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 Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.

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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Ven 13 Jan - 14:16

En ce début de soirée, Lance était presque serein alors qu'il parcourait à grands pas les rues commerçantes vides. Pas de boue dans les ruelles donc des pieds au sec, une température tout à fait convenable pour la saison donc aucun vent glacé qui s’engouffrait sous ses loques et un esprit bien trop occupé par les problèmes de la Dissidence pour penser à ce qui le torturait réellement.

Malheureusement, ce rendez-vous allait rappeler à lui tout ce qu’il s’était soigneusement forcé à mettre de côté … Il se devait d’informer son bras droit même si cela rendait la chose encore plus palpable. Eléni avait été prévenue depuis plusieurs jours déjà, et c’est elle qui lui avait indiqué l’heure et le lieu. L’Al’Faret s’y était plié, conscient que sa jeune espionne avait largement de quoi être occupée ces derniers temps. Après les deux semaines de mise à pied qu’il lui avait imposé, elle avait repris le service, avec plus d’implication encore même si elle semblait à présent consciente de ses propres faiblesses.
A plusieurs reprises, il avait tenté d’en discuter avec elle mais ils étaient tous deux bien trop préoccupés et leur communication s’était limitée à quelques échanges écrits ou à des entrevues dans le cadre strict de certaines missions. La dernière remontait d’ailleurs à quelques jours, lorsque Elandor s’était retrouvé face à son assassin. Il se souvenait à peine de la haine et de la violence qui l’avait habités ce jour-là, les derniers évènements ayant occultés ce qu’il pensait pourtant être le plus grand rebondissement de sa vie de paria.
Mais à présent, il lui était difficile de gérer les affaires qui l’intéressaient à distance et il allait devoir s’expliquer auprès de sa jeune espionne.

La maison bourgeoise ressemblait à toutes les autres de la ruelle. Seul le numéro 8 peint en noir -mais déjà à moitié effacé- sur la porte lui signalait qu’il était au bon endroit.
A l’intérieur une silhouette rabougrie le dévisagea des pieds à la tête. Il était difficile d’estimer son sexe et plus encore, ses facultés sensorielles ou mentales. Néanmoins, il l’écouta sans rechigner lorsqu’elle lui désigna l’escalier sombre qui montait à l’étage. En haut, un simple couloir sur lequel donnaient des portes dont seule une était grande ouverte. Lance se laissa guider, s’installa sur l’une des deux chaises et se servit consciencieusement un verre de vin. Eléni finirait par arriver, elle arrivait toujours.

Finalement, alors qu’il avait vidé deux verres de ce vin âcre, un jouvenceau arriva dans la pièce. Il avait le pied si léger que rien n’avait annoncé sa venue. A son grand désespoir, Lance dut s’avouer qu’il s’était à nouveau fait berner lorsque après quelques secondes d’un face-à-face silencieux, le tout jeune homme éclata d’un rire des plus … féminins.

Elandor secoua la tête d’un air désabusé mais un léger sourire venait trahir son véritable état d’esprit.

« Cette tenue te va très bien, tu es tout à fait … charmante. »

La jeune fille s’assit face à lui et ils se regardèrent un instant dans le blanc des yeux sans vraiment savoir qui devait se lancer.
Il n’avait pas discuté lors de leur dernière entrevue et Lance n’avait aucune idée des sentiments que son meurtre avait inspiré à la jeune femme. Il n’avait pas l’intention de s’expliquer avec elle sur ce point mais il était conscient que ce qu’il allait lui dire lui ferait sûrement l’effet d’une bombe et il décida de se lancer.
Une fois cet abcès-là crevé, ils pourraient en revenir à d’autres sujets plus impersonnels -quoiqu’encore bien trop proche de lui à son goût- sans que l’Al’Faret ne soit préoccupés parce que lui hurlait son cœur meurtri.

« Je sais que … Nous avons de nombreux sujets à aborder concernant la Dissidence mais, avant cela, il y a quelque chose que je dois te dire … »

Il avait tellement de sujets à aborder … Comment se portait-elle ? Son réseau était-il toujours en place ? Avait-elle de nouvelles informations sur la Révolution ? Leur équipe d’infiltration ne risquait-elle pas d’être découverte ? Où en était-on dans la mission de la Tête ? Cyrillis avait-il réagit ? ! Et, bien plus accessoirement, à qui pouvait-on marier Gribus Sandragil pour l’obliger à leur rester fidèle ?
Elandor récapitula mentalement les points qu’il lui faudrait aborder par la suite, sous l’œil interrogateur d’une Eléni maintenant pressée de connaître cette nouvelle si importante.

« Amarante Jagharii a réussi à retrouver la trace d’Elenor mais c’est sur moi qu’il est tombé et il m’a bien évidemment reconnu. Nous avons conclu un marché : il assurerait ma protection et une aide précieuse aux Dissidents en échange d’un petit quelque chose. L’affaire a déjà été vue avec ma mère, j’ai repris contact avec elle peu de temps après et je pense qu’elle est bien disposée à notre égard. Bref, quoiqu’il en soit, la volonté du Lion a été très claire : il souhaite que j’épouse sa fille. »

Il marqua une pause, conscient du désordre et du manque de détails de son discours. Mais lui, d’habitude si beau parleur, ne parvenait pas réellement à ordonner ses pensées. La chose était trop surprenante, trop nouvelle et trop … complexe.

« J’ai accepté. Et Elenor a fini par donner son accord, elle aussi. »

Il n’en dit pas plus sur le sujet, trop marqué encore par la discussion qu’il avait eue avec celle qu’il avait toujours considérée comme une amie et qu’il lui fallait à présent voir autrement.

« Et je suis disposé à répondre à toutes tes questions », ajouta-t-il devant l’air ahuri qu’affichait à présent son interlocutrice.
Ce devait être la première fois depuis leur rencontre qu’il parvenait à la surprendre autant.
Et, si les circonstances avaient été autres, sans doute s’en serait-il réjoui comme un gamin devant un nouveau jouet !

