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 Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes

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Meare Askarii
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MessageSujet: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Lun 31 Jan - 12:24

Meare frémit de plaisir. Comme la grande majorité des Nobles -ceux, en fait, qui ne trempaient dans aucune affaire louche-, elle n’avait jamais mis les pieds dans un lieu comme celui-ci et le goût piquant de l’interdit l’excitait.

Tout avait commencé dans la matinée, quand le domestique chargé de lui apporter son petit déjeuner s’était penché en servant le lait et lui avait murmuré à l’oreille que sa Volonté se réaliserait le soir même au coucher du soleil, à l’Ecluse de Bonne Abondance.
Le doute n’était plus permis : Meare allait enfin être officiellement recrutée par la Dissidence et son esprit s’enflammait d’avance. Elle allait recevoir son nom et code et peut-être même, un ordre de mission ! Sa vie allait changer et elle abandonnait sans regrets la tranquillité du faste pour le frisson du secret.
Elle n’avait rien dit à personne, ni à Keesa, ni à Zylan, impatiente à l’idée de leur en faire la surprise et inconsciente du danger d’une telle entreprise.

A présent qu’elle parcourrait les pavés disjoints qui résonnaient étrangement sous les talons de ses bottines, elle ressentait le goût délicieux de la peur qui électrisait ses sens.
Elle avait revêtu une robe sombre et simple, peu désireuse d’attirer l’attention, et une longue cape la couvrait de la tête aux pieds, dissimulant sa chevelure claire dans l’ombre de la capuche.
Un silence oppressant régnait dans la ruelle, seulement interrompu par des grognements étouffés et d’autres bruits furtifs que la jeune fille ne parvenait pas à identifier. La peur se fit plus présente à mesure que le soleil déclinait et l’angoisse grandissait à chacun de ses pas. N’avait-elle pas été trop présomptueuse de s’aventurer ici sans garde du corps ? On racontait tant d’histoires à propos de l’Ecluse et aucune n’était de bonne augure …
Plusieurs fois, elle manqua de se perdre. Pour parvenir au lieu de rendez-vous, il lui fallait traverser l’entrelacs des maisons pauvres et elle n’avait pas la moindre idée du schéma tortueux qui les unissait.

Elle hésita à nouveau à un croisement et, se basant sur sa seule logique, prit à gauche. Oui, vraiment, elle n’aurait pas dû venir seule … Elle n’avait personne pour la protéger, personne non plus pour retrouver son corps dans ce coin honnis d’Edor Adeï si elle se faisait attaquer … Il suffit d’un rien pour que l’excitation ne se transforme en terreur et la jeune Noble expérimentait douloureusement l’autre face du miroir.
Elle poursuivit sa route les nerfs à vif, les mains tremblantes et les yeux furetant sans cesse, sa capuche amputant la moitié de son champ de vision et l’obligeant à tourner brusquement la tête à chaque son inconnu, imitant à s’y méprendre un animal traqué. Et quelle magnifique proie elle faisait pour un chasseur de richesse ou de chair fraîche !

Elle était dans un tel émoi qu’elle ne put retenir un cri de frayeur lorsqu’un soûlard, soigneusement dissimulé dans l’ombre jusque là, s’écroula à ses pieds, trop imbibé d’alcool pour être dangereux mais suffisamment mobile pour être inquiétant. La capuche ne résista pas à son sursaut et s’effaça pour découvrir les longues mèches blondes qui encadrait le visage aux traits fins et altiers, la désignant plus que jamais comme une femme de haut rang.
Ne pouvait réprimer la terreur qui s’empara d’elle, Meare recula de quelques pas, les mains plaquées contre sa bouche pour s’empêcher de crier à nouveau puis s’enfuit en courant.
Sans connaître le dédale des rues, elle s’enfonça à l’aveuglette dans le labyrinthe, seulement suivie par le bruit affolant de ses pas sur la pierre.
Elle n’avait pas d’endurance et ses chaussures de ville n’ayant jamais été conçues pour un tel exercice, elle ressentit très vite le poids de la fatigue et de la douleur. Néanmoins, elle ne s’arrêta que lorsqu’elle fut à bout de souffle, les joues rougies par l’effort et le cœur battant à tout rompre. Elle plaqua son dos contre un mur, tentant vainement de reprendre sa respiration tout en surveillant les alentours puis s’en détacha brutalement en réalisant qu’elle s’était appuyée sur une porte qui menaçait de s’ouvrir à tout moment.
Jetant des regards affolés autour d’elle, elle s’efforça d’effectuer, plus ou moins lentement, des tours autour d’elle-même pour avoir une vision d’ensemble des lieux.
C’est lorsqu’elle tourna le dos à l’entrée d’une minuscule venelle qu’elle avait à peine remarquée jusque là qu’elle sentit une présence dans son dos. Avant même qu’elle n’ait eu le temps de réagir, une main se plaqua sur sa bouche tandis qu’une deuxième lui emprisonnait fermement les poignets, poignets qui n’avaient jamais connu d’autres étreintes que la douceur des bracelets d’or et d’argent.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Lun 31 Jan - 14:31

L’homme qui se tenait dans le dos de la jeune femme resserra son étreinte jusqu’à sentir le poignet menacer de craquer sous ses doigts. Un avertissement, avant de laisser ses mains se hasarder sous la cape.

« Tout doux, ma jolie. Tout doux… » Il cherchait une bourse, des bijoux… Il l’avait repérée dans la rue, riche, ça se voyait. Y’avait que ces nobles pour se balader le nez en l’air en pleine rue, ou les bourgeois lourds d’or et de pierraille… Il fouilla longtemps sans rien trouver, et s’impatientait. Ses gestes devenaient fébriles, perdaient en précision. Ses doigts s’égaraient dans les nombreux replis de sa robe, ripaient sur le corset, un vrai casse-tête pour les détrousseurs. « Pas un mot » Peut-être bien qu’en fouillant dans ses jupons, il aurait plus de chance ? Elle n’avait pas l’air bien effrayante cette fille-là, avec une putain, il aurait déjà eu les valseuses à l’envers. Avec les putains, il aurait aussi eu des choses plus intéressantes à fouiller.

Tout à coup, il se figea. Ca, c’était beaucoup moins drôle. Ses mains quittèrent avec précautions les riches jupons de la demoiselle, et sa bouche aux lèvres jusque-là pressées à les en faire blanchir. Il se décolla de son dos et recula d’un pas, sans plus mort dire. Les mains levées en signe de paix, dans l’obscurité, son comportement était des plus… étranges.

Puis un puis rêche, celui du métal contre l’os, une éclaboussure puis l’homme s’effondra avec un léger couinement.

***

Belle de Jour l’avait prévenue il y avait quelques jours déjà, elle avait une future Dissidente à recruter. Le plus gros du travail était fait, d’après la beauté brune, et elle n’attendait plus que son nom, son dernier face à face… Elandor et Eleni l’avaient pourvue de ce pouvoir là, pour faciliter les choses notamment avec les militaires qui pour beaucoup n’avaient de contact qu’avec elle ou presque… Elle avait donc accepté la demande de Belle de Jour, et l’avait chargée d’organiser cette rencontre…

L’Ecluse de la Bonne Abondance. C’était imprudent, surtout en ce moment. S’il y avait un lieu où les différentes factions se tiraient la bourre, c’était bien celui-ci. Guet, Révolutionnaires infiltrés, Envoyés de la Ville Haute, Dissidents… Et tout ce petit monde s’y tirait joyeusement dans les pattes. Elenor y avait placé ses pions, et l’une de ses planques pour ce type d’occasion, et avoir un repli assez proche pour ne pas trop y risquer sa vie, mais de là à y recruter du monde… Et si elle avait su avant à qui elle aurait affaire, elle aurait tout simplement refusé cet endroit.

Belle de Jour était une farceuse à l’humour douteux.

