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 Apprentissage.

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Naki Alagareth
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MessageSujet: Apprentissage.    Jeu 29 Déc - 14:55

Aujourd’hui, elle avait peur.
Un autre genre de peur que celle qui lui tenait habituellement compagnie. Elle appréhendait.

Dans la salle commune, elle salua d’un geste vague de la main les olarils présents. Il n’y a que la femme qui lui ait répondu d’un sourire encourageant. « Tu ne dois pas avoir peur d’elle. C’est une belle chance que tu as là. » C'est ce qu'elle lui avait dit. C'est vrai, elle avait de la chance. Une chance insolente. Naki tira sur les bords de sa capuche pour qu’elle lui couvre tout à fait le visage de son ombre bienveillante. Pousser la porte de l’auberge et sortir lui parut une épreuve terrible. Elle resta pantelante sur le seuil, regardant le ciel et frémissant au contacte de l’air frais sur sa peau. Cela faisait si longtemps qu’elle n’était pas sortie.

Elle réfléchit, les instructions pour trouver le commerce étaient simples. C’était une bonne chose car il lui aurait été impossible de demander son chemin. Elle commença à avancer, évitant consciencieusement les passants. Marchant contre les façades, restant à l’ombre des bâtiments, elle avançait rapidement dans les rues. Elle se détendit très légèrement en constatant que les gens pressés ne la dévisageaient pas spécialement. Ou alors il avait un regard curieux pour cette grande silhouette encapuchonnée de noir. Des regards qui ne s’arrêtaient pas, ils la frôlaient sans vraiment pouvoir la saisir. Elle marchait très vite, claudiquait. Elle dut bientôt s’arrêter, sa hanche lui faisait terriblement mal. Sa peau lui semblait sur le point de se déchirer sous la tension lancinante.

Elle tenta de se maîtriser et reprit d’un pas plus lent. Le temps lui sembla durer une éternité. Elle eut souvent peur d’être perdue, et lorsqu’elle arriva devant l’enseigne portant le nom de Laclaos, elle ne put réprimer un hoquet soulagé. Elle ne savait pas lire, bien sûr. Mais la femme lui avait décrit la boutique. Elle lui avait dit qu’il y avait une jolie enseigne et lui avait parlé du motif. Elle ignorait ce que les arabesques signifiaient, mais elle savait que c’était ce qu’elle cherchait. On disait que Mithra s’était retirée, qu’elle ne voyait plus les siens. Il y en a qui médisaient, d’autres qui soupiraient. Sa bienfaitrice lui avait demandé de rester discrète. Mithra déciderait seule quand elle souhaitera reprendre contacte, il fallait respecter son éloignement. Elle avait promis de ne rien dire aux autres.
Elle comprenait ce besoin de solitude, de retrait.

Elle faillit faire demi-tour soudainement terrassée par l’angoisse qu’elle n’accepte pas sa présence. Rentrer à l’auberge lui paraissant une torture plus horrible encore, elle céda aux plaintes de sa jambe. La patte traînante, elle poussa de sa main gauche la porte de verre après avoir actionné la poignée.
Le verre la fascina. Il était d’une belle qualité, elle n’en avait jamais vu de pareil. Elle se fit la réflexion que c’était délicat d’avoir une porte fragile avec autant d’objet de valeur en boutique. Elle accompagna sa fermeture jusqu’à ce qu’elle soit sûre qu’elle soit fermée. Le bruit qu’elle fit lui sembla gigantesque alors que le tintement mat fut à peine audible. Elle regarda ses mains figées sur la poignée. Elles tremblaient. Elle se força à respirer, crispée sur la porte. Puis relâcha la poignée et se tourna.

Le rougeoiement du brasero fut la première chose qui attira son œil. Il l’assaillit d’une multitude de souvenirs. Ce fut aussi chaud que cruel, au bonheur se succédait la douleur de ce qui est irrémédiablement perdu. Elle regarda rapidement l’outillage, les étagères. Elle fut certaine de ne pas s'être trompée. Puis elle vit les fauteuils.
Sa jambe lui cria une dernière supplique qui l’obligea à claudiquer de sa démarche gauche vers l’un d’eux. Elle s’appuya de sa main gauche, précautionneusement et s’assit doucement voûtant tout à fait sa grande silhouette noire et froide. Sous la capuche la bouche se crispa sur une grimace douloureuse. Son corps n’était pas prêt de remarcher autant sous peu. La traversée de ces horribles montagnes lui avait fait grand mal et sa hanche brûlée n’avait de cesse de lui rappeler qu’elle avait été folle d’oser partir dans un état aussi grave. Et pourtant, elle était toujours vivante. Elle se demanda ce que la femme avait bien pu dire à Mithra. Ce qu’elle savait d’elle et de son état. Elle se redressa et la silhouette s’adressa d’une voix étonnamment flutée, féminine. Effaçant le doute sur son identité.


_ Bonjour. Je suis ta nouvelle apprentie.


De sa main gauche, toujours, elle lissa ses cheveux sous sa capuche, ajusta le rideau de cheveux sur son côté gauche, puis se décida à retirer sa capuche, laissant glisser le tissu sur ses épaules. Elle chercha le regard de son interlocutrice. Avide de la découvrir tout autant que de lire le dégoût dans ses yeux. Les longs cheveux ne masquaient que partiellement la peau dévorée, ses lèvres fendues, déchirées. Les croutes maculaient la peau blanche d’une traînée macabre, leur aspect suintant les rendait hideuses. L’entrée en matière était directe, simple, elle n’avait jamais appris à être plus subtile ou maniérée.

_ J’comprendrais que tu changes d’avis. Choisis maintenant que je suis là. Je ne suis pas uniquement défigurée. J’suis infirme.


Elle parlait rapidement, de peur d’être interrompue. La voix était claire et posée malgré les tremblements qui agitaient ses lèvres. Elle se sentait plus qu’honteuse. Misérable. Comment pouvait-elle oser se présenter devant une personne comme elle en la trompant sur son état ? Elle pinça les lèvres très fort, et rassembla dans sa main gauche ses cheveux qu’elle ramassa dans sa main et tira en arrière. Le visage apparu dans toute sa laideur, la brûlure s’étendant jusqu’à son cou, continuant sous le manteau. Elle relâcha la masse soyeuse qui reprit sa place dans un bruit froissement. Elle avait fermé les yeux. Se montrer l'insupportait. Elle se fit violence pour relever sa manche et dévoiler le dos de sa main droite qu’elle tendit devant elle. La peau était ici aussi brûlée, déchirée de stries violacées, cloquée. Elle remua doucement ses doigts. L’état du dos de sa main l’empêchait de plier les doigts tout à fait et son avant-bras portait encore une forme bossue, stigmate de l’os brisé.

_ J’suis droitière. Même si je peux travailler de la gauche.

Elle rouvrit son regard trouble, engoncée dans le fauteuil, elle fixait le plancher sans oser lever le regard vers Mithra.

_ Donne-moi … le temps de reposer ma jambe. Je repars. Je n’aurais jamais dû venir t’ennuyer. Personne n’a besoin d’un poids à traîner comme moi.

Cette fois, la voix a tremblé, misérable. Elle se tait. Elle n’avait pas tant parlé depuis des semaines précipitant les mots de peur d’être interrompue. Elle se sentait complètement ridicule. Un instant elle était persuadée que ce travail était sa planche de salut, l’autre qu’elle n’avait aucun droit d’incommoder une femme comme Mithra de sa présence. Elle replia ses bras contre elle. Elle n’avait jamais été soumise à des envies aussi violemment contradictoires. Elle avait osé lui imposer la vue de son visage, osé lui montrer une partie infime de ses plaies. Elle frotta nerveusement du plat de sa main gauche sa joue crasseuse et renifla.
Ce courage soudain l’étonna, elle se demandait ce qui avait bien pu la pousser à se dévoiler à une inconnue. Si peu de temps, tellement de temps. C’était inconcevable.

Sa jambe ne la laissera pas en paix avant plusieurs heures, devait-elle sortir tout de même et se trouver un coin sombre où se reposer avant de retourner à l’auberge ? Une envie de pleurer lui monta à la gorge. Elle ne se sentait pas le courage de se relever.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Ven 30 Déc - 10:30

Lorsqu’elle avait reçu la visite de cette Olarile, Mithra avait été tentée de la mettre dehors, tout net. Elle ne lui avait pas parlé de la jeune femme concernée, mais sa simple présence, et ce regard révérencieux l’avaient indisposée. Depuis la dernière visite de Kiriel, la veuve avait parachevé de se détacher tout à fait des siens, si bien qu’elle en était arrivée à l’idée que plus jamais elle n’aurait à fréquenter d’Olarils. Elle ne nourrissait pas la plus petite once de haine envers eux, pas même envers ceux qui avaient cru aux élucubrations de Lysandre, et de Luminara… Mais ils n’étaient dores et déjà plus son peuple, car qui pouvait préférer à ses efforts une femme souillant au pied ce que son défunt époux avait fait ne pouvait se placer sous son aile. Elle était lasse, lasse de ces complots, de ces intrigues qui l’avaient rongée ces mois durant. Lasse de se sentir oppressée, étouffée dans l’attente de la nouvelle bévue de cette infortunée Chef, ce simili chef. Elle souffrait, de sa propre certitude de savoir qu’elle ne les mènerait vers rien de bons, et que malgré tous ses efforts, elle ne pourrait rien contre cela.

Aussi, le financement de Vanhilde Tehanii avait été une bénédiction pour elle, et elle se sentait aujourd’hui chez elle, dans cette petite boutique où aucun Olaril ne mettait plus les pieds. Mis à part, bien sur, celle qui étai venue lui proposer de prendre en apprentissage une jeune infirme. La courtoisie légendaire de Mithra, bien qu’émoussée ces derniers temps, l’avait poussée à l’accueillir avec bonhommie. Elle lui avait offert le thé, de ces pâtisseries sucrée qu’elle appréciait depuis son arrivée ici, et avait écouté tout ce qu’elle avait à dire, hochant, de temps à autre, la tête. En entendant l’histoire de Naki se dérouler sous ses yeux, elle sentit poindre en elle de la compassion. Une pointe dérangeante, elle n’aimait pas s’imaginer les chairs mordues qui lui étaient décrites, ni la situation d’enfermement que s’imposait cette jeune femme. Sa mère était une orfèvre talentueuse, lui dit-on, et même son père était un bon artisan. Elle le savait, elle connaissait sa mère comme l’on connaît un cousin éloigné, de nom, de réputation. Depuis son mariage à Laclaos, Mithra n’avait eu que peu d’occasion d’entretenir les relations qu’elle avait pu avoir par le passé avec son clan. Elle-même n’avait repris l’orfèvrerie que très récemment.

Elle souhaitait refuser. Elle avait pris un apprenti, au campement. Il l’avait suivie durant tout le trajet, ainsi qu’à l’auberge. Un adolescent disgracieux et passionné, qui avait été très déçu de ne pouvoir la suivre ici, mais qui avait respecté son choix. Ce disant, elle avait insinué que cette intrusion n’était guère la bienvenue. Olaril ou pas. Pourtant, tandis que l’autre lui rappelait les souffrances de cette jeune femme, et à quel point elle avait besoin d’occuper son esprit d’autres choses que de ses peurs, Mithra se sentie prise d’un certain malaise, à l’idée de refuser. Elle avait l’impression qu’en lui disant non, elle regarderait Naki tomber d’un précipice, lui refusant sa main. Cela n’était pas dans les habitudes de la veuve. Elle poussa un léger soupir. Soit, dit elle, elle la prendrait comme apprentie, à la condition que celle-ci soit motivée et qu’elle reste discrète quant à ce que faisait Mithra, sa vie, vis-à-vis des autres Olarils. Elle ne souhaitait pas que les Hirunes aient un œil dans son intimité, les savoir, toujours, à la tête des siens la peinait suffisamment comme cela.

L’autre s’écria joyeusement que c’était d’accord, et s’en fut après l’avoir saluée, et assurée que la jeune femme lui rendrait visite très rapidement.

Quelques jours passèrent durant lesquels elle attendit la venue de Naki. Elle appréhenda, puis se prit à attendre avec un peu plus d’enthousiasme. Un enthousiasme tendu, nerveux. Les autres commerçants, à qui elle annonça la venue d’une apprentie éventuelle, s’en rendirent compte et le lui firent remarquer. Elle continua néanmoins à honorer ses commandes d’un air un peu distrait, et se brûla les doigts à deux reprises. Ce genre de comportement n’était plus de son âge, et elle fut soulagée lorsque finalement, elle entendit depuis l’arrière boutique le léger tintement du verre, et, lissant la tunique émeraude qui flottait de ses épaules, elle alla accueillir la jeune infirme. Elle fut surprise de son allure sombre, de cette capuche austère qui la fit douter, un instant, de faire face à la bonne personne. Elle était grande, en plus, ce qui lui donnait un air plus gauche encore. Elle avait déjà vue cette jeune femme, et savait vaguement à quoi elle avait pu ressembler, aussi cette austérité lui fit froid dans le dos. Elle s’arma néanmoins de son sourire le plus accueillant, et lui indiqua un fauteuil sur lequel s’installer. Elle ignora si celle-ci avait vu son geste, ou si l’initiative était la sienne, mais elle s’installa comme indiquée et lui parla. Mithra, silencieuse la laissa se présenter. Cette voix claire, attachée à une telle silhouette, était quelque peu choquante mais, maîtresse de ses expressions, comme elle avait toujours su l’être, Mithra n’en laissa rien paraître. Elle s’installa en face, et s’apprêtait à répondre lorsque, lui coupant net le sifflet par le geste, la jeune femme découvrit son visage.

