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 Tu t'arrêteras un jour de courir

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Charis Sandragil
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MessageSujet: Tu t'arrêteras un jour de courir   Dim 12 Déc - 22:39

    Éléni courut comme une folle, à la suite de la Chasseresse. Elle courut, encore et encore, se faisant distancer à chaque coin de rue. Elle courut sans se préoccuper de sa couverture. Une femme de son élégance et de son statut – oui, Clariz Niorna était une femme délibérément sophistiquée et hautaine, mais elle appartenait à la Haute Bourgeoisie, tout de même – n'avait pas à courir ainsi, mais Éléni savait qu'elle devait faire cette entorse à l'habitude. Toutefois, sa tentative fut totalement inutile. Elle perdit Limna Hirune en quelques minutes.

    Il fallut un très long moment à Éléni pour encaisser le choc – et pour reprendre sa respiration. La peste soit de cette Chasseresse aux longues jambes ! Toutefois, pour la première fois depuis qu'elle avait posé les yeux sur les descendants de Bakarne, Éléni ressentit quelque chose qui ressemblait de loin à de l'admiration. Cette femme était parvenue à lui échapper, non pas par une subtilité qui lui aurait échappé, mais par la force pure. Sa fuite avait été racée : voilà qui n'était guère habituel dans les traques d'Éléni.

    Toutefois, elle n'avait pas de temps à perdre en ébahissement. Il fallait qu'elle la retrouve, et vite. Elle ne serait pas sous l'effet de la stupeur et de la colère éternellement : il convenait de lui parler avant. Éléni réfléchit un instant. Où aurait-elle été, si elle avait été à la place de l'Olarile ? Jamais au repère des Révolutionnaire, ni à aucun endroit connu de la Révolution. Si elle voulait échapper à son amant, seuls de nouveaux lieux pouvaient l'abriter. Quels lieux hors-Révolution Limna Hirune était-elle susceptible de connaître ? Quels endroits pourraient l'abriter ? Éléni réfléchit encore un instant. Puis renonça. Mieux valait la suivre selon ses techniques ordinaires : elles n'avaient jamais échoué. Le cœur d'Éléni battait moins la chamade, et ce fut avec un soupir résigné qu'elle se redressa et épousseta une poussière imaginaire de son épaule. Très bien.

    D'informateur en informateur, de contact en contact, Éléni pista la Chasseresse, le plus rapidement possible. Ses traces étaient quelque peu ardues à suivre, mais la ville était le domaine d'Éléni : elle finit par lui mettre la main dessus.

    La Chasseresse s'était réfugiée dans un lieu tout à fait insolite, dans lequel elle n'aurait jamais pensé la chercher : le Clos des Roses. Quel endroit saugrenu ! À la voir, repliée dans ce qu'elle devinait être ses derniers retranchements, Éléni comprit qu'elle avait bien fait de lui courir derrière. L'occasion se profilait : elle était d'or. Avançant de son pas tranquille et distingué – alors qu'elle bouillait d'excitation – Éléni parvint à sa hauteur. Sans demander son avis à la Chasseresse, elle s'installa face à elle, s'agenouillant souplement, pour se mettre à sa hauteur, mais prête à se relever et à la courser si jamais elle repartait au triple galop. Non, le galop ne convenait pas à l'Olarile. C'était plutôt la démarche féline d'une panthère qu'Éléni avait en tête.

    - C'est donc là que vous étiez ? Vous courez rudement vite.

    Limna Hirune ne bougea pas, mais Éléni comprit qu'elle n'avait plus qu'une poignée de secondes pour la convaincre de ne pas repartir au pas de course. Elle ne sourit pas, mais d'un ton tranquille, elle demanda :

    - Pas envie de voir les pouilleux sur le trône ?

    C'était méprisant, une simple traduction du dédain naturel de Charis Arcarian pour les descendants de Bakarne, alors même que la dénomination englobait la Chasseresse aussi. Pourtant, à la voir habillée à la perfection en Ilédore, Éléni avait la confirmation de ce qu'elle soupçonnait. La Chasseresse voulait fuir les siens, recommencer sa vie, et certainement pas voir les Révolutionnaires l'emporter, maintenant qu'elle avait compris l'objet de leur lutte. Comment amener les mots sans la blesser ? Éléni n'hésita pas longtemps. Elle ne l'insultait pas. Et de toute façon, blessée, Limna Hirune l'était déjà.

    - Ça tombe bien, moi non plus.

    La Chasseresse s'était immobilisée. Éléni comprit qu'elle avait toute son attention. Comme un joueur d'échec joue son tour avec précision, elle assena :

    - Il y a d'autres possibilités. D'autres libertés qui peuvent être offertes.

    Elle ne savait pas si Limna Hirune l'avait identifiée comme étant Éléni, encore moins si elle l'avait remarquée à la réunion des Révolutionnaires. Peu importait, au final. Celle qui se tenait devant elle était Dissidente, et c'était précisément ce point qui pouvait tout changer. De toute manière, Limna Hirune était perdue pour la Révolution. Pourquoi Éléni ne l'aurait-elle pas récupérée pour la Dissidence ? Elle aurait perdu stupidement un atout !

    - Vous n'êtes pas obligée de vous faire oublier, ni de rester seule dans un coin, soit-il aussi joli que celui-ci. Vous pourriez nous aider à faire de cette cité un endroit où il fait bon vivre, loin des descendants de Bakarne. Et je ne parle pas de charité, bien sûr...

    Éléni regarda un instant Limna Hirune. Son discours n'était pas subtil. Il ne se voulait pas comme tel. Elle ne connaissait pas suffisamment l'Olarile, mais il lui semblait qu'aller droit au but était le meilleur moyen de l'aborder. Après, c'était à voir : saisirait-elle la perche qui lui était tendue ?
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Lun 20 Déc - 16:35

Une course effrénée, le souffle court…

Les murs de pierre taillée comme les troncs d’une forêt infinie. Elle ne chasse pas, elle est traquée. Traquée par le souvenir, par des images invasives, venues du passé pour parasiter sa fuite. Ci la forêt et ses troncs denseS, là un piège tendu… Cyclaë, son visage, celui, contrit de haine, de l’homme qui marqua a jamais son visage d’une cicatrice… Lysandre furieuse, la vie fuyant ses lèvres sous les mains du chef qui ne l’épargnât que de justesse… Lis, la belle Lis dans un champ, sous l’effet de l’Ivraie… Kamélie, Nyd, Lis, Lysandre et la disgrâce…

Mithridate et une seconde promesse. Mithridate et une seconde trahison.