Elle s’était rendue sur place à cheval, luxe qu’elle se permettait depuis qu’elle possédait sa planque, payée assez chère pour demeurer secrète, et dotée d’une arrière cour qui abritait sa monture en cas de besoin. Le reste du temps, cet imbécile de cheval restait chez les Eldwiñn, famille Dissidente s’il en est. Elle voulait être rapide, traîner le moins de temps possible dans le coin, quitte à finaliser l’affaire loin d’ici.
Elle avait gagné le lieu de rendez-vous plutôt vite, mais ne fut qu’à moitié surprise de ne pas y trouver la demoiselle escomptée. Pas même la bande d’ivrognes qui y traînaient d’ordinaire… ça, en revanche, c’était mauvais signe. Elenor ignorait au fond d’où venait Belle de Jour, mais elle avait dans ses manières quelque chose de hautain, et de noble. Pour peu que ce soit là l’origine de leur recrue, son absence, conjuguée à celle de ces hommes était alarmante…

Sans descendre de l’étalon à la robe d’un noir de jais, et au caractère digne des pires crevures sorties de la cuisse de Therdone, Elenor le poussa au petit trot dans les ruelles, l’œil et l’ouïe vigilents… Un cri attira son attention au loin, un petit cri de femme, vite étouffé. Elle s’y rendit dans les meilleurs délais, le galop de sa monture brisant le silence de la ruelle avec fracas, pour constater qu'un ivrogne se redressait péniblement, sous le regard blasé des passants. Pas de trace de la fille. Cachée sous la lourde capuche qui retombait sur son front, Elenor l’interpela depuis sa selle pour lui demander où était passée la demoiselle en détresse qui avait crié, il y avait peu. Il ne répondit rien, mais une grue qui attendait le client non loin appela alors. Après s’être renseignée, Elenor la remercia de quelques maras, puis guida l’étalon jusqu’à la ruelle désignée.

De fil en aiguille, elle parvint dans la ruelle au bout de laquelle, éclairé d’un reste de lumière, elle aperçu le couple étrange. Après avoir mis pied à terre et enroulé les rennes du cheval autour des barreaux de l’une des fenêtres du bâtiment le plus proche, elle s’approcha en catimini, lame au clair…

***

Une fois l’homme à terre, elle se pencha sur son corps, tâta son pouls et constata qu’elle en avait terminé. Essuyant le fil de son sabre sur son dos, elle rangea celui-ci dans son fourreau et se releva avec souplesse. Pantalon noir, ajusté à ses cuisses, bottes élimée recouvrant ses mollets, chemise au col haut et foulard ne laissant paraître que ce que la capuche masquait.

S'avisant d'un coup d'œil de la dentelle sombre qui foulait le sol en bas de la cape, ainsi que des bottines précieuses et d'excellentes factures, Elenor vit ses soupçons confirmés. Elle ne prêta que peu d'attention au visage de la jeune femme, trompeur dans cette obscurité. Blonde, voilà ce qu'elle en savait, et riche si elle en croyait l'habilité avec laquelle elle était coiffées. C'était suffisant. Elle correspondait en gros à ce qu'on lui avait indiqué.
D’une voix étouffée, elle lui glissa : « Viens avec moi »

Retour au cheval, sur lequel elle la fit monter pour grimper dans son dos sans ajouer un mot. Elle ordonna à la jeune femme d’observer le silence à voix basse, puis les conduisit à toute allure jusqu’à sa planque…

***

L’intérieur était simple, vulgaire, mais suffisant pour ce qu’elle avait à y faire. Un tabouret, une fenêtre de chaque côté, des volets à peu près hermétiques, des bougies… Avant de les allumer, Elenor prit soin d’empêcher toute lumière de filtrer, coinçant dans les interstices des boules de tissu assez épaisses pour que rien, de l’extérieur, ne les trahisse. Alors seulement elle alluma les bougies et abaissa sa capuche, dévoilant son regard typé à…

« Meare ?! »

Le foulard suivit et Elenor, stupéfaite, demeura bouche bée devant sa noble cousine. Si elle avait su…

« C’est toi, que Belle de Jour m’envoie ? Ca alors j'ai du mal à y croire… »

Finalement, passée la stupeur, un sourire apparu au coin de ses lèvres, tandis qu'elle faisait le tour pour allumer d'autres bougies.

D'un geste, elle l'invita à parler la première. Après tout, c'était elle qui la sollicitait. Fille malheureuse de parents courageux. Si elle n'avait que peu fréquenté sa cousine, du fait de son métier, Elenor se souvenait bien d'elle, et plus particulièrement de son père qu'elle avait beaucoup admiré par le passé. Elle l'avait côtoyé lors de ses premières années dans l'armée, et même servi un temps sous ses ordres. Les Askarii et les Jagharii étaient deux familles qui s'étaient assurément bien trouvées.

Après avoir désigné à la jeune femme le modeste tabouret, elle se hissa sur une tablette en face pour s'y asseoir avec souplesse.

« Je t'écoute. »

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Meare Askarii
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Lun 14 Fév - 7:12

La main relâcha son étreinte sur ses lèvres.
Au début, elle s’était débattue ; elle avait essayé de mordre, de griffer, de donner de violents coups de reins. Mais elle n’était qu’un chaton de salon face à un chien sauvage.
La bouche libre de ton entrave, un cri s’étrangla dans la gorge de la jeune fille.
Agacé, l’homme la projeta contre le mur de pierre, l’assommant à moitié. Le temps qu’elle reprenne ses esprits, un tissu graisseux avait empli sa bouche, la faisant suffoquer.
La jeune fille essaya d’aspirer de l’air, s’étouffa à moitié et se mit à gémir. L’homme la secoua violemment à nouveau et elle se tut, les yeux baignés de larmes. La terreur l’empêchait de respirer normalement et le tissu au goût affreux s’agglutinait dans sa gorge. Elle fut prise de violents hauts-le-cœur, sans savoir s’ils étaient dus au manque d’oxygène ou au dégoût que lui inspiraient les mains crasseuses qui parcourraient ses robes. Sa peau était bien protégée sous plusieurs couches de tissus mais, à chaque avancée des doigts, elle sentait sa dignité un peu plus en péril.

Meare était une femme du monde mais qui toujours, laissait une vitre invisible entre elle et ce monde. Elle avait reçu des avances, les avait plus ou moins bien acceptées mais jamais encore elle ne s’était offerte à un homme. Non pas qu’elle soit totalement dénué de désir mais elle attendait celui qui ferait battre son cœur. Minauderie de jeune première romantique … Peut-être aurait-elle mieux supporté ces attouchements grossiers si elle n’avait pas accordé autant d’importance à son honneur.

Elle se força à penser à autre chose. Son esprit s’embrumait, les pensées tournoyant. Sa vision était devenue floue et elle ne voyait plus qu’un voile mystérieux. Une poupée de chiffon …
Sa respiration haletante se fit plus superficielle, les ailes de son nez battant furieusement à chaque inspiration.

Le plus horrible était que l’homme ne trouverait rien. Elle n’avait rien. Rien d’autre que sa peau de pêche et sa robe ourlée de soie.

Il prononça des mots qu’elle n’entendit pas, tant ce cri qu’elle ne pouvait exprimer résonnait dans sa tête.
Dans un ultime effort, elle poussa violemment le tissu du bout de la langue et le cracha au loin. Sa voix enrouée ne put lâcher qu’un gargouillement mais, l’espoir revenant, elle se débattit un peu plus. Jurant, l’homme interrompit sa fouille. Il la secoua et replaça sa main sur sa bouche, entravant ses jambes avec l’une des siennes. Les jupons et la cape étaient désespérément vide, ne restait que le corsage …
Il allait plonger sa main à l’intérieur et Meare sentit sa dernière heure arriver, lorsque l’emprise se fit moins forte.
Tout à sa panique, la noble n’avait entendu aucun bruit de pas et elle ne comprit pas ce brusque revirement de situation. Elle se pétrifia en entendant le feulement discret d’une lame. Le bruit lui était familier ; combien de fois avait-elle regardé -et écouté- son père s’entraîner à l’épée ?
Elle réprima un cri en sentant quelques gouttes effleurer sa main. Elle baissa les yeux et resta quelques secondes hypnotisée devant les taches écarlates qui ressortaient sur sa peau blanche.

Meare déglutit, incapable d’esquisser le moindre mouvement ou même de se retourner vers son sauveur. Heureusement, celui-ci semblait être capable de prendre les devants pour deux.

« Viens avec moi. »

La voix était féminine et, si Meare avait été attentive, sans doute l’aurait-elle remarqué. Peut-être même aurait-elle reconnu les inflexions, malgré le tissu qui l’étouffait. Mais elle n’était attentive à rien d’autre qu’aux battements galopants de son cœur. Elle était en vie …
Telle une automate, Meare suivit l’ombre mystérieuse.

Elle se hissa sur le cheval, sentit la présence dans son dos qui lui murmurait de se taire puis regarda les pavés défiler sous les sabots.

