AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerConnexion
Autopassion.net le site dédié à l'automobile créé par ses utilisateurs
Partagez | 
 

 Le Fils Prodigue

Aller en bas 
AuteurMessage
Noor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 83
Age : 28
Date d'inscription : 16/07/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 55
Profession: Douairière
Positionnement : Arlaniiste
MessageSujet: Le Fils Prodigue   Mar 1 Mar - 14:14

Noor était de ces personnes qui avaient le sommeil léger et instable, malgré le fait qu'elle se couchait tôt. Sous de multiples couvertures de laine colorées, de velours et de soie, elle bougeait sans cesse, grognait parfois, se reposait rarement. Si ses rêves étaient peuplés de cauchemar, elle ne s'en souvenait jamais d'aucun. Visiblement c'était ainsi: elle avait un sommeil imparfait, qui ne s'améliorait pas avec l'âge.

Elle eut assez tout d'un coup de faire des efforts pour dormir. Elle entrouvrit les yeux dans la chambre sombre, et contempla les derniers rayons de soleils de la journée à travers les rideaux épais à la recherche d'un semblant de paix. Une paix qu'elle ne connaissait plus depuis la naissance d'Elandor, à laquelle elle avait renoncé en faisant sienne la lignée des Arlanii. Soit qu'elle craignait l'avenir, soit qu'elle ait accompli des choses blâmables pour sauver la Lignée, mais la paix ne l'habitait plus depuis des décennies. Encore maintenant elle songeait au mariage de son dernier fils, et de la façon qu'avait eu le Conseil de lui arracher cette ultime prérogative. Elle se refit encore une fois le schéma de comment récupérer la situation à son avantage, mais pour le moment ca ne servait à rien, si ce n'est à se frustrer.

Elle n'avait rien pour la distraire de ceci: en ce moment précis de la soirée, elle n'était qu'une femme vieillissante qui n'avait pas la conscience tranquille.

Elle s'était consacrée aux Arlanii, comme un Pope se consacre à Therdone. Elle avait renoncé à être une femme pour être une épouse, pour être une mère parfaite. Et aujourd'hui, alors que se dessinait l'heure du bilan, elle était de moins en moins sûr qu'il soit positif: En tant qu'épouse, elle n'avait jamais réussi à ce que Joaldor marque l'histoire. En tant que mère, elle avait perdu ses deux fils aînés, l'un adulte et l'autre à la naissance, et son ultime et dernier fils venait d'échapper à son influence pour rejoindre la cohorte des souverains manipulés. Est ce qu'Elandor ou Ysor avait au moins pu s'épanouir en tant que personne?

Elle sentit de multiples poids sur ses épaules: celui des ans, celui de la culpabilité, et celui des responsabilités qui continuaient d'être les siennes. Et pas un seul soulagement. Avec un grand soupir, elle préféra prendre sa chandelle et se lever pour boire un peu d'eau. Elle se déplace jusqu'au paravent et au petit meuble de toilette, prit un verre en cristal et le remplit d'eau à raz bord. Elle but comme un moineau, goutte après goutte, le visage toujours aigri et triste.

Elle était aux trois quarts de son verre lorsqu'un bruit vint la tirer de toute sa mélancolie: Celui de la porte secrète de son appartement que l'on ouvrait. Elle faisait un bruit caractéristique de frottement de tissus, et peu de personnes connaissaient seulement l'existence de celle-ci. La lourde porte d'entrée de ses appartements était constamment gardée par au moins un, voire deux factionnaires, mais personne ne la protégeait à l'intérieur même de son logement...

Elle demeura plusieurs secondes le verre en l'air, paralysée par l'inquiétude, puis reposa la coupe en cristal, alla vite prendre sa robe de chambre de brocard vert portant le cheval des Arlanii, et c'est ainsi qu'elle sortit. Elle n'était pas sous son plus beau jour: ses longs cheveux gris et filasses n'étaient pas coiffés, prenaient des postures un peu sauvages autour de son visage non maquillé, et ses rides n'étaient pas dissimulées. Elle semblait beaucoup plus vieille ainsi. Elle n'avait quasiment jamais été dans un aussi simple appareil, sans bijoux ni couronnes ni vêtements compliqués.

En dehors de la chambre, il y avait un long couloir qui menait vers la lourde double porte, dont les murs étaient comblés de meubles, de bibelots décoratifs et de tableaux de maître. Très proche, il y avait l'accès au salon qui était une pièce plutôt grande et très décorée elle aussi, avec un balcon et une grande fenêtre vitrée. Personne visiblement ne se dissimulait dans les ombres du couloir mais la Douairière ne pouvait s'empêcher d'angoisser à chaque pas. Il y avait un intrus chez elle, plus aucun sanctuaire n'existait.

Il lui fallut un temps certain pour remonter le couloir jusqu'à l'entrée du salon. Elle progressa tout aussi prudemment dans le salon, sachant que la fameuse entrée secrète était justement dans le salon, et que s'il y avait un rôdeur, il était forcément là. L'idée vint à Noor d'appeler les factionnaires, mais il faudrait crier bien fort pour cela tant la porte était épaisse, et pendant ce temps, elle aurait le temps de se faire agresser. La lumière était trop basse pour ses yeux vieillissants. Au milieu du salon, alors qu'elle était pleinement visible, elle ne voyait rien d'autour d'elle. Elle tournait la tête en tout sens, ses yeux de femme grisonnante ne voyaient rien.

Puis il apparut. Noor poussa un cri bref de surprise rien que pour l'apparition subite. Puis il se passa quelques secondes de suspens, il se put que l'autre lui dit quelque chose, mais Noor n'entendit rien, car ce fut comme une cascade glacée qui s'abattait sur elle. Le sang sembla quitter son corps alors que le visage de l'inconnu se faisait net. Il y eut un conflit entre son instinct, qui reconnaissait cette personne, et son intelligence, qui refusait à toute force la vérité.

Ce fut son instinct de mère qui gagna.

Noor voulut hurler de terreur, de joie, en pleurer. Elle ne réussit qu'à perdre sa respiration et à faire un malaise.

Après s'être porté la main à la poitrine et avoir étouffé, elle s'évanouit.


On peut bien avoir de multiples enfants, aucun ne nous marque davantage que le premier. C'est avec lui qu'on découvre ce qu'est être parent, qu'on subit les premiers désagréments, qu'on découvre les premières joies. Pendant un temps, il est même le seul réceptacle de notre amour. L'aîné à toujours une place à part dans toute famille, chez tout parent.

Ensuite, les autres enfants ne sont plus qu'une autre déclinaison de la parentalité, mais on ne découvre plus rien: on s'adapte seulement à chacun. L'éducation que l'on donne au cadet, ce n'est qu'une deuxième version de celle qu'on a donné à l'aîné.

Et rien ne peut séparer un aîné de sa mère, quand bien même leur relation ne fut pas satisfaisante. Il fut le premier de sa mère, celui qui a essuyé tous les plâtres. Il a eu pendant un temps tout l'amour de celle-ci.

Et aucun deuil ne peut entacher cet amour. Au contraire, il n'en est que l'expression



En sortant des vappes, il était toujours là. N'ayant pas récupéré toute sa lucidité, l'esprit encore englué dans des nappes d'inconscience, elle gémit vaguement.

« Elandor? C'est déjà fini? Où est ton père? »

Quelques secondes plus tard, elle recouvrait totalement ses esprits et se rendit compte qu'elle était bel et bien dans le monde des vivants, et que c'était bel et bien un vivant qui lui adressait la parole.

« Mais... mais... tu étais mort.... je t'ai pleuré... JE T'AI PLEURE!! »

Elle se souleva brusquement du sol et l'agrippa au cou.

