taillées dans un lin clair, qui tranchait un peu avec des cuissardes de cuir bouilli. Sa chemise quant à elle, à col haut, était d'un coton gris, souple et d'une bien meilleure facture que celles qu'elle portait d'ordinaire. Pas de corset cette fois, et ses cheveux étaient simplement tressés. Elle demeurait donc modeste... Mais elle avait besoin de se défaire de cette lassitude qui alourdissait ses membres. De la boue, dans laquelle elle avait suivi Elandor, et dans laquelle, aujourd'hui, elle se débattait comme une forcenée.

Un peu plus loin, une femme d'un certain âge procédait déjà à quelques ablutions. Elle pensa à Eleni, l'ayant déjà vu porter ce type de déguisement, mais fit taire sa suspicion. Ici, la vie était un peu plus animée qu'à l'entrée du sanctuaire, quoi que tous se déplacent dans un silence de recueillement. Aux toges des moines et moniales se mêlaient quelques atours fort modestes des Ilédors en quête de spiritualité. Pour autant, nulle fête n'étant à prévoir, l'ambiance demeurait solennelle, et chacun était plongé dans ses propres prières. Détachant à son tour son regard de ses compagnons de prière, Elenor plongea dans l'eau claire ses mains, son reflet aussitôt déchiqueté en myriades d'anneaux. Une annonce de sa disparition à venir. La fraîcheur de celle-ci irradia dans tout son corps.

Les yeux clos, la Jagharii demeura ainsi longtemps, les doigts dans l'eau, prostrée. Elle se ferma à tout ce qui était autour d'elle, y compris les fantômes de sa vie actuelle, insistants, maugréant dans son sillage. Dans cette eau, elle noya le traitre Sieben Raetan, mais également le père qui l'avait vendue. Elle vit avec délices Xander Venarii sombrer, suivi de près par Elandor. Presque à regrets, elle laissa aussi Bellone, sœur, et pourtant source de tant de honte, disparaître... Puis vint le tour de Colibri, de son barde dont elle étouffa le souvenir cette fois sur un froncement des sourcils. Ce profil, cette peau dont la caresse était toujours aussi vivace dans sa mémoire, lui rappelant sans cesse ce mélange de désir, et de culpabilité qui la suivait à présent. Oui, tous, qu'ils l'abandonnent, qu'ils la laissent seule en elle-même... Qu'elle retrouve au fond de cette enveloppe tumultueuse un reste, maigre, de Volonté. Ainsi prostrée, elle resta longtemps, les manches de la chemise s'imbibant de l'eau pure qui courait le long de sa peau, défiant la gravité pour remonter contre ses coudes... Finalement, une fois rendue apte au recueillement, elle porta sa main droite, légèrement creusée, à son visage, pour le tremper à son tour. L'eau recouvrit sa peau sur un soupir, retombant avec un son cristallin dans le bassin au-dessus duquel elle était penchée. Perlant à ses lèvres, sur son menton, puis dans son cou, elle s'y mêla à l'encre de ses tatouages, serpentant sous l'étoffe, douce et épaisse du coton.

Seconde ablution... C'était elle-même, cette fois, qui devait abandonner son corps. La guerrière, la Dissidente. Sipik qui quitta la pulpe de ses lèvres. Enfoui plus profondément, le Capitaine, à son tour, déserta les rangs... Puis finalement la maîtresse, l'amante féroce et sensuelle, accompagnée de ses désirs impies, venus fragiliser sa Volonté, ce serment rendu à contre cœur... Un étrange baptême, solitaire, qui la vit s'abandonner elle-même. Elle disparut, ne laissant qu'un être vierge et apaisé, comme nu sous le coton sobre qui la recouvrait. Elle oublia la dague qui remontait le long de sa cuisse, oublia la poussière, et la fatigue qui recouvrait ses membres. La lassitude qui avait envahit son être. D'une profonde expiration, elle abandonna tout cela, pour se redresser. Sa main droite plaqua en arrière, à l'aide de l'eau restante, les mèches de cheveux qui encadraient son visage aux pommettes saillantes. Rassérénée, elle déplia alors ses longues jambes, pour se tourner en direction du Corpüs Minor... Elle faisait cela fort rarement, et toujours dans des périodes de trouble intense. Elle avait, paraissait-il, passé sans encombre le test que l'on faisait passer aux nouveaux-nés... Adulte, elle en sortait toujours quelque peu ébranlés.

***

À l'intérieur, là encore, le calme. Dans un coin, tout au fond de la pièce, deux moines conversaient à voix basse, seule leur position trahissant la discussion. Trois personnes, éloignées les unes des autres, étaient prostrées ci et là. Ailleurs, des moines effectuaient leur devoir quotidien. S'approchant du fond de la pièce Elenor trouva une place à l'écart, s'y agenouilla et, dans la semie obscurité, se plongea dans un recueillement salvateur. Cela faisait, réalisait-elle en peinant à se remémorer les prières de rigueur, bien longtemps qu'elle n'avait plus fait appel à Therdone... Bien longtemps qu'elle n'avait plus ressenti ce besoin de purification. Le manque, cruel, de Volonté. Les mots lui échappaient, mais elle n'en avait pas besoin, se contentant du silence. Elle ferma les yeux, baissa légèrement le menton.

Elle entendit à peine l'intrus, qui plutôt qu'à l'une des places disponibles, s'installa dans son dos...
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 14 Juin - 19:28

Des jours… Des jours et toujours rien. Pas l’ombre d’un indice, pas une once d’une bribe de renseignement. Il y avait de quoi désespérer, vraiment. Pourtant il se refusait à laisser tomber. Mué par une Volonté plus forte et résolue que jamais, Morghan refusait d’abandonner sa poursuite d’Elenor. Il n’avait pourtant aucune information, si ce n’est qu’elle avait probablement trouvé refuge dans le Quartier des Humbles, ce qui, il fallait l’admettre, ne l’avançait pas beaucoup. Il avait pourtant écumé les rues, nombreuses et petites, sombres parfois, à la recherche de personnes l’ayant ne serait-ce qu’entraperçue. Il devait se rendre à l’évidence, la lionne savait se dissimuler de son père avec brio et si le Stratège n’avait pas réussi à mettre la main sur sa fille, il se demandait parfois comment lui le pourrait. Il n’avait pourtant pas lésiné sur les moyens, allant jusqu’à pêcher quelques indics, qu’il rémunérait plutôt bien pour le prévenir au cas où ils croiseraient la jeune femme dont il avait donné une description aussi fidèle que le lui avait faite sa mère. Pourtant, aucune nouvelle, pas un murmure, pas un souffle de vent qui ne mentionne son nom. Ou diable pouvait-elle bien se trouver ? Elle n’avait certainement pas quitté la ville, pas avec le Siège Révolutionnaire. On faisait mention d’incursion de ces hommes dans la ville mais c’était probablement plus facile de faire entrer des assiégeants en douce que de faire sortir des assiégés en cachette. Pourtant il savait qu’Elenor faisait partie de celles qui pourraient être capable de réussir un tel tour de force. Mais en aurait-elle le besoin ? Ses parents lui avaient expliqués les raisons probables de sa « fuite » et, d’un côté, il pouvait la comprendre. Quelle femme, dont l’envie avait toujours été tournée vers l’Armée, pouvait accepter se retrouver privée de sa destinée et devenir le jouet d’un noble qu’elle ne connait pas ou auprès duquel elle ne veut pas finir mariée ? Morghan n’avait rien dit mais il savait que l’on finirait par songer au fait que, lui aussi, n’était pas marié et il redoutait déjà la future prise de conscience de sa famille…

Il avait passé une partie de la journée à arpenter les rues, espérant, par une sorte de miracle, croiser peut-être celle qu’il recherchait. Il ne croyait pas au hasard, mais à force de la chercher aussi assidument, il viendrait forcément un moment où il la trouverait ? Chercher une aiguille dans une botte de foin demandait surement du temps mais, au bout d’un moment, on finissait par avoir retourné toute la motte et ne restait que l’aiguille… Malheureusement, il serait beaucoup plus difficile de « retourner » toute la ville basse. Il avait pensé à essayer de laisser une trace mais elle n’accepterait probablement pas de la suivre, pas alors qu’elle était certaine d’être traquée par son père. C’était d’ailleurs pour cela qu’elle était si difficile à trouver. Le fait que son père cherche à la retrouver devait la pousser à être prudente et à ne pas faire de choses inconsidérées. Après tout, rien ne lui assurait de ne pas tomber nez à nez avec un homme engagé par son père pour la retrouver. Le doute grimpa dans l’esprit du Jagharii. Et si elle le prenait pour l’un d’eux, si elle ne le reconnaissait pas ? Irait-elle jusqu’à le malmener ? Il se souvenait de ses capacités de bretteuse et, malgré son accident, il se doutait qu’elle devait encore être redoutable. Du moins sa mère avait abondé dans ce sens également et il doutait que sa mère ait pu exagérer quoique ce soit. De toute façon cela ne l’étonnait guère, du moins du souvenir qu’il avait de cette jeune fille volontaire et décidée, dont il avait fait le modèle de toute une carrière morte prématurément dans un accident elle aussi. Un évènement en sorte peut-être moins douloureux que pour elle, car, au moins, il n’avait jamais pu approcher son rêve de plus près, alors qu’elle l’avait vraisemblablement embrassé. Une chute encore plus haute et difficile que la sienne et pourtant il savait combien il avait été long et douloureux pour lui de se relever, alors il ne pouvait qu’imaginer ce qui pouvait se tramer dans l’esprit de la lionne, la seule qui représentait réellement le blason de leur famille.

Alors qu’il errait toujours à la recherche de son miracle, il passa devant le Beffroi, qui surplombait le sanctuaire. Lui qui demandait un miracle jugea bon d’aller s’y recueillir, le temps d’une prière adressée à Therdone afin de lui donner la Volonté de poursuivre sa quête qui paraissait impossible. Il passa la porte du sanctuaire avant de se diriger vers la Lux Minor. Il ne se souvenait pas de son « plongeon » forcé lorsqu’il était enfant, mais il avait pratiqué ce petit rituel durant son enfance de nombreuses fois et il n’avait rien oublié. Avec dévotion, il s’agenouilla devant l’étendue d’eau et y plongea les mains pour se nettoyer avant de se purifier le visage et la bouche. Il ne resta pas longtemps, à peine le temps d’une grande inspiration pour un retour au calme intérieur, débarrassé de craintes et de doutes. Silencieusement, il gagna le Corpüs Minor et s’installa, sans vraiment faire attention, derrière une autre personne déjà plongée dans sa méditation. Evitant de se placer juste derrière elle, il laissa un peu d’espace entre eux et s’agenouilla, les mains jointes posées sur son genoux, la tête inclinée vers l’avant avant de commencer à déclamer une prière pour Therdone et demander ses grâces sur le ton d'un murmure. « Therdone. Je me suis souvent tourné vers toi étant enfant pour te demander de m’accorder la Volonté d’accomplir ce pourquoi j’étais destiné. C’est un autre chemin que tu m’as tracé et je crois avoir su démontrer que ma Volonté n’a pas faiblie même devant ce destin que je n’ai pas choisi. Je ne suis pas venu souvent vers toi ces dernières années, occupé à prouver que ma Volonté était toujours la même, si ce n’est davantage renforcée par chacun de mes succès. Pourtant, aujourd’hui, je te demande de m’absoudre de mes doutes qui la fragilisent. Il me faut retrouver une personne, une jeune femme dont l’importance m’est inestimable. J’ai mis toute ma Volonté pour ne trouver ne serait-ce qu’une trace d’elle et malgré mes efforts, les doutes m’assaillent. Je te demande humblement de m’en défaire afin que je puisse cet être cher qui m’est or, la dénomée Elenor. » Sa prière se poursuivit encore un peu n’en révélant néanmoins pas davantage sur lui ou ses motivations. Il rendit grâce à Therdone et à sa Volonté, la remerciant de lui avoir prêté une oreille attentive, avant de se plonger dans le silence.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Dim 24 Juin - 21:03

Plongée dans ses pensées, elle sursauta en entendant la voix dans son dos, qui s’éleva doucement. L’homme parlait bas, mais dans le silence ambiant, c’était suffisant pour la stupéfier. Elle fronça les sourcils, reprit tant bien que mal ses méditations, avant que ne vienne un mot. Un mot qui stoppa net toute tentative de prière : « Elenor ».

Son nom, adressé à Therdone par cet intrus. Alors son dos se redresa, raide, et son regard se fixa droit devant elle. Traquée jusque dans le Beffroi, elle se sentit sur le point de suffoquer. Nul répit pour la lionne, chassée dans chaque recoin de cette ville, cherchée dans les ombres de chaque demeure, parc, établissement… Même celui-ci. Pas un instant elle n’envisagea la possibilité que cet homme ait pu être sincère dans sa prière, interprétant celle-ci comme le pieu déguisement de l’appât du gain. D’ailleurs, l’or dont il parlait était à coup sur celui des Venarii… Son père, depuis que l’odieux pacte avait été signé entre celui-ci et Elandor, l’échangeant contre quelques gardes du corps aux armes de la blanche lionne, avait cessé sa chasse, et si le Conseil, autre ennemi emblématique de la Jagharii, avait à son sujet quelques soupçons, il ne disposait d’aucune preuve… Non pas qu’ils se soient tellement embarrassés de celles-ci jusque là, mais elle espérait que Karnimacii et consors aient pour le moment d’autre chats à fouetter que celui qui se terrait, à l’affut, dans les bas quartiers. De plus, sa fuite était officiellement motivée par le mariage qui avait été arrangé par sa mère et les Venarii.

Alors, qui était cet homme, qui la harcelait, quoi qu’avec subtilité, jusqu’au cœur d’un lieu de culte ? Il fallait pour ceci être dénué à la fois de pitié, et de morale… Elle avait eu en entrant l’impression de retrouver, enfin, une forme de paix, depuis longtemps perdue. Elle s’était affranchie de ses chaînes, comme elle l’avait fait dans les bras du barde… Et elle avait espéré que cet affranchissement-ci ne s’achève pas dans l’amertume. Nul asile pour la bête traquée, acculée. Cela ne l’étonnait cependant pas de son fiancé, bien décidé, et ce ouvertement, à la briser tout à fait. Que Xander, un jour, mette la main sur elle… Peut-être lui ferait-il subir mille sévices pour se venger de l’estafilade qu’il avait reçue en souvenir, peut-être subierait-elle son répugnant contact, ses mains faméliques sur sa peau et bien plus encore… Mais si tel devait être son futur, alors elle jura, ici même devant Therdone, comme elle l’avait fait devant son père, que cet homme mourrait de sa propre main.

Mais l’heure n’était pas encore à la justice, avant laquelle il lui fallait trouver une issue. S’il était dans son dos, ce n’était sans doute pas par hasard. Il devait avoir des acolytes, dans la pièce, et sans doute une lame menaçante dans son dos. Elle connaissait les hommes dont s’entichait Xander, et ceux-ci n’étaient ni honorables, ni téméraires… Il lui faudrait donc faire vite, une fois son mouvement amorcé, pour s’en sortir. Verser le sang dans ce lieu sacré était hélas exclus, elle devrait donc, cette fois comme par le passé, fuir… Modifiant sa position, elle releva sa cuisse droite et, d’un geste discret palpa sa dague tandis que l’autre achevait sa litanie. De profil à lui, toujours droite, et s’assurant de bons appuis d’un pivot subtil des semelles, elle lâcha un rude : « Arrête ton cirque, j’ai compris où tu voulais en venir… » avant de donner à ses jambes l’impulsion souhaitée. Du coude gauche, elle se protégea d’une éventuelle riposte, et poussa l’autre avec un souffle silencieux.

Saluant avec enthousiasme sa parade, les cloches se lancèrent alors dans un concert si assourdissant que, de surprise, Elenor tituba. Proprement écrasée par le son qui s’était abattu sur son dos, elle hasarda un regard sonné en arrière, et constata que l’autre n’en menait pas large, et semblait même souffrir plus encore de cette vague sonore qu’elle. Son immobilité l’intrigua, mais elle ne s’y arrêta. Soupçonneuse, elle envisagea plutôt que dehors, d’autres l’attendraient, aussi ralentit-elle le pas et ne sortit pas du Corpus Minör. Du bout des doigts, fébrile, et cherchant du regard où les autres pouvaient être embusqués, elle envisagea l’espace extérieur sous un nouveau jour. Celui de la stratégie, du combat, plutôt que de la sérénité. Se mordant les lèvres, ses doigts effleurant nerveusement la poignée de la petite dague, elle refoula les larmes qui menaçaient, tandis qu’elle faisait le deuil amer de sa sérénité. Elle se sentait sur le point de s’effondrer, de sombrer tout à fait, et ces quelques instants qui devaient la sauver la poussaient à présent à plus d’effroi encore…

De plus, elle ne pouvait espérer grand-chose d’un combat armé, son dos libre de tout corset, et la petite dague pour seule défense… une épée, ou un sabre n’aurait aucun mal à mordre dans sa chair à travers la tendre étoffe de sa chemise, et la relaxation qu’elle avait amenée plus tôt la privait d’une partie de son explosivité habituelle. Elle était clairement prise de court.

Ne trouvant pas d’issue, et espérant pouvoir espionner l’autre sans être vue, elle se fondit alors dans l’ombre, près de la sortie, et attendit aux aguets que ses assaillants, qu’ils soient extérieurs, ou bien cet homme qui ployait toujours sous le joyeux fracas des cloches, se déclarent…
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 25 Juin - 1:09

Tout entier dans sa prière à Therdone, Morgan n’avait pas fait attention à ce qui l’entourait et, même s’il aurait fait, il n’aurait probablement pas remarqué que la jeune femme qui était devant lui avait réagit à l’évocation du prénom de sa cousine. La Foi du Jagharii était sincère et même s’il n’était pas le plus religieux de tous, il se contentait de suivre le mouvement. Il était difficile pour lui de réellement croire car après les épreuves que Therdone semblait lui avoir imposé, il se demandait encore pourquoi il avait « mérité » un chemin aussi difficile. Le Dieu croyait-il qu’il était capable de supporter une telle affliction alors que d’autres auraient finalement préféré renoncer ? Une telle clémence était louable mais le jeune noble ne comprenait pas pourquoi Therdone aurait ainsi « sauvé » quelqu’un ayant une Volonté plus faible que la sienne. Ainsi allaient les choses. Seuls ceux avec la Volonté suffisante pour accomplir leurs destins survivaient, les autres finissaient par mourir car dépouillés de leur Volonté de vivre. Pourquoi aurait-il eu un destin plus difficile à vivre qu’un autre ? Ou, au contraire, n’avait-il eu, à ce moment, pas eu assez de Volonté pour éviter une telle épreuve ? Cet incident n’était-il pas une manière, pour Therdone, de le pousser à se remettre dans le droit chemin avant qu’il ne finisse d’une tout autre manière ? La voie du Dieu était impénétrable. Seuls les Oracles pouvaient certainement savoir certaines choses car ils étaient le Savoir. Quelque chose échappait à Morghan, mais, au fond, ce n’était pas important. Son handicap n’était presque plus qu’un mauvais souvenir et, il fallait l’admettre également, il avait réussi sa vie. Peut-être pas comme un Jagharii aurait du le faire, c’est à dire dans l’armée, mais au moins avait-il su garder ses valeurs et les porter dans son ascension afin de faire honneur à son nom et à son rang.