La suite se déroula comme dans un rêve. Elle se retrouva debout, l’air un peu perdu, dans un lieu lugubre. L’endroit était délabré et plutôt sale. Fait de bois terne et de courant d’air, il pouvait à peine être décrit comme une pièce.
Meare frissonna et ramena un peu plus sa cape sur ses épaules.
Elle était en sécurité, elle était en sécurité …
Pendant que celle qu’elle espérait être une Dissidente s’afférait, elle resta là, tremblante. Son cœur se calmait progressivement mais son esprit refusait de se remettre en marche. Elle sentait encore sur son corps la pression des mains étrangères.

Finalement, alors qu’elle fixait le sol d’un air hagard, la femme s’intéressa enfin à elle.
D’ailleurs, elle prononça son nom. Qui l’avait mise au courant ? Instinctivement, la jeune fille releva la tête et son visage se détendit sous l’effet de la surprise et du soulagement.

« Elenor ! »

Le ton était presque joyeux, mais un peu trop aigu pour être tout à fait normal.

« Mais alors … Tu es une D … Oh ! »

L’étonnement arrondissait la bouche de la jeune fille dans un « O » parfait et ses sourcils soigneusement épilés s’arquèrent au-dessus de ses yeux pâles.
Elle était sauvée ! Les affres de la nuit s’effacèrent en un instant et, s’ils reviendraient à coups sûrs la hanter à l’avenir, pour l’instant, l’aura grandissante de cette femme qu’elle admirait tant suffirait à les éloigner.

Elle acquiesça silencieusement à la remarque de son aînée. Oui, Belle de Jour l’envoyait … Quelle curieuse coïncidence ! A moins que Keesa ne fut au courant ? Quelle importance …
Meare prit le temps de dévisager sa cousine. Elle avait l’air en meilleure forme que la dernière fois qu’elle l’avait vu mais elle n’osa pas lui dire.
Elle détailla sa tenue d’homme, parfaitement taillée pour ce genre de mission et regretta sa robe à volant et ses bottines. Elle réprima l’envie de se mordiller la lèvre inférieure, peu désireuse d’afficher son désarroi. Elle s’était conduite comme une imbécile et devait être ridicule, surtout en comparaison de la jeune femme aux traits altiers qui lui faisait face. Mais se mettre à geindre et à se plaindre de ses incapacités ne feraient qu’accroître cette impression qu’elle donnait.
Avoir l’air digne en toutes occasions … Même si, parfois, c’était plus compliqué.

Suivant son invitation, elle se retrouva assise sur un tabouret de bois abîmé. D’ailleurs, elle n’y avait posé qu’une demi fesse comme si elle n’était pas vraiment à sa place dans cet endroit.
La question d’Elenor la prit de cours. Que devait-elle dire ? ! Etait-ce un test ?
Meare faillit paniquer mais étouffa ses sentiments dans un sourire désarmant. C’était sa seule arme contre les questions embarrassantes à la cour et elle savait en user et en abuser.
De plus, cela lui laissait quelques secondes pour réfléchir …

« Tu connais mon père … »
Connaissais aurait été un terme plus exact mais Meare aimait à penser que son père était toujours quelque part, là-haut, à veiller sur elle.

« Il ne cessait de pester contre les Nobles sans talents qui le dérangeaient dans son travail ; il était parmi vous bien avant l’heure ! »

Elle n’osait prononcer le mot « Dissidence », comme si cela risquait de briser la magie de l’instant ou comme si elle n’arrivait pas vraiment à croire à ce qu’elle faisait. Elle était convaincue de faire le bon choix, d’autant plus que c’était Elenor qui lui faisait face, mais elle doutait à présent de sa légitimité.

« J’ai été élevée là-dedans ! Et en grandissant, j’ai pu constater que c’était vrai ! Je ne peux pas parler pour l’armée ou les bourgeois mais je vis à la Cour, je vois ce qu’il s’y passe ! Ysor … Ysor est un pantin mené par les Conseillers et les plus riches deviennent subitement les plus intelligents et les plus influents. Ce n’est pas ce que Therdone m’a appris … Ce n’est pas ce que mon père m’a apprit ! »

Elle hésita encore un instant puis reprit la parole.

« Je veux rejoindre la Dissidence. Je veux vous aider, je veux un autre Gardan Edorta, fort et capable de remettre Edor Adeï debout ! Je voudrais … Je voudrais tellement pouvoir jouer un rôle dans mon futur, faire changer les choses. La Volonté doit primer ! »

Sa voix s’était faite plus enflammée et retrouvait les accents de ses discussions passionnées avec Keesa.
Restait à savoir si cela suffirait à convaincre sa critique cousine …
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Mar 22 Fév - 19:03

N’en revenant toujours pas de l’identité de la jeune femme qui se trouvait face à elle, Elenor se préparait à recevoir de sa part quelques explications mais aussi, pourquoi pas, quelques nouvelles. Bien qu’elles n’aient jamais été très proches, Meare appartenait à l’une des branches de sa famille qu’elle appréciait.

Elle suivit avec un sourire amusé les changements opérés chez sa cousine : à mesure que celle-ci détaillait, et faisait elle-aussi le lien entre cette rencontre « fortuite » et Belle de Jour. Si pour une jeune femme de son âge, sa cousine était d’une grande sagesse (loin, très loin d’une Elenor volage et agitée au même âge), elle avait toujours une certaine fraîcheur qui faisait plaisir à voir en ces temps troublés. Ses expressions marquées, ce sourire plein de lumière, et ce jusqu’à ses manies (avait-elle peur que le tabouret n’ait l’audace de lui mordre l’arrière-train ?) amusaient Elenor : une beauté fraîche, sans le vice et le goût pour l’intrigue que tous connaissaient à Belle de Jour.

Puis vinrent les explications attendues et Elenor sourit davantage encore, avec une certaine tendresse. Elle avait raison, la Jagharii connaissait son père, et elle le retrouvait dans le discours et les accents de sa fille. Les Askarii, plus nobles au fond que beaucoup de nobles de sang qui aujourd’hui s’engraissaient, avaient toujours eu l’art de râler avec beaucoup de panache et de dignité.
Nul doute que si Therdone devait leur accorder la victoire, ce seraient là des familles qui trouveraient, avec le nouvel ordre, une influence nouvelle. Bien qu’ils n’aient toujours occupé que des rangs de second plan, Elenor les savait sage et de conseil avisé, et ne manquerait pas de les suggérer à ceux qu’elle suivait aujourd’hui. Elle ne doutait pas que toute emportée qu’elle pouvait encore être à son âge, Meare saurait profiter d’une telle sagesse en mûrissant. C’était un investissement à faire.

La réplique finale acheva de convaincre Elenor. Elle manquait sans doute encore de bouteille politiquement pour prétendre à une implication totale dans la Dissidence, mais toutes les Volontés étaient bonnes à prendre, et celle de sa cousine lui semblait sincère. Après tout, n’était-ce pas là l’essentiel ? Des personnes motivées, impliquées et prêtes à sacrifier un peu d’elles-mêmes à leur mouvement. Dans ces conditions là, comment refuser le concours de la jeune blonde ? Pour la protéger, à la rigueur car, comme en attestaient les petite affiches placardées de partout en ville, le Guet rôdait, et la menace qui planait sur la nuque de ceux qui rêvaient à autre chose était plus nette que jamais.

Sa décision prise, Elenor s’éclaircit la voix, le temps pour elle de trouver ses mots.

« Ysor a au moins la Volonté de survivre, je suppose » Dans un souffle, cette remarque au sens aussi implicite que multiple : ces mots dénonçaient à la fois le choix de la facilité fait par un homme au caractère trop émoussé pour régner, mais aussi, et surtout, par ces quelques mots Elenor voulait rappeler à sa jeune cousine le danger de leur entreprise.
« Mais tu as raison, c’est aujourd’hui qu’il nous faut agir, et affirmer une bonne fois pour toute quelle est notre Volonté, sous les bannières de celle de l’Al’Faret. »

La militaire baissa d’un ton, puis ajouta d’une voix calme : « Dis-moi, que penses-tu pouvoir faire pour la Dissidence ? As-tu des contacts, ou des entrées dans des lieux potentiellement intéressants ? » Un moyen de prendre la mesure de l’aide que Meare pourrait leur apporter, mais aussi l’occasion pour elle de la cadrer et, pourquoi pas, de la préserver d’entreprises trop périlleuses…

Un détail lui revenant alors, elle se reprit et ajouta : « Au fait, ici, je me nomme Sipik. Tu ne devras dire à personne, et sous aucun prétexte, mon véritable nom. Dissident ou pas. C’est là la condition à notre sécurité. » Le cas d’Elenor était même sans doute plus périlleux encore : depuis deux mois déjà, elle avait disparu dans les Bas Quartiers, et était sans doute sous le coup d’un avis de recherche depuis lors.
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Meare Askarii
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Mar 15 Mar - 7:41

Peu à peu, les images terrifiantes de l’homme s’effacèrent. Meare avait acquis la précieuse capacité de savoir compartimenter son esprit, reléguant au second plan les pensées parasites pour qu’aucune ne vienne troubler le calme apparent qu’elle affichait en quasi-permanence. Cela lui avait évité bien des rougissements et bien des éclats de voix. Cependant, elle savait que tout cela remonterait à la surface. Quand elle se laverait, frottant sa peau avec une brosse dure jusqu’à la faire rougir pour lui ôter toutes traces des affreux attouchements. Et aussi quand elle chercherait à trouver le sommeil, les yeux grands ouverts dans l’obscurité, seule au fond de son lit.