« Tu m'as manqué mon bébé. »

Avec une force suprenante, la mère d'Elandor s'enfouit au creux du cou de son fils. Jamais certainement on n'avait vu la douairière manifester autant d'émotions, mais si elle ne s'effondrait pas de chagrin ou de bonheur pour la résurrection de son fils, quand cela arriverait il donc?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elandor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 1656
Age : 39
Date d'inscription : 07/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 32 ans
Profession: Fantôme apostat
Positionnement : Dissident
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Mar 8 Mar - 21:48

Elandor sortit et sentit le vent frais souffler sur sa peau nue. Pour la première fois depuis plusieurs mois, il était rasé de très près. Il avait retrouvé un éclat de miroir assez gros pour s’en servir et son couteau avait été soigneusement aiguisé avant de glisser sur ses joues. Il avait également retaillé ses cheveux et sa mise était plus soigneuse qu’elle ne l’avait jamais été depuis qu’il avait quitté les Nobles Quartiers. Il s’était soigneusement lavé, avait également pris le temps de nettoyer et parfumer ses vêtements, choisissant les moins abîmés et les mieux coupés.
Cette préparation lui avait fait du bien. Se concentrer sur des détails lui avait libéré l’esprit, l’empêchant de se torturer inutilement. Et il se sentait enfin … lui-même. Il n’avait pas pris le temps de préparer ce qu’il dirait à sa mère et n’en avait aucune idée mais savait que plusieurs jours ne lui aurait pas suffit pour se décider.
En réalité, tout déprendrait de Noor Arlanii. Serait-elle le fantôme distant et austère qu’il avait toujours connu ? Retrouveraient-ils un semblant de complicité ? Même s’il en doutait, il était angoissé à l’idée qu’elle puisse ne pas l’aimer au point de le dénoncer à son frère et au Conseil. Heureusement, Amarante lui avait garantit sa sécurité et ses hommes veilleraient. Mais si le Conseil apprenait sa survie …

L’ancien Gardan Edorta inspira profondément, redressa son dos courbé et bomba le torse. Se laisser envahir par les doutes étaient inutiles. S’il courrait à sa perte, ce serait la tête haute et l’esprit clair.

Le soleil était descendu sur l’horizon, donnant à la ville un air apaisé et la nimbant d’une lumière rougeoyante.
Le crieur Lance revêtit sa cape et rabattit la capuche sur son visage. Inutile de prendre des risques.
Comme prévu, il retrouva l’homme d’Amarante sans problème. Un signe de tête, rien d’autre. L’homme lui tendit un pli ce qui le soulagea ; le Stratège ne l’avait pas laissé seul face à la Douairière. Sous le regard désapprobateur du soldat, il le décacheta et parcourut rapidement les quelques lignes. Cela lui ferait une bonne base. Le Jagharii exposait son point de vue, expliquant l’intérêt d’une telle union et aussi tout ce que la survie d’Elandor pouvait leur apporter. Apparemment, il connaissait le point de vue de Noor Arlanii sur la question et Elandor en fut étonné. Il ne savait pas sa mère si opposée au Conseil … La situation au Palais avait-elle tant changé depuis sa mort ? Il se rendit compte qu’il n’avait jamais vraiment pris en compte l’avis de la Douairière face aux bouleversements politiques qu’Edor Adeï avait vécu. Mais il n’était jamais trop tard … Peut-être était-il temps de trouver des alliers incongrus mais haut placés à la Dissidence ? Après tout, qu’avait à gagner Noor Arlanii à la suprématie du Conseil ? Rien … Et elle perdait son Ysor, devenu une simple marionnette dans les mains de Nobles peu scrupuleux.
Qu’en pensait cette femme aux traits vieillis et à la chevelure argentée ? Il n’y avait jamais songé … Elle s’était toujours montrée droite et volontaire, fidèle aux préceptes de Therdone. Serait-il possible qu’elle voit d’un très mauvais œil l’existence du Conseil ? D’un œil assez mauvais pour, qu’à défaut de devenir une Dissidente active, elle puisse ne pas être opposée aux desseins de son fils aîné ? Il fallait qu’elle le couvre et se taise …
Son avenir et celui de tous les Ilédors en dépendait.

Il suivit le dédalle des rues, heureux de se laisser guider sans avoir à prendre de décision.
Aux alentours du Palais, Elandor sentit son cœur se pincer. Ses maisons, toutes magnifiques et tellement différentes de ce trou à rat où il vivait … Marbres, dorures, jardins entretenus … Il en connaissait les moindres détails, les avait aimés et, il devait bien l’avouer, les regrettait. Il se força à se concentrer sur ses pas et sur le trajet emprunté. Il avait été minutieusement choisi et évitait les zones les plus passantes. De toutes façons, à cette heure de la journée, la plupart des Nobles profitaient des riches festins que leur avaient préparé leurs domestiques et ne pensaient guère à mettre le nez dehors.

Finalement, le palais se dressa devant eux. Majestueux, intimidant, douloureusement familier …
Elandor refoula toutes les pensées que cela lui inspirait. Ca n’était pas le moment. Il n’y avait jamais remis les pieds depuis son assassinat mais il était encore trop anesthésié par la décision qu’il avait pris dans la matinée pour ressentir ses nouvelles émotions à la hauteur de ce qu’elles auraient dû être. Et ce qui l’attendait n’allait pas être simple non plus …
Un pied devant l’autre, un pied devant l’autre. Ecouter le bruit feutré de leurs pas dans les passages secrets dont parfois, il ne connaissait même pas l’existence.

Finalement, le soldat s’arrêta devant une porte dissimulée. Aucun mot n’avait été prononcé devant eux mais Elandor pressentait qu’ils étaient arrivés. Il ignorait ce que l’homme savait de lui, s’il avait une idée de son identité et de ce qui allait se tramer. Dans le doute, il le remercia d’un hochement de la tête et lui fit signe de ne pas entrer avec lui.
Il serait seul avec sa mère et ce serait déjà bien assez compliqué.

Une fois la porte passée, le feulement discret du tissu qui la camouflait se fit entendre. Les appartements étaient sombres et Elandor devina plus qu’il ne vit qu’il était arrivé dans le salon. La capuche lui amputait une bonne partie de son champ de vision et il l’a retira.
Les rideaux étaient tirés et le silence régnait ce qui l’étonna. Sa mère s’était-elle déjà couchée ? ! Il était encore tôt mais il ignorait l’état de santé dans lequel elle se trouvait depuis son soit disant décès. Peut-être était-elle suffisamment affaiblie pour avoir un besoin accru de repos ?
Tendant l’oreille, il se déplaça à tâtons vers la sortie lorsqu’il entendit du bruit qui, d’après son intuition, provenait de la chambre à coucher. Il se figea, tendant l’oreille. Il serait stupide de se faire surprendre mais si c’était Noor Arlanii, autant l’attendre. Les pas étaient hésitants et légers. Elandor prit le pari que c’était bel et bien sa mère et ne prit donc pas la peine de se dissimuler.

Les lueurs frissonnantes d’une chandelle apparut dans la nuit ce qui sonna comme une confirmation pour l’Arlanii. Les retrouvailles allaient enfin avoir lieu.
Lorsqu’elle apparut à ses yeux, il ne put s’empêcher de frissonner. Ses cheveux défaits reflétaient la lumière et faisaient comme un halo argenté autour de son visage … Son visage … Si familier et pourtant étranger à cet instant précis. A la pâle lumière de la flamme, elle lui parut plus petite, plus menue, plus vieille.
Même devant lui, son propre fils, elle n’était jamais parue ainsi, sans vêtements, sans bijoux, sans coiffures et sans maquillage. Il lui trouva un air fragile et eut presque pitié d’elle, une pitié qui aurait pu sonner comme un gage d’amour.
Elle semblait perdue, cherchant l’intrus qu’elle avait entendu arriver. Il se coula doucement vers elle et s’arrêta à la limite du halo de la lampe. A quoi ressemblait son visage dans cette lumière jaunie ? Avait-il changé lui aussi ?