La passé devint présent, et elle trébucha légèrement. Depuis combien de temps pleurait-elle ? Des larmes coulaient sur les sillons secs des premières, qui déjà tiraient sur sa peau diaphane. Un cri de dépit et de douleur, elle se mit à tituber et son épaule alla heurter un mur de pierre froide. Elle s’y appuya, quelques secondes, frémissant de toute part, les sourcils froncés sur des yeux fermés. Sa main droite trouva son ventre, à peine rebondi. Sa grossesse était encore pratiquement invisible et pourtant… Pourtant il y avait là-dedans sa fille, une fille pour laquelle elle n’avait pas le droit de les laisser faire… Que deviendrait le sang de Limna Hirune, si les Olarils briguaient le pouvoir ici ? Exil, souffrance, défiance… C’était là tout ce qu’elle obtiendrait. Non, ils ne devaient pas obtenir un tel pouvoir. Jamais.

« Jamais… » Sa voix comme un murmure, tandis que la main gauche rejoignait la droite comme pour étreindre l’enfant à naître. Elle serait forte, elle serait féroce. Elle serait plus intelligente qu’elle, saurait lire… Mais Limna ne se laisserait pas aller. Elle avait quelqu’un pour qui se battre, et si sa fille risquait d’avoir à lutter elle aussi, jamais elle ne pourrait regarder sa mère avec mépris, lui reprochant de ne rien avoir fait pour elle.

Ses yeux trop clairs se relevèrent, et elle remarqua que beaucoup de gens s’étaient arrêtés, intrigués par son état, et posaient sur son ventre un regard curieux. Elle secoua légèrement sa crinière de neige, puis se remit en marche, fendant la foule.
Elle déboula dans une sorte de parc agrémenté de centaines de roses. Un lieu magique, enchanteur.

Elle ralentit le pas dans les allées, après s’être assurée qu’elle était seule. Du bout des doigts, elle effleura deux roses, ici la nature était domptée… Sans doute le seul désavantage qu’offrait cette culture là. Celui de ne plus pouvoir se laisser aller à l’abandon, dans le berceau silencieux de la nature. A présent que Mithridate l’avait trahie, elle était seule, plus personne pour l’étreindre, la réconforter. Limna avait toujours été un être plutôt solitaire, mais elle avait jusque là toujours trouvé dans le cadre la paix que les hommes ne savaient pas donner.

Ces roses étaient magnifiques, mais elles avaient, dans leur disposition et leur aspect dompté, quelque chose d’artificiel.

Elle n’avait pourtant rien de mieux, aussi s’installa-t-elle dans un coin, pour méditer tranquillement.

Elle entendit l’intruse approcher, mais ne bougea pas, concentrée. Elle était à genoux dans l’herbe, les mains reliées sur ses cuisses tendues. Une seconde suffirait, si elle voulait se lever et repartir. D’un bond. Mais elle n’en fit rien, pensant d’abord que la personne en question (une femme, ou un homme très léger) ne devait sans doute qu’être de passage, et qu’elle s’éloignerait tout comme elle était venue ici.

Mais elle n’en fit rien. Pour une raison, déjà, c’était que l’apparence de la femme qui sembla s’intéresser à elle n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait entendu. Grande et élancée, elle aurait du être beaucoup plus lourde que ce que Limna, en excellente pisteuse, avait entendu sur les graviers. Une énigme en soi, soulignée par une certaine étrangeté aux yeux de la chasseresse. Les Ilédors étaient tous un peu particuliers, mais celle-ci les battait tous. Outre l’incohérence de son poids, elle avait une attitude qui en rajoutait une couche.

Les yeux plissés, Limna la regarda s’installer devant elle. Elle l’avait suivie… Elle savait donc… Elle était…

Prête à s’enfuir, Limna banda les muscles de ses jambes et de son dos, mais l’autre repris la parole, et la chasseresse haussa un sourcil circonspect. Limna n’envisagea pas une seconde le fait qu’elle soit incluse dans les Pouilleux en question. C’était vraiment, à présent qu’elle vivait au sein du peuple Ilédor, l’impression qu’elle avait. Elle avait appris à aimer les parfums, fussent-il suaves et sauvages. Elle aimait la douceur et la richesse de leurs étoffes, elle aimait le fait qu’un homme et une femme s’appartiennent sans partage, elle aimait le fait que la connaissance et la culture ne soient pas réservés à l’élite seule, persuadée qu’elle n’aurait pas été si bête, si elle avait grandi ici.

La seule chose qui lui aurait manqué aurait été la forêt, la chasse, les pièges… l’exaltation de la mise à mort…

Elle fronça légèrement le nez, un infime mouvement de recul en attendant que l’autre commence. Si elle se trouvait sur place, alors c’était qu’elle devait être Révolutionnaire… Ce ne pouvait être que cela. A quel jeu jouait-elle ? Voulait-elle la corrompre, la compromettre ? Limna ne répondait rien, peu désireuse d’être traînée en disgrâce par les Ilédors, comme elle l’avait été par les Olarils. Lis l’avait déjà manipulée par le passé, s’était servie d’elle, et elle faisait à présent de son mieux pour que cela ne se reproduise pas.

Et pourtant…

L’autre continuait… elle non plus… Limna plissa les yeux, peinant à la croire. Si le scepticisme avait un visage, alors c’eut été celui-ci, blanc comme le marbre, encadré d’une chevelure de neige et percée de deux yeux trop clairs, quoi qu’assombris par un doute profond.

D’autres possibilités… Réduits à deux fentes, les yeux de Limna lançaient des éclairs. Elle avait certes obtenu son attention, mais se rendait-elle seulement compte que le fauve, loin de ronronner, grognait en sourdine ? Limna flairait l’entourloupe, et c’était une odeur qu’elle abhorrait, à présent. Cela lui rappelait de trop mauvais souvenirs… Des souvenirs coupés d’Ivraie. Elle se concentrait sur sa respiration, retenant toute expression un peu trop évidente de filtrer sur son visage.

Puis l’autre avait fini, semblait-il, sa tirade. Elle avait l’air d’attendre une réaction de sa part.

« Qui êtes-vous et… que me voulez-vous, concrètement ? »

En guise de réflexe, elle porta ses mains sur son ventre aux rondeurs encore discrètes, protection, comme si les mots et le fiel pourraient l’atteindre. Le fauve se braqua légèrement, mais poursuivit néanmoins d’une voix où pointait l’agressivité : « Vous y étiez, je suppose… Alors quel… quel intérêt avez-vous à faire ça ? Si vous êtes au courant pour eux, alors c’est que vous faites partie de la Révolution. Mais aucun Révolutionnaire ne tiendrait un tel discours. » L’autre allait devoir faire attention à sa réponse, car elle avait sous les yeux une Limna proche de l’implosion, tant elle refoulait méfiance, colère et crainte derrière ses yeux livides.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Mar 21 Déc - 22:00

    Elle était enceinte. Limna Hirune est enceinte. La conclusion était évidente, depuis le début, expliquait tout, mais seule la gestuelle insistante de l'Olarile lui fit prendre conscience de ce qu'elle avait manqué. Maintenant qu'elle avait compris, mille détails lui sauteraient sans doute aux yeux pour confirmer cet état. Éléni dut faire un effort pour ne pas lui dire carrément qu'elle lui proposait un foyer pour le petit, mais c'était tout à fait hors sujet. Et elle n'était pas certaine que Limna Hirune ait exactement la fibre maternelle. À moins que son instinct maternel ait la même part que son instinct de chasse ? Elle n'avait pas envie de vérifier.

