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 On demande un Médecin à l'accueil

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: On demande un Médecin à l'accueil   Lun 4 Oct - 21:39

« Bordel de merde ! » Le juron, assorti d’une quinte de toux, moucheta le mur de pierre d’une traînée de sang. Elle s’y appuya de la main gauche, glissa, et manqua de tomber. Dans son dos, elle entendit du bruit. « Fils de putain. »

Sa voix comme un grognement, elle reprit son souffle, puis s’élança de nouveau. Entaillée profondément à l’épaule, elle avait surtout pris un coup violent dans les côtés et avait, sous le choc, craché un peu de sang. Ou bien était-ce sa lèvre fendue ? Elle n’en avait, honnêtement, rien à faire. Tout ce qui l’intéressait, c’était courir et se mettre à l’abri au plus vite. Il n’y avait pas de planque assez près, et avec les casseroles qu’elle se traînait, en choisir une aurait signifié la vendre à l’ennemi. Lequel ennemi se trouvait être une milice Conservatrice.

Bon sang, ce n’était même pas après eux qu’elle en avait… Elle était en fait allée descendre un indic qui jouait double jeu, et qui avait vendu certaines de leurs infos à la Révolution. Un menuisier qu’elle avait trouvé seul dans son atelier. Le bas du visage masqué, elle s’y était introduite et avait tenté une approche discrète… Ce qui fut un échec cuisant. Qu’à cela ne tienne, elle était là pour mettre un terme assez… radical à ce petit jeu. Elle avait donc voulu entrer dans la partie, mais il se trouvait que l’autre n’avait pas vraiment eu envie de se laisser punir sans sourciller, et il avait eu l’ingénieuse idée d’appeler au Guet.
Oh, il avait finit par fermer sa grande gueule (bon, il fallait bien admettre qu’une dague pour traverser son cou musculeux, ça aide) mais le mal était fait, et Sipik n’avait pas pu faire deux pas au-dehors qu’elle avait sur les talons l’une de ces foutues milices spécialement dépêchée pour ce type d’occasion. Ce bâtard ne se contentait donc pas de livrer leurs informations à la Révolution…

Elle courait à perdre haleine, pourtant à bout de forces. Elle était plus endurante que cela, normalement, mais la petite flèche qui s’était plantée à l’arrière de sa cuisse, et qui dégageait une puissante odeur (du poison ?) n’était sans doute pas étrangère à cette faiblesse inhabituelle. Arrivée au Canaux, elle prit brusquement à droite, à l’abri des regards, et courut encore un peu. Atteignant finalement un pont sous lequel elle pourrait rester quelque temps, histoire que tout cela se tasse un peu. Elle espérait commencer à se retaper tranquillement, avant de rentrer, une fois hors de danger, pour se laver plus minutieusement et nettoyer toutes ces plaies. Les coupures, les éraflures et autres lésions internes ne l’inquiétaient pas outre mesure (elle en avait vu d’autres, quoi que jusque là elle se soit préservée de toute cicatrice) mais elle était en revanche inquiète pour sa jambe. Elle n’avait pas la moindre expérience pour ce qui était des poisons, et si celui-ci n’avait pas l’air extrêmement puissant, elle ne savait pas si elle risquait d’y rester ou pas. Il l’avait tout de même bien amochée, et s’il avait fallut un bon moment pour qu’elle ne se sente défaillir le choc l’avait néanmoins bien déstabilisée. Une arme de lâche.

Du bruit l’alerta, tout près. Etouffant une nouvelle quinte de toux, elle remonta son masque sur son menton et ses lèvres, étouffant ainsi le bruit de sa respiration sifflante. Un grognement de douleur et elle étendit sa jambe devant elle. Le mouvement fut douloureux, comme si une main glaciale tétanisait sa cuisse. Elle le força néanmoins, cambrée par la douleur. Après l’avoir empoignée, elle retira la fléchette d’un geste sec, sans compassion pour le muscle qui souffrit de ce retrait un peu… barbare. Cette saloperie était fichtrement petite ! La plaie n’allait pas mettre longtemps à cicatriser, et si le produit qui courait déjà dans ses veines était rapidement neutralisé, elle était sure de s’en sortir dans de très bons délais.

Mais elle ne s’en sortirait pas seule, cette fois. Après avoir dessiné dans son esprit la carte des alentours, elle réalisa qu’elle était tout près du Ceste. Un instant, elle songea à s’y réfugier, mais elle évitait au maximum Sieben depuis son départ, et elle ne voulait pas ramper chez lui en quête d’aide et de soutien après ce qu’elle avait fait. La séparation était toujours douloureuse, quoi qu’elle ait commencé à faire le deuil de sa vie d’avant. Elle imaginait ce qu’il en était pour lui… Peut-être même s’en était-il remis, peut-être avait-il fait sa vie avec quelqu’un d’autre…

C’eut été encore pire. Le voir avec une autre femme l’aurait plongée dans une colère noire…

Mais près du Ceste, il y avait aussi la vieille Guérisseuse et la petite Lell Llueryin.

Parfait.

Après s’être assurée d’être bien seule, Sipik finit par se lever et claudiqua péniblement en suivant scrupuleusement les ombres offertes par les renfoncements. Ainsi franchit-elle les rues, les écluses, jusqu’à se retrouver devant la boutique de la vieille Guérisseuse. Grand-Mère, comme disait Lan.

Grand-Mère était une femme de confiance et il lui avait déjà dit qu’en cas de pépin, elle offrait un bon abris, et des soins précieux. C’est donc sans trop hésiter qu’Elenor pénétra dans son petit cabinet. Il était ouvert, et s’il ne l’était pas c’était que la porte n’était pas bien difficile à enfoncer. Elle perdait ses moyens : Sa jambe raide supportait son poids, mais elle sentait petit à petit la tétanie s’emparer du membre, puis du dos… Elle suivait, en fait, la circulation sanguine. Après un coup d’œil alentours, qui se trouva être particulièrement inutile compte tenu du fait que sa vue se troublait à vue d’œil (c’était le cas de le dire) Elenor s’avança en titubant, porte branlante dans son dos, jusqu’à un comptoir auquel elle s’appuya lourdement, sur le point de s’effondrer. Elle était toujours masquée, vêtue de gris et de noir simples et passe partout. Vêtements près du corps pour ne pas l’handicaper… Elle avait abandonné son arme sur place, dans la panique, et gardait ses tatouages bien cachés sous la chemise à col haut.

Du bruit… Incapable de le situer dans l’espace, tant elle était désorientée, Elenor voulut tourner sur elle-même… pour tomber, et se rattraper de justesse à quelque chose de mou et de chaud.

« Grand-mère… ? » Elle fronça les sourcils : il n’y avait pas de blanc, et la poigne était ferme et solide. « Lell. Therdone soit loué c’est toi… Aide-moi… Derrière » Autrement dit, elle ne devait pas rester ainsi à la vue de tous. Se sentant sur le point de s’asphyxier, Elenor tira sur son masque qui devint un simple foulard. Ses longs cheveux noirs étaient strictement serrés en un catogan qui pendait mollement dans sa nuque. Pour l’instant, elle tenait encore vaguement sur ses jambes, mais ça ne durerait pas. Elle ignorait quelle était cette cochonnerie dont on avait enduit la fléchette, mais si Lell en trouvait la composition, elle la réutiliserait pour sur !

D’une main hésitante, elle palpa la pochette qui pendait à sa large ceinture de cuir bouilli : Elle avait récupéré l’arme du crime, et se félicita de la trouver bien sagement là où elle l’avait mise. Ainsi, peut-être pourraient-elles l’aider.


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Lell Llureyin
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 12 Oct - 21:06

« Saloperie !! » Réprimant un cri de douleur, Lell appuya davantage la compresse sur son avant-bras gauche et presque aussitôt la souffrance se calma, apaisée par le cataplasme qu’elle venait de préparer. Elle souleva le pansement et ne put réprimer une grimace devant l’état de son bras : la chair commençait à virer au noir mais les écorchures étaient néanmoins propres. C’était loin d’être esthétique mais après tout, elle l’avait plutôt mérité. Deux mois à négliger son entraînement, et voilà le résultat : position incorrecte, la corde de l’arc ne l’avait pas ratée et ce, plusieurs fois de suite…
Enfin, elle avait beaucoup à faire, et rester à contempler son bras meurtrit ne ferait pas avancer les choses. Aussi gagna-t-elle le comptoir de la boutique tout en entourant la compresse d’un épais bandage destiné à la maintenir en place. Cela suffirait pour le moment…
La veille, Grand-Mère était rentrée avec plusieurs caisses de diverses plantes devant renouveler leur stock qui commençait sérieusement à baisser. Devant la diversité des herbes obtenues, Lell s’était posé quelques questions, soupçonnant la vieille dame de s’approvisionner au marché noir. Certaines de ces plantes se trouvaient être en totale rupture de stock depuis presque le début du siège. Malgré l’illégalité d’une telle chose, la jeune femme se réjouissait de voir réapparaître ces herbes bien utiles dans le traitement des maux qui commençaient à frapper la cité. Avec le confinement et l’impossibilité de sortir, certaines maladies commençaient à devenir monnaie courante et leur traitement plus ardu face à la pénurie provoquée par le siège des Révolutionnaires.
Son travail du jour consistait donc à trier, vérifier et ranger les plantes à leur place puis préparer quelques remèdes à l’avance, ce qui risquait de lui prendre au moins la journée, si ce n’est aussi celle du lendemain.


Soufflant de fatigue, Lell s’autorisa une petite pause. Elle travaillait sans relâche depuis son arrivée à la boutique et s’y était tant absorbée qu’elle n’avait pas vu l’heure du repas passer.
Dotée d’un sixième sens hors du commun, Caili se leva en s’étirant puis trottina derrière sa maîtresse, tout en se léchant exagérément les babines.

« Non non. N’exagère pas toi ! Tu as déjà eu à manger, pas moi ! Allez, file ! »

Et appliquant son principe de l’oreille sélective, la chienne s’assit devant sa maîtresse, la regardant faire tandis qu’elle se découpait un peu de pain et de fromage. Mi-grondant, mi-riant, Lell réprimanda la chienne qui tout en faisant semblant de ne rien entendre, s’évertuait à lui faire les yeux doux en prenant un air suppliant dans le but d’obtenir un morceau de fromage. Ce qu’elle finit d’ailleurs par avoir…

« Tssss ! On se demande bien qui t’as éduquée toi ! Tu n’écoutes rien et n’en fais qu’à ta tête. Et non tu n’en auras pas plus. Vilain chien ! »

Et détournant la tête pour échapper au regard larmoyant de la quémandeuse, Lell savoura son encas bien mérité, tout en se demandant où pouvait encore être partie Grand-Mère. Non pas qu’elle se lassait de tenir la boutique… mais la curiosité commençait à se faire forte et elle n’osait pas lui demander directement le compte rendu de ses journées, sachant pertinemment que la vieille femme n’accepterait pas une telle indiscrétion. Elle tenait à une certaine indépendance et à ses secrets…

Elle fut brusquement interrompue dans ses pensées par le grognement sourd qui montait de la gorge de Caili. Il se passait quelque chose d’anormal… Le carillon de la porte sonna laissant entrer une personne à la démarche incertaine. Ramassant le couteau dont elle s’était servie pour couper le pain, elle se leva silencieusement et gagna l’entrée de l’arrière boutique.
Une personne masquée et vêtue de sombre se tenait debout dans la boutique, plus pour très longtemps à en juger par son air hagard et sa démarche incertaine. La silhouette lui était familière, mais Lell hésitait sur la conduite à tenir face à un tel individu. Jusqu’à ce qu’elle repère le sang suintant de la cuisse. Alors elle lâcha son arme improvisée et s’approcha de l’inconnu qui l’entendant approcher, lui tomba littéralement dans les bras.

« Lell. Therdone soit loué c’est toi… Aide-moi… Derrière »

Cette voix… « Elenor ? »
La réponse fut donnée lorsque l’inconnue tomba le masque et révéla son visage. Il s’agissait bien d’Elenor Jagharii, mais que faisait-elle ici dans cet état ?
Le corps dans ses bras se fit plus lourd, et ravalant ses questions, Lell aida son ancien capitaine aux jambes vacillantes à gagner l’arrière boutique puis la pièce adjacente où un lit l’attendait. Jetée dedans plus que posée, elle réussit à l’aliter correctement tandis que la raideur semblait gagner les membres de la visiteuse. Une raideur plutôt anormale d’ailleurs…

« Que s’est-il passé ? »

Avisant la pochette qu’Elenor avait palpée à son arrivée, Lell l’ouvrit et avisa de son contenu. Elle contenait une simple fléchette pleine de sang mais dont l’odeur caractéristique piqua les narines de la jeune fille.

« Vous avez de la chance, un simple paralysant. Conçu pour agir quasiment immédiatement afin de stopper la proie… ou le criminel en fuite. C’est surtout le guet qui l’utilise… »

Posant l’objet dans une coupelle, la guérisseuse quitta sa patiente et revint quelques instants plus tard avec le nécessaire pour s’occuper de la blessure à la cuisse.

« Ne vous inquiétez pas pour le paralysant, votre vie n’est pas en danger à cause de lui. J’essaierai de préparer quelque chose tout à l’heure pour faire disparaître les effets, bien que ça se fasse tout seul en quelques heures. Mais je dois d’abord m’occuper de la cuisse, la blessure est sérieuse. Prenez ça, ça atténuera la douleur pendant que je réparerai les dégâts. »

Entre le désinfectant, et la couture qui suivrait, elle aurait bien besoin d’un calmant. Enfin, le mieux était de la faire parler pour éviter qu’elle se focalise exclusivement sur sa cuisse. Et répétant sa première question...

« Alors, que s’est-il passé ? On dirait que vous avez eu affaire au guet ? »


Dernière édition par Lell Llureyin le Mer 24 Nov - 20:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Sam 23 Oct - 12:58

Elle l’avait reconnue. Tant mieux. Lorsqu’elle atterrit dans le lit sans ménagements, elle en eut le souffle coupé, mais n’arrivait de toute façon pratiquement plus à se cambrer. Aussi resta-t-elle allongée, concentrée sur sa respiration qui se faisait pénible, mais ne la menaçait pas encore d’étouffement. Elle sentait, de seconde en seconde, la paralysie la gagner. Ses pieds, une fois allongée, perdirent toute capacité de mouvement en quelques secondes à peine. Elle avait raison, la paralysie progressait à toute vitesse.