Elle l’aperçut et couina de peur. Elle se figea, elle l’avait reconnu. Un « Bonsoir » comme un murmure s’échappa des lèvres d’Elandor. Belle entrée en matière en vérité … Heureusement, elle ne sembla pas l’entendre. Son regard était fixé sur lui, paralysé, et son visage reflétait son incompréhension, sa stupéfaction et aussi, quelque chose ressemblant à s’y méprendre à de la joie.
Avant même que son fils ne puisse interpréter une telle expression, la mère s’écroula sur le sol et il eut à peine le temps de la retenir avant que son corps ne s’écrase au sol. Le canapé était loin de plusieurs mètres et la chandelle tombée sur le lourd tapis l’inquiétait. Elandor déposa doucement le corps devenu flasque et ramassa la bougie avant qu’elle n’enflamme une tenture. Puis il releva la tête chenue pour y placer sa cape et l’installa du mieux qu’il put.
Il ne chercha pas à lui tapoter gentiment les joues ou à lui apporter un verre d’eau. Il resta là, à ses côtés, contemplant le visage redevenu paisible. Sa respiration était lente et puissante, et seule l’émotion l’avait faite chuter ainsi. Se saisissant d’un coussin, il lui releva les jambes afin que le sang remonte à sa tête.
Peu à peu, elle émergea de la brume qui l’avait envahie. Elle avait l’air lasse et un peu perplexe.
Elle maugréa quelques paroles sans sens, le temps que ses idées redeviennent claires puis sa voix déchira le silence.

Avant même que le fils n’ait pu réagir, elle se jeta à son cou et le serra plus fort qu’elle ne l’avait jamais fait. Il fut surpris. Il n’avait jamais plus connu les jupes et les bras de sa mère depuis sa petite enfance, et lorsqu’il s’en était détourné, il avait cru que c’était à jamais. Il avait d’abord connu les jupes de ses enseignantes puis il s’était réfugié dans celles de ses maîtresses, ne gardant de sa mère que le souvenir d’une femme pâle à la morale irréprochable et que la vie avait peu à peu flétrie.

Les mots doux le surprirent aussi. Il n’y avait jamais eu le droit ou, du moins, il ne s’en souvenait pas. Son « bébé » ? … L’idée faillit le faire rire mais l’émotion de la femme était si palpable qu’il n’en eut pas le cœur. Elle était là, agrippée à lui, le retenant comme si elle avait peur qu’il ne lui échappe.

« Tout va bien, je suis là. »

Elandor lui laissa le temps de se reprendre puis se releva lentement, l’entraînant avec elle. Elle rajusta sa mise, posant sur lui un regard emprunt d’amour qu’il ne se souvenait pas avoir eu l’habitude de voir.
Il aurait pu laisser traîner leurs retrouvailles mais il n’avait pas beaucoup de temps.

« Je suis désolé mais le temps me presse. Ils n’ont pas réussi à m’avoir une première fois mais je ne donne pas cher de ma peau s’il me retrouve ici ! »
Il parlait calmement et son chuchotement était teinté d’une émotion qu’il ne pensait pas pouvoir éprouver.

« Ma venue n’est pas innocente, j’en suis désolé. Je n’ai pu me permettre de venir vous voir auparavant … »
Ce n’était qu’un demi mensonge, il était très dangereux pour lui de se présenter à elle. Il espérait seulement qu’elle ne devinerait pas qu’il n’en avait jamais eu l’intention.

Sans attendre, il lui tendit le pli d’Amarante.
« Je viens vous demander votre bénédiction, Mère. Avec votre accord, je vais bientôt épouser Elenor Jagharii, noble de sang et digne de notre famille. J’ai déjà rencontré son père qui m’a lui-même proposé cette union. En revanche, ni lui ni moi ne voulions faire cela dans le dos de la matriarche des Arlanii. »

A nouveau un mensonge mais Elandor estima qu’il avait plutôt bien tourné les choses.
Il n’ajouta rien d’autre, espérant que sa mère comprendrait l’importance de le couvrir et de garder le secret sur sa survie et qu’elle le lui proposerait sans qu’il ait à lui imposer.
Il verrait en fonction de sa réponse mais sa première réaction lui semblait jouer en sa faveur ; aussi étonnant que cela puisse être à ses yeux, elle semblait heureuse de le revoir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Noor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 83
Age : 28
Date d'inscription : 16/07/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 55
Profession: Douairière
Positionnement : Arlaniiste
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Dim 13 Mar - 12:11

Le moment de grâce ne dura pas, ce n'était pas ainsi que fonctionnait Noor habituellement, mais qui en de telles circonstances aurait agi comme d'habitude? Face à une telle charge émotionnelle, le plus stoïque des hommes se serait mis à pleurer, alors la plus digne des mères... Mais si elle récupéra assez vite un semblant de contrôle sur soi et que appeler de nouveau Elandor « bébé » était exclu, elle était loin d'être mal disposée à son égard.

Son fils aîné était encore en vie, et il avait toujours porté la plus grande partie de la vitalité de la Lignée, en bien comme en mal, mais malgré la sotte désapprobation qu'avait donné Noor à son aîné, on ne pouvait nier qu'Elandor semblait prêt à marquer l'Histoire. L'Arlanii qui aujourd'hui avait le plus de chance de reprendre le flambeau de Noor, c'était Elandor, et non Ysor ou encore pire sa fiancée. A la mort de la Douairière, il resterait un Arlanii cabré dehors ou dedans le palais.

Le digne fils et héritier de Joaldor, c'était Ysor, et non Elandor: la même douceur, le même caractère effacé et fuyant les oppositions, la même blessure d'avoir à jouer un rôle trop lourd pour eux.L'aîné avait fini par rappeler sa mère. Quoi qu'il en dise, il fallait reconnaître qu'Elandor n'avait pas hérité de grand chose de son père Joaldor: une couronne, une partie de l'apparence physique, et des valeurs dans son éducation. Joaldor n'aurait jamais survécu à un assassinat, n'aurait jamais eu le cran de se cacher loin de sa famille et de ses connaissances. Il n'aurait jamais... jamais fait quoi au juste? Cela dit, il fallait limiter ceci: Noor aurait fait une partie de cela, mais pas totalement. Elandor était l'héritier de sa mère, mais il taillait surtout sa propre route, et encore plus haut que n'aurais jamais pu le faire la Douairière.

Elle prit le message d'une main tremblante, et en le dépliant, chercha la lumière et avant de dire quoi que ce soit déchiffra le message d'Amarante Jagharii. Sa réaction première face à cette proposition de mariage était la suspicion, et elle avait l'impression de revivre une seconde fois les fiancailles d'Ysor où on lui avait annoncé de façon brute qu'il allait se marier avec une femme qu'elle n'avait pas choisi sur des critères rigoureux, une femme non avalisée par la Douairière, qui avait toutes les chances d'être une mauvaise reine. Seule une chose l'empêcha de rouspéter directement: le fait que ce n'était pas une imposition, c'était une demande. Et Elandor aurait pu prendre dix fois moins de risques s'il avait court-circuité sa vieille mère et accepté ce mariage en cachette. Pour cela, elle tut ses premiers ressentiments et acheva de lire la lettre. Elle la replia et patienta quelques secondes pour trouver ses mots.

