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 Rendre ses griffes à la lionne...

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Rendre ses griffes à la lionne...    Lun 4 Juin - 21:08

Elle avait fait des progrès, depuis quelques mois. Des progrès considérables. Oh pas sa main gauche, bien entendu, mais la droite était plus précise chaque jour, pour les petits gestes du quotidien comme l’épée au poing. Pour autant, elle était toujours incapable de rédiger une missive sans la froisser deux ou trois fois en jurant comme une charretière, et quelle que fut sa frustration, compte tenu de leurs rapports, de laisser Lan poser les mains sur elle, elle était toujours incapable d’agrafer seule ses corsets. Quand bien même elle en portait d’adaptés à son handicap (attachés sur le devant, donc) cette tâche lui prenait plus d’une heure si elle l’entreprenait sans secours.

Certains réflexes demeuraient, comme par exemple tous les réflexes défensifs, ou ceux lui venant sous la colère. Toute impulsion qui n’était pas réfléchie, posée, pesée parvenait à sa main gauche, sa si adroite, si précise main gauche d’hier… Inutile et presque morte aujourd’hui. Parfois, elle retrouvait un semblant d’énergie dans ces doigts qui, sans pour autant répondre à son appel, se crispaient légèrement sous les ordres… Mais passée la stupeur, et la joie irradiante qui la prenait alors, elle n’arrivait pas, en général, à réitérer l’exploit. Ce simple frémissement.

Elle n’avait pour l’heure pas encore eu à combattre dans des conditions lui étant grandement défavorables. Ces petits impairs, s’ils lui avaient bien coûté quelques estafilades, suivies de visites chez sa doctoresse de protégée, n’avaient donc pas encore eu de résultats funestes. Mais il n’était pas exclu qu’ils en aient un jour, Elenor bien consciente que sous le coup de la surprise, tout geste entrepris serait parfaitement inutile… Et pour cela, elle devait se prémunir d’un équipement qui, au moins, parviendrait à lui donner le temps de calculer le coup suivant. Que cette inutile poigne ne soit pas une fin.

Elle avait passé du temps, à cet effet, à lorgner sur les étals des forgerons, lors des marchés, mais rien ne sortait des canons de l’armurerie, et rien n’était adapté à ses besoins très particuliers. Alors l’enquête avait débuté, et elle avait eu vent de l’installation récente, dans les rues commerçantes, d’un forgeron Olaril. Spontanément à cette nouvelle, une moue dépitée lui vint au nez, au souvenir qu’elle avait de ces créatures. Elle les avait fréquentés un petit moment, vivant au Ceste Clouté, et espérait, en fait, que celui-ci ne se souvienne pas de son hôtesse de l’époque. Elle savait de source sure que beaucoup avaient quitté l’auberge de son pendard d’ex-compagnon après la tentative d’assassinat sur Lis Diantha, menacés qu’ils étaient d’enquêtes un peu trop poussées. Oh, la Jagharii ne se faisait aucun doute sur les auteurs de ce crime odieux… Et pour cause, elle l’avait elle-même attrapé et amené à ses bourreaux. C’était donc bien les Conseillers qui avaient intenté à la vie de cette jolie blonde. Pourtant nombre de ces bons Olarils, si innocents et si tendres aux yeux de tous, avaient leur part d’ombre, et la Dissidente pouffait à part elle de les voir fuir comme des rats.

Pour autant, son mépris de ce peuple nouvellement venu n’était pas total, et il concernait essentiellement les plus vindicatifs d’entre eux. Leur chef, absurde, hébétée, et sa cousine qui non contente d’avoir été sortie de prison par une conseillère, après qu’Elenor ait elle-même fait son possible pour que leur Aïeule se rende auprès de ses petites filles, était venue fanfaronner sous leur nez avec son taureau. Elle n’avait pas compté le nombre de fois qu’ulcérée par ce spectacle (elle qui avait si longtemps lutté contre la Révolution, à la vue de ce couple provocateur, la symbolique du taureau n’échappant à personne, elle avait tant enfoncé dans ses pommes les ongles de sa main droite qu’elle en était venue à ruisseler de sang…) elle avait espéré voir la danseuse empalée par le terrible animal. Prise au piège du pied de nez qu’elle leur avait fait, à tous. Mais n’avait pas été exaucée, et avait du se retenir de vomir son mépris pour cette danseuse hautaine, pour mieux se fondre dans les ombres et se retirer.

Demeuraient les autres, ceux qui comme ce forgeron étaient restés, s’étaient installés sans faire de vagues, et sans prétendre les gouverner, tous. Elle comprenait leur détresse, et les drames qui avaient été les leurs… Ce qu’elle condamnait, ce n’était que l’opportunisme dont certains avaient fait preuve face à la crise que son peuple, à elle, traversait. Tout comme elle était convaincue que certains Olarils, encore traumatisés de ce qu’ils avaient vécu, n’aimaient pas l’instrumentalisation dont ils étaient l’objet, elle s’ulcérait d’en voir certains faire de même avec leurs propres crises…

Mais ce forgeron n’était pas du lot, aussi ne rechignait-elle pas, en fin de compte, à lui rendre visite. Peut-être pourrait-il vraiment lui être utile… Peut-être aurait-il des idées plus audacieuses ? Après tout, cette ville était une jungle, et cet artisan devait sans doute se surpasser au quotidien, pour y survivre.

Désireuse d’éviter une foule trop dense, la Dissidente avait opté pour le petit matin. Le soleil n’était pas même levé que déjà elle marchait en direction de la boutique repérée plus tôt. Lorsqu’elle arriva devant celle-ci, la rue dormait toujours, et la Jagharii, se frottant les mains dans la fraicheur matinale, s’adossa au mur. Elle ne voulait pas éveiller l’Olaril, mais simplement éviter la foule, et un possible repérage. Pour sa tenue, elle n’avait pas voulu donner dans le suspect, et était donc très simplement vêtue. Elle portait simplement une chemise de lin grise, au col haut afin de masquer les tatouages qui couraient sur son corps, et dont les manches longues étaient serrées sur ses poignets. Des chausses ajustées, noires, des cuissardes qui l’avaient faite suer au moment de les lacer, et un corset pour lequel elle avait abandonné le combat et cédé à la facilité de son compagnon. Ainsi, les bras croisés sur sa poitrine, elle attendit qu’un son s’éveille dans son dos. Celui des meubles que l’on traîne…

Le forgeron s’était éveillé… Dès lors, elle frappa à la porte de sa boutique avant d’y entrer. De sa voix grave, elle lâcha dans l’entrebâillement un « Bonjour ? », puis, après quelques pas souples dans l’atelier, elle adressa à son propriétaire un sourire tranquille, le ton toujours calme : « Je ne vous dérange pas ? »

HJ - J'espère que ça te plaira ! =D
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Mar 5 Juin - 8:07

[HRP : Je ne sais pas pourquoi elle attend un bruit de meuble trainé mais soit :p]

C’était probablement une matinée comme une autre. Comme depuis longtemps, Silbio se levait même avant l’aurore, une mauvaise habitude qu’il avait, hélas, prise après la mort de son épouse. Le sommeil était toujours réparateur mais il arrivait parfois qu’il soit peuplé de rêves fantasques et douloureux qui abrégeaient la nuit avec une brutalité qui le laissait toujours pantois quelques instants, alors qu’il fixait le plafond de sa chambre. Sans se l’avouer complètement, il savait qu’elle lui manquait et qu’elle lui manquerait certainement toujours, qu’importent ses heures passées à marteler le métal et à suer à la chaleur d’une forge. Devenir un bourreau de travail silencieux apportait son réconfort et surtout l’oubli mais venait toujours un temps où l’esprit n’était plus occupé et finissait par repenser à elle, à cette façon qu’elle avait de s’endormir contre lui et à le réveiller lorsque les rayons de l’aube ne suffisaient pas à lui faire ouvrir les yeux. Il y avait le parfum de ses cheveux, la douceur de sa peau, toutes ces choses qui restent comme de lointains souvenirs mais que, parfois, on a l’impression de pouvoir ressentir une nouvelle fois même si l’on sait que, probablement, ce n’est pas le cas. Silbio avait pensé, à tort, quitter son ancienne vie en traversant la Gérax. On ne pouvait pas fuir son passé, seulement vivre avec et se composer un présent et un futur qui, à leur tour, deviendront un autre passé qui fera peut-être oublier le précédent. Mais il fallait se rendre à l’évidence, il n’était pas aussi facile que cela de créer un nouveau passé supplantant l’autre, qui avait été si agréable et heureux, du moins tout autant qu’il lui infligeait de douleur à présent. Ainsi allait la vie, certains iraient même jusqu’à dire que les Dieux l’avaient décidé ainsi, mais quels Dieux peuvent infliger autant de tourment à un même homme ? Le forgeron n’était plus convaincu de quoique ce soit…

Il s’était levé dans un soupir, essayant de chasser ses nouvelles idées noires de son esprit et jeta un regard dans les combles où Zéphyr se réveillait lui aussi. D’un geste machinal, L’Olaril ouvrit la petite fenêtre de la chambre pour que le rapace puisse s’envoler à l’extérieur et mener une petite chasse juste avant l’aube afin de satisfaire son appétit du petit déjeuner. Les rongeurs ne manquaient pas dans cette ville et Silbio mourrait probablement de faim avant son compagnon, même s’il se surprenait à penser que ce dernier n’hésiterait pas à partager ses « festins » avec lui dans ce genre de situation. Un peu morose, malgré le spectacle toujours aussi agréable à regarder de l’oiseau prenant son envol, il prit la direction de la pièce voisine où il prit une petite collation. Le travail n’attendait pas et, comme presque tous les matins, il serait certainement parmi les premiers à se mettre à l’ouvrage, ses coups de marteau battant généralement de concert avec le réveil du soleil. Alors qu’il mangeait un morceau de pain acheté la veille chez le boulanger, et qui n’avait plus ni la texture, ni le goût de la veille, il repensa à sa rencontre nocturne avec cette voleuse. Sa commande était en cours et il l’aurait bientôt terminée. Les outils reposaient déjà dans un coin de sa chambre, caché par une planche mobile du sol en bois. L’ancien propriétaire lui avait montré la cache avant de s’éteindre et le système était particulièrement ingénieux car il communiquait avec un mécanisme situé dans un autre coin de la pièce, rendant l’accès particulièrement improbable à celui qui ne connaissait pas le secret. Qui plus est, d’un coup d’œil on ne pouvait deviner que ce sol cachait quelque chose. Et même s’il n’y avait pas beaucoup de place à l’intérieur, on pouvait y entreposer une petite fortune ou quelques menus objets, comme une trousse contenant divers ustensiles dont l’utilisation n’allait pas être très légale.

