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 Eclipse

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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Eclipse   Mar 24 Aoû - 15:36

    La vie avait doucement repris son cours au Ceste… A quelques petites différences près. Les Olarii étaient toujours là… Sieben aussi, qui se remettait doucement et parvenait de mieux en mieux à tenir la boutique… Et Elenor. Toujours là, toujours inutile. Enfin, pas pour tout le monde. Car derrière son faciès marqué, il y avait un certain soulagement. Comme l’un des poids qui alourdissaient son âme qui s’était affranchi de sa conscience.

    Un deuil en moins à porter, ce n’était pas négligeable.

    Et quel deuil…

    Le jour où elle l’avait retrouvé, elle était rentrée au Ceste avec un certain soulagement. Elle avait tardé, erré dans les rues quelque temps, puis avait retrouvé l’auberge et son aubergiste. Quelque chose avait changé, en elle. Elle avait pensé longtemps aux propos de Lan. Egoïste, c’était ce qu’elle devait devenir. Penser à elle, reconquérir sa force passée. Comment ?

    Elle s’était accordée une soirée, une soirée de plus avant de se reprendre en main pour de bon. Combien de fois avait-elle pris cette décision ? La dernière, ça avait été suite à l’affaire de Xander mais… Mais elle n’y était pas parvenue. Pas encore sortie de sa convalescence, sa blessure encore trop fraîche. La nuit, elle s’éveillait encore, en proie à la douleur. Et souvent, elle se prenait à vouloir user de sa main gauche, incapable, maladroite. C’était un apprentissage qui devait durer des mois. De longues nuits, de longues journées affables, pour finalement retrouver sa mobilité, son agilité.
    En attendant, elle devait souffrir en silence, tranquillement, jusqu’à retrouver sa vraie nature. Jusqu’à retrouver ses forces. La femme qu’elle devrait être. Et non plus celle qui vivait au crochet d’un homme.

    La nuit avait été plutôt calme, puis la matinée, comme à son habitude, plutôt lourde. Elle n’était pas une créature de l’aube, plutôt de la nuit, et cela se vit à ses traits tirés, ses yeux plissés… Cheveux dépeignés, chemise baillant sur sa peau tatouée. Une certaine forme de sensualité, sauvage, carnassière comme un fauve qui sortirait doucement de sa torpeur. Une fois en bas, elle s’installa au comptoir. Sieben n’était pas là, ce matin. Sans doute en cuisine, ou dans les réserves, à pleurer sur les manques qu’ils doivent à la hausse des prix. Foutu siège…

    Un signe, un garçon vient lui servir… Du lait ? De chèvre, oui. Pour une fois. Elle grommela un merci devant le gobelet et y trempe les lèvres. D’habitude, au réveil, c’est du cidre, ou de la bière.
    Mais il faut se reprendre en main, il paraît. Elle se donnait du temps pour boire.
    Et pour s’en donner un peu plus encore, elle laissa son regard vagabonder sur les tables. Olarii, humble, olarii… Quelques gosses qui couraient, bruyants, entre les tables, et puis un militaire.

    Un militaire ? Elle plissa les yeux, et déposa lentement son verre sur le comptoir. Sa tête lui disait quelque chose. Un militaire, qu’elle connaissait… Mais d’où ? Ce n’était pas l’un de ses hommes, ni l’un de ses amis d’antan. Il ne l’avait pas repérée, mais il avait l’air mal à l’aise. L’air de chercher quelqu’un…

    Doucement, les yeux d’Elenor s’écarquillèrent, et sa bouche s’entrouvrit pour se refermer sans un bruit.

    L’un des suiveurs de son père. L’un de ceux qui avaient voulu la retenir, ce fameux soir…

    Elle repoussa le gobelet avec lenteur, elle devait s’éclipser avant qu’il ne la remarque. Ses fesses se glissèrent du tabouret comme s’il eut été recouvert de verglas, et ses pieds battirent la mesure en toute finesse, jusqu’aux escaliers. Une fois éclipsée incognito, elle se sentie prise de nausées.
    Dans leur chambre, elle faisait les cent-pas, en tout sens, autour du lit, devant le buffet. Elle se croisa dans le miroir pour se jeter un regard mauvais.

    Panique, crainte, peur… Pourquoi diable était-il là ?
    Venir la chercher ? Oui, il attendait quelqu’un. Qui d’autre ?

    « Merde »

    Elle n’avait pas prononcé ces syllabes que déjà elle s’était mise à fureter dans la grande malle où ses affaires étaient regroupées. Dans deux grands sacs de jute, elle fourra des vêtements, pantalons, chemises, corsets et bustiers… Rien de bien précieux, mais ce qu’il lui faudrait pour tenir un moment sans plus revenir au Ceste. A l’ombre, elle devait rester à l’ombre un moment. Son argent… Tout. Elle avait emporté un bon magot en descendant de la ville haute. Vidé son petit coffre, contentant ses pierres précieuses et de nombreux Edors. A nouveau, le sac fut renversé dans ses bagages. Une dague, planquée dans sa cuissarde, une épée à sa ceinture.