Pour preuve, elle n’avait pratiquement pas senti Lell ouvrir sa pochette pour en extirper la fléchette. Elle ne s’en avisa qu’en voyait la jeune femme l’observer avec attention. Tant mieux, une chose de moins à expliquer. Dans son état ce n’était pas du luxe. Lorsque l’explication tomba, Elenor ne put réprimer un léger rire sarcastique qui s’acheva en quinte de toux. Et une seconde chose qu’elle n’aurait pas à développer.

Foutu Guet. Elle avait deviné, d’ailleurs, puisque ce fut la première chose dont elle lui parla. Les mots de Lell résonnaient quelque peu à ses oreilles. Comme entendus dans une petite pièce aux épais murs de pierre. Comme si elle se trouvait loin, et que sa voix devait rebondir dans un long couloir, avant de lui parvenir. Pourtant, ses yeux la voyaient juste à côté. Une forme rendue floue par le contre coup, mais réconfortante. Familière. Il ne restait plus à Elenor tant de personnes familières sur lesquelles se reposer, mais Lell en faisait partie. Elle avait pour elle une affection différente de celle qu’elle nourrissait pour Eleni. Elle la connaissait beaucoup moins, mais il y avait entre la jeune guérisseuse et elle une sorte de similitude qui lui donnait l’impression de se confier à une Elenor plus jeune, et encore vierge. Vierge de rage, de désillusions et de trahison. Une Elenor qui aurait pu s’épanouir dans un domaine dans lequel elle excellait.

A quoi cela tenait-il ? Sans doute pas grand-chose. Le tatouage de la jeune femme qu’elle avait aperçu à l’armée et qui les avait poussées à discuter, les conflits que son service avait engendrés : Elenor, de par son choix de frayer avec les soldats plutôt qu’avec les stratèges, avait essuyé au départ peut-être autant d’hostilité que l’étrange fille aux yeux vairons. C’était aussi sans doute pour cela qu’Elenor avait prit plaisir à botter des derrières pour elle…

Pour cela que, quand bien même elles ne s’étaient fréquentées que sur une très courte période, et avec parcimonie, Elenor avait la certitude qu’elle pouvait lui faire confiance. Ce n’était peut-être pas très prudent, mais il y avait certaines relations qui tombaient pour ainsi dire sous le sens. Lell en faisait partie. Lorsqu’elle lui parla du Guet, Elenor ne s’en émut donc pas plus que cela, s’efforçant de donner à son visage épuisé un minimum de consistance.

La jeune femme disparut, et Elenor coupa court à tout effort, retombant avec une certaine lourdeur sur l’oreiller. Un profond soupir, puis elle la vit reparaître à ses côtés. Elle la suivit d’un regard malléable, puis haussa un sourcil lorsqu’elle lui expliqua ce qui allait se passer. Bon, c’était une bonne chose. Un effet provisoire, quelques heures… Ca ne l’étonnait pas plus que cela en fait : elle connaissait le Guet d’assez près pour les savoir adeptes des tenailles et autres fers chauffés à blanc. Une victime amorphe et inconsciente est moins loquace et… une distraction moins amusante. Elle aurait donc tout aussi bien pu passer quelques heures étendue sous un pont, à attendre que les effets ne s’estompent… Mais elle se sentait plus en sécurité ici, et quand bien même sa présence pouvait compromettre celle qui avait été sa jeune protégée, elle ne regrettait pas son choix. Elle allait s’occuper de sa cuisse, donc… Une moue dégoûtée sur les lèvres, elle releva la tête et but une gorgée de la substance suintante et particulièrement répugnante qui lui fut présentée. Depuis son accident et l’abyme dans lequel il l’avait plongée, elle était réticente à ingurgiter ce genre de médecine. C’était aussi pour cela qu’elle refusa net d’en boire une gorgée de plus. Le goût infâme mis à part, elle préférait encore sentir la douleur de sa cuisse que de replonger dans ce monde duquel il avait été si difficile de s’extraire. Mais Lell ne l’avait pas vue à l’époque, et ne pouvait pas savoir.

Elle voulut remonter sa cuisse pour lui faciliter la tâche, mais en fut incapable. Après un grognement de dépit, elle reporta sur la jeune femme son attention. Qu’avait-elle bien pu avoir à faire avec le Guet, hen ?

Un mince sourire étira ses lèvres.

« Voyons, Lell, tu sais bien que je ne peux pas te raconter en détail la raison qui a poussé cette petite fléchette à se planter dans ma cuisse… » Sa voix était ronronnante, soufflée en son sourire. Elle eut alors un geste vague, raide, qui aurait du être un haussement d’épaule tandis que ses yeux passablement inquiets suivaient avec attention ses préparatifs. Elle ajouta cependant, dans le soucis de ne pas la froisser sans doute : « Même un… même un dissident y risquerait sa peau, si je le lui racontais… »

Elle déglutit devant les outils. Elle n’avait jamais eu peur de suturer, cautériser ou quoi que ce soit. Mais sur les autres, c’était toujours beaucoup mieux. Et à présent qu’elle avait sur sa cuisse une bonne vue, à travers le pantalon déchiré, elle sentait qu’elle allait passer un très sale moment. Juste au-dessus de la cuissarde. Un peu plus, et la fléchette aurait été arrêtée par le cuir solide. Elle soupira, consciente qu’il valait mieux parler que de se focaliser sur sa plaie…

« Disons que je… que je suis tombée dans un piège grossier. » Un ricanement sarcastique. « Après tous ceux que je leur ai tendus, j’ai presque envie de dire que c’est de bonne guerre. » Puis elle ferma les yeux, à la vue des mains de Lell approchant de la chair à vif. Renvoyant en arrière son visage sur un rictus étranglé, elle se contint ainsi. Ses membres étaient peut-être engourdis, mais elle avait comme l’impression que cela n’en rendait la plaie que plus cuisante encore, comme si elle seule existait et vivait en dessous de sa poitrine. Sans un son, le visage fermé, elle reporta son regard sur elle. Elenor n’était pas une midinette, et elle n’avait jamais eu peur de la souffrance. Du moins plus depuis son accident. Une main en bouillie, os et chair mêlés à l’air libre, et opérée en partie éveillée, ça, c’était l’enfer. Ce que Lell s’apprêtait à faire à côté, c’était la routine. Une expression rude sur ses pommettes hautes et ses yeux noirs brûlants de trop se maîtriser, elle desserra alors les dents.

« J’espère que ma présence ne t’attirera pas trop d’ennuis. Tu n’imagines pas combien le service que tu me rends est grand… Et dangereux. » Ses yeux quittèrent la chair en bouillie qu’elle pratiquait avec une agilité qu’elle n’aurait pas osé soupçonner d’une guérisseuse si jeune pour gagner son visage concentrer. « Tu es très douée, Lell. »

Un compliment, sincère de surcroît, n’était pas cher payé pour avoir non seulement trouvé un abri le temps de retrouver pleine possession de ses moyens, mais aussi des soins qui la préserveraient sans doute de suites peu enviables.

A la faveur d’un accro du tissu dans sa cuisse, elle émit une sorte de sifflement étranglé, qu’elle maîtrisa en serrant les dents de plus belle.
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Lun 8 Nov - 19:02

La plaie n’était pas trop profonde, et seuls les tissus superficiels se trouvaient endommagés. Une chance qu’en retirant la fléchette Elenor ne se soit pas coupé un vaisseau important… Au moins la blessure était-elle nette malgré les chairs déchirées, Lell n’aurait pas trop de mal à recoudre le tout proprement. Quant à la blessée, elle allait souffrir mais la connaissant, son capitaine ne tournerait pas de l’œil pour si peu.
Alors elle se mit à la tâche. L’aiguille perça la chair et malgré la drogue circulant dans son sang, elle sentit la peau d’Elenor frémir sous ses doigts. Bien, c’était une bonne chose qu’elle reste ainsi sensible à la douleur. Heureusement la déchirure n’était pas très étendue, cela ne durerait pas trop longtemps, enfin… tout était relatif !

« Même un… même un dissident y risquerait sa peau, si je le lui racontais… »

Un… dissident ?
Elle faillit planter l’aiguille de travers mais put rétablir son geste avant l’irréparable. La dissidence… Pourquoi ce simple mot résonnait-il avec tant de promesses à ses oreilles ? Sa simple évocation suffisait à la rendre toute ouïe. Et pourtant peu de gens en parlaient si ouvertement. S’il n’y avait eu Grand-Mère, peut être n’aurait elle d’ailleurs jamais pris l’ampleur de ce mouvement clandestin.
La dissidence… Il y avait tant de choses qu’elle aurait voulu demander dont une qui se dressait en tête de liste, un espoir inavoué depuis deux mois…
Mais cela allait devoir attendre. L’heure n’était pas aux pensées folles mais à la concentration alors la jeune guérisseuse rangea ses idées tournoyantes dans un coin de sa tête et se remit à sa tâche, non sans garder une oreille tournée vers la Jagharii et ses paroles. Il lui restait encore la moitié de la plaie à refermer avant de pouvoir faire quoi que soit d’autre.

Au moins n’avait-elle plus à craindre pour la vie de son ancien capitaine. Le précédent homme avait eu moins de chance qu’elle. L’année précédente, lorsque le Guet se mit à employer une drogue paralysante pour stopper les criminels en fuite, le dosage n’était pas le même et le pauvre bougre s’était écroulé à deux rues d’ici, incapable de respirer. Le poison avait été tellement efficace qu’il avait paralysé les muscles respiratoires. On avait dépêché Grand-Mère jusqu’à lui et il fut presque trop tard pour le sauver, quelques minutes de plus et elle n’aurait rien pu faire pour lui. L’homme garda d’ailleurs des séquelles de cette arrestation : difficulté respiratoire et paralysie partielle de la jambe gauche.
Grand-Mère n’avait rien dit, mais son regard était davantage éloquent. Elle conseilla simplement aux gardes de revoir leur dosage s’il voulait avoir des prisonniers à interroger. Elle était ensuite rentrée avant de laisser échapper une bordée d’injure à l’encontre de celui qui avait préparé la drogue. Jamais encore la jeune fille n’avait vu son maître aussi en colère contre quelqu’un.
En définitive, l’incapable avait tout de même revu sa préparation pour que ses victimes puissent en réchapper. A moins qu’ils n’en aient pris un autre… ?

-« J’espère que ma présence ne t’attirera pas trop d’ennuis. Tu n’imagines pas combien le service que tu me rends est grand… Et dangereux.
- N’ayez pas d’inquiétudes, vous n’imaginez pas les ennuis que je risque rien qu’en venant dans cette boutique. Elle lui sourit. Et si c’est du guet que vous vous inquiétez, je ne pense pas qu’ils prendraient le moindre risque à vérifier qui se trouve dans la pièce où l’on traite les maladies les plus… contagieuses. »


Ce n’était pas tout à fait exact, mais qu’importe, la rumeur avait circulé, c’était tout ce qui comptait. Maintenant Lell comprenait un peu mieux les raisons de Grand-Mère. Après tout, elle la soupçonnait fortement d’avoir ses contacts avec la dissidence bien qu’elles n’en aient jamais parlée. Ainsi donc, personne ne voudrait se rendre compte par soi-même de l’identité du malade et quand bien même quelqu’un s’y risquerait, un peu de poudre aux yeux ferait l’affaire.

Le compliment la fit sourire et elle remercia son ancien mentor d’un signe de tête. Enfin ce fut le dernier point qu’elle s’appliqua à nouer avec le plus grand soin avant de verser une nouvelle rasade de désinfectant tout autour pour nettoyer le sang et lui permettre de bander la cuisse.
Désormais il fallait surveiller la cicatrisation et si tout allait bien, d’ici quelques temps elle ne garderait qu’une simple cicatrice. Du moins, si la soldate prenait le temps de se reposer. Et connaissant son caractère, cela ne serait pas une mince affaire.

« Il faut que vous restiez ici pour vous reposer ou vous risquez l’infection. Je vous le redis, vous n’avez pas à vous en faire, vous êtes en sécurité ici. Je vais aller vous chercher quelque chose de propre à vous mettre sur le dos. »

Lell avait pris sa voix autoritaire de guérisseur à patient tout en espérant que cela ne froisserait pas celle qui lui donnait des ordres il n’y avait pas si longtemps que cela. Et avant qu’elle n’ait pu émettre la moindre récrimination, elle ressortit de la pièce pour aller chercher du linge propre à la réserve. En passant devant la porte, elle aperçut la chienne couchée juste à côté et ne lui dit qu’un seul mot : « Garde ! ». Ainsi elle serait avertie du moindre mouvement.
Lorsqu’elle revint à la chambre, Elenor était toujours là. A vrai dire, dans son état, il lui aurait été difficile de se déplacer. Prenant sa main dans la sienne, elle lui demanda de serrer. Les doigts esquissèrent un léger mouvement mais elle sentit leur pression sur les siens. Les effets de la drogue commençaient à s’estomper. Il fallait reconnaître que le bon à rien qu’employait le Guet avait au moins eu le mérite d’améliorer la formule…

« Les effets commencent à disparaître. A ce rythme là je pense que d’ici deux heures vous vous sentirez mieux et pourrez marcher, avec modération pour votre jambe.
Voulez vous que je fasse quelque chose ? »


Elle avait volontairement évité de parler du sujet qui l’intéressait au plus haut point, craignant qu’Elenor refuse de lui répondre davantage. Et puis tirer les vers du nez d’un patient en état de faiblesse n’était pas digne d’une guérisseuse.
Bien que, il fallait l'avouer, cela fut des plus tentant…



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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 16 Nov - 22:56

En sentant l’aiguille frémir lorsqu’elle parla de Dissident, Elenor regretta aussitôt l’initiative de parler pour meubler. De toute façon, elle en bavait, et avait toujours détesté les sutures. Elle leur préférait de loin un coup d’épée en plein combat. Au moins, c’était fait dans l’élan, à chaud. Là, il s’agissait de se faire triturer les chairs à vif, à froid, et sans beuglements barbares pour occuper l’esprit. Si en plus le seul sujet qui lui était venu à l’esprit provoquait chez Lell de petits sursauts crispés, elle était bonne pour se résigner.

Après un grognement mécontent lorsque la jeune femme se reprit, elle posa sur elle un regard vitreux, désireuse de briser le silence.

« ‘Fait beau dehors, hen ? » Puis Elenor de partir d’un ricanement crispé et douloureux. « C’est… ridicule. »

Elle se cambra légèrement, tout juste ce que la paralysie lui permettait, provoquant une nouvelle douleur, puis se renferma sur elle-même.