    Sa rebuffade ne découragea pas Éléni. Son interlocutrice était blessée et par définition sur la défensive. Elle avait négligé les présentations, il fallait y remédier rapidement. Tout en Limna respirait la méfiance, ce qui se traduisait par une lueur farouche au fond de ses yeux. Vestige qu'Éléni attribuait sans doute un peu vite à ses origines sauvages.

    - Je suis Éléni.

    C'était suffisant. Ce qu'elle lui voulait concrètement, elle-même n'en était pas vraiment sûre. Elle avait couru derrière une future Dissidente, mais maintenant, elle était saisie de compassion – et heureusement qu'elle était capable de dissimuler ses émotions, parce qu'elle devinait que Limna Hirune n'était pas femme à supporter la pitié des autres. Elle avait envie de proposer la Dissidence par intérêt, mais aussi parce que c'était une porte de sortie envisageable. C'était mieux que de se retrouver dans les canaux d'Edor Adeï à faire la Joyeuse ! Elle préféra finalement répondre à sa deuxième question.

    - Attendez, ne confondez pas tout, dit-elle d'une voix chantante. Je suis une informatrice.

    C'était une sorte de compromis. Le travail d'Éléni n'était pas d'être dans un camp, c'était de tout savoir. Elle était Révolutionnaire et Dissidente, par un tortueux état de fait qu'elle seule comprenait. Mais avant même d'être le bras droit d'Elandor, elle était Éléni.

    - Je fais mon travail. Et mon travail, c'est de voir que vous allez changer de camp.

    Nul besoin d'être devin pour le savoir. Limna quittait la Révolution, c'était évident. Quel mal à lui souffler une des solutions ? Les Dissidents ne voulaient pas des pouilleux sur le trône, et Limna n'avait pas de telles prétentions. Ils feraient sûrement bon ménage...

    - Vous pourriez aller vers les Conservateurs, mais ça ne vous conviendrait pas, croyez-moi. Il vous reste la Dissidence, qui avec le temps sera plus qu'un choix par défaut.

    Il y eut un infime instant de silence durant lequel Éléni se trouva prétentieuse. Limna Hirune voulait peut-être vivre en paix, loin des intrigues politiques dans lesquelles elle avait été plongée à son arrivée. Que savait-elle réellement de cette Olarile ? Elle n'avait pas mené d'enquête sur elle, parce qu'elle n'aurait jamais cru s'y intéresser. Or, elle n'avait jamais proposé la Dissidence à quelqu'un dont elle ne savait pas grand chose. Et là, elle le faisait, parce que l'occasion était là, et que son instinct lui soufflait qu'elle ne faisait pas erreur. Mais peut-être était-elle en train de répéter ce qui l'avait conduite en Prison ? Non, impossible. Sa proposition était intéressée, oui, mais aussi spontanée, et sans doute un peu irréfléchie. Lentement, Éléni fit machine arrière :

    - Néanmoins, il est peut-être trop tôt pour vous, et pour moi. Le jour où vous saurez clairement ce que vous voulez faire maintenant... appelez-moi.

    Et entretemps, elle déterminerait plus clairement qui était Limna Hirune. Mais pour les événements qui l'intéressaient commençaient à Edor Adeï, soit quelques mois plus tôt. Et durant ces mois, qui somme toute constituaient l'ensemble de sa vie exploitable, Limna avait été Révolutionnaire, ce qui l'incitait à penser qu'elle ferait une bonne recrue – pour peu que des gens comme Elenor Jagharii ne soient pas au courant de son origine Révolutionnaire...
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Ven 31 Déc - 0:49

Eleni.

Elle nota cela dans son esprit. Eleni, elle avait entendu ce nom, mais ne l’avait jamais vue, ni ne pouvait mettre de visage dessus. Elle était une Révolutionnaire en ville, mais elle était… à part. Oui ce devait être cela. Et dans le même temps, elle avait l’intuition que c’était un nom qui serait primordial à l’avenir. Sans quitter sa garde, son regard se fit plus intense et plus fixe, tandis que l’autre poursuivait.

Et elle enchaîna rapidement. Erreur – Informatrice (neutre ?) – Conservateurs – Changement de camp…

Limna cilla, il y avait quelque chose qui la dérangeait, comme l’impression qu’on l’ôtait d’un ruisseau pour la jeter vive dans un torrent violent. L’impression que cette… informatrice manipulait dans ses mains pâles et fines, les mains d’une femme qui ne chasse pas, sa vie et celle de sa fille comme si c’eut été des billes au bout du doigt d’un enfant. Roule dans la nervure du bois, jusqu’à ce qu’un nœud coriace ne t’avale et ne t’engloutisse. Elle se sentait sur la brèche, comme si d’un mot, elle pouvait signer leur mort. Les mots. Mots qu’elle détestait tant. Ce qu’elle ne maîtrisait pas comme un couperet au-dessus de leur tête à toutes deux. Quelle était la clef, pour qui souhaitait se sortir de la meute de loup à pas silencieux ? Quelle était la clef pour une vie saine et paisible ? La fuite, encore ? La honte et l’anonymat ? A moins que son destin ne se situe ailleurs, que c’était sa Volonté qui était éprouvée.

Hésitante, regardant d’un air défiant son interlocutrice, celle-ci réalisa sans doute combien ses questions pouvaient être inattendues, et se proposa de partir et de lui laisser du temps. Mais pour Limna, cela sonnait comme une sentence, voir une menace. Elle avait une chance, elle avait une chance pour sa fille et ce peuple qui l’avait accueillie… ? Mais que pouvait-elle faire, qu’est-ce qui pouvait bien intéresser ces Dissidents, en elle ? Elle n’était qu’une chasseresse ignare dont le seul talent résidait en une capacité d’adaptation hors du commun. Elle qui, chez les siens, était la plus farouche, était ici la plus civilisée, celle qui le mieux s’était fondue dans le paysage.