Mais l’heure était à la discussion et elle se refusa à fondre en larme devant sa cousine.
De plus, le sujet qui les occupait l’excitait suffisamment pour qu’elle se permette d’oublier le reste.
Elle écouta Elenor, son visage n’affichant qu’une émotion neutre très maîtrisée même si, derrière ses grands yeux grisés, les pensées faisaient rage.

Certes, Ysor avait la Volonté de survivre … Mais c’était à peu près tout. Il aurait sans doute fait un artiste d’une grande sensibilité ou un époux attentionné s’il n’avait pas eu sur les épaules l’avenir d’Isle. A présent, il allait être marié à une Olarile qu’on disait envoûtante … Le bal qui se préparait était sur toutes les lèvres et même si rien n’était réellement officiel, les tailleurs avaient déjà commencé à s’activer. Zylan avait d’ailleurs dû s’en charger pour elle, sachant fort bien que, si elle ne prenait pas les devants, Meare se contenterait de recycler une ancienne robe.
Cette pensée donna des idées à la jeune femme. Elle avait quelques pistes de réponse à offrir à sa Dissidente de cousine mais elle soupçonnait Keesa de lui avoir donné bien trop de détails sur ses missions pour que les répéter ne nuise pas à Belle de Jour. Aussi prit-elle le temps pour répondre.

« Et bien, Sipik … Je dois t’avouer que je doute d’être taillée pour des missions de grande envergure. Et je ne pense pas réellement avoir le courage de les affronter ! Kee… Belle de Jour m’a toutefois aiguillée et étant Noble de Sang, je suis encore mieux placée qu’elle pour laisser mes oreilles traîner. Je suis la discrétion même et je dois avouer que nombreux sont les Nobles qui n’ont aucun remords à s’épancher sur moi de leurs divers problèmes. Je suppose que mon statut pourra également me permettre d’approcher de plus près Ysor et sa nouvelle épouse. Vous devez déjà avoir des espions à la Cour mais il n’y en a jamais assez et c’est sur une bonne information que se base la réussite de la Dissidence ! »

Elle s’appliquait, choisissant ses mots avec soin, désireuse de prouver qu’elle avait déjà réfléchi à la question et qu’elle était prête à s’engager. Elle s’était plusieurs fois demander pourquoi elle tenait tant à s’investir dans la Dissidence. La réponse était là, au creux de son cœur, palpitante. Elle ressemblait à son père, beaucoup trop … Tous deux n’avaient ni la fougue ni le panache nécessaires pour avoir un rôle politique important mais ils avaient des idées arrêtées -que l’un avait soigneusement transmis à la seconde- et il tenait à les honorer. Agir dans l’ombre d’un grand homme et être prêt à le soutenir à tous prix étaient une ligne de conduite convenant parfaitement à Lordel Askarii. Depuis la mort de son père puis celle d’Elandor Arlanii, Meare avait sentit un grand vide l’envahir. Elle n’avait plus aucun autre avenir que de trouver un mari et fonder une famille. Cette idée, bien qu’alléchante, la remplissait d’une mélancolie qui n’était pas propre à son âge. Contrairement à certaines jeunes filles qui ne rêvaient que de poupons et d’enfants gazouilleurs, elle voulait faire autre chose de sa vie, quelque chose de vraiment fort et qui lui donnerait du sens, en même temps qu’une ligne de conduite qui ravirait son sens aigu de la morale. Et au fond, elle désirait également redorer un peu le blason terni des Askarii.

« Mais je peux aussi vous aider pour certaines missions, à la hauteur de mes possibilités. Je serai présente au bal des fiançailles de notre actuel Gardan et si vous aviez prévu quelque chose à ce sujet, mon aide vous est toute acquise. J’ai également les moyens de vous aider financièrement ! Et tu sais également que la demeure Askarii est bien vide depuis quelques temps … Si certains Dissidents ont besoin d’un refuge ou d’aide … Personne ne me soupçonnera jamais ! Je n’ai encore jamais osé aborder des Conseillers mais j’en ai les moyens ! »

Son débit de parole s’était soudain accéléré et une étincelle s’était allumé au fond de ses prunelles. Elle s’excusa dans un sourire, consciente de sa brusque animation. Les idées jaillissaient, en vrac, et elle tenta de se maîtriser. Une impression étrange la chatouillait au creux du ventre et elle sut avec certitude qu’elle avait fait le bon choix. Elle s’était toujours cru peureuse et destinée à ne faire qu’écouter et apprendre, mais elle prenait conscience du désir profond qu’elle avait de diriger elle-même sa vie et de décider de son avenir.

« J’ai passé toute mon enfance et mon adolescence à apprendre les codes de la Noblesse et, sans vouloir me vanter, je les connais sur le bout des doigts. Il est temps que cela me serve. La Dissidence est la seule qui résonne en moi ainsi. Je ne sais pas si Elandor Arlanii aurait fait un bon Gardan, tu le connaissais bien mieux que moi, mais je sais que les rares paroles que j’ai entendu franchir ses lèvres m’ont ravie ! Tu me connais jeune fille discrète et effacée, toujours aimable et bien élevée. Mais au fond de moi brûle un feu que je ne pourrai éteindre sans alléger ma conscience. Je ne veux pas rester impuissante alors que les Ilédors se déchirent. Même si je n’ai pas toute s les cartes en main, je pressens que nous abordons une nouvelle erre. Et pour une fois, je ne veux laisser personne choisir à ma place. »

La jeune Askarii était un peu inquiète. La Dissidence lui convenait, elle en était sûre, mais convenait-elle à la Dissidence ? Devait-elle prouver qu’elle pouvait leur être utile ? Elle connaissait l’exigence d’Elenor et doutait que leur lien de parenté lui soit d’une quelconque utilité …
Mais que pouvait-elle faire d’autre que tenter ? Elle n’avait pas d’autres choix ; c’était se battre avec eux ou poursuivre sa vie rangée de jeune Nobliotte, seulement préoccupée par la richesse de ses tenues et la position sociale de son futur époux. Pour avoir dû supporter cet état de fait pendant plusieurs années, Meare savait combien il lui convenait mal … Secrètement, elle espérait qu’avec un nouveau gouvernement, sa Volonté lui suffirait à se faire entendre et à prouver que, malgré leurs mains lisses de n’avoir jamais travaillé, certaines jeunes filles nobles étaient en mesure d’apporter quelque chose à Isle.


Dernière édition par Meare Askarii le Mer 20 Avr - 19:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Jeu 24 Mar - 22:01

Les propositions de Meare laissèrent Elenor songeuse. Elle quitta sa jeune cousine des yeux quelques instants, effleurant du bout des doigts son fin menton.

Meare avait toujours eu de bonnes relations avec la noblesse, elle savait cela… De nature douce et posée, elle était appréciée de beaucoup de monde. De plus, elle ne portait pas le nom de Jagharii, et beaucoup oubliaient que c’était de cette lignée là qu’était issue sa mère… Une famille secondaire, mais des hôtes de valeur, prisés. Elle pouvait amener certains à se confier, c’était une excellente chose. Ils avaient déjà quelques espions dans la ville haute, mais sans doute aucun qui inspirait tant confiance que la jeune Askarii. Elle pourrait jouer de cela bien sur, mais avec une prudence toute particulière. Et cela nécessiterait plus de travail en amont que simplement celui de récupérer les informations et de les leur délivrer.

Un travail qui permettrait de s’assurer de la véracité des confidences faites, mais aussi et surtout qui protègerait la jeune femme d’une tombée des masques mal venue. Elenor organisa son propos, relevant finalement vers Meare un regard plus ferme.