La voleuse serait certainement très contente du résultat. Silbio avait réussi à se procurer de bons métaux et l’alliage qu’il en avait tiré était particulièrement résistant, même s’il n’en donnait pas spécialement l’air, au poids. Il ne restait plus qu’à travailler les dagues, chose qu’il ferait probablement ce soir après une commande qui serait livrée aujourd’hui, en milieu de journée. Il restait quelques détails à peaufiner avant la livraison et l’heure n’était plus à la fainéantise. Il laissa la fenêtre ouverte pour que Zéphyr puisse rentrer s’il le souhaitait et passa rapidement au bac d’eau pour se faire une petite toilette avant de s’habiller comme tous les jours qu’il passait à la forge : un pantalon en tissu assez grossier mais pleinement fonctionnel, des chausses et un tablier en cuir. Aussi près de la flamme, le reste devenait superflu. Il s’attacha les cheveux et descendit dans sa forge. Machinalement, comme tous les matins, il commença par allumer le foyer, redonnant la vie à l’endroit qu’il avait perdue pendant la nuit. Il parcourut la pièce du regard et alla en direction de la porte pour la débarrer. Il s’occupa ensuite de récupérer quelques objets qui seraient ses travaux du jour et les déposa sur une table qui était spécialement réservée à cet effet. Sans prêter attention au reste, déjà absorbé par son travail et déjà entièrement tourné vers ce qu’il allait réaliser, il surveillait d’un œil le foyer avant d’examiner la pièce qui serait vendue le jour même. Des retouches, minimes mais à faire, nécessitait un travail à chaud mais le reste irait rapidement. Il fallait espérer que le client soit content du travail effectué mais l’Olaril était déjà content de lui, ce qui, le plus souvent, était gage d’une excellente qualité car le forgeron était un perfectionniste. Alors qu’il portait la pièce de métal vers l’enclume, il entendit néanmoins frapper et tourna son regard dans la direction de la porte qui venait de s’ouvrir laissant entrer une jeune femme à l’allure élancée. Décidément. Il acheva de poser ce qu’il tenait dans les mains sur ce qui lui servirait de piédestal et se tourna complètement vers la nouvelle venue. « Il serait bien étrange qu’un commerçant soit dérangé par un client. » Il avait dit cela dans un demi-sourire, même s’il était relativement surpris par sa présence alors que l’aube pointait à peine ses premiers rayons. « Que puis-je pour t… Vous ? » Le tutoiement lui restait toujours comme une vieille manie dans une ville où le vouvoiement était de rigueur pour les personnes qui ne se connaissaient pas ou à peine, peut-être n’arriverait-il jamais à s’y faire.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Mer 13 Juin - 10:46

Tandis que le commerçant l’adressait à elle, Elenor entra dans sa forge, l’œil aux aguets. L’avantage de son métier était sans doute que les forgerons, ici comme ailleurs, avaient tous une allure plus ou moins similaire, et fonctionnelle. Comme si le feu dénudait l’être humain, le rongeait tant et si bien qu’il leur fallait retourner à un stade antérieur… Et devant ceci, Olarils et Ilédors étaient à égalité. Par correction, elle ne laissa pas son regard courir trop longtemps sur son vis-à-vis, et se contenta d’esquisser un sourire malicieux à sa remarque. Il n’avait pas tord… Mais compte tenu de l’heure, elle connaissait quelques travailleurs ici qui l’auraient envoyée paître un bon coup.

Elle fit quelques pas et, devant sa gêne, leva une main désinvolte. « Je n’ai rien contre le tutoiement » Un regard amusé, puis elle fit un petit tour. Elle trouva ci-et là quelques lames dont elle testa l’équilibre du bout des doigts. Il était excellent ! Avec un sourire approbateur, elle les reposa, et se tourna doucement vers lui. « Tu as pris la succession de ton prédécesseur avec brio, c’est du bel acier… » Elenor avait déjà commandé, une ou deux fois, des armes ou pièces d’armure à celui-ci. Compte tenu de son gabarit, et de ses responsabilités, elle avait souvent rencontré quelques difficultés à adapter son équipement à sa morphologie. Elle pouvait être une redoutable bretteuse, elle n’en avait pas le dos, ou les épaules, et si les tanneurs avaient été ses meilleurs amis pour ce qui était de protéger son corps, elle avait également du passer chez les forgerons de longues heures, à leur expliquer ce dont elle avait besoin.

Aujourd’hui la problématique à laquelle elle devait faire face était toute autre, bien plus amère. Elle déglutit à la perspective de ce qu’elle allait lui demander. Dans sa main gauche, une sourde sensation de fourmillement.

« J’aurais une requête un peu particulière, pour toi… On m’a vanté ton travail. » Sans compter que les autres forgerons de la rue avaient beaucoup plus de chances de la reconnaître que n’en avait cet Elu. Elle ne pouvait décemment pas se présenter à lui masquée, pas à cette heure, et elle n’était pas une adepte du racket nocturne. « Je suis gauchère, et plutôt maladroite de ma main droite… » Elle s’approcha encore, plaçant entre eux une table, avant d’y déposer sa main gauche. Celle-ci ne bougea pas, si ce n’était un infime frémissement. Le forgeron pouvait également voir le long de ses doigts, de fines cicatrices blanches, et régulières. Comme les coutures d’un gant couleur chair, propres, et droites. Sauf qu’il ne s’agissait pas de coutures. Hélas. « Or, tu constates que pour une main d’épée, celle-ci n’est pas très en forme… »

Sur son visage une moue amère… Elle poursuivit néanmoins. « Tu n’es pas chirurgien, mais tu peux la fortifier à ta façon. J’ai besoin de quelque chose qui ne rende pas mes vieux réflexes complètement inutiles… » Elle baissa d’un ton, un sourire un peu carnassier découvrant la ligne claire de ses dents… « Quelque chose qui pourrait être dangereux. »

Les griffes d’une lionne…
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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Mer 13 Juin - 12:08

Il fut surpris de la voir le reprendre quant à son début de tutoiement involontaire et, en quelque sorte, fut content de voir enfin une cliente qui acceptait ce que d’autres pouvaient voir comme un excès de familiarité alors qu’il ne s’agissait que d’une simple façon de parler, d’une coutume qui voyait les Olarils comme égaux et qui les mettait sur le même plan, chose que les Ilédors avaient apparemment du mal à concevoir. Après quelques mois dans la Cité, Silbio avait plus ou moins réussi à s’imprégner de cette nouvelle culture mais les racines laissent des traces et elles remontent parfois brusquement, lorsque les instincts reprennent le dessus. C’est donc dans un silence arboré d’un léger sourire qu’il accueillit sa remarque et la laissa faire le tour de la forge pour s’intéresser à quelques unes de ses créations proposées aux clients sans réelles motivations que celle d’acheter une bonne épée. Il reconnut néanmoins rapidement qu’elle semblait apporter un intérêt particulier à l’équilibre, chose que l’on ne voyait que chez les bons bretteurs. Cette jeune femme semblait habituée à l’acier et à son maniement. Son compliment fit chaud au cœur de l’artisan qu’il était. Non pas par ego, mais simplement car tout artisan aspirait à apporter satisfaction de son travail. Cette reconnaissance restait rare car certains clients se contentaient de dire « C’est parfait », de payer et de repartir comme s’ils n’étaient jamais venus. Cette reconnaissance discrète qu’elle lui témoignait sans même avoir commencé à parler affaire en disait un peu plus sur elle, à moins qu’elle se contentait de jouer un jeu pour l’amadouer. « Je me devais de lui faire honneur. Vous le connaissiez ? » Personne ne parlait généralement du vieil homme qui était là avant lui et qui l’avait accueilli sous son toit, qui avait fait de lui presque comme son fils et qui lui avait tout légué à sa mort. Y compris la chose la plus importante qu’on puisse lui offrir : une forge pour exercer son métier et poursuivre sa vie.