« Merci mille fois d'avoir pris autant de risque pour m'en prévenir Elandor. Je ne sais pas combien exactement, mais tu as risqué gros pour me revoir. Je suppose d'ailleurs que c'est pour cela que tu as fait croire à ta famille ta mort aussi longtemps. Amarante avait raison: si tu n'étais pas venu me voir, le mariage entre toi et la fille Jagharii n'aurait jamais pu impliquer les Arlanii. »

Elle s'essuya les yeux avec la manche.

« Ma décision est prise, mais j'aimerais pouvoir profiter un peu de toi avant que tu partes. Ne t'inquiètes pas, tu es en sécurité ici: le dernier garde à être entré ici sans qu'il soit appelé à fini au Guet, et dénoncer mon aîné à son cadet est au dessus de mes forces: ce serait amener les Arlanii aux suicide. »

Elle chercha le sofa le plus proche, et s'y assit, le dos droit, mais visiblement prête à y rester un peu. D'un geste assez autoritaire, elle fit signe à Elandor de prendre un siège aussi.

« Avant de te dire ma décision, je vais te décrire la situation d'Ysor: j'ai toujours songé que ce serait moi qui choisirait son épouse, tout comme je l'ai fait pour toi avec Thétis Parmenii. N'en parlons pas davantage, c'est du passé et nous n'avons pas le temps. Dernièrement le Conseil m'a devancé: La Conseillère Tehanii a proposé à Ysor de se fiancer avec une Olarile, une étrangère enceinte... »

Elle dut s'interrompre, le temps que la rage se calme. A la façon dont elle crispait ses doigts, on devinait que l'idée qu'un Arlanii se marie avec une étrangère qui avait déjà des enfants, voire un compagnon encore en vie lui était hautement insupportable.

« Cette étrangère, très belle au demeurant, est enceinte des enfants de la prophétie, ceux qui dans la prochaine génération régneront forcément sur Edor Adei. Le raisonnement du Conseil, qui aurait pu être le mien a été le suivant: si Ysor se mariait avec la mère et adoptait les enfants, alors les prochains héritiers seraient Arlanii. Cela allait dans l'intérêt de la Lignée, j'ai dû m'incliner et accepter cette défaite cruelle. »

Elandor avait certainement des combats plus dangereux et plus nombreux, mais ceux qu'affrontaient sa mère étaient plus vicieux et avaient un enjeu bien plus élevé. Et puis on ne joue pas du tout de la même façon face à un Guet dirigé par Soren Golan que un Conseil dont le Primus inter pares était Riarg Karnimacii.

« Pour moi cette guerre n'est pas terminée, je peux encore récupérer à mon compte cette belle-fille que l'on m'impose, et en faire une reine Arlanii, et non Tehanii. Mais ce sera certainement la campagne la plus difficile de mon existence. Comme tu vois, on peut considérer la Lignée comme en péril, prête à être entièrement avalée pour être remplacée par quelque chose qui n'aurait que le nom des Arlanii. »

Elle marqua une pause rapide pour souligner ce qui allait venir:

« Et c'est là que tu arrives mon fils. Toi qui avait tenu tête au Conseil, toi qui avait plus de vigueur que ton père ou que ton frère, toi qui a de vrais enfants Arlanii, Callixte et sa soeur sont toujours sous ma tutelle si tu souhaites savoir. Et tu n'arrives pas seul: tu arrives avec une proposition de mariage de la part d'une famille puissante, au niveau de noblesse suffisant, avec une femme à laquelle je n'aurai jamais songé, mais l'heure est trop grave pour pinailler sur ses prouesses en société. De toute façon, une deuxième Thétis ne t'aurais jamais convenu dans les souterrains où tu sembles te cacher désormais. »

Un toussotement gêné interrompit le fil du discours. Ce mariage avait été un des plus grosses erreurs de la vie de Noor, et avait considérablement dégradé le lien entre elle et son fils, il était normal que ce soit difficile d'en parler.

« Je sais que j'aurais pu tout de suite te dire si j'acceptais ou non, mais je voulais que tu comprennes tous les espoirs que tu m'apportes à présent. Si tu te maries avec Elenor, c'est une seconde chance offerte à notre Lignée, et une Lignée pure. Enfin, maintenant tu auras compris ma décision: »

Elle replia la lettre et la rendit à son fils.

« Marie toi aux Jagharii mon fils, dis leur bien qu'ils ont mon soutien, et que je considère avec sérieux cette alliance. »

Elle commença à faire la lippe, son menton trembla puis un sanglot solitaire la secoua.

« Oh Therdone tout puissant, la réponse à mes prières! Alors que je me voyais seule et en train de perdre, je retrouve mon fils, qui apporte de nouveaux alliés. Elandor, ne pars pas tout de suite! Je te l'ai dit, nous sommes en sécurité ici! »

Elle se mit davantage sur le bord du sofa pour se rapprocher de son oreille.

« Je ne sais pas où tu iras après, ni ce que tu entameras, mais ce serait du gâchis que de laisser ta vieille mère derrière toi. N'oublie pas que je suis aussi la mère de ton frère, et que j'ai encore toute autorité sur le domaine familial. J'espère que tes projets sont plus élevés que de la simple contrebande ou du marché noir, j'espère que tu comptes faire remonter les Arlanii volontaires sur le Trône. »

Elle n'en savait réellement rien, et préférait espérer. Mais son coeur de mère lui disait qu'Elandor était de toute façon trop noble pour se contenter de quelque chose d'aussi vulgaire que du marché clandestin.

« Le jour où tu seras suffisamment fort pour t'opposer au Conseil, je me charge de convaincre Ysor d'abdiquer en ta faveur. Je ne veux en aucun cas voir mes fils s'entre-déchirer, ni que l'un en arrive à tuer l'autre. Ysor n'est pas fait pour être Gardan Edorta, je fais de mon mieux pour le guider, mais les conseillers sont trop nombreux et savent s'y faire... Tu es mon meilleur espoir de sauver la Lignée mon fils, je ne réussirais peut être pas à sauver Ysor du Conseil, mais je peux travailler à ce toi tu sois en position de les mettre en respect. »

Un silence.

« Qu'attends tu de ta mère, Elandor? »


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elandor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 1656
Age : 39
Date d'inscription : 07/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 32 ans
Profession: Fantôme apostat
Positionnement : Dissident
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Jeu 7 Avr - 19:08

La pale lumière de la flamme se reflétait sur le visage déjà ridé de la vieille femme. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, elle avait eu cette jeunesse et cette beauté qui faisait l’admiration de son époux, et de ses fils. Elandor n’avait pas vu vieillir sa mère … D’ailleurs, il n’avait pas non plus vu grandir son frère ou ses propres enfants. Il avait tracé sa route, ne s’intéressant qu’à son propre bonheur et à la tâche, immense, qui l’attendait à la mort de son père. A présent, il avait presque l’impression de regretter. Qu’aurait été sa vie s’il avait pris le temps de regarder vivre ses proches ? Il n’aurait jamais été l’homme qu’il était. Il se serait incliné devant les Conseillers pour préserver les siens. Finalement, son indifférence et son cœur de pierre l’avaient servi. Sans eux, il n’aurait jamais eu la Volonté de se battre pour Isle. Elandor voulait le pouvoir pour lui et pour lui seul. Mais il n’avait jamais eu l’intention d’être un Gardan totalitaire. Il voulait la grandeur et, dans une moindre mesure, une certaine justice pour Isle toute entière. Il voulait marquer l’Histoire mais de la bonne façon. Et il était convaincu d’en être capable s’il parvenait à tailler sa route … Et pour cela, tout ce qu’il avait dédaigné jusqu’ici, il n’avait pas le droit de le récupérer.