La veuve, qui s’attendait à un spectacle effarant, haussa à peine les sourcils devant le visage défiguré. Seule expression de l’horreur que lui inspirait ce masque terrifiant. On devinait, sous les lacérations appliquées à la chair par les flammes, le beau visage d’une jeune fille, qui avait été dévoré, déchiré sans aucune pitié. Elle avait de grands yeux et, là où il n’y avait pas de croutes, la peau était fraiche, et lisse. Il lui sembla alors qu’on avait déposé sur un visage poupin un masque monstrueux, le condamnant à l’effroi. Mais cet effroi devait sans doute être plus grand encore pour Naki, qui était plus jeune qu’elle, et sans doute moins flegmatique. À cette idée, la veuve se fit une idée, bien vague, de la situation dans laquelle elle devait se trouver alors. La rudesse des mots ne la dérangeait pas, après tout, elle était une Olarile, mais leur contenu un peu plus. Infirme… On le lui avait dit, mais pas présenté de cette façon. La Veuve fronça les sourcils et, tendit qu’elle examinait attentivement la main de la jeune femme, réfléchit à toute vitesse.

Naki, sans lui laisser, toujours, l’occasion de répondre, s’excusa et lui dit qu’elle allait partir, la laisser en paix. Il eut été tentant pour Mithra d’accepter, de la laisser s’en aller et de mettre derrière elle cette étrange rencontre qu’elle avait accepté malgré de lourdes réticences. Cependant, et en cela la jeune femme se trompait, ce n’étaient pas ces brûlures, qui la motivaient… C’était le fait qu’elle soit une Olarile, et le risque que cela comportait aux yeux de Mithra. Au contraire, le fait qu’elle soit ainsi entamée était ce qui lui donnait envie, malgré tout, d’accepter. De lui donner une chance.

La veuve jaugea celle qui était retombée dans une forme d’apathie, puis se leva avec souplesse et s’éclaircit la voix.

« As-tu vu un médecin, pour ces brûlures ? Un médecin Ilédor ? » Mithra savait qu’ils étaient plus avancés, et plus talentueux que les médecins Olarils. Comme de nombreux aspects de la vie de ces derniers, on pouvait s’apercevoir qu’ils étaient un témoignage des pratiques passées des Ilédors. « Je suis persuadée que l’infirmité de ta main peut se résorber, au moins en partie, avec les soins adaptés. »

Comprendrait-elle ? Elle précisa, au cas où, sa pensée. « J’accepte de te prendre, à l’essai. Cependant je crains que tu ne sois pas en état de m’être très utile, pour le moment… Tu commenceras donc en douceur, tu feras ce que tu sais faire pour la préparation des matériaux, nous attendrons que tu sois plus mobile, pour des travaux plus précis. » Elle acceptait un apprentissage un peu particulier, mais pas de perdre en qualité. Naki allait avoir à faire ses preuves, avant de toucher directement à ce qui serait vendu. Malgré cette forme de sévérité, le ton était doux, et le regard n’abritait pas la moindre hostilité. Elle lui adressa un sourire, puis s’en alla, jusque derrière le comptoir d’où elle lui demanda : « As-tu bu de ces infusions, que font les Ilédors ? » Elle sortit quelques feuilles séchées, de la menthe fraîche qu’elle cultivait derrière la boutique, dans la petite cour qu’elle partageait avec un maréchal Ferrand qui se situait dans la rue parallèle. Elle remplit une casserole de fonte d’eau claire, et alla la déposer dans le brasero.


Dernière édition par Mithra Edorta le Sam 21 Jan - 17:25, édité 1 fois
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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Ven 30 Déc - 11:55

Elle osa relever les yeux. Elle observa sans détours la femme qu'elle n’avait jamais vue de si près. Elle ne s’était pas trompée, l’âge n’avait pas su atténuer la grâce de ses traits et la chaleur de ses courbes. Une élégance changée, une élégance étrangère. Elle n’est plus comme nous. Comme eux. Elle sentait bon, elle aima la fragrance qu’elle percevait faiblement. Elle n’arrivait pas à deviner ce qu’elle pensait, ou la plus petite émotion avec certitude. Elle avait une manière troublante de se tenir, de regarder et de parler. Une belle voix. Elle mit un moment à réaliser qu’elle avait cessé de parler et qu’elle devait répondre. Elle humecta ses lèvres, passa sa langue sur la plaie qui les déchirait à gauche.

_ Non, j’crois pas. On avait d’l’eau. Et c’tait déjà bien. L’os est réparé, je peux bouger. Il faut juste que la peau redevienne un peu plus souple.

Elle bougea doucement le poignet et ferma ses doigts.

_ J’aurai dû mettre la main gauche au-dessus au lieu d’la droite. Je ne pensais pas à grand-chose que courir dehors quand tout m’est tombé dessus.

Ses yeux se voilèrent un instant. Il lui semblait parfois entendre encore le bruit très net du bois qui craque sous les assauts du feu. Ces craquements, une nuée de bruit, avec le ronflement furieux de l’incendie qui dévore la maison. Puis les craquements, les forts, ceux qui déchirent l’air. Sinistres. Et tout qui disparaît. La douleur n’est pas même présente. Il fait simplement chaud. Le feu ne lui fait pas peur, elle avait pensé qu’elle en garderait une certaine crainte, mais le feu avait été toute sa vie. Elle ne pouvait pas imaginer vivre loin du rougeoiement des braises et du métal qui se tord sous l’effet de la chaleur.

_ On m’a donné des onguents. J’crois que c’était d’eux. Mais ça coûtait trop cher. Et je ne veux aucune pitié.

Un rictus vient tordre ses lèvres, un instant. Une ombre de sourire grimaçant. La moitié du visage figé lui donne un air grimaçant lorsque des émotions trop vivent agitent ses traits. Elle l’observa s’affairer autour de sa casserole. Cette femme respirait la dignité. Pas une dignité amère, une dignité douce. Pourtant c’est l’amertume qui baigna le cœur de l’infirme en l’écoutant parler. Elle regarda l’écho de ses rêves se briser avec détachement. Des illusions. Infirme, elle était esclave de ce statut, à jamais.
Elle craignait, elle jugeait qu’elle ne ferait pas du bon travail. La jeune femme se leva péniblement. Elle s’avança en claudiquant jusqu’au comptoir.
Elle sortit de sous son manteau une trousse attachée à sa ceinture. Le cuir ouvragé était noirci par endroits. Elle délia le lien qui la fermait et la déroula sur le comptoir. Sa seule richesse. Elle regardait d’un regard émus ses outils. On pouvait lire dans ses yeux tout l’amour et l’affection qu’elle avait pour eux. Elle caressa du bout du doigt le manche de bois usé d’un petit marteau de forge. Regarda le fer brut d’une pince.


_ C’est mon père qui les a forgés pour moi. Ceux-là, ce sont ceux de ma mère.

Elle désigna du bout d’un indexe des outils plus fin, très clairement reconnaissable comme de facture télaran, plusieurs petites pinces, biseaux, marteaux minuscules, poinçons.

_ Quel genre de matière travailles-tu ? Est-ce que tu maries le cuire aux métaux ? Je sais préparer de bons tannages. Ma mère m’a donné une recette qui lui donne une couleur orangée qui met en valeur l’or. C’est très beau je trouve. Je peux faire … beaucoup de choses. J’ai… appris avant. Je travaillais. Je peux vous préparer de bonnes baguettes de soudures aussi. Ils disaient… que j’avais la bonne oreille. Pour entendre le chant du métal sous le marteau, pour entendre quand il gémit et sera malléable. Mes parents se disputaient sans cesse pour me trouver un mari. Mon père ne voulait pas d’un téléran, il disait que ce serait gâcher mon talent, ma mère voulait que j’épouse un fils d’une lointaine cousine. Elle disait que ce serait du gâchis que de perdre ma sensibilité avec une brute sans finesse. Ils s’adoraient. Et moi j’ai appris les deux métiers et à les mélanger aussi. La forge est moins brute qu’on ne le pense.

Si vous voulez des outils… je pourrais vous en confectionner. Mon père en faisait pour ma mère et chaque fois qu’elle essayait son nouveau sur un bijou, ses yeux brillaient comme des diamants. C’est très bien de faire sur mesure parce que l’outil est comme l’achèvement de la main. C’est un art que de faire de bons outils. Comme j’ai pu sauver les miens… j’aimerai bien pouvoir travailler avec eux. Je connais chacun, chaque poids, chaque équilibrage, chaque fil de lame.

Je peux aiguiser, aussi. Refaire la pointe de tes poinçons. Je sais entretenir un bon feu de braise. Tu achètes ton charbon ? Et si tu me trouves inutile, je peux faire le ménage, garder ta boutique, faire la cuisine, je… mais ne me demande pas de sortir faire tes courses...


Sa lèvre inférieure se mis à trembler. Aussi si vite qu’elle s’était animée en parlant de ses outils et de son travail, elle se vouta sur la table qui reçut une goutte, puis une deuxième. Les larmes se mirent à ruisseler le long de ses joues. Elle se laissa glisser le long du comptoir, se recroquevillant contre, cachant son visage dans ses genoux, recouvrant sa tête de ses mains. Ses épaules agitées de hoquets indiquaient les sanglots silencieux. C’était trop, plus qu’elle ne pouvait contenir. Tout débordait, les peurs, la honte. La peur terrifiante de sortir, la peur du rejet, la peur de tout, la douleur, la douleur d’être. Tout ce qu’elle renflouait pour maintenir un calme relatif débordait. Elle ne savait même plus vraiment les raisons de ses crises de larmes. Elles venaient, dévastatrices, la laissant meurtrie comme une poupée désarticulée. Incapable de retenir les hoquets douloureux.

Le contre-coup de ce changement, d’avoir osé venir ici, était terrible. Elle n’arrivait même plus à bredouiller des excuses. Et plus elle se pensait misérable, plus les sanglots se faisaient fort, plus elle se culpabilisait d’ennuyer Mithra, plus les larmes coulaient. Elle comme tous les autres la tolérait par pitié. Elle acceptait de la garder, inutile, de la mettre dans un coin en lui offrant l’illusion d’une utilité.
Disparaître. Par pitié.
Par pitié.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Sam 21 Jan - 20:12

Hrp - Je suis vraiment désolée pour l'attente, c'est vraiment la panique de mon côté niveau boulot, mais j'espère que ça te plaira quand même !

À la vue de ses plaies, l’Edorta ne s’étonnait pas tant que ça d’apprendre qu’elle n’avait pas été soignée par un Ilédor. Mithra avait une certaine confiance en leurs médecins, d’autant plus que c’était bien des Olarils, qui l’avaient remise sur pied, mais il fallait admettre que leur peuple n’avait jamais eu à faire face à de tels désastre avant, et que leurs hôtes, quels que puissent être leur défauts où le peu de considération qu’il ont, parfois, pour le genre humain, étaient sur le plan médical très efficaces. La veuve réfléchit alors à des solutions, elle ne connaissait pas de médecin, ici. Seulement des « on-dit ». L’un des commerçants, avec lesquels elle aimait à discuter le matin, au marché, lui avait une fois confié que de tous ceux du coin, la plus efficace des soigneuses était une vieille dame dont l’échoppe se trouvait à quelques minutes à peine. C’était l’un des forgerons à qui elle achetait, parfois, un peu de matériel étant donné qu’elle même n’avait aucun contact avec les fournisseurs en métaux. Un homme mûr, aux épaules larges, et solides, qui cachait à peine ses œillades lorsque la veuve, toujours séduisante malgré son âge, se rendait chez lui. Il n’avait rien de désagréable, bien qu’il n’ait pas la dignité ni le charisme de son bon Laclaos, mais avec quelques sourires, sans doute l’aiderait-il à fournir à celle qui deviendrait son apprentie des soins adéquats.

Elle pensait à tout cela, tandis que la jeune femme étalait devant elle les différents outils qu’elle avait sauvés des flammes. En effet, Mithra décelait de ci de là quelques taches de roussi, signe qu’il s’en était fallut de peu que cette trousse sombre avec le reste des biens de cette misérable jeune fille.
En effet, Mithra reconnut sans mal les outils qui avaient été forgés par les siens, et qui servaient à l’orfèvrerie. Les outils plus solides qui provenaient de son père l’intéressaient moins, leur subtilité n’était pas suffisante pour le lieu. Mithra, en effet, n’avait pas de forge puissante, ni d’enclume sur laquelle marteler avec puissance. Cependant, la jeune femme, une fois remise, pourrait peut-être, pourquoi pas, envisager de développer également ces connaissances-là, ce n’étaient pas les occasions qu’il manquerait.