Rencontrer quelqu’un qui avait peut-être connu ce vieil homme lui mettait un peu de pression, car ce dernier était capable de prouesses forgeronnes que l’Olaril n’égalerait peut-être jamais même s’il était excellent forgeron lui-même. Chacun d’eux disposait généralement de talents propres, aussi l’un serait plus doué avec des armures, l’autre avec des armes. Des spécificités qui n’entachaient en rien leur capacité à produire d’excellentes créations dans tous les domaines mais qui rendaient celles de leur spécialité uniques et d’une facture exceptionnelles. Enfin tant que la commande n’était pas évoquée, il n’y avait pas de raisons d’inquiétude. Qui plus est, peut-être était-elle juste là pour « visiter », même si, à une heure aussi matinale, il doutait qu’elle se soit déplacée pour contempler quelques épées et armures. D’ailleurs le moment de la requête arriva, mais relativement lentement, de manière surprenante. Généralement les clients n’hésitaient pas à indiquer de but en blanc ce qu’ils désiraient, parfois même peu au fait de ce dont quoi était capable un forgeron, persuadé que tout ce qui était fait de métal était forcément à leur portée. Il fronça légèrement les sourcils au mot « particulière » et resta dans l’expectative alors qu’il comprenait qu’elle venait pour quelque chose de vraiment différent à ce qu’il pouvait être à même de forger pour des clients « normaux ». Enfin, tout indiquait qu’elle n’avait rien d’une cliente normale, aussi peut-être n’aurait-il pas dû être surpris. Il la regarda s’approcher et déposer sa main gauche sur sa table. Il lui fallut un petit moment pour comprendre que l’absence de mouvement de cette main n’était pas volontaire. La distance qui le séparait de la table l’empêcha d’immédiatement cerner les cicatrices qui ornaient ses doigts mais il les remarqua quelques instants plus tard alors qu’elle lui faisait remarquer, de manière détournée, qu’elle n’était plus en mesure de l’utiliser correctement.

Il eut un sentiment de compréhension envers la jeune femme mais se garda de le lui montrer. Elle n’avait certainement pas besoin de ce qu’elle aurait pu interpréter comme de la pitié. Les accidents arrivaient, assurément, mais il pouvait comprendre à quel point il était difficile pour un bretteur de perdre sa main d’épée. Pire encore peut-être de ne pas la perdre vraiment mais de simplement ne plus en avoir l’usage aussi facilement qu’autrefois. Voilà ce qui devait être terrible. Voir sa main, physiquement présente, mais pourtant incapable de bouger. Il entrevoyait déjà ce qu’elle allait lui demander et il en eut rapidement la confirmation. Il eut un sourire lorsqu’elle lui demanda quelque chose de « dangereux ». Il s’approcha de la table, regardant la jeune femme. « Quelque chose de dangereux, hein ? » Il l’observa quelques instants, appréciant, en termes de mesure, son gabarit et évaluer sa façon de se battre. « Je crains de ne pouvoir adapter aucune épée classique à ce type de blessure. » Trop longues, trop lourdes… Aucun ajustement ne pourrait permettre une telle manipulation autrement que par la main. « Toutefois… » L’idée lui sauta à l’esprit, rapidement, un peu comme un félin bondissant des hautes herbes sur sa proie. Et félin était bien le mot. « Tu as déjà vu des félins ? Je ne te parle pas de chats, bien que cela suffirait aussi, mais je pensais plutôt à quelque chose de plus… gros. » Un sourire naissait sur ses lèvres, peut-être un regard légèrement plus complice aussi. A la fois parce qu’il avait peut-être une idée pour la soulager de son fardeau physique, mais également parce que cela constituerait un défi qu’il serait ravi de pouvoir relever. La nouveauté était un excellent moyen de se perfectionner et cette commande hors du commun semblait de bonne augure pour lui redonner davantage de motivations pour se surpasser encore une fois, comme il le faisait généralement pour toutes ses créations, mais il était plus facile de donner le meilleur de soi dans quelque chose qui sortait de l’ordinaire que dans une création que l’on réalisait en quatre ou cinq exemplaires dans la journée, comme, notamment, certaines épées dont elle avait testé l’équilibre quelques minutes auparavant.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Jeu 14 Juin - 12:36

La question de l’Olaril lui arracha un sourire énigmatique. Bien sur qu’elle le connaissait. « Bien sur... » Sa voix, comme s'il s'était agi d'une confidence, baissa involontairement d'un ton. Elle ajouta donc doucement : « Il était l'un des meilleurs artisans de cette capitale, et peut-être également le plus droit... » Sans doute un peu trop de mystère dans sa réponse évasive, et dans son comportement, mais elle ne craignait pas grand chose de cet homme. Après tout, il était arrivé dans cette ville après sa dernière visite ici, et s'il avait peut-être entendu parler dans la bouche de son ancien patron du Capitaine Jagharii, il ne l'avait jamais cotoyé. Encore que... Quelques jours, tout au plus. Elenor de son côté ne se souvenait pas de lui, mais les Olarils, lorsqu'ils avaient débarqué chez Sieben au Ceste, étaient si nombreux qu'ils se fondaient tous en une masse anonyme. A l'exception de leux espèce d'excitée de chef, cela allait sans dire... Elle, pour la connaître, c'était chose aisée...

Elenor de son côté n'avait pas ce bénéfice, mais il n'y avait eu aucune reconnaissance dans l'oeil de ce Silbio, ce qui l'invitait tout de même à une certaine confiance. Souriant toujours sous cape, elle haussa un sourcil, et ajouta : « Tu n'as en tout cas pas l'allure d'un apprenti... » Bien trop... homme, pour cela, remarqua-t-elle. « … S'il t'a légué son bien, c'est qu'il t'en estimait capable. Aussi, j'espère que sa clientèle t'accorde aujourd'hui la même confiance. » A en juger par la qualité de ses lames, ce ne serait pas une tache très ardue pour Elenor. Après tout, ce qu'elle avait à demander n'était pas académique, et pourvu que le geste soit bon, et l'esprit alerte, Ilédor comme Olaril seraient neufs face à sa commande.

Sa commande, justement, qui semblait intéresser l'artisan. Elle vit son regard courir sur ses doigts rigides, et comme à chaque fois, en ressentait un certain malaise. L'impression d'être mise à nue, vulnérable. Au début, outre la douleur toujours grande que cela provoquait, elle était tentée de dérouiller toute personne qui en venait à lui toucher la main gauche. Cela, heureusement, était passé à mesure qu'elle s'accoutumait à sa nouvelle condition. Pour autant, elle n'aimait toujours pas ce type d'examen, et la question du handicap restait pour elle une plaie à vif. Nécessaire, pourtant, de retourner ce couteau dans cette plaie, le forgeron devant obligatoirement comprendre dans le détail qu'elle était la problématique à laquelle elle devait faire face. S'il avait eu besoin de la toucher, elle l'aurait laissé faire, s'y attendant même en le voyant se rapprocher. La Jagharii guetta sur son visage une réaction face au spectacle qu'elle lui offrait, mais n'en vit pas de notable. Pas d'horreur (ce qui était normal, les chirurgiens, bien qu'ils aient dans leur entreprise saccagé toute chance de mobilité future -selon leur propres dires, mais elle n'était pas encore capable de se résoudre à en voir d'autre- avaient pris soin de faire des miracles d'esthétisme) ou de pitié, mais simplement un semblant de surprise. Et au fond, cela lui plaisait plutôt.

Le regard qu'il posa sur elle, lorsqu'elle lui dit souhaiter quelque chose de dangereux, lui parut insistant, quoi qu'il n'y ait rien eu de graveleux dans ces yeux qui la parcouraient. Tout comme elle l'avait fait en entrant avec lui, il appréciait sa personne, sa morphologie d'un regard plus expert que sensible, et cela avait quelque chose de rassurant. En terme de professionnalisme. Son état d'esprit quant à lui n'était pas exactement à autre chose pour l'heure.

C'est avec une attention décuplée qu'elle écouta sa proposition, jusqu'à voir apparaître sur ses lèvres un sourire... communicatif. Dans le mystère, et la complicité. Un félin... Elle ne retint pas le rire qui lui vint à cette idée. Il ne croyait pas si bien dire. Elle savait que les Olarils étaient plus accoutumés que les Ilédors aux grands fauves, ces derniers étant pourbeaucoup d'entre eux plus une sorte de mythe provincial qu'une vision courante. Pour autant, s'il en était une qui pouvait entendre ce qu'il voulait dire par là, c'était bien elle. Un félin, beaucoup plus gros qu'un chat. Ne voulant pas que son hilarité soit suspecte au forgeron, elle l'étouffa dans un nouveau sourire, puis hocha légèrement la tête. « Je vois sans mal, rassure-toi... » Elle regarda ailleurs puis, baissant encore d'un ton, elle précisa : « Comme un lion, par exemple ? » Elle récupéra alors sa main, et la fit tourner entre eux. Elle la regarda, et tenta de s'imaginer une armes, qui 'y agripperait pour la rendre aussi redoutable que la puissante patte d'une lionne blanche. Nouveau sourire amusé, puis elle ajouta : « Sont-ce des griffes, ou des crocs, que tu me proposes ? »

Vint alors un semblant de serieux, et elle précisa aussitôt sa demande. « C'est bien une arme, que je te demanderais... Mais j'ai aussi le réflexe de l'envoyer en avant pour parer les coups » Un rictus de douleur apparut à ses lèvres, souvenir des coups de bâtons reçus lorsqu'elle s'entraînait avec Lan dans l'arrière cour. Avant toute cette histoire... « Ce devra donc être une création batârde, capable de me protéger, mais également de mordre... » Son sourire reparût alors, en quelques mots, cet Olaril avait su aiguiser sa curiosité. Plus qu'en deux semaines l'ensemble de la meute qui avait débarqué au Ceste. En fin de compte, elle était presque contente, d'avoir affaire à lui plutôt qu'à son chef. Le vieil homme était peut-être le meilleur forgeron, du moins le plus professionnel qu'elle ait connu, mais celui-ci avait pour lui un aspect plus expérimental qui titillait la lionne.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Jeu 14 Juin - 14:01