Ayant achevé sa prière, ses pensées avaient divaguées et il ne faisait plus réellement à ce qui l’entourait, porté qu’il était par le flot d’une inconscience toute tournée vers la réflexion. Pourtant, lorsqu’une voix s’éleva de devant lui, il s’éveilla à la réalité dans une surprise totale. Les mots mirent plusieurs instants avant de se mettre en ordre dans son esprit mais il ne comprenait rien. Dans l’instant, la personne qui était devant lui s’était relevée et dans un mouvement limpide et rondement mené elle l’avait poussé. Il avait à peine croisé son regard, encore sous le coup de la surprise, pouvant à peine réfléchir convenablement qu’il allait essayer de l’interpeler seulement, pour comprendre, briser le malentendu, que les cloches sonnèrent. Au premier coup de cloche, le bourdonnement était déjà trop intense. Morghan porta une main à son oreille et vacilla de quelques pas. Malheureusement, les grandes de bronze ne s’arrêtèrent pas à un seul coup… Chaque fois que le métal résonnait et chantait ses notes, le jeune noble se sentait secoué de l’intérieur et vacillait encore plus. Le quatrième coup lui coupa les jambes et il s’effondra sur le sol alors qu’il avait réussi à se retourner et à distinguer la silhouette de celle qu’il voulait arrêter. L’instant présent n’était plus à la surprise ni aux questions, il n’y avait que la douleur, la sensation de vertige et ce fichu bourdonnement. Il aurait volontiers crié pour que l’on arrête ceci mais cela n’aurait servi à rien. Pire encore, on aurait pu considérer cela comme blasphème. Non, il n’avait d’autres choix que d’endurer, de prier Therdone de lui donner la volonté de passer cette épreuve dans laquelle, assez idiotement, il le reconnaissait volontiers, il s’était jeté de lui-même, oubliant que les cloches des lieux saints sonnaient, de temps en temps. Une main sur l’oreille, l’autre au sol, il goutait à la fraicheur de la pierre le souffle pourtant trop court. Il sentait venir l’évanouissement et luttait de toutes ses forces contre.

Puis les cloches s’arrêtèrent enfin. Il ne le sut pas tant au bruit qui cessa mais plutôt aux vibrations qui cessèrent de l’atteindre. Le bourdonnement, lorsqu’il était trop fort, lui coupait presque totalement et rapidement la plupart des sons qui arrivaient à ses oreilles. Respirant un grand coup, il put enfin prendre conscience de ce qui l’entourait et se releva très difficilement, par à-coups successifs, se mettant d’abord à genoux, puis se redressant petit à petit. Il remarqua que plusieurs regards s’étaient tournés vers lui avant de se détourner maintenant qu’il les regardait également. Il n’aimait pas trop jouer les bêtes de foire mais, hélas, il ne pouvait pas vraiment faire grand-chose lorsqu’une crise se déclenchait, d’autant plus que, dans ce cas-là, elle avait été particulièrement sévère. Heureusement, il n’avait pas eu de réels haut-le-cœur et il n’avait pas souillé le lieu saint de quelques renvois gastriques malheureux. Encore chancelant, il se massa les temps et jeta un regard en direction de la sortie. La lumière qui en provenait trahissait l’absence de qui que ce soit. La jeune femme s’était probablement volatilisée, surement insensible au son des cloches, elle. Il resta ainsi debout plusieurs instants, essayant de pleinement reprendre ses esprits, essayant de récupérer un semblant de contrôle sur lui-même. Le bourdonnement s’éloignait déjà et il jugea bon de retrouver l’extérieur, afin de retrouver la lumière et mettre de la distance entre lui et les cloches, avant qu’elles ne refrappent à nouveau. Lentement, il mit un pied devant l’autre, paraissant probablement encore plus « curieux » pour ceux qui le regardaient en coin. Mais s’il y avait bien une chose qu’il avait apprise en dix années, c’était de faire fi du regard des autres. Après pas loin d’une centaine de crises, dont une grande partie en public, il y avait des choses plus importantes que ce que pouvaient penser des gens qui ne comprenaient pas ce qui vous arrivait. Il tituba un peu en direction de la sortie avant de pouvoir reprendre une démarche plus paisible et moins marquée par ce qu’il venait de se passer. Ailleurs, il massait toujours sa tempe droite de sa main sans réellement faire attention à ce qui pouvait se cacher dans la pénombre. Pour lui de toute façon les réponses qu’il aurait pu vouloir avant que les cloches ne sonnent étaient surement déjà trop loin… « Le lion est dans un bien triste état… » Il avait murmuré cela pour lui-même. Une vérité accordée sur ce qu’il était, un fils Jagharii plutôt mal en point pour le moment.

[HJ : Je te laisse mener la danse si ça ne te dérange pas :p]
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 29 Juin - 8:01

Elle demeura là, confinée dans l’ombre pour quelques longs instants. Dehors, rien ne bougeait, résolument rien… Quant à l’autre, il hasardait un regard en direction de la sortie, sans la voir comme elle l’avait espéré, mais ne semblait pas se presser. Au contraire, il avait la stabilité d’un ivrogne… Chaque pas semblait être pour cet homme un calvaire sincère, ses pieds traînant le long des dalles sous les regards curieux des fidèles. Dans la cacophonie des cloches, sa fuite n’avait pas attiré l’attention… Il n’en allait pas de même, en revanche, pour cette étrange traversée. Ses questions se firent alors plus virulentes encore. Quel que soit cet étrange handicap, il ne concordait pas à un chasseur de tête… A moins qu’il ne l’ait repérée, et que tout ce cirque n’ait été qu’un moyen d’endormir sa vigilance… ? Elle plissa légèrement les yeux, sans vraiment croire à cette hypothèse. Elle se trouvait paranoïaque, et se méfiait de ses peurs lorsqu’elle se trouvait dans un tel état de fébrilité. C’était à froid que ses réactions étaient les meilleures, et il ne fallait pas qu’elle se laisse aller de la sorte. Observer, donc, et se tenir prête à réagir au plus vite.

La quiétude précédente s’était évanouie comme neige au soleil, ne laissant comme souvenir qu’une forme d’engourdissement vague de ses sens. Les bienfaits ressentis plus tôt n’étaient plus, et tout ce qu’elle avait voulu écarter lui revenait de plein fouet, manquant de la faire suffoquer sous le choc. Sa situation, ses engagements, tout ce que vivre impliquait pour elle à l’heure actuelle. Ce mélange fit naître en elle une colère, ressurgir un sentiment d’injustice si force qui se concentra alors tout entier sur cette silhouette qui se traînait péniblement en sa direction. Goutte d’eau, envies meurtrières, vengeance. Qu’il n’en rajoute pas, qu’il ne concrétise aucune des menaces qui planaient sur elle. Qu’il ne soit pas la main par laquelle elle devait sombrer. Des fourmis dans ses doigts tandis qu’il approchait, son pas retrouvant peu à peu en fluidité. Pour ne pas être vue, elle avait pivoté, ne le voyait plus à présent mais guettait sur le carrelage l’ombre que la lumière extérieur projetait au sol. Sa silhouette se redressait… il retrouvait en aisance. Ce ne pouvait être son coup qui l’avait ainsi mis dans cet état. Les cloches ? Elle avait elle aussi senti leur poids sur ses épaules, mais de là à chanceler de la sorte ?

Elle en était là de ses questions, le souffle court, lorsqu’elle l’entendit parler. Pour lui-même sans doute, elle n’avait pas l’impression que ce lui était adressé dans le ton… Et pourtant, les mots s’appliquaient sans doute à sa personne…

« Le lion est dans un bien triste état… »

Tout comme plus tôt dans la salle de prières, elle se sentit prise au piège, visée, touchée. Un fil à la patte. Avait-il conscience qu’elle était là, juste à côté de lui, ou n’émettait-il qu’une constatation quant à ce qu’il avait vu ? D’eux deux, celui dont l’état était le plus attristant ne semblait pas être Elenor, paradoxalement… Il fallait en savoir davantage… Elle hésitait entre demeurer ainsi cacher et fuir, une fois encore, ou trouver un moyen de comprendre qui était cette homme… Se mordant les lèvres, les yeux toujours braqués sur l’ombre que la lumière déchirait sur le sol elle fit son choix…

D’une poussée étudiée, sa dague de retour dans son fourreau, elle bondit sur son poursuivant et, comme elle l’avait espéré, le cueillit de dos et en silence. Ses jambes étaient bien tout ce qu’elle n’avait pas perdu, quoi qu’elles aient visiblement fondu depuis son accident, en raison du manque d’activité. Elle le percuta donc de dos, son bras gauche glissant sur sa gorge pour l’étrangler, tandis que la main droite venait le bâillonner. Comme elle l’avait espéré, la surprise le prit de court. Elle fut cependant agréablement stupéfaite de le voir chanceler sous le choc avec une telle facilité. Elle l’entraîna dans l’encadrement de la porte, leurs deux épaules heurtant sans douceur le mur, et, sa tempe contre là sienne, lui souffla : « Tu as plutôt intérêt à te laisser faire… Ce lieu est Saint, mais si tu m’en ôtes le choix, alors le sang coulera. » Le bâillonnant toujours, elle l’entraîna avec elle, le traînant presque, jusqu’à la sortie du Beffroi, puis à gauche, sans qu’ils aient été vus, dans une petite remise qui avait attiré son attention un peu plus haut. Sorte d’étable réaménagée, l’endroit était petit, obscur, et ne servait qu’à entreposer des ballots de marchandises, et du foin pour les bêtes. Le trajet ne prit que quelques secondes à peine, l’autre ne lui opposant qu’une très faiblarde résistance. Petit coup d’œil alentour, et elle l’envoya dans un tas de foin sans ménagement, mettant à profit le manque d’équilibre qu’elle lui savait à présent. Sans lui laisser le temps de se redresser, elle le suivit et, avant qu’il n’ait pu réagir, elle se trouvait au-dessus de lui, lame au clair sous ce menton qu’elle soulevait. « Maintenant, tu vas bien m’écouter… Je vais te poser des questions. Toi, tu y répondras… On va commencer par l’évidence : quel est ton nom, et pour qui tu marches ? » Sa voix était basse, et grave. Un grondement redoutable. Prostrée sur lui, elle lui avait grimpé dessus, un genou de chaque côté de sa taille, dans le but de le neutraliser. La position n’était pas très académique compte tenu de la situation, mais elle était ainsi sure de déceler le moindre petit mouvement de ses mains, ou de ses jambes. Elle maîtrisait quant à elle son souffle. Celui-ci n’était pas raccourci par la fatigue, mais par la rage. Il lui avait volé sa paix, et quelle qu’en soit la manière, elle le lui ferait payer…

En guise de rappel que toujours elle attendait sa réponse, la lame lui remonta un peu plus encore le menton. Il semblait assez jeune, plus qu’elle… A en croire sa mise, il appartenait sans doute à la haute bourgeoisie, ou à la petite noblesse. Dans l’obscurité du lieu, tout juste percée de quelques rais de lumière venus tamiser l’atmosphère, elle ne détaillait pas bien ses traits. Pour autant, ceux-ci lui inspiraient une certaine familiarité… Elle l’avait déjà vu quelque part. Probablement chez Xander…
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 29 Juin - 14:59

L’idée que la jeune femme qui l’avait invectivé soit restée à l’intérieur du lieu Saint ne lui avait même pas traversé l’esprit. Pour lui, il l’avait vu partir en direction de la sortie et elle n’avait certainement pas attendu davantage pour se fondre dans la masse grouillante qui devait se trouver dans les rues autour du Sanctuaire. Peut-être que s’il ne s’était pas effondré sous le coup des cloches il aurait peut-être vu l’ombre se camoufler parmi ses semblables juste avant la sortie mais à changer le passé, on redistribuait le futur et à ce jeu là, on n’obtenait qu’une seule main. Encore sous le choc, mis à mal par son handicap qui s’était réveillé comme un lion le ferait si on le troublait violemment dans son sommeil, il avait du mal à se concentrer sur quoique ce soit. Les gens le regardaient, se demandaient ce qui avait bien pu provoquer sa chute et son état actuel mais il s’en fichait. La plupart n’avaient certainement pas vu son visage et raconteraient cette histoire en mentionnant un inconnu qui avait réagi de manière bizarre lorsque les cloches du sanctuaire avaient résonnées. Peut-être entendraient-ils parler de la rumeur qui concernait son retour et peut-être feraient-ils le lien à posteriori concernant l’identité de ce fameux inconnu, alors ils se vanteraient surement de cette découverte et elle se répandrait à son tour, comme toutes les autres, celles qui le concernaient comme celles qui ne le concernaient pas. Des milliers de rumeurs étaient nées et mortes dans les rues d’Edor Adeï. Une de plus ou une de moins, voilà qui ne faisait aucune différence pour le Jagharii qui, pour le moment, aspirait simplement à retrouver l’air « frais » de l’extérieur afin de s’éloigner des cloches et essayer de retrouver l’aplomb qu’il avait lorsqu’il était rentré dans le Sanctuaire. Il ironisa quelques instants sur la quiétude qu’il espérait y trouver et se fustigea de ne pas avoir pensé aux cloches avant d’y pénétrer. Décidément, parfois, il semblait vraiment avoir la tête ailleurs. Heureusement, il ne se laisserait surement pas prendre une nouvelle fois à telle bêtise.

Alors qu’il soupirait, il se demandait si ce qu’il avait appris avait été exact. Il était des choses qui ne se trompaient jamais mais la Volonté de Therdone était-elle seulement toujours la même ? Il se perdit en quelques réflexions boueuses et inextricables quand il se sentit soudain poussé et qu’il vacilla avant d’être agrippé fermement par le cou tandis qu’une main se plaquait sur sa bouche pour l’empêcher de produire un son que même sa surprise n’avait pas pensé à produire. Perdu dans l’ombre, il voyait les fidèles qui avaient détournés le regard depuis longtemps et qui ne se doutaient de rien. Son cœur battait plus vite, inconsciemment, rendant le bourdonnement de son oreille un peu plus sourd et loin d’être agréable. Il se laissa entrainer sur quelques pas et ne réagit même pas lorsque son épaule heurta le mur sans douceur. Il avait connu pire mais surtout, sa tête était encore un peu dans le brouillard, ce qui atténuait quand même ses sensations. Il sentit le visage de son agresseur contre le sien et frémis un instant lorsqu’il entendit sa voix. C’était elle. Elle qu’il avait cru partie. Elle était restée dans le Sanctuaire, tapie dans l’ombre, prête apparemment à tout. Il ne comprenait pas vraiment ce qui la motivait. Elle l’avait frappé avant de partir et maintenant elle le menaçait ? Beaucoup trop de questions se bousculaient dans son esprit, mais, surtout, l’appréhension d’être certain qu’elle mettrait sa menace à exécution si elle le devait, le poussa à ne rien faire et à la laisser mener la danse jusqu’à la suite des évènements. Sans chercher à se débattre, il se laissa entrainer par la jeune femme – dont la force était assez surprenante – parmi les ombres tandis qu’il pouvait voir à quel point, malgré tout, ils restaient invisibles à tous les autres. Personne ne faisait attention à eux et cela le désola, car si elle devait mettre fin à ses jours, personne n’en saurait rien avant un petit moment…

Sans vraiment savoir où ils allaient, ils passèrent finalement une porte et pénétrèrent dans une pièce tout aussi sombre que le reste du parcours où seules quelques raies de lumière semblaient trouver la force d’y pénétrer. Avant qu’il ne put réaliser quoique ce soit, il fut poussé sans ménagement vers une botte de foin où il s’écroula sans avoir pu faire quelque chose pour l’en empêcher. Alors qu’il se retournait, la jeune femme bondit sur lui et s’installa sur sa taille, veillant à asseoir sa position de force. Il sentit également le froid d’une lame que l’on approche trop près de la peau et il se raidit instantanément, un réflexe que nul homme ne pouvait retenir. Même s’ils n’avaient pas le même gabarit, s’il aurait probablement pu la renverser, elle contrôlait ses bras de ses genoux et il lui suffirait d’avancer sa lame au moindre de ses mouvements pour le tuer si l’envie lui prenait d’essayer de se dégager. Cela il le savait, et elle devait savoir qu’il en était conscient. Ses injonctions lui parurent sensées mais il ne comprenait pas pourquoi elle cherchait des réponses alors, que d’eux deux, c’était surement lui qui comprenait le moins la situation actuellement. Après tout, c’était elle qui s’était levée comme une furie et l’avait attaqué la première non ? Pourtant, il se garda bien de pousser ses réflexions trop haut. Elle n’apprécierait surement pas qu’il réponde à ses questions, par d’autres questions. Ses yeux s’accommodant à l’obscurité, et même si sa tempe lui faisait toujours mal, il distinguait quelques traits de son agresseur et en fut troublé. Il avait la subtile impression qu’il la connaissait mais … Il se rendit soudain compte que le silence commençait à devenir long et, que le couteau lui, se pressait davantage contre sa peau. Il croisa à nouveau son regard en espérant qu’elle y verrait peut-être son incompréhension. « Morghan. Et je ne travaille pour personne d’autre que moi. » Son regard la quitta et il découvrit un fait qui le stupéfia. Elle ne le menaçait que d’une main. La vérité fit comme une explosion dans son esprit et elle en chassa même pendant un instant la douleur. « Elenor… » Il avait à peine murmuré. Un souffle presque inaudible et pourtant il savait qu’elle l’avait entendu, forcément. Il braqua son regard dans le sien, une lueur nouvelle brillait dans ses yeux. « Louée soit Therdone, Elenor, c’est bien toi ?! »

[HJ:Fais moi signe si j'ai pris un peu trop de liberté ou si tu veux que j'en rajoute un peu :p]
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 29 Juin - 22:28

Prostrée sur lui, son regard striant celui de l’inconnu, elle attendit avec une certaine fébrilité sa réponse… Mais lorsque celle-ci vint, sa main trembla. Morghan… Morghan… Elle plissa les yeux, lorsque celui-ci finalement appela, à nouveau, son nom. Alors le déclic se fit. Cette démarche, étrange, ce déséquilibre, cette souffrance face au son des cloches… Elle pensa à lui, si profondément enfouit sa mémoire. Disparu depuis plus d’une dizaine d’années, il n’était plus que le visage lointain, brouillé par la distance, d’un tout jeune homme. Etait-il vraiment possible que ce soit lui ? Cela expliquerait beaucoup de choses, répondait à de nombreuses questions qu’elle avait pu se poser. Mais la coïncidence lui paraissait trop extraordinaire pour qu’elle l’accepte. Elle demeura interdite, raidie, écarquilla les yeux tandis qu’il reprenait la parole, et, alors même qu’elle menaçait toujours sa vie de sa dague, il reprit la parole. Il louait Therdone, lui demandait confirmation tandis qu’elle éloignait, à peine, sa dague.

Sa main droite tremblait toujours, et elle trébucha un peu en voulant se redresser, s’affalant davantage, en fait, sur lui. Sa main gauche à l’appui l’avait trahie, et l’œil brillant, elle dut se retirer tout à fait pour ne pas s’éterniser sur cet homme désormais fait… Qu’elle avait connu, autrefois. Si Elenor n’était plus que l’ombre d’elle-même, la silhouette fuyante, affinée, lui semblait avoir enflé, il était devenu un homme, dont la carrure n’avait rien à envier à leurs guerriers. Elle s’était étonnée d’ailleurs de la facilité avec laquelle elle l’avait emporté, la différence entre eux deux si frappante, pour ce qui était du gabarit. Et à présent qu’elle lui laissait tout loisir de se redresser dans la paille, au moins pour s’y asseoir, cela la marquait plus encore. De nouvelles questions se bousculaient en elle. Un Jagharii sur sa piste, un Jagharii perdu de vue depuis tant de temps… Elle ne savait pas par où commencer, et demeura coite quelques secondes avant de pouvoir réagir. « Morghan ? » Sa voix était un peu plus aigue qu’à son ordinaire. « Morghan est-ce bien toi… ? Que… » Elle déglutit, ramenant la dague en arrière, avant de la glisser dans sa cuissarde. Les mots se mêlaient en elle, s’encombraient les uns les autres. Ce qui sortit ne fut que ce qui lui sembla le plus simple à prononcer, étranglée qu’elle était. « Quand es-tu rentré… ? » Et pourquoi me cherches-tu… ? Cette question lui paraissait si dérisoire, à présent qu’elle entendait sa voix la lâcher entre eux.