Elle se mit alors à déverser un flot de paroles presque ininterrompu. Les matières, son travail, ce qu’elle pourrait faire, une partie de son passé, des anecdotes et, finalement, elle s’effondra. La veuve, demeurée silencieuse, avait tant bien que mal écouté tout ce que la petite Olarile avait à lui dire. Sa demande finale non plus ne lui avait pas échappée, et la veuve n’eut aucun mal à imaginer quelle en était la raison. Ce malaise, cette précipitation, cette absence totale d’assurance… Elle devait se sentir monstrueuse… et pourtant dans ses propos, Mithra soupçonnait qu’elle répondait au fait que dans son état elle risquait de ne pas lui être si utile que cela. Peut-être le devait-on, alors, à une once d’orgueil venu ressurgir sous ce masque brisé. Mais cela n’avait guerre duré et, comme un pantin auquel on coupait ses liens salvateurs, la jeune femme s’effondra, derrière le comptoir qui les séparait. Avec un soupir, tandis qu’elle l’entendait, à peine, sangloter dans son coin, Mithra délaissa la bouilloire qui trônait dans le brasero, se dirigea vers la porte et jeta un petit coup d’œil dehors. Aucun client à l’horizon, elle signala que la boutique était fermée à l’aide d’un petit panneau et fit face à la jeune femme.

Celle-ci semblant enfermée dans un monde de pleurs, de douleur, la veuve s’accroupit avec une souplesse relative face à elle, les pans de sa tunique de soie sauvage s’étalant autour d’elle tels des flaques de liquide ambré. Elle ne faisait peut-être pas son âge, loin s’en fallait, comme tout Olaril, mais elle espérait néanmoins ne pas avoir à rester dans cette position trop longtemps. Outre le fait qu’elle n’avait jamais eu une condition physique très endurante, sa blessure à la jambe n’était pas si vieille que ça, et la lançait même toujours, lorsqu’elle restait trop longtemps debout… Et ce, sans doute, jusqu’à la fin de ses jours. Si elle ne boitait plus, elle n’appréciait pas pour autant ce type de position.

Elle n’en laissa rien paraître et masqua à merveille un début de douleur, pour déposer sur l’épaule qu’elle espérait saine de la jeune femme une main légère, et douce. Hésitant, elle la pressa à peine, et fut soulagée de la sentir souple sous ses doigts. Elle hésitait, pour une fois, quant au comportement à adopter. La consoler comme une mère, suivre cet instinct qui avait toujours été le sien, ou bien la reprendre avec plus de fermeté ? La veuve ferma un moment les yeux, soupira à nouveau, puis se décida. Sa voix restant douce, elle secoua légèrement la jeune femme, pour l’obliger à la regarder.
« Cesse de pleurer, maintenant. Cela ne mène nulle part, juste dans un bassin de douleur dont on ne trouve pas le fond. » Elle parlait en connaissance de cause. La mort de pratiquement tous ses enfants l’avait poussée dans une souffrance telle qu’elle avait frôlé de peu la folie. « Reste digne, et apprends à vivre avec ce qu’il te reste. Beaucoup ont tout perdu, certains jusqu’à leur vie. » Les mots étaient durs, elle le savait, mais elle savait aussi que parfois l’apitoiement, s’il consolait pour un temps, ne suffisait pas. Sa pression se fit alors caresse sur l’épaule et la veuve esquissa un léger sourire. « Tu n’auras pas à faire le ménage, j’ai bien d’autres choses à faire ici. Tu pourras exercer l’orfèvrerie. Je te ferais préparer certains matériaux, tu m’aideras, et tu m’observeras. Pour la forge, je n’ai pas la place d’installer ici le matériel suffisant à ce que tu l’exerces pour de bon. Peut-être qu’un peu plus tard, je me procurerais une enclume digne de ce nom que nous installerons dehors, mais pour l’heure ce n’est pas encore nécessaire. Le forgeron de la rue me fournit en gros œuvre, ici, je ne fonds que de petites quantités de métal, et je le façonne avec minutie. » D’un geste, elle embrassa la pièce. Plus sensuelle qu’ardente et rude, elle n’avait de toute évidence rien d’une forge. « Cependant, si tu souhaite garder la main, et si tu t’entends bien avec lui, peut-être acceptera-t-il de te laisser exercer de temps à autre. Je le connais assez peu, mais il m’a l’air d’un homme tout à fait charmant. »

Un nouveau sourire, puis elle enjoignit d’un geste la jeune femme à se relever. « Allez, maintenant lève toi, tu n’es plus une enfant qui se terre comme un chiot. Installe toi dans ce fauteuil. » Elle lui indiqua d’un regard celui qu’elle avait occupé, un peu plus tôt.
Laissant à Naki le temps de lui obéir, Mithra regagna la bouilloire dans laquelle infusait le thé, qu’elle versa dans deux tasses en terre cuite joliment peintes. Elle y ajouta un peu de miel dans chacune, puis alla faire face à son apprentie, à qui elle en tendit une. « Ce n’est pas un remède, mais c’est agréable et doux. Cela te réconfortera un peu. » La veuve quant à elle n’y trempa pas aussitôt les lèvres, préférant observer la jeune femme en silence. Elle cherchait ses mots tranquillement, puis baissa les yeux pour les plonger dans les reflets dorés du liquide. « Il faudra également que l’on fasse soigner ces brûlures. L’eau soulage peut-être, mais ce n’est pas suffisant. Je ne doutes pas que tu aies du potentielle telle qu'elle, mais je sens aussi qu'en pleine possession de tes moyens, tu irais plus loin. Je refuse de gâcher cela. Je prendrais les soins à ma charge, si tu travaille pour moi. Tu n'as pas à t'en inquiéter. On m’a parlé d’une guérisseuse Ilédore qui se fait appeler Grand Mère, et qui fait, paraît-il des miracles. » Sur ce, Mithra but finalement une gorgée du breuvage sucré. « Qu’en dis-tu ? »

Elle ne pourrait le lui imposer, bien entendu, mais elle espérait que la jeune femme lui ferait confiance, et n’ait pas trop l’idée de s’opposer à cette décision. Toute avenante qu’elle était, Mithra était habituée à ce qu’on lui obéisse. Moins depuis qu’elle vivait seule, bien entendu, mais si elle acceptait l’idée qu’un apprentie vienne briser cette solitude, il fallait tout de même que cela concorde avec sa personnalité.
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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Ven 27 Jan - 13:16

HRP : Pas de soucis, j'ai moi-même pris mon temps pour te répondre. ♥

Naki releva lentement sa grande silhouette, s’accrochant au comptoir pour y parvenir. La main avait chassé plus que les mots les pleures. Elle était profondément soulagée qu’elle la pose sur sa peau valide, ne l’ayant pas vu faire, elle n’avait pu amorcer un mouvement de retrait habituel. Une seconde nature désormais que de fuir les contacts comme la peste. Sa pression délicate qui ne voulait sans doute pas tant dire, mais qui lui donna envie de pleurer encore plus ou de sourire. Elle ne fit ni l’un, ni l’autre, elle cessa de pleurer simplement pour la dévisager à travers ses larmes. Elle pouvait sentir la chaleur, elle ne voulait penser qu’à la chaleur contre son épaule et ne pas écouter les mots durs. Elle avait très nettement sentit l’hésitation et tenta d’en deviner la nature sans y arriver. Elle finit par s’interdire d’y penser ne pouvant y trouver une autre raison qu’honteuse et se refusant à croire que seule la pitié lui avait valut ce geste. Cesser de rêver, elle devait pourtant l’accepter.

Digne, l’avait-elle été un jour dans sa vie ? La souffrance était une habitude et penser aux autres malheurs ne fit qu’accroître sa culpabilité. « Il y en a beaucoup d’autres qui n’ont pas eu ta chance Naki… cesse de pleurer et bénis les dieux de t’avoir miraculée. » Une chance de vivre. Une culpabilité de vivre alors que tant ont souffert. Comme cette femme qui avait perdu sa famille, ses enfants qui recommençait une vie malgré tout et malgré son âge. Et elle que faisait-elle, la jeune, celle qui aurait dû retrouver le goût de vivre ? Elle pleurait et se cachait. Quelle honte ! La colère qu’elle nourrissait à son encontre lui permit de trouver une rage sourde qui la fit lever. Qui occulta un instant, juste suffisant, la douleur de sa jambe. De toute manière dans ce pays accepterait-on réellement de voir une femme à une forge ? Chez ces étrangers. Je serai devenue une adulte si on n’avait pas réduit en cendre ma vie, pesta-t-elle. Si les Dieux n’avaient pas été mis en colère. Par la faute de qui, d’eux. Elle ne verrait plus jamais sa mère rire, son père lui sourire et son frère la taquiner. Elle n’aurait jamais de neveux. La souffrance qu’elle ressentit en posant son pied au sol la fit presque pleurer de joie. S’oublier dans la douleur n’était pas dur.
Elle méritait cette souffrance, elle la porterait comme on choie un souvenir doux. C’était sa punition.

Elle se traîna misérablement jusqu’au fauteuil après avoir rangé sa trousse à sa ceinture. Elle s’y assit avec une difficulté visible, la jambe gauche raide et trainante. Elle remercia de ce qui fut jadis un joli sourire mais qui n’était plus qu’une ombre, pour la tasse tendue. Elle observa le liquide qu’elle goûta. C’était bon. Une saveur qu’elle ne connaissait pas. Elle bu rapidement, trop rapidement, le liquide lui fit comme un feu ardent dans les entrailles. Elle posa la tasse sur le fauteuil d’à côté. Elle était préoccupée par une autre sensation de chaud poisseux. Elle remonta sa tunique qui s’était tâchée de pourpre. Elle l’enroula et la remonta jusque sous ses seins où elle la noua puis observa son flanc. Les brûlures lui marquaient tout le bas dos et lézardaient sa hanche. Au milieu de cette peau martyrisée, une large crevasse sanguinolente suintait ce qui la fit pester. Elle ne semblait plus s’occuper réellement de la présence de Mithra, absorbée par son examen de son flanc.

Elle passa une main lasse sur son visage et sortit de sa poche un petit sachet et une bande. Elle plongea un chiffon dans le sachet et le posa sur la plaie puis la banda autour de sa taille pour la maintenir. Elle expliqua ensuite d’une petite voix.


_ Ca s’est rouvert quand je me suis baissée. Je suis trop stupide. J’avais presque cicatrisé de la marche. Où alors c’est de v’nir ici. C’est de la graisse, j’en gardais un peu pour les urgences. Tu vois, j’me soigne.

Elle posa sa main sur son flanc, pressant contre la plaie en respirant profondément. Elle aurait pu protester contre cette charité intéressée, protester contre cette femme qu’elle ne voulait pas voir. Grand-mère. Mais elle ne serait sûrement pas convaincue qu’elle se débrouillait bien seule. Au contraire, elle allait s’affoler et vouloir absolument qu’elle ait se faire soigner.

_ Je hais les miracles.

Elle serra sa mâchoire. Un aveu qui lui durcit les traits un instant. Ô combien elle les hait. Une colère froide, ce malaise d’être. Elle était un miracle, une survivante, une qui avait survécu à l'état de son corps et qui s'acharnait contre le propre gré de sa volonté lassée. Elle se releva, s’appuyant contre le dossier. Elle dénoua et déroula sa tunique et enfila son manteau dont elle rabattit la capuche sur son visage. Elle oscilla instable sur sa seule jambe valide. La douleur était aiguë, elle naissait à sa hanche pour venir comme un clou se ficher dans sa tête. Chaque petit mouvement l’amplifiait. Qu’on ait voir cette guérisseuse et qu’on en parle plus. Elle lissa ses pensées. Elle le veut pour investir dans un apprenti valable, elle a pour toi des projets d’avenir, elle voit plus loin que les jours d’essais, elle te fait confiance malgré tout, tu dois lui montrer que tu es motivée et résolue à progresser. Et si elle veut que tu aies la voir, tu y vas, parce que si toi cela t’indiffère, ton maître le désire et si elle le désire, tu te dois d’obéir. Elle continuait inlassablement à s’encourager. Cette femme était encore une étrangère, faire confiance, oser faire confiance était dur. Et pourtant, la veuve semblait lui accorder une importance certaine. Qu’avait bien pu lui dire la vieille ?

_ Allons donc la voir. Si ça te fait plaisir.

La dignité sans envie ou espoir n’est guère qu’une façade. La dignité est une comédie injouable avec le poids d’une infirmité si pesante. Après avoir vécu la honte, la mendicité, n'avoir été qu'une chose qu'on porte par bonté... Elle avait perdu son bâton en arrivant dans cette ville, portée par un brave homme qu’elle connaissait à peine. La fin du voyage elle l’avait fait sur le dos d’un éloigné cousin de sa famille. Quand ses jambes avaient cessé de la porter, quand l’envie de fuir s’était estompée, trop faible face à la douleur et à la jambe déchirée. A présent la douleur était si présente qu’elle l’oubliait parfois. Elle avait oublié toute ces plaques rigides sur son corps, cette insensibilité. Et si elle allait voir cette guérisseuse c’était uniquement parce que son maître le voulait, elle-même avait renoncé à l’espoir de guérison et les soins lui semblaient une goutte d’eau dans un océan de souffrance, vite évaporée.
Parce qu’après tout, c’était uniquement pour lui donner bonne conscience et la rassurer qu’elle acceptait, n’est-ce pas ?