Les commentaires qu’elle glissa sur l’ancien propriétaire des mots le firent sourire. « Droit » était probablement l’adjectif qui lui collait le mieux à la peau, ou plus précisément à l’esprit. C’était une qualité remarquable surtout en une époque aussi troublée. L’Olaril lui-même ne pouvait surement pas se targuer d’un tel trait de caractère, du moins pas aussi poussé que chez son prédécesseur. La loyauté était quelque chose d’extrêmement fort et s’il estimait être toujours fidèle aux origines Olariles, certains pouvaient le voir comme une sorte de transfuge, qui essayait de se faire absorber par une société qui n’était pas la sienne. C’était le cas, Silbio essayait simplement de reprendre une existence tranquille, loin de la Gérax, loin de tout ce que cela pouvait représenter, loin de considérations politiques qui ne le concernait que trop peu. Il n’avait que faire d’être un Elu d’une prophétie. Les histoires des Dieux ne l’intéressaient plus depuis qu’ils s’étaient révélés bien trop cruels sans raison. Heureusement, les choses se tassaient rapidement, ou perdait de leur valeur avec l’arrivée d’autres, plus importantes encore. Finalement ce siège de la ville avait permis aux Olarils de passer un peu plus inaperçu, un bon point pour les Révolutionnaires, même si cela n’arrangeait pas ses affaires, le forgeron pouvait au moins les remercier pour le répit qu’ils lui avaient offert. Il savait que sa réputation tenait surtout sur le fait qu’il était étranger et que l’on décrivait son travail comme « différent », mais cela n’avait plus d’importance lorsqu’il tendait la commande à son client et que celui-ci partait satisfait. Enfin tant qu’ils le laissaient faire son travail tous les jours, les Ilédors pouvaient le considérer comme ils voulaient, cela ne lui faisait ni chaud, ni froid. Quelques clients, du calme pour travailler, voilà les seules choses auxquelles aspiraient l’Olaril au passé trouble.

« Je forgeai déjà avant… mon arrivée ici. Il esquiva son regard quelques instants, le temps de refouler les souvenirs de la Gérax et de tout ce qu’elle impliquait. « Je pense que la plupart me font ce privilège en effet. » Il était difficile de dire si tous les clients du viel homme étaient revenus vers lui à sa disparition. Certaines personnes qu’il avait pu voir lorsqu’il travaillait avec lui pouvaient très bien ne plus avoir besoin de recourir aux services d’un forgeron, aussi ne pas les revoir n’était pas un signe qu’ils préféraient confier leurs besoins à un autre de ses confrères. Enfin, il était inutile de s’attarder sur le passé ou sur des personnes non présentes. Il avait une cliente, aussi particulière que surprenante, et elle n’était surement pas là pour parler chiffons. Silbio n’était d’ailleurs pas très friand de cette activité et s’il avait pu communiquer aisément sans prendre la parole, cela lui aurait surement beaucoup mieux convenu. Portant son attention sur ce qu’elle lui montrait, il se replongea dans son professionnalisme, étudia ce qu’il y avait à étudier mais ne s’attarda pas. D’abord parce que ce n’était pas poli, ensuite parce que ce n’était pas nécessaire. Un regard habitué pouvait comprendre ce qui se cachait derrière ce bout de jeune femme. Même s’il ne la connaissait pas, même s’il ne saurait probablement rien d’elle, il savait ce qu’il y avait de plus important pour lui, et pour elle en cet instant, elle voulait pouvoir se battre à nouveau, comme elle le faisait par le passé, et c’était vers lui qu’elle s’était tournée pour trouver une solution. Pour l’Olaril, il existait toujours une solution, parfois complexe et détournée mais il suffisait de prendre le temps nécessaire pour y parvenir et le tour était joué. Sa main d’épée était inutilisable pour les épées, un comble, un handicap terrible, mais à ce point insurmontable ? Jamais.

S’il avait su la personne qu’elle était et ce que son nom représentait, il aurait peut-être compris pourquoi elle se mit à rire. Sans le prendre mal néanmoins, il accusa le coup d’un haussement de sourcil, unique témoin de sa surprise. Il s’en tint à penser qu’il avait rappelé quelque chose probablement amusant à la jeune femme et opina de la tête lorsqu’elle évoqua l’image du lion. « Pas loin. Une lionne. Les lions sont paresseux et ne chassent pas. Tu ne voudrais pas que je fasse de toi un lion, si ? » Un petit sourire accompagna la pointe de malice qu’il avait glissé dans sa question. Certes on attribuait la majesté et la suprématie aux lions, mais les lionnes s’occupaient de nourrir la meute, c’étaient elles qui chassaient et se servaient de leurs crocs et de leurs griffes. Silbio avait toujours eu plus de considération pour elles que pour leurs mâles feignants. Il observa la main tourner devant lui encore entier à sa réflexion. Il écouta avec patience les précisions qu’elle apporta à sa commande. Portant sa main à sa petite barbe taillée, il posa son regard dans celui de la jeune femme pendant quelques instants avant de s’écarter de quelques pas lui laissant un espace suffisant. « Montre moi. » Ce n’était pas un ordre impérieux, simplement une demande, pour comprendre comment elle se battait, pour se rendre compte de ce qu’elle venait de dire. Il voulait qu’elle s’imagine se battre avec une épée, pour qu’il puisse donner un meilleur corps à son idée. La voir esquisser quelques gestes pour se faire une idée de la combattante, la partie d’elle qu’il devait connaître pour mieux la servir. « De quel genre d’épée te servais-tu ? » Il l’observait, scrutait même ses gestes, sa façon de se positionner, le jeu de ses jambes. Silbio n’était pas un expert en maniement d’armes mais il savait qu’on ne maniait pas de la même manière une lame courte et une autre plus longue, mais surtout qu’on ne faisait pas combattre de la même manière un bretteur agile et un autre qui comptait sur sa force. Il fit quelques pas de côté, cherchant le détail, puis, lorsqu’il estima en avoir eu assez, il se rapprocha de la table et posa les mains contre le bois, la tête penchée en avant, scrutant les planches qui composaient le meuble dans une réflexion relancée...
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Jeu 14 Juin - 14:57

A sa remarque sur les lions, Elenor pensa aussitôt à son père, ce « Vieux Lion », que tous estimaient et respectaient en digne patriarche qu'il était. À ces propos, Amarante Jagharii aurait froncé les sourcils en sa redoutable mais réputée moue. Puis il aurait abdiqué, admis que c'était bien une lionne, qu'arboraient ses armes, et qu'en effet, ceci n'était pas fortuit. Pour autant, dans la famille Jagharii le don pour la stratégie ne suivait que peu la nature, puisqu'on pouvait sans mal estimer que de tous les représentants de cette éminente famille (son incapable de frère mis à part, bien entendu) la plus brute, et moins stratège était sans doute celle qui se tenait face au forgeron. Oh, ça, Elenor était une bretteuse hors pair... Et nul ne subjuguait comme elle les hommes envoyés à la mort. Elle savait tirer de leurs Volonté le meilleur, et faire de ces âmes un bloc compact, inébranlable de puissance. Une lame, pénétrant l'ennemi comme s'il eut été du beurre.

Autrefois.

Son sourire découvrant, l'espace d'un instant ses dents, elle opina alors du chef, une lueur rieuse, brillant dans ses prunelles d'onyx en guise d'indice quant à ce que la remarque avait produit. « Tu as raison, je ne suis pas un lion. » Je suis une lionne blanche.

Elle faillit se mordre la lèvre, pour s'empêcher de prononcer à haute voix cette idée, mais retint jusqu'à ce geste qui l'aurait un peu trop trahie. Au lieu de cela, elle cilla, et se prit, par vanité, à imaginer pour elle quelque chose de livide, d'un métal puissant, le plus clair qu'il était capable de produire. Une arme symbolique... Elle aurait aimé cela. Peut-être pourrait-elle l'obtenir, mais était-ce bien prudent... ? Il s'agissait de ne pas trop attirer son attention. Se doutant qu'il faudrait faire des essais, des tests, elle était persuadée que viendrait un jour où il verrait au moins les tatouages de son avant-bras gauche. Et plus haut, la lionne Jagharii, à jamais gravée dans sa chair... Son hilarité, ces tatouages, et les nombreuses recherches toujours entreprises par les sbires de Xander Venarii (à présent que son cher paternel, ayant obtenu ce qu'il désirait, la laissait enfin en paix...) risquaient de mettre l'Olaril sur une piste qu'elle ne souhaitait pas le voir emprunter, tout discret qu'il semblait être.

Lorsqu'il lui demanda de lui faire une démonstration, la lionne cilla, elle ne s'y attendait pas. Elle n'avait pas sur elle son sabre, l'arme étant trop voyante, à présent qu'elle était une bête traquée. Elle n'avait que des dagues, à l'abri en haut de ses chausses. Les armes qu'elle utilisait étaient pour le moins variées... Aussi la question la mettait-elle dans l'embarras. Se détachant de lui, la démarche souple, elle fit le tour de l'établissement, attardant ses doigts ci et là en quête de ce qu'elle pouvait désirer.