Si dérisoire, par rapport à tout. Pas une des questions envisagées n’aurait pu la rassasier, réalisait-elle… Il n’était pas un homme de main de Xander… Il n’était pas là pour causer sa perte, ni pour lui mettre un collier, ni pour… Tout se brouilla, sa rage, son soulagement, plus rien n’était distinct en elle. Therdone était loin, et Volonté n’était plus. Il était un cousin absent durant dix ans, revenu la hanter aujourd’hui. Un leurre peut-être… Tandis que sa vue se brouillait, elle songea à un mirage. Elle avait senti sa chaleur sous elle, palpé ce corps qu’elle avait voulu tuer. Et si… Et si elle l’avait tué ? Et si, répondant à son instinct, elle avait tranché cette gorge plutôt que de se contenter de menaces ? Elle serait allée jusqu’à tuer son propre cousin. Rongée par la folie comme par la rouille. Sa situation était absurde, tout l’était à présent, dans ces quartiers boueux, où comme seule valeur survivait la loi du talion. Il la retrouvait dans un état lamentable.

Contre-coup sans doute, mais elle tituba en arrière, avant même d’avoir obtenu une réponse. Ses yeux s’embuèrent, et lorsque son dos rencontra le mur, elle sentit aussitôt sa gorge se nouer. Des larmes, sans qu’elle ne comprenne pourquoi, envahirent ses yeux en amande, et elle glissa le long du mur irrégulier. La douce étoffe de sa chemise mise à mal par le bois échardé, ses cheveux libres s’y accrochant eux aussi, elle ne s’immobilisa qu’au sol. Elle se sentait faible, pitoyable. Ses larmes, par chance, étaient silencieuses, se contentant de luire le long de ses pommettes saillantes. « Bon sang… » La honte la dévorait, tandis qu’elle cillait, fuyait le regard de son cousin. Jagharii. Un lion. Un lion qu’elle sentait juge sur ce qu’elle était devenue. Autrefois, elle avait été le modèle de cet homme, elle avait été un objectif. Et aujourd’hui, elle n’était qu’un spectre indistinct. Brisé. Une créature prostrée et agitée.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 30 Juin - 6:29

La vérité avait cette force de pouvoir balayer tous les doutes en un seul instant, d’un seul revers, laissant place nette pour tous les souvenirs qui subsistaient dans la mémoire de Morghan. Le simple fait de la voir écarquiller les yeux, de sentir son doute, son trouble, tout cela avait suffit pour confirmer sa question : c’était bel et bien Elenor qui se trouvait devant lui. Et alors que la certitude le prenait tout entier, il entrevit tous les souvenirs qu’il avait d’elle. Il la revoyait quand ils étaient beaucoup plus jeunes, se connaissant à peine, et pourtant elle avait déjà marqué l’esprit du jeune garçon qu’il était déjà en se différenciant de toutes les autres filles. Puis, un instant plus tard, ils avaient déjà grandi, de plusieurs années, et elle était devenue une jeune femme au fort caractère dont les aspirations militaires étaient entendues. Elle avait toujours été son modèle, jusqu’à son accident, jusqu’à ce qu’il sache qu’il n’avait aucune chance d’être aussi doué qu’elle, aussi volontaire et aussi doué. Oui, il revoyait encore toutes ces fois où il l’avait aperçu, où il avait été honoré de sa présence et du regard qu’elle avait posé sur lui ou du petit sourire dont elle l’avait gratifié. Comme la vie défile devant ceux qui sentent la mort approcher – du moins selon une croyance commune – il revoyait tous ses souvenirs communs avec Elenor, même s’il savait qu’il ne mourrait pas, pas maintenant, pas de ses mains, parce qu’il était certain qu’elle le reconnaitrait, cela ne pouvait être autrement. Même après dix années d’absence, ses souvenirs étaient trop vivaces ainsi ramenés à la surface pour qu’elle ait pu les oublier. Il la revit une dernière fois faire ses premiers pas au sein de l’armée alors qu’il rêvait de l’intégrer, un rêve littéralement soufflé par un misérable coup du sort, hélas. C’était probablement son dernier souvenir d’elle. Il ne se souvenait pas l’avoir vu ensuite, à son chevet. Elle avait surement eu mieux à faire que de venir veiller un cousin ou alors peut-être était-elle venue alors qu’il était inconscient. Ou peut-être avait-il simplement oublié, il fallait admettre qu’il n’avait pas été très maître de son esprit à ce moment-là.

Quand la jeune femme, qui voulu se redresser, s’étala sur lui, il remercia Therdone qu’elle ait choisi de le tirer dans un lieu sombre car il ne put s’empêcher de rougir comme un jeune adolescent se retrouvant trop proche d’une jeune femme. C’était idiot, et il aurait surement plus du craindre de la lame qu’elle tenait, que de ce contact soudain rapproché avec le corps d’une personne du sexe opposé, pourtant les émotions étaient là et il ne pouvait les nier. Il se matraqua le crâne qu’il s’agissait de sa cousine et inspira un grand coup lorsqu’elle se releva, lui laissant enfin le champ libre, notamment pour s’asseoir dans la paille, ce qu’il fit lentement. Il leva les yeux vers elle lorsqu’elle s’interrogeait sur son identité. Il comprenait ses doutes, il avait lui-même eu du mal à y croire, mais maintenant que la vérité s’était logée en son cœur, il n’y avait aucun doute. Elle comprendrait, elle avait juste besoin d’un peu de temps, il en était convaincu. Il trouva inutile d’hocher de la tête dans l’obscurité et s’apprêtait à répondre quand il remarqua qu’elle se mit à chanceler, reculant avant de rencontrer le mur derrière elle. Alors qu’elle avait glissée vers l’arrière, il s’était inconsciemment redressé en prononçant son prénom dans une interrogation où pointait l’inquiétude. Il avait d’abord cru qu’elle essayait de fuir, peut-être convaincue qu’elle ne faisait que rêver et que sa vision lui jouait un mauvais tour. Mais, avec une certaine appréhension, il la regarda s’effondrer, adossée au mur. Que lui arrivait-il ? Il fit un pas en avant et s’approcha d’elle en silence. Sans prononcer un seul mot, il s’accroupit au sol avant de s’adosser au même mur juste à côté de sa cousine. Il ne savait pas ce qui se passait dans son esprit mais cette rencontre inattendue semblait l’avoir perturbée au delà de ce qu’il aurait cru possible, Certes il était secoué lui aussi, mais peut-être davantage par le fantôme de la lame qu’elle avait plaquée sur son cou que cette découverte.

« C’est bien moi… » Il avait à peine murmuré ses mots. « Cousine. » Ce dernier avait été juste soufflé, non pas comme s’il le redoutait mais simplement comme s’il était le reflet de la surprise encore présente de cette réalité, ce qu’il était précisément. Sans réfléchir, il passa son bras autour des épaules de la jeune femme et la serra un peu contre lui. Sa tête bourdonnait encore du son des cloches mais il s’était largement atténué depuis que son esprit s’était entièrement tourné vers Elenor. Sans essayer de lui arracher des mots qu’elle ne voulait peut-être pas partager sur ce qu’elle ressentait et qui expliquait sa réaction « surprenante », il continua sur le ton du murmure. « Je suis revenu quelques jours avant le début du Siège. Un coup de chance assurément. » Il se dit qu’il valait peut-être mieux clarifier la situation. « J’ai appris ce qu’il t’était arrivé en mon absence et depuis ce jour là je n’ai eu de cesse de te chercher, Je suis heureux de t’avoir retrouvé Elenor. » Ses derniers mots étaient véritablement emprunts d’une joie, ou plutôt d’un soulagement teinté de bonheur. Il laissa le silence s’installer un peu et posa sa tête contre celle de la jeune femme. « Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous raconter toi et moi. » Il y avait un petit sourire sur ses lèvres qui s’était transcrit dans sa voix. Elle n’avait probablement pas envie d’évoquer de vieux souvenirs douloureux pour certains, ou la plupart, mais il était prêt à faire la discussion en premier. Mais, d’un côté, ils étaient semblables tous les deux maintenant, même s’il le regrettait amèrement pour elle. Cet incident avait ruiné la carrière militaire à laquelle elle se destinait et il savait combien cela avait du lui coûter d’accepter cette réalité car lui-même était passé par là. Sans vouloir être prétentieux ou orgueilleux, il était probablement la personne qui pouvait le mieux la comprendre.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 6 Juil - 18:19

En le voyant approcher, elle leva son visage, ferma les yeux et essuya d’un revers de main ses larmes, très vite remplacées par d’autres. Pour autant, force lui fut d’admettre que la proximité de ce corps à côté du sien, de la chaleur et la neutralité du geste la soulagèrent. Les larmes de honte, toujours, s’écoulaient, et sa gorge désormais nouée le demeurait invariablement. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, la sollicitude de ce cousin, éloigné si longtemps, la toucha profondément. Il savait pour elle. Mais que savait-il ? Savait-il qu’elle s’était blessée, qu’on lui avait arraché son rêve des mains ? Savait-il la farce dans laquelle sa mère l’avait entraînée avec ce simulacre de fiançailles ? Savait-il que son père l’avait trahie ? Que jusqu’à son misérable amant, cet aubergiste qu’elle avait aimé contre l’avis général lui avait finalement préféré une chasseuse de dot médiocre… ? Sa vie était pathétique, elle qui avait été si stable, et si forte, son existence aujourd’hui ressemblait à celle des demoiselles éplorées des histoires que l’on racontait aux adolescentes pour les émouvoir. Ici plus rien n’avait de sens. Jusqu’à son existence qui se brouillait, se faisait chaque jour plus floue. Que n’était-il rentré plus tôt… Il l’aurait vue capitaine ! Le Capitaine Jagharii, une figure emblématique pour de nombreux soldats, rugissant dans son sillage. La lionne, en action. Que retrouvait-il à la place ? Une trentenaire en larmes, effondrée dans la cabane obscure d’un lieu de culte destiné à la lie de la Cité…

Il l’avait cherchée sans relâche. Elle se souvenait de son accident. Pendant des jours on avait cru qu’il allait mourir. Puis il s’était éveillé, mais pris d’un mal étrange et invisible. Il chutait, vomissait. Un mal qui le rongeait de l’intérieur… Nul n’avait compris ce jeune homme, cet adolescent alors, qui avait fui devant la frustration de leur clan à le voir si faible. Le souvenir était lointain pour elle… Dix ans s’étaient écoulés depuis, estima-t-elle tandis qu’à mi-voix il prétendait vouloir rattraper le temps perdu. Dix ans de combats, de joies, de félicités, de campagnes. Dix ans de l’évolution fulgurante d’une vie. Et lui ? Elle soupira lorsqu’il appuya sa tête à la sienne. Il était parti dans un état déplorable, et revenait, malgré tout, homme. Elle l’avait mal vu, et avait pu constater qu’il souffrait toujours de quelques maux. Il était cependant à présent grand, d’une carrure respectable. Dans le noir, elle avait pu le deviner séduisant, ferme. Il s’en était sorti…

Il voulait parler, lui communiquer des mots qui sans doute la rassureraient, mais elle n’en avait qu’un besoin secondaire. Ce qu’il était devenu à lui seul la soulageait déjà. Il était le témoin qu’un jour, elle serait debout, forte à nouveau et prête à combattre. Que l’on ne restait pas éternellement plongé dans l’obscurité. Que ce piège-ci n’était pas inviolable… Ses larmes, lentement, cessèrent de s’écouler, et son souffle s’apaisa tandis qu’elle appuyait sa tempe à l’épaule qui l’accueillait. Une fois sure que sa voix avait cessé de trembler, elle murmura : « Dix ans… » Sa main droit s’éleva pour effleurer celle qui lui tenait toujours l’épaule. Elle la saisit, et serra ces doigts avec douceur. Therdone savait combien « Jagharii » était pour Elenor d’une importance capitale… Et à l’heure où tous s’étaient détournés d’elle, la considération de son cousin lui mettait au cœur un baume précieux. « Qu’est-ce que… Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle parlait d’une voix presque absente, comme dans un rêve. Toujours lourde de sa honte, mais abandonnée à cet homme dans un certain dénuement. Qu’était-il arrivé à son cousin… ? Que leur était-il arrivé à tous les deux. Comment pouvaient-ils s’être quittés dans une certaine forme de gloire (Elenor n’ayant pas été avertie aussitôt de l’absence de son cousin, suite à sa blessure) et se retrouver ainsi ? Elle s’écarta assez de lui pour le regarder, ou tenter de le regarder. Elle chercha son regard dans la presque obscurité du lieu, mais le devina plus qu’elle ne le trouva.

A quoi avait ressemblé sa vie, loin de la capitale et des siens ? Avait-il pris femme et enfant ? Elle ne doutait pas qu’il en avait eu l’occasion, il semblait à présent bel homme. Avait-il fait fortune ? Mené une vie tranquille, et anonyme comme elle en avait de nombreuses fois rêvé ces derniers jours ?
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 7 Juil - 16:33

Il n’avait jamais été habitué à voir Elenor pleurer mais il se souvenait qu’il n’avait pas été différent, seul, lorsque personne ne le regardait, une fois que le sort et la Volonté de Therdone l’avait affligé d’un mal que personne ne semblait ne pouvoir guérir. Elle était forte, peut-être même plus que lui et il savait que si elle était faible en cet instant, c’était parce que les raisons étaient plus puissantes encore. On ne lui avait pas tout dit. S’il avait su tout ce qui avait affligé la jeune femme, toute son histoire, alors il la comprendrait davantage, mais, en un sens, il la comprenait déjà. Elle manquait de soutien, dans sa propre famille, parmi les siens et, cela, Morghan savait très bien ce que cela représentait, il savait ce que c’était de ne pas pouvoir trouver l’aide et le réconfort que l’on recherche auprès de ceux qui nous sont le plus proche, le plus important. Il l’avait senti avec son père, oui, cela l’avait meurtri au plus profond de lui et il en portait surement encore les stigmates aujourd’hui car s’il savait que son père le regardait autrement maintenant, rien n’était gagné, non rien. Il n’avait pas compris comment Amarante avait pu organiser un mariage arrangé pour Elenor, alors que, dans son esprit, il était évident qu’elle n’était pas faite pour vivre en « cage ». Elle était une lionne et comme toutes les lionnes, elle aspirait certainement à vivre libre, libre de ses sentiments, d’aimer l’homme qu’elle aurait choisi et pas un qu’on lui aurait imposé de force. Sa place dans l’armée était indiscutable et il savait qu’elle aurait fait un officier hors pair et sans égal. Mais il savait à quel point ses rêves avaient du être contrarié, mais, par dessus tout, il savait qu’elle devait souffrir d’avoir été ainsi reléguée à une simple « demoiselle » que l’on offre en mariage, une chose que l’on n’aurait jamais fait avec l’officier Elenor Jagharii, sans aucun doute. Non cette personne là aurait eu toute latitude pour prendre mari si elle en avait éprouvé le besoin et il n’y aurait eu que son libre-arbitre pour décider quel homme aurait été le meilleur parti pour elle…

Sans chercher à la presser, il attendit patiemment que le temps s’écoule et que la jeune femme retrouve un peu son calme après avoir cédé face au poids de tout ce qui devait peser sur ses épaules. Il ne condamnait pas une telle réaction, bien au contraire, mieux valait parfois laisser retomber la pression de quelques larmes plutôt que de tout garder pour soi et finalement finir complètement rongé de l’intérieur. Il eut un petit sourire plus pour lui-même que pour elle, étant donné l’obscurité, lorsqu’elle s’abandonna à lui, posant sa tête sur son épaule. Il pouvait sentir qu’elle reprenait petit à petit contrôle sur elle-même. Il fixait un point invisible devant lui et fut assez surpris lorsqu’il sentit les doigts d’Elenor venir se saisir en douceur de sa main. Le tableau était surement très joli avoir, du moins avec un peu plus de lumière, et même si on aurait pu se méprendre sur ce qui les liait tous les deux, il avait l’impression d’avoir retrouvé une partie de lui-même dont il avait manqué depuis dix ans et dont il ne ressentait qu’à présent le manque. La question de sa cousine appelait à une histoire, la sienne assurément. Elle voulait savoir, c’était normal, lui aussi voulait savoir, de sa bouche cette fois, tout ce qui lui était arrivé, surtout pour connaître son ressenti, pour savoir ce qu’elle avait enduré, comment elle l’avait vécu. Il laissa glisser sa tête contre le mur dans un petit soupir, réfléchissant surtout par quel bout il pouvait commencer. Mais, à bien y réfléchir mieux valait peut-être commencer par le commencement, la nuit où il avait quitté sa famille, les Jagharii, estimant qu’il n’en était plus digne de porter le nom, qu’il devait faire ses preuves pour pouvoir revenir ou alors finir ses jours ailleurs, sous un autre nom, à jamais indigne des siens. Il prit une profonde inspiration.

« Je ne sais pas si tu sais pourquoi je suis parti, il y a de cela dix ans, mais pour faire court, disons que j’estimais ne plus pouvoir porter le nom de Jagharii, pas dans mon état, pas avec le regard que mon père posait sur moi à chaque fois qu’il prenait sur lui de me voir alité, espérant peut-être que mon état s’améliore en quelques jours, par je ne savais quel miracle de Therdone. » Il y avait une sorte de dépit dans sa voix, une résignation tranquille. Tout cela était du passé, assurément, mais cela n’en restait pas quelque chose de profondément marquant pour lui. C’était un épisode important de sa vie, et, surtout, les sentiments qui concernaient son père étaient toujours vivaces. Il savait que, même encore aujourd’hui, la fierté de son père, si elle était acquise, était toujours sujette à ce qu’il adviendrait dans le futur, une chose que seule Therdone maitrisait, hélas. « J’ai quitté la maison familiale sous le couvert de la nuit, j’ai réussi à me trainer, malgré tout, et j’ai convaincu un marchand itinérant de me prendre sur son chariot pour m’emmener loin d’Edor Adeï, me cachant entre ses marchandises quand nous croisions des cavaliers, de peur de croiser des hommes de mon père, certainement envoyés me chercher. » Il fit silence quelques instants. En réalité, il ne savait même pas si son père l’avait fait cherché. Comment s’étaient passés les jours suivant sa disparition ? La famille avait-elle été mise au courant ? Des gens avaient-ils été envoyés pour ratisser la ville et les alentours. « Enfin… Si ça se trouve je n’ai même pas été recherché. Ma disparition s’est-elle sue ? Qu’en a-t-on pensé ? Qu’en as-tu pensé ? » Ce n’était pas une question piège. Il savait que certains avaient surement dit qu’il avait été lâche, qu’il avait eu raison de fuir, que c’était du bon débarras. Oui, il y avait surement eu des gens pour penser cela, mais cela ne l’intéressait pas. Ce qui pouvait lui être important, c’était de savoir comment les siens avait ressenti son geste, s’ils avaient compris les quelques mots qu’il avait laissé en guise d’ « au-revoir ». Il avait été bien reçu en rentrant mais il n’avait pas encore évoqué avec précision ce qui s’était passé lorsqu’il était parti… Peut-être que personne ne s’attendait à le revoir, peut-être même qu’ils pensaient « bon débarras », faisant bon dos en le voyant revenir, rayonnant d’une nouvelle lueur. Il n’y croyait pas, surtout de la part de sa mère, mais de son père, c’était moins certain…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Sam 7 Juil - 18:41

La tempe sur son épaule, elle était bercée par le son de sa respiration, qu’elle percevait, et de sa voix qui résonnait contre son oreille. Il reprenait son histoire la déroulait dans l’obscurité, devant elle. Ses mots avaient dans son esprit une telle acuité qu’elle se cru réellement folle pour quelques instants. Elle n’avait pas assisté à ces souvenirs, ils n’étaient pas communs… Elle peinait même à revoir les traits de l’adolescent fait homme. C’était si lointain. Dix ans, dix ans qui l’avaient vue elle aussi changer radicalement. Elle était à l’époque à peine entrée dans l’armée, faisait ses premières armes dans les rangs qui à l’époque appartenaient à son père. Le Général Jagharii. Le Vieux Lion. Elle n’avait pas été là lors de sa fuite. Elle se souvenait à peine de l’avoir vu conscient avant son départ, et n’était pas même sure d’avoir constaté ces symptômes, ou d’en avoir simplement écouté le récit. Alors elle buvait ses mots, comblait le vide de sa mémoire de ceux-ci, reconstituait une ancienne image. Il y avait une certaine satisfaction à retrouver dans ce récit un semblant de cohérence. La cohérence qui manquait à son existence se faisait plus concrète, plus atteignable qu’elle ne l’était auparavant. Il lui parlait de son père, son oncle qu’elle n’avait que peu vu, ses liens avec les Jagharii s’étant faits rares ces derniers temps. Elle se souvenait d’une mine sévère, sombre. Sans doute plus encore depuis le départ de son héritier. Une figure qui dans son esprit avait toujours été dans l’ombre de son propre père, dont l’aura rayonnait sur tout le clan. Les deux vieux frères avaient eu à faire face, en un sens, à l’incapacité de leur fils à combler leurs désirs, leurs espoirs. Mais là où elle n’avait toujours eu qu’un mépris à peine voilé pour son frère, elle avait réellement éprouvé de la compassion pour ce cousin, qui avait si vite disparu.