Dernière édition par Naki Alagareth le Lun 20 Fév - 11:04, édité 1 fois
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Mar 7 Fév - 22:17

hrp – J’ai vu que tu vouvoyais Mithra à la fin, je l’ai pas relevé en jeu, me suis doutée que c’était une faute de frappe Razz J’espère que cette réponse te plaira, encore une fois désolée pour l’attente. Je me suis appliquée pour me faire pardonner un peu ^^

Mithra observa en silence les soins que Naki effectuait sur elle-même. Elle n’intervint pas, ni ne pipa mot devant les brulures suintantes de son flanc. La veuve en fut choquée, marquée en quelque sorte. Elle peinait à s’imaginer la souffrance qui devait être celle de cette jeune femme, et arrêta bien vite de tenter de le faire. Elle était elle-même passée par des mois de souffrance pour ses membres brisés qui l’avaient clouée au lit, puis entravée telle une vieillarde. Mais ce n’était pas comparable à ceci, à cette chair qui se déchirait comme les fibres d’un feuillage, à la moindre pression. Elle ne donna pas non plus dans la compassion, et attendit plutôt qu’elle ait terminé. Ce faisant, elle s’interrogea.

Il y avait quelque chose, chez Naki, qui la mettait mal à l’aise. Ce n’était pas ce visage défiguré, ni ce corps dont on pouvait deviner qu’il avait été autrefois désirable… Non c’était plutôt dans son regard, que cela se passait. Il y régnait quelque chose d’ambivalent… De la morgue, profonde et épaisse, qui s’associait à une opiniâtreté qui l’effrayait un peu. Mithra avait perdu l’habitude de fréquenter des Olarils, et elle s’était fait à la réserve policée des Ilédors. Elle aiderait cette jeune femme, mais au fond d’elle naissait l’impression qu’elle abritait quelque chose de morbide, que la veuve ne se sentait pas prête à toucher du doigt. Peut-être cela passerait-il, mais il faudrait du temps, et Mithra le savait. Alors, toujours, elle n’en laissait rien paraître et lui opposa lorsqu’elle releva le regard pour lui expliquer les raisons de ce saignement un regard poli, et posé.

Elle haïssait les miracles. Qui aurait pu lui en vouloir ? Mais tendit que Mithra laissait un soupir de dépit lui échapper, regrettant sincèrement cette réponse, la jeune femme finit néanmoins par accepter la proposition. À regret, bien entendu, c’était évident, mais le principal était là : elle acceptait. Elle acceptait en fait même mieux que ce que Mithra avait pu imaginer, puisqu’elle l’enjoignait à y aller aussitôt. Directe, olarile. Cette affaire lui déplaisait et, de toute évidence, mieux valait à son sens s’en débarrasser. Ne connaissant pas cette Grand-Mère, Mithra n’envisageait en réalité pas de l’y conduire aussitôt… Mais après tout, pourquoi pas. Que perdaient-elles à essayer… Et la veuve, c’était vrai, était convaincue qu’elle se sentirait déjà mieux, si elle savait son apprentie sur la voie de la guérison. La graisse qu’elle employait ne lui disait rien de bon. Ni ces saignements, ni ces croutes dont elle aurait peur, à chaque instant, de les voir céder sous l’effort.

« Nous n’irons pas, je la ferais plutôt venir ici, tout à l’heure. Tu as besoin de repos, et cela te permettra de visiter un peu l’endroit en mon absence. » Elle voulait y aller seule, s’assurer d’abord de la fiabilité de cette personne auprès de son ami forgeron, puis de la rencontrer brièvement. Si elle était bien renseignée, alors cela ne prendrait qu’à peine quelques minutes, sans doute pas de trop pour Naki, à en juger par sa respiration agitée et sa position. Expression de son soulagement, Mithra lui sourit doucement, puis à nouveau porta le breuvage à ses lèvres. Elle réfléchissait. Oui, cela vaudrait mieux… Elle devait lui expliquer. « Tu sais, ici… Le travail que nous allons faire sera beaucoup moins éreintant que celui que tu faisais autrefois. J’améliorerais encore ta délicatesse, et je ferais en sorte que tu produises à terme des bijoux soignés, et d’une facture très précise. » Une autre gorgée, puis : « Je ne doute pas du bon travail de ta mère, sur ce plan là, mais tu es encore jeune, et cela te prendra du temps. C’est pour cela que j’insiste pour que l’on te soigne : nous aurons toutes deux besoin de sérénité pour exercer, et ce genre de travail demande beaucoup de maîtrise. Il demande que rien ne vive plus que tes doigts, et ton inspiration, outils en main. Tu le sais bien, mais tu dois aussi savoir, du coup, qu’il ne fait guère bon ménage avec une douleur forte, et continue. A moins qu’elle ne soit ton moteur. »

Elle se souvenait de la rage avec laquelle elle s’appliquait, dans sa tente, sa jambe en proie à milles douleurs, des pleurs de frustrations aux pupilles tandis que, saoule de potions et de remèdes voués à lui faire oublier ses maux – de toute sorte – elle martelait l’argent, et l’or blanc. Les trois parures produites alors, d’émeraudes, de rubis et d’opales se trouvaient dans un coffret aux côtés de son lit. Peut-être parmi les plus réussies de sa carrière, mais aussi les plus étranges, et les plus invendables. Cela tombait bien, elle n’avait en aucune façon l’intention de les vendre. Faites de crochets, d’arabesques qui enserraient sa gorge et remontaient haut sous sa mâchoire. Hautement symboliques, elles représentaient le deuil, la mort qui frappait les Edorta. Elles représentaient le souffle qui se fige, glacé, sur la dépouille d’un défunt époux, ou d’enfants broyés par la pierre. De ses enfants.

Non, celles-ci demeureraient dans ce coffret, en digne exorcisme qu’elles étaient. Elle les mettait parfois, message subtil qu’elle seule pouvait entendre, rappel de tout ce qu’elle laissait, là-bas dans un Arestim sans doute noyé depuis longtemps par les crues printanières. La pensée de cette terre abandonnée plongea son regard dans le vague. Elle n’avait pas pour habitude de se laisser aller à cette mélancolie silencieuse qui la prenait, parfois, lorsqu’elle était en public. Elle la réservait au satin de ses draps, et aux étoiles qu’elle contemplait la nuit depuis sa fenêtre. Personne ne savait, ici, tout cela. Et elle ne souhaitait pas que cette marque au fer blanc, qu’elle gardait derrière ses pupilles, ne s’appose en une énième brûlure sur la peau de Naki.

Alors la veuve reprit de sa contenance et se redressa imperceptiblement son sourire s’adoucissant légèrement. Elle s’apprêtait à reprendre les choses en main, à jouer son rôle, comme elle le faisait toujours. Sa voix, un peu plus claire, se glissa entre elles tandis que d’un hochement de tête elle enjoignait la jeune femme au calme. « Bon, si tu n’as pas d’autre question avant que j’y aille, je vais te laisser ici le temps d’aller chercher cette Grand-Mère. J’en ai peut-être pour quelques minutes, profite-en pour prendre tes aises. » Puis, reposant doucement la tasse, elle se redressa, laissant à Naki le temps de la retenir si elle avait une question, avant de partir en quête de la vieille femme.

Hrp – Tu fais ce que tu veux, si elle a une question ou pas. Si elle n’en a pas tu peux considérer qu’elle sort ^^ Elle reviendra avec Grand-Mère au prochain message. Sinon on continue encore un peu comme ça ! ^^
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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Lun 20 Fév - 11:07

HRP : Oui, merci, c'est une erreur. Dur de tutoyer quand c'est le vouvoiement qui vient plus naturellement =D

Lorsque la maîtresse artisane passa à côté d’elle, elle lui effleura la main d’un bout de doigts. Si le dos de sa main droite était brûlé, la paume et les doigts étaient resté doux et vivants. Un contacte très bref qui la retient un rien, elle souffla :
« Merci ». Un instant, dans le regard noisette, il n’y a eu que de la place pour un soulagement enfantin. Un soulagement absolu de ne pas avoir à faire un pas de plus. Puis elle tourna la tête pour se rapprocher à cloche pied du fauteuil qu’elle avait quitté. Elle entendit dans son dos la porte se refermer et le silence. Elle était partie, comme elle l’avait dit, sans doute d’un pas pressé. Elle l’imagina un instant traverser la rue, elle s’imagina sa silhouette un peu ronde et pleine de vie, gracieuse malgré tout s’éloigner. Elle respira profondément, lentement, avec application. Elle regarda le fauteuil qui ne lui sembla plus autant accueillant et pivota vers la porte.
Elle l’ouvrit et contrôla le panneau. Mâchonna sa lèvre inférieure devant les lettres dont le sens lui échappait. De toute manière, de coutume, on ne mettait un panneau que lorsque l’échoppe est fermée, ici aussi cela devait marcher ainsi. Les petits dessins en plus. Elle referma la porte et observa la pièce. Elle s’avança sans poser le pied au sol. La douleur qui lui déchirait déjà le flanc lui ôtait toute envie de forcer un peu plus sur sa jambe. Elle s’allongea au sol avec peine, les gestes raidis par la douleur et l’appréhension de déclencher une autre souffrance par un faux mouvement. Elle sourit en regardant le plafond, dégrafa sa cape à son cou sur laquelle elle était étendue. Elle respira plus lentement encore en fermant les yeux, s’obligeant à oublier la douleur.

Non, la douleur n’était motrice de rien. La douleur avait tout détruit en elle. Ses espoirs, ses envies, ses passions, il ne restait qu’un vaste champ de ruine. Elle pensa à Mithra encore un peu, avec un sanglot ému qui naquit dans sa gorge. Merci. Une larme solitaire roula sur sa joue. Merci. Cette femme semblait imperturbable, comme un roc qui observe flegmatique les vagues qui tentent de le briser sans y parvenir. Bien sûr, elles l’auront fragilisé un peu, modelé au fil des années, mais il sera toujours là, ce rocher. Elle reprit contrôle sur sa respiration qui s’était emballée, calme-toi. Elle inspira profondément, mais avec une certaine parcimonie. Trop respirer lui tendait la peau et la faisait souffrir. Il fallait qu’elle respire calmement, ne pas céder à l’agitation ou autre décadence agitée. La souffrance nait de la souffrance et devient pire encore.
Elle ôta ses bottes trop large, ses pieds, blancs et délicats était sans trace apparente de brûlures. Si on ne regardait qu’eux ont pouvait s’imaginer un corps délicat et jeune. Il restait bien des traces plus foncées, vestiges d’anciennes cloques que la marche avait provoquée, mais elles étaient guérie depuis longtemps. La respiration de la jeune femme se calma tout à fait alors qu’elle sombrait dans un sommeil léger, épuisée par tant d’effort. Étendue sur ce plancher, ses cheveux entourant son visage pâle on aurait pu la croire morte. Elle bougea légèrement ce qui fit glisser les cheveux découvrant son côté défiguré. Ses lèvres sèches entrouvertes laissaient passer un maigre filet d’air. Son visage abandonné semblait enfin serein.

Elle releva la tête en sentant un souffle sur son épaule. Sa mère lui sourit tendrement. « C’est bien ma chérie. Tu commence à bien maîtriser tes outils. Veux-tu bien aller me chercher de la viande, nous n’en avons plus. J’ai terminé la commande pour le troc. » Naki prit la petite bourse de cuir dont le contenu métallique tinta et se leva. Elle dénoua ses cheveux maintenus par un ruban de tissu et ôta son tablier. Dehors le soleil commençait à se coucher. S’élancer dans les rues guidées par le vent chaud du soir était délicieux, surtout après une journée de travail. Le mieux serait de se baigner pour ôter toute la poussière et la sueur. Elle avait dit à sa mère qu’elle s’occupait des courses, elle le ferait donc, plus tard, elle aurait le temps de se reposer. Elle cessa de courir en arrivant à destination, elle réarrangea ses cheveux que le vent avait emmêlés et entra. Bien sûr, elle discutera avec le fils de la boutique, bien sûr il lui proposera un verre qu’elle acceptera, puis refusera en se rappelant que sa mère attendait pour faire le repas. Elle sourira un peut-être à sa demande de rendez-vous et partira, le cœur un peu plus léger.

Un bruit de porte dérangea son rêve. L’odeur de la rue se mêla à celle du ragoût de sa mère. Elle reprit sa conversation rieuse avec son frère. Il avait une promise qu’il comptait bien épouser et c’était pour elle un prétexte de taquinerie. Bien sûr, il en avait trouvé une jolie et gentille qu’il couvrait de cadeau. Elle allait se retrouver avec un beau tas de ferraille, riait-elle. Il devrait penser à offrir des fleurs. De belles fleurs comme celle qui poussent dans les champs et oscillent sous le vent, nourrie de rosée.