Elle ne le savait pas encore, mais sa main fusa. Elle saisit brutalement le bras de l’autre, son regard intense planté dans le regard d’Eleni. Elle la trouva malingre sous sa poigne, mais ne s’y attarda pas et tira, l’attirant plus près. Lèvres serrées, il lui fallut du temps pour lâcher : « Non. Je ne veux pas d’eux sur le trône. Ni pour vous, ni pour moi. » Ni pour nous… « Je ne connais pas la Dissidence, mais s’il est une chose que je puis faire pour annihiler leurs chances de réussir… je le ferais. » Pour ma fille, parce que je n’ai pas peur, et que je n’aurais plus jamais peur. Parce qu’elle sera forte et redoutable, et que je veux soutenir son regard et y lire de la fierté.

Elle finit par lâcher Eleni, et jeta un regard furtif sur sa droite. Tout à coup, l’idée d’être entendue l’inquiétait. « Sommes-nous en sécurité, ici ? »

Une seconde, l’idée que ce fut un piège lui traversa l’esprit, mais trop tard, cela faisait longtemps qu’elle ne se contentait plus de mettre les pieds dans le plat, pour s’y rouler gaiement. Une seconde qui fit briller ses yeux livides, mais elle retrouva toute sa contenance et sa posture se redressa, plus digne et plus prudente. La posture d’un félin posé et implacable. Peut-être que ses pas la dirigeraient tout droit dans un gouffre, mais elle n’avait pas le droit de laisser passer cette chance. Dans le pire des cas, elle était encore bien capable de se défendre, et ne craignait en aucune façon d’avoir à en découdre avec qui que ce soit.
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Jeu 3 Fév - 22:49

    Éléni retint à grand peine son mouvement de recul. Elle détestait être touchée par ses interlocuteurs, d’autant plus quand elle était déguisée. La bienséance Ilédore qui voulait que chacun garde ses distances l’aidait beaucoup à éviter de telles situations. Là, le geste de Limna Hirune lui avait fait peur. Elle n’aimait pas se sentir retenue, surtout pas physiquement. Elle se détendit dans la seconde qui suivit, quoique son visage n’ait pas exprimé grand-chose. Les paroles de Limna Hirune étaient exactement celles d’une Dissidente. Éléni avait touché juste. Finalement, elle ferait sa petite enquête sur elle après le recrutement, puisque l’Olarile l’avait arrêtée. Le geste, quoiqu’effrayant de prime abord, était la preuve la plus tangible du futur engagement que choisissait la femme acculée.

    Quand Limna Hirune demanda si elles étaient en sécurité, une seconde fois, Éléni sentit qu’elle aurait dû avoir pitié d’elle, ou du moins se sentir vaguement coupable. Peut-être en aurait-il été ainsi, avant la Prison. Mais Éléni ne pouvait plus se permettre de jouer avec la même nonchalance qu’avant. D’ailleurs, elle ne jouait plus. Limna Hirune ne mentait pas. Son désespoir était trop évident. Éléni non plus ne lui mentait pas, d’ailleurs. Elle faisait mieux : elle la recrutait. Heureusement qu’Éléni n’avait pas eu le temps de faire machine arrière jusqu’au bout. Elle se dégagea, mais ne recula pas, résistant à son envie de s’éloigner de la Chasseresse.

    En sécurité, un Dissident ne l’était jamais totalement. Mais cela, Limna Hirune l’apprendrait plus tard. De toute manière, ça ne pouvait pas être pire que d’être Révolutionnaire. La psychologie la plus élémentaire recommandait d’assurer à la femme pâle qu’elle était en sécurité et qu’elle ne risquait rien, surtout pas en sa compagnie, mais Éléni lut dans ses yeux qu’elle ne la croirait pas. Alors elle n’essaya même pas.

    - Non, nous ne le sommes pas. Mais je peux vous rendre invisible. Vous faufiler là où on ne vous trouvera jamais, parce qu’il est de ces lieux qu’on ne cherche jamais.

    Même si en soi, le Clos des Roses ne risquait pas de devenir un champ de bataille. Elle scruta un instant la Chasseresse. Elle cherchait la sûreté pour son enfant à venir. Un lieu de quiétude. Éléni eut l’impression que si elle parvenait à fournir l’assurance d’un futur protégé – pour les deux – elle gagnerait une Volonté à toute épreuve. Gravement, elle proposa :

    - Et si vous tenez tant que ça à disparaître, je peux convaincre en quelques heures tout Edor Adeï que vous avez trouvé la mort dans une lutte sanglante mais féroce avec un garde du Guet.

    C’était un exemple. Mille autres cas plus plausibles pouvaient être trouvés. Le tout était de savoir quelles étaient les priorités de Limna Hirune. Mais déjà, il ne faisait aucun doute que la Révolutionnaire avait fait place à la Dissidente. Finalement, ces pouilleux n’auraient pas été qu’une plaie…

    - La chose que vous pouvez faire, c’est de rejoindre la Dissidence et leur chef, l’Al’Faret. Votre Volonté, si elle est aussi dure et implacable que vous venez de l’affirmer il y a quelques secondes, suffira amplement.

    Éléni se rendit alors compte que Limna Hirune serait sans doute la seule Dissidente à ne pas vouloir à tout prix connaître l’identité de l’Al’Faret, tant qu’il montait sur le trône à la place d’Arngrim Edorta. Elle précisa rapidement :

    - Ce chef n’est pas un Olaril, mais il doit garder son identité secrète, parce que sa vie est menacée.

    Elle essayait également de simplifier le schéma de la Dissidence. Et puis, de toute façon, les rouages n’étaient pas bien compliqués, c’était seulement la mise en œuvre qui se voulait incompréhensible. C’était vital, d’ailleurs.

    - Vous le savez, il y mille manières de lutter contre le pouvoir. Il reste seulement à voir ce qui vous correspondra le mieux.

    Jusqu’où allait sa haine des Olarils ? Sur quoi parierait-elle pour empêcher ce que les Révolutionnaires espéraient ?
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Mar 8 Fév - 14:32

Eleni parlait beaucoup, pour une personne aussi… étrange. Un flot de paroles, de certitudes, de propositions qui laissèrent Limna secrètement interdite. Se faire passer pour morte ? L’idée l’angoissait : elle était habile pour ce qui était de se rendre invisible, ayant passé l’essentiel de son existence avant les Jeux de Bakarne à de telles occupations. Il allait sans dire, et elle avait pu le constater depuis qu’elle vivait dans cette cité, que se cacher d’ilédors indifférents était beaucoup plus aisé que de se cacher de grands félins féroces et alerte… Mais cela, cette jeune femme ne pouvait le savoir. Elle n’avait même sans doute jamais connu une expérience aussi excitante, troublante que la traque d’un prédateur… que l’idée que l’affrontement recherché pouvait se retourner contre elle, et que sa proie pourrait, si elle y parvenait, se repaître de son chasseur.

Limna frémit avec un certain plaisir, Eleni parlait beaucoup, oui. De Volonté, comment pourrait-elle seulement en manquer ? Les Ilédors pensaient-ils qu’elle les avait attendus pour cela ? A cette idée, un mince sourire étira les lèvres pâles de la chasseresse. Elle quitta les yeux d’Eleni pour regarder alentours, toujours soucieuse de s’assurer de leur discrétion, tout en engrangeant des informations dont elle ignorait la teneur, au fond.