[Désolée, c’est confus, embrouillé mais il y a tellement de choses qui tombent sur la tête de Lan que même moi j’ai du mal à gérer ^^]
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Lun 23 Jan - 21:53

Éléni avait l'impression de côtoyer moins souvent Elandor qu'avant. À moins que la distance n'ait été créée lors de cette séance de torture, quelques temps auparavant. Elle avait l'impression que l'époque où ils recréaient le monde dans une planque était définitivement terminé. Aussi avait-elle été ravie quand il l'avait contactée pour fixer rendez-vous. Comme toujours, son cœur avait bondi et elle s'était empressée de lui faire de la place dans son horaire. Le jour dit, elle avait même, dans l'unique but de l'impressionner, revêtu l'allure d'un jeune garçon. C'était sa botte secrète, qu'elle n'utilisait que rarement – même si la rumeur disait qu'elle le faisait régulièrement, dans les faits, le nombre de fois où elle s'était travestie se comptait sur les doigts de la main. Elle avait erré dans les rues, glâné quelques informations, puis rejoint Elandor dans une vieille maison du quartier commerçant. Celle qui tenait l'endroit était une vieille femme à moitié sourde qui fermait volontiers les yeux sur les activités d'Éléni, tant qu'elle était payée rubis sur ongle – et c'était le cas. Il avait déjà entamé le vin quand elle arriva près de lui, et voir la surprise sur ses traits fut sa plus belle récompense pour son complexe travestissement. Elle s'installa face à lui sans plus de manières – n'était-elle pas un homme, rien qu'aujourd'hui ? – et le laissa commencer. Après tout, c'était lui qui avait voulu la voir. C'était donc qu'il voulait l'entretenir de quelque chose en particulier. Mais de quoi ? Voulait-il revenir sur l'affaire de Ruben Gasseï ? Elle n'était pas sûre, elle, d'avoir envie d'en reparler. À moins que cela concerne une nouvelle idée à concrétiser ?

Elle aimait quand il lui disait qu'elle était charmante. Elle se sentait toujours plus féminine que Charis Arcarian ne le serait jamais, dans ces moments où il lui faisait savoir qu'il avait remarqué qu'elle aussi, elle était une femme. Elle n'avait pas les formes sculpturales de Bellone, c'était un fait, mais elle existait aussi. Il était sans doute le seul à pouvoir l'atteindre ainsi, d'un simple compliment. Quand il décida de parler d'abord de choses personnelles, avant la Dissidence, Éléni eut aussitôt la puce à l'oreille, et un espoir insensé s'empara de son cœur. Allait-il lui dire, maintenant, là, tout de suite, qu'il avait oublié Bellone ? Qu'il voulait être plus que son supérieur au sein de la Dissidence ? La jeune fille était accrochée à ses lèvres, le regard déjà éperdu.

Ce fut la pire douche froide de l'existence d'Éléni. Son orgueil fut déchiré en lambeaux, tandis que ses illusions tombaient dans un puits sans fond. Elle se détourna aussitôt, observant par la fenêtre ce qui se passait dehors pour cacher le rouge qui lui montait aux joues. Elle était bonne actrice, mais là, elle perdait sur tous les tableaux. Et le choc était trop rude pour qu'elle parvienne à le masquer totalement. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était faire bonne figure. Amarante Jagharii avait retrouvé sa fille sans qu'elle en ait vent ? Comment une telle chose était possible ? Depuis combien de temps ? Qu'avait fait son réseau pour qu'elle ignore un événement d'une telle importance ? Elle avait bien entendu que le patriarche Jagharii faisait des excursions hors de la Ville Haute, ces derniers temps, mais de là à penser qu'il parviendrait à retrouver Elenor... Et puis, cette histoire d'Elandor retrouvant sa mère, c'était tout simplement inimaginable. Comment avait-il pu parler à Noor Arlanii sans que personne n'en sache rien ? Sans qu'elle n'en ait vent ? Quel échec cuisant. Quelle humiliation !

Mais le pire était encore à venir. Alors qu'Éléni était fermement convaincue qu'Elandor avait bien évidemment refusé la proposition d'Amarante, voilà qu'il lui avouait sans détours que si, il comptait bien l'épouser. L'épouser. I-l a-l-l-a-i-t l'é-p-o-u-s-e-r.

Elle devait cauchemarder. Elle regrettait d'avoir fait l'effort d'un déguisement parfait pour lui. Elle aurait dû se grimer en vieille sorcière et se moquer de sa vie sentimentale piétinée par Amarante Jagharii. Et Elenor... dire qu'Éléni avait sincèrement cru être proche de cette femme ! C'était une des seules à qui l'insaisissable Éléni avait accordé sa confiance. Une erreur, qui venait prouver qu'un rôle comme celui qu'elle jouait ne laissait pas de place au hasard, et encore moins aux sentiments aussi incontrôlables qu'étaient l'amitié, l'attachement et la sympathie. Le goût amer de la trahison emplissait sa bouche. Voilà que Sipik, la force inébranlable de la Dissidence, la compagne drôle et intrépide, lui plantait un couteau dans le dos ! Jamais Éléni n'avait haï une personne si fort, ni de manière si soudaine. Comment osait-elle ? Et puis Bellone ? Les deux femmes avaient été amies, non ? Cela non plus, ça ne comptait pas pour le formidable capitaine Jagharii ? Et Elandor ! Comment osait-il oublier celle qui pensait toujours à lui ? Qui refusait les avances d'autres hommes, elle le savait bien ! Comment... La rage étouffa Éléni. Elle se leva brusquement, tourna le dos à Elandor et se posta à la fenêtre. Les larmes lui brûlaient les yeux, mais elle ne voulait pas perdre le dernier vestige de dignité qui lui restait. Luttant de toutes ses forces pour ne pas perdre cet ultime combat, elle regarda dans la rue.

- Quand est-ce que tout cela est arrivé ?

Elle tenta d'effacer la préoccupation de sa voix, mais c'était peine perdue. Elle devait savoir depuis combien de temps l'irréparable avait eu lieu, pour pouvoir pallier au manque de son réseau le plus vite possible. Et surtout... mais... l'irréparable ! Peut-être que tout n'était pas définitif ! Elle n'avait pas les détails, elle n'avait que le résumé, ce qui était loin d'être suffisant.