N’y tenant plus, elle avait remercié une Lell appliquée, cherchant peut-être à lui faire prendre la mesure du service rendu, mais la jeune femme ne s’en formalisa pas, et l’assura quand à la sécurité du lieu. A la réflexion quand aux contaminations, Elenor retint un rire grogné.

« Et je dois me sentir rassurée de fréquenter un établissement que même le Guet fuit comme la peste ? » Elle ferma les yeux, renversa son visage tandis que la jeune femme terminait son travail, puis dans un soupir profond, Elenor lâcha : « Dans quoi me suis-je encore embarquée… » Infirme, déjà politiquement incorrecte, et depuis quelques minutes criminelle en fuite. Et tout ça pour les beaux-yeux de Lan.

Finalement, elle noua l’ultime point, non sans un soupir de soulagement pour Elenor. C’était fini. Ah non. Ses dents crissèrent lorsque le désinfectant inonda sa cuisse, terminé en un sifflement qui lui échappa malgré des efforts considérables.

Puis ce fut terminé et elle retomba, un mince sourire de satisfaction aux lèvres. Elle avait toujours détesté les soins. Cela dit, elle n’avait pas gueulé tout ce qu’elle avait eu sur le bord des lèvres, ce qui était en soi une petite victoire. Plus détendue, elle ferma les yeux tranquillement et soupira. Elle serait sortie d’affaire, grâce à la jeune femme. Ca, plus Sieben et ses confidences déplacées… Lell tenait de plus en plus de cartes du jeu d’Elenor entre ses mains adroites. L’ex-militaire rouvrit mollement ses yeux noirs pour les braquer sur le médecin. Elle lui devait des explications, elle le lui avait promis… Mais elle n’était pas en état de faire des confidences, et si elle devait trahir une partie du secret, elle le ferait en pleine possession de ses moyens. Elenor n’était pas Sieben, elle se contrôlait, même dans les pires moments. Sans doute parce qu’elle avait pris sa retraite récemment, et que de vieux automatismes s’accrochaient toujours à ses talons.

Finalement, elle se ravisa, adressa simplement un sourire à Lell lorsqu’elle lui annonça qu’elle lui chercherait quelque chose à se mettre sur le dos le temps de guérir, et qu’elle s’en irait. C’était une bonne idée. Dès qu’elle serait capable de bouger, si elle devait rester un moment, autant ne pas le faire dans les vêtements qui étaient connus comme ceux de la fuyarde dont ils n’avaient pas vu, par chance, les traits. Un regard conciliant pour la chienne qui devait la garder, puis la jeune femme disparut, et Elenor sombra presque aussitôt…

Des songes étranges, qui impliquaient plusieurs figures qu’elle reconnaissait, puis qui se fondaient dans un ensemble bruyant et coloré. Sa main gauche puissante et précise, son regard plus ferme, capable de tout affronter. La mort, le sang, les combats… Le deuil. Puis ce deuil se transforme en une joie frustrée, celle d’un ami que l’on retrouve et que l’on perd en des sentiments bruts et vagues.
La complicité, la colère, l’amour, la frustration, l’abnégation…

Le réveil.

Combien de temps était-elle restée ainsi assoupie ? Sans doute pas longtemps, car bien vite de l’animation l’éveilla : la chienne qui s’agitait à l’approche de sa maîtresse. Avec un grognement, Elenor rouvrit les yeux, et constata qu’elle se sentait déjà un peu mieux. Oh, ce n’était pas la grande forme, mais elle avait l’impression qu’en dépit du petit somme qu’elle avait fait, ses idées étaient un peu plus claires. Obéissant aveuglément à celle qui, il y avait peu encore, était sous ses ordres, Elenor passa le petit examen avec succès et s’en félicita. Deux heures, c’était un délais correct. Sans doute resterait-elle un peu après… Le temps de laisser la vigilance du Guet se tasser, puis s’éteindre tout à fait. Toute fougueuse qu’elle était, Elenor était néanmoins une femme droite, et assez obéissante lorsqu’il le fallait. Se défier des ordres, à l’armée, était synonyme de mise à pied ou de passages à tabac qui n’avaient rien d’agréable. Et elle le savait, pour en avoir rondement menés quelques uns.

Finalement, d’une voix un peu plus assurée qu’avant les soins, elle répondit : « Je resterais le temps qu’il faudra. De toute façon, on m’attend encore un peu trop dehors pour que j’y mette un pied. » Et c’était la vérité. Les patrouilles avaient du se resserrer. La dissidence comptait relativement peu d’assassins expérimentés, et toute gauche qu’était sa main droite (a-ha) un combattant aussi efficace ne passait pas inaperçu, d’autant plus au sein d’un groupe qui avait tendance à agir de façon plus subtile, en général…

Finalement, elle retomba dans un certain mutisme, quelques longues secondes d’un silence lourd, et pénible. Au bout d’un moment, elle en eut marre, et finit par opter pour la conversation. Il y avait une question qu’elle se posait. Qui n’en était pas une, pas tout à fait…

« Je n’ai besoin de rien de plus mais… Et toi… ? Tu es docile, tu ne poses pas de questions… Pourtant, je t’avais promis des explications, la dernière fois… » Un sourire malicieux étira le coin de ses lèvres. « A ta place, j’aurais profité de m’avoir dans le coltard, tout à l’heure, pour obtenir des informations… Voire sous la torture. Une aiguille, du fil et de l’alcool au-dessus d’une plaie ouverte, il y a de quoi cuisiner quelqu’un. » Bon. C’eut été une belle perte de temps avec Elenor, qui, si elle était assez douillette pour ce qui était des soins, tenait sa langue mieux que ne l’eut fait un caillou. Elle étouffa un léger rire, puis ajouta d’une voix grave : « Il faut croire que tu as plus d’honneur que moi. »

Puis elle planta dans le regard étrange de Lell ses yeux sombres, et fronça les sourcils sur un sourire. Depuis qu’elle la connaissait, elle avait eu une certaine tendresse pour la jeune femme, et son comportement exemplaire jouait en sa faveur. Elle deviendrait une femme d’honneur et une femme solide sur laquelle se reposer… A condition que rien ne la brise, et que son destin demeure… lumineux. C’était aussi pour des femmes comme Lell qu’ils devaient se battre. Outre la petite vendetta de Lan, qu’elle approuvait totalement, Elenor était persuadée que la dissidence pouvait apporter quelque chose. Une alternative intéressante pour les Ilédors. Plus de conseils véreux, pas d’olarils opportunistes… Un Elu, peut-être, mais maîtrisé et encadré… Oui, elle pensait qu’elle pourrait apporter quelque chose à son peuple en soutenant son ami de toujours. Ils avaient grandi ensemble, avaient été séparés par la vie, et aujourd’hui, elle l’aiderait à apporter à des personnes comme Lell un peu de bonheur…
Quelques mois avaient fait de lui un gardan aimé de tous… Qui sait jusqu’où il aurait pu aller, sans son tragique accident
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Lell Llureyin
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Lun 22 Nov - 14:48

La torture sous l’aiguille… Lell frissonna, sa bouche esquissant une grimace de dégout. Jamais elle n’oserait faire cela à quelqu’un qu’elle était censée soignée… C’eut été contraire à tout ce que Grand-Mère lui avait enseigné. Et tromper la confiance qu’Elenor avait placée en elle en venant se réfugier ici.
Son ancien capitaine lui avait certes promis des explications, elle était loin de l’avoir oublié, mais Lell, d’ordinaire patiente, savait réfréner sa curiosité. Sauf que cette fois ci, la soif de réponse se faisait pressante à tel point qu’il était difficile pour la jeune femme de penser à autre chose. Mais elle se retenait, se répétant que ce n’était pas le moment et qu’il fallait laisser un temps de convalescence à la blessée avant d’essayer de lui soutirer quoi que ce soit.
Et pourtant, le silence qui suivit les paroles d’Elenor sonnait comme une invite à prendre la parole et à exprimer tout haut les questions qui tourbillonnaient dans sa tête. Lell délibéra un instant avec elle-même puis se décida et prit la parole sur un ton hésitant.

« Ce n’est pas que je ne suis pas curieuse… Bien au contraire, mais… »

Mais quoi ? C’était une patiente ? Grand-Mère insistait toujours sur ce point : un patient vient pour être soigné, non pour être harcelé alors elle avait pris l’habitude de ne jamais poser de questions trop personnelles et de construire son baratin sur des sujets insignifiants. Elle avait perdu cette habitude des questions franches et directes, et se trouvait bête et quelque peu démunie face à Elenor…
Ou bien était-ce simplement la peur qui la retenait ? La peur de ne pas obtenir satisfaction et de devoir rester dans l’ignorance d’un sujet qui pourtant lui tenait à cœur. Mais Elenor n’était pas comme ça, s’il y avait reproches, c’était justement envers son attitude muette et docile.
Alors que faire ? Se lancer ? Pourquoi pas, après tout que perdrait-elle ? Et si elle n’obtenait pas ses réponses, et bien elle les chercherait ailleurs…

Quittant le pas de la porte, Lell alla se lover dans le fauteuil qui faisait le coin de la pièce. De là, Elenor pourrait la voir sans que cela lui coûte d’efforts, et la guérisseuse se sentait bien mieux ici, pour parler, et pour réfléchir…

« Je ne sais pas par où commencer… Tu sais, sans se rendre compte elle venait d’employer le tutoiement, lorsque Joaldor Arlanii est mort et que son fils est devenu Gardan Edorta, j’ai vraiment cru… Nous avons vraiment cru que les choses allaient enfin changer…
Aujourd’hui, la Volonté ne veut plus rien dire. Il faut avoir de l’argent, des relations et du pouvoir pour réussir à s’élever dans la société. Ceux qui désormais obtiennent leur place par leur seule valeur sont bien rares, j’ai pu le remarquer quand j’étais aspirante dans l’armée. Combien d’enfants de la Noblesse méritent ils la place qu’on leur offre sur un plateau d’argent aux dépends de personnes au rang bien mois prestigieux, mais autant sinon davantage capables…
Et puis Elandor Arlanii a été assassiné avant même d’avoir pu montrer sa valeur et remplacé par son frère, manipulé par les Conseillers. Et tout est redevenu comme avant…»


Un instant elle se tut, réfléchissant à ses propos et aux paroles qui devaient suivre. Cela faisait longtemps que Lell y réfléchissait mais elle n’avait encore jamais eu l’occasion d’en parler avec quiconque. Reprenant son souffle, elle se cala un peu plus profondément dans son fauteuil et ramena ses genoux sous son menton, serrant ses bras tout autour.

« Depuis que je travaille ici avec Grand-Mère, ma vision des choses a beaucoup changé. Ma famille appartient à la Bourgeoisie et en cela, je n’ai jamais manqué de rien. J’ai eu le droit à un très bon enseignement en comparaison du statut de mon père, et tous les jours, la table du repas était suffisamment garnie pour que nous mangions à notre faim.
Mais depuis que je suis ici, je me suis rendue compte que ce que je considérais comme normal était pour certains un luxe qu’ils ne pouvaient même pas penser s’offrir. De quoi manger à chaque repas, de quoi éduquer leurs enfants… Et même simplement pouvoir se payer les soins d’un guérisseur.
J’ai été écœurée de constater que certains guérisseurs refusaient de dispenser les soins qu’ils auraient du uniquement parce que la famille ne pouvait payer en pièces sonnantes et trébuchantes…
Son visage changea, sa bouche se tirant en une grimace dégoûtée. Comment peut on laisser quelqu’un souffrir de la maladie voire même mourir uniquement parce qu’il ne peut pas payer ?
Et si de simples guérisseurs réagissent de cette façon, j’imagine très bien comment cela se passe à plus grande échelle. »


Voilà pourquoi la plupart des Pauvres venaient ici, car la porte serait toujours ouverte qu’ils soient avec ou sans le sou. C’était le principe de Grand-Mère et elle l’avait fait sien, soigner quiconque se présenterait ici sans aucune distinction.

« Et puis j’ai entendu parler de la Dissidence… D’abord de simples rumeurs propagées dans les Bas Quartiers... Grand-Mère m’a beaucoup aidé à réfléchir, en quelque sorte, et plus le temps passait, plus mes idées trouvaient écho dans celles propagées par les Dissidents.
D’ailleurs, je soupçonne Grand-Mère d’appartenir à ce mouvement. Elle n’a jamais rien dit en ce sens, mais ses nombreuses absences, cette rumeur absurde concernant la fièvre qu’on traite ici, tout cela s’explique aisément si l’on conçoit qu’elle est une Dissidente.
Regardant Elenor, elle esquissa un léger sourire. Je ne demande pas de confirmation, je sais que tu ne me diras rien, si un jour je souhaite le savoir, je le lui demanderai et il se peut qu’elle ne me réponde pas. C’est une femme qui tient à sa vie privée… »

Son discours sonnait de façon décousue à ses oreilles, peut être aussi un peu puérile, mais l’attention d’Elenor la poussait à continuer. Lell ne savait pas si elle avait suffisamment bien exposé son point de vu et ce qu’elle ressentait. Il lui avait semblé important de lui raconter tout cela avant de pouvoir lui poser les questions auxquelles elle lui avait promis réponse. Mais son propos lui semblait pataud et elle craignait un peu que son capitaine ne lui rit au nez devant cet étalage de bêtises…
Pourtant elle ne pouvait, elle ne voulait plus reculer. Mais avant qu’elle n’ait pu correctement réfléchir à ses questions, les mots se précipitèrent hors de sa bouche.

« Quels sont les buts réels de la Dissidence ? Qui est à la tête du mouvement ? Quelles sont vos actions jusqu’ici ?
Et surtout… Que dois-je faire pour… pour moi-même en faire parti ? »


Le rouge lui monta quelque peu aux joues face à cette volubilité inhabituelle, mais Lell se redressa dans son fauteuil, gardant ses yeux brillant de curiosité fixés sur Elenor…
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 30 Nov - 11:13

Elenor la regarda s’installer dans un fauteuil, au coin de la pièce, puis fixa son regard au plafond tandis que la jeune femme s’apprêtait à prendre la parole. Elle attendit quelques secondes, puis laissa un léger soupir lui échapper lorsqu’elle entendit la voix de Lell s’élever dans la pièce. Elle avait l’air partie pour raconter une longue histoire, aussi Elenor laissa-t-elle un sourire absent effleurer ses lèvres, au fil des mots de la jeune guérisseuse. Elle la tutoyait, à présent. Instinctivement, cela donné à l’ancien capitaine une impression étrange. Tutoyer Lell était naturel, bien sur, puisqu’elle avait été son instructeur… Mais l’inverse… C’était un peu plus de déchéance, pas sociale, mais militaire. Comme si le fait de se retrouver, à la vie civile, sur un pied d’égalité avec elle illustrait cruellement à quel point elle avait pu s’affaiblir, et perdre en influence. Un simple pronom comme une sentence. Au fond, elle se sentait un peu stupide de réagir ainsi, mais c’était plus fort qu’elle. Elle ne lui en fit cependant pas la remarque, trop curieuse d’entendre la suite pour l’interrompre.