L’Al’Faret était un Ilédor. Très bien, c’était là tout ce qui intéressait Limna au fond. Qu’importait l’homme, tant qu’il ne voulait pas de ses ennemis au pouvoir ? Quelle différence cela ferait au fond, pour elle une fois passés les troubles qui animaient ce peuple ? Elle était jeune, enceinte, et elle n’était personne. Elle ne craignait pas la pauvreté tant il était facile pour elle de s’accommoder de tout… Elle avait cette Volonté qui guidait tout, ici. Et sa fille aurait la même.

« Je ne sais pas si disparaître serait le plus utile, je veux pouvoir regarder le futur en face, et savoir que j’aurais travaillé pour lui. » Pour elle. Elle ne voulait pas raconter à sa fille de quelle manière elle avait disparu dans la nature, couverte par des étrangers. Elle ne voulait pas lui raconter comment elle s’était planquée pour leur offrir un bel avenir. Elle voulait des récit d’action, de courage, de valeur ! Elle ne voulait pas lui donner l’idée d’une Limna félonne et détestable, l’idée que véhiculait ce peuple ridicule qui avait été le sien autrefois. Elle voulait de la grandeur, et du travail. Faisant un effort considérable pour réfléchir à un compromis, elle finit par abandonner, et laisser son regard clair se plonger dans celui d’Eleni. Elles n’étaient pas en sécurité. Elle l’avait dit.

« Que pourrais-je faire pour la… la Dissidence, si je me terrais au fond d’un trou ? Je n’ai jamais battu en retraite, et je ne veux pas commencer aujourd’hui » D’autres femmes auraient sans doute sauté sur l’occasion pour se mettre à l’abri dans de telles circonstances, mais pas elle. Elle se sentait forte malgré sa grossesse, et elle était convaincue que sa fille l’était aussi. Elles affronteraient le monde sans trembler. C’était naïf, imprudent, mais c’était Limna. Elle qui n’était pas une érudite peinait à trouver dans le discours de la jeune femme une cohérence. « Peut-être pourriez-vous m’en dire davantage à l’abri ? » Imprudente, mais pas non plus assez bête pour se jeter dans la gueule du loup.

Quelque chose dans sa physionomie changea, qui indiquait que quoi qu’immobile, elle pourrait partir dans la seconde.
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Charis Sandragil
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Ven 4 Mar - 20:43

    Éléni regarda la Chasseresse. Alors comme ça, il était impossible de réfréner bien longtemps sa nature... Elle le voyait bien au sursaut de fierté de l'Olarile : ses racines reprenaient le dessus. Elle était bien une farouche et démesurément fière fille d'Hésione, comme elles s'appelaient entre elles. C'était comme si soudainement, quelque chose soufflait à Éléni qu'il valait mieux ne pas trop s'approcher des pouilleux. Même s'ils paraissaient acculturés, ils n'étaient jamais que des gens de cet autre peuple. Elle regarda Limna Hirune, en se demandant si elle enseignerait à son enfant les valeurs de son peuple ou si elle la ferait passer pour une parfaite Ilédore. D'ailleurs, le père était peut-être même un Ilédor... Éléni se reprit. Ce n'était pas le moment d'y penser, c'était totalement secondaire. Et puis, elle aurait l'opportunité de vérifier plus tard. Peu importait.

    L'Olarile ne voulait pas se cacher, soit. Eh bien alors, ses déclarations contrastaient férocement avec son attitude. Éléni avait la désagréable impression que son interlocutrice allait prendre la poudre d'escampette sans demander son reste. À chaque seconde, elle paraissait sur le point de déplier ses longues jambes et de repartir à toute vitesse. Elle regarda la jeune femme, sûre que quoi qu'il arrive, elle ne l'emmènerait pas encore dans une plaque, c'était trop tôt. Mais de nouveau, c'était paradoxal, parce que l'Olarile parlait d'une telle manière qu'Éléni avait l'impression qu'elle se battrait jusqu'à la mort pour leur cause. Impossible, à moins de vouer une haine absolument viscérale aux descendants de Bakarne... dire qu'elle ne connaissait la Dissidence que depuis quelques minutes ! Éléni la regarda un instant :

    - Nous serons plus discrètes en terminant cette discussion dans ce lieu improbable qu'en nous dirigeant vers une planque.

    Leur rencontre aurait pu ne jamais exister. Le Clos des Roses était un lieu de détente où tous venaient, puis repartaient. Ce n'était pas comme une planque où tout était fixé et clair, parce qu'entrant dans leur domaine. Ici, elles étaient comme hors des règles, pour une poignée de minutes. Si elles étaient vues, ce n'était pas par les habitués du comptoir, c'était par les familles venues admirer les fleurs ou les amoureux trop occupés à dévorer leur compagnon du regard. Et puis... qui pouvait se targuer de reconnaître Éléni ? Qui pouvait reconnaître une Olarile qui avait passé son temps à se cacher ? Deux anonymes dont le monde se fichait éperdument, voilà ce qu'elles étaient.
    Pensive, Éléni demanda alors :

    - Parlons concrètement, et bien, alors. Vous demandez ce que vous pourriez faire pour la Dissidence.

    Ce n'était pas exactement la façon dont elle l'avait formulé, mais peu importait. Éléni ne voulait pas tirer en longueur leur échange, sentant qu'elle n'aurait pas l'attention de la Chasseresse sur le point de s'enfuir aussi longtemps. Elle glissa doucement :

    - Que pensez-vous pouvoir faire pour la Dissidence ?

    Elles en étaient au point délicat. Éléni ne comptait pas lui révéler, pas maintenant, qu'elle était le bras droit de la Dissidence. Elle s'en tenait à son rôle d'informatrice, et il faudrait lui suggérer une mission intéressante sans mettre en jeu les intérêts de la Révolution. Il était tout bonnement impensable pour la Dissidence de couler la Révolution, du moins c'était ainsi qu'Éléni voyait les choses. C'étaient contre les pouilleux visant le pouvoir qu'ils devaient lutter, et Éléni aurait volontiers envoyé Limna semer la zizanie chez eux, mais elle savait qu'elle voulait leur échapper. Il fallait donc trouver autre chose... Comment proposer quelque chose d'utile – de vraiment utile – sans mettre aucun de ses intérêts en danger ? Elle réfléchit un instant, puis se rendit compte qu'il y avait un moyen de concilier les désirs de la Chasseresse et les objectifs des Dissidents. Si elle l'envoyait tout simplement chez Beltxior ? Éléni savait tout ce qui arrivait entre les murs d'Edor Adeï, mais elle manquait cruellement d'une source fiable dans le camp à l'extérieur de la ville. Et si elle plaçait ce pion tout neuf qu'elle avait été chercher jusqu'au Clos des Roses ? Après tout, c'était pour ça qu'elle avait suivi la Chasseresse... Jouant le jeu d'une réflexion profonde, comme si elle livrait ses pensées à haute voix au fur et à mesure qu'elles s'imposaient à elle, Éléni dit :

    - Je ne sais pas, vous pourriez peut-être... sortir de la ville. Et dire ce que font vraiment ceux qui assiègent Edor Adeï... Ou alors... ah non. Enfin, il faut voir...