Vint ensuite le récit de sa fuite. Elle percevait presque le cahot du charriot, se détendait sous les propos qui s’écoulaient, avec une certaine tranquillité. Elle absorbait le récit avec la perméabilité de l’oreille d’un enfant. Affable, assoiffée des aventures d’autrui. Un bien étrange conte qui était fait de difficultés, qui avait à son cœur un sens si précis… Il impliquait leur nom, leur clan, les obstacles, la lutte qu’ils connaissaient si bien. Elle donna à ce marchand itinérant un visage fictif, et à ce trajet nocturne un cadre. Puis, tout à coup, le grondement de la voix cessa, et elle releva vers lui un visage curieux, pour l’entendre émettre des doutes quant au fait que son père ait engagé des recherches lors de sa fuite… Elle fronça légèrement les sourcils et, doucement, étendis un peu ses jambes devant elle. A elle à présent de regrouper des souvenirs lointains… De le rassurer. « Ton père t’a bien fait chercher, oui… » Elle souffla doucement, et pressa sa main avant d’ajouter : « Peut-être ne t’en souviens-tu pas, mais j’étais en campagne à cette époque. Tu n’étais pas en forme, tu souffrais beaucoup, mais j’ai été appelée loin, à l’est près des rivages de Verdoya pour des missions et un bref stationnement. Le Vieux Lion m’a écrit, depuis la capitale, pour m’avertir de ton départ, et du fait que les Jagharii te recherchaient. Je ne sais pas jusqu’où se sont étendues les recherches, ni quelle fut leur ampleur… Il m’a été demandé d’ouvrir l’œil, ce que j’ai fait. » Il lui avait posé une autre question, qui lui arracha un léger froncement de sourcils. Qu’en avait-elle pensé… « Je ne t’ai pas compris, à l’époque. J’étais simplement inquiète pour toi. » Elle ferma les yeux, sa voix réduite à un murmure. « … Je n’ai pas envisagé un instant que tu puisses ne pas être digne de notre nom. A l’époque, je n'imaginais pas un instant que l'on puisse se sentir défaussé de ce que nous étions. Dans ses courriers, père ne s’est pas étendu sur les raisons de ton départ… J’ai supposé que tu avais craqué, devant l’attention permanente que tous t’imposaient … Lorsque je l’ai revu après ton départ… ton père était soucieux. Mais il me semblait aussi paisible, en apparence. Je pense qu’il a pris sur lui de comprendre ton geste, même s'il ne l'admettra à personne… » Elle poussa un léger soupir, avant de chercher à nouveau son regard. « Je ne saurais dire précisément quand les recherches ont finit par se calmer, mais nous te savions loin de la ville, aussi l’espoir a-t-il fini par se faire trop ténu de te retrouver. Peut-être ma mémoire me trahit-elle, mais je pense que nous t’avons cherché un peu plus d’un an, sans trop savoir où donner de la tête. » Elle en rougit un peu, tant ce délai lui semblait bref à présent qu'elle le lui avouait. L’espoir était demeuré encore un peu plus de temps, de le trouver au hasard des missions, des campagnes… Puis avec la rumeur de la Révolution, il avait fini par s’apaiser tout à fait pour ne plus être qu’une chimère que l’imminence du danger reléguait au second plan. Peut-être était-ce eux, qui n’avaient pas été dignes de la ténacité propre à leur nom.

D’une nouvelle pression, son regard se fixant sur la motte de foin dans lequel elle l’avait envoyé plus tôt, elle l’invita à reprendre. Joignant le geste à la parole, elle souffla : « Ce marchand, où t’a-t-il conduit ? » Quel était cet endroit, qui d’un adolescent tourmenté faisait un homme ? Elle laissa un sourire poindre à ses lèvres et, se permettant un peu d’humour, ajouta : « Cet endroit fait des miracles, peut-être devrais-je envisager de m’y réfugier, moi aussi… » Retrouvant son appui sur son épaule, elle vida ses poumons de l’air qu’ils contenaient et, de plus en plus calme, attendit avec impatience la suite de son récit.
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Dim 8 Juil - 13:40

Il avait probablement besoin d’être rassuré, besoin de s’entendre dire que son départ avait au moins fait quelques vagues et qu’on ne s’était pas contenté de l’oublier en s’imaginant que, s’il devait revenir, il reviendrait et on aviserait en temps voulu. Il ne courait pas vraiment après la reconnaissance et n’avait nul besoin de flatter son égo, mais peut-être un peu comme Elenor, il avait besoin de savoir qu’il comptait pour sa famille, et, surtout, qu’il était un minimum important pour eux. L’idée que l’on puisse le laisser partir sans rien faire pour l’en empêcher, pour le ramener à la maison et lui montrer qu’on l’acceptait tel qu’il était, en Jagharii, et non en tant qu’estropié qui ne pourra jamais servir dans l’Armée comme tous les autres avant lui. Lorsqu’il senti la tête de la jeune femme se tourner vers lui, il fit de même, croisant son regard. Dans l’obscurité, ils ne se voyaient pas beaucoup, même à cette distance il était seulement possible de deviner quelques contours, pourtant le peu de lumière qui filtrait par certaine ouverture suffisait à faire danser quelques reflets dans les yeux de sa cousine, ou peut-être était-ce encore les reliquats des quelques larmes qu’elle avait versé quelques minutes plus tôt. Lorsqu’il eut sa confirmation, il était difficile de dire comment il se sentait, mais c’était un peu comme si un poids, un fardeau, lui était enlevé. Le doute rongeait n’importe qui avec une extrême efficacité, petit à petit, presque trop insidieusement pour s’en rendre compte que trop tard, lorsque le mal était déjà fait et que plus rien n’était sûr. Il était impossible pour lui de penser qu’Elenor puisse mentir, même pour lui faire plaisir. Il savait qu’elle n’était pas ce genre de femme, du moins, il avait toujours pensé qu’elle était trop franche et droite pour mentir à qui que ce soit et il doutait qu’elle ait pu changer sur ce point en dix ans. Qui plus est, elle semblait encore secouée par leur rencontre et ce qu’elle avait provoquée aussi pensait-il qu’elle n’avait pas la tête à inventer des histoires.

Il l’écouta poursuivre. Il savait que ce qui ça allait être un long échange, entre elle et lui, chacun narrant deux histoires, liées en quelque sorte, mais profondément différentes l’une de l’autre. La vie de la Cité d’Edor Adeï n’avait certainement rien à voir avec ce qu’on pouvait vivre dans la campagne et même s’il avait fait d’un petit lopin de terre une petite ville prospère et efficace, cela ne valait pas les grands murs de la cité du Gardan Edorta, mais, d’un certain côté, il ne l’enviait pas. Il se sentait trop à l’étroit ici. A peine là depuis quelques semaines, il avait une sensation d’étouffement, probablement parce qu’il était peu habitué à tant de monde, mais il doutait pouvoir s’y faire réellement un jour. Il chercha dans ses souvenirs des bribes d’affectation, mais il ne se souvenait de pas grand-chose, hormis peut-être qu’elle avait déjà incorporé l’Armée quand il avait commencé son service mais les détails lui restaient inaccessibles, du moins pour le moment, peut-être reviendraient-ils avec l’histoire… Il chercha à repérer géographiquement l’endroit que mentionnait sa cousine mais ne parvint qu’à une modeste indication de direction par rapport à la cité. Le nom ne lui disait que vaguement quelque chose. Il fut surpris que le Vieux Lion ait pris la peine de s’intéresser à cette histoire, mais, d’un côté, cela lui fit chaud au cœur. Les Jagharii avaient toujours été soudés. Cette vérité était bonne à entendre, même si parfois, elle n’était pas forcément bienvenue, comme lorsque, par exemple, elle se retournait contre l’une des leurs. Il ne comprenait pas trop le comportement du Vieux Lion, mais ce n’était pas le moment de parler de ça, non ils auraient tout le temps de discuter de ce qui reposait sur ses épaules à elle et, si elle lui avait demandé de parler le premier, il savait que c’était surtout pour qu’elle puisse elle aussi remettre de l’ordre dans ses idées avant qu’il ne passe, à son tour, aux questions. Il resta pensif quelques instants lorsqu’elle lui révéla qu’ils avaient passés près d’un an à le chercher et fut rappelé à la réalité lorsqu’il sentit la pression qu’elle exerça doucement sur sa main lui demandant ensuite qu’elle était la suite de l’histoire.

Il reposa la tête contre le mur et regarda dans le vide, droit devant lui. « Dans un village, à plusieurs jours d’ici, au nord-ouest. Je ne me souviens pas du nom, je crois que je ne m’en suis jamais inquiété en fait. » Il prit quelques instants pour réfléchir mais rien ne lui vint. « Je me suis présenté à l’auberge, sous le nom de Zack Realor, j’ai dit que je cherchais du travail et s’il y avait quelqu’un qui en proposait, là-bas ou dans les environs. » Il se souvenait encore de l’accueil qu’on lui avait réservé, assez froid pour ce qu’il s’en souvenait, mais en même temps, il était un étranger et qui ne regardait pas les étrangers d’un air suspicieux ? « On m’a indiqué une ferme, à quelques lieues du village où j’avais peut-être une chance d’être embauché si je m’y présentais. Je n’ai pas cherché à réfléchir. J’ai repris mon paquetage et j’ai marché dans la direction qu’on m’a indiquée. » Il se souvenait du vieil homme, de la manière dont ce dernier l’avait accueilli, avec tout ce qu’il avait, ce qui n’était pas grand-chose, mais, pour Morghan, c’était surtout un homme qui ne le jugeait pas, un homme qui le voyait comme un autre, et non pas un handicapé. « La ferme n’était pas en bon état et je me doutais que le vieil homme ne devait pas en mener large, mais j’avais un toit, de la nourriture chaude et du travail à ne plus savoir qu’en faire, du matin jusqu’au soir, pour m’occuper les idées et, surtout, me rendre utile. » C’était surtout ça dont il avait eu besoin. De l’occupation pour ne plus penser à son handicap – même s’il se rappelait déjà trop souvent à lui – mais surtout pour ne pas penser à tout ce qu’il avait laissé derrière lui… « C’était harassant et loin d’être facile, de longues journées, de l’aube au crépuscule, mais j’avais l’impression de compter pour quelqu’un, dans les yeux du vieil homme, ça changeait du regard de mon père… »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 9 Juil - 13:37

Elle l’écoutait en silence s’imaginait ce par quoi il avait du en passer. Si ses souvenirs étaient bons, il n’en menait alors pas large, et effectuer tout cela dans son état avait du se révéler un véritable calvaire. Il avait du faire de rapides progrès, dominer ce mal qui, avant qu’elle ne parte en mission à Verdoya l’empêchait de serait-ce que de se tenir droit sans chanceler. Pour lui, son état d’alors était sans doute très insatisfaisant, de même que pour son père dont elle comprenait malgré tout l’angoisse, mais pour celle qui n’avait vu aucune amélioration de son état, ce récit le présentait déjà en bien meilleur état que celui qui suivait son accident. Consolation sans doute dérisoire… On lui avait dit, à elle aussi, de se réjouir. Se réjouir de ne pas souffrir. Se réjouir de voir ses doigts si parfaitement reconstitués… Se réjouir qu’aucune infection n’ait nécessité l’amputation. Et elle était venue se terrer ici. Elle étouffa un élan de compréhension pour son cousin, et écouta la suite en buvant ses mots.

Il avait cherché du travail comme garçon de ferme, mis de côté sa noblesse pour le devoir. Celui de vivre, celui d’à nouveau se tenir droit et fier. Celui de redorer le blason du lion en déroute. Elle admirait son courage, elle qui s’était enfoncée dans les drogues et l’alcool, à la suite de son propre accident. Dans les drogues chez elle, où elle buvait le lait de pavot comme de l’eau, s’oubliant dans la douloureuse inconsciente que prodiguait ce produit répugnant. Puis dans l’alcool, au Ceste, sous le regard patient d’un Sieben qui plutôt que de la maintenir à flot se contentait de panser les blessures que les bagarres d’ivrognes lui apportaient. Elle avait cherché l’oubli, la violence, réponse à ses problèmes. Fuir, elle l’avait envisagé de nombreuses fois, mais jamais n’était allée jusque là. Chaque matin à son réveil, elle avait devant les yeux Hurg Aari, ville tant aimée, ses murailles de pierre rousse, son soleil ardent et ses dattes. Ville aux milles saveurs, où elle ne pourrait être qu’une jeune femme, une mercenaire par exemple, ou la garde d’un riche noble. Jouir de la sensualité du lieu sans complexe, oublier cette capitale et ses troubles. Oublier Elenor, Sipik et feu le Capitaine. Claquer la porte au nez de ce cloaque d’immondices et de trahisons.

Mais elle était là, dans cette terrible grisaille, les vestiges de ses larmes au coin des yeux, à admirer en silence le courage d’un parent cru disparu.

Il avait travaillé dur… Elle l’imaginait, là encore, retournant la terre sous le regard bienveillant d’un vieil homme à qui elle donna un visage. N’ayant aucune connaissance de l’effet que ses symptômes avaient sur lui, elle peinait à se figurer à quel point les surmonter pour effectuer un travail aussi physique pouvait être dur, mais le plaça d’instinct à un niveau de difficulté déjà inouï. Un homme qui devait se traîner pour se déplacer, et qui quelques jours plus tard jouait les garçons de ferme avait du prendre sur lui à un point qui dépassait l’entendement. « Tu as eu le courage dont j’ai manqué, sourit-elle en relevant vers lui un visage adouci. Je t’admire, pour cela… Que s’est-il passé ensuite, chez ce vieil homme ? » Elle brûlait de pouvoir s’en inspirer. Peut-être le retour de Morghan était-il providentiel ? L’événement qui l’arracherait à sa langueur pour lui donner les ailes. Pour qu’elle puisse s’enfuir loin de tout ceci. Peut-être cette bouche, par les mots qu’elle lui offrait, saurait-elle lui insuffler le souffle du courage ? Cette Volonté évanouie ?

Chaque nuit, elle s’imaginait disparaître, tant celle-ci était ténue, et fragile. Elle s’imaginait prise par Therdone… Comment pouvait-il tolérer qu’un être aussi démunie de toute force puisse encore s’éveiller ? N’était-il pas sensé punir cela ? Comment des hommes braves et solides pouvaient-ils être engloutis par l’histoire, quand elle survivait comme une morte vivante ? Arpentant la ville dans une enveloppe qui n’était pas même la sienne… ? C’étaient jusqu’à ses idéaux qui lui pesaient, à présent. Elle effectuait les missions qu’on lui donnait en automate, son corps réagissant de façon mécanique et instinctive à l’ordre, reléguant au second plan une foi qui se faisait plus faible à présent que, comme elle le lui avait pourtant permis en lui prêtant serment, la Dissidence lui avait volé sa vie. Fixant toujours la paille, devant eux, elle garda le silence, prise d’une ivresse, un peu nauséeuse dans ces restes de douleur, de connaître la suite de son récit.

Continues, continues Morghan… Elle ferma les yeux, et releva un peu le visage sur un soupir ténu, son souffle, brûlant entre ses lèvres. Elle se faisait, à se raccrocher ainsi à des mots comme s'ils lui étaient vitaux, l'impression d'être devenue folle pour de bon...
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Lun 9 Juil - 21:23

Morghan avait l’impression de sombrer dans le passé. Evoquer ce dernier lui remémorait les images, les visages, tout ce par quoi il était passé au travers des mots qui en donnaient un bref aperçu à sa cousine. Il n’était pas complet, cet aperçu, mais rentrer dans les détails aurait été inutile et encombrant. Avait-elle besoin de savoir que le vieil homme avait une cicatrice sur la joue droite, issue d’une maladresse lors de sa jeunesse ? Le Jagharii le savait, car il l’avait côtoyé pendant des années, mais Elenor n’avait pas besoin de le savoir. Il n’était pas question de mentir, mais simplement d’aller à l’essentiel, sans s’appesantir sur tout ce qui avait pu marquer l’adolescent qu’il était à l’époque. Et si elle était curieuse, elle savait certainement qu’elle pouvait les questions sans craindre une mauvaise réaction de son cousin et obtenir les réponses ou les détails qu’elle désirait, même s’ils n’étaient pas glorieux pour Morghan ou s’ils évoquaient quelque chose de trop douloureux. Avec le recul, finalement, il se rendait compte qu’il n’avait peut-être pas tant fait que cela. Il s’était contenté de survivre, de faire en sorte de surpasser ce qui le mettait si souvent à genoux – et qui y parvenait encore aujourd’hui, il suffisait de se souvenir dans l’état lamentable dans lequel il venait de finir quelques instants plus tôt – afin de pouvoir redevenir une partie de ce qu’il était avant sans jamais réussir vraiment parvenir à tout récupérer. Il resterait marqué à vie, dans l’impossibilité de s’accrocher au rêve qui lui tenait le plus à cœur, mais était-ce un problème ? Il n’en savait rien. Il savait seulement qu’il était désormais un marchand prospère et que sur le chemin qu’il avait emprunté jusqu’à aujourd’hui, il avait donné toutes ses forces pour en tirer le meilleur. Si cela ne suffisait pas, alors il ne pourrait rien faire de plus, même si, il le savait, il essayerait encore. Il n’y avait qu’en se battant, qu’en allant sans cesse de l’avant qu’on finissait par obtenir, ne serait-ce qu’une once de ce que l’on désirait vraiment. Oui, Morghan Jagharii ne serait jamais officier de l’armée, mais, en un sens, il commandait peut-être plus d’hommes et des femmes qu’il n’en aurait eus sous un commandement régulier et, par-dessus tout, il œuvrait dans le sens de la création et non de la destruction. Une satisfaction supplémentaire, selon un point de vue particulier.