    Et maintenant, il fallait qu’elle sorte, par derrière, et qu’elle disparaisse dans le dédale des ruelles… Chez Eleni ou… Chez Lan. Oui, chez Lan, il la planquerait sans rien dire. Au pire, quelques pièces suffiraient à attendrir sa conscience.

    Au passage, elle rafla un foulard et le balança autour de son cou. A portée de main, s’il était nécessaire de se masquer.
    Sacs balancés sur l’épaule, œil vigilent, elle s’apprêtait à sortir lorsqu’elle entendit les escaliers grincer.

    « Bordel. »

    En panique, elle sortit de la chambre puis alla s’engouffrer dans le couloir pour s’y planquer. Ce ne serait pas suffisant, elle serait obligée de passer devant la chambre, si elle voulait s’échapper… A moins de… Non, sauter par la fenêtre, ce n’était pas prudent. Elle ne s’y risquerait qu’en dernier recours.

    Elle entendit alors les grincements se rapprocher. Tout près, bientôt…

    La dague apparut, et malgré le fardeau qu’elle avait sur le dos, elle était prête à en découdre. Non, elle ne se laisserait pas prendre. Elle refusait de perdre cette manche là. Xander, Amarante… Personne ne l’aurait jamais contre son gré. Et si c’était sa quiétude et la vie avec Sieben qu’elle devait sacrifier, et bien soit.

    Elle allait le voir.

    « … »

    Sieben.


Dernière édition par Elenor Jagharii le Dim 3 Oct - 16:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Eclipse   Mer 25 Aoû - 5:56

Les Olarils mangeaient comme s’ils avaient toujours eu faim dans leur vie, et les Ilédors buvaient pour oublier qu’ils étaient assiégés. Les deux facteurs conjugués faisaient que les affaires marchaient bien tant qu’il y avait des stocks. Et ces stocks commençaient à poser problème : Les deux tiers des fournisseurs habituels de Sieben n’en avaient plus, et il n’était pas le seul client du tiers restant. Dans ce genre de période, le marché noir s’installe et prospère.

C’était justement le marché noir qui était venu frapper à sa porte.

Il avait d’abord pris la forme d’un miracle annoncé par un prophète en manteau brun qui prétendait pouvoir lui vendre autant de bière qu’il voulait à « seulement » une fois et demi le prix normal du marché. Il y avait déjà de quoi exorbiter les yeux, mais à l’entendre, c’était une affaire, il devait absolument venir voir, son argumentaire fut tellement long et passionné que les serveurs s’étaient rassemblés autour de Sieben et l’interlocuteur.

Sieben était sceptique, et il savait que l’homme n’était pas tout à fait honnête, mais son équipe de serveurs n’était pas aussi catégorique que lui : pour eux, l’alcool ce n’était pas seulement quelque chose à boire, c’était surtout leur travail et leur gagne pain et voir leur patron mépriser une telle source d’approvisionnement les fit frissonner : une fois les réserves vides, qu’il n’y aurait plus rien à servir, qu’adviendra t ils d’eux ?

Le Patron renâcla et fut long à convaincre, comme à chaque fois qu’il n’était pas d’accord. Il y sentait une odeur de pourri, mais pour rassurer les serveurs, et surtout pour qu’ils ne fassent pas de bêtises du genre aller voir seul, il céda. L’homme en manteau brun avait eu un grand sourire amical et lui avait tapé dans le dos. La charrette, disait il l’attendait dans la rue d’à côté.

La rue était proche du Ceste, mais elle était surtout proche du coupe-gorge : c’était une impasse étroite et invisible depuis la rue principale. Y caser un cheval, un tonneau et deux hommes bâtis en baraques relevait de l’exploit. Sieben vérifia que ses manches étaient bien retroussées.

« Regardez, monsieur Raetan, de la vraie bonne bière, de quoi tenir trois semaines ! Je vous le fais pour seulement septante plats le gallon ! »

Septante ? Il venait de la région Nord est d’Isle. Ce n’étaient pas les plus honnêtes des Ilédors à ce qu’on disait. Sans jamais lâcher des yeux les deux copains du manteau-brun, il ouvrit délicatement une ouverture et renifla l’odeur de la bière. Il resta la barbe plissée un moment.

« Dites moi, vous me proposez ce pissat d’âne uniquement parce que vous savez que je ne suis pas le plus pauvre des aubergistes n’est ce pas ? »
« Je ne comprends pas… »
« Je refuse votre bière. »

Il referma brusquement l’ouverture du tonneau pour signaler que c’était irrévocable. Le sourire du manteau-brun disparut complètement.