    Éléni ne quitta pas son expression de cogitation intense. Qu'allait dire la Chasseresse ?
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Sam 5 Mar - 11:48

Quand l’autre lui refusa un lieu plus couvert pour discuter, cela dérangea Limna. Elle ne se sentait pas en sécurité ainsi à découvert, entourées d’inconnus qui pouvaient tout à fait attacher de l’intérêt à leur conversation… Mais pour cette fois, elle laisserait l’inconnue décider, et quoi que ses yeux se plissèrent, sa position plus raide, Limna ne bougea pas d’un poil.

Elle n’avait pas réellement demandé ce qu’elle pourrait faire pour eux, mais alors qu’Eleni le posait ainsi, c’était tout comme. Limna ne s’attarda pas sur ce fait, et suivit d’un regard intéressé, quoi que méfiant, ce que l’Ilédore avait à dire. Lorsqu’elle lui demanda ce qu’elle pensait pouvoir faire, l’un des fins sourcils blonds s’éleva, haut au-dessus des yeux livides… Cette logique était étrange, rhétorique ? Limna grinça doucement : « Si je vous pose la question, c’est que je n’ai pas de réponse… » Ca lui paraissait logique. Mais bon, c’était sans doute là une coutume une… façon de s’exprimer propre aux Ilédors ? Si Limna devait leur reprocher une chose, c’était sans doute d’être un peu trop verbeux. Elle n’aimait pas parler, ce qui était loin d’être l’apanage des Olarils, qui pépiaient comme dans une basse cour…

Quoi qu’il en soit, nul peuple n’était parfait, et les Ilédors ne faisaient pas exception. Elle n’était pas pour autant du genre à s’étaler en idées et en théorie, et elle n’avait pas l’habilité pour changer cette habitude là. Elle avait grandement conscience de son handicap à ce niveau là, et ça ne datait en rien de leur arrivée dans cette ville somptueuse, mais elle ne s’estimait pas plus stupide qu’une autre. Il était tout à fait possible de lui faire faire des choses sans se perdre dans des jeux de langages inutiles. Limna, si elle ne brillait pas par la clarté de son esprit et de son raisonnement, était une personne efficace, et plutôt que de jouer ainsi avec elle, elle aurait apprécié de voir l’Ilédore saisir sa chance et aller droit au but. Si elles ne risquaient vraiment rien ici, alors, pourquoi prendre dans son explication des chemins si retors ?

Elle eut ensuite l’air de réfléchir, et cette fois Limna ne fut pas dupe, elle jouait la comédie. Passée la crainte, cette fille commençait à l’agacer doucement. Mais surement. Qui était-elle pour se permettre de prendre ainsi son temps et de jouer avec ses nerfs ? Non pas que Limna ne s’estime supérieure à cette… personne… étrange, elle avait appris l’humilité avec la culture et les avancées des Ilédors sur son peuple. Chaque jour, elle apprenait, et aimait davantage cette terre d’asile. Elle n’était néanmoins pas une enfant à qui l’ont fait le jeu de l’adulte soucieux avant de lui offrir, enfin, sa friandise. Et si Limna avait, avec les fauves, une patience inouïe qui faisait pâlir d’envie nombre de chasseresses (ses cousines comprises, impétueuses et fières…) les réserves de patiences avaient tendance à chuter net pour ce qui était de ses relations sociales.

L’autre réfléchit, amorça un début de mission, puis se retira soudain et parût hésiter.

C’en était trop.

« Bon, très bien, j’ai compris. » Elle regarda autour d’elles, le parc était vide. Très bien. Si elle n’était pas la plus intelligente des femmes, elle commençait elle-aussi à s’habituer, à force de les côtoyer, aux relations humaines. A elle de jouer, un peu.

Aussi se leva d’elle sans crier gare, se dépliant de toute sa hauteur avec des gestes lents et souples. Une panthère qui se délasse et s’apprête à repartir en chasse, sans se presser. Mais sans doute Eleni n’avait-elle jamais vu de panthère, et sans doute n’avait-elle-même pas une idée de ce que le grondement qui accompagne les pas du fauve signifie.

« Vous dites parler concrètement, mais à la vérité vous tournez autour du pot, comme une abeille autour d’un bol de miel. Je ne suis pas du miel, et je n’ai pas l’intention de passer l’après-midi à décrypter ainsi vos souhaits. S’il y a quelque chose que je puis faire pour vous, dites-le moi sincèrement, sans cela, je trouverais sans mal une autre personne, capable de m’offrir ce que vous me refusez. » A défaut d’être intelligente, Limna était une traqueuse, et une poseuse de pièges imparable. D’autres sauraient l’apprécier, et à force d’observation, elle trouverait certains de ces… Dissidents pour l’aider à mettre à bas cette Révolution qui l’avait trahie. « Vous n’êtes pas, j’en suis sure, la seule à vouloir la fin de cette Révolution qui s’entiche de mes sauvages de sœurs, aussi trouverais-je bien quelques Ilédors Volontaires et plus clairs dans leurs énoncés. »

Elle avait plus parlé en quelques instants qu’en toute une journée, remarqua-t-elle. A croire qu’elle était bien forcée de se prendre au jeu des discours interminables. Un soupir pour ce constat, et elle termina d’une voix toujours posée, lissant ses vêtements. « A moins, bien sur, que vous ne vous décidiez à me parler clairement et à me dire où vous voulez en venir. »

Au moins était-elle consciente de ses limites… Les discours retors étaient le meilleur moyen de perdre les simples d’esprits… Aussi, les annihiler était tout ce que les simples d’esprits pouvaient tenter pour se préserver de toute manipulation… A défaut de pouvoir, à leur tour, jouer le jeu vicieux de leurs interlocuteurs.