« La Dissidence acceptera sans doute sans réserve ta proposition, pour ce qui est d’offrir à des dissidents tenus de se montrer discrets un abris. Tu pourras par exemple embaucher certains d’entre nous qui auraient besoin de se faire discrets, ici… Le Guet n’a pas le pouvoir d’aller fouiner chez les nobles de sang, alors qu’ici, ils enfoncent impunément toutes les portes qui se présentent à eux. Ils pourraient défoncer celle-là… » Elle désigna d’un geste vague celle qui fermait la petite pièce dans laquelle elles se trouvaient. « … dans la minute que cela ne me surprendrait presque pas… » Un mince sourire effleura alors ses lèvres. Elle ne plaisantait pas, c’était un risque quotidien et continu. Dans le sommeil comme dans la veille. Il était important que cette inquiétude naisse, chez Meare. Si elle devenait une Dissidente, alors elle risquait sa vie. C’était ainsi qu’il fallait concevoir les choses. Comme toute résistance, il s’agissait là d’un combat passible de mort, et si tous ne se battaient pas avec des armes similaires, tous, en revanche, risquaient de passer sous les mêmes.

Elle avait tord de penser que le fait d’être sa cousine l’avantagerait de quelque manière que ce soit. Car à vrai dire, c’était plus un désavantage qu’autre chose. Bien que ne la cotoyant plus, éloignée par une vie au rythme envolé de cette branche-ci de sa famille, Elenor avait pour elle de l’affection, et risquer la vie de cette jeune femme lui laisserait en bouche un goût amer. Et pourtant… Elle ne pouvait s’empêcher tout à fait d’en être fière.
Elle poursuivit donc, en dépit de son inquiétude.

« Quant aux informations, c’est une bonne idée, là encore. C’est tout à fait le genre de choses que tu peux faire pour nous. Mais attention, il y a des règles à respecter pour limiter les risques. Déjà, te limiter dans un premier temps, que l’on redéfinira en fonction des résultats, aux personnes qui te sont déjà familières. En cette période de paranoïa aigüe, ces messieurs de la haute se méfient de ce qui ne leur est pas familier, dans un premier temps. Toute tentative pour agrandir tes oreilles feraient de toi le mouton noir du groupe… » Elle fronça les sourcils. « En outre, essaie, dans la mesure du possible, de savoir à qui d’autre les informations que tu glanes ont été fournies. C’est le plus compliqué de l’affaire, mais ça permettra de savoir si l’on te ment… Et si l’on te ment spontanément, toi qui n’a aucune raison de tirer profit des informations que tu recueilles… Alors c’est que tu es suspecte de quelque chose, et qu’il faudra te montrer plus prudente. »

Elenor s’approcha légèrement de sa cousine, puis franchit d’un pas plus vif l’espace qui les séparait. Elle releva d’un geste plutôt doux son menton, pour observer ce masque qu’elle travaillait, chaque jour. « Ce dans quoi tu t’embarques est… dangereux. Je veux être certaine que tu as pleinement conscience de ce que tu risques, en nous rejoignant. Belle de Jour papillonne, c’est une femme téméraire et je pense qu’au fond, le risque doit l’exciter… Mais tu n’es pas comme elle. Ce n’est pas un défaut, peut-être même que cela te sauvera souvent la vie à l’avenir. Mais comme tout ce que tu as fait jusque là, je veux que ce soit une décision mûre, et longuement réfléchie. Elle pourra peut-être faire la gloire des tiens un jour, comme elle pourrait anéantir notre lignée… Celle que nous avons en commun, comme la tienne d’ailleurs. » Elle la lâcha et lui sourit. « Je serais heureuse que tu nous rejoignes, bien entendu. Mais prends ton temps, cousine… »

Finalement, elle s’éloigna d’elle et retourna s’asseoir paisiblement sur la tablette, en face de la jeune femme. Elle voulait voir sur son visage la Volonté de se compromettre, elle voulait lire sur les traits soignés de Meare que celle-ci avait conscience de ce dans quoi elle s’embarquait… Alors Elenor lui donnerait son nom de code. Puis elles parleraient du bal. Elenor ne savait pas encore si elle aurait la possibilité de s’y rendre… Le risque était double pour elle. Mais rien ne l’empêchait, au cas où elle n’ait pas la possibilité de s’y rendre, d’y participer au travers de Meare…

Alors la jeune femme serait officiellement une Dissidente active.
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Dim 5 Juin - 14:14

Meare observa un silence religieux tandis que sa cousine prenait la parole. Ce fut d’abord un soulagement immense qui l’envahit. A demi-mot, Elenor venait de lui confirmer que la Dissidence accepterait son aide. Elle retint un sourire ravi et poursuivit son écoute attentive. Tout d’abord, elle ne comprit pas pourquoi la Jagharii évoquait le Guet. La jeune fille le connaissait de nom et de réputation mais ne se sentait absolument pas concernée par ses actions. Elle était Noble après tout … La lumière se fit après quelques minutes de réflexion : les Dissidents, eux, n’étaient pas à l’abri des descentes, des fouilles et des arrestations. En devenant l’une d’entre eux, elle s’exposait à ce même danger. Elle hocha la tête silencieusement.
En avait-elle vraiment conscience ? Elle savait qu’elle était sur le point de mettre sa vie en danger mais cette idée pouvait-elle seulement avoir un réel sens pour elle ? Elle était jeune et, même si elle avait côtoyé la mort de nombreuses fois, elle devait, au fond d’elle, se sentir encore un peu immortelle. Cela ne signifiait pas qu’elle n’avait pas peur de mourir, ni qu’elle allait se passer de toute prudence. Mais comment imaginer réellement que la mort pouvait l’attendre à chaque tournant ? Devait-elle frémir à chaque pas ? Son père était décédé, certes, mais sur un champ de bataille, là où le danger était partout. Dans son environnement familier, la jeune fille n’était pas sûre de réussir à maintenir en permanence la prudence adaptée. Meare savait qu’elle devrait chaque jour un peu plus aiguiser cette peur du danger et de la mort qui lui paraissait pourtant lointaine. Mais après tout, vivait-elle vraiment tout à fait en ce moment ? Qu’avait-elle à perdre si ce n’était sa vie, cette vie vide de sens ?
Elle ne répondit pas, comprenant qu’elle ne pourrait que faire douter sa cousine et, surtout, qu’elle devait s’occuper seule de ce genre de démons.

La dissidente poursuivit et Meare fut tout d’abord ravie d’apprendre que son idée était bonne. Malheureusement, sa fierté retomba comme un soufflet lorsqu’elle prit conscience des détails auxquels elle n’avait pas pensé. Il ne s’agissait pas seulement de recueillir des informations, encore faillait-il s’assurer qu’elles soient vraies …
Elle hocha à nouveau la tête et se sentit obliger d’ajouter :
« Je comprends … J’ai encore beaucoup de choses à apprendre mais je suis une élève attentive ! Tous vos conseils sont les bienvenus et seront appliqués. »

A peine avait-elle achevé qu’elle sentit les doigts fins et refroidis par l’air du dehors se poser sur son menton et le relever doucement. Elle fixa la femme brune droit dans les yeux et se força à projeter une assurance sans faille qu’elle n’éprouvait pas forcément. Les paroles la touchèrent et, malgré sa première envie de nier tout en bloc, elle dut se rendre à la raison. Elle n’était pas Keesa, elles n’avaient pas eu le même passé et elles n’avaient pas la même vie. Mais qu’importait ! Elle était aussi capable qu’elle !
Elenor s’éloigna, projetant des ombres grotesques sur les planches des murs.
Meare laissa son regard errer au-dessus de son épaule.
Pesait-elle le pour et le contre ? Elle essayait … Mais comment réussir à réfléchir convenablement lorsque ce qui ressemblait fort à un rêve semblait si proche ?
Elle inspira brusquement comme si elle s’apprêtait à répondre puis se reprit et se contenta d’expirer l’air emmagasiné. Elle hésitait sur la façon de répondre. Comment traduire en mots ce qu’elle ressentait ? Ce désir brûlant d’agir et cette paix intérieure qui lui disait qu’elle avait fait le bon choix ? Enfin, elle reporta ses prunelles claires dans celles, très sombres, de la Jagharii.

« Le risque ne m’excite peut-être pas mais je suis une Askarii. Et il n’a jamais été dit que les Askarii était des couards ! J’aurai le courage d’affronter ce qui doit l’être tout en ayant l’intelligence de me retirer discrètement lorsqu’il le faudra. »
Soudain, elle rougit légèrement et baissa les yeux. Les paroles qu’elle venait de prononcer lui paraissaient bien pompeuses pour une femme aussi jeune.
Elle esquissa une légère grimace.
« Enfin … J’espère … »

Le fait d’avoir un visage connu face à elle la rassurait. Un nouveau sourire et elle était d’attaque, prête à reprendre, prête à convaincre.