« Vous l’avez ouverte cette bière vous devez la payer ! »
« Que dalle, allez arnaquer un autre travailleur… »
« Je vous forcerai à la payer ! »

Le copain droit du manteau-brun fit un ou deux pas vers Sieben en faisant craquer ses phalanges. Il était aussi large que l’aubergiste, mais plus grand d’une tête, et il impressionnait par son crâne rasé. Un sourire malsain dévoilait des chicots en mauvais état. Sieben avait raison : c’était une arnaque en règle. Le copain du manteau-brun frappa une ou deux fois dans ses paumes, cela faisait partie de son petit numéro d’intimidation.

Sieben Raetan avait enlevé ses bandages tout justes la veille, et n’avait fait aucun exercice physique violent. Il ne savait pas quel serait le résultat d’une telle explosion d’activités comme elle s’annonçait. Cependant, une chose le poussait à ne pas trop s’inquiéter : les deux gros-bras n’étaient pas des gens qui savaient se battre, c’étaient juste des musclors sans technique ni entraînement. Et puis, Sieben avait une revanche à prendre.

Il voulait se montrer qu’il était encore un bon lutteur. Il avait raté son coup la dernière fois.

« Mon garçon, il ne suffit pas de faire cent kilos et d’avoir le crâne rasé pour vaincre un ancien champion. »

Il enfonca ses doigts comme une fourche dans les yeux de l’autre. C’était interdit par la Lutte Ilédore, mais il fallait privilégier la sécurité. Le deuxième gros-bras partit à l’assaut de Sieben qui d’un geste fluide le cueillit en pleine course et le fit valser par-dessus son épaule grâce à une prise du deuxième degré. La deuxième brute finit sa course en ripant contre les pavés jusqu’à cogner le mur. Il ne bougea plus après. Pendant ce temps là, le manteau-brun avait dégainé son poignard et comptait aider ses copains, mais au lieu d’attaquer en même temps qu’eux, il était tout seul. Attentif, Sieben le laissa lancer deux trois attaques dans le vide, lui agrippa le poignet en un geste vif et d’un seul mouvement lui fit une clé au bras. Le manteau-brun hurla de douleur et lâcha son arme.

Ca allait finalement, sa convalescence s’était très bien passée. Il lâcha le bras de l’escroc pour le frapper à la nuque, et laissa celui qu’il avait aveuglé au fond de la ruelle. Il remit enfin ses manches sur ses bras.

Arrivé à l’auberge il fit une moue négative à l’attention de ses serveurs et frappa dans ses mains pour se faire comprendre. C’est fou à quel point le langage des gestes pouvait être expressif. Il remettait son tablier lorsqu’un coup d’œil panoramique lui signala quelque chose d’anormal. Un homme en armure se rapprochait à pas de loups de l’escalier qui menait aux étages. Il aurait eu une démarche normale, il aurait atteint le premier étage avant que Sieben ne se rende bien compte. Mais là, en affectant l’espion aux abois, il déclencha les soupçons. En tablier et manches abaissées, il alla directement à la rencontre du soldat.

Ce fut un étrange dialogue silencieux qui s’instaura entre eux deux. Le soldat remarqua l’imposante présence du patron et le fixa. Sieben ne bougea pas d’un pouce, immobile comme un roc, les bras le long du corps. Lentement, la main du soldat se déplaça vers la dague qu’il avait à la ceinture, Sieben en contrepartie remonta ses manches au dessus du coude. Avec son tablier, il ressemblait presque à un boucher. Une interminable pause sans paroles s’établit pesamment entre eux, puis le soldat lâcha le pommeau de son arme et battit en retraite.

Il n’y avait pas trente six choses dans cette auberge qui pouvait attirer l’attention d’un soldat. Toujours en tablier, dès qu’il fut sûr que l’intrus était sorti il monta les escaliers pour demander des explications à Elenor. Comme d’habitude, les planches craquaient, grincaient et couinaient sous son poids, il s’était toujours dit que c’était la meilleure alarme qu’on pouvait imaginer.

Lorsqu’il ouvrit la porte de la chambre et qu’il vit les placards ouverts et le désordre général, il fronça les sourcils. La conclusion était claire mais il avait du mal à l’accepter, il refusait de la valider. Elle n’avait pas… ?

La chambre n’était pas la seule pièce de l’étage, Elenor devait être ailleurs. Il remonta le couloir peu à peu, encore une porte, la porte suivante…

Son poing faillit jaillir lorsqu’il vit la dague en embuscade, mais il reconnut Elenor avant même d’avoir ce reflexe. Elenor avec un sac de jute sur le dos et un foulard sur le visage, prête à partir, ou plutôt à s’enfuir.

Le silence blessé de Sieben dura pendant dix interminables secondes. Regardez vos montres ou horloges, et vous verrez que c’est une éternité.