Premier arrêt devant une lance. Longue, le fer allongé. Elle était un peu lourde, et la lionne se tourna vers son interlocuteur avec un sourire amusé au lèvres : « Ça, c'est juchée sur le dos d'un canasson... » Sales bêtes. Mais en digne capitaine de cavalerie, elle avait fini par s'y faire. Une moue plissa alors son nez, avant qu'elle n'ajoute : « Mais c'est une arme lourde, et elle ne fait pas long feu avec moi. Tu as du constater que je n'avais pas les épaules d'un forgeron. » Un clin d'oeil, puis elle reprit son avancée, jusqu'à un lot de carreaux d'arbalète, aux pointes admirables, qui lui arrachèrent un soupir « Ça, j'en ai fait le deuil. Les lionnes de toute façon n'en ont pas l'usage, n'est-ce pas ? … Ah ! Voilà ce que je cherchais... »

Elle se tourna vers lui, extirpant dans un crissement bien connu un sabre courbe de son fourreau. L'arme était légère, et son mouvement d'une grande fluidité. Se battre au sabre ne consistait pas en des attaques frontale, ou brutales, mais en des courbes et tailles aussi fluides que l'eau. Elle le lui montra, d'ailleurs. Bien que sa main droit fut moins habile que la gauche, elle avait, à force d'entraînement, réussi à reprendre les bases. Elle pouvait décemment le manipuler, mais rageait toujours intérieurement de ne plus être capable des miracles qui étaient les siens autrefois. Face à un homme en armure, sans être capable de viser des points très précis (aisselles, jointures des plates...) un sabre courbe était aussi inutile qu'un balais.

Pour lui, elle fit néanmoins quelques passes, pivotant sur sa jambe d'appui, le genou ployé, les impulsions données par son bassin puissantes et maîtrisées. Le catogan qui retenait la longue cascade noire, et lisse, suivait le mouvement, fouettant l'air au rythme de ses pirouettes, pour heurter avec un son mat son épaule, ou sa gorge. Ses jambes, au moins, ne la trahissaient pas, et eut-elle été en extérieur, elle aurait pu lui donner à voir l'explosivité de celles-ci. Les guerriers dont les bras n'étaient pas puissants tenaient leur force du bassin, d'un dos maintenu (et ça, le corset le lui apportait) et de cuisses toniques. Si, globalement, Elenor avait fondu depuis son accident, elle avait de beaux restes, et quoi que le placement de la lame était loin de la perfection, celle-ci laissait entendre le chant feutré de ses sifflements. Souplesse, donc, définitivement, pour cette lionne qui s'était adaptée à son petit gabarit. Finalement, estimant que les coups portés à d'invisibles adversaires suffisaient, elle fit pivoter la lame d'un moulinet avant de la poser sur la table où, plus tôt, il avait pu examiner sa main. C'était bien là son arme. Aujourd'hui, même blessée, comme toujours. La plus adaptée à son corps, élancé et tonique, mais plus souple que lourd. L'arme qui mettait à profit sa souplesse, sa rage et son endurance.

Finalement, un sourire amusé aux lèvres, elle délaissa le sabre, et écarta doucement le haut de sa cuissarde pour dégainer l'une des petites lames glissées contre ses chausses, qu'elle sortit enfin : « Quant à ceci, c'est en attendant mes griffes. Je n'égale pas la dextérité qui était mienne autrefois avec, mais je m'en sors. »

Il n'y avait pas de triomphalisme dans son sourire, néanmoins, ses yeux luisaient légèrement de curiosité. Elle avait hâte de lire sur le visage de l'Olaril une réaction, une idée, n'importe quoi.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Jeu 14 Juin - 16:40

Lui annoncer qu’elle était une lionne blanche n’aurait fait que rajouter à la confusion qu’il avait ressentie lorsqu’elle avait ri de son allusion aux grands félins. Il ne connaissait pas les grandes familles nobles d’Edor Adeï et le nom même de Jagharii n’aurait pas éveillé un seul soupçon chez lui. Peu au fait des règles nominatives nobles, il n’aurait même pas compris qu’elle était la fille d’une famille importante par la seule présence des deux « i » à la fin de son nom. Il n’avait pas jugé utile d’apprendre ce genre de choses. Généralement les nobles faisaient rapidement comprendre ce qu’ils étaient et un forgeron n’avait besoin que d’un visage pour prendre une commande. Les noms restaient superflus, uniquement là pour le registre, les comptes, bien que le type de la commande, presque souvent unique en elle-même aurait pu suffire à elle seule pour identifier de manière unique chacune des ventes qu’il avait pu effectuer. Certes, cela dépeignait une certaine absence de volonté véritable de s’intégrer, d’apprendre comment fonctionnait véritablement la vie Ilédore pour s’y fondre, mais le but n’était pas de se laisser totalement absorber, simplement d’y vivre en paix. Connaître les grandes lignes suffisait et si le vieil homme lui avait globalement appris le système, il n’avait pas trouvé utile de s’attarder sur les différentes personnalités du monde politique. Pour lui, comme pour Silbio, l’essentiel était dans la flamme à ne pas laisser mourir pour continuer son œuvre, le reste n’était que fioriture, rien de plus.

Il préférait de loin s’intéresser à sa manière de combattre, à comprendre la relation intime qu’elle entretenait avec son arme, mais s’il s’attendait à ce qu’elle se contente de quelques mouvements dans le vide, sans même prendre la peine de prendre une arme, il la laissa toutefois refaire une nouvelle fois le tour de son échoppe pour trouver ce qui la caractérisait le plus. Il l’observa avec une certaine surprise s’emparer d’une lance pour lui expliquer qu’elle se battait également à cheval, ce qui était déjà plus rare. Peu de personnes montaient à cheval pour se battre et il la soupçonna rapidement d’être issue de l’Armée. Il n’y avait guère que ceux-là pour ce genre de combats. Enfin, ce n’était pas péjoratif. Il savait déjà qu’elle n’était pas comme les autres, mais là, il en était presque convaincu. Sa blessure lui avait probablement coûté sa place mais elle voulait continuer à se battre, pour des raisons qui lui étaient probablement siennes et siennes seules, ou pour prouver qu’elle était encore capable d’aussi bien, sinon mieux que ce qu’elle pouvait accomplir par le passé. Une telle volonté ne pouvait qu’être respectée, et, pour un forgeron comme Silbio, encouragée. Il acquiesçait d’un sourire à ses petites remarques glissées à chacune des armes qu’elle dédaignait avant de la voir brandir avec volonté l’un des sabres plutôt banal qu’il avait confectionné lors des premiers jours sans le vieil homme. Ils n’avaient rien d’exceptionnels mais d’excellente facture et convenaient très bien à n’importe quel bretteur qui aimait les lames courbes et qui avait encore l’usage de sa main d’épée.

Il observa en silence les mouvements, les passes, les mouvements de jambes. Tel l’instructeur qui regarde son élève lui montrer ce qu’il a appris ou l’élève qui regarde le maître lui enseigner. Le forgeron était maître et élève, maître dans sa façon qu’il avait d’interpréter ce qu’il voyait pour y poser le développement d’une idée, élève devant la qualité des gestes et l’efficacité redoutable dont elle faisait preuve. Il n’aurait pas longtemps taillé le bout de gras avec une épée face à elle, pourtant il était plus solidement bâti et plus fort, mais ses mouvements étaient la preuve que cela ne faisait pas tout. Même de sa main « maladroite », elle possédait une technique à faire pâlir plus d’un duelliste. Il continua son observation jusqu’à la fin et son regard ne quitta plus le sabre déposé sur la table, sauf pour jeter un œil à la dague dégainée de ses chausses. Il sembla n’y prêter que peu d’attention, mais parce qu’il savait pourquoi était faite la jeune femme, et ce n’était pas pour ces petites lames, même si elle avait probablement du faire contre mauvaise fortune bon cœur. « Laisse de côté ces griffes de chaton, je te rendrai la griffe que tu as perdu et aspire à retrouver. » Il agrippa le sabre par la poignée, sans être menaçant une seule seconde, puis il se tourna vers elle, le regard animé d’une curiosité qui ne fait qu’accompagner les grandes idées.

« Ton bras, s’il te plait. » Il la regarda quelques instants. « Tends-le. » Il attendit qu’elle s’exécute, sans aucun autre indice sur ses intentions. Elle comprendrait bien vite une fois qu’elle aurait tendu ce bras au bout duquel cette main gauche ne répondait plus et n’en faisait qu’à sa tête pour il ne savait quelle raison. Avec la douceur toute relative d’un forgeron, il se saisit de son poignet et plaqua sa main qui tenait la garde du sabre contre son coude, lame tournée vers lui, le bout reposant sur le dos de sa main qui enserrait à peine l’avant-bras de la bretteuse. Son regard courut ainsi quelques instants sur la lame, qui « habillait » le membre de la jeune femme sur toute sa longueur. Comme s’il était satisfait de lui, il releva les yeux vers elle. Aucun mot n’était nécessaire, il voulait voir si elle avait compris son idée, bien qu’il était quasiment certain que ce fut le cas, et attendait surtout son avis, voulait voir si elle partageait son enthousiasme, sa façon de voir les choses, s’il avait compris ce qu’elle attendait de lui et peut-être même s’il dépassait ses attentes. Il fallait un peu d’imagination bien entendu. Il ne se contenterait pas de placer un sabre sur son avant-bras. Non il faudrait une nouvelle lame, courbe, fine mais résistante pour pouvoir servir de protection. Elle serait fixée avec des sangles, mais il faudrait protéger la main, probablement avec un gant. L’idée prenait forme dans sa tête au fur et à mesure que les secondes s’égrainaient, mais il fallait surtout qu’elle plaise à la principale intéressée.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Sam 16 Juin - 14:00

Elle obéit aux ordres, vieux réflexes d'autrefois. Pour autant, ce ne fut pas tout à fait de gaité de cœur, tant la perspective d'être manipulée, précisément ici, par un étranger l'incommodait. Elle lui offrit néanmoins son bras, sans relever la manche qui demeura serrée sur son poignet. Lorsqu'il le saisit, elle frissonna et détourna les yeux. En tenant son poignet, il maintenait avec fermeté sa main famélique. Seuls les médecins, puis ses amants avaient touché ce membre comme mort. « Comme », car il ne l'était pas, et la sensation de cette peau chaude qui l'éffleurait la rendit presque nauséeuse. Elle reporta cependant sur lui son regard, percevant le mouvement du sabre près de son bras.