Elle parlait d’Elandor, et de sa réaction, à sa mort… Elenor se souvint comme une vague de l’incroyable douleur qu’elle avait alors ressenti, à la hauteur de sa rancœur et de son soulagement, lorsqu’elle l’avait revu. Sa mort, comme les primaires d’un chemin descendant, comme un signe qui dit qu’à l’avenir, elle ne monterait plus jamais, se dirigeant plus surement que jamais vers la fin de tout. Ca, sa main, l’auberge, Venarii, son départ… Elle frémit à cette idée, et aujourd’hui, elle se raccrochait à la dissidence comme au bout d’un trois mat en pleine tempête.
Outre la déception, à la mort d’Elandor, force fut de constater que la gamine était observatrice. Peu d’aspirants poussaient dans cette direction la réflexion, et la plupart étaient juste pressés de vite reprendre le court normal de leur vie, vivant les inégalités comme une fatalité à laquelle, finalement, ils ne prêtaient pas spécialement attention. Mais Lell avait tout à fait raison, et Elenor, en un sens, en avait tout autant souffert… Elle qui n’avait jamais eu de goût pour la stratégie, et n’avait de chef que la capacité à encourager et à motiver ses hommes, elle avait pourtant du faire des pieds et des mains pour ne pas se retrouver à l’abris dans une tente, à échafauder des stratégies qui auraient menés à leur perte des centaines de soldats. Des chefs prêts à imposer une personne incompétente, sous prétexte que son rang social ne correspondait pas à ses talents. Dans l’absolu, ce fut un mal pour un bien, puisque cela permit à Bellone, qui allait en cours à sa place, d’accéder à son rang actuel. Une décision décriée, à l’époque, mais qu’Elenor avait toujours assumé. Elle n’en dit cependant rien à Lell, et se contenta, alors que celle-ci s’animait et prenait une petite pause dans son énoncé, de tourner la tête pour poser sur elle un regard intéressé. Le regard du malade qui n’a que son médecin pour tout univers, pendu à ses lèvres.

Un sourire aux lèvres, elle écouta ses explications, jusqu’à ce que ne vienne sur le tapis la Dissidence et l’image qu’elle s’en faisait, à travers Grand-mère. Cette vieille femme était décidément une personne de valeur et d’une incroyable volonté. Bien entendu, Elenor la connaissait. Sans cela, elle n’aurait peut-être pas dirigé ses pas ici. La Dissidence savait qu’elle pouvait avoir confiance en cet établissement, pas seulement en Lell… Malgré toute la confiance que lui inspirait la jeune femme, la Jagharii n’aurait pas pris le risque de la compromettre, sans cela. Mais comme Lell s’en doutait, Elenor ne dirait rien à ce sujet. Règle numéro un, la plus importante, la plus évidente de toutes : le secret. Chaque dissidents, mis à part les plus importants, n’avaient que peu de vis-à-vis dans la dissidence en elle-même. Ainsi ceux qui se faisaient attraper risquaient-ils moins de causer des dégâts. Bien sur, certains éléments étaient favorisés et en connaissaient d’autres, mais pour la plupart, ils n’en connaissaient que deux ou trois, et encore, sous leurs pseudonymes, tout en ignorant du tout au tout leur vie privée. Pour Lell, si à l’arrivée Elenor devait la recruter, elle ne connaîtrait sans doute qu’elle, voire peut-être Eleni. Elle en recueillait de toute façon déjà beaucoup, sans le savoir.

Si elle la recrutait. Mais à vrai dire, avant même que la jeune femme ne reprenne la parole pour, enfin, lui poser ses questions, Elenor se doutait quelque peu de leur teneur. S’ensuivit un regard brillant de curiosité braqué sur elle comme un soleil puissant, et toute convalescente qu’elle était, Elenor l’assuma d’un sourire amusé. Puis son regard se détacha de celui de Lell, et à nouveau il se fixa sur le plafond. Elle s’humecta silencieusement les lèvres, puis commença sa réponse. Elle avait pris deux minutes pour l’ordonner dans son esprit, et à l’instar de la jeune femme, les propos seraient longs. Elle espérait simplement que Lell ne décrocherait pas. C’était important, et elle voulait prendre son temps.

« C’est plutôt drôle, quelque part. Au fond, tu as un petit côté Révolutionnaire. » Elle ferma les yeux, son sourire découvrant ses dents. « Du moins, c’est ce qu’ils prétendent. Ils prétendent que changer le patronyme du Gardan Edorta changera la vie des plus pauvres. Ils se croient plus solides pour faire face au Conseil. Et pour cela, ils assiègent notre cité et tuent les soldats qui nous défendent, toi et moi. Ils représentent une autre pauvreté, celle des campagnes, qui n’a rien à voir avec les personnes que tu reçois dans ce cabinet… » Elle marqua une pause, puis la regarda avec une certaine douceur, sa voix basse, comme un ronronnement. « Mais ton choix n’est pas si improbable que cela, et beaucoup d’entre nous ont rejoint nos rangs pour les mêmes raisons. En fait, nous avons presque tous des raisons personnelles de croire en la Dissidence. Notre point commun est simplement que nous pensons notre chef capable d’assumer tout cela. Nous pensons même, en fait, qu’il est le seul à le pouvoir actuellement… » Puis son regard retrouva le plafond, et son sourire, inconsciemment, se fit plus tendre. « Et il l’est.

« Je vais te dire à mon tour ce que je pense de la Dissidence. J’en ai un tout autre regard, si je te rejoins tout à fait sur le plan militaire… Car malgré tout, malgré ma… vulgarité, disons, je suis et je reste une noble. Cela fait énormément de différence ici.

« L’homme qui beaucoup regrettent, Elandor Arlanii, je le connaissais très intimement. Nous avons grandi ensemble, comme frère et sœur. »
Elle étouffa un léger gloussement, qui s’acheva en quinte. « Je crois que c’est le seul qui m’ait battue en duel aussi régulièrement ces dernières années… » Difficile pour elle d’employer le passé, mais elle s’appliquait, et aucune bavure n’était à déplorer. De plus, la nostalgie, sincère, aidait beaucoup. Elle poursuivit tranquillement, sans se presser. Elles avaient plusieurs heures, non ? Ses sourcils se froncèrent considérablement. « Oh je n’ai… pas attendu sa mort pour en avoir après le Conseil. Tu le sais d’ailleurs… J’ai toujours trouvé les nobles de sang irritants pour beaucoup. J’estime que l’héritage d’une famille fait sa noblesse, mais ce n’est pas tout. Il y a aussi l’éducation, la vertu, la Volonté… Celle de protéger les siens, son pays, ce pays que finalement nous sommes sensés servir plus que quiconque. Pas seulement la Volonté de s’enrichir à en faire ployer l’échine d’autrui, c’est bien plus que ça. Normalement, ce devrait être dans nos tripes. On se prétend d’un sang noble, mais notre cœur, lui, ne l’est plus depuis longtemps. » Elle fronça les sourcils puis ajouta, avec un léger rire. « Elandor était un sacré petit emmerdeur, tu sais. Il était un excellent chef, mais sous le verni, il avait ce cœur. J’en suis convaincue. Il avait une certaine noblesse, même si son esprit formaté peinait quelque peu à l’accepter à l’époque. C’était en cela qu’il était différent des autres, et moi aussi. Quand il est mort, j’ai cru que nous étions dans une issue. Que c’était une fatalité, que plus rien de la vieille noblesse, celle qui doit agir dans le bon sens, qui n’assimile pas Volonté à Profit, ne subsisterait plus. Que les gens comme lui, et comme moi n’avions plus de raison de vivre.

« La Dissidence m’a offert ça. Elle croit au changement, elle croit au mouvement. Elle croit en la Volonté, d’une manière plus rude et plus extrême peut-être. Elle laissait assez d’espace à ce type de… considérations. Olarii est trop médiocre pour saisir cela, sa lignée a subit à travers les années une déchéance différente de celle des nobles actuellement au pouvoir, mais tout aussi néfaste. Nous, nous avons un souffle nouveau, celui de la colère et de la force créatrice.

« Elle m’offrait également, et je ne te cache pas que c’est sans doute ce qui m’a fait passer le cap, la possibilité de venger mon ami d’enfance. Et pour cela, j’irais jusqu’au bout. Je donnerais bien plus de forces que je n’en ai à cet effet.

« Ca peut paraître… éloigné de ta vision, mais pas tant que ça… Je nous crois capables, tous… De toi, à moi, en passant par le coursier le plus crasseux, d’y arriver, quitte à chambouler l’ordre pour renaître. Je pense que nous pouvons faire ce dont tu me parles, et bien plus encore. »
Elle sourit, un peu rêveuse.

« Bon… tes questions.

« L’ambition de la Dissidence est de nous débarrasser du Conseil. De nous débarrasser du système qui nous gangrène. Nous voulons le pouvoir, et nous voulons poursuivre l’œuvre d’Elandor. Comme tu le dis, les choses avaient des chances de changer, mais il a été coupé dans son élan, et cela n’a que trop duré à présent.

« Nous sommes dirigés par un homme. L’Al’Faret. Il nous apparaît masqué, mais son influence s’est déjà étendue en ville. Anonyme, puissant et un excellent chef. Il a les épaules solides et sait fédérer. Sans lui, rien de tout cela ne serait. Cela n’a peut-être que peu de valeur, mais c’est sans hésiter que je lui confierais l’usage de ma propre vie.

« Nos actions, je ne t’en parlerais pas pour le moment, pour des raisons de sécurité que tu comprendras tout à fait. Nous ne sommes pas tous blancs, mais personne ne l’est plus, et nous ne pouvons qu’espérer que nos méfaits sont plus justes que ceux des autres. Tous les dissidents ne sont pas des meurtriers, et très peu en viennent aux mains… Mais je ne détaillerais pas cela davantage.

« Et enfin, pour faire partie de la Dissidence, il te suffit de m’en parler, puis de me faire confiance. »


Elle tourna vers elle un visage plus souriant. Elle avait l’air soulagée.

« Pour ma part, j’ai confiance en toi. C’est bizarre mais… je trouve que nous nous ressemblons beaucoup et… Je ne conçois pas de trahison chez toi. Il me suffira d’une demande de ta part, et je me porterais garante de ta personne… Ce qui signifie qu’en cas d’écart, il sera aussi de mon devoir que de réparer l’erreur. »

Elle soupira doucement, elle avait beaucoup parlé, et ça l’avait fatiguée malgré tout. Sa poitrine s’affaissant lourdement, elle fixa de nouveau le plafond, lasse. La suite serait plus rapide, tant mieux. Une fois que Lell aurait obtenu toutes les informations nécessaires, Elenor lui demanderait peut-être de prendre congé, le temps qu’elle dorme un peu. Mais après, elle l’avait dit, elle irait bien au-delà de ses forces pour la Dissidence, et ce qu’elle était en train de faire comptait tout autant qu’un vol, que de l’espionnage ou une bonne bagarre.
Sans plus bouger d’un pouce, elle souffla : « Alors, tu veux toujours nous rejoindre ? »
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mer 8 Déc - 23:51

« Alors, tu veux toujours nous rejoindre ? »

Oui, plus que jamais ! Pourtant, elle réprima sa pulsion première, ravalant ses mots en réponse à la question d’Elenor. L’heure n’était pas aux enfantillages et aux choix inconsidérés. Certes, depuis qu’elle en avait entendu parler, Lell s’était mise en tête de rejoindre la Dissidence. Ne connaissant aucun réseau, elle avait su la tâche ardue mais n’avait jamais renoncé. Et puis il y avait eu l’épisode du Ceste où elle avait appris l’appartenance de son ancien capitaine et du tenancier au mouvement. Son cœur avait bondi mais elle s’était tue. Le moment n’était pas encore venu.
Aujourd’hui, enfin, on lui proposait de rejoindre leur cause, mais elle ne devait se précipiter en aucune façon : sa décision l’engagerait corps et âme, et elle ne pourrait pas faire marche arrière. Alors était-ce réellement ce qu’elle souhaitait ?
Elenor attendait une réponse qu’il fallait qu’elle pèse consciencieusement avant, aussi, pour ne pas l’inquiéter, elle décida de lui demander un court instant de réflexion.

« Pardonnez moi Capitaine, j’aimerais pouvoir réfléchir un instant avant de vous donner ma réponse. N’ayez pas d’inquiétude, j’ai simplement besoin de faire le point avant… »

Dans la vie, avait dit son père, avant chaque décision importante que tu auras à prendre, va t’asseoir seule, et prends le temps de peser le pour et le contre, prends le temps de mesurer les conséquences que pourront avoir tes choix, tant sur ta vie que sur celle des autres.
C’était un credo qu’Ingam Llureyin lui avait appris à respecter et qu’elle avait retrouvé plus tard à différentes étapes de sa vie. C’était un credo qui lui avait permis de faire ses choix en pleine connaissance de cause et de ne pas les regretter plus tard. Alors aujourd’hui, elle allait l’appliquer à nouveau.

Fronçant les sourcils, Lell se plongea en elle-même, non sans avoir adressé auparavant un léger sourire d’excuse. Cette décision allait engager sa vie, elle espérait qu’Elenor comprendrait et ne prendrait pas sa demande pour de la lâcheté, et son discours pour des mots jetés en l’air.
Car ce n’était pas le cas. Chaque mot, elle le pensait vraiment et les propos de son ancien capitaine l’avaient confortée dans son opinion. Si leurs motivations différaient, que ce soit dû à leur classe sociale ou à leur vécu, elles se rejoignaient dans le but à atteindre. Le changement, la création d’un nouvel ordre, une renaissance… En cela et à cet instant, elle s’était sentie plus proche de cette femme que de n’importe qui d’autre.
Mais tout cela ne se ferait pas tout seul, et il y aurait surement des pertes avant de parvenir enfin au terme de la chevauchée. Et elle devait accepter dès maintenant qu’elle pourrait faire parti de ces pertes… Cette pensée formulée ainsi lui fit un peu peur, mais comme le disait souvent Grand-Mère, on meurt tous un jour et quitte à mourir, autant être maître de ses choix que vivre dans la peur du moment où la Faucheuse viendra nous cueillir…
Du cran et de la Volonté… Ainsi verra-t-elle ses espoirs récompensés… Ou pas ?