Une voix douloureuse sortit de sa barbe :

« Il va falloir que tu me donne deux explications : un, que tu m’explique pourquoi tu pars. Deux : qui était l’intrus en armure en bas. »

Il n’avait pas du tout l’air de bondir de joie, au contraire.
[b]
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Eclipse   Jeu 26 Aoû - 8:10

    Ca tombe bien, Elenor ne bondissait pas de joie non plus. En le voyant sortir de la chambre, elle déglutit et alla se cacher un peu plus loin, dans un recoin sombre du couloir. Elle ne voulait pas… Elle ne voulait pas lui parler, lui dire au revoir. Parce qu’elle avait peur de voir ainsi s’envoler toute sa Volonté et de rester. Et de se faire prendre et…

    Et de ne jamais évoluer.

    Alors elle tenta de fuir, grognant de temps à autre : à la suivre ainsi il aiderait l’autre à la débusquer. Comment pouvait-il être sur de ne pas avoir été suivi ? Il la mettait en danger, avec son inconscience.
    En grave danger.
    Elle ne risquait pas la mort, mais un mariage forcé, pour elle, serait sans doute plus cuisant que celle-ci. Et connaissance son père, elle pouvait sans nul doute lui faire confiance pour trouver le moyen de lui couper toute retraite, quelle qu’elle fut.

    Acculée, dans l’impossibilité de se cacher davantage, il finit par la repérer. Regards croisés, un coup d’œil à la dague qu’elle portait toujours. Au cas où. Il parlait. Il parlait doucement, mais c’était déjà beaucoup trop fort. Alors la poigne d’Elenor le saisit, dague glissée dans sa ceinture, et elle le fit pivoter pour l’adosser au mur à côté d’elle et jeter dans le couloir vide un regard fébrile. Ses questions, elle les avait entendues, mais d’un geste elle lui intima le silence, prenant son temps pour répondre. Bon. Ils avaient l’air seuls. Sans cesser d’épier le couloir, elle finit donc par prendre la parole d’une voix blanche.

    « Il fait partie de la garde rapprochée de mon père. Il ne me fera aucun mal. » Sans ça, elle n’aurait pas aimé être à la place dudit soldat une fois en devoir d’expliquer à Amarante pour quelle raison sa fille lui revenait blessée. « Mais il ne doit surtout pas me trouver, surtout pas me voir. Autrement, c’est moi qui lui en ferais. » Toujours de profil à lui, elle ajouta plus doucement encore : « Y a-t-il un accès pour le toit, d’ici ? »

    Elle jeta un petit coup d’œil brillant à Sieben. Elle chuchotait. L’étage était plongé dans un profond silence. Tout intrus serait annoncé par le plancher. Bon.

    Elle se tourna plus franchement en sa direction et abaissa le foulard qui couvrait la moitié de son visage.

    « Je pars. S’il est là, c’est qu’ils ont décidé de venir me chercher pour ce foutu mariage. Je ne t’y mêlerais plus, à l’avenir. » Elle déglutit. Ce n’était pas par altruisme qu’elle partait.

      « J’ai sans doute été égoïste de ne pas revenir et je n’ai pas pensé à votre douleur autant que j’aurais dû. Mais tu me connais : je SUIS égoïste ! Et je me dis que, parfois, tu devrais l’être davantage … »


    Elle abaissa un regard qui n’avait pourtant rien de coupable. Détermination, Volonté.
    « C’est mon combat. Moi, et moi seule. Je m’en vais. Pour leur revenir plus forte. Leur revenir telle que j’étais avant tout ça. Je ne perdrais plus. »

    Les yeux plissés… Elle se rendait compte de la souffrance que ses propos devaient soulever en lui.

    « Mais avant, j’ai un service à te demander. J’avais ici une mission. Confiée par la Dissidence. J’aimerais pouvoir te la confier… Avant de partir. »

    Pour alléger sa douleur, mais aussi et surtout parce que oui, elle allait devoir mettre un terme à une mission primordiale. Quand bien même elle se donnerait les moyens de surveiller leur Chef, elle n’aurait plus l’occasion d’avoir sur l’ensemble de leur peuple un regard vigilent. Et il allait bien falloir que quelqu’un, ici, s’en occupe.

    Sieben était parfait pour ça. Et pour le moment, c’était une mission pacifiste.
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MessageSujet: Re: Eclipse   Ven 27 Aoû - 5:44

Alors… c’était fini ?

Xander avait gagné ?

La neutralité relative du « beau-père » était terminée, il était temps à présent qu’il récupère sa fille et que les conventions sociales prennent leur revanche. Le bal était terminé, les douzes coups de minuit sonnaient, et Elenor devenait une poupée en porcelaine tandis que Sieben se métamorphosait en clébard plein de puces. Fin du conte de fée, bienvenue dans le monde réel et cynique. Rideau.