« Je suis encore jeune et, surtout, je n’ai jamais connu autre chose que la Ville Haute. Je suis aussi la dernière des Askarii et je ferai tout pour que ma lignée ne s’éteigne pas et qu’elle continue à vivre à travers mes enfants. Mais je sais aussi que si mon nom doit disparaître, je dois faire en sorte que ce soit pour une cause juste. Ma famille n’a jamais eu d’autres ambitions que de servir Isle. Me contenter de fonder une famille et laisser mes descendants vivre dans l’état de fait actuel serait la pire des parjures. Je ferai attention à moi, je n’ai nulles intentions suicidaires et n’en aurai jamais. Mais je veux agir. Du temps ? J’en ai eu … Des années pour peser les mots de mon père et, depuis que j’ai appris l’existence de la Dissidence, plusieurs mois pour l’assimiler. Je sais ce que je veux et je sais aussi le prix à payer pour l’obtenir. »

Elle déglutit.

« Ne me laisse pas de côté sous prétexte que j’ai avenir assuré. Nous avons tous un avenir, tous. Même ceux qu’on a pendu cet après-midi pour trahison et qui étaient peut-être des vôtres. »
En évoquant cet incident, elle espérait la convaincre. La vérité, c’était qu’elle avait été profondément choquée par cette mise à mort. Ce n’était pas la première dont elle avait entendu parler et ce ne serait certainement pas la dernière mais, pour la première fois, elle s’était demandé « Et si c’était moi ? ». Ce n’est qu’en entendant Keesa lui répéter les derniers mots de l’un des suppliciés qu’elle comprit que la peur serait toujours là mais qu’elle pourrait aller au-delà.
« Ma Volonté survivra à ma mort » avait-il crié. La sienne l’aiderait à rester en vie ou à mourir avec dignité …
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Sam 11 Juin - 9:59

Jusque là, Meare avait adopté un comportement posé et attentif. Pour la connaître, Elenor ne doutait pas un seul instant qu’elle devait peser le pour et le contre, et qu’elle commençait lentement à se faire à sa nouvelle condition. La jeune femme eut été plus volage, ou plus emportée, comme, finalement, beaucoup de demoiselle de cet âge, la Jagharii se serait sans doute inquiété davantage la voir s’impliquer ainsi. Mais avec Meare, il n’y avait pas ce type d’inquiétude. Simplement, elle était de son sang, et la Dissidente avait pour elle beaucoup d’affection. Ces mises en garde avaient pour but d’alarmer la jolie blonde, rien de plus. De lui faire prendre pleinement conscience de ce dans quoi elle s’était embarquée en venant ici.

En aucun cas elle ne comptait l’écarter, ni ne dénigrait ses talents en raison de sa naissance et de son rang, bien au contraire, elle leur trouvait un intérêt certain, qui serait d’une grande utilité à leur mouvement. Et puis, Meare était intelligente, elle réfléchissait, étudiait… Elle ferait sans doute une espionne maligne et subtile. Ce qui manquait parfois aux leurs, trop peu habitués à ce que la société comporte de traquenards verbaux. Son comportement également lui convint. Face au conseil, elle ne se braquait pas et comprenait. Il s’agissait là d’une aide, et non pas d’une mise à l’épreuve. Pour Elenor, l’affaire était déjà plus ou moins entendue, et elle ne comptait absolument pas revenir sur sa décision de l’accepter.

Ce qu’elle dit ensuite, en réponse à ses propos quant à leur lignée et ce qu’il en adviendrait si elle se montrait imprudente impressionna quelque peu la Jagharii. Elle n’avait guère l’habitude de la voir si véhémente, et si solide. Elle se tenait là, sous ses yeux, et lui faisait une leçon qui était, pour une femme telle qu’Elenor, savoureuse à entendre. Cette jeune femme n’était pas n’importe qui… Et dans ses veines, c’était le sang de deux lignées farouches et engagées qui serpentait. Elle avait raison, elle était une Askarii.

Un sourire adouci effleura alors ses lèvres et elle inclina légèrement la tête, une certaine tendresse sur les traits. Elle aimait cette fougue, bien cachée sous ses airs policés. Et elle aimait la sagesse, étonnante pour une si jeune femme, avec laquelle elle envisageait son avenir, et ce que la Dissidence impliquait pour lui. Elenor aussi, prenait un risque considérable pour les Jagharii. Elle était l’héritière de son père, toujours célibataire aux yeux de la société, et sans enfants. Son frère quant à lui était si rongé par les drogues, et si abruti par la vie de noble qu’il ne ferait sans doute pas long feu. Une bien misérable Volonté. Alors ils restaient ces deux femmes-là. Elenor, et Meare. Deux noms, mais un sang, et des Volontés qui malgré tout semblaient s’accorder. La tête toujours inclinée sur le côté, elle plissa les yeux, son sourire plus franc, et déclara à voix basse : « Ton père serait fier de toi, aujourd’hui. Et moi aussi, je suis fière de toi. Malgré toutes les épreuves qu’il t’a fallut traverser, tu es aujourd’hui dotée d’une force et d’une sagesse d’une telle pureté… »

Elle retourna s’asseoir.

« Je n’avais pas l’intention de t’écarter, Meare, mais tu m’as rassurée et je sais que tu pourras te lancer avec prudence dans cette entreprise. Nous pouvons donc, je pense, considérer que tu es des nôtres. Ma si douce, et si redoutable cousine. » Un clin d’œil amusé, puis elle fit le dos rond, ses avant-bras appuyés à ses cuisses. « Bon, passons aux choses sérieuses. Donc, comme tu le sais, les Dissidents sont plutôt discrets. Je t’ai dit mon nom de code, mais il faudra t’en trouver un à toi aussi. Attention, mis à part moi, Belle de Jour et l’Al’Faret sans doute, personne, je dis bien personne, ne devra connaître et ton nom civil, et ton nom de code. Avec ceux qui pourraient te connaître publiquement, soit extrêmement prudente. Avec les autres, lorsque tu viendras ici, contente toi de ton nom de code, et ne dit ni d'où tu viens, ni qui tu es.

Dans ta situation, il sera sans doute plus compliqué de préserver aussi bien ton anonymat que pour moi, qui me cache ici dans les ombres, mais ce sera là le meilleur moyen de te protéger. En outre, dès lors qu’une personne sera un Dissident confirmé auprès de toi, ne cherche pas à connaître sa véritable identité. C’est là une mesure essentielle au cas où… toi, ou cette personne soyez arrêtés. Malgré toute la valeur et le courage que l’on puisse avoir, il est souvent difficile de tenir bon, sous la torture. Je vais donc réfléchir à un nom de code qui te convienne.

De plus, ta demeure servira sans doute de planque, ou de zone de repli pour certains d’entre nous, par conséquent, il te faudra les reconnaître sans mal afin de les mettre en sécurité. Là encore, tu devras faire attention, et demeurer subtile afin de te protéger. »


Restait à lui trouver un bon nom de code, mais pour cela Elenor avait déjà sa petite idée...
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Lun 20 Juin - 15:42

Meare aurait été bien en peine d’imaginer la réflexion d’Elenor et, si elle avait pu entendre ses mots, elle aurait sans doute rougit de façon impressionnante. Bien qu’elle sache reconnaître la tendresse dans le regard et le sourire de sa cousine, elle ne pouvait imaginer qu’une femme telle que celle qui lui faisait face puisse penser autant de bien d’elle. La Jagharii avait été une forme de modèle, non pas pour son train de vie mais pour sa Volonté, son courage et ses idées. La jeune fille blonde s’était souvent perçue comme l’ombre pâle de la femme brune, plus belle, plus mûre et plus piquante mais, au lieu de laisser la jalousie s’épanouir, elle lui avait voué une admiration sans borne dont était née une fidélité à toutes épreuves. Elle la suivrait, quoiqu’il arrive, et la savoir Dissidente était la plus belle des récompenses et une motivation de plus.