Curieuse, elle dépassa l'inconfort pour s'intéresser à ses projets. La lame, accolée à son bras et à la main de l'Olaril, sembla changer de forme sous ses yeux. Une lueur écarlate la zébra, reflet de la forge qui se trouvait non loin. Elle s'animait, se métamorphosait sous leurs yeux. Elle eut envie de refermer sa main, mais ne put qu'à peine contracter ses doigts. Léger soubresaut. Déjà, elle la voyait amarrée à son bras. De l'autre côté de celui-ci, elle voyait la moitié du visage de l'artisan, et dans ses yeux une lueur complice qui acheva de la troubler. Sa voix, lorsqu'elle s'éleva, lui sembla plus grave encore. Elle chuchotait presque et, pour qu'il l'entende, s'approcha un peu de lui. « Je saurais comment mordre la chair, d'une telle arme. »

Oui, déjà, elle savait quelles impulsions donner à son corps pour que d'un pivot il abatte cet avant-bras redoutable sur l'ennemi. Une arme qui pourrait rester cachée. Bien à l'abris d'une manche ample... Elle hocha la tête, un sourire appréciateur apparaissant alors au coin de ses lèvres. En l'état, l'exemple n'était pas parfait, mais elle n'avait pas de doute quant à l'efficacité future d'un tel objet. Il conviendrait à sa souplesse, l'obligeant seulement à réduire l'espace qui la séparait de son adversaire. D'ordinaire, son corps qui n'était pas celui d'un puissant lutteur, était suffisamment en retrait pour lui éviter de fâcheuses blessures... Mais il serait plus aisé de s'adapter à cela que de retrouver sa dextérité d'antan. Restait à voir ce qu'il ferait de cette interprétation d'une arme originale, une arme que jamais elle n'avait vue jusque là. Au fond, elle s'en sentait honorée.

Elle lui laissa sa main pour quelques instants de plus, avant, finalement, de la récupérer. Elle échappa à sa poigne en cillant, puis frottant par réflexe son bras gauche, lui adressa un sourire d'excuse. « Pardonne moi, je n'y suis toujours pas habituée. » Elle ressentait alors un confus mélange de honte, mais aussi un enthousiasme qu'elle ne déguisa pas, dans ses prunelles qui lorgnaient avec gourmandise la lame qu'il tenait toujours. « Tu auras besoin de moi, pour prendre des mesures, faire des tests... ? » Elle sourit, relayant au second plan sa réticence précédente pour lui opposer bien plus de détermination. « Je me rendrais disponible pour toi, si oui. Et ne t'inquiète pas pour... pour ça... » Elle désigna du menton sa main. « … Je m'y ferais sans difficulté. » Autrement dit, ce ne serait pas un obstacle à leur entreprise. Avec un peu de temps, elle serait à l'aise, et ils pourraient travailler de façon constructive.

Ils n'avaient pas encore parlé de tarifs, ni de délais, mais pour cela non plus la Jagharii ne s'inquiétait pas. Si les seconds, s'ils tiraient trop en longueur, risquaient de poser problème (son avenir, après tout, ne se présentait pas avec une franche stabilité), les premiers étaient d'un souplesse considérable. Parmi les quelques effets emportés, Elenor avait taillé dans son patrimoine un pécule pour le moins confortable qui, si elle ne s'en servait qu'en de très rares occasions, et souvent pour soudoyer un indic, lui assurait une largesse de ce point de vue. Son train de vie était modeste, et ce pour ne pas attirer l'attention sur elle... Mais cette dépense serait exceptionnelle, et si elle la rendait à nouveau capable de se battre avec sa férocité d'hier... Alors, elle valait le coup.

S'il réussissait ce pari, il lui offrirait ce pour quoi, il n'y avait pas si longtemps, elle aurait été prête à échanger tout ce qui était sien... L'espace d'un instant, elle songea même à l'armée... Et à regret se dit qu'il était trop tard, aujourd'hui, pour reprendre sa place. Elle se dit également que toute mortelle que serait cette « griffe », comme il disait... Elle ne s'adaptait pas à un combat rangé. Cet Olaril ne lui rendrait donc pas son passé. Mais il lui rendrait tout de même un peu d'espoir, et d'estime, et pour cela elle lui en était reconnaissante. Une reconnaissance qui luisait dans ses yeux, tandis qu'elle croisait son regard.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Dim 24 Juin - 3:29

Il n’était pas difficile d’imaginer que laisser sa main être touché par quelqu’un d’autre ne devait pas être quelque chose de facile à accepter. Silbio n’était pas spécialement réceptif aux émotions que dégageaient d’infimes variations des traits du visage ou du regard mais la façon dont elle se comportait était bien plus criante qu’autre chose. Il ne fallait pas être stupide et le forgeron aurait surement eu la même réaction qu’elle s’il avait été dans son état. Qui plus est, une telle main l’empêcherait probablement de faire son métier avec la même efficacité que maintenant, une chose qu’il ne préférait même pas imaginer puisque le travail restait la seule et unique chose entière qui lui restait et que la Gérax n’avait pas pu détruire car elle ne l’avait pas affecté lui. Sans la possibilité de forger les métaux et de donner vie à des objets parfois hors du commun, il n’aurait certainement pas pu refouler au fond de lui tout ce qu’il avait perdu de l’autre côté de ces montagnes, tout ce que les Dieux lui avaient pris. Non il ne serait certainement pas l’homme qu’il était aujourd’hui sans cette forge, sans ces outils et ces mains. Un tel coup du sort l’aurait achevé et l’achèverait surement encore si cela devait arriver. Enfin mieux valait ne pas y penser et se concentrer sur la tâche qui lui avait été confiée et qui consistait à trouver une nouvelle façon de se battre à cette femme qui ne tiendrait plus jamais une épée de la même façon. Les mains étaient les meilleures dans ce domaine mais il restait toujours de bons substituts, du moins si on veillait à s’arranger pour qu’ils le soient. Le bras était naturellement le meilleur second candidat dans ce domaine. Y faire épouser la lame serait une chose relativement aisée si on la travaillait en ce sens et les fixations ne seraient qu’une affaire d’intelligence plus que travail.

Croiser son regard lui suffit pour comprendre qu’elle avait compris ce qu’il désirait faire et, mieux encore, qu’elle approuvait pleinement sa décision. Un petit sourire se glissa sur ses lèvres alors qu’elle appuyait son regard de propos tout à fait de mise. « Je n’en doute pas un instant. » Oui, elle donnait l’air de savoir « mordre » comme il le fallait et changer d’arme ne lui poserait certainement pas énormément de problème. Il y aurait une période d’adaptation mais l’entrainement, comme lorsqu’on apprenait à manier une nouvelle arme, suffirait certainement à la rendre redoutable à ce qu’il allait forger pour elle. Ce ne serait pas facile, du moins pas aussi simple qu’une banale épée mais l’idée avait fait bruler plus fort la flamme presque éternelle qui brillait en lui, celle du forgeron qui crée, qui fait vibrer le métal d’une manière que lui seul peut réellement entendre et lui donne naissance ou plutôt une renaissance sous une autre forme. Il lâcha le poignet de la jeune femme quand elle reprit sa main et fit glisser le sabre contre la table d’un mouvement habile tout en observant sa cliente. Il hocha doucement la tête à ses excuses. « Ne t’en fais pas. Je comprends. » Il était, pour ainsi dire, presque surpris qu’elle lui ait confié la source de sa honte sans même protester un instant. Plus d’un auraient été réticents à cela et n’auraient peut-être pas pris autant sur eux pour permettre simplement au forgeron de faire son travail. On n’avait rien sans rien, comme on le disait souvent, et sans un minimum d’interaction entre eux deux dont celle-ci venait d’être la première, il aurait été difficile de concevoir quelque chose de réellement sur-mesure, c’est-à-dire d’efficace ou, plutôt, de redoutable. Heureusement, elle semblait prête à quelques concessions, apparemment motivée, par la curiosité ou plus encore, à découvrir ce qui découlerait de son travail.