Sieben ne jouerait plus au chevalier. En guise d’armure, il avait des bandages et ses poings n’étaient pas des armes face à de vrais combattants. Il avait eu du mal à ne pas se faire tuer par trois mercenaires, que dire de dix soldats réguliers ? Il avait eu ses deux minutes de gloire face aux Illgéraxans lors de ses vingt ans, du temps où il était un demi-dieu tout en muscle et en jeunesse. Pas un aubergiste grisonnant dont le corps se laissait gagner par la brioche. Il n’était plus un héros. Il était monsieur Raetan, de la petite bourgeoisie, paisible commerçant, un civil… Un jour il s’y ferait mais pas aujourd’hui :

Il avait l’impression de perdre Elenor parce qu’il n’était plus capable de la protéger.

Du temps où elle était à la caserne, pas de problèmes : Elenor n’avait pas besoin d’être protégée, c’était elle qui protégeait les autres. Après son accident, Sieben avait servi d’ancre, elle s’était accrochée, était demeurée sur ce rocher accrochée comme une huître. Il avait servi à la protéger, à l’aider à se reconstruire dans une certaine mesure, du moins lui donner un cadre qui lui permettait de sortir de sa torpeur. A présent, Elenor était à peu près reconstruite, prête à une renaissance, et l’auberge du Ceste ne suffisait plus. Au contraire, elle se muait en cage et en piège. Xander et Amarante savaient très bien où vivait leur promise et fille, ils rôdaient pour l’enlever. Il fallait. Il le fallait. Il fallait qu’il ouvre une fenêtre et qu’il la laisse s’envoler.

Finalement, même s’il n’avait pas été tué au Canal, quelque chose était quand même mort ce jour là. Son couple.

Quarante cinq ans, un homme vivait en moyenne soixante-dix ans. Faites le calcul : vingt cinq ans de solitude à l’horizon, dans le souvenir et la nostalgie d’une femme qui écrasait les souvenirs de toutes les autres. Vingt cinq ans de désert avant la fin, où il n’y aurait plus que lui, son auberge, et ses souvenirs d’époques plus intéressantes. Le bonheur ne semblait pas vraiment se rapprocher, il semblait même se refuser à toute personne âgée de plus trente ans. Et il fuyait ceux qui étaient encore plus vieux.

Elenor avait beau expliquer que ce n’était pas une perte d’amour, les résultats étaient les même, et surtout, ils étaient imminents : il y a trente secondes, il s’apprêtait à rassurer Elenor comme chaque jour depuis un ou deux ans, maintenant, elle partait sans avoir cherché à le voir ou lui dire au revoir. Imaginons qu’elle ait réussi, il aurait trouvé une chambre vide, une fenêtre ouverte et rien.

Où était la justice, où était la justesse ? Il s’était occupé d’Elenor comme de son enfant, il lui avait accordé asile à l’auberge, avait géré de front son auberge en expansion et la convalescence de son aimée, il avait aménagé l’auberge pour qu’un couple y vive. Et voilà ce qu’on lui donnait en échange de sa sueur et de son amour : on la lui volait.

La déception était donc le salaire de l’amour ? Et celui de la fidélité, était-ce la trahison ?

Trahison, trahison, trahison, trahison, trahison…

Le mot résonnait dans son crâne comme dans un clocher. Ce n’était pas une rupture, mais c’en avait le goût, l’odeur, et l’apparence. Sieben se sentait ravagé pareil, et il n’avait pas envie de le cacher. Mais il devait se maîtriser : Elenor n’allait pas avoir le rôle le plus facile, et si elle avait tenté d’éviter cette scène, Sieben savait que c’était pour une bonne raison, qu’il comprenait en plus. Il ne devait pas l’empêcher de partir, il devait l’aider au contraire. C’était contraire à sa volonté, mais c’était la vie d’Elenor qui était en jeu.

C’étaient les derniers moments qu’il passait avec elle, il voulait encore la sentir, la toucher. Ses mains épaisses surgirent et s’agrippèrent à la taille d’Elenor. Il ne l’attira pas à lui, ce fut lui qui se rapprocha d’elle. Une fois leurs deux corps en contact, il lui dit à l’oreille :

« Vas y confie moi cette mission. Ne laisse rien ici. »

Ni présence, ni affection ; ni romance, ni sentiments ; ni souvenirs, ni projets.

« Et réponds moi à cette question : »

Une question qui venait de surgir de son cœur blessé et qui lui faisait mal par le doute qu’elle jetait.

« Tu dis que tu reviendras, mais en attendant quel souvenir garderas tu de moi ? »

Avait il été un bon compagnon ou bien avait il raté et gâché sa relation avec Elenor du temps où il l’avait encore ? De la réponse dépendait sa santé mentale future. En attendant, trois pensées dominaient sa conscience:

C’était fini.

Xander avait gagné.