- Explique-moi les détails. Tout. Mon réseau n'a pas eu vent de cette histoire, je pense que tu mesures à quel point c'est grave. Une rencontre clandestine de la Douairière sans que j'en aie vent ! C'est... c'est une catastrophe.

Elle allait vraiment craquer, si ça continuait. Il fallait qu'elle change de sujet, et tout de suite. Que lui voulait Amarante Jagharii, au fond ? Qu'est-ce qui se passait vraiment ? Pourquoi est-ce qu'elle avait l'impression qu'elle s'en fichait, puisque de toute façon, Elandor allait se marier avec Elenor et que son réseau avait cessé d'être efficace ? Éléni encaissait un nouveau fiasco difficile à digérer. Elle avait pourtant changé, adopté plus de prudence après son arrestation... était-ce cette nouvelle prudence qui lui avait fait perdre ce qui la rendait unique ? Avait-elle perdu du terrain à cause de ça ?

- Je ne comprends plus rien... Et tu annonces ça sur le ton de la conversation... alors que tu as été reconnu, que tu as avoué à ta mère être en vie et que tu as avancé des pions sur l'échiquier ! Qu'est-ce qu'un mariage vient faire dans cette histoire ? Qu'est-ce que tu as vraiment prévu ?

Comment parvenait-il à rester aussi calme, par Therdone ?! Elle était sur le point de se saisir de tout ce qui passait à sa portée pour l'envoyer voler. Sa détresse était presque palpable. Alors, pour faire enfin réagir cet Elandor calme et mesuré qui semblait cuirassé de l'intérieur, elle murmura :

- Et Bellone Lastareth ?

Qu'elle ne soit pas la seule à souffrir.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Lun 20 Fév - 21:45

Elandor accusa le coup. Eléni avait feint l’indifférence sous un masque de glace mais il la scrutait si intensément qu’il avait tout de même vu son visage se décomposer avant qu’elle ne tourne la tête vers la fenêtre.
Elle faisait semblant de regarder la rue pour mieux fuir son regard.
Ainsi, toi aussi tu me penses infâme et traître.

L’Arlanii ne pouvait se méprendre sur ses sentiments. L’abattement qui venait de le toucher à nouveau n’était pas de la lassitude, c’était de la tristesse. Il ne pensait pas qu’avoir le mauvais rôle le toucherait autant. Il s’était senti capable de répondre aux accusations des autres, de le faire face avec dignité. Oui, j’ai fait cela. Mais c’était pour le bien de la Dissidence et s’il fallait le refaire, je le referai !
Mais force était de constater qu’il avait cru qu’il pourrait se faire comprendre de certains de ses proches … Eléni devait le savoir, pourtant ! Elle qui avait faillit succomber sous la torture pour avoir choisi son camp.

Avec Elenor, il s’était effondré, il avait laissé les sentiments prendre le dessus ! Ce jour-là, il était plus calme et même s’il se sentait encore à fleur de peau, il se sentait capable de se contrôler. Il reprit donc une expression impassible en attendant le verdict de son bras droit. Au fond de lui, il ne pouvait s’empêcher de craindre qu’elle ne veuille s’en aller elle aussi …

D’ailleurs, elle se leva brutalement et l’Al’Faret, le grand, le fort Al’Faret ne put s’empêcher de sursauter.
Quelle ironie ! Il avait battit la Dissidence avec quelques proches, il avait su faire confiance aux bonnes personnes et les garder près de lui. Il croyait les savoir à jamais à ses côtés et voilà qu’en quelques jours, il craignait de perdre deux des piliers de la Dissidence. Quelle absurdité …
Il avait la furieuse envie de tenir le cou du Jagharii entre ses mains et de serrer, serrer, serrer …

A la place, il se contenta de répondre, presque comme un enfant pris en faute … Il sentait aussi, à travers ses nouveaux mots l’angoisse de sa jeune alliée. La peur de perdre sa suprématie. Trop heureux de passer sur ce sujet, il s’empressa de la rassurer.

« Calme-toi, Eléni. Ca fait à peine deux jours. C’est allé très vite … Tellement vite … Amarante m’a trouvé au matin en suivant la trace d’Elenor. Il m’a reconnu et, en échange de son silence et de son aide, il m’a demandé d’épouser sa fille, pour lui assurer un avenir auprès de moi. Dans l’après-midi, un de ses hommes m’envoyait voir ma mère via les passages secrets du Palais. Elle a béni cette union et m’a semblée plutôt encline à nous soutenir. Le soir, je faisais ma demande à Elenor … »

Il marqua une pause.

« Je ne saurais tout te raconter, je …. Je me souviens à peine des détails. J’aurai dû t’avertir, je le sais mais je n’y ai tout simplement pas songé. Je suis désolé.

Et je ne pense pas que cela remette ton réseau en question. Amarante a su être très discret et il avait les moyens d’étouffer au maximum cette affaire. »


Les nerfs d’Eléni semblaient être mis à rude épreuve pour la deuxième fois seulement depuis qu’ils se connaissaient, Elandor entrevoyait la véritable personnalité sous le vernis. Même s’il n’arrivait pas vraiment à savoir si elle avait peur ou si elle était profondément agacée.
Sa voix enflait, saccadée et il pencha alors pour un mélange d’énervement et de désarroi. Pour la deuxième fois, la situation lui échappait et elle détestait cela. Elle qui contrôlait tout, jusqu’à son apparence, se retrouvait mise devant le fait accompli.
C’était à travers ce genre de réaction que l’Al’Faret prenait conscience de la jeunesse de sa seconde. Elle avait l’intelligence, la finesse d’esprit pour ce poste mais il lui manquait une maturité, une assise narcissique sur laquelle s’appuyer pour ne rien laisser paraître lorsqu’elle se retrouvait démunie. Il ne regrettait pas son choix, elle serait toujours un atout pour lui mais il comprenait qu’il devait veiller un peu plus à elle que si elle avait eu une dizaine d’années de plus.
Il s’appliqua donc à plus de calme encore, comme pour maintenir un équilibre sur le point de vaciller.