Finalement, il avait bien fait de venir. A travers le regard, qui lui paraissait étrangement bienveillant, de cette mère, il comprenait des choses sur lui-même qu’il n’aurait pas soupçonné. Et si sa force était tout simplement dans l’abandon ? L’image de Bellone l’effleura … Y repenser maintenant était catastrophique et il se força à fixer à nouveau les pattes d’oie qui prolongeaient les grands yeux verts de Noor.

Elle parcourut rapidement la lettre d’Amarante et sembla chercher ses mots. Puis elle prit la parole pour ce qui était sans doute la plus longue discussion qu’elle ait jamais eue avec son fils.

Il écouta religieusement les premières phrases et un goût amer lui vint à la bouche lorsqu’il songea que, si elle refusait, il pouvait peut-être encore convaincre Amarante de renoncer à ce mariage. Il ne se faisait guère d’illusion sur ce point mais il se prit à espérer un instant. La Douairière croyait donner son aval à la décision de son fils mais, en réalité, elle allait lui piétiner un peu plus le cœur. Bientôt, tout serait fini. Soit il en épouserait une autre, soit il se ruerait aux pieds de celle qu’il avait failli perdre. Parce que ses propres yeux se voilaient, Elandor ne sut saisir l’éclat un peu trop brillant dans le regard de sa mère. Il se concentra sur un point bien au-delà d’elle et écouta, son cerveau luttant contre la mélancolie qui l’envahissait. Cet entretien allait avoir une grande importance pour la Dissidence. Il ne pouvait se permettre de le bâcler parce qu’il allait sûrement perdre l’amour de sa vie. D’autres que lui auraient peut-être été effondrés. Pourtant, Elandor n’était pas forcément plus fort mentalement que certains de ceux-là. Il avait juste un dessein vital auquel se rattacher. Un dessein qu’allait sans doute servir la personne la plus incongrue qui soit dans les bas fonds d’Edor Adeï.

A présent, elle lui offrait la sécurité et l’assurance qu’elle tairait sa survie à Ysor et, par là même, au Conseil. Son bref soulagement lui paru bien fade comparé à l’avantage énorme qu’il venait d’acquérir. Noor Arlanii le protégeait et peut-être même allait-elle faire davantage … Mais il n’avait guère le cœur à s’émouvoir davantage pour l’instant.
Il la suivit et plaça une chaise face à elle. Peut-être le moment était-il venu de s’approcher d’elle, de lui prendre la main et de lui dire combien il lui était reconnaissant ? Il n’osa pas et elle poursuivit. Il se tut, le dos d’abord bien droit contre le dossier puis il se voûta légèrement, laissant ses muscles et ses os endoloris se reposer. Apparemment, il n’avait aucun besoin d’être sur le qui-vive et ce semblant de tranquillité était inespéré.

La suite l’intéressa encore davantage. Il avait déjà eu ces informations, rapportées fidèlement par Alouette, mais en entendre la confirmation dans la bouche de sa mère était un gage de vérité. Il retint son souffle, espérant saisir dans ses mots une faille dont il n’avait pas eu connaissance jusqu’alors.

Le positionnement de sa mère ne le surprit qu’à moitié. Il avait pris conscience de l’importance du nom Arlanii pour elle mais il ne pensait pas qu’elle serait prête à faire autant de chose pour en garder la splendeur et s’en assurer le contrôle. L’Olarile, entre les mains de sa mère, pourrait devenir une douce brebis … Il serait tellement plus facile, alors, de contrôler ses précieux enfants que la prophétie annonçait comme les futurs dirigeants. Elandor se retint de sourire à cette pensée. L’attention qu’accordait sa mère à la lignée Arlanii pouvait le servir, LUI. Car, même s’il se battait davantage pour des idées que pour un nom, il était bel et bien un héritier des Arlanii. Peu importe que sa mère ne soit pas réellement Dissidente ou qu’elle ne cautionne pas toutes ses idées, elle allait agir dans l’ombre pour lui faciliter la tâche en court-circuitant les Conseillers qui rêvaient sans doute de mettre la main sur cette greluche blonde qui montait sur le trône.
Voilà qui avait de quoi le réjouir et lui faire oublier la triste nouvelle qui l’amenait.

Il décida de la laisser finir entièrement avant de répondre. D’ailleurs, qu’aurait-il eu à dire sur la suite ? Entendre évoquer ses enfants le laissa de marbre, bien qu’il ne put s’empêcher d’être rassurer sur leur sort. Dans les jupons de leur grand-mère, ils ne risquaient pas d’être sacrifiés à la soif de pouvoir des Nobles d’Edor Adeï et ne manqueraient jamais de rien. C’était plus qu’il ne pouvait leur offrir … Il songea aussi cyniquement que Noor conforta dans sa position : les abandonner avait, finalement, été une très sage décision. De plus, peut-être pourraient-ils avoir un rôle à jouer dans son ascension … Après tout, Callixte était un prétendant au trône si Ysor et ses bâtards venaient à décéder. En ces temps obscurs, tuer la mère serait aisée …
Il ne réagit pas non plus à l’allusion qui concernait Thétis. Ils savaient très bien tous deux de quoi il retournait. Il ne l’avait jamais aimée et l’avait à peine pleurer. Ce mariage désastreux n’avait eu pour effet positif que d’offrir à une vieille femme seule deux petits êtres à veiller. Certes, Elenor n’était pas une dame de la Cour mais, au moins, elle aurait la conscience politique et le répondant nécessaire à celle qui passerait sa vie au côté d’un Elandor Arlanii. Elle apprendrait … Et sa belle-mère serait sans doute la première à la conseiller !

Elle poursuivit et il fut surpris de l’émotion qui envahissait sa voix. Il la remercia d’un signe de tête lorsqu’elle lui accorda la faveur qu’il était venu lui demander et étrangement, il réussit à lui prendre la main lorsqu’elle laissa échapper un sanglot. Non qu’il fut très sensible à sa solitude criante et à sa détresse mais il découvrait un nouveau pan d’elle et, à travers cela, un nouvel allié. Il sentit sa peau, sèche et ridée dans sa propre paume, chaude d’une toute nouvelle affection teintée de satisfaction. Elle se dévoilait, forte, déterminée, volontaire. S’ils avaient été un peu plus proches dans le passé, sans doute Elandor aurait-il compris qu’une forme de fierté venait de naître en son cœur. Mais pour l’heure, il n’était guère disposer à fouiller dans la boue de ses sentiments pour en sortir cette nouveauté. Il fixa ses yeux dans les siens et ne les détacha plus. Non, il ne comptait pas se contenter d’errer dans les bas-fonds. Oui, il allait reprendre le pouvoir et oui, il serait un grand Gardan Edorta ! Un Gardan qui donnerait au nom Arlanii une toute autre sonorité. Sa dynastie était au bord du gouffre mais, grâce à lui, elle allait revivre et s’épanouir.
Ce lien, si ténue soit-il l’empêcher de rendre réelle la sentence. Il allait épouser Elenor. Il ne Lui appartiendrait plus …

Tout à ses rêves de grandeur teintés de désespoir, Elandor compris au dernier moment les paroles de sa mère lorsqu’elle évoqua le devenir d’Ysor. Il ne put empêcher son visage d’afficher une expression stupéfaite pendant plusieurs secondes. Sa mère, faire quelque chose en SA faveur au détriment d’Ysor ? ! Non, pas vraiment au détriment de son fils cadet puisqu’elle considérait que sa place n’était pas à la tête d’Isle … Mais tout de même ! Elle lui offrait une chance inespérée de monter sur le trône sans avoir à verser trop de sang et surtout, sans faire de mal à son frère …