Lell chassa cette pensée, ce n’était pas le moment de laisser d’insidieuses insinuations la troubler. La vraie question était de savoir si elle était prête à engager sa vie pour la cause de la dissidence ?
Et la réponse était oui ! A vrai dire, sans hésitation, oui. Elle était prête. Pour voir changer le monde, pour que la Volonté soit la plus forte…
Redressant la tête, elle croisa le regard d’Elenor qui était restée attentive tout le temps de ses réflexions. Elle se redressa sur son siège et prit une grande inspiration. Du cran, du courage et de la Volonté. Elle se jeta à l’eau.

« Capitaine, je souhaite toujours rejoindre la dissidence. Quant à ma confiance, je vous l’ai déjà accordée depuis longtemps ! »

Son choix était fait, et elle souhaitait de tout son cœur que jamais rien ne puisse un jour la faire revenir en arrière…

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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Ven 17 Déc - 22:57

Elenor poussa un profond soupir de soulagement, lorsque la sentence tomba. Un instant, elle cru que la jeune femme allait renier l’offre… ce qui aurait fait d’elle une personne à surveiller, voire davantage. Elle le savait, la dissidence ne pouvait vivre que dans le secret, toute faille risquait de voir tous leurs efforts réduits à néant. L’imprudence ne venait pas d’elle, mais mitigée ou pas, Lell était une personne qu’elle appréciait, et elle aurait eu du mal à pardonner à Sieben de la voir impliquer plus ou moins contre son gré. Mais finalement, elle lui revenait décidée, c’était une bonne chose.

Elenor déglutit, parler toujours assez désagréable pour elle. Elle poursuivit néanmoins, il y avait des choses qu’il faudrait mettre au point avant que Lell n’entre pour de bon dans la Dissidence. Elle la savait droite et pure, mais s’engager dans un mouvement clandestin dont la Volonté n’était pas des plus pacifistes nécessitait une petite mise au point.

Elle choisit bien ses mots, puis reprit la parole, un débit mesuré, et une voix posée :

« Ta confiance me touche, Lell, mais je ne suis plus ton capitaine aujourd’hui… » l’ombre d’un sourire naquit au coin de ses lèvres. Un sourire triste. Ce qu’elle aurait aimé que ce nom lui aille toujours aussi bien… Elle ferma les yeux. « Avant d’aller un peu plus loin, je dois savoir jusqu’où tu serais prête à aller, pour la Dissidence. Si tu nous rejoins, il est possible que tu assistes à des choses que ta morale a toujours rejeté jusque là. Il est possible, aussi, que l’on te demande d’y participer, même indirectement. Je sais que tu as de solides valeurs, mais nous entrons dans de biens sombres jours, et comme tu peux le constater, nous sommes à peu près aussi en danger que nos adversaires… Si tu peux supporter tout cela, alors je ferais de toi une véritable dissidente, et tu ne tarderas guère à recevoir, sans doute de ma part, quelques ordres de mission… »

Elenor attendit tranquillement, puis reprit doucement, il était temps de lui donner les clefs.

« Au sein du mouvement, nous avons tous un nom d’emprunt. Pour la plupart, nous ne connaissons que celui-ci, la personne que nous sommes publiquement devant rester un secret. Pour notre propre sécurité, cela permet aux nôtres, en cas d’arrestations, de ne pas pouvoir laisser trop d’informations s’échapper… Tu connaîtras le mien, donc, mais les autres te seront inconnus jusqu’à ce qu’ils aient besoin de toi.

« Les Dissident m’appellent Sipik, et en cas de besoin, tu n’auras que peu de mal à me trouver en cherchant un peu, sous ce patronyme. Je viendrais, à chaque fois. Dans un premier temps je serais ton contact. Elenor Jagharii ne viendra plus. Elle a disparu de la capitale. Pour longtemps. »


Elle tourna légèrement la tête et la fixa avec une certaine intensité. Elle allait devoir lui trouver un nom à elle aussi. Elle attendait de voir sa réaction, d’être bien sure de la Volonté de Lell, puis elle lui donnerait les derniers codes, et enfin son pseudonyme. Quelque chose qui lui allait bien. Lell… Lell ne serait pas une guérisseuse à part entière. Ils avaient la vieille pour ça. Non… des doigts si agiles et si souples… Un esprit vif et une connaissance des poisons et de leurs composants. Qui savait guérir… savait tuer mieux que quiconque. Mais serait-elle prête à cela ?

Elenor n’allait par tarder à le savoir. Et si sa première idée serait la bonne, alors elle saurait comment baptiser sa protégée d’hier… Celle qui aujourd’hui revenait sous son aile. Plus une aile blanche et ferme, mais une aile sombre et illégale. Quelle qu’elle soit, la Jagharii en était heureuse.
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 11 Jan - 13:35

« … je ne suis plus ton capitaine aujourd’hui… »

Et pourtant… Pourtant, quoi que vous fassiez, vous serez toujours un capitaine pour beaucoup, pour ceux qui vous ont connu, pour moi. Cela transparait dans votre démarche, dans votre façon de parler. C’est un fait, et malgré votre renvoi de l’armée, vous restez néanmoins le capitaine Elenor Jagharii.
Il s’agissait d’une évidence pour Lell, mais ce n’était ni le lieu, ni le moment pour en parler. Aussi garda-t-elle ses pensées pour elle seule, se contentant de hocher légèrement la tête. Un jour, peut être l’occasion se présenterait-elle de lui prouver le contraire…

Le silence suivit les derniers propos de la dissidente et Elenor Jagharii planta son regard sur Lell. Elle attendait une réponse, la réponse définitive qui lui ferait franchir la dernière étape et ferait d’elle aussi une dissidente. Un nouveau nom, des codes à retenir, et surtout, des actions à accomplir. Des actions clandestines, illégales, qui verraient peut être des gens mourir, de sa main ou non, car elle ne se leurrait pas, les soins et les antidotes ne seraient pas sa tâche principale, loin de là. Etait-ce dans ce but que Grand-Mère l’avait toujours poussée à étudier autant les poisons que les remèdes ?
Encore l’un des mystères de la vieille guérisseuse…

« Nous sommes actuellement en guerre… Les révolutionnaires sont aux portes de la Cité, et la dissidence mène sa propre guerre contre les Conservateurs. L’honneur et la morale sont choses importantes, mais si nos actions ne sont dictées que par ces valeurs, jamais nous ne réussirons, avalés que nous seront par ceux qui en usent différemment.
Je supporterai ce que l’on me demandera de faire pour la cause de la dissidence, pour voir enfin ce rêve se réaliser… Pour que passent les jours sombres dussé-je pour un temps mettre mes valeurs de côté. »


Elle espérait que son ton paraissait davantage convaincu que ses pensées assaillie par le doute. Non pas qu’elle ne crut un traitre mot de ce qu’elle venait de dire, mais elle souhaitait avoir la force nécessaire pour que, le jour venu, elle puisse accomplir sa mission sans faillir.

« Je vous dis adieu, Elenor Jagharii, si celle-ci avait disparu de la capitale autant qu’elle s’habitue dès maintenant à la dissidente. J’attends vos ordres… Sipik, ai-je rempli les conditions nécessaires pour rentrer dans la dissidence ? »

Lell était fin prête à devenir une identité double, prête à passer du côté obscur et à pénétrer les arcanes du mouvement, prête à recevoir son nouveau nom qui scellerait son destin à celui d’une multitude d’autres personnes, à celui de Sipik, à celui de l’Al’Faret…
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Jeu 20 Jan - 14:47

Elenor ferma les yeux, un sourire aux lèvres, et se laissa retomber sur son oreiller. Il était temps, pour Lell, de franchir le pas, et elle avait déjà pris bien assez de précautions. Pour elle, comme pour son ancienne recrue. Elle savait où elle allait, elle avait de la Volonté à revendre, et elle était prête à la mettre à leur service. Comme une ombre du passé, qui peu à peu retrouvait ses chairs, son regard, sa personnalité. Un souvenir incarné et doux.

« Tu les as remplies » Sa voix était un murmure, qui peut-être obligerait même Lell à tendre l’oreille. La prudence était de mise, elles discutaient depuis longtemps et n’étaient pas à l’abris d’oreilles indiscrètes.

« La Dissidence vit dans le secret et la clandestinité. Nous ne sommes pas comme ces aurochs de Révolutionnaires, nous ne frappons pas aux portes. Pas plus que nous les enfonçons. Notre monde et celui de l’anonymat et sa force son caractère imprévisible. Aussi, tu ne dois parler des nôtres à personne, sous aucun prétexte. Nos actions publiques sont masquée, anonymes, car c’est là notre salut.

« Tes motivations sont les tiennes, et deviennent les nôtres à partir d’aujourd’hui, quelles qu’elles soient. Nous t’acceptons comme notre sœur, et tu pourras compter sans faillir sur la Dissidence, que ses membres te soient connus, ou non. Toi-même, sache qu’il est probable que de temps à autre, la Dissidence frappera à ta porte, et te réclamera de l’aide. A fortiori ici.

« Il faudra que tu puisses assurer ta propre sécurité, que tu aies un entourage officiel et sain, pour ne pas te compromettre plus que tu ne le seras déjà. Il faudra rester discrète et prudente, quoi qu’il advienne. »


Petites mises en garde d’usage, des conseils sans doute inutiles compte tenu de la personne à laquelle ils étaient adressés, et pourtant ils glissaient entre ses dents, en un flot continu jusqu’à Lell. Ils n’étaient pas d’usage, mais personnels, entre deux amies, deux sœurs. Lell n’était pas comme Elenor, qui dès son entrée était prête, puisque déjà dans une certaine clandestinité dans les quartiers pauvres. Ce serait pour la jeune femme une découverte.

« Si tu as besoin d’aide, tu peux compter sur moi. Je garderais de toute façon un œil sur toi, au début. »

Un léger sourire étira le coin de ses lèvres, puis elle ouvrit les yeux pour la regarder.
Comme avant, comme à l’époque où j’étais ton capitaine, et où je bottais des culs dans ton dos, lorsque tu n’avais pas suffisamment corrigé tes détracteurs.

« Notre devise, tu la connais : Ta Volonté et la Lance, la Dissidence est son fer. Elle renferme à elle seule notre fonctionnement : chacun, quel que soit son métier, son rang, ses rêves, peut apporter quelque chose à la Dissidence. Chaque compétence, même la plus inoffensive, peut être une arme, pour nous. C’est ainsi que l’Al’Faret, notre chef, nous rallie. C’est ainsi que l’on te contactera, si le Dissident qui te sera envoyé t’es inconnu. Tu connais également mon nom, celui de notre chef, et il te faudra sans doute aussi connaître Eleni, qui est habilitée à te confier des ordres, et des missions. »

Voilà pour l’essentiel. Restait l’emplacement et le code qui permettait de rejoindre leur quartier général, son nouveau pseudonyme, et enfin Lell serait une vraie Dissidente.

« Nous nous retrouvons à l’arrière boutique du Cordonnier, sur la place Ribambelle. Ce n’est pas une planque, et personne ne doit s’y trouver sans bonne raison. Aussi, cela ne peut en rien servir de moyen de repli. Le Cordonnier te laissera entrer si tu lui glisses ‘A la Fontaine, avec Romance et Trompette’. L’air peut suffire » Elle haussa légèrement les épaules, une moue amusée aux lèvres, pour laisser entendre qu’elle n’y était pour rien. Elle avait toujours trouvé ce mot de passe ridicule.

L’heure enfin de lui dévoiler son nouveau nom : « Quant à toi, lorsque Lell s’effacera dans l’ombre, ce sera au bénéfice de… Belladone. » Belladone… Un poison, insidieux, noble. Un nom qui allait bien à une jeune femme aussi atypique que pouvait l’être Lell Llureyin.

« J'espère que ce nom te conviendra... » Elle haussa un sourcil, son visage commençant finalement à reprendre doucement des couleurs.

Un soupir, profond, et elle sembla se détendre tout à coup. « Cela te paraîtra peut-être étrange, mais je suis sincèrement heureuse que tu nous rejoignes… Belladone. » Lell.

Peut-être était-ce le poison dont les effets s’estompaient grâce à la jeune femme –et à sa constitution tout bonnement formidable, bien sur – mais Elenor était, à présent que tout était réglé, grandement soulagée. Légère.

« Si tu as des questions à me poser à présent, fais-le, je t’en prie. »
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 25 Jan - 21:28

Quatre mots venaient à coup sûr de faire basculer sa vie. Quatre mots qui la faisaient entrer dans une nouvelle famille. Quatre mots qui la plongeaient désormais dans les intrigues de la Cité. Quatre mots qui venaient de lui conférer sa nouvelle identité. Quatre mots… mais aussi un nom !

Toutes sortes d’émotions se mêlaient, refluaient, la balayaient, à lui en donner le tournis. Joie, curiosité, satisfaction, mais aussi une pointe de peur et d’appréhension. Un léger frisson lui remonta l’échine, excitation.
Pourtant, loin de se laisser assourdir par le mugissement des vagues de ses émotions, Lell écarta tout cela comme le revers de sa main le ferait d’une simple poussière, pour se concentrer sur le murmure d’Elenor. Il en allait de sa sécurité à elle, de celle de son identité double et de nombreux autres dissidents dont elle ignorait le nom et le visage. D’ailleurs, elle doutait qu’Elenor ne répéta les codes une seconde fois.
Quant à avoir un entourage sain pour assurer sa sécurité… Lell ne put s’empêcher de grimacer. Jani Llureyin n’avait rien d’un entourage sain et sécurisant. Son père à la rigueur, mais sa mère… La guérisseuse ne doutait pas qu’elle préfèrerait la livrer elle-même au Guet plutôt que d’esquisser le moindre début de geste pour la défendre. Il lui faudrait surtout compter sur Grand-Mère et sur ses clients.

« Quant à toi, lorsque Lell s’effacera dans l’ombre, ce sera au bénéfice de… »

Lell ne put s’empêcher de retenir son souffle… Le nom qu’elle attendait allait enfin sortir de la bouche de Sipik. Ce nom qui ferait d’elle un agent de la dissidence, un agent de l’ombre. Ce nom qui serait son identité double, tapie tout au fond d’elle, attendant son heure pour prendre la relève et frapper où l’on aurait besoin d’elle. Ce nom…

Belladone…

Celle qui coupe le fil de la vie… Poison mortel, mais aussi médicament. Insidieuse et traîtresse, mais aussi calmante et insensibilisante. Comme le serait l’autre part de son être. Sipik avait bien choisi !