« Je reste calme parce que les choses sont faites, les décisions sont prises. On ne peut pas revenir dessus. »
Et aussi, parce qu’il ne réalisait pas encore vraiment. Mais il se garda bien de le lui avouer. Il croyait que ses démons ne concernaient que lui. Il allait bien vite comprendre que la jeune fille ne l’entendait pas de cette oreille …

« Tôt ou tard, il aurait fallu que j’en réfère à Noor Arlanii. Tu n’es pas savoir qu’elle suit sa propre voie, loin du chemin tout tracé du Conseil et je pense qu’elle peut nous offrir un certain appui. Après tout, je suis son fils, au même titre qu’Ysor et n’oublie pas qu’elle l’a élevé, elle connaît bien trop ses faiblesses pour ne pas vouloir le garder juste pour elle. Elle m’a assurée de son soutient, surtout en ce qui concerne la nouvelle Reine. Je lui fais confiance pour la manipuler mais il nous faudra reparler de tout cela. »
Une fois que tu seras calmée, ma chère Eléni …

Elandor tiqua un peu plus lorsqu’il lui fallut répondre sur ce fameux mariage. Que dire ?
Il inspira profondément et s’accorda quelques secondes de réflexion.

« J’estime et respecte beaucoup Elenor. Elle fera une Reine magnifique : forte, flamboyante et entièrement dévouée à son peuple. Je ne pouvais espérer meilleur appui pour mon règne. »

Il ne mentait pas. S’il avait été plus jeune, si son cœur n’avait pas été enchaîné à une autre, il aurait été ravi de ce mariage de raison. Elenor était tout ce qu’il pouvait désirer, en tant que Reine et femme … La beauté, le charme, la fougue, l’élégance. Et une loyauté indéfectible …

Elandor était à ce point perdu dans ses pensées et sa propre souffrance qu’il saisissait même pas la détresse d’Eléni. Pourtant, il lui aurait suffit d’un regard sur elle, sur ses mains qui tremblaient déjà, sur son corps qui s’agitait et son regard qui devenait brillants. Comment avait-il seulement pu passer à côté ? Mais son égocentrisme était à son comble, exacerbé par les derniers évènements qu’il avait vécu. Il se sentait sur le point de s’effondrer, s’il s’occupait des autres maintenant, il ne tiendrait pas le choc, il le sentait.

Mais pourtant … Un regard vers elle aurait pu désamorcer la situation. Il aurait vu le désarroi, l’angoisse et la tristesse. Et il se serait retenu. Il aurait compris qu’elle cherchait à appuyer où cela faisait mal et qu’elle ne pensait pas à mal …
Au lieu de ça, en attendant le nom défendu, il ne put empêcher son corps de se crisper tout entier.

Il se leva brutalement et renversa sa chaise dans un grand fracas.
Il s’approcha d’elle lentement, muet, presque inquiétant. Que voyait-elle dans ses yeux ? La peine qui l’envahissait ? La colère qu’il tentait de maîtriser ? Le combat des deux ? Ou bien son regard était-il seulement vide et froid ?
Lorsqu’il arriva près d’elle, il la força à poursuivre sa route à reculons jusqu’à ce que son dos heurte le mur. Alors, il posa sa main sur son épaule, geste habituellement rassurant mais qui semblait ici incroyablement dur. Sa poigne la maintenait fortement sans pour autant lui faire mal. Il y avait, dans ses gestes calmes et apparemment maîtrisés, une forme de violence. Il plongea ses yeux dans les siens. Il avait l’envie folle de remonter sa main jusqu’à la gorge blanche et de serrer. Ou de lui administrer la correction de sa vie. Tout sauf avoir mal … Tout sauf revivre ce qu’il avait vécu face à Elenor. Les idées qui se mélangent, le cœur qui s’emballe et l’impression désespérante d’être vidé.
Comment pouvaient-elles penser cela ? Comment les deux femmes dont il avait été le plus proche depuis son retour pouvaient-elle croire qu’il restait indifférent ? Comment ne pouvaient-elles pas imaginer la détresse qu’il ressentait ? La peur qui l’engourdissait … Elle avait été la femme de sa vie, il le savait. La seule à avoir fait frémir son cœur, la seule pour qui il aurait vendu son âme. L’abandonner, c’était comme mourir une seconde fois. Ne le voyaient-elles donc pas ? ? ! ! Qu’il mourrait à petit feu, qu’il souffrait à chacune de ses inspirations, à chaque pas qui l’éloignait d’elle ? Qu’il avait parfois envie d’arrêter d’avancer, de s’arrêter sur le bord du chemin et de laisser Edor Adeï se débrouiller avec ses problèmes politiques, si futiles face à cet amour ?
MAIS JE SUIS L’AL’FARET ! Il avait envie de lui crier dessus, de la secouer jusqu’à ce qu’elle comprenne. Je n’ai pas le choix … Je suis l’espoir d’Isle. Je ne peux pas abandonner mon peuple. Même si pour cela, je dois être celui qui arrache mon cœur de mon corps.
Mais les mots refusaient de sortir. Et lorsqu’il s’exprima, ce fut avec une voix rauque et mal maîtrisée.