C’est sans doute pourquoi les paroles de son aînée la laissèrent pantoise. Elle se cacha derrière le masque impassible de son visage mais, au fond d’elle, elle était bouleversée. Bouleversée et aussi, étrangement fière … Elle savait que son père l’aimait plus que tout et que sa cousine l’appréciait mais elle ne s’était jamais conçue comme un objet de fierté. Peut-être n’était-elle pas si insignifiante, après tout …
La Dissidente enchaîna et, cette fois-ci, les émotions de Meare jaillir sur son visage sous la forme d’un grand sourire et d’une détermination farouche qui brillait dans ses yeux.
Nous pouvons considérer que tu es des nôtres … La phrase résonnait avec délice dans sa tête et elle y reviendrait souvent, le soir même, une fois blottie sous ses couvertures et la tête remplie de ses futurs exploits.
Quant au compliment, si elle reconnaissait être douce, elle doutait d’être aussi redoutable qu’Elenor le disait. Mais, si les éloges venaient d’elle, elle était toute prête à y croire et à se les approprier.
Je serai redoutable pour nos ennemis …

Elle remua légèrement sur son siège et s’y assit tout à fait, bien plus à l’aise que quelques minutes plus tôt. Imitant sa cousine, elle relâcha sa position, et son dos, droit et gainé jusque là, s’arrondit également. De toutes façons, elle avait déjà perdue de son maintient parfait en s’exprimant puisque ses mains, d’habitude sagement posées sur ses genoux, n’avaient pu s’empêcher de virevolter dans l’air pour accompagner ses mots.

A présent, elle se fichait de ce à quoi elle pouvait bien ressembler ou ce que disait d’elle sa position, ça n’avait aucune importance. N’était importante que la voix douce et ferme, et les mots qu’elle prononçait. Prudence, secret … C’était de son ressort, elle saurait se taire et se protéger. Elle songea à Zylan, à qui il faudrait tout cacher. Ce serait sans doute la tâche la plus ardue. Elle ignorait encore que sa nourrice et amie était l’une des leurs et que, dans quelques jours, elles pourraient se confier l’une à l’autre. Belle de Jour serait de toutes façons au courant mais Meare savait que la confiance qu’elle lui portait ne serait jamais trahie. Après tout, elle avait elle-même largement de quoi faire emprisonner Keesa et celle-ci s’était livrée toute entière à elle, lui portant une confiance sans faille dont, fort heureusement, l’Askarii savait se montrer digne.
Quant à l’Al’Faret, ce mystérieux chef fantôme, la jeune fille doutait de le rencontrer un jour … Un instant, elle laissa son imagination s’emballer, lui prêtant milles traits et milles identités. Peut-être était-il comme elle, un Noble tapis à la cour, attendant son heure ? Ou bien était-ce un bourgeois particulièrement dégourdi ? A son corps défendant, Meare préférait qu’il soit Noble de rang, homme de peu s’étant battu pour faire reconnaître sa valeur. Mais quoiqu’il en soit, il avait suffisamment de Volonté pour que tant d’hommes le suivent et elle serait bientôt l’une d’entre eux.

L’allusion à son nom de code fut une nouvelle source de réflexion. Elenor était Sipik, ce qui, malgré sa prononciation étrange, lui allait plutôt bien, et elle-même allait bientôt être baptisée. C’était sans doute stupide, le patronyme n’ayant que peu d’importance, mais elle brûlait de savoir celui que la Jagharii allait lui offrir. Un nom de code, pour sa nouvelle identité, son double, son ombre, le reflet d’elle-même dont elle pourrait être vraiment fière. Elle n’osa pourtant la presser, attendant en silence le présent tant attendu.
L’excitation de cette nouvelle retomba quelque peu le temps d’intégrer, à nouveau, les dangers qu’elle encourrait. Si une arrestation et une mise à mort étaient effrayantes, la torture les dépassait en tout. Meare était à peine sûre de savoir mourir avec honneur mais elle savait que, face à la douleur, elle n’aurait plus grand chose de sa dignité passée. Sa bouche lui sembla soudain très sèche et elle s’abstint de répondre de peur que sa voix ne soit un peu trop rauque ou tremblante. « La prudence est mère de sûreté » disait le proverbe. Il allait falloir faire sienne cette maxime … D’autant plus que sa proposition de cacher des Dissidents traqués dans sa demeure ne semblait pas être tombée dans l’oreille d’un sourd. La bâtisse s’y prêtait tout à fait, son âge avancé l’ayant dotée de multiples cachettes aujourd’hui inutilisées.

Enfin, sa cousine acheva sa tirade. Meare ne savait que répondre, les informations faisant lentement leur chemin sous son crâne. Elle mettrait sans doute un peu de temps à les assimiler mais elle savait que, même si elle avait tendance à trébucher lors de ses premiers pas, sa détermination faisait qu’elle arrivait le plus souvent à ses fins.

« Je serai digne de la fierté que tu me portes, Elenor. Et je ne serai pas non plus une source de déshonneur pour Sipik. Sans doute aurai-je besoin d’un peu de temps pour devenir ce que l’on attend de moi mais j’y arriverai. Belle de Jour pourra m’aider et j’espère aussi avoir la chance de te revoir ou d’avoir de tes nouvelles. »

Elle marqua une pause, craignant que ses paroles ne soient mal interprétées.

« Non pas que je demande un traitement de faveur mais … Ma cousine me manque … »

Obéissant à un soudain accès de tendresse, elle saisit la main d’Elenor dans la sienne et la serra.

« Tu es la sœur que je n’ai jamais eue … »

Sa voix s’était faite murmure. Elle avait conscience de pouvoir paraître déplacée, les deux femmes étant ici davantage pour parler de Dissidence que de leurs sentiments mais Meare avait le sentiment que ce serait la seule fois où elles seraient aussi proches avant longtemps. Bientôt, Sipik retournait dans l’ombre qu’elle avait faite sienne et l’Askarii resterait seule dans sa demeure, en pleine lumière pour mieux masquer l’ombre qui l’habitait.
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Jeu 7 Juil - 19:14

A la demande de la jeune femme, Elenor se sentie attendrie. C’était comme voir, l’espace d’un instant, le parfait masque de porcelaine de Meare se fissurer et en découvrir un cœur fragile… Il ne se referma pas aussitôt et Elenor effleura instinctivement la joue de sa jeune cousine. « Bien sur, nous serons là pour toi. Je parlerais à Belle de Jour, pour lui transmettre les premières informations te concernant, et je ferais également mon possible. » Une moue un peu gênée effleura alors ses lèvres. « Cela dit, je suis connue dans la Ville Haute, et j’y ai moins d’alliés que dans les Quartiers Militaires, pour m’y glisser en douce sans craindre d’être repérée. » Présentées comme ça, les choses semblaient presque aussi compliquées qu’elles l’étaient dans les faits… Il était clair que dans la Ville Haute, où de lourds soupçons pesaient sur elle, et où les hommes de Xander comme ceux de son père la traquaient toujours, il lui faudrait davantage qu’une tenue sombre et discrète pour ne pas trop y risquer sa peau…

Et pourtant, les mots de la jeune femme avaient de quoi la toucher, et elle avait elle aussi longtemps considéré Meare comme une petite sœur. Tellement plus digne de son sang et de sa noblesse que ne l’était son propre frère. Sa mère était peut-être l’un de ces chainons qu’il valait mieux ne pas trop exposer au grand jour, bien que cette femme ait eu des qualités certaines, mais elle avait engendrée une jeune femme solide, qui avait poussé l’art de prendre sur soi et de travailler sa noblesse avec une grande finesse. Une version rendue subtile des Jagharii… Cette même noblesse, brute comme le roc, affinée, sublimée par une autre lignée qui, quoi qu’assez prestigieuse pour ne rien entacher de ses lettres de noblesse, a su tailler le roc à coup de modestie louable et d’intelligence. Ne pouvant guère affronter ce regard avec aux lèvres un simple refus, fut-il étayé d’une bonne excuse, elle ajouta cependant : « Mais je ne serais jamais très loin, et je ferais de mon mieux pour venir, si l’occasion s’en présente. Cela fait longtemps que je ne suis plus venue chez les Askarii. » Presque aussi longtemps qu’elle n’avait plus mis les pieds chez les Jagharii, d’ailleurs… Après tout, son père la pourchassant à présent comme une lionne qui n’aurait su rester dans sa cage, Meare était la dernière membre de sa famille qu’elle pouvait toujours se permettre de fréquenter. Dissidente, en plus.