« Il me convient parfaitement… Sipik. Merci ! »

De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête, mais elle ne parvenait pas à en formuler une seule. La conversation avec la dissidente l’avait laissée vidée. Vidée, mais heureuse. Lell avait enfin atteint son objectif et désormais, son savoir et ses capacités se trouvaient au service de la Dissidence. Mais chaque chose avait un prix, et en retour, elle accusait une langueur inhabituelle.
On se retrouve bien vide lorsqu’on réalise un objectif. Maintenant, il va me falloir travailler aux autres, et ceux là risquent d'être plus difficiles…

« Je suis également heureuse Ele… Sipik. A vrai dire, je craignais de ne jamais avoir cette chance. Mais maintenant que c’est fait, je me retrouve la tête vide et bien que sachant qu’il y a de nombreuses questions qu’il m’aurait fallu vous poser, il n’y en a pas une seule qui veut daigner se former dans mon esprit. Ça a quelque chose de frustrant… »

Quittant son fauteuil, elle se rapprocha du lit de sa patiente et entreprit de refaire les mêmes tests que précédemment.

« Les effets s’estompent. D’ici une heure, le poison aura totalement disparu de votre organisme. En attendant, j’insiste pour que vous restiez ici vous reposer. De cette façon, si mon cerveau parvient à se débrouiller un peu, je vous aurais sous la main pour répondre à mes questions. »

Puis montrant du doigt la coupelle qui gardait la fléchette du Guet tandis que ses lèvres s’étiraient en un sourire malicieux :

« Et vous repartirez surement avec l’antipoison de cette saloperie. Avouez tout de même que ce serait drôlement pratique si vous aviez l’antidote au cas où vous croiseriez à nouveau la route de vos… amis ? »
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Sam 29 Jan - 22:19

La réponse de Lell l’amusa plutôt. Le vide allait sans doute avec une forme de soulagement… Elenor était déjà impliquée lorsqu’elle était entrée dans la Dissidence, aussi était-il plus simple pour elle de s’y immerger sans tarder… Il allait sans doute falloir à Lell l’occasion pour en faire de même, et la Jagharii n’avait pas le moindre doute, l’occasion viendrait tôt ou tard. Avec des compétences aussi atypiques et riches que celles de la jeune femme, elle aurait de nombreuses utilités au sein de leur mouvement. Cette légère apathie serait vite remplacée par l’enthousiasme, l’excitation et l’urgence des missions qu’ils avaient à effectuer. La plupart du temps, si elles étaient pour beaucoup prévues à l’avance, et si rien n’était laissé au hasard, leur déroulement semblait souvent précipité, et même les organismes les plus endurcis comme celui d’Elenor accusaient le coup. La preuve en était de l’état dans lequel Lell la trouvait…

La jeune femme l’ausculta une fois encore, pour lui donner encore une heure à attendre avant de pouvoir recommencer à sévir… Ou bien avant de pouvoir se traîner jusqu’à la petite maison qu’elle occupait, pour se faire de longues ablutions, se soulager du carcan de ses vêtements, et profiter d’un peu de calme et de silence en attendant le retour de Lan – puisse-t-il en avoir pour longtemps, elle n’était pas du tout en état de tenir une conversation avec lui.

Quoi qu’il en soit, une heure n’était pas de trop, et elle était bien loin d’avoir envie de fausser compagnie à Lell pour le moment. Elle prit cependant soin d’afficher une moue contrite, sans trop se soucier de si Lell tomberait dans le panneau ou non (les capacités à jouer le jeu, comme celles à aviser de si un mensonge est fiable ou pas sont considérablement restreintes, lorsque le corps passe successivement par des phases de douleur intense, de passivité crasse, puis d’engourdissement violent…) Elle avait une image à tenir, tout de même.

Aussi émit-elle un vague grognement, la regardant dans les yeux une fois la jeune femme redressée, pour glisser, l’œil vibrant de malice : « Ce n’est pas de mon genre, ça, de contrarier les médecins. » Du moins pas verbalement. Pas… pas toujours. Oui bon ceux qui avaient voulu l’immobiliser lorsqu’elle avait reçu sa blessure à la main gauche étaient rentrés chez eux couverts d’hématomes, mais ils l’avaient bien cherché. A ce souvenir, sa mâchoire se crispa légèrement, assez pour qu’elle ne goûte pas tout à fait à la saveur de la proposition de Lell.

Partir avec l’antidote de cette saloperie ? Ah oui, ça, c’était une chose intéressante.

« Un antidote ? Est-il facile à produire ? » Elle réfléchit, puis ajouta en baissant le ton : « Les produits qui le composent, ils se trouvent encore, sur le marché noir ? »

Elle avait une idée derrière la tête, finalement, Lell s’avançait peut-être bien d’elle-même vers sa première mission… Depuis qu’ils avaient cette cochonnerie paralysante, le Guet avait pu arrêter plusieurs Dissidents. Rien de trop inquiétant, encore, car les gros poissons étaient prudents et se cachaient bien… Non ils avaient pour la plupart attrapé de simples indics, moins bien protégés que les véritables actifs… Mais c’était déjà des pertes inacceptables, et ce poison y était pour beaucoup. Si les Dissidents avaient la possibilité de se fournir en toute discrétion de quoi le neutraliser, ils auraient déjà là de quoi se prévenir de beaucoup d’arrestations… De plus, ces dernières étant rares (là plupart du temps, ils embarquaient de pauvres badauds qui avaient eu le malheur, une fois ivres et désinhibés, de prétendre êtres des Dissidents… Des badauds comme Elenor, il n’y avait pas si longtemps… Elenor qui elle aussi aurait très bien pu se faire embarquer. Ils n’étaient pas plus tendres avec les nobles, bien au contraire, leur voix portait plus loin, ainsi que la menace qu’ils représentaient) le Guet aurait donc besoin de temps, avant de s’apercevoir de l’inefficacité du produit. Autant de temps qui leur serait nécessaire avant de pouvoir se retourner, et opter pour autre chose…

Autant dire un sursit précieux.

Aussi, si Lell lui indiquait que les composants de cet antidote se trouvaient encore bien, elle protègerait d’un seul coup un grand nombre des leurs…

Une bouffée de fierté emplit Elenor. Quelle que soit sa réponse, elle avait eu raison de recruter la demoiselle. Toute simple, et humble que puisse être Lell Llureyin, elle serait un atout considérable pour Elandor. Pour l’Al’Faret.
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Ven 4 Fév - 17:17

Malgré sa mine boudeuse et son air terriblement revêche, Lell vu soulagée de voir Elenor Jagharii suivre son conseil et demeurer ici une heure de plus. Bien que l’effet du poison se fût en grande partie dissipé, la jeune femme aurait été inquiète de voir sa patiente quitter les lieux et se relancer à l’aventure des rues de la Cité. Cependant, sa tirade ne la trompa point, et un léger sourire dubitatif naquit sur ses lèvres.
Le genre de la Jagharii était plutôt de n’en faire qu’à sa tête, et ce n’était pas l’avis de quiconque, qu’il soit même médecin, qui la garderait clouée dans un lit contre son gré. Aussi, malgré elle, une bouffée de reconnaissance teintée aussi d’un peu de fierté (il fallait bien l’avouer) l’envahit et la fit légèrement rougir. Après ce qui lui était arrivé, Lell s’attendait un peu à de la réticence voire de la défiance de sa part, mais elle n’en fit rien, et la jeune femme fut honorée de la confiance qu’elle lui accordait, simple guérisseuse à qui il restait encore énormément de savoirs à acquérir.
Comme attirées par un aimant, ses pensées s’envolèrent vers la main gauche, reposant sagement sur le dessus du drap. Il s’agissait sans doute d’une surestimation des capacités de Grand-Mère, d’une foi aveugle en son mentor, mais Lell restait persuadée que la chirurgienne aurait pu faire mieux, beaucoup mieux que cette boucherie sans nom.

La question de Sipik la ramena brutalement au moment présent. L’esprit encore quelque peu vagabondant, elle fronça les sourcils pour se concentrer sur la demande, et sur sa réponse. Lell avait peut être été un peu vite en parlant d’une heure. Quelques jours auraient été plus juste ! Certes, elle disposait de son travail sur le poison qui avait été utilisé quelques mois auparavant, mais si le Guet avait un tant soit peu modifié la formule de celui qu’ils utilisaient à l’heure actuelle, cela ne servirait à rien.

« Je suis peut être allée un peu vite en besogne. Il me faudra au moins deux ou trois jours pour trouver un antidote convenable. D’après les effets que j’ai pu observer sur vous, je pense savoir quel est le composant principal, mais il serait dangereux de partir bille en tête et de fournir un contrepoison sans l’avoir testé auparavant. Elle s’interrompit un instant, réfléchissant pour elle-même. Et puis il y a le problème du dosage, pour le contrer efficacement il faut que je sache avec précision la teneur en antagoniste qui doit être prise. »

Et il y avait le problème des fournitures. A l’heure actuelle, les réserves diminuaient de plus en plus, et bien que ce ne soit pas encore un problème pour Lell et Grand-Mère du fait des réserves que cette dernière avait prévu, il fallait cependant s’inquiéter de l’absence d’approvisionnement dû au siège. Certaines des plantes les plus rares ne se trouvaient déjà plus même au Marché noir.
Avec un peu de chances, les plus simples devraient suffire pour élaborer une formule. Le souci se situerait ensuite à plus grande échelle. Combien de membres comptaient la Dissidence ?
Il lui fallait en parler à Sipik. Certes elle appartenait désormais à la Dissidence, mais elle était aussi une guérisseuse. Serait-ce un jour un choix qu’elle devrait faire ?

« Je devrais pouvoir y arriver, mais le mieux serait encore d’éviter de se faire avoir par le Guet. Elaborer une fiole, une dizaine, cela peut se faire sans problème. Mais même le Marché noir n’est malheureusement pas inépuisable. Et beaucoup de gens ont besoin de soins, surtout maintenant. Lell se mordit la lèvre avec une grimace gênée avant de reprendre. La fièvre n’est pas tout à fait une fausse rumeur. Avec la fermeture de la Cité, les maladies ont sacrément tendance à éclore et à se répandre comme une trainée de poudre.
Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas non plus se reposer entièrement sur un antidote et prendre des risques inconsidérés. Parce que ce qui passera dans ce contrepoison pourra manquer le jour où des cas graves se déclareront. Vous…vous voyez ce que je veux dire ? »


Ses yeux brillaient légèrement, gêne, espoir d’avoir été comprise, peur de perdre cette confiance si chère ? Mais elle se devait d’avertir sa nouvelle famille, Belladone n’était pas que le poison, elle se devait aussi d’être un remède.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Mar 8 Fév - 13:27

Le regard de Lell ostensiblement posé sur sa main, Elenor remarqua à travers les brumes du poison à quel point la jeune femme semblait… absorbée. Elle était bien consciente de l’étrange de ce membre famélique sur un corps et une âme si Volontaires, et ça la mettait mal à l’aise. Esthétiquement, le travail était assez réussi pour que quelqu’un qui ne prête pas trop d’attention à ses gestes ne s’en aperçoive pas trop facilement. Etant initialement gauchère, fait plutôt rare, les gens s’étonnaient peu de la voir utiliser sa main droite, et se disaient juste qu’elle était une femme maladroite. Ce qu’elle n’était pas, et c’était bien là le drame.
Une combattante si subtile, et précise… A la caserne, peu pouvaient rivaliser avec la lame d’Elenor, et quand bien même ils prétendaient rivaliser, moins encore avaient les ressources pour la battre.

Autrefois. Aujourd’hui, boutonner sa chemise était compliqué, tout comme fermer sa ceinture. Et c’est sans parler des corsets, de sa coiffure. Elenor avait toujours été une femme simple, appréciant la rondeur et le caractère que les pantalons et les larges ceintures donnaient à sa silhouette… Si tel n’avait pas été le cas, la transformation aurait été pire encore. Sa main droite gagnait chaque jour en habilité, mais elle ne se faisait pas d’illusions, elle ne serait jamais aussi brillante qu’elle ne l’était avec sa main gauche…

La nuit était un répit, durant lequel elle redevenait l’Elenor disparue, durant lequel elle ferraillait, riait, grognait, frappait juste. Mais chaque réveil, ses douleurs (car la blessure encore récente, il n’était pas rare qu’elle s’éveille avec une douleur sourde et lancinante dans la main gauche, trop crispée, trop sollicitée dans son sommeil) et son handicap était une épreuve difficilement surmontable.

Presque autant que l’était ce regard là, concentré, vairon. Jeune guérisseuse, formée à la chirurgie… Tous les médecins qu’elle avait vu jusque là avaient tous regardé ce membre figé avec cette même expression, avide de challenge, celle de celui qui se demandait ce qu’il aurait fait, lui, devant une telle boucherie. Lell n’avait pas idée de ce qu’avaient eu sous les yeux les chirurgiens qui avaient opéré sa main, ni même ce qu’elle avait enduré, la boucherie s’étant faite en pleine conscience pour Elenor. Os, chairs démis, une main qui n’en avait plus l’apparence, une extrémité de chair brouillonne, rien de plus.

Mais peut-être bien que la Vieille Guérisseuse aurait pu… Après tout, n’avait-elle pas soigné Lan tandis qu’il avait été jeté d’une falaise ? Le regret embua de peine le regard d’Elenor mais par chance, trop concentrée sur sa main, Lell ne le remarqua pas, et bien vite la discussion lui permit de se remettre, du moins en apparence, de ses sombres idées.

Un jour, elle en parlerait ouvertement à quelqu’un. A Lell, à Lan… A cette vieille femme ? Oui, peut-être en parlerait-elle avec l’ancêtre, un jour. Peut-être… peut-être tout n’était-il pas terminé pour elle ? Après tout, elle avait toujours des sensations dans les doigts, et s’ils ne bougeaient pas, elle pouvait, en les manipulant de sa main droite, les replier, les mouvoir non sans douleur.

Elle secoua la tête, concentrée sur la réponse d’une Lell qui était quant à elle tout à fait sortie de ses songes. Elle commença par lui parler de données techniques qui, pour être tout à fait honnête, ne parlaient pas à Elenor. Non pas que le sujet ne l’intéressât pas, loin s’en fallait, mais elle n’avait pas l’expertise de Lell, et n’entendait rien aux méthodes de travail de la jeune femme. Puis elle lut la gêne, et sa mâchoire se serrât lorsque la jeune femme reprit. Elle avait peur pour ses fournitures, peur de ne pas pouvoir soigner ses patients, si elle accordait trop de ses réserves à la Dissidence.

Cela laissa Elenor songeuse, elle se rendait souvent sur le marché noir, et Sipik y avait noué de nombreuses relations. Pour la plupart, il ne s’agissait que d’armes, ou de denrées qui manquaient à la plupart des Dissidents, mais en déplaçant légèrement son viseur, sans doute trouverait-elle le moyen d’ouvrir un peu plus les vannes de l’approvisionnement à Lell ? Il fallait qu’elle y réfléchisse, et qu’elle en parle à Lan. Après tout, compte tenu de l’importance que pouvait avoir des compétences telles que celles-là pour l’Al’Faret, il y avait fort à parier qu’il soit d’accord pour mobiliser une partie des ses possibilités à une telle tâche. Et puis, ce serait bon pour l’image de la Dissidence, et contribuerait à recruter parmi les plus défavorisés… Le reconnaissance était l’un des meilleurs moyens de s’allouer la fidélité d’un homme…

Et faire courir le bruit parmi les humbles que, là où la Révolution, de par son siège, les appauvrissait encore, les privait de soins et de nourriture, tandis que la Dissidence oeuvrait pour eux, avait quelque chose de séduisant. Ce n’était pas leur but, mais c’était le genre de chose dont le peuple se souvenait, et s’ils arrivaient un jour à replacer Lan à la place qui lui était due, cela en ferait un monarque aimé du peuple, voire… protégé ?

Elenor fronça légèrement les sourcils et plongea son regard dans les yeux vairons de son vis-à-vis. Un long silence c’était écoulé depuis que Lell avait terminé son exposé, sans doute l’attendait-elle ?

Elle déglutit, chercha ses mots, puis glissa à voix basse. « Bien entendu. Dans les faits, rares sont les fois où le Guet vise juste, avec ses arrestations. Nous sommes discrets, et nous avons des… recours que n’a pas le Guet. Cela dit, quelques unes de ces fioles pourraient représenter une protection supplémentaire qui n’est pas à négliger, et écarterait les nôtres de séances de torture, et d’interrogatoires. » Elle cherchait la corde sensible de la guérisseuse, sciemment. Après tout, ces hommes, et ces femmes faisaient cause commune avec Lell, et Sipik espérait que la souffrance qui dardait ses pupilles vermeil sur ses frères d’armes saurait l’émouvoir. A elle à présent de ne pas rester sur cette idée, et de la rassurer : « Cela dit, et tu as raison, la situation de la ville demande des… aménagements particuliers… de nos travaux. J’ignore encore dans quelle mesure je saurais vous aider, ton mentor et toi mais… Je ferais mon possible afin que ce que Belladone a à faire n’ait pas la moindre incidence sur le travail de la guérisseuse. Le marché noir n’est pas le même pour tout un chacun, et il y a des moyens efficaces de contourner ceux qui en sont les principaux acteurs. Tes dons sont précieux, et nous saurons faire en sorte qu’ils ne soient pas limités par la pression des aurochs qui frappent à nos portes. »
Mépris envers les campagnes, comme à son habitude. Si Elenor était capable d’empathie, voire de sympathie pour les humbles d’Edor Adeï, et si elle n’avait pas peur de se mêler à eux s’il le fallait, ceux du dehors ne lui inspiraient rien d’autre qu’un certain dégoût. Et les derniers évènements, ce siège, ce soulèvement n’étaient pas fait pour la rendre plus sensible à leur avenir.

« Je dois activer certains leviers, mais dès lors que le terrain sera prêt, tu auras des nouvelles de ma proposition si… elle t’intéresse, bien entendu. » Un sourire entendu, quel guérisseur cracherait sur la possibilité de trouver des moyens plus efficaces de gonfler ses réserves, dans un tel moment ?
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Jeu 10 Fév - 16:14

Elenor, ou plutôt Sipik, car nul doute qu’il s’agissait de la dissidente qui se trouvait derrière ses mots, jouait avec ses sentiments, et bien qu’elle ne fut pas totalement dupe, ses paroles firent néanmoins mouche. Lell n’était pas vraiment naïve, simplement jeune, et les quelques années de plus d’Elenor lui manquait surement pour discerner clairement le piège qui se refermait autour d’elle. Sipik avait bien cerné son personnage… Appuyant juste où il fallait pour la faire culpabiliser, trouvant les mots justes pour faire pencher la balance… à son avantage.
Quel guérisseur digne de ce nom garderait sciemment par devers lui un moyen sûr pour éviter à d’autres la torture ? Pas elle…
Ce serait comme refuser l’assistance aux nécessiteux ou ignorer un malade, ce qui était totalement incompatible avec l’enseignement qu’elle avait reçu, avec ses convictions.

La jeune femme se mordit la lèvre, indécise. Sipik avait trouvé sa corde sensible, et la dissidente ne s’était pas gênée pour la faire vibrer. Lell ne portait pas le Guet dans son cœur, non plus que les interrogatoires particuliers qu’ils menaient. Comme tout le monde, elle connaissait les rumeurs qui courraient sur les sévices qu’ils infligeaient. Hommes, femmes, parfois même enfants, ceux qui devenaient la cible des miliciens n’avaient que peu de chance de leur échapper.
Alors le fait d’entamer ses réserves pour permettre à certains, même s’il s’agissait d’un petit nombre, de pouvoir faire un pied de nez à Soren Golan et compagnie, prenait un peu plus d’importance.

Cependant, la guérisseuse en elle gardait toujours le pas sur la dissidente. Malgré l’assurance d’une utilisation minimale de l’antidote, Lell ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter toujours. Cela dut sans doute transparaitre un peu trop sur son visage car Sipik reprit avant qu’elle n’ait eu le temps d’émettre la moindre objection, et ce qu’elle lui proposa fit taire ses derniers doutes.
Car ce que la dissidence lui proposait là, c’était une ouverture au Marché Noir, l’accès à de nombreuses marchandises qui leurs faisaient cruellement défauts, et surtout, la possibilité de soigner davantage de personnes que ce qui leur était permis aujourd’hui.

Elenor la connaissait sans doute mieux qu’elle ne se connaissait elle-même. Le fou rire faillit un moment la submerger, mais elle parvint tant bien que mal à se maîtriser, ne laissant qu’un sourire étirer ses lèvres. Le piège était parfait, et elle avait plongé tête la première dedans. La guérisseuse n’avait aucune chance d’en sortir, la dissidente avait su trop bien jouer avec ses sentiments. Sipik avait gagné la partie, Lell était rassurée, Belladone ouvrirait ses réserves à la dissidence… Il lui faudrait sans doute prochainement visiter à nouveau quelques jardins, voire les parterres du Grand Théâtre. Sans la chienne, bien entendu !

« A ces conditions, je vous suis toute acquise. Je ne crois pas pouvoir me permettre de cracher sur une telle proposition. Même si les ressources du marché noir ne sont pas inépuisables, elles constituent une véritable aubaine pour tout guérisseur.
Je suis désolée, je ne voulais pas paraître récalcitrante à vous offrir mes services, mais il fallait que je sache, que je sois sure que vous compreniez mes premières obligations. Mais enfin… vous savez être dure en affaires… »


Toujours debout à côté du lit, le regard de Lell tomba sur les vêtements déchirés et souillés de sang d’Elenor. « Si vous voulez pouvoir repartir d’ici sans attirer l’attention, il va vous falloir d’autres vêtements… » Le coffre dans la pièce recélait plusieurs draps de rechanges pour le lit, mais aussi quelques habits entreposés par les soins de la jeune femme pour les cas d’urgence. Sa mère n’aurait pas toléré la voir rentrer sa tenue souillée par le travail quotidien. « Vous êtes un peu plus grande que moi, mais cela devrait suffire à vous ramener chez vous. Prenez ce que vous voulez ! »
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Sam 19 Fév - 20:57

Elenor, toujours dans son état un peu vague, sourit. Elle avait atteint son but, touché la corde sensible, et quelque chose dans le regard, puis les mots de Lell lui dit qu’elle n’était pas dupe. Tant pis, le plus important était que cela fonctionne, et la promesse d’Elenor n’était de toute façon pas vaine, puisqu’elle comptait réellement tenter d’aider à l’approvisionnement des deux guérisseuses. Peu impliquée jusque là dans ce milieu, ce n’était pas là une chose qu’elle prenait en compte jusque là, mais la cause était plutôt bonne, et elle avait confiance en Lell. Assez pour risquer de se compromettre pour ça. Encore que le risque ne soit pas des plus grands, le fait seul d’appartenir à la Dissidence le surpassant de bien loin.

Leur accord scellé, Elenor hocha donc la tête avec gravité, un léger sourire aux lèvres. Cela finalisait leur collaboration à venir, collaboration qui leur serait des plus bénéfiques… que n’était-elle auprès de Lan, pour le lui raconter, elle était persuadée que cette recrue-là l’enthousiasmerait à peu près autant qu’elle.

La sujet clos, Lell commença à envisager son départ ce qui, quoi qu’elle soit encore loin d’être assez éveillée pour s’imaginer quitter la position allongée, rassura Elenor.

Des vêtements, elle avait raison. Du maquillage aussi, ou au contraire de l’eau pour ôter celui qu’elle avait sur le visage serait aussi gage de sécurité. Il faudrait également espérer qu’elle ne boîte pas, ou du moins que la douleur soit suffisamment supportable pour qu’elle puisse se forcer à marcher de façon naturelle. Elle avait déjà déguisé à de nombreuses reprises ce type de douleur, la dépassant aujourd’hui sans trop de mal… Encore fallait-il cependant que sa jambe, tout simplement, la soutienne…
Mais bon, la Volonté ayant l’heur de remplacer en elle l’espoir, elle se disait qu’elle pourrait rentrer en sécurité, grâce à Lell.

« Je ferais avec, et puis, je ne suis pas si grande que cela… » Un léger sourire amusé ponctua la phrase, puis elle ajouta doucement. « Encore merci, Lell, du début à la fin… Tu m’as sans doute sauvé la vie, je suis certaine que tu fais ça tous les jours, et pour beaucoup de monde, mais c’est une chose pour laquelle on ne remercie jamais assez, je suppose… »

Puis elle laissa un léger soupir lui échapper. Elle ne prendrait que le minimum. L’air était chaud au dehors, aussi une tunique et des chausses propres suffiraient-elles.

« Si tu avais aussi de l’eau, et un miroir pour moi, je t’en serais reconnaissante… Ca m’évitera d’avoir l’air d’une évadée d’hospice… » Puis un léger rire, elle ne pourrait pas se lever avant quelque temps, mais elle pouvait toujours entamer de se donner meilleure mine. « Une bonne mine est souvent le meilleur des masques, en cas de fuite. Tes poursuivants t’ignoreront la plupart du temps, si tu parviens à garder un air sain, et serein. » A noter pour Lell, au cas où… Les filons de la clandestinité s’apprenaient au fil des missions, mais tout conseil était bon à prendre.

Puis elle retomba sur l’oreiller et soupira, ce n’était toujours pas ça…
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Lun 21 Fév - 15:49

Lell vidait méthodiquement les draps du coffre pour atteindre ses affaires pliées tout au fond. Elle sortit une chemise, une tunique légère et des chausses pour remplacer celles déchirées d’Elenor avant de poser la pile ainsi formée sur la table de chevet, à proximité du lit. Sa patiente n’était toujours pas tout à fait remise, il en faudrait encore d’un peu de temps avant de la trouver suffisamment vaillante pour rentrer seule dans son logement. D’ailleurs, la jeune femme se posait la question de son lieu d’habitation – le Ceste, sa demeure dans les Quartiers Nobles ? – lorsqu’Elenor reprit la parole, interrompant ses réflexions.

« Ne me remerciez pas, je ne fais que mon devoir… » A vrai dire cela la gênait toujours lorsque ses patients en arrivaient aux remerciements. Un sourire embarrassé s’installa sur son visage : n’eut été qu’elle, elle aurait préféré ne pas faire payer ses soins à quiconque. Cependant, il fallait bien vivre et renouveler les plantes… « Mais j’apprécie votre présence… » avant de rajouter précipitamment « ...et le fait que vous vous remettiez. »

Après cette discussion longue et riche en idées et idéaux, ses derniers mots lui faisaient l’effet d’un ramassis d’idioties. La présence d’une personne dans la boutique d’un guérisseur avait rarement de quoi réjouir, et elle…
Pour cacher son embarras, Lell quitta la pièce afin de quérir la cuvette d’eau et le linge demandé. Elle ne mit pas longtemps à trouver les objets, auxquels elle joignit un miroir, et lorsqu’elle les rapporta dans la petite pièce, Elenor choisissait déjà ses vêtements de rechange. La jeune guérisseuse ressortit, la laissant seule pour réaliser sa toilette, elle n’aurait pas besoin d’aide pour cela. Saisissant la coupelle au passage, elle retourna devant son établi, ce petit espace de travail que Grand-Mère lui avait accordé dès ses premiers jours ici. Et dire qu’au premier abord, elle avait trouvé la vieille femme complètement folle…
Un léger sourire emprunt de nostalgie éclaira ses traits tandis que son regard balayait les innombrables étagères de la réserve. Celles de la pièce d’accueil de la boutique ne contenaient qu’une infime partie des plantes et remèdes qu’elles utilisaient toutes deux. Ici se trouvait le véritable trésor de la chirurgienne que Lell partageait. Et désormais, Belladone aussi.

A peine engagée, elle recevait sa première mission. Cela l’exaltait autant que cette idée l’effrayait. Elle n’aurait surement plus un seul instant de répit et pourtant, malgré cette appréhension qu’elle avait de l’inconnu, elle s’en réjouissait par avance. Enfin elle aurait le pouvoir de faire changer les choses grâce à la dissidence, et cela commençait dès aujourd’hui.
Aux bruits d’éclaboussure provenant de l’autre pièce, Elenor ne devait toujours pas avoir terminé ses ablutions, aussi décida-t-elle de se mettre au travail dès à présent. Lell tenait à lui laisser un semblant d’intimité même si celle-ci était toute relative.
Saisissant avec précaution à l’aide de pincettes de bois la pointe du carreau, Belladone l’examina à la lueur du jour. Une pointe tout à fait classique munie de deux encoches pour y loger un maximum de poison. Elle devrait se montrer très précautionneuse, il ne devait pas rester beaucoup de produit sur l’objet, la majorité s’étant répandue dans le corps de la dissidente. Mais si son intuition était bonne, il ne s’agirait que d’une infime variante de celui que Lell avait déjà étudié. Cela lui ferait gagner un temps précieux.
Elle lâcha la pointe dans un bocal. Le poison serait certes dilué, mais ainsi il serait conservé jusqu’à ce qu’elle en trouve l’antidote.