Il posa son regard sur elle, interrogatif, même si elle ne s’en rendit certainement pas compte avec l’obscurité. Courage ? Il n’était pas vraiment certain qu’il s’agissait là de courage mais comme elle appelait la suite de l’histoire, il préféra ne pas se perdre en route et continuer à raconter, comme elle le demandait. Il inspira profondément et tâcha de se souvenir de l’agencement parfait des faits. Il n’avait jamais vraiment pensé qu’il devrait raconter son histoire dans les détails, et même s’il l’avait déjà plus ou moins fait pour sa mère et son père, enfin surtout sa mère, il n’avait pas mémorisé son récit comme un barde mémoriserait une chanson pour la reproduire chaque soir dans une taverne différente. « Je crois que le calme de la ferme a contribué à ce que j’aille mieux, ou peut-être était-ce simplement parce que je n’avais pas de pression. Si je n’arrivais pas à faire quelque chose, on le remettait au lendemain. J’allais à mon rythme, j’étais efficace, et si je sentais que ça n’allait pas, je m’arrêtais quelques instants avant de reprendre. » Le vieil homme s’était rapidement rendu compte qu’il y avait quelque chose mais le noble était resté vague à ce sujet et, apparemment, cela lui avait suffi, ou alors avait-il compris qu’il n’obtiendrait pas toute la vérité et c’était-il contenté de ce qu’on lui avait donné. « J’ai rénové la ferme car elle avait sérieusement besoin qu’on prenne soin d’elle. Puis, une fois que ce fut fait, vu que l’exploitation tournait mieux une fois en état, j’ai convaincu le vieil homme de se reposer et d’embaucher une autre personne à sa place afin qu’il puisse profiter des dernières années de sa vie avec les fruits du labeur d’une vie. » C’était un droit qu’il estimait nécessaire. On ne pouvait décemment travailler jusqu’au dernier souffle. Le vieil homme avait donné tout ce qu’il avait pour continuer à vivre, maintenant que la « chance » lui souriait, il pouvait en profiter plutôt que d’user ses vieux os à la tâche. « Alors j’ai commencé à prendre les choses en main. J’avais quelques idées, pour améliorer des petites choses, par ici, par là. Je les ai essayés, j’ai regardé les résultats, développé, réessayé, abandonné… Tu vas rire mais j’ai beaucoup utilisé ce que j’avais appris en Génie Militaire à cette époque. » Oui, il ne comptait plus tout ce qu’il avait pu adapter de son court apprentissage au sein de l’armée, mais c’était une satisfaction personnelle pour lui qui ne l’intégrerait jamais.

« L’exploitation s’est agrandie d’elle-même. Chaque gain apporté par une amélioration était investi ailleurs. La productivité augmentait, d’autres bras sont arrivés, et j’ai fini par diversifier l’activité. Les cultures serviraient en partie pour nourrir du bétail. Le bétail pourrait être vendu, à la fois pour d’autres troupeaux ou pour les abattoirs. Et ils permettraient d’assouplir les années où la nature se révèlerait difficile pour les plantations. » Oui cette idée avait fait s’envoler les choses. Tout s’était accéléré à partir de là. Hommes, gestion… Tout avait été d’un coup plus compliqué. Il fallait commencer à voir à l’avance, à prévoir, imaginer des scénarios, s’orienter en conséquence. Morghan n’était pas joueur et s’était toujours arrangé pour imaginer le pire – bien lui en prit des fois – mais il s’était rapidement piqué à la gestion de l’exploitation et y avait pris rapidement goût. « Je me suis rapidement retrouvé avec plusieurs dizaines d’hommes qui travaillaient pour moi et après tout s’est plus ou moins enchainé. Une diversification en entraine une autre, puis celle-là encore une autre… J’ai créé une véritable petite ville où les gens vivent de leur travail et de celui des autres et où le reste est expédié à travers l’Isle. L’argent est en partie réutilisé, une autre est stockée, au cas où, et enfin le reste est redistribué équitablement entre tous. Chacun est libre de partir quand il le veut, mais, au fond, je crois que peu de personnes en ont réellement l’envie. Ils sont nourris, logés, eux et leur famille, et rachètent leur maison après une année de travail. Ils sont chez eux et c’est ce qui compte le plus je pense. » Il avait dit cette dernière phrase sur un ton un peu amer. Pourquoi ? Peut-être simplement parce qu’il ne savait pas encore vraiment s’il était chez lui ici, en Edor Adeï ou là-bas, avec tous ces gens là…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mar 10 Juil - 11:33

Dynamique, vie… C’était tout ce qu’elle lisait entre les lignes qu’il déroulait. Il avait conjugué sa vie au passé de l’établissement qu’il rénovait, se rénovant sans doute un peu lui aussi dans le même temps… Puis après être arrivé au status quo, avait bâti, bâti sans relâche là où elle n’avait que combattu.

Elenor s’était lancée, toutes ces années, dans la construction intime de la reconnaissance et de la complicité. Elle avait tissé une toile d’hommes, savamment alimentée par les ordres, et la droiture dont elle était capable. Elle les avait affûtés, leur corps et leur esprit, pour les lancer au combat en un seul bloc, organique et confiant. Elle était à leur tête, leur Capitaine vociférant… Celui qui les lendemains de bataille posait sur leurs blessures une main compréhensive, et sur leur peau un baiser réconfortant. Celle à qui ils pouvaient se raccrocher, et celle qui, lorsqu’elle avait besoin d’eux, les trouvait à son côté, passés de lions à agneaux. Ils étaient la toile du Capitaine Jagharii, cavaliers et bretteurs émérites. Ils tuaient.

C’était une autre toile, qu’il avait tissée, faite de travailleurs et de bêtes, faite d’un système complexe d’interdépendances. Il avait élaboré tout cela d’une main de maître, fait preuve d’un génie qu’elle admira, elle qui était si peu capable de ce type de stratégies. De son point de vue son système lui paraissait ingénieux, elle ne s’était jamais intéressée à ce qui se passait, là où étaient produites les denrées qu’ils consommaient. Ici comme ailleurs, d’ailleurs. Elle n’avait jamais cherché à se poser de ce côté-là de l’existence. Avec une certaine amertume, elle réalisait que par ce comportement elle s’était montrée aussi obtue, et fermée que cette noblesse qu’elle combattait. Elle n’avait pas oublié pour autant les valeurs de sa famille, mais les avait placées à un niveau tout autre. Défendre un peuple auquel elle n’aurait pas peur de se mélanger. Mais ce n’était pas suffisant. Ca ne l’était plus, à présent qu’elle en était réduite à cela.

Tandis que le récit de son cousin s’achevait, elle laissa un soupir lui échapper. Elle avait perçu l’amertume de sa dernière phrase, attentive au moindre détail, à la plus petite modulation de sa voix. Et Ô combien elle la comprenait. Il était important de se sentir chez soi quelque part. Autrefois, elle avait été chez elle là où l’on avait besoin de son commandement. Puis elle avait été chez elle au Ceste. A présent elle savait qu’elle ne serait jamais chez elle auprès d’Elandor, ni probablement plus chez elle nulle part. Elle ne pouvait rentrer chez les Jagharii, ni auprès d’une Bellone qu’elle avait trahie… Le Ceste, elle voulait le voir flamber et… ah, les Bas Quartiers, en se refermant sur elle, lui faisaient à présent plus l’impression d’être une cage qu’un asile. Elle pouvait envisager de fuir, loin de la capitale et de ses complots, comme son cousin, pour se reconstruire une existence anonyme ailleurs, mais cela ne suffirait sans doute jamais à ce qu’elle voit des racines lui pousser. Nomade, toujours, Elenor. Sa tête roulant contre l’épaule de Morghan, elle chercha son regard et lui sourit. « J’ai toujours pensé que c’était dans le regard d’autrui, que l’on se sentait chez soi… Cela peut paraître simple… mais c’est tellement plus fragile que des murs… » Elle cilla, baissa légèrement les yeux avant de se remettre de profil à lui. Elle se trouvait pathétique. Pathétique chaton blanc, à qui l’on a limé les griffes, et les crocs.

Vite, vite passer sur cette idée, la repousser, passer à autre chose avant que le couteau ne s’enfonce plus profondément encore en elle. Du pouce, elle effleura le dos de la main qu’elle tenait toujours, se réconfortant elle-même par ce geste absent. « Ce que tu as réalisé là-bas… c’est extraordinaire. Tu as su t’adapter, faire face. Sincèrement je… je suis heureuse pour toi. Et fière, aussi. » Ce n’était pas une formule destinée à lui faire plaisir, mais une déclaration des plus sincères. La réussite de son cousin lui mettait du baume au cœur et, par procuration, rejaillissait aussi sur son moral. Si elle n’avait pas été engagée comme elle l’était dans une Dissidence dévorante, et ce Siège qui tous les oppressait, elle aurait au terme de ces retrouvailles plié bagages et fait route pour le Sud. Mais quand bien même elle l’eut imité sur le départ, cela n’aurait rien eu à voir.

A voix basse, elle souffla alors : « Si je partais… Si je partais ce ne serait pas pour me montrer digne mais… Pour disparaître. Être oubliée de tous. » Elle déglutit et ferma les yeux. A nouveau l’abyme de sa situation lui fit l’effet de s’ouvrir sous ses pieds, quoi qu’elle ait cette fois de quoi se raccrocher. Il était loin, ce moment de paix et de purification, durant lequel elle avait procédé à des ablutions. Mais son instinct lui disait que ces retrouvailles seraient décisives, pour elle. Que dans la douleur qu’elles rappelaient, elles lui offriraient un repos plus concret encore que celui que le lieu de culte lui avait apporté. Therdone n’avait pas de Volonté pour elle… Il lui avait plutôt envoyé celle de Morghan, comme une amarre où se poser, avant de repartir.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mar 10 Juil - 14:26

Il avait raconté son histoire, dix années de sa vie qu’il avait donné sans compter, pour renaître, pour revivre, pour démarrer une nouvelle vie et s’offrir le luxe de pouvoir retrouver les siens. Finalement, dix années, ce n’était pas grand-chose, à peine quelques mots, quelques phrases. Il avait pourtant tellement accompli en dix ans, selon lui, qu’il trouvait presque ridicule de pouvoir tout réduire ainsi, à quelques minutes de récits. N’aurait-il pas fallu dix années pour retranscrire dix années ? N’était-il pas plus long de raconter une histoire que de la vivre ? Les mots synthétisaient-ils autant les sensations et les ressentis ? Non, certainement pas. S’il avait été aussi bref, si dix années de son existence tenaient à présent au creux de sa main, aussi grandes qu’une simple noix, c’était surtout parce qu’il avait un recul sur son aventure qu’il n’avait pas au moment où il la vivait. Il avait accompli beaucoup de choses, en avait vécu tout autant, mais, finalement, elles se résumaient dans leur globalité à l’élaboration d’une société nouvelle où tout le monde trouvait son compte, où le mot « noblesse » n’avait pas d’importance et où chacun gagnait sa part de manière juste et équitable. Morghan lui-même ne s’était pas enrichi outre mesure sur le dos de ses employés et par bien des aspects les considérait comme ses égaux, peut-être moins apte à la gestion d’un domaine aussi vaste qu’il ne l’était, mais cela provenait avant tout d’une expérience et d’une éducation que d’une véritable supériorité obtenue dès la naissance. N’importe quel homme avec son éducation aurait pu réussir ce qu’il avait fait, avec suffisamment de force et de Volonté. Therdone récompensait les combatifs, ceux qui ne s’apitoyaient pas sur leur sort et tâchait de trouver une voie pour s’en sortir, peu importe laquelle. Tous les moyens – ou presque – étaient bons, il fallait seulement avoir foi en soi et accepter d’avancer en terrain inconnu comme l’aventurier décide de traverser un pont suspendu au-dessus du vide sans réellement savoir s’il tiendra le coup, mais il sait que s’il ne le fait pas, alors il restera sur place et ne gagnera rien. La réussite était dans l’entreprise, le courage de faire des choix et de s’y tenir, pas dans l’inaction. Voilà une leçon qui méritait d’être retenue.

Lorsqu’il sentit à nouveau son regard chercher le sien, il le lui offrit sans retenue. Ce qu’elle répondit à son interrogation muette le fit sourire doucement. Elle n’avait pas vraiment tort. Qu’était un « chez soi » sans personne d’autre pour y vivre avec nous ? Pouvait-on réellement se couper des autres et vivre ? Morghan en doutait quelque peu, il avait toujours eu besoin des autres, des siens, pour exister réellement. Il n’avait pas accompli cela pour lui-même, encore moins pour l’argent et la prospérité, mais pour eux, eux qui étaient sa famille et dont il voulait se montrer digne alors qu’il savait pertinemment que certains pensaient qu’il ne l’était pas. Ce n’était pas explicite, mais il savait que son père voyait en lui un officier, comme tous les Jagharii avant lui et que sa déception était à la hauteur de son espoir. Trop grande. Même si son fils lui était revenu auréolé d’une certaine réussite, elle n’avait rien à voir avec celle escomptée et s’il savait qu’il avait su obtenir une certaine reconnaissance, cela ne serait jamais vraiment comme s’il était devenu militaire de carrière, décoré de médailles, véritable héros de guerre. Oui, lui aussi avait rêvé de cela et en rêvait encore parfois, mais la réalité devait être acceptée, il ne serait jamais tout ce qu’il avait rêvé d’être un jour. « A la fois plus fragile et plus fort. Mais, te sens-tu chez toi dans mon regard Elenor ? » Il avait posé la question avec douceur, une interrogation légitime, ou plutôt, une invitation à répondre oui car il l’accueillait à bras ouverts, sans retenue, quoiqu’il ait pu lui arriver, quoiqu’elle ait pu réellement faire. Cette façon de tendre cette main vers elle, sans même qu’il sache quoique ce soit était simplement une façon de lui montrer qu’il n’était ni bien placé pour la juger, ni même en avait l’envie. En réalité il voulait juste la retrouver, lui parler, renouer cette relation particulière qu’ils avaient eu étant enfants et qui l’avait tant marqué.

Il sentit la manière qu’elle avait d’effleurer le dos de sa main de son pouce et ferma les yeux quelques instants tandis qu’il appréciait ce petit contact qui avait le dos de l’épurer de tout ce qui pouvait y avoir de trouble en lui. Il rougit certainement des compliments qu’elle lui fit mais, heureusement, il faisait trop sombre pour qu’elle s’en rende compte si elle venait à le regarder de nouveau. « Extraordinaire n’est peut-être pas le mot. Mais… Je t’avoue que, venant de toi, tes paroles me vont droit au cœur, crois-moi. » Elle avait toujours été son modèle, la personne à laquelle il avait toujours rêvé de ressembler. Oui, il avait toujours voulu suivre son exemple. Il aurait été honoré de servir sous ses ordres, d’être son fidèle second. Quel futur cela aurait pu être… Hélas, cela ne le serait jamais. Quand elle lui avoua que, si elle partait, c’était pour se faire oublier de tous, il la serra un peu plus contre lui. Il n’appréciait pas cette idée. Il ne voulait pas qu’elle disparaisse maintenant qu’il l’avait retrouvée. « Si tu veux partir, alors je t’emmènerais. Mais il est hors de question que je te laisse disparaître pour que tu penses que je finirais par t’oublier. Dix ans n’ont pas suffit et je crains qu’une vie ne serait pas suffisante pour ça Elenor. » Il posa sa tête contre la sienne dans un geste affectif et tendre. Il pouvait sentir sa détresse même s’il ne savait pas ce qui avait pu provoquer un tel changement dans la personnalité dont il se souvenait. Il soupira silencieusement. « Si tu me racontais ton histoire ? Je ne te force pas à te remémorer de moments difficiles, aussi, je comprendrais si tu veux garder le silence. » Il ne voulait pas la forcer, si elle ne voulait pas parler de son passé, il ne lui en voudrait pas, au contraire. Ils avaient tous le temps pour se retrouver tous les deux, il était inutile qu’elle se lance sans le vouloir aujourd’hui.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mar 10 Juil - 21:55

A la question qu’il lui posa, elle se sentit rougir un peu, et espéra qu’il ne s’en rende pas compte. Un sourire, presque timide, vit le jour sur ses lèvres tandis qu’elle acquiesçait. Elle ignorait si elle se sentait chez elle, au fond, dans son regard, mais elle ressentait néanmoins une chaleur douce, et confortable, qui semblait alléger son cœur. C’était déjà mieux que tout ce qu’elle aurait pu espérer de sa part. Pourtant, cela avait quelque chose d’illusoire, de dérangeant aussi… Car tout proche qu’il était, elle ne pouvait s’en remettre à lui sans faille, sans limite. Elle ne lui avait même pas demandé ce qu’il en était de sa vie, depuis… Il avait parlé des familles de ses protégés… pas de la sienne. Bientôt, elle serait une trentenaire, sans mari ni progéniture, sans plus de fonction et, si cela continuait, sans but… Elle serait un parasite pour les siens, tout comme il avait eu peur de l’être pour eux, dix ans plus tôt. Elle ne pouvait pas le charger de cela, mais une telle sollicitude lui allait néanmoins droit au cœur. Ils avaient tant changé… Et pourtant il n’avait pas hésité à l’étreindre, et elle à savourer l’abri de ses bras, le temps de sécher ses larmes. Elle se souvint de l’adolescent, de trois ans seulement son cadet, dont elle avait été la complice lorsqu’ils avaient eu à supporter des réunions chez les Jagharii, de leurs jeux, et de leurs pleurs. Elle se souvenait des cachettes qu’ils avaient, chez lui, et chez elle, lorsqu’ils étaient trop jeunes pour que l’on se formalise de ces escapades… Oui, dans ce passé commun, après tout, elle pouvait peut-être se sentir chez elle. Et son soulagement était tel à présent qu’elle désirait malgré tout renouer avec cette familiarité qui les unissait.

Elle ne lui répondit pas par des mots, mais ses yeux, et la lueur qui les animait tandis qu’ils fouillaient le regard de Morghan étaient témoin de l’affection que cette seule question pouvait soulever. Elle quitta son regard pour son épaule, à laquelle elle appuya sa tempe.

Lorsqu’il resserra un peu plus encore leur étreinte, elle s’abandonna à celle-ci, avec une certaine candeur, une candeur qui ne lui ressemblait d’ailleurs guère. Sa réaction avait été immédiate, et, du moins était-ce son impression, instinctive. Que la perspective de la voir disparaître l’émeuve à ce point était, à nouveau, le témoin bienvenu d’une affection qui la touchait. Il concrétisa d’ailleurs cette impression par les mots qu’il lui livra, lui offrant aide et inquiétude dans le même temps, se refusant à la perdre. Nul n’avait jamais essayé de la retenir où que ce soit. Elle avait toujours été pour tous un visage de passage, que l’on pouvait aimer avec passion, au contact duquel l’on pouvait brûler, mais qui était trop instable, et trop changeant pour s’inscrire dans la durée. Et elle s’était confortée là-dedans. Sieben lui-même l’avait laissée partir, de même que le jeune Karnimacii avant lui, qui n’avait rien objecté à l’espacement, puis à l’arrêt de leur relation… De même, en fait, que tous ceux qui toujours avaient acquiescé à ses départs, sans s’en formaliser. Elle était ainsi faite, pour le départ… ou pour la fuite ? Mais pas pour ce cousin, qui la retenait à présent dans ses bras comme si elle était sur le point de lui échapper pour de bon, intolérable idée. A cela, il préférait l’emmener, guide. Un guide. « Très bien. Si tu le souhaites toujours d’ici là… je te suivrais. » D’ici à ce qu’elle cherche une échappatoire à cette vie. Elle lui était toujours liée par ses serments, véritables chaînes pour elle, mais entendait chaque jour un peu plus les briser, le moment venu.

Il voulait en savoir davantage au sujet de cette vie qui avait été la sienne, tout ce temps. Que lui dire… Que savait-il déjà ? Elle laissa un léger soupir lui échapper, avant de lui souffler à voix basse : « J’ignore ce que l’on t’a dit, là-haut, sur mon compte… Je vais essayer d’être la plus fidèle possible. » Dix ans, c’était lointain. Cela la ramenait à ses dix-neuf ans, toute fraîche aspirante dans l’armée. Regroupant un peu plus ses jambes contre elle, elle lâcha sa main pour appuyer le dos de la sienne à son torse. Sa voix n’était qu’un murmure, un récit intime, qu’elle pressentait long. Se lancer était difficile, mais au fond, elle avait la sensation que se livrer lui faisait du bien. « Je… Je risque de te raconter des choses qui devront rester entre nous… Bon. Lorsque tu es parti, je débutais tout juste mon engagement volontaire dans l’armée… Je n’ai pas suivi un parcours classique, préférant à l’enseignement qui nous était destiné celui que l’on réserve au peuple. La stratégie n’était pas mon fort, et j’ai volontiers cédé ma place à Bellone Lastareth… Tu n’as sans doute pas eu l’occasion de la connaître, à l’époque, mais la Générale… est une amie à moi, depuis cette période. » Elle marqua une pause. Une amie… Pour combien de temps encore ? « Je n’ai pas emprunté, moi non plus, le chemin que l’on me destinait, mais je suis quand même montée en grade assez rapidement… J’ai mis mes talents comme bretteuse au service de l’armée, puis ma persuasion, lorsqu’il s’agit d’animer les troupes. Je suis passée sergent, puis j’ai mené au combat des cavaliers. » Elle gloussa doucement à cette idée. S’il se souvenait d’elle à cheval, il devait trouver l’idée saugrenue. Elle avait toujours abhorré ces animaux, et les avait traités avec un manque de douceur à faire pâlir les amis des bêtes. Avec le temps, bien contrainte de s’y faire dans l’armée, elle avait appris à monter avec efficacité, et s’était même faite faire des selles sur mesure, adaptées à une façon de monter originale. Du point de vue affectif cependant, elle n’éprouvait toujours rien pour ces créatures. Dangereux devant, derrière, et capricieux au milieu. Elle leur préférait ses jambes et n’avait jamais hésité à mettre pied à terre pour faire valoir tout son talent au combat. « Je me suis améliorée en équitation, depuis… » Un sourire complice, pour couronner une confidence qui la replongeait dans un passé alors heureux…
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mer 11 Juil - 7:15

Il y avait dans leur échange quelque chose de tacite, de silencieux, de muet. Ils auraient certainement pu utiliser plus de mots, plus de gestes, devenir beaucoup plus démonstratifs qu’ils ne l’étaient à présent et, pourtant, il en était convaincu, cela n’aurait pas eu plus d’effets – sinon moins – que ces regards qu’ils échangeaient pendant plusieurs instants, comme s’ils lisaient en l’autre les réponses à leurs interrogations secrètes. L’obscurité ne permettait pas grand-chose, et si un observateur extérieur regardait cette scène sans connaître les liens qui unissaient Morghan et sa cousine, il se serait mépris sur la nature de leur relation et sur cette tranche de vie, camouflée dans l’obscurité d’un lieu saint. Pourtant, elle permettait cet échange, de plonger dans l’autre au travers de ses yeux, d’y trouver ce que l’on cherchait. Le jeune homme ne se laissait pas de cette manière qu’elle avait à le regarder, un petit sourire sur ses lèvres, comme une jeune fille timide qu’il savait qu’elle n’était pas. Elle n’aurait pas été sa cousine, il en serait probablement tombé amoureux dès la première fois qu’il l’avait vu lorsqu’ils étaient enfants, ou peut-être un peu plus tard, alors qu’ils avaient commencé à devenir réellement complices dans les coulisses de la vie familiale des Jagharii. Cette scène aurait alors eu une toute autre signification, assurément, mais, d’un côté, elle n’aurait peut-être pas existé car il n’aurait jamais accepté d’être séparée d’elle pendant près de dix ans. Non, s’il avait du avoir une telle relation en Edor Adeï avant son accident, il n’aurait jamais trouvé la force de tout quitter pour partir ainsi. Il le savait car il avait vécu l’amour une fois, une douloureuse fois maintenant qu’elle était partie, mais elle avait suffit pour qu’il se rende compte de quel homme il était dans ce domaine et de ce dont il était capable par amour et quitter celle qu’il aime n’en faisait pas partie. Non, s’il avait du être amoureux d’Elenor, il n’aurait jamais pu la laisser seule ici alors qu’il fuyait.

Peut-être lui aurait-il proposé, comme maintenant, de fuir avec lui, d’aller vivre ailleurs, ne serait-ce qu’un temps pour revenir lorsque tout irait pour le mieux, mais elle n’aurait certainement pas accepté. Enfin, il était mal placé pour connaître ses réactions. Morghan ne connaissait pas ses histoires personnelles et peut-être était-elle faite du même bois que lui lorsqu’il était question de sentiments. Se donnait-elle pleinement à la passion ? Il préféra laisser de côté ces questions qui ne le concernaient pas et se concentra sur l’instant présent, sur la présence de sa cousine à ses côtés et sur le besoin évident qu’elle avait de trouver un appui stable et réconfortant dans la tempête face à laquelle elle devait se tenir debout, seule. Il redoutait déjà l’instant où ils devraient se quitter. Il savait que cet instant n’arriverait pas tout de suite mais il venait à peine de la revoir et même s’ils passaient des heures dans cette remise obscure, il ne pourrait s’empêcher de regretter de devoir « l’abandonner » à nouveau. Quand elle accepta sa proposition de le suivre, s’il voulait encore d’elle au moment venu, il déposa un baiser au-dessus de sa tempe, dans un geste affectif qu’il ne se connaissait pas mais dont tous les deux pouvaient se rappeler en avoir déjà bénéficié, surtout lorsqu’ils étaient enfants, quand ils avaient besoin de réconfort. En silence, il posa sa tête contre la sienne, en douceur, les rapprochant ainsi davantage pour l’épreuve qu’il savait qu’il allait lui infliger. D’eux deux, elle avait probablement l’histoire la plus délicate à raconter, la plus difficile à supporter. Elle ne se retrouvait pas dans la Ville Basse, coupée des siens, pour rien et il s’il connaissait déjà plusieurs raisons, du moins s’il en croyait son père et Amarante, il voulait entendre l’histoire des lèvres d’Elenor et découvrir tout le ressenti qu’elle pouvait en éprouver afin de pouvoir lui apporter tout son soutien, un soutien dont elle avait peut-être besoin, et qu’il lui offrait sans aucune condition.

Il ne répondit pas à sa question rhétorique. Même si elle ne savait surement pas très bien ce qu’on disait d’elle dans la famille, ou plutôt ce que son père pensait d’elle, elle devait en avoir une petite idée, et elle n’avait surement pas envie de l’entendre de toute façon. Il est des vérités que l’on préfère ne pas connaître, non pas pour se voiler la face car on sait qu’elles existent, mais simplement pour ne pas sombrer devant la violence de leurs coups. Il ferma les yeux, comme pour se couper de la réalité afin de pouvoir mettre quelques images sur les paroles de la jeune femme et acquiesça doucement lorsqu’elle le prévint qu’ils évoqueraient peut-être des choses qui devraient rester entre eux. Si elle se souvenait de leur enfance, elle savait qu’il était en mesure de garder des secrets. Ils partageaient encore tous les deux de vieux secrets inutiles, sur des bêtises communes, dont personne n’avait jamais connu la teneur ni le responsable. Il eut un petit sourire à cette idée avant de se laisser porter par les paroles d’Elenor. Il ne fut pas surpris d’apprendre qu’elle avait préféré se mêler au Peuple pour son parcours militaire, et, d’un certain côté, l’admirait encore plus. Il repensa à leurs jeux d’enfants et se souvint qu’effectivement, du moins était-ce ainsi qu’il s’en rappelait, qu’elle avait toujours été taillée pour l’action et non pour la réflexion. Qu’elle ait mit son meilleur talent au service de l’Armée plutôt que de privilégier sa position était exemplaire. Peu de nobles auraient fait de même. Il nota le nom de Bellone Lastareth, associé au grade de Général, dans un coin de son esprit et se raccrocha à la suite de l’histoire. Il ne fut pas étonné d’apprendre qu’elle s’était démarquée rapidement par ses talents mais ne put s’empêcher de redresser la tête et de la regarder lorsqu’elle avait dit avoir prit la tête de cavaliers. « Toi ? Des cavaliers ? » Le sourire et l’intonation de la voix trahissait le mélange de surprise, de curiosité et d’amusement. « Toi qui bataillait et fustigeait ton cheval qui refusait d’avancer ? » Oui… Il revoyait la scène et souriait bêtement devant ce tableau d’une de leur scène de vie commune particulièrement amusante. « J’espère effectivement, pour tes hommes, que tu t’es améliorée depuis ce temps là, oui. » Il avait dit cela pour la taquiner, d’un ton qui ne laissait aucun doute à ce sujet. Il la serra contre lui après s’être un peu relâché dans la surprise et reposa sa tête contre la sienne. « Et après les cavaliers ? » Sa voix s’était faite murmure pour l’inviter à reprendre, comme s’il était désolé de l’avoir interrompu.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mer 11 Juil - 11:11

Elle sourit de son amusement, quoi qu'il ait pu être vexant pour elle. Elle n'aimait jamais insister sur ses faiblesses. C'était une réaction naturelle, un peu orgueilleuse sans doute. Mais le ton était à la plaisanterie, et son étonnement était objectivement justifié. Elle fut néanmoins contente de retrouver le confort de ses bras, chaleureux, décalé en fait, et s'y complaisit avant de laisser un soupir lui échapper. Après la cavalerie... « En fait, la Cavalerie a duré plutôt longtemps... C'était une opportunité, que j'ai saisis. J'avais quitté le chemin destiné à la noblesse, pavé, ouvert devant ceux de notre sang pour leur seule efficacité. En bas, c'est différent, il faut se battre pour monter en grade, et c'est ce que j'ai fait. Je n'étais pas un bon stratège, mais les hommes me suivaient, de tout leur cœur. Puis leur nombre s'est accru, jusqu'à ce que je sois finalement le Capitaine de tout un contingent. Sur le plan des idées, je n'étais qu'une exécutante, mais sur le champ de bataille... » Elle se mordit les lèvre, et appuya un peu plus sa nuque à son épaule. Ce souvenir l'emplissait d'une joie un peu brutale. Paradoxalement, il y avait une certaine pureté dans la violence, et l'horreur de ces combats. Elle se donnait, toute entière, à l'ennemi, à ses hommes. Un rugissement commun, exhalé par des myriades de voix. Elle avait fait, parfois, des erreurs, mais le cœur avait pris le relais, et elle était rentrée, chaque fois. « … J'ai subis des défaites, tu sais... Mais chaque fois, c'était fabuleux. Je crois que je n'ai jamais ressenti des émotions telles que celles que j'ai pu avoir aux côtés de mes hommes. Nous étions réputés pour être des combattants un peu à part. Un peu... extrêmes, peut-être. » Elle avait dix-neufs ans lorsqu'il était parti, et déjà des rumeurs couraient à propos de sa vie dissolue. Elle le savait plus sain qu'elle ne le serait jamais et, quelque part, aurait pu sembler gênée de lui avouer que cela avait encore empiré à cette période là. « Nous ne faisions qu'un. Une vaste fratrie, sous mon commandement. De son côté, Bellone a été prise sous l'aile de mon père, qui l'a personnellement formée, et lui a finalement cédé sa place. » Un sourire, tendre, balaya alors ses lèvres.

Elle n'était plus dans le présent, dans l'amertume... mais dans le récit de ce passé qu'elle aimait. Elles s'étaient toutes deux épanouies, avant que ne vienne peser sur elles l'ombre de la Révolution, la rumeur du changement. Elle avait été protégée, du temps où elle était un Capitaine, libre de mener sa vie. Libre de se battre, de s'offrir. « Je sais que l'on t'a parlé de cela, c'est sur toutes les lèvres, dans la ville haute. J'ai mené une vie que l'on peut qualifier de décousue... Mais tellement savoureuse. J'étais libre, comme l'air. Libre d'aimer qui bon me semblait, qui que ce soit... » Le fils Karnimacii, certains de ses hommes les plus proches, un aubergiste roturier... « Puis la Révolution s'est déclarée, et le combat s'est durci. Tout ce temps, j'étais en campagne, ne retrouvant la capitale que lors de permissions durant lesquelles il fallait, à tout prix, récupérer ses forces. Les replis se faisaient plus nombreux, ainsi que nos pertes. » Son visage s'obscurcit quelque peu et le dos de sa main s'appuya davantage au torse de son cousin. Le souvenir cette fois était plus amer, plus douloureux. Elle avait toujours abhorré la défaite, et rien n'était plus glorieux, ni drôle lorsqu'il fallait croiser le fer avec le peuple que l'on a juré de défendre. « Noblesse comme un devoir... L'épée qui couvre la lionne, celle qui est sensée protéger le peuple, l'a pourtant frappé. Ces masses étaient fanatiques, ivres d'une vengeance dont je suis convaincue qu'ils ne la comprenaient même pas. Moi aussi, je lutte pour le changement... mais pas comme ça. » Elle, elle avait choisi la Dissidence, l'ombre, la subtilité. Beltxior était un pantin, et aujourd'hui encore elle était nauséeuse, à l'idée de ce à quoi les conduirait ce régime s'il devait vaincre. Elle s'était heurtée à la Révolution, et la savait aussi impitoyable, et aussi violente qu'une lame de fond. Nulle nuance dans ce conflit qui avait emporté tant des siens. Elle se rembrunit ainsi, marquant une pause, sans doute un peu longue.

C'était aussi la période qui marquait la fin d'un homme, et la naissance d'un nouveau... « Puis Elandor a été assassiné. » Il connaissait Elandor Arlanii, bien entendu. Il était l'ami d'enfance d'Elenor, et nombreuses avaient été les fois où ils avaient passé du temps ensemble, tous les trois. Elle ignorait, avec le recul, si Morghan s'était pris d'amitié pour ce jeune homme flamboyant et prétentieux, engeance dorée d'une noblesse si éloignée de leurs propres valeurs. Elenor était passée outre, mais son... fiancé s'était montré si différent, dans l'intimité de leurs discussions...

Cette petite phrase la glaçait quelque peu. Elle la ramenait à cette indiscible souffrance qu'elle avait subie, aux cuites, qui avaient suivi... Le deuil muet, et impuissant d'une Bellone qui ne pouvait que taire son malheur... Elle avait essuyé les larmes de sa sœur, à cette époque. Que ne pouvait-elle les essuyer à présent ? Plusieurs fois, elle avait songé lui offrir sa vie. Elle avait songé mourir, pour qu'à nouveau l'Al'Faret soit libre d'aimer Bellone. Non pas pour lui, qui avait accepté cela, mais pour elle, qui le subissait. Puis revenait l'instinct, la vie, intense, qui s'endormait mais se rappelait à elle. Le besoin de fougue, la soif de plaisirs, l'engagement de son corps, de son esprit, et de sa Volonté. Et revenait la grandeur d'une Bellone qui, elle le savait aujourd'hui, valait mieux que cela. Elle valait mieux qu'un homme capable de la marchander pour une garde rapprochée et un nom prestigieux à son côté. C'était à partir de la mort supposée de cet homme que tout s'était enchaîné... Que l'histoire tournait mal. Il y avait eu la Dissidence, la repression... Puis sa blessure et l'abyme dans lequel elle s'était enfoncée, sa fuite, et le reste... C'était un cap, à passer, un obstacle à ce qu'elle lui livrait. Elle se raidit quelque peu dans ses bras, la gorge nouée.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mer 11 Juil - 13:01

Morghan aurait bien eu du mal de réellement se moquer de sa cousine. Il avait essayé de la faire sourire, de rebondir sur des souvenirs communs joyeux dont il se souvenait avoir beaucoup ri avec elle après coup. Comme de cette fameuse fois où elle n’avait pas réussi à obtenir un seul mouvement de son cheval, même à force de cris et de coups de talons – assez faibles pour une jeune fille –, alors que son cousin était littéralement immobilisé de rire, ce qui, forcément, n’arrangeait pas les choses. Elenor était très en colère ce jour-là, mais, très rapidement, ils en riaient tous les deux, prétextant qu’elle ne monterait surement jamais sur ses « canassons de malheur » préférant de loin la course à pieds. Finalement, le futur en avait décidé autrement apparemment, mais il en était de même pour tout le monde. Lui aussi avait dit qu’il serait un grand officier de l’Armée plus tard et pourtant qu’était-il aujourd’hui ? Probablement tout sauf cela. Ainsi allait la vie, rythmée par ses mouvements, ses improbables détours et ses impasses. Imperturbable, elle choisit son parcours et l’on est obligé de la suivre, de s’accrocher du mieux possible pour ne pas sombrer lorsque se révèlent des passages traitres. Ainsi étaient faites les choses et hélas, elles ne changeraient pas de si tôt. Combien de fois devrait-il encore faire front ? Therdone déciderait-elle de mettre d’autres obstacles sur sa route ? Maintenant qu’il avait retrouvé sa cousine, tout deviendrait-il plus simple, ou, au contraire, devrait-il lutter davantage ? Il ne pouvait rien prévoir, rien imaginer. Il devait se contenter de profiter de l’instant présent, de la présence d’Elenor, lui offrir tout ce qu’il pouvait lui donner en cet instant pour qu’ils n’aient rien à regretter de leur première rencontre depuis dix ans. Il restait beaucoup de choses à faire, à dire, à partager mais il savait déjà qu’il serait tenu au secret, car il ne pourrait révéler à quiconque qu’il l’avait retrouvé. Mais, par dessus tout, il espérait qu’ils pourraient se revoir encore, que cette fois ne serait pas la seule et unique, qu’ils partageraient davantage de moments aussi forts et importants que ceux là, car ils avaient tant à rattraper…

En silence, il écouta ce qu’elle avait à raconter, il n’en perdit pas une miette, pas une seule bribe ne lui échappa et il but littéralement les paroles de sa cousine. Qu’il s’agisse de son temps dans la cavalerie, même si cela restait surprenant, son avancée en grade, la réussite de sa carrière, sa capacité à mener les hommes au devant de combats desquels une partie ne reviendrait pas… Il fallait des hommes de terrain. Les stratèges décidaient, mais ils n’étaient pas ceux qui remportaient les victoires. Un mauvais stratège pouvait en surpasser un excellent juste par la qualité de ses hommes qui savaient retourner une situation à leur avantage, même si elle n’était pas bien engagée. Il était fier qu’Elenor ait pu trouver sa voie et elle n’avait pas à rougir du meilleur des stratèges. Il ressentait néanmoins une gêne, un sentiment de peur, comme si en apprenant cela, il revivait, par rétroaction, toutes les craintes qu’il aurait pu avoir de la voir partir au combat, au cœur de la mêlée, faisant couler le sang de ses ennemis. Combien de fois avait-elle été blessée ? Gravement ? Son corps accéléra un peu et elle s’en rendit surement compte mais, heureusement, la main qu’elle avait posée sur lui répandait une douceur et une chaleur qui l’apaisèrent rapidement. C’était idiot de se faire du soucis maintenant, après tout, elle était à côté de lui, visiblement en bonne santé et si quelque chose semblait meurtri chez elle, cela n’était clairement pas sa chair. Il ne fut pas surpris du comportement d’Amarante mais il comprit mieux ainsi pourquoi la dénommée Bellone était devenue Générale à la suite du Vieux Lion. Ainsi donc il avait formé l’amie d’Elenor à la place de sa propre fille ? C’était certainement la volonté de cette dernière assurément. Le patriarche Jagharii devait avoir été un peu déçu de ne pas mener sa propre fille vers ce poste mais s’il avait respecté son choix, il n’en était que meilleur père, enfin, jusqu’à ce qu’il décide à la fiancer de force, choix que Morghan n’approuvait pas du tout.