Le salaire de l’amour était la déception et celui de la fidélité, la trahison.
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Elenor Jagharii
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MessageSujet: Re: Eclipse   Sam 28 Aoû - 17:05

    Se sentir soudain agrippée par Sieben lui arracha un grognement de surprise. Ses doigts se crispèrent sur le manche de la lame, puis elle croisa son regard. Elle ne voulait pas. Pas le toucher, pas qu’il la presse ainsi. Ses mains sur ses hanches comme un brûlure, soulignant le fait qu’elle passerait à l’avenir des nuits froides. Le sentir contre elle lui rappelait douloureusement ce qu’elle perdait en fuyant…

    Et pourtant, elle ne le repoussa pas, se contenta d’un soupir brûlant, et de fermer les yeux. Elle ne répondit pas à ses mains, les siennes vagues le long de ses flancs. Elle ne répondait pas non plus au murmure, le visage incliné sur le côté, comme pour l’éviter. Son souffle, dans son cou, la dérangeait. Son ventre contre le sien l’étouffait. Ses jambes donnaient aux siennes des crampes douloureuses…

    C’était Sieben, et il lui rappelait par trop ce qu’elle abandonnait. Si elle avait voulu partir seule et sans laisser de trace, ce n’était pas pour rien.

    Mais à présent qu’il était là, et à la question qu’il lui glissa, un gémissement lui échappa. Elle était pressée, elle…

    Lentement, son visage soutint celui de Sieben, puis elle fronça les sourcils. Un instant, il y eut de la colère dans sa voix.

    « Ne crois pas que c'est facile. Le souvenir que je garderais sera aussi beau que douloureux... Tu es… tu es un homme qui m’a sauvé la vie. Qui m’a offert l’hospitalité et qui a tenté de me protéger au péril de sa vie. »

    Stupidement.

    Elle déglutit.
    « Tu… tu es la seule personne que j’ai jamais aimée à ce point. Ca ne s’oublie pas. »

    Elle leva ces deux mains, prenant garde à ne pas l’entailler de sa dague, puis le repoussa pour ajouter, son regard planté dans le bois, à côté : « Mais malgré ça, je ne peux pas rester. Je ne peux plus. Je… Ne sous-entends pas que je puisse partir sans rien emporter de toi. »

    Elle voulait prendre ses jambes à son cou. Tout de suite. Il ne fallait pas attendre.

    « Pour la mission, c’est assez simple. Surveiller les Olarils, confier à la Dissidence absolument tout ce que tu peux apprendre sur leur compte. En particulier sur Lysandre. L’évolution politique au sein de leurs clans, les hypothèses pour le futur chef… Et toutes ces informations, il te faudra les confier à une personne en particulier.
    Elle baissa d’un ton et approcha doucement son visage.

    « Sipik. Demande Sipik, et elle viendra. A chaque fois. »

    L’intensité de son regard, une fois prononcé ce nom, en disait bien assez. Il avait Sipik sous les yeux.
    « Elenor doit disparaître pour un moment, tu ne la reverras plus avant longtemps. Si tu peux la revoir un jour. » Rien n’était moins sur, selon comment la suite se passait. Peut-être Sipik sombrerait-elle au combat, emportant avec elle la Jagharii… Peut-être prendrait-elle le dessus, incarnant sans faille le bras armé de Lan… Peut-être se conforterait-elle dans ce rôle sans risquer, jamais, de s’en défaire.

    Sipik n’était pas qu’un nom de code, elle était une issue de secours pour Elenor. Pour la soustraire aux obligations d’une femme.

    « Ne cherche pas à me revoir… en dehors. Ce serait trop dangereux pour toi. »
    Et pour elle, surtout.

    Enfin, une dernière instruction.

    « Il faudra officialiser ta situation auprès de nos chefs. Mais je ne peux pas le faire. Demande Eleni, explique lui tout cela si je n’ai pas encore pu le faire… Je ne sais même pas si je pourrais la voir avant longtemps pour lui raconter. » Il n’y a qu’une personne qui la verrait, le temps que tout cela se tasse. Le temps qu’il l’entraîne, et qu’elle retrouve sa puissance perdue.

    Il était temps. Au plus elle restait, au plus elle s’attardait avec lui, au plus elle prenait le risque d’être rattrapée par ses poursuivants. Il lui faudrait déjà sans doute courir la journée entière pour les semer… S’il était possible d’éviter qu’elle les retrouve en bas, plantés à l’attendre, cela irait mieux.
    Et puis, Lan risquait de mal prendre le fait de la voir débarquer, trois ou quatre chiens sur les talons.

    Elle regarda Sieben… Comme si c’était la dernière fois. Sa gorge se noua, sa nuque aussi. Maintenant, maintenant, par la fenêtre. Son bagage n’était pas trop lourd, elle pourrait se presser, même chargée… Mais…

    La douleur, la peine et la trahison qu’elle lisait dans son regard lui brisa le cœur.