Lell dressa l’oreille, le silence s’était fait dans l’autre pièce, Elenor devait avoir terminé. Attrapant d’abord un flacon sur l’une des étagères la surplombant, elle quitta ensuite son tabouret, adressant au passage une caresse à la chienne qui avait relevée la tête à son passage. Sa patiente, bien que toujours un peu pâle, avait meilleure mine maintenant qu’elle s’était débarbouillée de tout son sang, et la tunique propre faisait aussi son effet.
Elle resta appuyée au chambranle de la porte, attendant que le regard de la dissidente se tourne de son côté. Il y avait encore quelques petites choses que Belladone devait demander à Sipik.

« A vrai dire, il me reste deux questions à vous poser. La première, comment puis-je contacter la dissidence pour l’antidote ? A moins que vous ne veniez vous-même d’ici trois jours ? » D’ici là, si elle travaillait la majeure partie de son temps dessus, il serait prêt sans la moindre inquiétude. Mais il lui faudrait un moyen de le faire parvenir à la dissidence.

« La seconde, souhaitez vous que je vous aide à retourner chez… chez vous ? »
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Ven 4 Mar - 0:46

En voyant la jeune femme disparaître, Elenor retomba complètement sur le lit qui l’accueillait. Elle avait fait jusque là des efforts considérables, mais inconscients, pour tenir et garder un minimum de consistance, mais à présent qu’elle n’avait plus personne à impressionner ou pour le moins devant qui garder la face, il lui sembla que toutes ses forces l’abandonnaient d’un coup. Elle pouvait de nouveau bouger, Lell avait fait du bon travail, et la douleur à sa jambe, tant qu’elle ne la sollicitait pas, était plus qu’anecdotique, mais l’épuisement, lui, était sincère… Elle était tendue depuis que cette maudite fléchette s’était plantée dans sa cuisse, nerveuse, et la pression relâchée, c’était tous ses efforts qui semblaient s’écrouler d’un coup.

Sa tête s’enfonça profondément dans l’oreiller, son dos se détendit, ses jambes aussi, et elle ferma, l’espace de quelques instants, les yeux… Que ne pourrait-elle rester là jusqu’au crépuscule… Tranquille, sereine…

Et pourtant il faudrait bouger, bientôt. Lorsqu’elle entendrait Lell revenir les bras chargés de ce qu’elle lui avait demandé.

Tandis que la jeune femme s’était absentée, Elenor se replongea dans les souvenirs qu’elle avait d’elle. De son entrée dans l’armée, des brimades, et de sa Volonté exceptionnelle… Lell n’était pas une combattante remarquable, du moins pas aux yeux d’Elenor, mais elle avait eu beaucoup à affronter à cette époque là, et elle l’avait fait avec intelligence. A cette époque là… Elenor était une femme forte et en pleine possession de ses moyens… Et elle, une jeune fille aux yeux vairons, cible des injures, voire des coups dès que possible.

Chose rare pour elle, Elenor avait conçu à cette époque une certaine affection pour la jeune femme, elle qui les trouvait en général trop geignardes pour mériter son attention. Elle en avait botté, des culs, pour elle. Ceux qui étaient trop grands et trop costauds pour être mâtés par les petits poings souples de la guérisseuse, et ceux qui étaient trop stupides pour recevoir ses traits d’esprits. Dans tous les cas, une séance prolongée de décrottage des latrines, assortie du curage des écuries avait tendance à calmer les esprits les plus belliqueux. Et lorsque cela ne suffisait pas, il était toujours possible d’en envoyer un ou deux à l’infirmerie, sous le couvert d’une séance d’entraînements musclées.

Elle s’était intégrée à certaines des soirées que les aspirants passaient entre eux, se souvenait notamment de celle où sur son conseil Lell avait finie sous les mains d’un tatoueur, sous les gloussements ivres d’un capitaine de l’armée légèrement dépassé.

Finalement, un bruit à côté lui rappela la présence de la jeune femme, et Elenor se décida à bouger.

Au prix d’efforts fournis et de douleurs vives dans sa cuisse, elle se redressa, et s’assit au bord du lit. Prise de vertiges, elle se stabilisa maladroitement de sa main gauche, raide et instable, pour fouiller de la droite dans les vêtements entreposés là par la jeune femme. La tunique lui irait mieux, et elle était plus légère que la chemise. Avec la chaleur qu’il faisait dehors, c’était un détail bienvenu. Quant aux chausses, compte tenu de l’état des siennes, elle n’avait guère le choix. Elle dépliait la tunique et en évaluait la taille lorsque Lell revint avec la bassine et l’eau demandées.

Après l’avoir remerciée, Elenor se dévêtit avec des gestes gauches, sa main toujours aussi handicapante après toutes ces semaines d’infirmité, et finit par se débarrasser avec des gestes nerveux de la chemise qu’elle peinait à dégrafer. Torse nu, ses tatouages comme une dentelle ouvragée et riche sur sa peau claire, elle prit le temps de se faire quelques ablutions, se débarrassant de la sueur et de l’odeur de la peur et du risque… Une fois saine, et propre, elle dénoua ses cheveux qu’elle lâcha et démêla, ses doigts enduits d’eau propre.

Puis la tunique tomba sur ses épaules, et elle entreprit de se débarrasser, avec beaucoup de difficultés cette fois, de ses chausses. Elles étaient irrécupérables, aussi Elenor les plia-t-elle pour les mettre à part, dans un coin. Elles s’en débarrasseraient plus tard. Là encore, elle prit le temps de se laver. Elle insista particulièrement sur sa cuisse, sur laquelle, là où l’étoffe s’étaient déchirée, la peau était assombrie par ce qu’il restait de sang et de poussière. Le geste, douloureux, lui arracha quelques rictus, mais elle s’échina néanmoins jusqu’à ce que le tout lui semble irréprochable. Elle avait suffisamment d’expérience du combat pour savoir qu’une bonne hygiène, en cas de blessure, était souvent garante de rémission…

Suivirent les chausses qu’elle enfila a grand peine, ne se sentant toujours pas capable de se lever sans flancher.

Enfin, elle se servit du miroir pour, à l’aide d’eau et d’étoffe, nettoyer son visage de toute trace de maquillage. Elenor, pâle de nature, et ne s’exposant que très peu depuis sa blessure, ne se poudrait pas, mais elle optait souvent pour du khôl qui minimisait ses traits typés, seul indice réellement parlant de sa physionomie. Les gens du nord étaient rares à la capitale, d’autant plus dans le bas-peuple. Mais il était de notoriété commune que le Vieux Lion avait trouvé là-bas une femme excentrique, et que sa fille avait les traits sauvages de ces contrées reculées…

Mais aujourd’hui, ce n’était pas une femme du nord, que le Guet avait blessé, c’était une brune mystérieuse, aux cheveux tirés et aux sombres atours recouvrant tout son corps.

Une fois son reflet net, elle le rinça une dernière fois, savourant la fraîcheur de l’eau, puis entreprit à grand peine de remettre ses bottes, et sa ceinture par-dessus la longue tunique.

Elle avait l’air un peu plus saine comme ça, et Lell avait bien fermé la plaie : aucune trace de sang ne filtra des chausses…
Il faudrait juste qu’elle soit prudente, et qu’elle marche tranquillement après ça.

Elle était encore assise, et tentait de réaliser une tresse lâche de ses cheveux, chose compliqué avec une main raide, lorsque Lell reparut. Elle laissa alors tomber, et défit le tout puis accorda aux questions de la jeune femme toute son attention. Elle y réfléchit quelques instants, puis s’appuya au lit pour se lever. Elle avait bien fait, car elle fut aussitôt saisie de vertiges. Finalement, stabilisée, elle pu tester de la stabilité de sa jambe et, quoi que la douleur ne fut intense et que, sur le muscle bandé, elle eut l’impression (fausse, fort heureusement) que les points allaient lâcher, elle fut rassurée : elle marcherait bientôt sans douleur. Très bien.

« Non, je viendrais, ne t’en fais pas. Je ne pourrais pas courir dans les ruelles avant longtemps, je pourrais donc bien venir te rendre une petite visite… »

Un léger sourire. Elenor ne tiendrait pas en place bien longtemps, même avec des douleurs pareilles… C’était la seule mission en perspective qui ne lui demanderait pas d’efforts trop importants avec la blessure qu’elle aurait à se traîner.

« Mais dans l’immédiat… oui je dois avouer que ce ne serait pas plus mal… Il y a un endroit, non loin, où je serais à l’abri sans vous compromettre, toi ou ton mentor. Je pense pouvoir masquer la douleur quelque temps… Mais on ne sait jamais ce qui arrive, n’est-ce pas ? » Une bousculade de rue… La venue du Guet… Elenor avait frôlé de peu la mort, aujourd’hui, et c’est en formulant ces mots qu’elle le réalisait… Que se passerait-il, le jour où elle serait prise trop loin de l’atelier des guérisseuses ? Que se passerait-il si cela arrivait sans qu’elle n’ait sur elle le fameux antidote ?

Un frisson parcourut son échine.
Pour s’occuper, ses mains tremblant légèrement, elle lissa la tunique sur ses cuisses et cilla. Un pas, deux pour s’entraîner à ne pas boiter en dépit de l’intense douleur… Et elle serait prête pour la petite expédition.
Le résultat, à défaut d’être concluant, serait suffisant.

Comme constat final, elle lâcha alors d’une voix morne, un léger sourire d’excuse aux lèvres : « Tout de même… Ce n’est pas passé loin… » De quoi faire trembler un rocher…
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MessageSujet: Re: On demande un Médecin à l'accueil   Lun 7 Mar - 18:13

Lell ne put empêcher de s’étirer la grimace d’appréhension lorsqu’elle vit Elenor tenter de se mettre debout toute seule, mais elle réussit cependant à réprimer son mouvement premier, se précipiter aider sa patiente n’était pas la meilleure des idées. L’ancien capitaine avait beau être blessée et mal en point, la guérisseuse ne doutait pas de ses capacités à pouvoir l’engueuler si elle prenait des initiatives non souhaitées. Lell pensait connaître suffisamment son ancien mentor pour évaluer quand son aide serait, ou non, appréciée. Elenor n’était pas femme à se laisser materner sans rien dire, et puis maintenant qu’elle se trouvait debout, sa Volonté primait sur celle de la guérisseuse, quoi qu’elle puisse dire.
Son poing serra la petite fiole qu’elle tenait toujours, seul mouvement qu’elle s’autorisa à cet instant, tandis que son regard ne quittait pas l’endroit approximatif de la suture, dissimulé par le tissu. Cependant, son anxiété ne se trouva pas confirmée, les chausses qu’elle venait d’enfiler restèrent immaculées de l’écarlate appréhendé. Alors, quoique manquant légèrement de stabilité sur ses appuis, Sipik répondit à sa première question. Lell eut un sourire. « Je serais heureuse de vous revoir alors… » Et ses mots étaient sincères.

« Effectivement, beaucoup de choses peuvent arriver en pleine rue. C’est pour ça que je serais ravie de vous raccompagner jusqu’à cet abris. Et puis à deux, nous attirerons moins l’attention, et il sera plus facile d’éviter les quelques désagréments qui se dressent parfois sur un chemin. »
Cependant, elle ne fit pas un geste, restant appuyée au chambranle de la porte. Elle devait laisser Elenor se familiariser avec sa jambe et la douleur qu’elle générait afin qu’elle puisse jauger de l’aide dont elle aurait besoin. Les points tiendraient, si elle ne faisait aucun autre effort que celui de marcher. Dans le cas contraire, la plaie trop sollicitée ne mettrait pas bien longtemps à faire fi de la couture…

Constatant qu’Elenor paraissait avoir trouvé les limites de sa jambe, Lell quitta le chambranle pour s’approcher d’elle. Il était temps de se mettre en route, mais le sourire d’excuse et les quelques mots de sa patiente l’arrêtèrent. Non, effectivement, ce n’était pas passé loin. Que se serait-il passé si Sipik s’était trouvée dans un tout autre secteur de la ville ? Elle ne souhaitait guère y penser, mais pourtant, elle était désormais elle aussi une dissidente, ce genre de souhait lui était dès aujourd’hui refusé. Lell ferait cet antidote, pour Elenor, et pour ces autres personnes qui appartenaient, comme elle désormais, à ce mouvement de l’Ombre, traqué par le Guet. Il ne fallait pas quelqu’un, n’importe qui, puisse tomber entre leurs griffes. Jamais. Sa Volonté était renforcée, elle était déterminée à concocter le remède au paralysant.
Elle rendit à Elenor son sourire, mais elle le lui donna plus sûr.
« Peut être, mais votre Volonté a fait la différence, et tant que vous ne renoncerez pas, elle le fera. » C’était sans doute davantage un souhait qu’une vérité, mais pour la jeune femme, c’était ce que représentait avant tout à ses yeux son ancien capitaine. Elle avait eu la chance d’avoir pour mentors deux femmes au caractère et à la Volonté hors norme, et il était inconcevable pour elle des les voir la perdre.

« Tenez, prenez ceci, c’est la même chose que ce que j’ai donné à Sieben la dernière fois. Mais il vaut mieux que vous n’en preniez qu’une fois rentrée, pour marcher ça n’est pas bien terrible. » Lell mit le flacon dans la main d’Elenor, avant de se placer à côté d’elle pour la soutenir au cas où elle flancherait. « Venez avec moi, nous allons sortir par devant. Après tout, nous n’avons rien à cacher. » Elle partit d’un plus grand sourire, avant de la guider à pas lents jusqu’à l’entrée de la boutique. La chienne resterait là pour garder la place, elle ne tenait pas à devoir la surveiller en plus de sa patiente. Saisissant la clé au crochet, elles franchirent la porte, que Lell referma derrière elles, avant de saisir le bras d’Elenor et de le coincer sous le sien.

« Rassurez vous, bien que très à la mode, c’est une façon de marcher que j’exècre au plus haut point mais… il faut bien avouer qu’il sera plus facile pour moi de vous rattraper si vous chancelez. Et puis elle a l’avantage d’obliger les marcheurs à adopter un pas lent. »

Une légère inspiration de sa compagne, et elles se mirent en route, mais ce n’était ni vers les Quartiers Nobles, ni vers l’Auberge du Ceste Clouté…
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