« Je peux faire mon travail sans ton aide, mais il ne sera certainement pas aussi efficace que si tu apportes ta pierre à l’édifice. » Il prit le sabre et se dirigea vers l’endroit où il avait été rangé quelques jours plutôt. « Je n’aime pas faire les choses à moitié. Si tu veux retrouver ton mordant d’autrefois, il faudra effectivement prendre des mesures, faire des tests. C’est probablement le minimum. » Il rangea l’arme avant de se retourner vers la jeune femme. « Je pourrais travailler seul sur de nombreuses parties mais les finitions, et donc le plus important, dépendra tout autant de toi que de moi, si ce n’est plus. » Il s’approcha à nouveau d’elle, revenant à son point de départ. « Pour ce qui est des délais. C’est toi qui imposeras le rythme. » D’eux deux, il se doutait qu’elle serait la moins disponible et que s’ils devaient travailler ensemble pour confectionner cette nouvelle arme, elle deviendrait rapidement le facteur limitant. Simple question de logique élémentaire. Un petit cri se fit entendre au dehors juste avant que Zéphyr ne fasse son entrée par la fenêtre laissée ouverte auparavant et ne se pose sur une des poutres de l’atelier. Silbio lui accorda un regard et se retourna vers la jeune femme avant de prendre la direction de la forge où la flamme nécessitait d’être attisée. « Rien à craindre de lui, il doit s’en être déjà mis plein la panse le petit goinfre. » Le faucon émit un cri comme une réponse et le forgeron eut un petit sourire avant de jouer du tison et du soufflet. Sans regarder sa cliente il estima que la question finirait par être posée et il se permit de l’évoquer en premier afin d’y mettre rapidement un terme. « Pour les tarifs… Nous verrons une fois que ce sera terminé. Il est d’autres considérations bien plus utiles que cela pour le moment. » Son affaire terminée, il se retourna vers elle, dont il ne connaissait toujours pas le nom. Il fit plusieurs pas vers elle avant de s’arrêter à deux pas. « Puisqu’apparemment nous allons être amenés à nous revoir souvent… Je m’appelle Silbio. » Adjoignant le geste à la parole, il tendit sa main gauche, contrairement à la coutume, de telle sorte qu’elle devrait y répondre avec sa main gauche également tout en posant le regard sur elle. Ni curieux, ni défiant, ni quoique ce soit. Elle l’avait dit elle même. Elle devait s’y faire. Tout simplement.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Lun 25 Juin - 8:53

Non seulement Silbio acceptait son aide, mais il la disait de surcroît nécessaire à la bonne réalisation de sa commande. Avec un sourire amusé, elle songea qu’à ce rythme, peut-être lui faudrait-il demander un pourcentage du prix final de la lame. Elle garda sa plaisanterie pour elle, et se contenta d’opiner du chef, détendue. « Je peux me rendre disponible sans mal. Si tel est ton cas aussi, alors nous avancerons vite. » Elle avait la chance d’être seule maîtresse de ce genre de chose, les heures qu’elle n’engageait pas dans la Dissidence étant totalement libres. Elle les passait en général à se reposer, à reprendre un peu de forces, et en sacrifiait certaines au mouvement qui était à présent sa seule raison d’être. Le repos était de plus difficile à tenir, tant il était propice aux tergiversations pour la lionne. Vendue, traitresse auprès de tant de noms… Nul oubli dans le calme qui toujours venait avec son lot de problèmes et d’angoisses. Alors c’était plus que volontiers qu’elle s’impliquerait dans cette tâche. Elle ne cachait d’ailleurs pas son enthousiasme, son sourire enjoué, la rajeunissant un peu. Une joie simple, un optimisme qu’elle croyait perdu, depuis le temps… sans doute parce qu’il s’accompagnait d’un peu de fantasme. Celui de redevenir une bretteuse redoutable. Et celui, plus lointain encore, d’être un jour, pourquoi pas, à réintégrée à la glorieuse armée du Gardan Edorta. Bellone, après tout, le lui avait encore proposé il y avait peu.

Avant, bien sur, qu’elle ne trahisse honteusement sa presque sœur.

L’œil animé d’une lueur, elle balaya avec difficulté cette pensées pour ajouter doucement « Je te laisserais me faire part des dates, auxquelles tu auras besoin de moi en fonction de ton travail. Je passerais, régulièrement, pour en prendre connaissance. Lorsque tu avanceras sans mon intervention, alors je me tiendrais à distance. » Puisqu’elle ne pouvait, bien entendu, pas lui laisser d’adresse à contacter…

Elle fut alors interrompue par un cri strident, suivi d’un battement d’ailes feutré. Aux aguets, Elenor se tourna vivement en direction de l’animal qui gagnait son perchoir, sous le regard bienveillant du forgeron. Un faucon. Passée la surprise, elle fut prise d’une certaine envie pour l’Olaril. Elle avait toujours admiré les oiseaux de proie, et envié ceux qui les employaient dans l’armée. Ils faisaient d’excellent messagers, mais aussi des veilleurs et des guetteurs hors pairs. Leurs dresseurs semblaient vivre une relation quasi fusionnelle, qui se passait de mot, et tiraient de l’animal des informations toujours muettes, mais primordiales. Elenor n’était pas du genre superstitieux, mais le mystère qui auréolait cette collaboration l’avait toujours touchée. Pour autant, elle n’avait jamais eu l’occasion de s’y intéresser de plus près, sa place dans la cavalerie déjà bien établie au moment où elle se prit d’intérêt pour les rapaces… Peut-être était-ce d’ailleurs de là que lui provenait cette envie. Elle était, du coup, une excellente cavalière, rodée au combat en selle, quoi que sa monte soit passablement unique (mais adaptée à son poids léger, et à sa fragilité à l’impact). Mais jamais elle n’avait eu de réelle affection pour les équidés. Ou alors une étrange affection, faite de brimades et de défis mutuels qui venaient tant d’elle que de la bête qui, consciente de son sale caractère, le lui rendait en général plutôt bien.

Elle mit du temps à détacher ses yeux du rapace qui la surveillait toujours depuis la poutre, immobile et prudent. Lorsqu’elle lui répondit, ses yeux en amande étaient toujours attachés au plumage de la silhouette qui se dandinait là-haut. « Il est magnifique » Elle manqua d’ajouter qu’il était verni d’avoir à ses côtés une telle créature, mais le retint, fort heureusement, de justesse. Dire cela à un Olaril, connaissant leur histoire commune, était d’une impolitesse redoutable. Comme chacun d’entre eux, il avait sans doute perdu les siens, ou, au mieux, son passé et son foyer. Nulle chance dans cette perte qui jamais ne pourrait être comblée par la présence à son côté d’un oiseau. Alors elle reporta sur lui son regard et lui sourit gentiment. « Il a de quoi faire… le buffet de rongeurs du quartier est à volonté… Et il ne doit pas avoir de très sérieuse concurrence dans leur chasse, si ce ne sont les chats errants. »

Elle l’observa alors tandis qu’il travaillait à son tison. Il évoqua la question du prix pour mieux l’écarter, ce qui lui allait aussi. A un point près. « Comme tu voudras. Pour ce qui est des matériaux, si tu as des difficultés à te fournir de certains, je pourrais me charger moi-même de me les procurer » Elle avait ses petites entrées, anonymes et proprettes, au marché noir. Et surtout un petit coffre plein du pécule Jagharii emporté dans sa fuite, et de pierres précieuses. Celles-ci faisaient un tabac au marché noir, où leur clinquant séduisait les crapules plus surement que les maras.

Lorsqu’il lui tendit la main cependant, elle fronça légèrement les sourcils. Pour plusieurs raisons… Cette main qui appelait son handicap la gênait, mais également le besoin de fournir à cet homme un nom. Arrivée trop à découvert, elle ne pouvait lui livrer Sipik, et moins encore Elenor… Elle ne pouvait néanmoins demeurer rigide face à cette invitation, et, sur un frisson tendit une main hésitante. Elle le laissa la saisir et ferma les yeux. Engourdissement, fourmis qui coururent dans les doigts qui voulaient se refermer sur ceux de l’homme, sans en être capable. Il était à l’initiative, et elle lui avait dit pouvoir s’y faire, mais si vite, cela demeurait plus qu’inconfortable. Elle ne retira pourtant pas sa main, son sourire cependant affaibli par le désagrément de ce contact forcé. Elle ne comptait pas entreprendre de thérapie, et, détendue, se laissait aller au contact. Cependant faire montre de son handicap n’était pas plaisant. Elle soupira cependant, et tacha de lui répondre. « Ravie, Siblio. Je m’appelle Lena » Surnom qui avait été le sien quelques fois. Diminutif d’Elenor, suffisamment distant de son réel prénom pour la protéger un peu plus. Elle finit alors par retirer sa main un peu nerveuse. « Nous avons un accord, donc. » Un sourire, puis elle se massa légèrement le coude gauche. Hésitant sur la conduite à adopter, elle leva à nouveau le nez au plafond, et croisa le regard acéré du rapace qui la surveillait toujours. Rester et discuter la tentait, ce personnage l'intriguant sincèrement, mais elle pensait qu’il avait aussi du travail, et ne souhaitait pas s’imposer. De plus, s’il était encore tôt, bientôt des clients risquaient d’entrer, et elle ne désirait rien moins que de croiser quelqu’un. Elle ne s’était pas apprêtée dans le but de se camoufler, et une imprudence pouvait lui coûter cher. Alors elle le quitta des yeux, et en effleura ses créations.