Il l’écouta parler de sa vie, apparemment différente de la sienne, mais il ne la jugeait pas. Il fallait vivre sa vie, mener son existence. Qu’importe ce que disaient les gens sur elle, tant qu’elle vivait selon ses propres choix, son cousin l’accepterait toujours telle qu’elle était, sans jeter la moindre chose que certains pourraient qualifier de « travers ». Lui même avait eu une vie « sage », en quelque sorte, mais il avait vécu loin de la ville et il savait combien les mœurs étaient un peu différentes et combien les tentations étaient plus grandes. Ce qu’il espérait, c’était qu’elle ne regrettait aucun de ses choix. C’était le plus important. Le regard et l’opinion des autres, à côté, ce n’était que de la peccadille. Alors qu’elle parlait du peuple qu’elle avait combattu, de ce peuple qu’il connaissait bien, de ceux qui étaient partis rejoindre la Révolution, parfois pour une cause qu’ils ne comprenaient pas vraiment oui. Elle n’avait pas tort sur ce point… La mort d’Elandor, il la connaissait, il connaissait également la suite, du moins son père lui avait révélé quelques points fondamentaux en ce qui concernait la Dissidence et le fait qu’il en faisait plus ou moins partie par famille. Il respirait plus profondément et se rendit compte que sa cousine s’était crispée entre ses bras. Doucement, il vint glisser sa main droite dans la sienne, contre son torse et l’enserra avec tendresse. « La ville haute peut bien parler Elenor, elle ne peut pas comprendre. Je suis fier de voir que tu as vécu pour toi même, comme tu l’entendais. » Il la serra contre lui, enlaça ses doigts dans les siens. Il savait, car elle n’en avait pas encore parlé, que le plus dur restait à venir. « Si la suite te tient trop à cœur, nous pouvons garder cela pour une autre fois. » Il avait murmuré, dans une voix douce et tendre. Elle n’avait pas besoin de se faire mal pour lui. Non, ce n’était pas ce qu’il cherchait. Elle pouvait à tout moment s’arrêter si elle le désirait.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Mer 11 Juil - 22:46

Sentant les doigts de son cousin se glisser dans les siens, elle tourna la tête et les regarda, silencieuse, s’unir doucement. Le geste était tendre, plein de sollicitude. Les battements de son cœur lui semblèrent alors plus rapides, mais aussi plus profond. Sa voix la fit presque sursauter, elle gronda contre son oreille, la sortit de son apathie. La fierté de son cousin s’écoula en elle comme un baume, tiède, puissant, venu ravager le blocage qui était le sien. Sa respiration reprit, plus douce, plus profonde qu’elle ne l’avait été. Ses doigts, dans les siens, furent l’amarre à laquelle elle se retint. Elle accepta cette étreinte, ténue, qui faisait écho à ses bras qui l’entouraient, plus étroits. Elle laissa de longs instants s’écouler, après qu’il l’ait assurée qu’elle pouvait garder le silence, sans un mot pour les séparer. Elle se concentrait sur la peau contre la sienne, le cœur qu’elle sentait battre contre elle. Son rythme, apaisé, profond, puissant la rassurait, la berçait. Elle garda le silence durant au moins une minute, entière, qui s’écoula dans cette remise. Le temps ne lui sembla pas long, pourtant. Elle s’alignait sur son calme, se construisait une sérénité. Elle prenait exemple sur lui pressait, palpait ses doigts lentement.

Il ne s’attendait plus à ce qu’elle prenne la parole, peut-être, lorsqu’un mince filet de voix se glissa entre ses lèvres. Ce n’était plus le torrent d’enthousiasme qui avait précédé, mais elle l’entretenait, faisait en sorte qu’il soit régulier. Il avait défait, de ses caresses, le nœud qui fermait sa gorge, en douceur. Elle reprit la parole. « Des rumeurs ont couru, sur sa mort. J’y ai prêté tout le crédit du monde… Mais la Révolution, déjà, était là, alors je n’ai rien fait. J’ai tenu les rangs, et la peine s’est écoulée sur moi. » Elle déglutit, et appuya, sans les baiser, ses lèvres à leurs mains liées. Elles venaient les clore, arrêter pour quelques secondes son récit. Finalement, elle s’en écarta un peu, son souffle sur leurs doigts, et compléta. « Il y a… quatre mois… » Elle s’arrêta, aussitôt, sa voix se brisant un peu. « Quatre mois, à peine… J’ai l’impression d’avoir pris dix ans de plus… » Un soupir. « C’était accidentel, mais ma main… » Elle s’agita un peu, sans ses bras, incapable du moindre mot, et dégagea de leur étreinte sa main gauche, raide, qu’elle lui présenta pour qu’il puisse la saisir de sa main libre, la droite toujours étroitement nouée à celle de son cousin. Cette proximité, cette intimité rendait naturel le geste qui d'ordinaire lui était si désagréable. Elle le cherchait, le désirait, même, comme si la douceur de son parent, qui pansait son cœur, pouvait avoir le pouvoir, étrange, de panser sa main. Comme s'il pouvait y faire quelque chose... quoi que ce soit. Elle le regardait, tandis qu'il l'examinait, lui livrant sans doute ce qui le plus était sujet à pudeur chez elle. Il ne s'en rendrait sans doute pas compte, et elle ne le lui dirait pas. Il n'avait pas besoin de le savoir, ce qu'elle lui livrait, c'était un don, et il n'avait pas besoin de s'en sentir redevable. « Ils l’ont réparée, tu vois ? Elle… On ne voit rien… » Elle étouffa un sanglot, mais se démena pour poursuivre malgré tout. « Les os étaient brisés, et les muscles réduits à l’état de purée, autour. La lame était émoussée, mais elle a glissé le long de la garde et avec l’élan, a tout emporté. Ils m’ont opérée à vif, dans la foulée, à notre insulae. J’ai souffert, beaucoup… mais le pire a suivi. Je crois que je peux comprendre ta solitude… Celle de ton accident. J’étais seule, avec des verres de lait de pavot qui toujours se remplissaient, et des regards affligés qui semblaient me condamner à ma fin. Lorsque j’ai compris que cette main, pourtant si belle, n’était plus capable de tenir une arme… J’ai voulu mourir. » Sa voix, terriblement sombre, donnait à son propos tout le crédit du monde. A l’entendre lui confier cela, on aurait même pu croire qu’elle en avait toujours l’intention, aujourd’hui… Était-ce si loin de la réalité que cela ? Un souffle sonore, et elle ferma les yeux. Cette période était un cauchemar à son souvenir. Obscure, entravée de visions atroces, apportées par l'excès de pavot... Sa tête était un étau, et la blessure de sa main semblait clouer son corps tout entier. Elle était passée, en une heure à peine, de son piédestal de Capitaine, au lit, humide de sueur, d'une infirme. « On ne m’a pas laissée faire. Alors j’ai fui. Depuis plusieurs années, je vivais une aventure, avec un aubergiste des bas quartiers. Celui qui tient le Ceste Clouté. » Il le connaissait. Tous ceux qui un jour avaient été aspirants dans l’armée avaient entendu parler de l’établissement. « Sieben Raetan. » Elle avait presque craché ce nom, mais reprit néanmoins. Son dégoût pour cet homme ne devait pas entacher son récit. Il le fallait, pour qu'il comprenne. Pour qu'il la comprenne... « J’ai tenté de me reconstruire, dans son auberge, à l’abri des regards et des jugements… Mais on m’a rattrapée. Ma mère… Et les Venarii. »

Elle se plongea alors de nouveau dans le mutisme. Elle était consciente que son récit était fragmentaire, mais elle avait fait son possible pour qu'il puisse faire les liens de lui-même. Elle reprenait, quant à elle, son souffle. Cette confidence, l'avait-elle déjà faite ? Les yeux plissés, elle se posa la question, mais rien ne venait. Aucun nom. A part Sieben... A part Sieben.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 8:05

La tendresse. C’est un geste, un mot, un sourire quand on oublie que tous les deux on a grandi. Dix années étaient passées, ils étaient devenus homme et femme faits et grands. Ils n’existaient plus comme les enfants qui se connaissaient jadis, ils se redécouvraient tous les deux presque comme s’ils ne s’étaient jamais connus, pourtant, ils le savaient, ils avaient des souvenirs communs, un passé propre à eux deux, à tout ce qu’ils avaient été. Quand sa main s’était glissée dans la sienne, lorsque leurs doigts s’étaient lentement enlacés, ce n’était pas tant l’homme et la femme qui partageait ce moment de tendresse mais la petite fille et le petit garçon, le cousin et la cousine qui se retrouvaient d’une certaine manière à nouveau réunis comme si cette absence n’avait duré que quelques jours, quelques jours avant de se retrouver pour de nouveaux jeux, pour de nouvelles heures à passer à discuter sur ce qu’ils feraient, sur ce qu’ils voudraient faire plus tard, sur tout, sur rien. Morghan était envahi par ces souvenirs, agréablement réconfortants, comme s’il se mettait tout d’un coup à flotter dans une eau à la température idéale, à la fois pour se relaxer et pour s’abandonner sans une once d’inquiétude. Il se souvenait de tout ce qui pouvait leur être commun, de leurs jeux à leurs disputes – très rares – jusqu’à des leçons communes qui prenaient parfois des airs de complots en tout genre pour outrepasser la vigilance de leur précepteur. Il savait que cela n’avait rien à voir avec le présent, mais, d’une certaine manière, il espérait qu’elle puisse se souvenir de tout cela elle aussi, rien que par ce contact physique entre eux deux, comme une sorte de lien par lequel passeraient toutes ses pensées – c’était stupide certes, mais il aurait tellement voulu que ce soit possible – pour apaiser son cœur, son esprit. Les envahir de choses positives et heureuses, loin des tracas qu’elle pouvait éprouver aujourd’hui. Quelle était la profondeur de sa tristesse, de son désespoir ? A quel point pouvait-elle être marquée par l’absence de sa famille pour l’aider au travers de ses difficultés ? Il aurait tant voulu être là depuis le début. Il aurait peut-être été le seul à la défendre mais il savait qu’il aurait osé s’élever contre la voix d’Amarante, même si cela lui aurait surement coûté très cher…

Lorsqu’elle déposa ses lèvres sur leurs mains, il eut un léger frisson. Ca n’avait rien de très significatif, peut-être était-ce parce qu’il ne s’y attendait pas, mais il y répondit d’une pression de son bras autour d’elle, cela ne le dérangeait pas, bien au contraire. Alors elle parla de son accident survenu quatre mois, quatre petits mois plus tôt, quelque chose qui avait bouleversé sa vie en si peu de temps… Tout comme une bombe efface, en un instant, toutes les possibilités futures d’un jeune officier en devenir… La main gauche qu’elle tendit devant lui était une invitation. Sans hésiter, il la prit dans sa main libre et sentit immédiatement ce qui n’allait pas. Ce n’était pas la peau, sa douceur, ou de quelconques cicatrices se laissant sentir au toucher, mais il avait immédiatement senti une absence, l’absence de ce qu’il sentait dans sa main droite actuellement. Il comprit alors tout le désarroi qui devait la ronger. Alors qu’il serrait la main dans une infinie douceur, tout comme il l’avait fait avec l’autre, il la laissa évoquer sa blessure, déposant un nouveau baiser au milieu de ses cheveux alors qu’il sentait qu’elle flanchait. Il la comprenait tellement… Elle avait vécu trop récemment ce qu’il avait vécu et ressenti dix années plus tôt. Il avait mis du temps à s’en remettre et la question qui lui brûla les lèvres fut de savoir si elle s’en remettait, si elle parvenait à surpasser cet obstacle imposé par Therdone, si elle retrouvait goût à l’existence car, lui aussi, avait voulu mourir, mais il n’avait pu s’y résigner, à cause de sa mère. Alors qu’elle lui avait avoué cette envie, il l’enlaça davantage, l’attirant un peu plus contre elle. Il ne voulut pas l’interrompre, pas maintenant car il sentait qu’elle voulait en dire plus, aussi se contenta-t-il d’être plus présent, physiquement, comme il se promit de toujours l’être pour elle à partir de maintenant, quoiqu’il puisse arriver.

Avec une certaine patience, il l’écouta évoquer brièvement une histoire avec un aubergiste. Le nom de l’établissement lui évoquait effectivement quelque chose mais il n’aurait pas pu dire si son tenancier lui évoqua quelque chose. En tout cas, il eut clairement l’impression qu’elle avait désormais quelque chose contre cet homme. S’étaient-ils quittés en mauvais termes ? Cela en avait tout l’air. Il resta silencieux et se contenta de la garder contre elle un instant. « Je crois que je connais cette histoire. » Il serra dans ses doigts ceux de sa main valide. « Si tu savais comme je ne comprends pas tes parents… Je m’en veux de ne pas avoir été là. Peut-être aurais-je pu faire quelque chose pour toi à ce moment où tu en avais certainement le plus besoin. » Il contempla le vide devant lui. « J’arrive maintenant que tout le mal est fait et j’ai l’impression de me sentir inutile alors que j’aurai certainement pu faire quelque chose si j’étais arrivé plus tôt… » Il n’aurait pas pu le savoir, c’était évident, il vivait à des kilomètres d’Edor Adeï, et s’il avait plus ou moins pu suivre les nouvelles de la Révolution, avoir des nouvelles des Jagharii aurait été beaucoup plus difficile et, surtout, louche. Relâchant un peu son étreinte, peut-être parce qu’il se sentait faillir un peu, il baissa les yeux au sol, conscient que des larmes commençaient à perler avant de se mettre à glisser le long de ses joues. La détresse de sa cousine le touchait de plein fouet et il en était affecté plus qu’il ne l’aurait cru possible. Il pleurait pour elle, pour ce à quoi elle avait du faire face, abandonnée des siens, mais aussi parce qu’il se rendait compte que s’il était parti pour retrouver l’honneur de son nom, il avait aussi tourné le dos à celle qui comptait le plus et, en quelque sorte l’avait abandonnée. « Je te demande pardon Elenor. » Sa voix avait tremblée plus qu’il ne l’avait voulu, trahissant ce qui se passait sur son visage qu’il lui cachait en partie, le visage baissé.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 11:46

De l’obscurité qui les enveloppait lui semblait naître une tendresse unique. Celle d’adultes, qui se prenaient pour des enfants. Comme protégés par le couvert d’un rideau opaque, échangeant d’innocentes caresses, que le monde des adultes ne saurait interpréter. Une tendresse que l’on oubliait, mais qui lui revenait, par touche quoi que différente. Elle demeurait une adulte, une femme qui ne s’abandonnait plus si facilement, mais il l’avait par son nom abattue, et entreprenait à présent que se déroulait le fil de son récit de l’assembler à nouveau, pièce à pièce. Sa main, dans la sienne, la pressait, l’effleurait. Une complicité, des peaux qui communiquaient ce que les bouches, par pudeur, ou pour épargner l’autre, taisaient. Lorsqu’à nouveau sa voix s’éleva, lui offrant un léger répit, elle ferma les yeux et renversa un peu sa tête contre son épaule. Elle écouta ses mots, ses regrets. Elle sentait la douleur dans le ton, mais ne lui en voulait pas. Il avait été absent, mais il avait eu besoin de se reconstruire.

A présent qu’il était là, lui offrait l’asile de ses bras et l’oreille attentive d’un proche, elle se demandait ce qu’il en aurait été, s’il avait réellement été là, à ce moment là. S’il avait été dans le salon où sa mère l’avait conviée, pour lui présenter Xander. Aurait-il plaqué l’impudent contre les tentures d’Azira à sa place ? Lorsque devant les plus nobles des habitants de la ville haute, elle avait déboulé en pleine soirée, et manqué de crever un œil à son fiancé, ivre de colère… Aurait-il accouru avant Amarante, et pris son parti ? Avec amertume elle se souvint de cette soirée, où seule Vanhilde Tehanii s’était vaguement tenue à son côté, arguant, à défaut de compassion, au moins une justice qui aurait pu pencher pour elle. Elle ne s’était pas fait d’illusions quant à l’issue de celle-ci, mais s’était sentie moins désarmée face à ces visages goguenards. Puis son père était arrivé, et celui qu’elle avait attendu comme un héros l’avait en réalité trahie, au vu et au su de tous. Et si Morghan était arrivé auparavant ? Amarante serait-il allé à l’encontre des choix de deux des enfants de la famille, adultes, bientôt en position d’infléchir l’avenir des Jagharii ? Les aurait-il privés tous deux de leur libre-arbitre, et non pas seulement elle ?

Elle laissa le silence s’instaurer, chassant à grand peine les images de cette soirée, qui se télescopaient dans son esprit avec une insupportable précision. Puis il le brisa, à nouveau, sa voix changée, plus rauque. Elle se tourna vers lui, et réalisa qu’il pleurait. Sa peine était-elle vraiment si grande ? Elle plissa les yeux… Elle ne voulait pas le voir ainsi… Son histoire n’était pas des plus joyeuses, mais ce n’était qu’une histoire, par définition, elle était son passé. Elle n’était pas dans les bras de Xander, ni même dans ceux de Lan. Elle était dans un lieu de culte, seule avec lui, profitant de l’abri de ses bras, comme s’ils étaient des murs infranchissables, à l’épreuve de tout. Peut-être était-ce ce qu’ils étaient, au fond. Non, il ne devait pas pleurer pour elle. Ramenant leurs mains nouées vers elle, sur sa taille, resserrant ainsi leur étreinte, elle se tendit vers lui, et déposa un baiser, léger, sur sa joue. Ses lèvres l’effleurèrent à peine, en tremblant. Les baisers d’adultes ne pouvaient avoir la joie pure et sans ombrage de ceux des enfants. Ils se déposaient, communiquaient davantage encore, se proposaient avec une pudeur plus sérieuse. Et pourtant, elle espérait lui offrir un plus grand réconfort qu’elle ne lui en aurait offert d’une caresse. Qu'il entende sa tendresse, son affection. Peut-être basculeraient-ils bientôt dans la trentaine, mais cela ne changeait rien à ce qui pouvait être offert. Peut-être même devaient-il s'offrir davantage encore, parce que la vie les épargnerait chaque jour un peu moins. « Arrête… » Sa voix n’était plus, juste un souffle, une confidence un peu douloureuse, trahie par le tremblement qui l’avait gagnée. « Ce qui est fait ne peut être défait… Tu es là, aujourd’hui. C’est tout ce qui importe. » Dans l’obscurité, ignorant s’il la voyait ou non, elle lui sourit, avant d’appuyer son front au creux de son cou, s’enveloppant d’elle-même dans ses bras, plus amples et plus puissants, comme dans la plus sure des armures. Cela aussi avait changé… C’est dans cette position qu’elle reprit, sa voix blanche, presque dénaturée.

« C’est un piège de ma mère… Elle nous a pris au piège, père et moi. J’ai lutté… pas lui. J’avais toujours été épargnée par l’étiquette, les obligations qui devaient peser sur les épaules d’une femme, qui plus est d’une femme noble. Jusque là, je n’en avais pas eu conscience. Je n’avais pas réalisé à quel point la liberté que j’avais était précieuse… Inconsciemment, je l’avais farouchement défendue, je l’avais arrachée des mains à mon père… Mais une fois infirme, c’est comme si… ce pouvoir s’était envolé. » Elle poussa un soupir, et ferma les yeux, ses cheveux laissés libres, glissés sur son front déguisant un peu sa douleur. « Il m’a dit que jamais je n’épouserais cet homme, en aparté… Mais c’était trop tard. Son abdication publique aux décisions de ma mère m’a condamnée à fuir… J’ai quitté le Ceste, où il était de notoriété commune que je vivais… » Elle déglutit. « C’était aussi mon amour, que je voulais défendre. Xander a tenté de faire tuer Sieben… Mais je me suis occupée de lui, j’ai… j’ai délivré un message clair à mon fiancé… il n’a plus approché de l’aubergiste. » Pour mieux ensuite espérer le voir mort… Fronçant les sourcils, elle réalisa que pour lui raconter la suite… Il devait savoir. Elle devait lui présenter Sipik.