Elle ouvrit un œil, le deuxième, deux fentes fatiguées qui contemplèrent le visage penché sur elle. Depuis quand maman avait-elle autant de ride et une haleine pareille ? Elle fit un effort pour se réveiller, pour sortir de la torpeur que réclamait son corps fatigué. Elle sursauta soudainement sentant qu’on touchait son bras, elle heurta le fauteuil et fouilla la pièce d’un regard terrorisé. Les mouvements brusques lui étaient interdits mais elle ne pensait à pas grand-chose d’autre que de s’éloigner de cette vieille qui la palpait. Elle attrapa la jambe de Mithra, s’y crispant pour observer l’étrangère d’un regard suspicieux. Il ne lui fallut pas très longtemps pour se rappeler du pourquoi, du comment, de ce que désirait Mithra. Elle n’eut pas besoin d’écouter ce que lui disait la vieille pour la rassurer. Elle se releva, tirant sur la jambe qu’elle avait agrippée pour y parvenir. Bien sûr, prendre son maître artisan pour une béquille n’est pas une chose que l’on fait.
Elle ôta son manteau qui chuta au sol d’un un bruit lourd de tissu froissé. Elle dénoua son pantalon. La chemise lui demanda quelques contorsions plus délicates. Lorsqu’elle ne porta plus qu’une culotte ample, elle noua ses cheveux en un chignon sommaire pour dégager son cou et son visage. Les zones les plus touchées s’étendaient comme un drôle de puzzle qui lui mangeait sa peau blanche et douce. Du visage, elles descendaient jusqu’à son coude gauche, puis cela sautait à sa hanche profondément meurtrie, glissait un peu au creux de ses reins, disparaissait sous la culotte. Pour ressortir sur sa jambe et sa cuisse. Ses jambes et l’ensemble de son corps était couvert de nombreuses cicatrices de diverses tailles indiquant des endroits où la peau plus faiblement brûlée s’était réparée d’elle-même. Du côté droit seul son avant-bras était dévoré par les croutes brunes suintantes.

Elle redressa la tête et son corps, écartant les bras et jambe sans se soucier d’être vue depuis la vitrine. Elle toisait de toute sa hauteur la vieille et n’accorda pas un regard à Mithra. Elle aurait dû être morte, c’est ce que disait son corps, on ne survit normalement pas à ce genre d’accidents. « Sors de là ! Sors ! Cours ! Mais COURS ! » « Vite ! » Elle avait toujours aimé courir, elle avait fuit sans se retourner, sans lâcher sa trousse d’outil et tout s’était effondré sur elle à quelques pas de la porte. Il fait tellement chaud que sa vision ondule. Les poutres enflammées avaient céder dans un rugissement et craquement effrayant. Il n’y avait eu que du noir et de la douleur, ensuite. Tout était fini. Son ventre était vierge de blessures, tout comme sa poitrine. Elle était tombée à plat ventre, son dos était lui couvert de blessures et cicatrices. Naki n’était pas spécialement pudique mais se retrouver à moitié nue devant sa Maîtresse la gêna un peu. Alors elle ferma les yeux pour oublier et laissa l’autre commenter et examiner.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Mar 21 Fév - 19:28

Une fois sortie, Mithra signala d’un petit panneau que la boutique était bel et bien fermée. Elle ne partirait sans doute pas longtemps, et l’heure n’était pas à l’affluence, mais cela valait mieux afin de permettre à Naki de se remettre de ses émotions. En marchant en direction de la boutique du forgeron, la veuve pensait à elle, et à l’engagement qu’elle prenait en l’accueillant dans sa boutique et certainement sous son toit. Cela avait été soudain, et l’espace de quelques pas elle se sentit rattrapée par son passé… Elle qui avait coupé les ponts avec les Olarils depuis des mois maintenant, elle commençait tout juste à reprendre une vie normale, et équilibrée, lorsque cette nouvelle lui était tombée dessus. Convaincue de son bien fondé, elle ne regrettait pas ce choix, au fond, et si on venait à nouveau lui demander de venir en aide à cette jeune femme désœuvrée, alors elle accepterait, et ce en connaissance de cause… Mais ce sentiment de devoir ne parvenait pas pour autant à endiguer tout à fait l’idée amère que son existence en serait chamboulée. C’était cependant, compte tenu des évènements qui avaient surgi cette année, un moindre mal, et elle était sure que Naki saurait se dégrossir avec le temps, et qu’avec un peu d’aide, elle pourrait lui devenir précieuse.

Elle en était là de ses pensées lorsqu’elle parvint à l’échoppe du forgeron qui, curieux, et ayant été mis au courant par la veuve du fait qu’elle attendait la petite Olarile, lui posa d’emblée quelques question. Mithra répondit tranquillement, policée et déguisant sous son sourire poli les doutes qui agitaient son crâne, et lui fit part de sa joie de pouvoir l’aider, et de se libérer un peu de temps libre, en la mettant au travail. L’autre en paru très heureux, et, se rappelant de ce dont ils avaient parlé plus tôt, lui indiqua d’emblée où se trouvait la boutique de la vieille femme. Cette Grand-mère, dont ils parlaient tous, et qui était capable de soigner jusqu’aux maux les plus profonds, et les plus douloureux. Il se renseigna sur l’état de la jeune femme, qu’elle lui confia à demi-mots et d’une voix aggravée par la pudeur, avant de le saluer avec chaleur et de s’en aller.

Comme il le lui avait dit, la petite échoppe où l’on pouvait trouver Grand-mère était tout près de sa boutique, ce qui ne manqua pas de ravir la veuve qui, en cas de longue marche, souffrait toujours parfois de sa jambe brisée. Au bout de quelques minutes, elle se mettait en général à boitiller légèrement, et ressentait au bout de longues heures une gêne réelle, et souvent douloureuse. Heureusement que les Olarils étaient plus robustes, et d’apparence et de constitution beaucoup plus jeunes que les Ilédors, sans quoi, elle en était sure, elle serait restée à son âge infirme.

La petite boutique ne payait de prime abord pas de mine. Elle ressemblait par certains aspects à la sienne, mais le soin apporté à l’esthétique du lieu n’avait rien à voir. Frappée en entrant par la vague des senteurs et parfums qui embaumaient la pièce, provenant sans doute des mixtures curatives employées par la vieille, Mithra délaissa alors de ses sens celui de la vue, peu flatté, pour adopter une attitude plus détendue. Une clochette avait sonnée à son entrée, qui avertit du coup la petite silhouette dodelinante de l’ancienne. « Bonjour, fit-elle d’une voix posée, je viens à vous car il m’a été dit que vous pouviez guérir les blessures les plus sévères… » Elle se redressa, les mains jointes devant elle en une attitude de dignité qui allait avec son masque poli, et contrôlé. Elle qui pouvait paraître sobre en d’autres endroits semblait ici, avec la chatoyance de ses soieries et ce visage avenant et tranquille, presque noble. « C’est une jeune femme, une Olarile comme moi, qui garde de la catastrophe qui a détruit notre village de très profondes lésions. Son flanc, ses mains et son visage ont été en partie dévorés par les flammes qui ont marqué sa peau de douloureuses brûlures. Celles-ci n’ont jamais été soignées, et lui recouvrent une partie du corps. Elle s’est présentée à moi afin que je la prenne comme apprentie, mais je ne peux la laisser travailler dans ces conditions. Aussi, je souhaiterais que vous veniez la voir, afin d’atténuer un peu sa souffrance… » Hélas, Mithra le savait, nul baume ne vaincrait celle de l’âme de Naki, mais c’en était une qu’elle était déjà plus à même de prendre à sa propre charge. « J’ai de quoi payer ces soins, si vous acceptez. Ma boutique est à deux pas, et elle y attend. » Elle salua alors, inclinant assez profondément la tête avec, toujours une sérénité qui tranchait avec son état d’esprit, avant de conclure par : « Je comprendrais que votre temps soit précieux, et compté, mais elle a réellement besoin d’une guérisseuse à la hauteur de votre réputation. »

HJ - c'est au tour de Grand-Mère : tu peux avancer sur leur retour, histoire de ne pas faire attendre Naki le temps d'un échange de plus, si tu veux ! J'ai fait condensé pour gagner un peu de temps, j'espère que ça vous ira ^^
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Onaria Dimitres
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Sam 25 Fév - 23:09

La journée avait commencé sur les chapeaux de roues pour Grand-Mère. Une opération en urgence le matin-même pour réparer le poignet d’un enfant qui avait méchamment chuté lors d’une course avec d’autres gosses de son âge. Les os s’étaient déplacés, et pour qu’il puisse un jour réutiliser sa main, il avait fallait ouvrir pour remettre les choses en place. Les parents s’étaient montrés plutôt réticents dans un premier temps avant de se rendre compte que c’était probablement la seule chance pour leur fils de recouvrer toutes ses facultés par la suite. La réputation de Grand-Mère avait fortement joué en sa faveur, et si elle n’avait précédé la vieille femme, l’enfant n’aurait sans doute pas été soigné correctement. L’opération s’était déroulée sans heurts et une heure plus tard, la vieille femme était de retour chez elle. Profitant d’un moment de répit avant l’après-midi qui serait rempli par de nombreuses consultations, elle mit de l’ordre dans ses affaires. Non pas que le chaos régnait dans sa maison, mais ce matin, elle était partie un peu en catastrophe, laissant ses dernières préparations en plan. Elle rangea donc consciencieusement son matériel et acheva la préparation de baumes qu’elle avait commencés le matin même.

Une fois qu’elle eut fini, elle se lava soigneusement les mains avec un savon à la lavande qui laissa planer une douce odeur de fleur au dessus de la bassine d’eau. Elle allait partir chercher une nouvelle réserve d’eau lorsqu’elle entendit la clochette de l’entrée retentir. La guérisseuse, toujours prêtre pour la moindre urgence se dirigea vers l’avant de la boutique avec empressement. Mais la femme qui venait de franchir le seuil de la porte ne montrait aucun signe d’angoisse ou d’urgence. Au contraire même, elle semblait parfaitement calme et posée. Lorsqu’elle expliqua la raison de sa visite, immédiatement, Grand-Mère acquiesça de la tête. Oui, elle avait entendu parler de ce qui était arrivé aux Olarils et de ce qui avait causé leur exil. Plusieurs fois, déjà, elle avait eu l’occasion de soigner certains d’entre eux. Rien ne les différenciait vraiment des Ilédors, si ce n’était une meilleure résistance aux maladies et aux blessures, ainsi qu’une longévité passablement plus importante semblait-il. Bien sûr, elle allait accepter d’accompagner cette femme, mais il fallait qu’elle sache quelques petites choses au préalable pour se munir des ustensiles et baumes les mieux adaptés à ce genre de cas. Soigner des blessures vieilles et mal cicatrisées n’était jamais facile. Une fois, elle avait dû fracturer à nouveau une jambe pour qu’elle puisse se ressouder correctement et que son propriétaire retrouve sa mobilité.

Dans le cas de brûlures, ce genre de mesures extrêmes n’était pas possible, mais en fonction des soins qu’elles avaient déjà reçus, il fallait privilégier certains soins à d’autres aussi prit-elle le temps de poser quelques questions avant de suivre l’Olarile. « Vous avez été correctement renseignée, je suis probablement la personne qu’il vous faut. Je vais vous accompagner tout de suite. J’aurais cependant besoin de quelques précisions. » Tout en posant ses questions, elle s’affairait pour regrouper ses affaires afin de partir dans les plus brefs délais. Ce n’était pas une urgence à proprement parler, mais il n’était pas nécessaire de prolonger la souffrance de cette jeune Olarile outre mesure, elle avait déjà largement assez enduré. « Depuis combien de temps exactement a-t-elle ces brûlures ? Je suis désolée, je suis mal renseignée sur ce que vous avez vécu avant de venir ici, mais c’est important que je le sache afin que je puisse lui apporter les meilleurs soins. J’ai besoin de savoir également où ces brûlures sont situées, si vous le savez, ça pourrait m’éviter des allers-retours entre votre boutique et la mienne. » S’activant de mieux qu’elle le pouvait, Grand-Mère écouta avec attention les informations de l’Olarile afin de choisir au mieux les remèdes qu’il conviendrait d’utiliser. Selon les parties du corps qui étaient touchées, elle pouvait utiliser des baumes plus ou moins puissants. Pour les cicatrices, à ce stade, elle ne pourrait sans doute pas faire grand-chose, mais pour la douleur et les démangeaisons que la cicatrisation engendrerait, elle avait de nombreuses solutions. Un à un, les baumes et les ustensiles furent déposés dans une vieille sacoche aux couleurs délavées.

Une fois que tout fut prêt, Grand-Mère indiqua à la commerçante qu’elle était prête à la suivre. Une fois dans la rue, elle prit soin de refermer sa boutique derrière elle. Si Lell venait à y passer, elle avait sa propre clé et n’aurait aucun mal à y entrer. Sa jeune apprentie était partie donner des soins toutes la matinée, et elles avaient prévu de se retrouver pour les visites de l’après-midi. La petite vieille n’eut pas trop de mal à suivre le pas de l’Olarile qui prenait sans doute soin de ne pas marcher trop vite pour qu’elle puisse la suivre. La vieillesse faisait craquer chaque jour un peu plus ses articulations, mais elle luttait pour rester en forme et pour être capable de toujours suivre le rythme. Quelques minutes plus tard, sa visiteuse la fit entrer dans une boutique de confection de bijoux. Au sol, une jeune femme était étendue. Grand-Mère vit rapidement l’étendue des dégâts et un élan de compassion lui étreignit le cœur : ce n’était vraiment pas beau à voir, et cette Olarile devait souffrir plus que de raison.

Son dos était labouré de rougeurs sanguinolentes, les brûlures ne semblaient avoir reçu que des soins primaires, voire aucun soin du tout. La chaire était à vif et loin d'une cicatrisation saine. Il lui faudrait des mois de soins pour ne plus éprouver une douleur à chacun de ses mouvements, et plus encore pour retrouver une certaine souplesse des doigts. Malgré la dureté de ce spectacle, Grand-Mère s'avança sans broncher et prépara ses affaires. De puissants baumes cicatrisants pour le dos, là où le frottement des vêtements devait rendre le port d'une chemise douloureux, serait étalés. Avant cela, elle gratterait peut-être les blessures, opérations oh combien douloureuse, mais nécessaire pour une meilleure cicatrisation. Pour les mains, par contre, elle préférait utiliser des baumes plus légers, afin que la jeune fille puisse garder une mobilité pas trop réduite. Enfin, pour le visage, elle allait utiliser une pâte cicatrisante, qui, elle l'espérait, permettrait de réduire les cicatrices. De longues séances de massages seraient au programme, tout comme elle le faisait régulièrement avec l'Al-Faret. Avec douceur, elle s'adressa à sa nouvelle patiente. «Vous pourriez vous allonger sur une table ? Ce serait plus facile de vous soigner de cette manière. Je n'ai plus la souplesse de mon jeune âge, et m'abaisser de la sorte est excessivement difficile. Et puis, racontez-moi, quels soins avez-vous reçus ? Je voudrais être sûre d'appliquer un bon traitement. À un stade aussi avancé, je n'ai plus droit à l'erreur. » Non pas qu'elle ait pour habitude de commettre des erreurs, et dans ce cas-ci, elle pourrait difficilement rendre les choses pires qu'elles ne l'étaient déjà, mais elle voulait tout simplement montrer de la compassion à l'Olarile, et lui montrer à quel point elle prenait à cœur sa situation.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Mar 28 Fév - 12:44

En arrivant, Mithra marqua une petite pause. Elle laissa le panneau qui indiquait aux clients potentiels que la boutique était close. Après un regard pour la vieille dame, elle pénétra d’un pas tranquille dans la boutique. La clochette tinta, dérangeant le sommeil de l’endormie. La voyant ainsi étendue sur le sol, Mithra n’avait pu retenir un léger sursaut. Quelle idée… Elle aurait pu visiter, trouver un lit à l’étage… Plutôt que de s’étendre là, directement sur le carrelage. Remise de sa surprise, Grand mère sur ses talons, Mithra s’approcha donc d’elle. La guérisseuse s’approcha la première, provoquant la surprise de Naki qui s’agrippa à elle, comme paniquée. Une fois debout, la jeune femme entreprit de se dévêtir, toujours avec une spontanéité désarmante.

La veuve, laissant tout le soin à l’ilédore de prononcer son diagnostic, s’approcha de la porte, et détacha des rideaux qui vinrent obstruer la vue de l’intérieur depuis la rue. Naki ne semblait peut-être pas des plus pudiques, mais Mithra ne tenait pas à ce que cette rencontre se transforme en spectacle. Elle ne posa qu’un regard réticent sur le corps que Grand-mère étudiait avec précision. Cela lui évoquait une contagion, une nécrose progressive plus que des brûlures. Elle savait pourtant que tel n’était pas le cas, mais cette façon qu’avaient eues les flammes de se rependre sur sa peau avait cet aspect pernicieux et fatal. Son corps, qui devait être beau et lisse autrefois, était rongé. Le feu était une bien impitoyable bête… Finalement, dans son malheur, Mithra n’avait pas eu à endurer ce type de blessures, et ce n’était pas plus mal. Elle avait vue sa jambe broyée en de multiples endroits (d’où ce boitillement qui la prenait toujours à l’occasion) et son cœur brisé comme par une masse, mais elle n’avait pas été la proie des flammes…

Elle perçut la gêne de Naki, qu’elle partagea et qui la poussa à s’écarter, laissant à la professionnelle son examen. Elle se dirigea pour sa part vers le fond de la boutique, où elle récupéra une clef, et rangea ce qui devait être mis à l’abri dans son coffre. La caisse, quelques pierres précieuses qu’elle ne gardait pas sur ses étagères.

Lorsque la vieille demanda une table, Mithra réfléchit un instant… Et avant que Naki ne parle de ses soins, la veuve s’approcha, et déclara avec calme : « Je n’ai pas de table de bonne taille, et cette pièce n’est pas la plus adaptée… Il y a un lit assez haut, à l’étage, qui conviendra sans doute mieux. » Elle adressa un sourire aimable à la vieille dame, ainsi qu’à Naki. La pièce dans laquelle elle avait l’intention de les conduire, si elles acceptaient, était une chambre d’ami où elle entreposait divers objets qui lui avaient été offerts par le voisinage, afin d’aider à son installation. « Je vous laisse discuter ensemble, à propos de ces traitements, pendant que je prépare la chambre. Vous pourrez monter dès que vous serez prêtes »

Un sourire aimable, et elle monta d’un pas tranquille à l’étage. Elle entra dans la première des deux petites pièces qui se trouvaient au-dessus de la boutique, et laissa son regard épouser les reliefs des meubles couverts de tissus qui se trouvaient là. Elle alla ouvrir la fenêtre, en grand, afin de l’aérer, puis ôta les draps de protection du petit fauteuil et du lit sur lequel elle jeta alors de grands draps propres. Elle fit sommairement le lit, l’essentiel étant de l’accueillir dans un endroit propre. Elle en estima la hauteur d’un œil appréciateur… Oui, ça irait. La chambre était plus petite que la sienne, mais quoi que modeste, elle était confortable et disposait du nécessaire. Elle avait un petit coffre où ranger ses affaires, un lit au sommier de qualité, une petite table de chevet et un fauteuil moelleux. L’essentiel, elles le passeraient de toute façon en bas, puisque c’était là qu’elles cuisineraient et travailleraient. L’air frais qui entrait dans la pièce la rafraîchit, et revigora la veuve qui trouva dans ces quelques instants de solitude un certain plaisir. Elle était tendue, à l’idée de cette cohabitation, quoi qu’elle l’accepte sans rechigner. Elle espéra qu’en bas, la jeune femme saurait s’entendre avec la vieille. Elles parleraient du prix de ces soins ensuite. Mithra pourrait la payer en pierres précieuses, ou en argent ilédor, quoi que cette seconde solution lui convenait moins (il était plus utile, pour les urgences, que ne l’étaient les rubis). Elle laissa la porte grande ouverte, considérant les murs aux couleurs pastel, des couleurs féminines, et songea que cette jeune femme ne vivrait pas mal, ici, tout compte fait.

HJ - Vous pouvez faire comme vous voulez, les filles. Soit vous discutez en bas et la rejoignez plus tard, soit montez rapidement c’est égal pour moi !
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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Mar 28 Fév - 16:29

« De l’eau froide, de la graisse, des tisanes. Je ne sais pas tout ce qu’on m’a fait, j’étais souvent trop peu consciente au début, tu vois… D’habitude je vais mieux mais j’ai dû beaucoup marcher aujourd’hui…»

Quelle ironie, avant la vieillesse, elle-même ne pouvait plus se plier. La compassion ne sembla pas adoucir le visage fermé de la patiente. Cette dernière observa sa maîtresse disparaître en haut de l’escalier et soupira, découragée. Elle eut un regard pour le manteau au sol ainsi que son pantalon et ses bottes. Elle se pencha d’un geste mesuré, plaçant son poids sur sa jambe droite pour saisir la chemise sur la chaise et se dirigea à cloche pied vers l’escalier sans un regard pour la vieille femme. Elle agissait dans une précipitation mue par le désire de ne pas rester seule avec l’étrangère. Elle se tourna dos à l’escalier et s’assit doucement en se tenant à la rampe. Ainsi assise, elle poussa sur ses bras pour hisser son fessier sur la marche supérieur, monter ses jambes ensuite, et ainsi de suite.

Elle ne prit pas la peine de se rhabiller, la plupart de ses habits étant resté au sol. Remettre sa chemise lui serait trop pénible de toute manière. Elle la garda donc serrée dans sa main gauche. Celle sur lequel elle mettait plus de poids à cause des blessures de la droite. Au vue de son état, l’énergie et la détermination qu’elle avait pour monter étaient admirables. La manière était un peu bruyante mais efficace. Les quelques gouttes de sueurs qui se mirent à perler à son front se mirent à la piquer légèrement. Ses plaies étaient toujours aussi sensibles. Sans se soucier de ce que faisais, ou pouvait dire la vieille, elle atteint le haut de l’escalier. Elle s’accorda une brève pause pour réfléchir, comment allait-elle procéder pour la suite ? Elle avisa le bois de la rampe et dans un exercice périlleux de contorsion approximative se releva en tirant sur son bras gauche et sa droite.

Une fois debout elle tenta de glisser sa jambe droite au sol mais la douleur à sa hanche lui tira des larmes qui coulèrent sur ses joues. Elle respira péniblement et força un peu plus sur sa jambe gauche pour se traîner jusqu’à Mithra et son lit. Elle ne nota pas à travers les larmes, les meubles, la jolie couleur des murs, ni ne s’imagina une seconde que cette chambre puisse lui être destinée. Elle s’effondra dans un râle sur le lit, visage dans les draps. Elle ne savait même plus pourquoi elle acceptait ce lot de souffrance aussi docilement. Elle ne savait pas pourquoi elle s’était laissé entraîner dans cette histoire de soins. Fatiguée par la marche, épuisée d’avoir été si active. A la pensée, de venir ici, elle n’avait pas bien dormit tous ces derniers jours. Elle n’aspirait plus qu’au sommeil. Sauf qu’à présent la douleur s’était réveillée tel un fauve enragé, lui lacérant le corps et les entrailles.

Ce qui la hantait le plus est l’idée d’elle qu’allait se faire sa maîtresse et cela lui était insupportable. Elle renifla plusieurs fois, tenta d’étouffer les sanglots qui lui échappaient. Bien sûr qu’elle n’aimait pas pleurer, mais ceux là n’étaient l’expression de sa douleur et elle n’avait pu empêcher le naufrage. Elle se hissa un peu mieux, à plat ventre toujours, sur le lit.
Elle chercha le regard de Mithra, terrorisée à l’idée d’y lire mépris ou dégoût.
« Je suis désolée. » balbutia la jeune femme. Elle était si désolée. Elle tenta de ramasser un peu ses cheveux, de les ôter de son dos où ils se collaient déjà aux croutes que la chemise avait arrachées en étant ôtée. Elle se concentra sur cette tâche, rassembler ses longs cheveux soyeux qui cascadaient jusqu’à ses reins. Une fine nuée soyeuse au reflet de nuit, elle dégagea tout le côté gauche de son visage et les rassembla à sa droite, au creux de son épaule. « Je suis dés… » Elle se tut, notant d’elle-même la répétition un peu pathétique. « C’est une jolie chambre. » Elle ne l’avait pas observée, mais c’était joli oui, qu'importe. Elle caressait une mèche de cheveux, tentant de faire abstraction. Elle tendit une main, la gauche, vers la veuve dans l’espoir qu’elle s’approche un peu. Tentant un sourire grimaçant pour la remercier de ses efforts. Se savoir acceptée par elle lui importait bien plus que guérir de ses blessures à l’instant. La seconde tâche lui semblant impossible. Elle pensait souvent devenir folle ou mourir. Elle était restée si seule, isolée, à l’écart de tous que cette démonstration de gentillesse, même intéressée, lui semblait extraordinaire.

La grand-mère n’avait pas l’air méchante. Elle espérait jusqu’elle soit efficace, ou tout simplement rapide. Qu’elle les laisse. Qu’elle la laisse. Juste avoir la paix. Sa respiration et ses tremblements s’estompèrent un peu. Il ne fallait pas penser à ces regards qui l’observaient, à ces mains qui allaient la toucher. Ne pas y penser. Ne pas y penser.
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Onaria Dimitres
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Dim 1 Avr - 14:08

Grand-Mère vit la jeune fille se relever avec beaucoup de difficultés, la douleur qui devait en ce moment assaillir ses plaies était au-delà de l’imaginable pour la vieille. Au cours de sa longue vie, la guérisseuse avait eu la chance de ne pas avoir à souffrir de blessures vraiment grave. Compatir à la douleur des autres, elle ne pouvait le faire que grâce à la longue expérience qu’elle avait acquise. Savoir reconnaître les simulateurs de ceux qui souffrent réellement, distinguer des paliers dans la douleur pour savoir jusqu’où elle pouvait aller dans les doses de calmant. Le terrible spectacle qui se déroulait devant ses yeux avait un avantage pour Grand-Mère, il lui permettait d’évaluer au mieux les dégâts.