Elandor bredouilla, toussota sur le coup de l’émotion et, incapable de parler, laissa sa mère achever sa tirade sur une phrase énigmatique.
Il la laissa résonner sous son crâne, incapable de réfléchir à autre chose. Qu’attends-tu d’elle, Lan ? Il en avait attendu si peu, elle lui offrait tant …
Il quitta sa chaise, pensif. Lui aussi cherchait ses mots. La position de sa mère l’avait bouleversé, jamais il n’aurait pu penser qu’elle puisse être un tel appui. Tout juste espérait-il qu’elle ne le dénoncerait pas … Il fit quelques pas et se dirigea machinalement vers un joli meuble de bois ouvragé. D’aussi loin que ses souvenirs remontaient, il se souvenait de cette jeune femme à la chevelure encore brune ouvrant la porte vitrée et saisissant une bouteille de ce vin acide qu’elle appréciait tellement. Jamais plus d’un demi-verre par jour, disait-elle. Il sortit deux verres de cristal, examina la couleur rougeoyante du breuvage. Il n’y voyait rien dans cette semi-obscurité mais il se souvenait … Souvent, il avait demandé à goûter, voyant là un parfait moyen d’étendre son autorité sur son monde et de piquer une nouvelle colère. Il en avait détesté le goût la première fois qu’il y avait été autorisé … Mais à présent, ce léger remontant lui ferait tellement de bien !
Il revint, les deux verres remplis un peu plus que l’habitude de la Douairière ne le voulait. Il en tendit un à cette mère qu’il découvrait et la regarda humer le liquide, l’imitant inconsciemment avant d’y plonger ses lèvres.
Mû d’un instinct subi, il délaissa la chaise pour s’asseoir à ses côtés, sur le divan recouvert d’un tissu très doux aux motifs délavés par le temps.

« Je n’attendais rien d’autre de vous que votre assentiment quant à cette proposition de mariage. A présent, je vois les choses autrement … »

Il marqua une pause.

« Et je ne suis pas sûr que vous poussiez m’aider davantage que ce que vous venez de décrire. Lutter contre les Nobles vendus pour que seule les lignées volontaires puissent s’approcher du pouvoir est ma ligne de conduite et vous venez de me montrer à quel point vous avez les mêmes pensées et à quel point je vous avais sous-estimée dans cette bataille. »

C’était sans doute les seuls mots agréables qu’il pensait depuis le début de leur entretien.
Il poursuivit, choisissant soigneusement ses mots.
« Je peux vous assurer que je m’attelle chaque jour à construire ce dont vous rêvez et que je n’aurai pas de repos avant d’avoir réussi ou d’être mort pour de bon. Quant à Ysor, je ne saurais que trop vous remercier pour ce que vous avez l’intention de faire … Il n’est pas mon ennemi mais, comme vous l’avez dit, je ne pense pas qu’il soit à sa place ici. Il a beaucoup de qualité autre mais il ne peut rivaliser contre l’éducation qui m’a été donnée… »

Il avait essayé d’être juste envers son frère, de ne pas s’attacher sur ses défauts et de ne pas le déprécier. Il avait même mis ses propres talents sur le compte seul de ses précepteurs. Après tout, il restait le préféré de leur mère, il ne fallait sans doute pas trop le critiquer …

« Je ne vous demanderais pas plus d’aide que n’acceptez de m’en donner, Mère. Ce n’est pas votre rôle et cela vous mettrait en danger. Mais, si vous arrivez à atteindre les buts que vous vous êtes fixés, sachez que cela me sera d’un grand secours. Je n’ai pas les moyens d’atteindre directement la future Reine, ni de manipuler les Conseillers … Je me contente de rallier les foules à ma cause. A présent, je saurai que je possède un allier utile et combatif entre ces murs. »

Contrairement à elle, il n’était que piètre orateur et décida de ne pas s’étendre trop longtemps sur sa pensée.
Seulement, il lui restait quelque chose à ajouter …

« Je sais que nos relations ont été quelques peu distantes depuis mon enfance et je sais en être en grande partie responsable. Je souhaite que cet état de fait change à l’avenir et je vois à quel point vos précieux conseils auraient pu me servir et me serviront un jour. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Noor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 83
Age : 28
Date d'inscription : 16/07/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 55
Profession: Douairière
Positionnement : Arlaniiste
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Mer 27 Avr - 19:33

La Mère et la Reine sont deux rôles difficilement compatibles, seules quelques femmes arrivaient à conjuguer les deux, et Noor Arlanii malgré ses autres qualités, n'était pas de celles-ci. Elle avait écorché le premier aspect en préférant le second, et le pire c'est que ce n'avait pas été un réel reniement de sa nature: aurait elle choisi d'être une mère avant tout qu'elle aurait dû l'apprendre pareil. A dix huit ans, Noor Arlanii n'était en vérité pas tout à fait prête à avoir dans ses bras le bébé Elandor. A trente ans, elle avait appris comment se comporter avec les enfants comme son Ysor, mais les adolescents comme son aîné restaient un mystère à ses yeux. Et elle avait toujours remis à plus tard le moment de briser la glace, justifiant à tort qu'il fallait que ses fils apprennent un jour ou l'autre à n'aimer personne dans ce monde d'embuscade. Noor avait son lot de torts, et elle les énumérait un à un alors qu'elle se dirigeait vers la vieillesse et qu'elle retrouvait son fils qui était plus proche des quarante ans que des trente.

Elle s'était toujours interdit de vouloir pouvoir refaire les choses: elles étaient comme elles étaient et les choix qu'elle avait fait ne pouvaient être refaits deux fois. Il valait mieux assumer que regretter. Mais pour une fois, elle regretta le temps perdu, et tout ce dont elle était passée à côté. Il avait fallu que son aîné meure pour cela, puis qu'il ressuscite. Il était là, son petit, son enfant, son descendant. A soixante ans seulement, redécouvrir des sensations qu'ont les mères de vingt ans. Noor Arlanii était à la fois infiniment heureuse et profondément triste de retrouver Elandor. On ne pouvait pas décrire mieux ce mélange trouble. En fait, seul un sentiment se démarquait des autres:

Elle était fière d'Elandor.

Fière parce qu'il avait survécu, qu'il s'était accroché à la vie et qu'il n'avait pas renoncé au trône. Fière parce que même projeté dans un monde qu'il n'aurait jamais dû côtoyer, la plèbe, il avait été capable de l'infiltrer, et d'y monter sur pied son retour sur le trône. Fière parce qu'il se battait pour les Arlanii et qu'il était bien avancé dans son combat, ce mariage en était la preuve.

Voilà comment devaient être les Arlanii.

Finalement, sa mission était peut être terminée, se prit elle à penser. Mais son sourire perdit vite de sa béatitude: non, le plus dur et le plus critique était à venir. Ysor était en train de se cimenter au trône, ce qui n'était pas fondamentalement une mauvaise chose, mais le Conseil avec lui allait vaincre. Le Conseil avait déjà quasiment gagné, s'il gardait pour lui la nouvelle Reine. Le combat n'était pas du tout terminé pour la Douairière: il fallait de nouveau entrer dans une lutte d'influence dont l'Olarile était le centre, et si possible l'arracher au conseillers, au moins leur compliquer la tâche.

Cela elle le savait depuis le début, mais il lui avait manqué le courage. Le mariage arrangé dans son dos lui avait porté un coup très cruel et coupé une bonne partie de sa motivation. Il lui avait fallu un miracle pour retrouver un peu de son ardeur, et de son ancienne combattivité. Elle était la mère d'Elandor, elle se devait d'être à sa hauteur.