    « Adieu… »
    Elle fit un pas, deux… Elle passa à côté de lui puis se figea… Sa main comme une serre agrippa son col pour l’abaisser à son niveau.
    Lèvres scellées avec force, et désespoir. Elle tremblait comme une feuille, au bord de larmes qui ne devaient pas couler. Déchirée en son sein par la plus insidieuse des blessures. Tous ces mois, elle avait craint qu’on ne les sépare… Et aujourd’hui, elle le quittait.

    Elle ne pouvait pas lâcher ces lèvres qu’elle embrassait, comme pour lui demander de la retenir… La rassurer, la sortir de ce cauchemar aux allures de vérité. Tellement aigre, tellement froid.

    Mais la souffrance ne mentait pas, et lorsqu’elle le lâcha, les jointures de ses doigts blanchis, yeux rougis par la détresse, elle était toujours là. « Pardon… »

    Puis, sans un mot de plus, elle s’enfuit en courant dans le couloir. La fenêtre… Une bordure, puis la rue. C’était comme ça qu’elle devait procéder.

    En l’ouvrant, elle réalisa la hauteur : « Merde. » Chargée comme une mule, elle risquait de s’y briser les jambes. Mais les bagages en tombant l’annonceraient. Se mordant les lèvres, elle cherchait une solution, toute à la panique et à la peine qui la consumait. Il fallait qu’elle disparaisse du Ceste, sa seule véritable demeure… Le plus rapidement possible…

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Sieben Raetan
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MessageSujet: Re: Eclipse   Mar 31 Aoû - 5:36

Il faudrait plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour que Sieben reprenne une vie au cours normal après cela, quelque soit la réponse d’Elenor, quel que soit la trace qu’il laisserait. Il savait déjà qu’il n’avait plus envie de servir, de compter et de diriger son auberge. La lassitude prenait déjà ses membres, et il n’avait plus qu’une envie, s’affaler le long du couloir et dormir. Dormir pour fuir et pour oublier, le sommeil valait mieux que l’alcool et assommé comme il était, il sombrerait facilement dedans.

Dans ce désastre, il restait une chose de positive : il avait été un homme de bien auprès d’elle, et elle lui était reconnaissante. Elle l’avait aimé sincèrement, autant que lui avait aimé cette femme si féminine et si masculine, et elle gardait quelque chose de lui. Elle conserverait sa forme qui avait fait que malgré l’apparente difficulté de leurs différences, ils s’étaient trouvés, ils s’étaient accordés, harmonisés. Elle restait son Elenor, l’Elenor de Sieben. Et lui avait envie de dire qu’il restait le Sieben d’Elenor, le Sieben qui était allé à la Ville Haute la chercher dans ses bras par amour. Le chevalier roturier et tavernier, le prince crasseux.

Il avait été le bouclier d’Elenor, mais ce bouclier l’handicapait dans sa fuite, elle devait le jeter, il pouvait comprendre ca. En tant que bouclier, il s’était pris plusieurs coups qui l’avait marqué, mais sachant que c’était l’abandon ou la perte d’Elenor, Sieben ne pouvait pas l’empêcher de fuir, il devait au contraire l’aider à fuir.

Par amour, il devait l’aider à partir. Par amour, il voulait qu’elle reste.

C’était la pire confusion qui pouvait exister, celle dont personne ne veut avoir à faire. Ce n’était même pas un choix, c’était une décision à prendre, et il préférait encore rester en retrait et laisser Elenor s’enfuir, sans l’aider ni la retenir, parce que cette position neutre était la moyenne entre les deux tendances contradictoires qui le déchiraient.

Il fut attentif à la mission qu’il devait désormais assumer car elle était l’héritage d’Elenor, ce qu’elle lui léguait. Il chérirait cette mission autant que son souvenir. Il se demanda pourquoi ce n’était pas lui qu’on avait chargé au départ de cette mission, mais il se souvenait qu’il fut un temps très récent où il était jaloux de l’entrée d’Elenor dans la dissidence. Finalement ce n’était qu’une flamme de lampe dans le vent. La question fut soufflée par le reste. Il acquiesça pour signaler qu’il avait compris.

Désormais, c’était à travers la Dissidence qu’il verrait Elenor, il la perdait au profit d’une Sipik occasionnelle, une femme au nom différent qui espérait il restait la même mais qui pouvait le savoir ? Dans ce qu’elle allait vivre loin de lui, n’allait t elle pas subir des changements tels qu’ils ne se reconnaitraient pas ? Les enfants qui quittent la maison deviennent souvent des étrangers aux yeux de leurs parents…

Une fois que le Moment fut arrivé, la pression devint encore plus intolérable, ce que Sieben ne pensait pas possible. La confusion et le tiraillement qui s’exerçait sur lui s’exacerbait.

Je ne veux pas qu’elle parte. Ne pas la retenir. Je ne veux pas qu’elle parte. Ne pas la retenir.

Il s’agrippa à ses propres cuisses pour s’empêcher de passer ses bras autours d’elle et de sentir une ultime fois son corps contre le sien, il venait de le sentir il abuserait, mais il voulait le sentir éternellement, qu’elle ne le quitte pas. Il serra sa mâchoire et se tapit contre le mur. Il ferma les yeux. Puisqu’il était incapable de l’aider, il ne ferait rien pour l’en empêcher. Surtout ne rien faire.

C’est pourquoi lorsqu’Elenor agrippa son col il se laissa emporter comme un chiffon. Pour un baiser. Le dernier, l’ultime baiser. Le Suprême, celui qui n’existe qu’en un seul exemplaire, que l’on veut faire durer, mais qui est justement celui qui est le plus fini d’entre tous. Et pourtant, il était si peu représentatif de tous les sentiments, de tous les liens qui avaient uni un ancien soldat reconverti dans la restauration et une militaire noble et fière. Il ne pouvait être qu’un fade rappel de ces moments d’intimités dans lesquels ils s’étaient épanouis tant l’un que l’autre. Au final, ce baiser était désespéré, il signait l’acte d’expulsion.

Il se refusa à la toucher pendant qu’ils s’embrassaient car le moindre contact aurait dégénéré en surprotection, il aurait été incapable de la laisser de nouveau libre de ses mouvements, il aurait peut être même été jusqu’à la violence.

Cela dit, Elenor usa de violence. A peine eut elle dit Pardon qu’elle courait brusquement vers la fenêtre. En courant. Instinctivement il la suivit comme un mouvement mécanique. Elle commençait à enjamber le rebord lorsqu’elle se rendit compte que le premier étage était trop haut pour elle. Elle ne pourrait pas descendre sans aide.

Je ne veux pas qu’elle parte. Il faut que je l’aide à partir. Je ne veux pas qu’elle parte. Il faut que je l’aide à partir

Il n’avait pas pris de décision claire, et il aurait été bien incapable de dire « je vais t’aider ». Il arriva juste à sa hauteur, la débarassa d’autorité de son sac, et lui prit les deux avants bras. Les yeux brouillés d’Elenor protestèrent un instant contre ce qu’elle pensait être une retenue. Mais ce n’est pas ce que fit Sieben.

Sans savoir comment avec le brouillard dans sa tête, Sieben fit glisser Elenor le long du mur, jusqu’à ce que la chute soit d’une hauteur acceptable. A ce moment précis, il se rendit compte que un peu comme avant, il tenait la vie d’Elenor dans ses mains. Il pouvait encore la remonter.

« Moi aussi je t’aime. »

Il la lâcha.

Ou plutôt ses mains la lâchèrent, car ni sa tête ni son cœur ne pouvaient avoir pris cette décision.

Il prit le sac, et le fit basculer pareil.

« Va! »

Elenor prit le sac et s’enfuit avant de trop regretter et d’être clouée par les remords. Sieben s’appuya de plus en plus lourdement sur le rebord de la fenêtre et ses jambes flageolèrent un instant alors qu’elle disparut de son champ de vision. L’explosion était proche, le volcan grondait… mais il devait se maîtriser. La journée n’était pas finie, le travail l’attendait, la vie continuait. Il ne fallait pas.

Il sortit de la pièce, et alla comme un automate vers l’escalier, le pas très lourd. En passant à côté de la porte de sa chambre, il fut attiré comme un aimant. Juste une halte, un petit passage avant de redescendre. Il ouvrit la porte et pénétra dans la pièce.

Elle était froide vide et sans vie. Le chaos y régnait encore. Il y avait une des rares chemises d’Elenor par terre, une de celles qu’elle trouvait trop belle pour être pratique. Sieben la ramassa vaguement en espérant y retrouver son odeur. Peine perdue, elle l’avait portée trop peu souvent. Il froissa méthodiquement le linge et faillit rugir le mélange de sentiments indéfinissables. Il sentit le cri prendre naissance dans ses tripes, remonter le long de la gorge… et s’arrêter à sa bouche.

Il ne crierait pas, il ne crierait pas.

Tout son corps se crispa, les veines se gonflèrent sur tout son torse, son visage et ses bras, il se retint d’exploser, mais cette chambre, c’était le symbole même de leur intimité saccagée et perdue. C’était beaucoup trop de références à ce qu’il avait perdu.

Il ne crierait pas il pleurerait.

Ses jambes refusèrent de le porter plus longtemps, la montagne en marche s’effondra sur le lit, à la place d’Elenor, et pleura tout ce qu’il n’avait pas su dire, tout ce qu’il n’avait pas su exprimer, tout ce qu’il n’avait pas su être.


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