Alors, elle se déroba pour quelques instants à son étreinte, cherchant son regard. Elle le trouva, s’y riva avec intensité. Elle devait peser le pour, et le contre. Jusqu’où allait son allégeance ? Dans quelle mesure le mettait-elle en danger, en allant plus loin… ? Tes épaules sont-elles assez larges… ? Elle se mordit les lèvres, les jointures des doigts de sa main droite blanchies par la pression qu’elle appliquait à l’étreinte de leurs doigts. Il lui fallut de longues secondes, pour réaliser qu’elle avait besoin que tout cela sorte. Pour réaliser qu’à trop le garder pour elle, elle finirait par en crever, par étouffer sous le poids de cette responsabilité. « Suite à ces fiançailles, je me suis engagée dans la Dissidence. Pour de bon. J’ai rencontré l’Al’Faret et… J’ai engagé ma vie dans son combat, je lui ai prêté allégeance, prête à combattre, à la sacrifier s’il le fallait, pour venger la mort de Lan… » Cela aussi, elle le disait avec amertume, réalisait-elle. Tout comme elle avait parlé de Sieben, ramener à son souvenir son engagement lui rappelait aussi la cage dans laquelle elle tournait, inlassablement. « Lorsque j’ai du fuir le Ceste, pour échapper aux hommes de Xander et à ceux de père, je me suis réfugiée auprès de lui, et tenté de me reconstruire dans son ombre. J’ai cru que cela avait fonctionné… Mais ça non plus, ça n’a pas duré. » Elle ne pouvait trahir le secret de Bellone. Ne pouvait lui dire combien il était dur pour elle d’être incapable de la protéger du malheur, juste comme il brûlait de la protéger, elle, du sien. Et pourtant, c’était là une pièce majeure du puzzle. « Au bout de deux mois, je suis retournée au Ceste. J’avais besoin de le revoir, qu’il sache que j’étais toujours libre, toujours sienne. Que j’avais eu raison de me cacher, que, comme il me l’avait dit, j’avais tenu bon. Mais je ne l’ai pas trouvé seul. Deux mois, après des années de complicité, avaient suffit pour qu’il me remplace par une vulgaire putain, à la recherche d’un bon parti. Deux mois que je me cachais dans la boue, et j’avais moins de valeur à ses yeux qu’une femme tout juste bonne à écarter les cuisses devant lui. J’ai failli les abattre. Tous les deux… j’ai… J’ai vraiment cru que j’allais les tuer de ma propre main mais… Je ne l’ai pas fait. J’ai fui, une fois de plus. » Elle l’observait toujours, sa voix grave, plus rauque. Parler était douloureux… Elle devait néanmoins aller jusqu’au bout. « Lorsque je suis rentrée… j’ai appris que père m’avait retrouvée, qu’il avait rencontré l’Al’Faret, et découvert son identité. En mon absence, ils se sont mis d’accord. Mon père, et mon chef. Quelle voix pouvais-je avoir au chapitre… ? » A nouveau réduite au silence. « Je n’étais pas en état de lutter, j’étais à bout… Père m’a vendue. Si l’Al’Faret consentait à faire de moi sa Reine, alors il le protègerait, et ferait bénéficier la Dissidence de sa stratégie. Prenant au mot mon serment d’engager ma vie, s’il le fallait, pour lui, il a donc été décidé que je l’épouse. Je n’ai rien pu faire… A moins de trahir la Dissidence… » Elle baissa alors les yeux, presque honteuse, pour lui cacher la lueur qui naissait, à nouveau, en eux. Ses doigts crispés dans les siens lui permettaient de sentir la colère, qui couvait en elle. « Je n’ai pas plus de droit qu’une poupée de chiffon. Qu’une putain que deux macros se refileraient. Je sais que père compte faire de moi son héritière mais… Je n’ai pas de voix. Seulement la sienne. Par mon intermédiaire il lègue notre clan à l’Al’Faret, à la Dissidence. Jusque dans la plus étroite, et misérable des cachettes, ils auront réussi à me mettre en cage, à… »

Plus rien ne sortit. Elle s’accrochait à sa main, farouche, en pleine détresse et les yeux baissés. « … Je ne suis plus la même… Je… Je n’ai plus de force… Morghan… Je ne peux plus lutter »

Elle tremblait.
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Morghan Jagharii
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Jeu 12 Juil - 15:58

C’était étrange ce sentiment de culpabilité, ce sentiment de certitude quant au fait qu’il aurait pu changer quelque chose, ne serait-ce que de manière infime dans son existence pour la soulager, pour ne pas qu’elle ait un tel fardeau sur les épaules. Il n’aurait pu dire d’où il venait mais, de toute façon, cela ne comptait plus, non il ne ressentait plus que le désarroi, l’implacable idée ancrée dans son esprit qu’il aurait pu être d’une quelconque utilité à sa cousine, ici, si seulement il n’avait pas passé son temps loin des siens, loin d’elle, à suer sang et eau d’une manière qu’il voyait maintenant comme bien trop égoïste. Il s’en était sorti oui, mais elle ? N’aurait-il pas dû être là, à ses côtés, lorsqu’elle en avait eu le plus besoin plutôt que d’être là seulement aujourd’hui, aujourd’hui quand la bataille était presque terminée et qu’il ne pouvait plus rien faire d’autres qu’essayer de panser ses plaies et de l’aider à tenir debout, à faire face et se sortir de cette situation inextricable dont il ne savait pas encore tout mais dont il devinait déjà l’ampleur, une ampleur qui l’effrayait car il se demandait s’il pourrait faire ne serait-ce qu’un geste pour elle. Il espérait qu’elle puisse lui trouver une utilité pour l’aider car sans quoi il savait qu’il se sentirait profondément misérable et cela ne ferait que rajouter à son sentiment de culpabilité. La tête baissée, il laissait couler les larmes de la honte sur son visage, espérant qu’elles passent inaperçues dans l’obscurité, mais c’était impossible. Il s’était trahi en parlant. Il avait fermé les yeux, de peur qu’ils ne brillent trop, lorsqu’elle tourna la tête vers lui. Mais c’était trop tard, elle s’était rendue compte de son trouble et de sa peine. Il ne résista pas quand elle resserra leur étreinte et qu’elle ramena leurs mains contre sa taille. Il n’ouvrit les yeux que lorsqu’il sentit, de manière fugace, quelque chose de doux glisser sur sa joue. Ce geste aurait pu paraître déplacé, mais, pour Morghan, il signifiait beaucoup …

Glissant dans les profondeurs et les méandres du temps, il se revit une vingtaine d’années en arrière. Il n’était qu’un tout jeune garçon. Il se souvenait de la balade qu’ils avaient faite en famille, de leur escapade avec Elenor, qui menait leur expédition en digne Capitaine. Il se voyait pleurant, tenant son genou entre ses mains, assis un peu comme il l’était à présent. Il revit la petite fille se pencher vers lui, dans un petit sourire et déposer un baiser sur sa joue, un baiser d’enfant, de ceux, innocents, qui ne sont que les témoins d’une affection presque sans bornes et qui n’impliquent pas d’autres sentiments plus complexes et hasardeux. Il se revoit encore, les larmes dans les yeux, relever la tête vers elle tandis qu’elle continuait à sourire. Elle allait lui dire quelque chose… « Arrête… » de pleurer, tout ira bien. Le retour à la réalité lui fit presque mal aux yeux, l’obscurité l’aveuglant autant que pourrait ne le faire le soleil après des heures dans la pénombre la plus totale. Il avait posé son regard sur son visage alors qu’elle lui soufflait qu’il ne devait pas s’en faire, qu’il n’avait aucune raison, que sa présence aujourd’hui, en cet instant, seule importait et primait sur tout le reste. Ses larmes cessèrent en silence, petit à petit, tandis qu’il la laissait prendre place contre lui et qu’elle s’enserrait dans ses bras, posant sa front contre son cou. On se serait définitivement mépris sur leur étreinte mais cela dépassait de loin ce que le commun des mortels pouvait deviner. Le jeune noble se fit violence pour se reprendre. Il devait tenir bon, pour elle, pour lui offrir un soutien solide et pérenne, un appui sur lequel elle pourrait compter, toujours, sans un seul doute. Il inspira profondément, comme pour se donner du courage ou de l’aplomb alors qu’elle continuait son discours. Il fut choqué d’apprendre que sa mère s’était jouée d’elle et d’Amarante et se demandait comment le Vieux Lion ne l’avait pas vu venir, mais, d’un côté, il avait surement fort à faire avec les rumeurs de la Révolution…

Muet, il écouta le récit au fur et à mesure qu’il continuait, apprenant nouvelle sur nouvelle, recoupant instinctivement cette histoire avec celle qui lui avait été donnée. Il commençait à entrapercevoir le fardeau qu’elle portait et cela lui faisait peur, mais il ne devait pas être au bout de ses surprises et de ses craintes. Il la laissa se dérober à leur étreinte et croisa son regard tandis qu’elle semblait hésiter. Avait-elle peur de révéler la suite ? Elle lui serrait durement la main mais il ne broncha pas. Il avait l’impression de ressentir ce qu’elle éprouvait et ne pouvait que la comprendre. Le récit se poursuivit alors et petit à petit, Morghan qui pensait avoir une bonne vue des tourments d’Elenor se rendit compte à quel point il n’en avait vu que la partie visible, si risible face à ce qui se tenait dans l’ombre. La trahison qu’elle avait subie de son amant fit résonner en lui l’écho de sa propre déception amoureuse, la seule histoire qu’il avait vécu durant son absence, mais celle de son père l’effara. Comment avait-il pu faire cela à sa propre fille ? Comment Therdone avait-elle pu être si injuste avec cette combattante ? Elle, si fière, si vaillante… Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, brisée par le jeu d’autres hommes… C’était injuste… C’était … Il n’y avait pas de mot qui exprimait ce qu’elle avait subi. Si la peine avait étreint son cœur quelques instants plus tôt, c’était maintenant la colère qui y bouillait avec une force intense. Comment avaient-ils osés ? Il la sentait, au travers de sa mai n dans la sienne, il sentait sa détresse. Refoulant sa colère pour plus tard, il l’attira à elle, sans un mot et l’enlaça à nouveau, peut-être plus fort encore que précédemment, peut-être avec plus de tendresse, plus d’affection que jamais. Elle ne devait pas abandonner, elle ne pouvait pas. Alors qu’il la serrait fort contre lui, leurs têtes posées l’une contre l’autre, il trouva quelques mots qu’il lui murmura doucement. « S’il ne te reste plus de forces, alors puise en moi toute celle dont tu as besoin. Je te connais Elenor, je sais qui tu es, tu es la Lionne Jagharii et je sais que tu as encore de la force, que tu peux toujours lutter, te battre contre ce que l’on essaie de faire de toi. Tu n’es plus seule, Elenor, je suis là, avec toi et je serai toujours à tes côtés et ma force sera tienne jusqu’à mon dernier souffle. »
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MessageSujet: Re: Lion en perdition...    Ven 13 Juil - 0:32

Elle palpait sa main, nerveuse, comme si c'était dans ce membre que toute la vie qui lui restait s'était regroupée. Ce contact pour lui prouver que, malgré tout, malgré la douleur, l'amertume et l'envie de tout abandonner, elle était toujours vivante. Elle pouvait encore sentir, et mieux, ressentir cette affection que par cette caresse, ténue, il lui transmettait. À genoux, plus face à lui à présent qu'elle s'était détachée du mur contre lequel il était toujours appuyé, elle avait la vue trouble, et son cœur battait dans sa poitrine avec une violence telle que ses veines, au niveau du cou, en étaient douloureuse. Son poul s'emballait, son corps trop fébrile pour une telle pression. En quelques minutes à peine, elle lui avait livré, pour l'essentiel, quatre mois de souffrance. Et si cela pouvait sembler dérisoire compte tenu de la durée de son absence, ces quatre mois lui avait semblé plus longs que ne l'avaient été les vingt-huit et quelques années qui avaient précédé... Ces mois avaient vu s'effondrer, un à un, les murs de son existence. Des murs faits de paille, s'effritant sous la puissance d'un irrésistible vent. Des murs qui s'étaient embrasés, dans un sinistre craquement, sous des flammes qu'avaient attisées les hommes dont elle lui avait parlé. Était-il capable, lui, de les éteindre avant que toute la structure ne cède ? Elle y avait cru, avec la sincérité du corps qui s'offre, et la générosité de son abandon, dans les bras du barde. Le temps de quelques gémissements, elle y avait cru... Mais c'était terminé à présent. Et seul demeurait le malaise de son silence actuel. Ses yeux se posèrent sur leurs mains liées, les détaillèrent tandis que, pour se rassurer, elle le caressait du pouce. Ses doigts lui semblèrent fins, dans cette main qui avait connu la terre. Ceux d'une femme, à présent que l'armée était plus loin. Faible, sa main droite. Neuve. Beaucoup trop neuve à son goût.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'il l'attire à lui. Pas comme ça, dans cette position. Pour autant, elle ne lui opposa pas la plus petite résistance, et accepta, quoi que la situation soit des plus ambigues, de se couler contre lui. Elle retrouva le confort de ses bras, sa main se dérobant à celle de Morghan, pour la laisser glisser autour de son torse, auquel elle s'arrima, le front contre sa mâchoire. Toujours ces tremblements l'agitaient, en dépit de l'étreinte qu'il resserrait un peu plus, comme si jamais il ne la laisserait lui échapper. Sa voix fut, à nouveau, ce qui la sauva d'une forme d'inconscience. Elle ne plongeait pas dans le sommeil, mais se sentait engourdie par la folie qui la guettait. Chaque jour, celle-ci lui faisait l'effet d'affleurer un peu plus à la surface de son être. Elle menaçait de l'envahir... Elle l'envahirait, un jour, Elenor le savait c'était un combat voué à l'échec. Restait à savoir si cela serait l'annonce d'un état futur, ou une passade, avant que l'Aube ne se lève... Cette Aube, elle se demanda si elle pouvait être son cousin. Si elle pouvait être attirée par ses caresses, et la douceur de ses mots. Elle se demanda si elle pouvait toujours aujourd'hui, avoir une Aube de tendresse, quand sa chair, lorsqu'elle échappait aux obligations du mariage forcé, lui faisait l'effet de ne plus être capable que de violence... Avec le barde, c'était ce qu'elle avait connu. Elle n'avait pas été coton, mais feu, un feu dévastateur, qui l'inquiétait elle même, qui les avait consommés jusqu'à ce que, d'épuisement et de plaisir, elle ne lui échappe finalement. Un corps tourmenté, qui le lendemain, et ce fut le cas pour un moment, s'était éveillé perclus de crampes, et marqué par les morsures, griffures, et hématomes que les chocs de cette découverte avaient laissés sur sa chair tatouée. Elle n'avait pas cherché la douceur, et laissé cette peur panique de voir cette nuit de liberté s'achever les conduire, là encore, à une forme de folie.

Et si, pour s'en sortir, elle devait se faire coton ? Elle qui pouvait se croire incapable de la sérénité d'antan l'avait trouvée, en ce lieu. Elle avait fait quelques ablutions, et s'était lavée des péchés de ces derniers mois. Elle s'était lavée de la colère, de la haine, de la peur, même. Oh, elle les avait retrouvées bien vite, mais ce n'était qu'un passage, tandis que dans ses bras son cœur, elle en était sure, pouvait retrouver un peu de paix. Une paix qui n'était rien, comparée à celle de la méditation, mais une paix faite de confort et de tendresse. Elle n'avait pas un tel souvenir, de leur enfance commune. Oh, elle l'avait consolé, parfois, lorsque leur léger écart d'âge voulait encore dire quelque chose. Adolescent, il n'avait guère eu à essuyer les plâtres de la Jagharii, trop fière, pour pleurer de ses chagrins d'amour, trop orgueuilleuse, pour se plaindre ouvertement des blessures dont elle avait écopé à l'entraînement. Mais elle l'avait su là, l'autre Jagharii de la ville haute. Investis d'un devoir de représentation, le devoir du nom. Lui allait être un officier, sublime, dans sa gloire et sa noblesse, et elle serait la fougue. L'épée, et la lionne. À l'époque, ils étaient toniques, élancés et vigoureux. L'un comme l'autre, peut-être n'étaient-ils pas loin de leur apogée. Aujourd'hui, c'était différent... À présent que leurs corps, rompus, tous deux souffrant d'une forme de déchéance, se retrouvaient, ils ne cherchaient plus le défi que leur développement avait instauré. En revoyant Lan, c'était ce qu'elle avait cherché, instinctivement, entamant dans la violence des coups, et de la souffrance, la reconnaissance de l'autre. Toujours celle brutalité, sa réaction, primaire, la seule qu'elle se croyait en mesure de respecter. Il lui prouvait le contraire. Il lui prouvait, peut-être, que c'était dans autre chose qu'elle se retrouverait. En prolongeant sa quête de paix, et de purification par une étreinte qui pourtant aurait semblé si déviante aux autres, il la rendait tacitement capable de se rebâtir une vie, un corps par le repos. Et si cela pouvait paraître naturel aux autres, c'était, pour Elenor, une formidable découverte...

Il lui parlait, pourtant, de lutter, de combattre. Mais elle était lasse, si lasse de tout cela. Il lui offrait ses forces, aussi surement que le ferait un époux. C'était drôle, en quelque sorte. C'était comme trouver, chez un forgeron, le meilleur cuir du monde. C'était comme s'il lui fallait retrouver l'homme le plus éloigné de ces préoccupations propres à l'intime, et au nom, pour enfin tomber sur le joyau que toute femme désirait trouver dans la vie conjugale. Elenor doutait que la passion soit la plus à même de fournir cela... La passion, elle en avait fait la preuve avec celui qui était son second, ne durait qu'un temps. Elle était instable, dévorante... Et une fois que les corps, combustibles de son incendie, avaient abandonné la partie, elle ne laissait qu'un amer terrain de cendres. C'était une récréation, qui par définition présageait également de la douleur du retour au labeur. Et le labeur d'Elenor, pour l'instant, c'était la vie.

Son dernier souffle. Que la Volonté de Therdone soit faite... Bientôt, trop vite, elle entendrait ces mots s'échapper de sa bouche.

Son souffle se glissant le cou de son cousin, chaud, et lent, elle garda le silence encore un peu. Finalement, elle lui répondit, sa voix basse... Un murmure à peine audible, livré sans cette position, tandis que ses mains remontaient dans son dos, contribuant à ce que leur proximité soit plus grande encore. « Je ne sais pas, si j'en serais capable. De faire front contre père... Contre la Volonté de mon nom... Je pourrais fuir. Une nouvelle, une énième fuite. Courir, le plus loin possible. Une trahison muette... Ils n'attendent pas mieux de celle que je suis devenue. Oui, je pourrais partir, et courir, jusqu'à Thur, ou Hurg Aari... M'abriter derrière les murs de la cité du désert. Disparaître... » Elle remonta légèrement son visage, son front enfoui, tout près de sa nuque, dans les cheveux de son cousin. Elle sentait son odeur, celle de la vie. Il ne sentait pas, contrairement à tout ce qui vivait ici bas, la poussière. « Tu sais ce que c'est... Tu connais la province. Pas comme moi, pas du même point de vue, mais tu la connais. L'anonymat. Une pause. » Une pause à durée indéterminée. La mort, en plus doux. « Combattre le choix des Jagharii, et ceux de l'Al'Faret, à qui je suis enchaînée par ce vieux serment... Je ne l'ai jamais fait. Je n'ai jamais fait ça, Morghan... » Des larmes, une nouvelle fois, lui échappèrent, tandis qu'elle se raccrochait à lui, de toutes ses forces, et de tout son corps cette fois. « Morghan... » Je dois-je faire ? Elle avait besoin d'un guide, qui la prenne par la main pour la conduire vers la paix. La guerre... trop de guerre, et son esprit sur le point de voler en éclat n'y survivrait pas. Il devait savoir. « Je perds la raison. Mon esprit, il... il s'égare. Il sombre... Comme du sable, que je suis incapable de retenir... » C'était étrange, de se perdre soi-même... Une sensation de vertige, violente... Celle d'une chute sans fin. Elle doutait qu'il ait connu cela. Espérait qu'il se rende compte que ce n'était pas, cette fois, une simple image. C'était bien plus. C'était une terreur. Celle qui l'avait conduite ici...
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