« Mais l’heure n’est pas encore à nos retrouvailles, je vais te donner ton nom, puis nous aviserons pour la suite… » Peut-être serait-il sage pour Elenor de la raccompagner ? La jeune femme n’était guère à l’aise dans les Bas Quartiers, et après les mots qui venaient d’être échangés, la faire raccompagner par un intrus semblerait particulièrement déplacé… Elle l’observait, la détaillait, se remémorait tout ce qu’elle savait d’elle, ses qualités, ce qu’elle saurait faire… Et ce nom s’imposa alors… « Les autres devront te connaître sous le nom de Miroir. Mis à part Belle de Jour et moi, ce devra être, dans la mesure du possible, ton seul et unique avatar pour ce qui est de la Dissidence. » Miroir… Ne dit-on pas que l’image qu’ils renvoient est souvent trompeuse ? Y avait-il en Edor Adeï une femme qui semblait plus pure que Meare ? Y avait-il ici bas un éclat plus entier et plus sain d’honneur et de droiture ? Insoupçonnable, trop douce, et trop lisse. Oui, elle était un bon miroir, renvoyant une image erronée, dissimulant derrière ce que l’on souhaitait voir en la croisant tout un mouvement clandestin. « J’espère que cela te conviendra, je ne suis pas une grande professionnelle pour ce qui est de baptiser les gens. » Un clin d’œil complice, puis elle se leva, et écarta légèrement les volets pour regarder au-dehors.

« Il se fait tard, et notre présence ici va commencer à devenir suspecte. Nous devrions partir. » Elle réfléchit encore un instant, elle avait une décision à prendre. Puis à voix basse, elle glissa : « Souhaites-tu que je te raccompagne chez toi ? Les rues ne sont pas sures, et à cette heure tardive, je parviendrais sans doute à me faufiler entre les différents tour de garde… » Ce n’était pas le comportement le plus prudent pour elle, mais sans doute l’était-ce pour la pauvre Meare qui avait déjà frôlé de sérieux ennuis avant qu’elle ne la retrouve. Et après tout, elle était son aînée. Une aînée pour qui la prudence était une chimère depuis longtemps déjà. Elle interrogea silencieusement la jeune femme, dans l’attente de sa décision.
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MessageSujet: Re: Blanche-Noble et les sept pommes Dissidentes   Dim 14 Aoû - 12:03

Meare savait pourtant que sa requête avait peu de chances d’aboutir. Elle ne désirait pas une présence pleine et entière de sa cousine, mais même les quelques entrevues espérées semblaient compromises. Elle vivait dans ce monde, elle en connaissait les pièges et les horreurs tapies dans l’ombre. Mais c’est seulement à cet instant qu’elle prenait tout à fait conscience que ni elle ni les siens n’étaient à l’abri. Elenor risquait sa vie chaque heure, chaque minute qu’elle passait loin des humbles qu’elle avait rejoint. Meare n’ignorait pas l’échec cuisant du Lion : lui-même n’avait pu convaincre son indomptable fille d’épouser le Venarii. Sans aucun remord, la blonde Askarii se réjouissait de cette nouvelle. Elle ne prenait aucun plaisir à savoir son oncle fâché contre sa progéniture et elle craignait même leurs retrouvailles, mais devoir reconnaître Xander comme un membre de sa famille dépassait son seuil de tolérance.

« Ne prends aucun risque pour moi, Elenor. Savoir Sipik en vie es la seule chose que je demande. Je ne veux pas être une source de danger supplémentaire, et je ne peux pas priver la Dissidence d’une femme telle que toi ! »

Elle ignorait la position réelle de la Jagharii dans la hiérarchie de cette armée de l’ombre mais elle ne pouvait l’imaginer simple fantassin. Quelque chose dans son regard et son attitude montrait son attachement et son dévouement profonds aux idées de l’Al’Faret. Si elle n’était pas au sommet de l’organisation, elle ne pouvait en être très éloignée tant ses qualités étaient frappantes. Un instant, Meare songea qu’elle devait le connaître, ce chef mystérieux. Aurait-elle pu abandonner son rang, sa famille et sa richesse pour un inconnu, aussi éloquent et volontaire soit-il ? Mais la question ne franchirait pas ses lèvres ce soir-là. Moins elle en savait, plus elle serait en sécurité et surtout, moins elle représenterait un danger pour sa cousine et la Dissidence. S’il est des gens qui ne supportent pas d’être tenus à l’écart des secrets, Meare n’était pas de ceux-là. Son ignorance resterait pleine et entière le temps qu’il faudrait, elle savait être patiente.

Quelle importance avait les réserves de sa cousine quand elle lui promettait su(elle serait toujours là et, qu’un jour, elle viendrait frapper à sa porte ?

« Tu seras toujours la bienvenue chez ceux qui ont du sang Askarii. »

Meare avait bien trop conscience que sa lignée s’éteindrait sans doute avec elle : à moins que son mari n’en décide autrement, ses fils ne porterait jamais son nom. Mais qu’importe, elle saurait les éduquer dans la dignité assortie au sang qui coulerait dans leurs veines. Elle ne se voyait pas encore avec le ventre rond mais elle ne pouvait s’imagine ne pas le devenir un jour. Elle était à présent Dissidente mais elle savait que, tôt ou tard, il lui faudrait devenir épouse et mère. Tout ce qu’elle pouvait espérer, c’est que cela se produirait après la victoire de l’Al’Faret et la chute des Conseillers …
Ses pensées, aussi joyeuses qu’inquiétantes furent chassés en quelques secondes. Sipik avait repris le pas sur Elenor et avait baptisé la nouvelle Dissidente.

Miroir. Le nom était tombé, non pas lourdement comme une épaisse goutte de pluie, mais plutôt en virevoltant, comme un léger cristal de glace, un flocon de neige magique et frais sur la peau nue de la terre.

Miroir, je suis Miroir.

« Miroir … » Une hésitation, un sourire. « J’aime beaucoup. »

Un miroir. Lisse, froid, beau mais insignifiant. Elle. Un objet de décoration que l’on regarde à peine et devant lequel on passe sans le voir. Elle. Et quand on y plonge le regard, on n’y découvre que ce que l’on veut y voir. Elle était un miroir. Brillant mais un peu fêlé sous la couverture dorée du cadre. Elle serait cette image sans relief qu’on voulait qu’elle soit. Derrière les apparences trompeuses de la glace, elle camouflerait ses pensées et ses actions. Ce miroir serait le rempart infranchissable de ses idées. Elle serait comme eux, comme ses hommes imbus et corrompus, elle leur ressemblerait dans les moindres détails. Mais de l’autre côté du verre poli, elle serait tout autre.

Le miroir … Autrefois son pire ennemi, celui qui ne lui montrait que ce reflet terne et triste d’elle-même. Il devenait à présent son ami, son autre, son intimité.
Elle sourit. Elle s’était appropriée son nom, elle était une Dissidente.

Son visage rayonnant se releva vers sa cousine mais, à son attitude, Meare sut avec certitude que l’entretien touchait à sa fin. Bien qu’elle ait envie de poursuivre cette conversation des heures, elle savait le danger qui les entourait. De toutes façons, cela n’avait plus d’importance : à présent, elle était sûre qu’elles se reverraient !
Elenor proposa de la ramener et la jeune fille hésita. Le souvenir de l’homme qui l’avait agressé n’était pas tout à fait éteint et, même si elle puisait une assurance nouvelle dans son nom de code, elle ne pouvait s’empêcher de frissonner à l’idée d’une mauvaise rencontre. Cependant, elle ne pouvait pas non plus se permettre de mettre Sipik en danger.

« Ce n’est pas la peine que tu me ramènes jusqu’au bout, ce serait trop dangereux pour toi. Peut-être pourrais-tu me raccompagner jusqu’au Quartier Religieux ? Il y a peu de chance que nous y croisions des soldats et, une fois là-bas, je serai à même de faire le chemin seule en toute sécurité. »

Le Quartier Religieux jouxtait en effet celui des Nobles et il demeurait bien plus prudent de le traverser que de s’engager à travers les ruelles parfois sordides des Humbles.
Elenor acquiesça et les deux jeunes femmes quittèrent le havre rassurant de la cachette éclairée. Avec Sipik à ses côtés, Miroir avait le sentiment d’être immortelle. Elles parvinrent sans encombre jusqu’aux limites des deux quartiers et se séparèrent rapidement après une longue embrassade. Rallonger ce moment ne l’aurait rendu que plus difficile.
Sur le chemin du retour, l’Askarii se sentait vide de toutes ses forces et ne pensait qu’au bruit feutré de ses pas. Peu à peu, les rues s’emplirent de passant et elle dut saluer quelques connaissances. Elle était à présent sûre de parvenir chez elle saine et sauve mais, malgré cette constatation rassurante, elle ne pouvait s’empêcher de sentir son cœur se briser à mesure qu’elle s’éloignait du lieu où son avenir tout entier s’était joué.

Elle était Miroir, elle était une Dissidente et plus rien ne pourrait l’empêcher de lutter pour ce qu’elle croyait juste. Plus que jamais, elle sentait couler en elle le sang réuni des Askarii et des Jagharii.
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