Quoi que les mots laissent transpirer un peu de l’impatience qui la guettait, son corps, lui, bien que tendu, avait à présent adopté des gestes fluides et doux, les gestes posés d’un félin attentif. Elle n’était pas sur le départ, puisque les mots comme les jambes laissaient à la jeune femme l’occasion de se rattraper et d’exprimer, de but en blanc, sa demande, mais comme menace en sourdine était insinué que si elle n’était pas fixée rapidement, elle irait chercher ailleurs ce qu’elle avait pensé trouver chez elle.
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Sam 5 Mar - 14:48

    Il y eut un grand silence, durant lequel Éléni se demanda si Limna Hirune n'était finalement pas tout simplement un peu... lente. Chassez le naturel, il revient au grand galop. Un fossé profond séparait les Ilédors des Olarils, c'était évident. Au début tellement surprise par la répartie qu'elle n'ajouta rien, Éléni se reprit sans trop tarder. Elle aurait cru qu'un être épris de liberté comme une Chasseresse détesterait qu'on lui dicte une conduite à adopter. Apparemment, elle s'était fourvoyée. Éléni serra les poings. Elle avait encore beaucoup à apprendre sur cette culture Olarile. Si un jour le besoin s'en faisait sentir, serait-elle capable de se faire passer pour une Olarile auprès des Olarils ? Elle ne doutait pas de sa réussite face à un Ilédor, mais face à ce peuple rustre et sauvage, y parviendrait-elle ? Éléni repoussa la question. À nouveau, ce n'était absolument pas le moment d'y penser. Elle prendrait des dispositions plus tard à ce propos. Elle regarda tranquillement Limna Hirune et commença lentement à lui répondre.

    - Je ne peux pas deviner à votre place le genre de travail que vous accepterez de faire.

    C'était vrai : c'était à Limna Hirune de fixer la limite jusqu'à laquelle elle acceptait d'aller. Il ne servait à rien de donner des missions à gens incapables de les réaliser, que ce soit par choix ou non. D'ailleurs, Éléni ne pouvait que constater à quel point jouer ne lui convenait plus. Elle n'aimait pas la situation dans laquelle elle s'était mise toute seule, et la vérité qu'elle perçut dans les paroles de Limna Hirune l'agacèrent au plus haut point. La Chasseresse lui donnait envie de rire, mais froidement, pas gentiment. Ses habits d'Ilédore ne seraient jamais qu'un vernis, incapable de dissimuler totalement ce qu'elle était. Et c'était la Dissidence qui était assez bonne pour l'accepter, pas le contraire ! Éléni fut sur le point de céder à la tentation et de tourner les talons, en lui disant un « Débrouillez-vous, alors » bien senti, mais se souvint à temps que c'était elle qui voulait un pion, pas l'inverse. Et Éléni savait parfaitement faire la part entre gâcher stupidement une chance de placer un des leurs dans un endroit clé et sa fierté. D'ailleurs, la Chasseresse s'était levée, sans pour autant partir en courant, comme Éléni s'y était attendue. Il ne lui restait plus que quelques phrases à jeter avant son départ.

    - Mais puisque vous semblez vouloir qu'on vous impose une Volonté...

    Son ton n'était ni mordant, ni méchant, ni méprisant, rien. En fait, elle s'en tenait à une attitude, une gestuelle et un timbre de voix indifférents. Ses traits étaient détendus et calmes. Éléni tenta de ne pas se sentir menacée par la présence de la femme face à elle, mais elle n'aimait définitivement pas sa façon de se comporter. Sans perdre son masque d'impassibilité, elle continua :

    - Je peux vous dire un chemin possible qui à coup sûr plairait aux Dissidents. Sortez d'Edor Adeï, allez voir Beltxior. Ouvrez vos yeux et vos oreilles. Et dites aux Dissidents tout ce qui s'y passe. Je serai le lien entre vous et la Dissidence.

    Le compromis lui plaisait. Si Limna Hirune était prise, il n'y aurait pas de casse. Pour autant qu'elle accepte d'y aller. C'était que rien n'était gagné avec elle... Mais Éléni avait l'impression qu'il y avait comme un quota de mots qu'elle ne pouvait pas dépasser sous peine d'énerver la Chasseresse. Oui, placer quelqu'un chez Beltxior pouvait se révéler payant. En espérant que le lointain cousin des descendants de Bakarne ait suffisamment de puissance et de Volonté pour balayer les pouilleux de la Gérax et leurs revendications sur le trône...
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Dim 6 Mar - 16:58

Non, en effet, Eleni ne pouvait pas décider pour elle… mais il s’agissait moins pour Limna de se faire dicter sa Volonté que de comprendre en quoi consistait ce mouvement qui ne lui évoquait rien. Elle saisit cependant un certain mépris dans les mots, à défaut de le lire sur le visage de la jeune femme. Une chose était sure, elle savait se contrôler, et ne laissait rien transparaître de ses sentiments… Mais les mots, pour une fois, suffisaient. Et pour cause, ce ton, ce fond, ce regard… Limna les connaissait déjà. Ils la rapportaient loin en arrière dans ce bon vieil Arestim. Village honni, peuple abhorré. Rejetée, méprisée, dénigrée… Quelqu’un qui s’opposait à son regard glacial sans vraiment aller au-delà… et pour y trouver quoi, au fond ? Que trouvaient les gens derrière cet ovale pâle et lisse ? Farouche, froide. L’Olarile qui avait sur les mains le sang d’une innocente… Et qui en était malade. Voilà ce que trouvaient les gens derrière ce masque diaphane.

Limna ne voulait pas qu’on lui impose quoi que ce soit, et surtout pas sa Volonté. Mais de toute évidence, s’en remettre à l’avis d’autrui, dans la bouche de son interlocutrice, n’était rien de moins qu’un abandon… C’est qu’elle la connaissait mal, ou qu’elle la testait… Mais dans les deux cas, ça ne lui plaisait pas. Elle avait été accueillie par la Révolution à bras ouverts, avec respect, et dans l’échange. Garin avait été chaleureux avec elle, et l’avait accueillie sous son toit sans émettre la moindre condition… Peut-être était-ce de la naïveté, mais elle avait eu l’impression d’être acceptée pour ce qu’elle était.

Elle n’avait pas cette impression avec Eleni.

Elle plissa un peu plus les yeux, mais écouta néanmoins ce qu’elle avait à dire jusqu’au bout.

S’infiltrer auprès de Beltxior ? Cela aurait pu être intéressant. Espionner… Si seulement elle avait pu emprunter le chemin inverse, la conduisant au plus loin des Olarils plutôt que de s’en approcher ainsi… Mais si c’était là sa meilleure chance de compromettre les chances de la Révolution, alors elle aurait pu s’y résoudre… Si elle avait été considérée avec un minimum de courtoisie, s’entend.

Alors qu’elle gardait à l’œil la jeune femme qui lui faisait face, Limna se posa un certain nombre de questions. Elle trahirait la Révolution, et ces hommes, ces femmes qui l’avaient accueillie pour… ça ? Le plan se valait, et s’il n’était pas un piège comme Limna avait l’habitude d’en faire, trop brute, et trop entière pour jouer à la manipulatrice, elle apprendrait. Elle avait appris certains des us et coutumes de ce peuple, elle apprendrait celui-là, avec le temps. Avec le temps, elle ne serait plus un fauve inculte et brutal… Elle serait plus que cela. Pour Elle.