« Cela ne te regarde pas, Eléni. »
Il marqua une pause, fuyant à présent son regard pour le poser sur les aspérités du mur derrière elle.
« Tu es mon second, reste dans les rangs. »

Il la relâcha, s’éloigna et prit sa place devant la fenêtre. Les rues commençaient à se remplir mais il ne voyait rien. Ni les commerçants qui se hâtaient, ni les badauds qui flânaient. Ni les enfants qui jouaient, ni les chiens qui leur courraient après. Il n’avait qu’une envie : apercevoir l’éclat rougeoyant de sa chevelure. Juste pour enfoncer un peu plus la lame qu’il avait fichée dans sa poitrine.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Dim 18 Mar - 11:42

Deux jours.
Deux fois, le soleil s'était couché sans qu'elle ait le moindre doute sur ce qui se tramait. La vague glacée déferlait sur elle avec une lenteur qui la mettait au supplice. C'était comme si à chaque battement de cœur, du gel était envoyé dans chacun de ses membres. Elle se sentait engourdie, comme si elle entendait les paroles destructrices d'Elandor depuis un autre monde. Elle avait eu peur qu'il lui dise « deux semaines », mais elle aurait préféré entendre « deux heures ». Qu'aurait-elle pu faire, en deux jours ? Quelle réaction aurait-elle pu avoir en entendant la nouvelle plus tôt ? La réponse écorcha une blessure qu'elle pensait soignée depuis les cachots des Karnimacii. Aucune. Elle n'aurait pas été en mesure de changer le cours des événements, parce que l'engrenage était trop puissant, trop finement réglé. Il aurait fallu qu'en amont, elle puisse voir Amarante Jagharii, ou alors... ou alors... Les larmes menaçaient plus que jamais de couler. Elle n'aurait pas été comme maintenant, impuissante, tandis qu'Elandor essayait de la consoler – ah ! Quel réconfort en vérité – par quelques mots maladroits. Elle avait été écartée, parce qu'il ne jugeait bon de la mettre au courant que maintenant. Le fossé qui séparait leur discussion de leurs réunions habituelles la paralysait. Elle était celle qui informait les autres, pas l'inverse. Jamais l'inverse.

Éléni se concentra sur ce qu'il lui disait, mais c'était peine perdue. Les mots lui parvenaient à peine, focalisée qu'elle était sur les deux jours et sur le fait qu'Elandor était perdu pour elle. La folle idée de dénoncer Elenor lui traversa l'esprit, pour être aussitôt réprimée. La Dissidence avant tout, avaient-ils toujours pensé. Et cette maudite Elenor avait sauvé sa vie. Éléni serra les poings jusqu'à blanchir les jointures. Suivait-elle un homme ou une cause ?

Elandor ou la Dissidence ? Qui emportait sa première loyauté ? Elle se mit à trembler comme une feuille, mais elle n'aurait pu dire si c'était de rage ou de désespoir. Sans l'homme, la Dissidence n'aurait même pas existé. Sans la Dissidence, l'homme serait resté là où Ruben Gasseï l'avait envoyé : dans les bas-fonds. Et lui, il restait calme parce qu'il ne pouvait plus rien faire.

Un coup fatal placé au bon endroit pour l'achever. Quelle était l'étape suivante ? Il n'avait plus besoin d'elle ? Elle vacilla, cligna des yeux puis le regarda d'une manière neuve. Pour la première fois de sa vie, elle posa sur lui un regard neuf. Qui lui faisait face ? Un homme détruit, qui se maîtrisait à peine. L'Al'Faret était faillible. Il était pieds et poings liés. Et elle ne pouvait rien faire pour le délivrer, parce qu'il acceptait sa prison de son plein gré. Où était passé l'homme fort et maître de son destin, celui qui allait libérer Isle de son immobilisme ? Où était passé l'homme de ses rêves ? Un vague sourire fleurit sur les lèvres d'Éléni, pour mourir aussitôt. Sa moue évoquait les pleurs, mais ses yeux étaient secs. Lui, il continuait ses explications sur Noor Arlanii, sans tout lui dire en lui assénant un humiliant « il nous faudra reparler de tout cela ».

Elle savait qu'elle n'aurait pas du parler de Bellone Lastareth, il lui en donna la preuve en la menaçant physiquement. Mais elle ne recula pas. Éléni était trop suffoquée par la colère pour réellement prendre peur et le regarda d'un air de défi hargneux. Aurait-elle été moins dépassée par les événements, elle aurait sans doute posé ses lèvres sur les siennes, tant ils étaient proches, en cet instant où il lui broyait l'épaule et, comme elle l'avait calculé, souffrait sous le coup qu'elle lui avait porté. Quand il se recula, elle se sentit misérable.

Il y eut un silence durant lequel elle hésita entre partir en courant et se jeter dans ses bras. Finalement, elle ne fit ni l'un ni l'autre. Elle s'avança lentement jusqu'à lui et posa une main très douce sur son épaule gauche, une sorte de miroir inversé du geste violent qu'il avait eu envers elle, comme pour l'apaiser, l'inviter à se calmer – alors qu'elle était celle qui bouillait de sentiments tellement forts qu'elle ne savait plus quoi faire. Il n'eut aucune réaction alors elle la retira, puis déclara d'une voix difficilement maîtrisée, mordante et tranchant avec le geste inconsidéré qu'elle avait eu quelques secondes plus tôt. Il avait choisi. Elle aussi. À partir d'aujourd'hui, elle suivait la Dissidence, plus l'homme parce qu'elle l'aimait. Et soudainement, tout lui parut limpide : elle savait comment lui répliquer, par où commencer pour l'amener brutalement à réaliser qu'il la blessait au plus profond d'elle-même.

- Ça te convient bien, hein, que je sois ta seconde ! C'est facile, ça : tu as besoin d'Éléni tant qu'elle sait ce que tu ignores, et alors oui tu te montres bienveillant et obligeant, mais tout d'un coup, tu changes d'idée et tu crois que tout est acquis. Mais c'est pas comme ça que ça fonctionne. Je suis la seconde et je reste dans les rangs, j'ai très bien compris. Mais toi, tu remplis tes devoirs de chef. Tu ne fais pas cavalier seul, alors tu n'agis pas comme tel. Si tu veux être suivi, tu commences par terminer ce « on en parlera plus tard ».

Avec un aplomb qu'elle n'aurait jamais soupçonné quelques heures plus tôt, elle lui donnait un ordre. Sa propre audace la faisait trembler, tandis que ses yeux brillaient de colère. Éléni termina en crachant :

- Et ta vie sentimentale, je m'en contrefiche. La prochaine fois que je m'inquiéterai pour toi, je te laisserai dans tes idées noires sans lever le petit doigt.

Ça, en revanche, c'était un gros mensonge.
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Elandor Arlanii
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Jeu 10 Mai - 5:50

La colère s’était estompée, encore une fois. Alors qu’autrefois, il était capable de l’alimenter pendant des heures, de la laisser enfler puis éclater, meurtrière, aujourd’hui, la lassitude s’insinuait aux premiers éclats de voix. Allait-il pouvoir retrouver cette énergie qui faisait de lui le Dirigeant qu’il était ? Ou bien n’était-ce qu’une manifestation de plus de la maturité qui s’insinuait dans ses veines ? Maturité ou vieillesse …
Il se détourna de la fenêtre et la regarda d’un air étonné. Jamais encore il n’avait vu Eléni s’énerver de la sorte.
Il la savait quelque peu impulsive et ce trait de caractère lui avait beaucoup plu au premier abord. Elle lui rappelait ce qu’il avait été, ce qu’Elenor avait été aussi. Il s’ébroua brièvement. Il sentait qu’il allait avoir du mal à écarter ses pensées de la douloureuse décision qu’il avait prise. Chacune d’entre elle le ramenait à une jeune femme, brune ou rousse selon les circonstances …

Il aurait pu l’attraper par les épaules, la secouer, hurler. Lui faire comprendre que son attitude était tout à fait déplacée, qu’elle n’avait pas à réagir ainsi. Un second se devait de soutenir son Chef, d’acquiescer en silence et de donner son avis de façon franche mais mesurée. Mais après tout, ne s’était-il pas consciemment entouré de personnes qui laissent éclater leurs pensées au grand jour sans prendre la peine de le ménager ? Etait-ce la clé pour ne pas devenir un tyran ? Elandor songea seulement qu’il n’avait pas intérêt à ce que ce genre d’éclats ne se produisent lors d’un futur conseil. Dans l’intimité, oui, mais en présence des autres, il espérait pouvoir compter sur ceux qui l’entouraient …
Il la fixa sans la voir et laissa un instant ses pensées échapper au carcan de son corps.
La jeunesse de son bras droit laissait transparaître des sentiments qu’aucun masque ne pouvait camoufler et il s’en étonna. L’avait-il blessée à ce point ?

« Je comprends que tu puisses m’en vouloir mais j’avoue que je trouve ta réaction quelque peu excessive. Je viens te mettre au courant de cette affaire, je n’avais nullement l’intention de te la cacher et j’ai préféré t’en parler face-à-face plutôt que de te remettre un simple rapport écrit ce qui, je crois, montre la confiance que je te porte. »

Elandor se trouvait étonnamment calme. Il aurait pu lui rire au nez, se moquer de cette saute d’humeur et lui montrer à quel point elle était absurde et puérile, mais il n’en avait pas envie. Il voulait juste que les choses s’arrangent, retrouver une Eléni plus joyeuse et qui serait donc plus efficace. Il ne pouvait pas se permettre de laisser les rancœurs s’accumuler dans son camp. Elle était jeune, tellement jeune … Se pourrait-il que, sur un coup de tête, sans réfléchir, elle ne fasse une bêtise ? Il avait confiance en elle mais il ne pouvait admettre la moindre erreur ! Il faudrait qu’il demande à Elenor de lui parler, c’était une femme et elle comprendrait mieux. Mais … Il ne parlait plus à Elenor qu’à demi-mot, feutrés et prudents.

« Je remplis mes devoirs de Chef et je suis parfaitement conscient que certains points doivent t’être rapportés. En revanche, tu dois aussi comprendre que j’agis aussi comme je l’entends, d’autant plus que cette affaire se rapporte en grande partie à ma vie privée. Et vu ton état d’esprit, je pense qu’il vaut mieux que nous reportions une discussion plus approfondie sur le sujet. »

Compréhensif mais ferme. Il essayait de s’en tenir à cette ligne de conduite sans être vraiment sûre qu’Eléni réagirait de la bonne façon, c’est-à-dire de la façon dont il voulait la voir réagir.

Sa voix s’adoucit quand il répondit à sa dernière remarque.
« Et, en effet, il vaudrait mieux que tu ne te préoccupes pas de mes idées noires ou de ma vie sentimentale. Ce n’est pas ton cheval de bataille et je préfère que tu te concentres sur notre lutte.

Je ne renie pas ton amitié Eléni, mais il ne faut pas que celle-ci empiète sur notre travail. »


Il la fixa longuement. Comme pour lui montrer qu’il ne lui en voulait pas et que, si les circonstances avaient été différentes, il aurait apprécié son amitié et aurait accepté de partager un peu de son intimité avec elle. Mais les choses étant ce qu’elles étaient …

« Nos marges de manœuvre sont étroites. Si nous laissons, toi comme moi, nos sentiments nous envahir, nous les réduisons encore davantage. Et je ne le tolèrerai pas. »

Il s’était arraché puis piétiné le cœur, elle pouvait bien mettre de côté son orgueil bafoué. Incapable de voir derrière ces mots tout l’amour qu’elle avait pour lui, il pensait seulement qu’elle bouillait de n’avoir été informée de tout en temps réel. Peut-être aurait-il pu le voir, s’il avait été moins empêtré dans ses propres émotions ?
Aurait-il modifié sa réaction ? Aurait-il seulement su réagir ? Jamais l’idée ne lui était venue à l’esprit alors que même certains aveugles auraient saisi la chose. Peut-être ne voyait-il en elle que l’espionne et de moins en moins la jeune fille, celle dont le cœur pouvait facilement battre pour un homme tel que lui.
S’il avait eu conscience de la blesser à ce point, sans doute n’aurait-il pas prolongé la conversation.
Mais il l’ignorait et il était très probable qu’il l’ignore encore longtemps. Et il n’avait pas oublié qu’un autre problème épineux devait être abordé : le mariage du scribe rebelle, histoire de le tenir en laisse une bonne fois pour toute !

« J’ai d’autres choses à propos desquelles je dois t’entretenir. Souhaites-tu poursuivre ou remettons-nous cela à plus tard ? »

Le devoir avant tout. Le reste pouvait attendre, pensait-il. Il ignorait à quel point il se trompait et les conséquences que cela aurait ...
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Mer 22 Aoû - 8:09

Il la traitait comme une enfant.

Un nouveau choc submergea Éléni. Elle eut envie de lui crier qu'elle était une femme en âge de fonder une famille, mais elle en fut incapable. La discussion avait pris un tour totalement imprévu, la menant à des constatations toujours plus blessantes. La gorge serrée, les entrailles nouées, le goût de la bile dans le fond de sa gorge, Éléni se demanda si il l'avait jamais considérée comme une égale. S'il avait percé son identité à jour, depuis cette soirée où il lui avait sauvé la vie. Si c'était à partir du moment où il avait perçu sa jeunesse qu'il avait commencé à s'éloigner d'elle.

Elle divaguait.

Le pouvoir qu'il détenait sur elle l'effrayait. Comment, en quelques mots, avait-il pu l'amener à douter de ce qu'elle était, du bien-fondé de son engagement ? Était-elle si fragile ? Comment pouvait-il empêcher son esprit de tourner clairement, elle qui se targuait de réagir au bond et de trouver un angle d'approche quelle que soit la situation ?

Toutes ces prises de conscience finirent par la calmer. Sa colère retomba – elle n'atteignait de toute façon pas l'Al'Faret, encore moins Elandor. Rien de ce qu'elle entreprenait ne la rapprochait d'Elandor, pas plus aujourd'hui qu'hier. Elle était la petite Éléni, aussi douée qu'un serpent pour se glisser partout, trop jeune pour être dans la course, trop jeune pour attirer son attention, trop jeune pour mourir. Tout se mélangeait dans sa tête : les cachots Karnimacii, leur première rencontre, ce qu'il venait de lui dire, la torture après le Bal...
Tout ce qu'elle parvint à sortir, ce fut :

- Et je suis honorée par cette confiance.

Autant s'arrêter là. Elle avait toujours été fière de l'attention qu'Elandor lui avait portée. Il était maintenant évident que c'étaient ses capacités qui l'avaient intéressé, pas elle. De toute façon, elle, il ne la connaissait pas. Il avait vu Éléni sous de multiples déguisements, et il avait respecté son identité. Elle le haïssait et l'admirait pour ça. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Comment pouvait-elle percevoir chez d'autres leurs mécanismes de réflexion, et louper entièrement ceux qui la concernaient ? Elle ne savait plus ce qu'elle voulait : son esprit nageait dans la confusion la plus totale. Elle réalisait vaguement que sa réaction avait été disproportionnée, mais ça lui semblait tellement petit en comparaison de la catastrophe qui se jouait dans sa tête, qu'elle n'avait aucun mot d'excuse à offrir. Si elle avait seulement entrevu la force du ridicule dans lequel elle s'était mise, nul doute qu'elle aurait pris la fuite en courant. Mais Éléni était bien trop impliquée pour parvenir à prendre du recul.

Des vérités s'imposaient à elle si soudainement qu'elle ne parvenait pas à stabiliser et uniformiser ses pensées. Au point où elle en était, si elle voulait qu'il continue de la considérer comme bras droit, elle devait cesser de le voir comme... comme elle le voyait, pour ne plus percevoir que le chef. Elle ne pouvait se permettre d'entrer en conflit avec lui sur des matières privées : il venait de le lui signifier très clairement. Oui, c'était la solution, mais la douleur était telle qu'Éléni se demanda si elle pourrait un jour se relever du coup qu'il lui portait. En se laissant aveugler par ses sentiments, elle n'avait pas été à la hauteur de ce qu'il attendait d'elle. Et elle ne voulait pas le décevoir, en dépit de ce qu'il venait de faire. Alors, pour maintenir vaille que vaille la tête hors de l'eau, il fallait qu'elle réagisse. Qu'elle s'adapte à ce qu'il voulait d'elle, qu'elle fasse une croix définitive sur ses rêves chimériques, qu'elle redevienne la consciencieuse Éléni. Et c'était toute la perversion des considérations dans lesquelles elle s'était enfoncée : même en réalisant qu'Elandor ne la voyait que comme une seconde, comme une amie, elle voulait toujours l'aider, optimiser ses chances de réussite et s'impliquer dans la Dissidence.

Il la mettait au pied du mur. Soit elle changeait de comportement et se calmait, alors qu'elle aurait voulu poursuivre cette dispute jusqu'à en mourir, ou jusqu'à ce qu'il comprenne, soit elle sortait de sa vie. Les marges de la Dissidence étaient étroites, disait-il. Oui, elle le savait parfaitement. Mais ses marges à elle, tout le monde s'en fichait. Réalisant avec effroi qu'elle perdait complètement son bon sens, et que si elle continuait dans ce rythme-là, elle allait finir par accuser sa mère de l'avoir mise au monde, Éléni respira un grand coup. Calme-toi, ma fille. Procède avec méthode. Elle ne répondrait pas à la déclaration d'amitié d'Elandor, elle n'en était pas capable pour le moment. Ni à ses remontrances, elle était trop mortifiée. Ne lui restait qu'une option : aller de l'avant avec cette discussion, et surtout, surtout, ne pas le laisser partir sans lui avoir offert l'avis clairvoyant qu'il était venu chercher, pour peu qu'elle soit en mesure de recommencer à réfléchir normalement.

Vaincue.

Aujourd'hui, Éléni avait perdu. D'un geste lent, mesuré, opposé aux pleurs qui menaçaient toujours, elle tira la chaise et s'assit. Il voulait être efficace et professionnel ? Ils allaient l'être, comme jamais.

- Je t'écoute.
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Lambda
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MessageSujet: Re: Un secret ne se répète qu'à une seule personne à la fois.   Sam 3 Nov - 23:59


        - Elandor Arlanii -
        Elandor était à des kilomètres de là, incapable de sentir l’ouragan qui envahissait sa seconde. Trop de choses, trop de soucis, de questions, de doutes et de peur. Epouser Elenor et briser leur amitié. Devoir dire adieu à celle qu’il aimait. Avancer ses pions sur l’échiquier politique. Et quand bien même il n’aurait pas eu cela à penser, l’Arlanii aurait sans doute était tout aussi peu réceptif aux sentiments dévastateurs d’Eléni. Personne ne lui avait appris à s’embarrasser des sentiments des autres. Et s’il le faisait à peu près naturellement pour ceux auxquels il tenait, il avait tout de même besoin d’un indice, d’une larme au coin d’un œil, d’une ride soucieuse sur le front. Mais à travers le déguisement de la jeune fille, il ne voyait pas paraître. En réalité, il ne la connaissait pas. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il s’était appuyé sur elle comme il l’aurait fait sur un vétéran alors que la réalité lui avait prouvé que, malgré sa valeur, elle était encore très jeune. Aurait-il pu deviner alors, lui l’ancien séducteur, l’attraction qu’il pouvait avoir sur elle ?

        Imperméable.

        Il la regarda s’asseoir face à lui, heureux qu’elle se soit reprise en main mais sans comprendre ni le sacrifice ni l’effort surhumain qu’elle venait de faire.

        « Tout d’abord, je voulais t’annoncer que la mission de monter B et A l’un contre l’autre suit bien son cours. D’autre part, il y a un autre problème que je voulais aborder avec toi. Je sèche un peu et je pense que tu sauras avoir une idée… originale. »

        Elandor avait la désagréable impression de caresser la jeune fille dans le sens du poil. Il n’en avait jamais eu besoin auparavant, tant il était persuadé qu’elle savait combien elle lui était précieuse. Mais depuis son coup d’éclat, il en doutait…

        « Tu as pu voir de tes propres yeux à quel point Alouette est difficile à contrôler. Mais vu sa position, on ne peut pas vraiment se le permettre. Il m’est alors venu à l’esprit qu’on pouvait le marier à une Dissidente. Après tout, quelle meilleure façon de l’enchaîner à nous ? ! »

        Un rictus accompagna cette dernière remarque. L’idée d’épouser Elenor lui paraissait encore d’une grande absurdité. Mais alors qu’il avait reproché à Eléni de s’attacher un peu trop à ses sentiments, il ne pouvait pas se permettre de se laisser absorber par ses idées noires.

        « Lors de mon entrevue avec ma mère, j’ai pu lui demander son accord et son aide au sujet de cet épineux problème et elle est prêtre à convaincre Ysor de l’anoblir si sa future épouse à un rang au-dessus du sien. Je n’avais pas de nom précis en tête mais je sais que nous avons plusieurs jeunes nobles dans notre rang. En revanche, j’ignore s’il y en a une à qui nous pouvons faire entièrement confiance et qui serait prête à accepter ce parti qui, tout compte fait, ne serait pas si mauvais vu sa position ! Qu’en dis-tu ? Je suis ouvert à toutes tes suggestions … »



- Charis Arcarian -
Alors, il voulait finalement lui parler d’Alouette ? De Gribus Sandragil, le glaçon dont ils n’étaient toujours pas certains de l’allégeance ? Elle avait espéré qu’il s’agirait de quelque chose d’autre, pas d’un rappel du cas qu’elle s’efforçait de garder sous contrôle sans savoir vraiment comment s’y prendre. De tous les Dissidents, le scribe était certainement celui qui lui donnait le plus de fil à retordre.

Le plan ne comportait pas de faille, pour peu qu'ils parviennent à trouver la candidate idéale. Le futur qu'ils prévoyaient froidement pour le scribe était cruel, vicieux et rappelait que la Dissidence ne reculerait pas pour parvenir à ses objectifs. Chaque jour, ils s'engageaient sur un chemin plus sombre. Ainsi, après les tortures, ils en étaient à des manipulations sur le destin entier d'une personne et avec elle, de toute sa famille. Au-delà de ceux qui étaient impliqués, il y avait l'introduction d'une nouvelle famille dans la Noblesse de Rang, la surveillance implicite qu'une telle avancée allait permettre, la main de la Douairière pour les appuyer, de nouvelles forces en place au palais... Les possibilités d'agrandir le réseau d'influence dissident étaient réelles. Tangibles. À portée de main.

Elle regarda Elandor. Dans ses yeux, elle ne lut que l’inquiétude pour la Dissidence, pour leur plan. Il n’y avait pas de place pour elle. Il n’y en aurait jamais. La certitude ébranla Éléni, à un tel point qu’elle lui dit :

- Charis Arcarian.

Les mots étaient sortis tout seuls. Et elle ne pouvait plus les rattraper. Avec un détachement qu’elle n’aurait jamais pensé ressentir un jour, Éléni joua l’avenir de Charis Arcarian sur son dépit. Si Elandor Arlanii lui échappait à jamais, elle pouvait bien se marier, elle aussi. Elle s’éclaircit la gorge.

- C’est une Dissidente discrète et efficace. Je réponds de son accord.

Nul besoin d’être plus détaillée. Elandor se souviendrait forcément de la maison Arcarian, et en tirerait les conclusions qu’il voudrait. Ce n’était plus elle qui était dans la pièce avec l’Al’Faret. Comme détachée du monde, elle avait soudainement pris une distance impossible à combler et à rattraper. Qu’importait le mariage de Charis Arcarian ? Entre un mariage arrangé par son père et un mariage arrangé utile à la Dissidence, elle choisissait la seconde option. L’amour ? Amour et mariage ne faisaient pas bon ménage, c’était bien connu. Oui, l’amour était un joli rêve. Un rêve qu’Elandor Arlanii venait de briser.

    Que reste-t-il à dire face à un tel empressement ? Il n'y a plus aucun espace pour la discussion. C'est la surprise qui se lit sur les traits de Lan, tandis que les yeux d'Éléni reflètent l'assurance - feinte. Il entérine le choix ; il parle d'autre chose : elle ne l'écoute pas. Elle ne l'écoute plus. Et finalement, une fois qu'il lui a signifié son congé, elle s'enfuit sans demander son reste.


[HRP]Cette conclusion a été composée par les deux joueurs concernés, mais rassemblée sous une unique réponse par souci de clarté[/HRP]
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