    HJ - je te laisse décider de s'il a du travail ou pas xD

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Silbio Alagareth
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Lun 25 Juin - 14:14

Si Silbio avait su tout ce qui passait par l’esprit de sa cliente, il aurait certainement été beaucoup plus intrigué par elle qu’il ne l’était dans le cas présent. Elle avait su s’entourer d’un mystère dont il avait fait fi car elle était sa cliente et qu’il était très mal vu de poser des questions à ses clients. La curiosité était un vilain défaut, il le savait et s’accommodait très facilement de ce que les clients se bornaient à lui dire. Il ne posait des questions qui ne concernaient que la commande, ou parfois quelques habitudes martiales, mais uniquement dans un but professionnel et pas pour en apprendre plus sur la vie privée des personnes qui venaient lui donner du travail. Certains ne se privaient pas de parler, d’expliquer qu’il s’agissait d’un cadeau pour un proche, pour telle ou telle raison, des choses que le forgeron écoutait, bien entendu, mais qu’il ne retenait que le temps de son œuvre. Il était hors de question de parler de ce qu’il apprenait à qui que ce soit, même sur le ton de la discussion. Sa discrétion était une valeur sûre dans son travail et lui évitait probablement de nombreux soucis. Il doutait sincèrement que certaines personnes voient ainsi de petits secrets – souvent de polichinelle, mais de petits secrets tout de même – révélés à n’importe qui, même à des gens qui n’en auraient rien à faire. Dès qu’une personne ne savait pas tenir sa langue, on ne pouvait garantir que la chaine ne s’étendrait pas jusqu’à des oreilles beaucoup plus intéressées. Enfin, une chose était certaine, la jeune femme pouvait dormir sur ses deux oreilles à propos de sa commande, personne ne serait au courant, même pas celui qui le fournirait en métaux. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il se procure en matière première à plusieurs endroits différents pour éviter de donner des indications sur ses alliages, une précaution utile car il savait que certains forgerons, pas très scrupuleux, lui enviaient certaines créations sans réellement parvenir à les reproduire. Il avait d’ailleurs quelques soupçons sur certains clients qui venaient pour une commande et s’intéressaient de trop près à la réalisation de l’arme. Une curiosité mal placée à laquelle le forgeron répondait généralement très vaguement.

« Si tu as des choses à faire, inutile de revenir avant deux ou trois jours. Il y a beaucoup de choses dont je dois me charger par moi-même en premier lieu, sans compter quelques commandes que je dois terminer avant toute choses. » Il pensait notamment aux réalisations qu’il devait terminer pour Silhouette mais il y avait surtout des commandes officielles dont le propriétaire ou un de ses laquais viendrait récupérer dans quelques heures. Avec cette entrevue matinale, il n’avait pas encore terminé ce qu’il avait prévu de faire mais, au final, il s’était accordé suffisamment d’avance pour cela. Certains travaux pouvaient être mis de côté pendant une ou deux journées aussi il pourrait prendre sur leurs temps si nécessaire mais il doutait d’avoir réellement besoin de temps supplémentaire, sa prévoyance étant suffisamment professionnelle pour toujours prévenir l’éventuelle arrivée à l’improviste d’un client ou de qui que ce soit d’autres même s’il doutait de voir une personne autre qu’un client passer la porte de sa forge. Il n’avait pas de nouvelles de ses rares connaissances depuis son arrivée en Edor Adeï, hormis celles qui concernaient de manière générale les coups d’éclats, en quelque sorte, des siens, qu’il s’agisse de Lysandre ou de Luminara dont il avait beaucoup entendu parler après son exécution magistrale d’une danse avec un taureau. La signification ne lui avait pas échappée mais elle ne le concernait que peu. Sans renier ses origines Olariles, le forgeron était maintenant un habitant comme les autres et il aspirait surtout à une tranquillité, nécessaire pour tirer un trait définitif sur son passé et sur tous les évènements douloureux qu’il avait pu vivre avant d’arriver dans cette ville. Certes il n’oublierait probablement jamais Elynaëll mais il espérait pouvoir faire disparaître la douleur qui accompagnait ses souvenirs qu’il avait d’elle. L’arrivée de Zéphir fut d’un salut pour lui car ses pensées purent s’accrocher à quelque chose d’autre, de plus léger, de moins douloureux.

« Je crois qu’il est trop têtu pour laisser sa proie à un chat. » En effet, le faucon pèlerin ne reculait pas devant le danger, et, au contraire, il n’hésiterait même pas à aller prendre son repas alors qu’il est déjà en possession d’un quelconque félin. Silbio avait pu en avoir le cœur net, attiré par des feulements et des cris perçants provenant du faucun. S’inquiétant pour son compagnon, il avait jeté un œil par la fenêtre avant de se rendre compte que ce n’était pas vraiment le félin qui avait l’avantage sur le duel. Il jeta un dernier coup d’œil au faucon avant de reprendre ce qu’il était entrain de faire avant de se retourner vers la jeune femme alors qu’elle lui proposait de récupérer certains matériaux s’il avait du mal à le faire par lui-même. La surprise se lisait sur son visage mais elle s’effaça rapidement, après tout, cela ne l’étonnait pas trop. « Si je rencontre quelques soucis, je repenserai à cette proposition. Merci. » Il eut un petit sourire, même s’il savait parfaitement qu’elle n’utiliserait surement pas les réseaux classiques pour récupérer ce dont il aurait besoin si nécessaire. Heureusement, malgré le blocus, les réserves en métaux étaient encore suffisamment grandes et il y avait encore de quoi travailler convenablement pour un forgeron, même s’il doutait de l’avenir, dans le cas où le blocus continuerait encore sur une trop longue période. Scellant le marché dans une poignée de main, il apprécia l’effort qu’elle produisit face à son geste qu’elle aurait pu prendre, et qu’elle avait peut-être pris, comme déplacé. Mais, surtout, cela augurait du bon pour la suite de leur collaboration car si elle acceptait de se laisser serrer la main, alors le reste serait encore plus simple pour elle car il n’aurait plus à la toucher, du moins plus autant que ce qu’il venait de faire. Les mesures ne seraient pas aussi invasives et, en ce qui concernait les tests, il n’aurait pas beaucoup à interférer dans la technique, car c’était son domaine à elle, mais simplement observer, pour s’assurer de la pleine intégration de l’arme à son corps. « Nous avons un accord Lena. » Il n’était pas certain qu’il s’agisse vraiment de son nom mais cela importait peu. Pour lui, un visage valait mieux qu’un simple nom et si elle avait fort à perdre en donnant le sien, il comprenait qu’elle préfère se protéger. Alors qu’elle retournait regarder ses armes, il jeta un œil à sa forge. « J’ai quelques travaux sur le feu et je pense que nous savons tous les deux ce qu’il nous reste à faire. Tu peux rester si tu veux. » Il n’avait rien contre le fait qu’elle puisse rester le regarder travailler si elle en avait le temps et l’envie, peut-être avait-elle encore quelque chose à ajouter ou peut-être souhaitait-elle simplement partir. La porte était ouverte et le choix était désormais le sien.
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MessageSujet: Re: Rendre ses griffes à la lionne...    Mer 4 Juil - 20:16

Récupérer sa main n’en effaça pas la pression née de ce contact surprenant. Elle lui adressa néanmoins un sourire une fois leur accord signé, avant de faire un tour rapide. Comme s’il avait lu dans ses pensées, il lui dit se remettre au travail, la libérant alors de la nécessité d’entretenir une conversation. Elle pouvait se retirer sans mal. Il était étrange de se sentir ainsi retenu par un commerçant pourtant occupé… Sans doute parce que cet échange avait une tournure étrange, un peu plus complice. Lui n’en semblait pas troublé outre mesure, sans doute de par le fait qu’il était un Olaril. On les disait plus ouverts, plus chaleureux. Pour une Ilédore, noble de surcroit, se laisser aller à cette complicité d’emblée avait quelque chose d’assez inédit. Non pas qu’elle en soit gênée, mais hésitait simplement sur la conduite à adopter. Son anonymat forcé y était aussi pour quelque chose. Elle était trop profondément ancrée dans la peau de Sipik…

Mais c’était Lena qui le quittait.

A ce rythme, Elenor songeait que bientôt viendrait la guetter la folie. Ses alter ego, plus tangibles chaque jour dans cette vie qui n’était que jeu, risquant à tout moment de prendre forme dans son esprit. Dans les moments les plus sombres de son existence, elle en venait à les dissocier, à traiter un thème avec l’un, écartant les autres jusqu’à les oublier… Sa santé mentale ne finirait-elle jamais par se briser comme du verre ? C’était ce qu’elle avait cru à plusieurs reprises… Lorsqu’elle avait découvert la trahison de Sieben, puis celle d’Elandor… Dans les bras de Colibri, à présent morne et distant… Avec l’émotion, les pans de son esprit s’affaissaient dangereusement, jusqu’à ne plus être que des écrans de fumée.

Et si, un jour, elle se trouvait incapable de les rebâtir ?

Cette idée ouvrant sous ses pieds un abyme inquiétant, elle l’écarta, l’œil brillant. Son sourire s’élargit un peu, et elle hocha doucement la tête en signe de dénégation. « Je vais te laisser travailler. Je reviendrais dans quelques jours, pour les premières mesures… » Puis elle jeta un regard en direction de la sortie, où des bruits trahissaient l’éveil de la rue commerçante. Mieux valait pour elle retrouver les ombres, avant que celles-ci ne soient trop minces pour l’abriter. A voix basse, elle ajouta : « Bonne journée, Silbio », un clin d’œil, puis elle se glissa, comme elle était venue, vers la sortie.

A l’extérieur, la lumière était plus vive, et après une inspiration profonde, tandis que sa main droite quittait le bois de la porte qu’elle refermait, Sipik reprit le dessus. Son allure se fit fuyante, discrète, moins assurée. Elle se mit en route sans tarder en direction de leur planque, pour y disparaître… jusqu’à ce qu’elle revienne le voir.

Que quelqu’un rende, enfin, ses griffes à la lionne.

{ Sujet clos }
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