Elle cilla, chose rare, et sa main droite se posa doucement sur son ventre.

M’aimerais-tu, si tu savais que j’ai courbé l’échine devant cette fille étrange ? Si je laissais autrui me dicter ma Volonté, comme elle dit ?

Elle ne répondit pas, mais au fond, Limna savait. Elle pouvait prendre ce qu’Eleni avait à lui offrir, et en faire sa propre Volonté… Auprès d’un autre. Oui, Limna offrait son aide, elle voulait agir contre ce mouvement, elle en avait la Volonté… Mais pas celle de devenir le vulgaire faire-valoir d’une femme qui la prenait de haut, et n’était pas capable de s’adresser à elle sans emprunter pour cela des chemins retors…

Sa décision prise, Limna braqua son regard neigeux sur celui de son vis-à-vis, puis hocha la tête.

« Je pourrais, mais je ne le ferais pas. Vous rendre des comptes, à vous, n’est pas ma Volonté. »

Elle haussa les épaules.

« Je ne connais pas la Dissidence, mais la Révolution a de nombreux ennemis, cela, j’en suis sure, et j’en trouverais sans doute pour me correspondre davantage. »

Elle ne dit rien de plus, mais réfléchit à toute vitesse. Elle n’avait plus de toit, et ne se voyait pas dormir à la belle étoile ici. Ce n’était pas une forêt, c’était une ville, mal fréquentée, et Limna ne devait plus assurer sa seule sécurité, à présent. Elle frapperait aux portes, se renseignerait, saurait qui est l’ennemi le plus direct de la Révolution, et s’adresserait à cette personne. Quoi qu’il lui en coûte, il y aurait bien une personne qui par-dessus toutes les autres abhorrait le mouvement qu’elle avait quitté.

Peut-être lui faisait-elle face, mais Limna en doutait sérieusement. Si tel était le cas, alors cela faisait longtemps qu’elle en aurait su davantage au sujet de cette fameuse… Dissidence.

Elle hocha la tête, elle commencerait par rejoindre la planque de Garin pour y récupérer ses maigres effets. Parmi eux quelques pierres, et quelques plats… Ces choses là ouvriraient les bouches. Puis elle se mettrait en quête de cet ennemi, le trouverait, et ferait affaire avec lui.

« Passez une bonne journée, d’autres feront pour vous ce que vous demandez. »

Puis elle s’en fut d’un pas plus tranquille, rasséréné. Elle savait ce qu’elle avait à faire, un piège se mettrait en place.

Et Elle n’aurait pas honte d’être sa fille.
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MessageSujet: Re: Tu t'arrêteras un jour de courir   Jeu 10 Mar - 18:02

    Éléni écouta les réponses de Limna Hirune sans broncher. Elle encaissa son refus sans trahir une seule fois son dépit. Elle mesurait l’ampleur du fossé entre Olarils et Ilédors. Décidément, ils ne réfléchissaient pas comme eux. Leur culture lui sembla d’autant plus impénétrable que cette femme lui paraissait ignorante. Toutefois, il y avait un point sur lequel elle avait raison : la Révolution avait de nombreux ennemis. Et il n’était pas difficile de prévoir la prochaine étape de la chasseresse. Cette stupide Olarile déçue par les siens allait courir se jeter dans les bras des Conservateurs. Éléni ne se sentait même pas coupable de ne pas être parvenue à lui faire voir l’intérêt de la Dissidence. Aurait-ce été une Ilédore, elle aurait sans doute tenté une nouvelle approche, mais les derniers mois lui avaient appris plusieurs choses. Déjà, il ne fallait pas faire confiance aux Olarils, et surtout pas se placer dans une situation difficile à cause d’eux. Ensuite venait une longue liste de raisons très valables sur les dangers de fréquenter ces... descendants de Bakarne - qui devait se retourner dans sa tombe, le pauvre. Éléni hocha vaguement la tête, se contenta d’écarter les bras en un signe de fatalité et répondit poliment :

    - Bonne journée, Limna Hirune.

    Profitez bien du soleil d’Edor Adeï. Elle regarda la femme s’éloigner dignement et secoua un instant la tête. Mauvaise réponse, Olarile. La décision d’Éléni était prise. Il était hors de question de voir cette femme lutter pour les Conservateurs. Éléni avait tenté de la recruter pour la Dissidence en espérant en faire un pion utile - un pouilleux à leur service, il y avait tout de même là du matériel exploitable - mais devant l’échec de sa tentative - qui au final n’était pas plus mal, parce qu’elle n’aurait pas donné cher de sa peau si quelqu’un comme Elenor était venu à apprendre l’intégration de Limna Hirune au mouvement - elle n’avait plus qu’une option. Elle ne laisserait pas une nouvelle ennemie se dresser face à la Dissidence. Limna Hirune ne réaliserait sans doute jamais l’erreur qu’elle venait de commettre, mais peu importait.

    Tranquillement, Éléni quitta le Clos des Roses. Elle dirigea ses pas vers une de ses planques - en se félicitant de ne pas y avoir amené l’étrangère. Elle y changea d’apparence sans vraiment travailler le résultat final. Elle se contenta de dégrader l’image de Clariz Niorna jusqu’à devenir une mégère des bas quartiers, que tout le monde appelait mam’Cla. Éléni savait parfaitement qui contacter. Ses derniers contacts avec Ruben Gasseï n’ayant pas été des plus concluants, elle préféra s’adresser à quelqu’un d’autre. Elle finit par se retrouver dans une salle de Jeu clandestine, à discuter vulgairement de la Conseillère Morte, Vanhilde Tehanii, qui devait être frigide à en mourir. Elle savait pertinemment qu’il était l’assassin dont elle avait besoin, mais il savait qu’Éléni n’était jamais réticente à payer quelques verres avant de faire ses demandes et il en profitait outrageusement. Quand enfin son interlocuteur daigna écouter sa nouvelle mission, Éléni déposa une somme d’argent considérable sur la table. Ses mots étaient clairs et précis.

    - Limna Hirune. C’est une Olarile qui va bientôt basculer chez les riches. C’est une sauvage qui fait partie du clan de celles qui chassent, il faut être prudent. N’y va pas seul.

    La réponse de son vis-à-vis fut des plus éloquentes. Il eut un sourire goguenard, et fit le geste de se trancher la gorge avec son pouce. Éléni acquiesça et se leva pour quitter l’endroit. Au moment où elle se retrouvait à l’air libre, elle eut une dernière pensée pour l’Olarile : Pas de chance... Ton enfant ne verra jamais le jour. Et sans plus de considérations, elle chassa Limna Hirune de son esprit.
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