« Mon Elandor... »

Elle caressa en retour la main de son aîné, savourant un contact qui n'avait jamais été aussi fort, et lui faisant ainsi signe qu'elle était plus mère maintenant qu'elle ne l'avait jamais été même si encore maintenant tout était à apprendre.

« Tu sais, je n'aime pas regretter et regarder en arrière. Même si c'est actuellement ce que je fais, je suis assez effrayée par ma responsabilité dans cette distance, il ne faut pas regarder en arrière. Je ne suis pas encore décédée, tu n'es pas mort, nous nous rattraperons... le jour où tu seras sur le Trône avec ta future épouse. »

Moins caressante, la main de Noor retrouva la fermeté habituelle, celle qui semblait absolument ignorer l'âge de la Douairière, ses faiblesses et ses difficultés. La fermeté qu'elle voulait transmettre aux Arlanii.

« J'ai beaucoup à faire pour toi encore, je dois arracher la Reine des griffes des Tehanii, Karnimacii et consorts, je dois faire de cette Olarile une Arlanii avant tout. Sinon, lors de ton retour le Conseil fera valoir le droit qu'ils ont sur cet enfant et te dénieront le droit de gouverner. Cet enfant appartiendra à ta famille j'en fais le serment, même si je dois y perdre la santé et la vie. »

Après une longue carrière réginale, elle avait de plus en plus envie de se retirer dans une retraite paisible. Mais ce défi était le dernier, un long parcours épuisant, mais qui ne durerait pas des années. Un défi qui réclamerait toutes ses ressources et son engagement le plus total, mais le dernier de tous. Ensuite pourrait elle vivre une vie à l'écart du pouvoir, à peut être finir l'éducation de Callixte et de sa soeur, si jamais son fils les lui laissaient.

« Voilà mon fils ce que je te dis: Continue ton combat sans te préoccuper de moi. Ce que tu fais en bas, je le fais ici. Si tu réussis à ouvrir les portes du Palais, je ferais en sorte que le Trône soit vacant. Tu as une alliée ici en la personne de ta mère, sois en sûr, et surtout, je me répète, ne t'occupe pas de moi! »

La Douairière n'était pas encore finie, tout le monde le savait. Ce monstre sacré pouvait encore faire parler de lui, et elle se serait de toute façon sentie insultée que de faire l'objet de trop de sollicitude. Elle avait largement prouvé qu'elle n'était pas une femme fragile.

« Je voudrais pouvoir te garder ici beaucoup plus longtemps mais finalement tu as raison: chaque minute passée ici est un danger pour toi. Si jamais tu veux partir maintenant: promets moi juste une chose mon fils: donne moi de tes nouvelles. Infiltre quelqu'un, trouve un moyen de me tenir au courant, en langage codé si ça te chante, mais ne l'oublie pas. 
»

Elle se remit une mèche de cheveux gris derrière l'oreille.

« Je suis fière de toi Elandor. Très fière. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elandor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 1656
Age : 39
Date d'inscription : 07/04/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 32 ans
Profession: Fantôme apostat
Positionnement : Dissident
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Mar 17 Mai - 19:05

Elandor ne pipa mot. Il n’essaya pas non plus d’analyser les émotions qui le traversaient quand la peau sèche et ridée effleura la sienne dans le geste le plus tendre que la mère et le fils ait échangé. Il avait 32 ans et avait réglé depuis longtemps ses conflits de la petite enfance. Certes, il avait naquis sans mère mais non pas sans son image. Elle avait été présente, lointaine, austère et effacée mais bien là. La tendresse, il l’avait trouvé chez ses maîtresses ou chez d’autres vieilles Nobles qui s’étaient prises d’affection pour lui. Il avait eu l’admiration d’une cour là où les enfants n’ont besoin d’habitude que de celle de leurs parents. Elandor s’était bâti sur cette absence et, s’il pouvait avouer qu’il la regrettait, il ne pouvait pas dire qu’elle lui avait fait du tort. Que sa mère s’en veuille était normal mais il préférait la laisser avec ses regrets et ses chagrins. Ce n’était pas à lui de porter ce poids et il ne pensait pas pouvoir l’alléger plus qu’il ne l’avait fait ce soir-là.

Il acquiesça silencieusement à son plan de bataille, elle n’aurait pu trouver mieux et avait parfaitement saisi les enjeux ; elle était plus fine manipulatrice qu’il ne l’aurait cru.
L’idée d’avoir le bâtard de son frère sur les bras ne l’enchantait guère mais il devait avouer qu’elle avait raison : l’enfant lui apporterait la légitimité qui lui manquait aux yeux de ceux qui avaient fait leurs, mots pour mots, la prophétie des Oracles. Peut-être même pourrait-il prendre goût à son éducation ? Après tout, il s’était tellement peu préoccupé de Callixte et il était déjà grand … Il n’aurait guère d’emprise sur lui et ne pourrait espérer le façonner entièrement. Alors qu’un bébé … Il pourrait en faire son descendant, avec les mêmes idées de grandeur, la même idée -relative- de la justice, la même force, le même charisme et la même Volonté. Bien sûr, il serait différent. Après tout, il descendait des Olarils et d’autre part, Elandor ne s’estimait pas assez proche de la perfection pour désirer qu’on lui ressemble entièrement. Mais il pourrait être un nouvel Arlanii digne, lui aussi, de monter un jour sur le trône.

La Douairière évoqua son départ proche et un mélange étrange de sentiments s’empara de lui. Même s’il ne se sentait pas aussi mal à l’aise qu’il l’aurait cru, il ne pouvait pas dire qu’il avait une envie profonde de s’attarder. Cette nouvelle relation allait avoir besoin de temps pour espérer se nouer à nouveau et il ne servait à rien de forcer les choses. De plus, il était bien trop préoccupé ces temps-ci pour se permettre de s’engager davantage auprès de sa mère. Seulement, dès qu’il quitterait le palais, il devrait revenir vers le quartier des humbles et retrouver Elenor. Elenor … Lui dire, ou plutôt lui avouer … Et mettre de côté le reste, L’oublier, Elle … Il secoua la tête tout en fronçant les sourcils.
Puis la voix de Noor retentit et il laissa un pâle sourire se dessiner sur ses lèvres. Fière de moi ? … Si vous saviez … Quoique. Il l’a voyait sous un nouveau jour et il ne put s’empêcher de se demander si elle n’aurait pas, à défaut d’approuver, compris même ses plus grandes bassesses.

Il jeta un coup d’œil aux rideaux et s’aperçut que la lumière qui y filtrait un peu plus tôt avait décliné. Elle avait raison, il devait partir …

« Quand bien même je ne pourrais vous donner de mes nouvelles, vous entendrez sans doute parler de l’Al’Faret ! Mais je ferai mon possible pour vous tenir au courant … »

Il se leva, hésitant sur la démarche à suivre, la serrer dans ses bras ? L’embrasser ? Ou partir immédiatement, digne et froid ?
Ou rester un peu plus, évitant Elenor, évitant son mariage …
Mariage ?! MAIS BIEN SÛR !
Il ne sut comment l’idée avait germé dans son esprit … Peut-être avait-il entendu un bruit de voix, de l’autre côté de la cloison ? Ou bien avait-il repéré l’écritoire de sa mère dans un coin de la pièce ? Il n’en savait rien et ne chercha pas à en trouver la raison. Ca n’avait aucune importance. L’idée était la meilleure qu’il avait eu depuis qu’il cherchait une solution à ce problème, et c’était tout ce qui importait !