Brûlures au dos et à la jambe gauche, au visage et à la main, aucun membre ne semblait lui avoir été épargné. L’état de ces mêmes brûlures était préoccupant, sans soin approprié, elles n’avaient pu cicatriser correctement. Des croûtes épaisses s’étaient formées à certains endroits tandis qu’à d’autres, rien ne subsistait qu’une chaire à vif. La seule bonne nouvelle de ce triste tableau c’était qu’il ne semblait pas y avoir d’infection dans les plaies qui étaient propres pour la plupart. Si une infection venait à se déclarer, Grand-Mère ne pourrait sans doute plus rien pour l’Olarile. Une fois la jeune fille installée dans une chambre, la chirurgienne prit le temps d’examiner ses plaies avec le plus grand soin. Les brûlures au dos étaient vraiment graves, ainsi que celles à la hanche et à la jambe. Par contre, celles de la main et du visage l’étaient un peu moins, ce qui représentait une bonne nouvelle. Des cicatrices seraient toujours visibles, évidemment, la peau serait tendue et douloureuse jusqu’à la fin de ses jours, mais elle avait de bonnes chances de recouvrer une certaine mobilité et un visage un peu plus humain.

Les prochaines heures allaient être pénibles pour les trois femmes dans la pièce. L’Olarile allait souffrir le martyr, parce que pour soigner ses blessures, la vieille femme devrait d’abord rouvrir certaines plaies et gratter la peau morte avant de mettre bandages et cataplasmes aux endroits où c’était possible.

Grand-Mère ne connaissait pas sa patiente, elle ne savait pas comment elle réagirait à l’annonce des nouvelles qu’elle avait à lui faire. Cependant, elle n’ignorait pas que la confiance du patient était quelque chose de primordial pour que les choses se passent le mieux possible. « Je ne me suis pas présentée, désolée. Je suis Grand-Mère, et je suis ici pour vous aider. Je vais soigner vos blessures du mieux que je peux, mais pour cela, vous allez devoir me faire confiance pendant les semaines à venir. Le traitement va être long et douloureux, êtes-vous prête pour cela ? Me faites-vous confiance ? » Avant de poursuivre toute démarche, elle désirait avoir l’assentiment de sa patiente.

En attendant, elle se mit à préparer les remèdes dont elle aurait besoin en mélangeant diverses potions et lotions. Une odeur de plante s’épanouit dans la jolie petite chambre. Dans les pots d’argile devant elle, Grand-Mère avait distingué trois préparations différentes, la première était celle qu’elle avait en plus grande quantité. Elle servirait à nettoyer correctement les plaies et à les anesthésier légèrement pour la suite des soins. Elle pourrait l’appliquer partout sur la jeune fille, même sur son visage, sans qu’elle ne courre le moindre risque. Dans le deuxième récipient, il y avait une sorte de pâtes verdâtre dont l’aspect n’avait rien d’avenant. C’était un puissant baume cicatrisant qui servirait pour les brûlures de la jambe et du dos. Enfin, le dernier bol et le plus petit contenait désormais une pommade blanchâtre qui dégageait une fragrance de fleurs d’été, cette dernière serait utilisée pour le visage. Tout à côté, la guérisseuse avait préparé une série de bandages qu’elle mettrait au dessus des blessures une fois les différents traitements appliqués, pour être sûre que la peau s’imprègne bien.
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Mithra Edorta
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Lun 16 Avr - 13:12

En entendant les bruits en provenance de l’escalier, Mithra esquissa un geste, après avoir jeté à la petite pièce un dernier regard d’inspection. Elle arriva ensuite, lorsque Naki, debout, gagnait la chambre, et se contenta de s’écarter pour la laisser passer. Elle était dévêtue, et laissait tout loisir à la veuve de voir plaies suintantes et brûlures. Le spectacle, objectivement, lui retourna l’estomac. Mais qui, après tout, en dehors des guérisseurs rompus à la vue de corps mutilés aurait pu rester de marbre ? S’en voulant de son propre choc, Mithra n’en montra rien et se contenta de sourire lorsqu’elle alla s’affaler sur le lit. Elle avait l’air à bout de forces et un instant Mithra eu l’impression qu’elle allait s’endormir. Elle ignorait ce que la guérisseuse avait l’intention de faire, mais elle espéra, sur le coup, que cela n’épuise pas trop son apprentie. Puis, un regard sur les plaies, et elle se ravisa… Non, il valait mieux qu’elle guérisse, et vite. Qui pourrait espérer trouver le repos, dans un état pareil ?

Les petits pas de Grand-Mère montaient dans les escaliers, lorsqu’elle saisit la main tendue par la jeune femme. « Ne t’inquiète pas, souffla la veuve, cette chambre sera la tienne, et tu n’as pas à t’excuser pour quoi que ce soit. Là… calme-toi. » Elle se redressa, sans lâcher la main de sa jeune protégée, lorsque la vieille femme pénétra dans la pièce. Elle dégageait quelque chose d’étrange, de mystérieux… A moins qu’il ne s’agisse seulement du fait que Mithra était inconsciemment sous le coup de ce que l’on racontait à son sujet… Elle était si experte, que d’aucuns la soupçonnaient de quelque sorcellerie… La veuve n’y croyait pas, au fond, car elle savait que pour beaucoup ce que l’on ne comprenait pas devenait vite magie, mais demeurait tout de même cette sensation, un peu engourdie. Elle avait hâte, en fait, de voir de quoi était capable l’ancienne, persuadée qu’elle ne serait pas déçue. Celle-ci se présenta à Naki, et lui fit une annonce qui aurait pu faire frémir Mithra si celle-ci n’avait eu cette maîtrise d’elle-même.

Elle annonçait de la douleur. A cette idée, l’Edorta laissa un infime soupir lui échapper. Il y avait sur son visage, toujours incliné en direction de l’Ilédore qui déjà préparait ses potions, un peu de crainte, car elle savait que voir la jeune femme souffrir allait lui en coûter… Mais aussi une certaine admiration pour la froideur et la maîtrise de cette femme, qui se savait prête à faire souffrir pour mieux guérir. Aurait-elle eu, elle, cette force morale ? Elle en avait fait preuve pas le passé, mais celle-ci, comme beaucoup d’autres choses chez Mithra, s’était émoussée ces dernières semaines. Elle se tourna alors vers Naki en lui pressant la main, et lui sourit d’un air rassurant, avant de la lâcher pour s’approcher de la guérisseuse. « Je vais fermer la boutique pour une petite heure, lui glissa-t-elle sur un ton bas et tranquille. Puis-je faire quelque chose pour vous aider ? Avez-vous besoin d’aide, de matériel… ? » Elle était désireuse, sincèrement, de se rendre utile, mais ignorait comment. Parce qu’elle ignorait, en fait (et heureusement !) ce qui l’attendait concrètement. Sans quoi elle aurait sans doute plutôt proposé l’inverse. Un petit coup d’œil pour la jeune femme, nouveau sourire, puis elle reporta son attention sur son interlocutrice. « Pensez-vous qu’elle pourra s’en remettre, avec le temps ? » Elle hésita, puis ajouta : « Je veux dire… de la douleur ? »

Elle savait que certaines plaies, invisibles celles-là, ne guériraient sans doute jamais. Elle-même en cachait certaines en son sein… Epoux aimant, époux traitre, fils disparus et filles mortes, dans un ultime accès d’ingratitude… Toute une famille, la chair de sa chair, enfouie sous des décombres… Et il y avait également cette peur qui l’avait saisie, lorsqu’elle-même, brisée et en détresse, avait été ensevelie avec pour seul secours le doux pelage d’un chat, qui avait rampé vers elle en quête, lui aussi, de réconfort. Il ne l’avait pas suivie avec le convoi, ce chat.


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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Dim 29 Avr - 8:56

« Grand-Mère ce n’est pas un nom. Je ne vous aime pas, je ne vous fais pas confiance. »

Simplement, d’un ton morne, elle observa Mithra s’esquiver avec une discrétion discutable. Ses sourires forcés, ses hésitations, sa respiration, elle notait tout. Ah, oui, elle connaissait cela très bien. C’était humain après tout, elle avait un corps monstrueux. Entre cette vieille flétrie qui la considérait comme un morceau de choix en termes de chose à manipuler ou le simple dégoût de n’importe quel quidam. Quelque soit les réactions, elle s’en vexait, de la compassion à la gentillesse en passant par l’indifférence. La question qu’elle posa finalement à la vieille la fit tiquer. S’en remettre. Elle n’était pas mourante et pourtant on la considérait comme agonisante. Cela lui sembla être une accusation à peine sous entendue, à peine voilée. Pourquoi es-tu encore en vie ? Pourquoi n’es-tu simplement pas morte, pourquoi n’es-tu pas restée avec les infirmes ? Pourquoi ? Naki, pourquoi tu vis encore ? Tu ne devrais pas ? Tu ne l’as pas mérité. Et d’ailleurs, tu ne t’en remettras pas, n’est-ce pas… combien de temps cela te prendra pour renoncer et mourir ? Pourquoi ne veux-tu pas te presser au lieu d’ennuyer tout le monde ? T’imposer de la sorte est abjecte, égoïste, tu fais honte à tout le monde.

La veuve partie, le sentiment de révolte grandit encore un peu plus. Elle se redresse sur le lit. Couvre d’une main sa poitrine, une poitrine jeune, fraîche, délicatement enflée, choquante de virginité au milieu des cicatrices. Elle attrapa un drap qu’elle remonta contre elle. Il lui venait des envies de vomir ou de crier. Elle se roula en boule dans le lit. Elle aurait tant voulu que sa mère soit là. Elle lui aurait pris la main, délicatement, l’aurait gentiment sermonnée. Laisse-toi donc faire… elle aurait simplement caressé son front. Elle en était sûre elle l’aurait considérée comme à son habitude, qu’importe les cicatrices, elle était sa fille. Sa seule fille, celle qu’elle chérissait. Elle avait du mal à avoir un souvenir net du visage maternel. Elle se souvenait de ses longs cheveux noirs, comme les siens, de ses yeux gris, doux. Une odeur sucrée mêlée à la cuisine. Se rendre compte de l’oubli de son visage la rendit plus triste encore. Le bonheur amer d’être défigurée lui revint, comme un amant vicieux. Elle était heureuse, reconnaissante d’être défigurée, de souffrir. A chaque douleur, elle se rappelait, ne pouvait pas oublier. Elle n’oublierait jamais ce qui était gravé sur sa peau.

Qu’elle était sotte d’avoir imaginé, espéré, que venir ici lui apporterait un peu de paix. Elle indisposait Mithra. Elle l’indisposait. Elle l’indisposait. Espérer provoquait des peurs plus profondes encore. Ne valait-il mieux ne plus jamais avoir quelque chose à perdre ? Elle en était persuadée. Il ne fallait plus y penser.

Chaleur. Tourments. Il y a eu un cri, maman ? Pourquoi l’a-t-elle laissée seule ? Pourquoi n’était-elle pas allée la sauver, elle aurait pu. Pourquoi est-elle sortie, a-t-elle fui de cette maison ? Pourquoi a-t-elle abandonné sa famille ? Elle était trop bien punie pour son égoïsme. Elle n’aurait jamais dû pouvoir vivre. Il lui vient une idée simple, et si elle mettait le feu, ici. Le feu mangerait les murs, les meubles, chaud. Il crépiterait furieusement avant de finir de dévorer son corps. Elle pourrait mourir en paix, comme cela aurait dû être le cas.

Les yeux à demi-fermé, elle somnolait. Elle laissait ses pensées dériver. Elle se souvint de la main dans la sienne. Maman. Mithra. Elle serra ses mains vides contre sa poitrine. Il fallait qu’elle se repose, demain elle irait travailler. Il faudra se lever tôt pour fournir en bois le feu. Préparer un déjeuné, contrôler les outils. Elle rêvait d’écraser, de soumettre le métal sous un marteau. Elle se sentirait bien. Le voir tordre, rougeoyer lui avait toujours apporté une certaine paix. Au fur et à mesure que les coups réguliers et impitoyables faisaient leur œuvre, elle s’apaisait. Elle irait courir, danser. Il y avait un jeune qui la courtisait et qu’elle avait envie de suivre. Il était joli, comme il le fallait, brun, le regard sensible. Oui, s’abandonner dans ses bras lui ferait oublier un peu tout ses soucis. Le laisser jouer avec son corps, s’autoriser faiblesse et abandon. Ce serait délicieux.

Abandonner.
Céder à la fatigue.
Avoir la paix.
Enfin.
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Onaria Dimitres
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Ven 17 Aoû - 20:37

Depuis les dizaines d'années qu'elle exerçait la médecine, Grand-Mère n'avait jamais une telle gifle. Sa réputation la précédait partout où elle allait à tel point que c'en était devenu un laisser-passer même auprès des patients les plus récalcitrants. Cette pique envoyée par l'Olarile fit naître un sentiment d'agacement incontrôlable à tel point qu'elle dû faire preuve de toute la maîtrise dont elle disposait pour ne pas s'en aller tout de suite. Grand-Mère avait l'habitude d'être traitée comme la meilleure guérisseuse de la ville, et que cette petite impertinente mette ses capacités en doute la frappait en plein dans son orgueil. D'une voix douce mais ferme, elle tâcha de trouver des arguments pour convaincre la demoiselle de se laisser soigner.

« Je comprends votre détresse, vous avez mal et vous ne me connaissez pas. Mais je suis là, à votre chevet, prête à vous aider. Je m'appelle Grand-Mère, que cela vous plaise ou non et je suis, dans cette ville, la plus à même de vous aider. Je sais de quoi vous souffrez, je peux vous aider. Je peux rendre la douleur supportable, je peux diminuer les cicatrices et je peux vous rendre une partie de votre mobilité. »

Une sourde colère grondait dans l'esprit de la vieille femme. Des dizaines de personnes dehors, dans les rues, attendaient peut-être son aide, et elle était coincée avec une Olarile qui ne semblait pas avoir la moindre Volonté et refusait de se faire soigner. Parmi ses confrères, peu étaient ceux qui seraient capables d'aider correctement l'Olarile, et aucun ne le ferait aussi bien qu'elle. En essayant de toujours garder son calme, elle reprit d'un ton ferme.

« Et vous voulez tout savoir, je ne vous aime pas non plus. Vous êtes arrogante, vous refusez de vous soigner correctement depuis des semaines à ce que je vois, probablement en train de vous complaire dans votre malheur. Sachez cependant qu'il y a dehors des gens qui souffrent encore plus que vous et qui se battent malgré tout. Vous avez peut-être des bonnes raisons de vous laisser aller, mais je n'en vois pas. Votre cas est grave mais loin d'être désespéré. Je l'ai déjà dit et je me répète, mais je peux vous aider, je suis probablement la seule à pouvoir vous rendre une meilleure mobilité. Alors si vous tenez à la vie, ou tout au moins, si vous avez une once de respect pour la femme qui est venue me chercher, laissez-vous faire. »

Qu'elle traita l'Olarile d'arrogante n'était pas sans ironie compte tenu de la sienne qui était bien plus grande. Mais la vieille n'aimait pas qu'on lui fasse perdre son temps, pas quand la moitié de la ville mourrait de fin et que l'autre rachetait à prix d'or le moindre morceau de nourriture. La pitié et la compassion qu'elle avait ressenti en arrivant étaient toujours présents, mais atténués par la mauvaise humeur qui l'avait gagnée.

« Mon temps en précieux, tout comme le vôtre, je n'en doute pas. Alors cessez ces enfantillages et laissez-moi m'occuper de vous. Si cela peut vous aider à avoir confiance, vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez au sujet de votre traitement et j'y répondrai le plus honnêtement possible. Par contre, si vous refusez de me faire confiance et de me laisser vous soigner, alors je m'en irai et je ne vous importunerai plus. »

Grand-Mère était trop prompte à juger, incapable de comprendre ce qu'était une dépression puisque c'était à l'encontre même de tous les principes de Therdone. Les mots qu'elle venait de prononcer n'avaient rien de réconfortant, mais c'étaient les seuls qu'elle avait réussi à trouver pour tenter de convaincre l'Olarile de se faire soigner. Si d'aventure la jeune femme refusait ses soins, alors elle s'en irait. Éprouvant tout de même une once de remords pour les paroles qu'elle venait de prononcer, la Guérisseuse fit amende honorable comme elle le put.

« Je ne cherche pas à vous brusquer ou vous faire peur, tout ce que je souhaite, c'est vous aider, afin que vous souffriez le moins possible. Alors, je répète ma question : me faites-vous confiance ? »
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Naki Alagareth
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Sam 18 Aoû - 7:29

Elle rouvrit deux yeux agacés. Soupira ostensiblement et s’assit sur le lit en grinçant des dents.

_ Je vais te dire, alors, mais c’est toi qui l’a voulu parce que moi je ne comptais pas te dire. Vouloir me faire culpabiliser servira à rien. Je me suis soignée avec ce que j’avais, c'est-à-dire, de la graisse parce que je n’ai plus de famille et encore moins d’argent. Nourrie avec la pitié des tiens. On choisit pas sa douleur, la mienne est si terrible qu’elle noie mes pensées. Alors, tu vois, chacun fais comme il lui plait. Ma souffrance fait partie de moi, il n’existe pour moi plus de monde exempt de ce masque grimaçant.
Si tu connais ça, dommage pour toi, sinon n’essaie pas de prétendre.

_ Et tu sais quoi... T’es la meilleure, t’as tellement de gens à soigner, mais tu le fais vraiment avec le cœur ? Moi, tu ne me parles pas avec ton cœur. Je n’ai pas besoin de leçon, j’ai besoin de soins. Je n’ai pas besoin que tu te rassure de ma confiance. Je n’ai pas besoin de parole, j’ai besoin de faits. Je te croirai et tu auras ma confiance si tu me soigne bien.

_ Je ne te ferais pas confiance maintenant, mais je ne t’empêche pas de me soigner. Dis-moi, tend le bras, et je le fais. Dis-moi, lève-toi, je le fais. Dis-moi, mets ça trois fois par jour, et je le fais. Tu n’as pas à avoir peur, je serai obéissante.

_ Mon esprit, vielle dame, tu ne pourras jamais le soigner comme tu le pourras avec mon corps. Alors n’essaie pas. Contente-toi de soigner mon corps, tu n’es pas ma grand-mère, tu n’as aucun droit sur moi. Ma Maîtresse te paie, tout ce que je peux te promette c’est essayer de ne pas crier.


Elle respira un peu plus fort, la douleur ne veut plus la lâcher à présent. Elle la sent confortablement logée en elle. Elle observa tous les ustensiles, bandages et onguents de la vieille. Elle avait trop mal pour essayer de faire semblant d’être aimable, semblant d’être gentille. Elle ne pouvait pas maîtriser les tressaillements de son corps fatigué qui tremblait sous la douleur. Et pourtant, elle était vivante. Ce corps rageur, cette vie sourde qui refusait toujours de l’abandonner. Malgré les privations, malgré la marche, malgré la douleur, elle avait survécu à tout. Et de fait, même en étant jeune, elle se sentait vieille. Les événements l’avaient forcée à grandir malgré elle, à devenir une femme plus tôt quelle ne l’aurait dû. La souffrance qui l’avait courbée, lui avait aussi offert un regard épuré, dur sur la réalité. Pourtant, elle sentait encore dans sa main, la légère pression des doigts de sa Maîtresse.
Comme une promesse éphémère.


_ Tu vas commencer par gratter les croûtes ?


La question est neutre, presque intéressée, certainement pas craintive. Elle a tellement mal, que ça ne peut pas être pire, n’est-ce pas ? Elle se pencha pour observer l’outil, c’était intéressant d’observer les techniques de ces étrangers. Elle n’aurait jamais imaginé d’outil pour soigner le corps ainsi. Un jour, elle lui montrerait, à cette vieille, ce qu’on pouvait faire du métal pour que son outil soi encore mieux. Elle en avait une image très nette. Un outil plus pratique pour les vieilles mains parcheminées qui ne devaient plus avoir toute la dextérité de leur jeunesse. Elle repousse ses cheveux qui ont glissés sur ses épaules, une nuée douce et sombre. Elle allait se soigner, bien sûr, surtout pour Mithra. Pour elle, pour la main qu’elle a déposée dans la sienne sans y réfléchir, sans hésiter. Pour ses délicats sourires, son courage à elle aussi. Il ne se dégageait malgré la douleur presque palpable aucun sentiment de faiblesse d’elle, à présent que la vieille l’avait éveillée et agacée. Elle n’avait jamais été une jeune fille sage, docile et c’est sans doute ce qui l’avait sauvée. Ce caractère. Une vie débordante qui refuse de se tarir malgré tous les coups et les blessures, une vie qui ne se laissera pas dompter, même par une vieille guérisseuse aigrie.


Et cette vivacité insoumise se reflétait dans son regard. La jeunesse est parfois insolente de vigueur, insolente en toute chose mais on lui pardonnera. Il sera temps d’apprendre après. Ainsi est la vie.
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Onaria Dimitres
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MessageSujet: Re: Apprentissage.    Ven 15 Fév - 20:32

Le ton employé, les mots utilisés, ce rude tutoiement, rien ne pouvait faire que Grand-Mère accepte de rester une minute de plus dans cette pièce. La vieille femme était orgueilleuse elle-aussi, peut-être était-ce là même son plus gros défaut, mais dès lors, elle ne pouvait accepter d'être traitée de la sorte. Il y avait chez cette Olarile une détresse trop profonde pour que Grand-Mère décèle la moindre trace de volonté chez elle. Et la guérisseuse avait des choses plus importantes à faire que rester au chevet d'une femme qui se laisserait mourir à petit feu pendant les prochaines semaines. Ce qu'elle s'apprêtait donc à faire allait à l'encontre de la plupart de ses principes, de son envie d'aider les autres, de sa volonté de sauver cette jeune femme, et surtout, de l'admirable talent que requérait de soigner un tel cas. Mais ce talent, si la vieille Ilédore en était pourvue plus que tout autre dans la ville, d'autres ne déméritaient pas. Elle connaissait d'autres personnes qui accepteraient de soigner la jeune femme, à commencer par Lell peut-être.

« Bien... Vous et moi, à l'évidence, nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes. Je ne souhaite pas vous soigner contre votre gré et je ne souhaite pas vous forcer à me faire confiance. Nous sommes donc dans une impasse. »

Au fur et à mesure qu'elle parlait, Onaria sentait grandir en elle la certitude de faire le bon choix malgré les implications qu'il entraînerait.

« Étant donné que je suis présente et que j'ai déjà préparé ce dont je vais avoir besoin, pour cette fois-ci, et cette fois-ci uniquement, j'accepte de m'occuper de vous. Après, je vous renverrai chez un autre de mes confrères qui vous inspirera peut-être plus confiance que moi-même. Je suis désolée que les choses se passent de la sorte, mais je ne puis faire autrement. »

De ses mains encore agiles bien que fatiguées, Grand-Mère entama son premier travail de détersion des brûlures. Gratter les croûtes était l'opération la plus douloureuse, et la vieille femme ne pouvait pas faire grand chose pour aider à soulager la douleur. Le baume de nettoyage et anesthésiant ne pouvait être appliqué directement sur les croûtes, il fallait les enlever d'abord.

« Je vais donc commencer par enlever ce que je peux de croûtes et de mauvaises cicatrisations. Ce sera douloureux et j'en suis désolée, mais je ne peux faire autrement. Croyez bien que si c'était en mon pouvoir, je changerais cela. »

Cette étape fut longue et difficile, mais couronnée de succès. Grand-Mère avait pu retirer tout ce qu'elle désirait, même si cela avait dû être terriblement douloureux pour l'Olarile. Elle utilisa ensuite la première pommade qu'elle avait préparé, mélangée avec un peu d'eau tiède pour nettoyer les plaies et les anesthésier légèrement. La douleur, d'ici quelques minutes serait moindre. L'odeur dégagée par le mélange était rafraîchissante et allégea l'atmosphère quelques instants.

« Le baume que je viens de vous appliquer m'a permis de nettoyer vos plaies et de les rendre aussi propres que possible. C'est un puissant désinfectant ainsi qu'un léger anesthésiant. D'ici quelques minutes, la douleur que vous ressentez devrait légèrement diminuer. Je vais faire maintenant des pansements imprégnés d'un autre baume pour que vous puissiez retrouver une certaine liberté de mouvement. Les bandages vous protégeront du frottement des vêtements sur vos plaies. »

Le mélange verdâtre avait un aspect véritablement répulsif, mais Grand-Mère savait qu'il était plus efficace que n'importe quelle jolie pommade. Lorsqu'elle banda le torse et la jambe de la jeune femme, elle s'y prit avec douceur et lenteur, pour être sûre que la douleur reste tolérable. Ces bandages devraient être changés quotidiennement les premiers jours, puis, de moins ne moins souvent en laissant de plus en plus les plaies exposées à l'air libre afin de parachever le processus de cicatrisation.

« Si vous le permettez, je vais maintenant prendre soin de vos plaies au visage et à vos mains. J'aimerais prendre plus de temps pour m'en occuper afin d'être sûre que vous puissiez retrouver l'usage de vos doigts de manière correcte. J'espère aussi parvenir à poser la première étape vers une cicatrisation la plus fine possible pour votre visage. »

Sans vraiment attendre le consentement de l'Olarile, Grand-Mère se remit au travail. Bien que ses doigts agissent avec précision et douceur, on lisait dans ses yeux la colère de la vieille femme. Ses paroles et ses gestes contredisaient totalement son regard et ses pensées. La brunette l'avait frappée à l'endroit le plus sensible et elle devait prendre sur elle-même pour rester dans la même pièce et continuer à la soigner. Heureusement, pour une partie de son travail, l'Olarile devait fermer les yeux. Ne plus croiser son regard désespéré et désespérant était un soulagement pour l'Ilédore.

Lorsque Grand-Mère eut terminé tous les soins, elle réalisa que cela faisait pas moins d'une heure qu'elle était occupée et elle n'avait pas vu le temps filer. De nombreux patients devaient l'attendre et elle commença à ranger ses affaires pour repartir vers les siens. Ceux qui l'écouteraient, ce qui lui feraient confiance et qui sauraient comment la remercier de ce qu'elle faisait pour eux. Un simple merci la comblait bien souvent, mais elle n'était pas sûre d'en obtenir un de sa toute nouvelle ancienne patiente.

« Bien, j'ai terminé. Je vais devoir m'en aller maintenant. Je vais faire venir quelqu'un demain pour changer vos pansements. Il faudra surveiller tout cela de très près au début. Vous n'aurez plus affaire à moi désormais. Je vous souhaite la meilleure guérison possible. Au revoir, Mademoiselle. »

Et sans un mot de plus, elle quitta la pièce.
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