Il tâcha de masquer l’air triomphant qui s’affichait sur son visage en prenant la parole.
« En réalité, et je viens d’y songer, j’ai un dernier service à vous demander, Mère. Je sais que vous faites déjà beaucoup mais je ne pense pas que cela vous demandera trop de temps ou d’énergie. Voyez-vous, j’ai recruté, il y a quelques temps, Gribus Sandragil. Cependant, je ne suis pas sûr de l’avoir convaincu de nous être fidèle et j’ai peur que, tôt ou tard, cela se retourne contre la Dissidence … Je ne sais pas grand chose de lui, si ce n’est qu’il est très attaché à sa famille. Et quoi de mieux pour unir un homme à la Dissidence que le lien sacré du mariage ? »

Il marqua une pause, réfléchissant tout en guettant l’expression de sa mère. Elle ne semblait pas avoir d’avis sur la question mais l’écoutait attentivement, l’encourageant à poursuivre.

« Je n’ai pas encore de noms à vous proposer mais je sais parfaitement où trouver la jeune fille qu’il nous faut. »

Ou plutôt, il savait où trouver celle qui lui donnerait ce précieux nom. Cela faisait longtemps qu’il devait discuter sérieusement avec Eléni et cela lui donnait une raison de hâter cette entrevue. De plus, il devait lui parler de son futur mariage et des nouvelles alliances qu’il avait contractées. Son bras droit devait être au courant et serait sans doute de bon conseil.

« Et s’il s’avère que la jeune fille est d’un rang supérieur au sien, peut-être pourrez-vous l’anoblir ? Après tout, il a été scribe de trois Gardan et Père a anoblit certains de ses serviteurs pour moins que ça … De plus, sa nouvelle situation le mettrait en position d’avoir une dette envers nous et le placerait sous votre surveillance, ce qui ne peut que nous êtres profitable. »

Il ignorait si une Dissidente bourgeoise allait pouvoir convenir mais il était quasiment sûr de trouver son bonheur parmi les Nobliottes qui avaient rejoint la Dissidence. Certaines ne rechignerait pas à épouser le scribe, d’autant plus s’il devenait Noble de Rang. Il lui paraissait plus facile de le contrôler ainsi mais il ne ferait rien sans avoir eu l’avis d’Eléni sur la question.

Il avait été bref mais elle acquiesça et il lui donnerait de plus amples précisions plus tard.
Les appartements royaux étaient bien isolés mais les bruits de pas se faisaient plus présents, l’heure du coucher était venue pour certains habitants. Il jeta un coup d’œil lourd de sens vers la porte et ils comprirent tous deux que l’heure était venue de se quitter.

« Je vous serais redevable toute ma vie des services que vous m’avez rendus. »

Il s’était décidé. Il s’approcha d’elle, elle s’était levée. Il l’enserra brièvement dans ses bras et déposa un bref baiser sur son front.

« A bientôt. »

Il s’éloigna sans se retourner, franchit le rideau qui masquait l’entrée du passage secret. Seul le bruit de ses pas l’accompagna alors qu’il la quittait, qu’il quittait les derniers lambeaux de son ancienne vie et qu’il retrouvait son nouveau monde, la puanteur, la saleté, le commun …
Mais bientôt, il reviendrait … Après tout, il venait de le promettre à sa mère.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Noor Arlanii
Ilédor
Ilédor
avatar

Nombre de messages : 83
Age : 28
Date d'inscription : 16/07/2010

.:: Le Carnet ::.
Âge du Personnage: 55
Profession: Douairière
Positionnement : Arlaniiste
MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   Mar 14 Juin - 15:11

Noor frissonna et resserra sa robe de chambre autour d'elle, en contemplant la porte dissimulée sous la moucade. Elle resta ainsi pendant longtemps, les pensées dans le vague, sans jamais se fixer sur un point fixe. Elle était globalement heureuse, son fils aîné était vivant, il reprenait le flambeau des Arlanii, mais il était aussi en danger de mort, et jamais il n'avait été plus loin du trône. Le sommeil définitivement envolé, elle parcourut ses appartements d'un pas feutré et lent.

Elandor s'était fixé son combat, et lui avait demandé cette faveur. Faire anoblir, puis marier le scribe attitré à son fils. En passant, elle était impressionnée que ce mouvement dissident ait réussi à s'infiltrer aussi loin dans le Palais, un mouvement globalement hostile à Ysor... Mais pas si étonnant que cela considérant l'incroyable vivier de domestiques, femmes de chambres et autres majordomes qui étaient dix fois plus nombreux que les sangs bleus qui parcouraient les couloirs. Tout un monde que des gens comme elle s'appliquaient à ignorer mais qu'Elandor n'avait pas mis de côté. La dissidence savait où s'installer, comme un cambrioleur connait les recoins d'une demeure qu'il a exploré.

Faire marier le scribe Sandragil... Noor avait fait marier son fils, elle avait fait marier la plupart des ses demoiselles de compagnie, elle avait l'expérience de ce genre de chose, mais cela faisait longtemps qu'elle ne le faisait plus, n'étant plus « que » la Reine Mère, avec une autorité qui n'avait rien à voir avec celle d'autrefois. On craignait la vieille dame, mais pas autant que la Reine, pour peu qu'elles aient le même caractère.

L'anoblissement pouvait être considéré comme acquis. Ysor serait très facile à convaincre, surtout que effectivement, son époux avait anobli des serviteurs pour ce genre de fidélité docile. L'anoblissement présenterait certainement dix fois moins de difficultés que de convaincre Gribus de se marier à telle jeune fille ou à une jeune fille de se marier avec ce qui restait un serviteur roturier. Il faudrait préparer tout ceci, surtout si c'était la jeune fille qu'il fallait convaincre.

Les jeunes filles, quoi qu'on en dise, ne cèdent que rarement devant un mariage arrangé, elles gardent leurs petits coins d'indépendance, exercent une certaine résistance passive, dès lors que ce mariage arrangé risquait de ne pas être intéressant, et à travers les yeux impitoyables de Noor, Gribus était un mauvais parti. Noor devrait peut être briser la jeune fille comme seule savent le faire les matrones.

Il n'y aurait pas que la jeune fille il y aurait le père. Le chef de famille qui s'insurgerait de se voir ainsi privé de sa souveraineté, comme Noor s'était sentie insultée de voir Ysor marié avec Lis Diantha. Il serait peut être chevronné, batailleur, buté, remonté. Il dira clairement qu'il faudra lui passer sur le corps pour s'approprier sa fille, persuadé que nul n'oserait...

La Douairière lui passerait sur le corps avant qu'il n'ait admis sa défaite.

C'était pour Elandor, le dernier des Arlanii, c'était pour la survie de la Lignée. C'était pour son monde, son univers et ses enfants. Elle était la doyenne, la mère, le dragon des Arlanii, il n'était rien qu'elle ne ferait pas pour ses fils, mis à part les monter l'un contre l'autre. Elle avait tout intérêt à ce qu'Elandor remonte sur le Trône, tant qu'il ne tuait pas son frère en contre-partie. Noor n'était pas dissidente, elle avait simplement un intérêt commun avec eux, et inopinément un fils qui dirigeait le mouvement.

Il n'était rien que la Douairière refuserait de faire pour son fils.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le Fils Prodigue   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le Fils Prodigue
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le retour d'un fils prodigue.
» FLASH,ALIX FILS-AIME KITE BATO A
» Le fils de Michel François a été assasiné
» Un balais pour mon fils ! [matin] [Pv Martin]
» Chez Maître Vachon, tailleur de pères en fils.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Tables d'Olaria :: Introduction à Olaria :: ♦ Les chemins de la vérité :: ♦ Quinze ans plus tôt :: Ville Haute :: Le Palais du Gardan Edorta :: Les Appartements Royaux-
Sauter vers: